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Vobis legimus

Grégoire Blanc, Fabrice Galtier et Rémy Poignault (dir.), Présence de Juvénal

Clermont-Ferrand, Centre de Recherches A. Piganiol – Présence de l’Antiquité, Collection « Caesarodunum » LIV-LV bis, 2022
Franck Colotte
Référence(s) :

Grégoire Blanc, Fabrice Galtier et Rémy Poignault (dir.), Présence de Juvénal, Actes du colloque de l’Université Clermont-Auvergne les 18-20 novembre 2021, Clermont-Ferrand, Centre de Recherches A. Piganiol – Présence de l’Antiquité, Collection « Caesarodunum » LIV-LV bis, 2022, 592 p.

Texte intégral

1Le présent volume est un ouvrage collectif constitué de textes réunis par Grégoire Blanc, Fabrice Galtier et Rémy Poignault faisant suite au colloque qui s’est tenu les 18-20 novembre 2021 à l’Université Clermont-Auvergne et dont le but « était d’explorer la réception des Satires de Juvénal, œuvre qui suscite depuis quelques années un regain d’attention ». Dans cette même perspective, l’ambition de cette nouvelle publication est « d’ajouter à ce vaste champ d’exploration une enquête d’ampleur, en adoptant un angle d’approche concernant, outre la poétique du satiriste, l’apport de Juvénal à l’expression littéraire des réalités, des thèmes ou des idées qu’il entendait représenter, ainsi que la manière dont cet apport a été perçu, traduit ou assimilé dans la culture occidentale » – et ce, en particulier, dans les littératures de langue française et de langue italienne. Ces actes de colloque offrent ainsi une dimension conceptuelle kaléidoscopique dans la mesure où ils réunissent des contributions (rédigées en français, en anglais et en italien) où se croisent ecdotique, codicologie, paléographie, comparatisme, stylistique, etc.

2Articulé en quatre sections et pour ainsi dire en trois grandes thématiques (transmission des Satires, regard porté par Juvénal sur le monde romain, fortune littéraire de ce satiriste de l’Antiquité tardive à la littérature moderne), cet ouvrage offre un éventail d’articles divers susceptibles de correspondre aux différentes préoccupations scientifiques d’un lecteur découvrant, dans un premier temps, six aspects relatifs à la transmission des Satires du point de vue des manuscrits, des commentaires et des traductions. Les deux premières contributions, de nature codicologique, procèdent dans un premier temps à l’examen paléographique du ms. Oxford, Bodleian Library, Canonic. Class. Lat., 41 : selon Alessandra D’Antonio, ce fragment de 36 vers, dont la rédaction doit remonter à la fin du xie siècle, a pour origine l’abbaye du Mont-Cassin, par un copiste formé à la graphie de Bénévent. De même, Daniela Gallo se livre à un travail d’édition critique de la recensio λ des scholia recentiora de Juvénal d’époque carolingienne. Cette étude très rigoureuse permet à l’auteure de mettre en lumière le fait que les commentateurs s’étaient fixé comme objectif l’accumulation d’une somme de connaissances sur un sujet ou sur un mot donné. Frédéric Duplessis, quant à lui, étudie, dans son article intitulé « PAN ET CIRCENSES : les tribulations de Sat. X, 80-81 de l’époque carolingienne à la Renaissance », le cas d’une corruption de manuscrits, celle de pan et circenses au lieu de panem et circenses, lecture qui a conduit à des errances exégétiques que l’auteur relève et commente. Valeria Mattaloni suit l’évolution, durant la même période, des commentaires de Sat. I, 44, où il est question de l’autel de Lyon – son exposé montrant que la perte progressive de compréhension des allusions historiques a pour conséquence la multiplication des gloses destinées à rendre le texte de Juvénal accessible. L’analyse qu’elle propose esquisse un panorama montrant comment l’approche du texte des Satires a évolué en fonction des sensibilités, de la formation et du conditionnement historico-culturel des interprètes eux-mêmes et de l’époque à laquelle ils appartenaient. Par ailleurs, Stefano Grazzini met en évidence les différentes modalités exégétiques du texte juvénalien, et ce, de l’Antiquité tardive (où elle est marquée par l’explication des realia) à la période médiévale (où se manifeste, à partir du xiisiècle, le souci d’appréhender le sens global de chaque Satire). Enfin, Sarah Gaucher s’attache à l’image qui est donnée de Juvénal dans les préfaces de trois éditions successives du Jésuite Jérôme Tarteron à la fin du xviie et au début du xviiie siècles.

3Le deuxième volet de cet ouvrage, consacré à l’examen du regard que Juvénal porte sur le monde romain, est sous-tendu par des communications fournissant des informations sur la connaissance des conditions matérielles et morales des poètes (Robert Bedon), sur l’action morale que ces derniers mènent à l’égard de la société – s’agissant par exemple de la captation d’héritage (Anthime Rigoulay) –, sur le rire révélateur d’un monde où l’identité est incertaine (Fabrice Galtier), sur le transculturalisme fondé sur la spécularité littéraire destinée à éclairer des questions socio-politiques. La rhétorique de l’indignation (Daniel Vallat) est également analysée du point de vue du rire corrosif et consolateur (Pascal Debailly).

4Les troisième et quatrième parties instruisent le lecteur sur la fortune littéraire que connut Juvénal, et ce, de l’Antiquité tardive à Marguerite Yourcenar. Rapidement tombé dans l’oubli, Juvénal, redécouvert au ive siècle, « fut en vogue à partir de la fin du siècle, où se développèrent éditions et commentaires » (Étienne Wolff). Nombre d’échos et de réminiscences juvénaliens sont ainsi analysés, qu’il s’agisse d’Ammien Marcellin (Franco Bellandi), de Prudence et de son Contra Symmachum (Stefania Filosini), d’Ennode (Vincent Zarini), des Romulae et de l’Orestis tragoedia (Catherine Notter), des chrétiens de Gaule aux ve et vie siècles (Luciana Furbetta), des commentateurs tardo-antiques tels que Servius, Nicée et Donat (Concetta Logobardi) ou de l’Ars de Priscien (Armando Carosi). À cela s’ajoutent, dans une perspective de complémentarité diachronique, sept contributions qui, du xve au xxe siècles, examinent d’autres cas de réception chez des auteurs tels que le chroniqueur florentin Giovanni Cavalcanti (Arianna Capirossi), Agrippa d’Aubigné (Sangoul Ndong), Sémonide et Boileau (Grégory Bouchaud), le librettiste d’opéra et poète italien Métastase et son opéra Egeria (Tiziana Ragno). Romain Vignest, pour sa part, met en évidence notamment la manière dont Victor Hugo (dans la préface de Cromwell) place Juvénal au cœur de l’esthétique nouvelle mêlant le sublime au grotesque. Deux articles évoquent la place de Juvénal dans la littérature du xxe siècle : chez Montherlant et ses essais Tibre et Oronte, Thrasea le Séparé ainsi que Le Préfet Spendius (Pierre Duroisin), et chez Marguerite Yourcenar (Rémy Poignault) qui n’appréciait guère ni l’outrance verbale ni le conservatisme rétrograde de Juvénal, sentiments qu’elle fait partager à l’empereur Hadrien dans les Mémoires d’Hadrien (1951).

5Par la richesse et la diversité des travaux académiques qu’il propose, cet ouvrage constitue un maillon important des études juvénaliennes, lesquelles pourraient encore, selon les auteurs, s’enrichir en envisageant « le point de vue d’un historien ou d’un sociologue qui repérerait dans la société actuelle l’émergence de nouveaux motifs d’indignation propres à susciter une verve digne de l’esprit juvénalien ».

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Pour citer cet article

Référence électronique

Franck Colotte, « Grégoire Blanc, Fabrice Galtier et Rémy Poignault (dir.), Présence de Juvénal »Vita Latina [En ligne], 204 | 2024, mis en ligne le 01 février 2024, consulté le 26 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/vita/454 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/vita.454

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