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Vobis legimus

Giuseppe Ramires (éd.) et Muriel Lafond (trad.), Servius. Commentaire sur l’Énéide de Virgile. Livre viii

Paris, Les Belles Lettres, « Collection des Universités de France » 435, 2022
Marie de Toledo
Référence(s) :

Giuseppe Ramires (éd.) et Muriel Lafond (trad.), Servius. Commentaire sur l’Énéide de Virgile. Livre viii, Paris, Les Belles Lettres, « Collection des Universités de France » 435, 2022, 444 p.

Texte intégral

1L’ouvrage à quatre mains proposé par deux spécialistes de Servius, G. Ramires et M. Lafond, pour donner accès à une nouvelle édition et à une traduction française de son commentaire au chant viii de l’Énéide, vient utilement compléter le travail éditorial actuel autour du plus fameux exégète ancien de Virgile. Le commentaire au chant viii n’avait en effet jamais été réédité depuis la fin du xixe siècle et l’édition de référence de G. Thilo. Ni l’editio harvardiana, reprise par C. Murgia et R. Kaster en 2018 avec les commentaires aux chants ix à xii, ni G. Ramires lui-même, qui a déjà publié chez Pàtron Editore les commentaires aux chants vii et ix de l’Énéide, n’avaient encore couvert cette partie de l’œuvre de Servius. Le volume s’inscrit aussi dans la continuité du travail d’édition, de traduction et de commentaire de Servius mené plus spécifiquement en France, que ce soit aux Presses Universitaires du Septentrion pour le commentaire au chant i de l’Énéide (A. Baudou et S. Clément-Tarantino), ou, surtout, aux Belles Lettres, où sont déjà parus les commentaires au chant iv (J.-Y. Guillaumin) et au chant vi (E. Jeunet-Mancy). Ce nouveau volume de la C.U.F. consacré au commentaire servien, dans la continuité des deux précédents, permet ainsi à tous les latinistes, mais aussi aux lecteurs francophones, quelle que soit leur familiarité avec la langue de Servius, d’avoir accès aux analyses du grammairien sur l’un des chants les plus riches de l’épopée virgilienne, dont l’intérêt spécifique concernant la religion romaine, l’histoire de Rome, ou encore la figure d’Hercule est à juste titre souligné dès la notice introductive de M. Lafond.

2Le texte édité par G. Ramires, dont la présentation est adaptée aux « critères ‘d’économie’ de la collection » (p. lxix), repose sur un examen complet de la tradition manuscrite du commentaire de Servius et de sa version augmentée, le commentaire du Servius Danielis (SD). L’éditeur suit le stemma codicum établi en 1975 par C. Murgia, en y ajoutant la famille α pour le texte de Servius, dans la continuité de ses propres travaux éditoriaux qui ont permis d’identifier cette classe de manuscrits. Dans un souci de lisibilité, G. Ramires a utilisé de manière systématique un seul manuscrit pour chaque branche de la tradition, et a ponctuellement reporté dans son texte et son apparat les éléments tirés d’autres manuscrits ; le texte du SD est essentiellement constitué à partir de deux manuscrits, mais utilise également des témoins complémentaires. L’ensemble donne une édition contenant plus de deux cent cinquante différences significatives avec le texte établi par G. Thilo, dont une grande majorité dans les scholies du SD. Conformément aux habitudes de la collection, le texte de Servius, considéré comme prioritaire, est reporté sur la colonne de gauche, celui du SD sur la colonne de droite, en plus petits caractères ; l’apparat de la vulgate se situe au-dessus de l’apparat des ajouts. Cette disposition ne permet pas, dans le texte même, le même degré de précision que le système élaboré de signes critiques adopté par G. Ramires dans ses autres éditions, mais il rend la lecture des deux versions du commentaire particulièrement fluide, sans pour autant priver le lecteur du détail des différences entre les deux commentaires d’une part, et entre les traditions manuscrites d’autre part, accessible dans le double apparat. La partie de l’introduction assurée par G. Ramires, la précision du conspectus siglorum et les quelques notes éditoriales reportées en fin de volume sont d’une grande clarté et permettent de comprendre avec facilité aussi bien les principes d’édition généraux que des éléments ponctuels. Outre ce nouveau texte latin, l’ouvrage comprend une notice introductive, une traduction française, un très riche et abondant appareil de notes et plusieurs indices, dont l’ensemble est rédigé, à quelques rares exceptions près, par M. Lafond. Cette division du travail est l’une des originalités du volume par rapport aux deux précédents, mais ne produit aucun effet d’hétérogénéité entre les différentes parties de l’ouvrage : de nombreuses notes de M. Lafond (par exemple 551, 553, 577, 742, 928, 959, 968…) témoignent de sa très bonne connaissance de la tradition manuscrite et des problèmes d’édition du texte, sur lesquels elle a pu elle-même se prononcer (voir la note 664 de G. Ramires). Le texte français est dans l’ensemble extrêmement clair, malgré les difficultés propres à la langue de Servius, et manifeste une remarquable familiarité avec le commentateur dont la traductrice cherche à distinguer la « voix personnelle ». La prise en compte de différences parfois négligeables entre le texte de Servius et celui du SD peut donner lieu à des lourdeurs et à des raffinements discutables dans la traduction (cf. la double traduction de ob quam et ob quam rem par « à cause de quoi » et « à cause de laquelle » ad 474), qui sont toutefois le prix à payer pour distinguer systématiquement les deux versions du commentaire. Les quelque mille notes, érudites mais limpides, qui accompagnent le texte sont l’occasion de justifier certains choix de traduction et d’éclaircir certains aspects du texte en proposant ponctuellement des mises au point bibliographiques, mais aussi des hypothèses originales, qui permettent de construire des lignes d’interprétation générales des commentaires serviens. Par exemple, la note 111 porte sur une étrange remarque de Servius à propos de l’expression Hesperidum regnator aquarum en viii, 77, alors associée au Tibre, tandis que c’est l’Éridan qui est désigné comme fluuiorum rex en G., i, 482. Après un rappel des analyses de J. Conington et de J. J. O’Hara, qui soulignent les différents aspects de la puissance respective des deux fleuves, M. Lafond propose une autre interprétation possible, selon laquelle le grammaticus ferait jouer la distinction entre le Tibre comme roi des eaux en général (aquarum) et l’Éridan comme roi des fleuves en particulier (fluuiorum). On pourrait d’ailleurs ajouter que la remarque de Servius s’inscrit ici une nouvelle fois dans la tradition des scholies grecques, notamment homériques (voir sur le problème de la concurrence entre l’Énipée et l’Axios en tant que « plus beau des fleuves » les scholies V et HQT ad Od., xi, 238-239), avec laquelle M. Lafond effectue de nombreux rapprochements dès l’introduction et tout au long de son commentaire (notes 221, 299, 303, 415, 638, 941, 1000…). Ce volume qui mêle la plus grande précision à une admirable clarté à tous points de vue permet donc aux lecteurs de Virgile comme de Servius d’approfondir leurs connaissances sur le chant viii de l’Énéide et sa réception critique, mais aussi sur la composition des commentaires anciens dans toute leur complexité.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Marie de Toledo, « Giuseppe Ramires (éd.) et Muriel Lafond (trad.), Servius. Commentaire sur l’Énéide de Virgile. Livre viii »Vita Latina [En ligne], 204 | 2024, mis en ligne le 01 février 2024, consulté le 26 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/vita/405 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/vita.405

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