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Lecture littéraire des paratextes du commentaire au Cantique des cantiques de Juste d’Urgel

Literary reading of the paratext of Juste d’Urgel’s commentary on the Song of Songs
Édith Maillot

Résumés

Cet article propose une lecture littéraire des trois paratextes du commentaire au Cantique des cantiques de Juste d’Urgel, auteur espagnol de la première moitié du vie siècle. Juste apparaît ici comme un fin connaisseur de la culture antique et patristique et poursuit un double dessein de restauration des études et d’approfondissement spirituel dans une Espagne wisigothique profondément affectée par les invasions barbares qui ont précédé. Ces trois pièces liminaires nous offrent ainsi des informations précieuses pour comprendre le contexte historique et socio-économique dans lequel leur auteur s’inscrit.

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Texte intégral

Introduction

  • 1 Voir Isidore de Séville, De Viris illustribus 34 : « Juste, évêque d’Espagne, de l’église d’Urgel, (...)
  • 2 Trad. Mercier 2022.
  • 3 Just., Expl. in Cant. cant., Guglielmetti 2011 (éd.).
  • 4 Iranzo Abellan (2004 : 252-254).

1Juste d’Urgel, évêque espagnol de la première moitié du vie siècle tombé dans l’oubli, fait partie d’une puissante famille de l’Est de la Tarraconaise : comme lui, ses trois frères, Elpidius, Nebridius et Justinien sont respectivement évêques d’Osca, d’Égara et de Valentia1. Juste est l’auteur d’un sermon sur saint Vincent et d’un commentaire intégral mais synthétique du Cantique des cantiques, qui a récemment fait l’objet d’une traduction française annotée2, sur la base du texte latin établi par R. Guglielmetti3. Dans l’édition critique de référence, le commentaire de Juste est précédé de trois pièces liminaires : une première épître dédicatoire adressée au métropolitain Serge de Tarragone, une seconde préface dont le destinataire est un certain diacre, du nom de Juste et, pour finir, un prologue. Ces pièces ont circulé indépendamment les unes des autres, ce qui explique qu’elles aient été découvertes dans des manuscrits différents et à des époques différentes, selon une tradition relativement instable4. Ainsi, les deux épîtres ont accompagné l’envoi par Juste d’un exemplaire précis de son commentaire à chacun des deux destinataires précédemment nommés. Quant au prologue, qui n’est adressé à personne en particulier, sa présence se justifie par la nécessité d’introduire le sujet et la démarche suivie. Nous nous intéresserons ici aux trois paratextes qui précèdent le commentaire lui-même en les considérant avant tout comme des pièces littéraires : ces préfaces nous fournissent effectivement des informations importantes pour éclairer les circonstances de composition de l’œuvre ; elles nous apprennent également comment les premiers manuscrits du commentaire au Cantique des cantiques de Juste ont circulé en Espagne ; elles interrogent enfin le rapport de l’auteur à son lectorat et à son propre texte.

  • 5 Fontaine (1998 : 376-377).
  • 6 Des conciles importants se réunissent en Espagne au début du vie siècle : à Tarragone, en 516 ; à G (...)
  • 7 Mostert (1990 : 273).

2En effet, c’est dans une Espagne wisigothique affectée et marquée par les invasions barbares5 qui ont précédé que Juste d’Urgel participe avec ses frères, grâce à une forte activité conciliaire6, à la reconstruction de la péninsule ibérique, et qu’il prend la plume pour écrire son commentaire sur le Cantique des cantiques. L’objectif poursuivi par l’évêque d’Urgel est non seulement de redresser le niveau de culture des clercs, mais aussi de redonner à la littérature ses lettres de noblesse, et, au lectorat, le rôle qui lui revient, sans perdre de vue que la lecture et l’étude des textes sacrés sont réservées à une élite intellectuelle, dont font certainement partie Serge de Tarragone et le diacre Juste7. Or, dans un contexte de crise culturelle, comment intéresser un groupe restreint de lettrés sur le déclin ? Comment tisser une relation de confiance avec un lectorat favorisé et l’inviter à pénétrer plus avant dans les mystères des Écritures Saintes ? Juste d'Urgel nous fait ainsi entrer dans son laboratoire d'écriture et nous livre les clés nécessaires à la bonne réception et à la bonne compréhension de son texte : c’est la question des pratiques de lecture, intimement liée à celle des pratiques d’écriture, que nous étudierons ici à travers ces trois paratextes.

Spécificité de chaque paratexte

  • 8 Guglielmetti (2011 : 2).
  • 9 Martin (2003 : 113)
  • 10 Guglielmetti (2011 : 2).
  • 11 Guillaumin (2014 : 335).

3La première pièce liminaire est la lettre que Juste d’Urgel adresse à Serge, évêque de Tarragone (epistola ad Sergium papam8, « lettre à l’archevêque Serge »). Juste se serait lié d’amitié avec lui après avoir fait sa connaissance lors du Concile de Lérida, en 546. Serge a occupé le siège métropolitain de Tarragone (dont dépend le diocèse d’Urgel) de 520 à 555 environ, ainsi qu’on peut le lire sur son inscription funéraire. Solidement ancré dans le paysage ecclésiastique de la péninsule ibérique de la première moitié du vie siècle, il a exercé son ministère trois décennies avant de mourir à l’âge de soixante-dix ans9. Juste s’adresse à lui en employant le titre papa : dans les textes des Pères de l’Église, il s’agit d’un titre de vénération que l’on peut utiliser pour s’adresser aussi bien aux archevêques qu’aux évêques. À l’époque, Serge de Tarragone est donc une personnalité de renom, qui fait autorité en Espagne. Or, si Juste lui envoie, en guise de cadeau ou de « présent spirituel » (spiritale exenium10) – topos fréquent dans les dédicaces littéraires11 –, le tout premier exemplaire de son commentaire, c’est sans doute parce qu’il compte sur lui et sur son influence notable pour assurer une diffusion plus large de son texte. Il envisage donc d’emblée la réception de son ouvrage.

  • 12 Guglielmetti (2011 : 6).

4La seconde épître dédicatoire est adressée à un certain diacre Juste (epistola ad Iustum diaconum12, « lettre au diacre Juste ») : ce personnage, dont on ne sait rien par ailleurs, est présenté comme étant à l’origine du commentaire de Juste sur le Cantique des cantiques. L’objectif de cette lettre-préface est triple : il s’agit de décrire, en quelques mots, l’ouvrage composé, de flatter la personne qui en a demandé, à première vue, la rédaction, et, en dernier lieu, de prévenir les critiques que l’on pourrait faire à l’auteur. Les éléments dont nous disposons dans cette seconde épître dédicatoire nous permettent d’affirmer que Juste a recours à des pratiques d’écriture semblables à celles des auteurs de l’Antiquité tardive, notamment dans l’usage qu’il fait des lieux communs typiques de l’art rhétorique.

  • 13 Sur le topos de l’incompétence de l’auteur, voir Janson (1964 : 124-127).

5Le prologue (prologus) constitue pour sa part une pièce à part, dans laquelle Juste utilise une nouvelle fois le « topos de la fausse modestie » (locus humilitatis13) pour présenter son travail, tout en délivrant des clefs de lecture à ceux qui le liront puisqu’il précise le rapport que les lecteurs devront entretenir avec le texte biblique qui suivra, afin que ce dernier fasse sens à leurs yeux.

Épitre au métropolitain Serge de Tarragone

  • 14 Fuhrer (2014 : 218).

6L’épître s’ouvre sur une formule de salutation classique, caractéristique du genre épistolaire, et qui dévoile au public le nom et la position sociale du dédicataire, ainsi que les liens qui l’unissent à l’auteur14 :

Domino meo uere piissimo et praecipua Dei gratia copioso semperque in Christo beato domino Sergio papae Iustus episcopus.

  • 15 Just., In Cant., epist. ad Sergium papam (trad. Mercier 2022 : 415).

À mon seigneur vraiment très pieux, enrichi par Dieu de grâces spéciales et toujours heureux dans le Christ, à Monseigneur le métropolitain Sergius, l’évêque Juste15.

  • 16 Guillaumin (2014: 340 et 343).

7La dédicace ainsi formulée souligne que le dédicataire est une personne haut placée, qui appartient à l’élite intellectuelle du pays, ce qui confère à l’œuvre un certain gage de qualité et lui donne une légitimité indéniable16. Ainsi, autant le diacre Juste est celui qui aurait demandé la rédaction de l’œuvre (nous verrons ultérieurement pourquoi le conditionnel est de mise), autant l’évêque Serge de Tarragone en est le dépositaire. Au nom de leur proximité intellectuelle, c’est bien à lui que Juste d’Urgel remet le premier exemplaire de son œuvre :

Igitur in Christo Iesu germanum cordis mei te esse non nesciens libellum de tractatu libri canonici qui Canticum Canticorum praescribitur, quem nuper Christo illuminante edidimus, tibi primitus censui offerendum.

  • 17 Just., In Cant., epist. ad Sergium papam, (trad. Mercier 2022 : 415-416).

Ainsi donc, puisque je ne suis pas sans savoir que vous êtes mon frère de cœur dans le Christ, j’ai cru bon de vous offrir la primeur de ce petit ouvrage traitant du livre canonique intitulé le Cantique des cantiques, et que j’ai naguère achevé grâce aux lumières accordées par le Christ17.

  • 18 Que ce soit Juste d’Urgel qui envoie, de sa propre initiative, le manuscrit de son commentaire à so (...)
  • 19 Janson (1964 : 141). L’étude de T. Janson porte sur la période qui suit le règne de Trajan jusqu’au (...)

8En adressant son texte à un prélat aussi connu que Serge de Tarragone18, Juste apparaît comme soucieux d’assurer la promotion de son livre, car le rôle assigné par lui au dédicataire est justement de corriger, faire copier et diffuser le texte dédié (ce qui se justifie par le fait que le parchemin était un matériau très onéreux). Ainsi, demander au dédicataire de jouer ce triple rôle, puis le rendre coresponsable de l’ouvrage qui lui est dédié est une pratique courante dans l’Antiquité tardive19, plus spécifiquement dans la littérature chrétienne. Juste fait de même avec Serge, bien qu’on s’attendrait plutôt à ce que ce soit Serge qui demande à Juste de lui envoyer son manuscrit. Ici, non seulement ce dernier le sollicite pour réviser son texte, avant de le donner à relire et à copier, comme le suggère la succession des trois adjectifs verbaux, mais encore, il engage sa responsabilité pour le cas où l’ouvrage prêterait le flanc à la critique :

Quem precor ut cum ea sollicitudine qua in Christo uiges recenseas, ut si quid illic corrigendum persenseris integra libertate commoneas, et sic ceteris in Christo fratribus relegendum uel – si fortasse placuerit – offeras transcribendum. […] Quod opus si laude dignum processerit, ad auctorem referam Christum ; si uero reprehensioni patuerit, quia utriusque est, statim assumam socium temetipsum.

  • 20 Just., In Cant., epist. ad Sergium papam (trad.Mercier 2022 : 416).

Je vous prie de le reprendre souvent en main pour l’examiner avec la sollicitude qui a chez vous tant de force dans le Christ ; de cette façon, si vous pensez devoir y apporter des corrections, vous pourrez m’en avertir en toute franchise et le proposer à nos autres frères dans le Christ pour qu’ils le relisent ou – si d’aventure le texte vous plaisait – en fassent une copie. […] Si cet ouvrage est digne d’éloges, je rapporterai ceux-ci au Christ, son auteur ; en revanche, s’il mérite d’être blâmé, comme il est notre œuvre commune, je vous en tiendrai pour responsable avec moi20.

  • 21 Lambot (1939 : 109-121).
  • 22 Marrou (1949 : 218-219).
  • 23 Anheim & Chastang (2009 : 4).

9Or, ce processus de révision d’un texte ressemble à ce que nous connaissons des pratiques d’édition des textes dans l’Antiquité chrétienne tardive. L’exemple de la Cité de Dieu de saint Augustin est bien connu : grâce à une lettre adressée par ce dernier à Firmus21, son « agent littéraire » à Carthage, nous savons qu’il est d’usage de procéder à une révision d’ensemble de l’ouvrage, soit par l’auteur lui-même, soit par un ami proche, avant sa diffusion. Dans cette lettre, Augustin conseille à Firmus de faire relier les vingt-deux volumes de son ouvrage, mais surtout, il lui demande de le diffuser autour de lui afin que le plus grand nombre de frères en Christ ou de païens, sous la responsabilité de Firmus lui-même, puisse en prendre copie22. Ce qui diffère, cependant, chez Juste, est le fait qu’il confie à son ami Serge un rôle d’émendation, ce que ne fait absolument pas Augustin avec Firmus. Ce lent processus de maturation des textes renvoie aux pratiques de l’écrit telles qu’elles ont été définies par E. Anheim et P. Chastang : elles englobent « toutes les actions par lesquelles l’écriture s’élabore, des gestes les plus concrets, que l’incarnation matérielle du texte enregistre, jusqu’aux conformations pratiques qui lui confèrent sa valeur sociale »23.

  • 24 La pénurie serait-elle liée à une épizootie ? La question pourrait être posée dans la mesure où tou (...)

10Cependant, Serge risque de se trouver en difficulté pour assurer son travail de révision ; il ne pourra en effet pas annoter correctement le texte dédié, faute de place pour le faire. Dans sa lettre-préface, Juste se confie à lui à propos de la pénurie de moyens matériels à laquelle il a été confronté pour écrire son commentaire24. Nous apprenons que les conditions matérielles d’écriture sont très restreintes dans la province de Tarraconaise au vie siècle et que Juste en a visiblement beaucoup souffert lors de la rédaction de son commentaire :

Itaque, quia sic accidit ut membranis desistentibus minutioribus litteris eamdem scripturam inpares quaterniones susciperent nec studiose fabrefactis lateralibus ambiretur, si memoratam rem alicuius momenti esse censueris, quia hoc ipsum, ut praefatus sum, donante Domino tuum est, ut diligentiori studio transcriptum utilius coaptetur quantocius studebis.

  • 25 Voir Just., In Cant., epist. ad Sergium papam (trad. Mercier 2022 : 416).

M’étant trouvé à court de parchemin et faute d’un nombre suffisant de cahiers pour le texte, je l’ai écrit avec des lettres plus petites sans laisser de marges convenables sur les côtés. Ainsi donc, comme l’ouvrage en question vous appartient, je l’ai dit, par un don de Dieu, si vous estimez qu’il a quelque valeur, vous veillerez au plus tôt à le faire retranscrire avec davantage de soin et en disposant le texte de façon plus profitable25.

  • 26 Le verbe coaptare signifie « adapter », « ajuster », « arranger ». D’où la traduction de Mercier pa (...)

11Cette remarque, qui reste marginale et fait exception dans le commentaire de Juste, constitue pourtant un précieux témoignage puisqu’elle nous renseigne sur les restrictions économiques que connaît l’Espagne wisigothique dans la première moitié du vie siècle. Lorsque Juste évoque la pénurie de parchemin (donc de support matériel d’écriture) et ses conséquences, il le fait à partir d’un cas concret, en prenant appui sur son propre manuscrit, celui qu’il envoie, tel quel, à l’évêque Serge de Tarragone : par ces mots, il décrit certainement l’état de l’exemplaire du commentaire qu’il adresse à son ami. Dans ce contexte économique difficile, ajouter des marges à son manuscrit serait considéré comme un luxe. Or, les marges sont tout à fait usuelles dans un codex de l’Antiquité tardive ou du haut Moyen Âge : larges souvent de plusieurs centimètres, elles sont utilisées par les lecteurs érudits pour annoter les textes qu’ils lisent et prendre des notes. Elles sont donc indispensables pour leur permettre de faire correctement leur travail de relecture26, « que [le texte] soit disposé » et constituent des aides de premier choix.

Épître au diacre Juste

12Cette seconde épître dédicatoire s’ouvre de nouveau sur une formule de salutation classique, typique d’une lettre, en ce qu’elle rappelle à la fois le statut de l’expéditeur (Juste, évêque d’Urgel) et celui du destinataire (le diacre Juste) :

Iustus in Christi nomine episcopus carissimo filio suo Iusto diacono in Domino
salute.

  • 27 Just., In Cant., epist. ad Iustum diaconum (trad. Mercier 2022 : 417).

Juste, évêque au nom du Christ, à son fils très cher, le diacre Juste, salut dans le Seigneur27.

  • 28 Janson (1964 : 116-117) ; Fuhrer (2014 : 217 et 223).
  • 29 Les prologues des épîtres de Jérôme, adressées à Paula, Eustochius ou à d’autres interlocuteurs, on (...)

13Du diacre Juste, nous ne savons strictement rien : a-t-il seulement existé ? La question reste insoluble. Plus intéressante en revanche est, dans cette adresse (et la suite de l’épître), la mise en scène d’un topos littéraire récurrent : celui de la persona de l’auteur qui ne prétend écrire que parce qu’un autre le lui demande, en l’occurrence ici, un diacre désireux de s’instruire28. C’est ainsi qu’il faut comprendre le recours au vocabulaire employé tout au long de cette épître, mais qui résonne de manière « factice », comme pure mise en scène de la part de l’auteur : a me exigis (« tu me demandes »), orationibus tuis (« par tes suppliques »), cogis (« tu me contrains »)29. Si, en apparence, Juste dit explicitement que l’idée d’un commentaire n’est pas sienne, mais qu’il a répondu à une demande visiblement pressante, en réalité, il est fort probable qu’il ait prêté au diacre Juste une fonction purement littéraire, manière subtile et indirecte de se faire connaître et de se faire valoir en tant qu’auteur et exégète, à une époque où l’appauvrissement culturel progresse de plus en plus.

14Sur la base de ce présupposé, le début de l’épître proprement dite peut ainsi donner lieu à deux remarques au moins :

Cum nostris temporibus tepescentibus studiis rarus quisque inueniatur qui sit uel ad legendum quae sancta sunt quotidiana intentione promptissimus, mirum opus a me exigis, dulcissime mihi Iuste diacone, ut de libris canonicis, praecipue de Canticis Canticorum, quicquam edisseram, cum ea quae potiora sunt catholicorum Patrum opuscola necdum eo ardore quo condecet a quibusdam attentius recenseri persentiam.

  • 30 Just., In Cant., epist. ad Iustum diaconum (trad. Mercier 2022 : 417).

Comme il est rare, en ces temps où les études sont plongées dans la torpeur, de trouver une personne très désireuse de s’appliquer quotidiennement même à la lecture de saints propos, c’est une œuvre étonnante que vous me demandez, ô mon très cher diacre Juste, en réclamant que je publie quelque chose à propos des livres canoniques, et en particulier du Cantique des cantiques, quand je m’aperçois que certains ne se plongent pas encore avec assez d’attention ni avec toute l’ardeur convenable dans les plus estimables ouvrages des Pères catholiques30.

  • 31 Spicq (1944 : 12).
  • 32 Riché (1995 : 169).
  • 33 Petrucci (1984 : 605).
  • 34 Riche (1999 : 39). On se reportera au texte officiel du Concile de Tolède II et plus particulièreme (...)

15D’abord, l’adjectif mirus pour désigner l’œuvre que l’auteur présente à celui qui en a demandé la rédaction est topique des préfaces : Juste rappelle ainsi la difficulté de l’entreprise et fait l’éloge de son propre ouvrage. De plus, que le diacre Juste demande à être instruit montre à quel point son intérêt pour la Bible est remarquable : en effet, ce dernier n’est pas comme ses pairs ; il ne fait pas partie de ceux qui délaissent les études ou tombent dans une certaine « torpeur intellectuelle » (tepescentibus studiis), selon une expression certes conventionnelle dans les préfaces31, mais qu’il faut comprendre ici comme la critique réelle d’un désintérêt pour l’instruction et la lecture, en particulier celle « des plus estimables ouvrages des Pères de l’Église » (potiora catholicorum Patrum opuscula)32. On peut tenter d’expliquer cette désaffection générale par le fait que les pratiques de lecture à cette époque sont bien loin d’être confortables : le manque d’instruments et de matériel, conjugué à l'absence de points de repères dans le corps du texte lui-même, rend en effet la lecture pénible, lente et difficile33. Or, pour pallier cette difficulté, le concile de Tolède II vote la création, en 527, d’une « école épiscopale » (domus ecclesiae) : les parents qui souhaitent que leurs enfants reçoivent un enseignement clérical, avant de choisir entre la vie consacrée ou le mariage, peuvent les inscrire dans cette domus ecclesiae, où ils seront formés et instruits par un « préposé » à cette fonction (praepositum) et lui-même placé sous la surveillance de l’évêque34. Juste, qui a co-signé les actes de ce concile, pourrait avoir pris part à cette heureuse initiative. Mais le fait ne semble pas avoir pris encore assez d'ampleur pour qu’il puisse constater, au moment où il rédige son commentaire, un quelconque progrès en ce domaine.

  • 35 Lacocque (1962 : 38).
  • 36 On sait que deux commentaires sur le Cantique des cantiques ont été perdus avant Juste : celui de V (...)

16Nous pouvons également nous interroger sur les raisons qui poussent un diacre à faire une telle demande à son évêque, ou plutôt, à partir du postulat énoncé précédemment, déplacer la question : pourquoi Juste, évêque d’Urgel, décide-t-il qu’il est utile d’écrire un commentaire sur le Cantique des cantiques ? La formule qu’il utilise pour introduire son sujet apporte déjà un premier élément de réponse : de libris canonicis, praecipue de Canticis Canticorum (« à propos des livres canoniques, et en particulier du Cantique des cantiques »). Le Cantique des cantiques est un livre « canonique »35, difficile à exploiter et à lire, puisqu’il exige l’interprétation de mystères encore plus ardus que d’habitude (ce que nous verrons ultérieurement dans le prologue). Mais – bien que Juste ne le dise pas clairement, nous le savons – c’est précisément sur ce livre difficile qu’il n’existe pas, à notre connaissance36, de commentaires patristiques intégraux. En rédigeant un commentaire portant sur l’intégralité du Cantique des cantiques, Juste, auteur, entend ainsi combler le manque matériel de ces sources et enrichir le fond des bibliothèques. Enfin, les temps sont difficiles, la culture n’est plus une priorité pour les clercs, et cela rend nécessaire la création d’outils exégétiques plus abordables et plus accessibles que les grands écrits patristiques. Juste a ainsi pu parler de compendium (« abrégé »), pour qualifier son ouvrage, comme nous le verrons par la suite.

  • 37 Janson (1964 : 113-159).
  • 38 Juste fait certainement allusion à Origène, dont il connaissait le commentaire du Cantique des cant (...)
  • 39 On la trouve par exemple dans le prologue des Homélies sur le Cantique d’Origène, écrit par Jérôme, (...)

17De fait, parmi les loci communes recensés par T. Janson dans les préfaces des œuvres latines en prose d’époque impériale37, on retrouve dans cette seconde épître dédicatoire l’allusion, par l’auteur, aux grands Pères de l’Église qui l’ont précédé38 et, en contrepartie, son incapacité à les égaler, posture bien connue chez les auteurs faussement modestes. Ainsi, Juste se retrouve, en apparence du moins, face à un dilemme difficile à résoudre : le désir de satisfaire au mieux son diacre et, en parallèle, son incapacité à produire « un grand œuvre ». C’est en ce sens qu’il faut comprendre la métaphore du banquet, traditionnelle dans la littérature patristique39 et signe que Juste a soigné le style de sa lettre-préface :

Igitur qui opimis dapibus maiorum sollicitudine praeparatis uesci detrectant, ipse perpende si haec nostri conuiuioli agrestia olera uel uisu digna diiudicent. Attamen orationibus tuis haec quae praeparanda studuimus si salubri tractatu decocta et Spiritu Sancto condiente effici meruerint ex toto sapora, ille qui huic sterilitati infundit pinguedinem ipse profecto hunc exiguitatis nostrae ferculum suis famulis efficiet dulciorem.

  • 40 Just., In Cant., epist. ad Iustum diaconum (trad. Mercier 2022 : 417).

Ceux qui rechignent à prendre part aux festins somptueux préparés par les soins des Anciens, considérez donc vous-même s’ils jugeront les légumes sauvages de notre modeste repas dignes d’attention. Toutefois, si les mets que nous nous sommes appliqués à préparer sur vos instances ont été cuits comme il convient pour la santé et qu’assaisonnés par le Saint-Esprit, ils ont mérité de devenir pleinement savoureux, celui qui a donné à cette œuvre stérile sa consistance rendra certainement le plat servi par notre petitesse plus doux à ses serviteurs40.

  • 41 Curtius (1991 : 154-157).

18Les expressions utilisées par Juste pour parler de son œuvre relèvent toutes du « topos de la fausse modestie » (locus humilitatis) : l’auteur minimise son talent d’écrivain41 et ne cesse de souligner sa petitesse par un diminutif (conuiuioli, « de notre modeste repas ») ou bien des termes péjoratifs (huic sterilitati, « à cette œuvre stérile » ; exiguitatis, « de notre petitesse »). Ici, Juste offre à ses lecteurs une nourriture, frugale, préparée à partir d’aliments simples et « bon marché », et assaisonnée seulement par l’Esprit Saint. Aux bons lecteurs comme le diacre Juste reviendra la tâche de rendre ce plat plus goûteux : on en déduit que si le style de Juste est simple, sans ornement, d’autres sauront donner à sa matière, qui ne fournit que les éléments strictement nécessaires, la forme ornée qu’il convient pour parvenir à un plat digne d’un festin. Ainsi, la collaboration entre l’auteur et son lecteur prend ici tout son sens dans l’écriture et la réception même de l’œuvre.

Prologue

  • 42 Just., In Cant., prologus (trad. Mercier 2022 : 418-420).
  • 43 Guillaumin (2014 : 353).

19Le prologue concentre un certain nombre de loci communes recensés dans la typologie de T. Janson : le travail acharné, (etsi non die ac nocte saltim per interualla temporum, « même si ce n’est pas nuit et jour, du moins, par intermittence »), la crainte de l’auteur de ne pas produire un écrit digne de ce nom impropre (metuens infirmitatem meam, « redoutant ma propre infirmité »), l’espoir que les défauts stylistiques de son œuvre seront compensés par la difficulté du sujet abordé et que ses lecteurs sauront lui pardonner ses maladresses d’expression (et in tanta difficultate sicubi haesitauero intuentes in quam arduis gradiar facillime ignoscant, « s’il m’est arrivé de trébucher dans cette entreprise délicate, au vu du chemin ardu sur lequel je marche, ils voudront bien m’excuser sans faire de difficultés »), la nécessité de produire un écrit « aussi bref que possible » (quanta ualuero breuitate) pour ne pas lasser le lecteur par des explications fastidieuses, et pour finir, le recours à l’aide divine pour écrire son œuvre (illuminante Sancto Spiritu, « avec la lumière du Saint Esprit »42). Tous ces éléments sont à rattacher à la « représentation topique de l’auteur »43. Nous nous intéresserons plus particulièrement ici à la posture intérieure que le lecteur doit adopter lorsqu’il entre dans la lecture du Cantique des cantiques.

  • 44 Les trois règles d’interprétation veulent que l’Écriture soit interprétée dans son sens littéral, d (...)
  • 45 Just., In Cant., prologus (trad. Mercier 2022 : 419).
  • 46 Auwers & Gallas (2005 : 21).

20Sorte d’antichambre au commentaire proprement dit, ce prologue présente en effet un triple intérêt : il expose d’abord la méthode exégétique suivie par Juste, en évoquant « les trois pains » (tres panes) de Luc 11, 5 « comme figure des trois règles d’interprétation des anciens Pères » (uidelicet ut secundum praecedentium Patrum triformes expositionum regulas), préconisées par Origène44 ; il insiste ensuite sur le caractère « inscrutable » (inscrutabilia) et « caché » (inuoluta) du Cantique des cantiques en employant le vocabulaire topique du secret et du mystère et en montrant que le livre comporte des « enseignements plus élevés que les autres » (ceteris eminentiora)45 ; il propose, enfin, aux lecteurs un guide de lecture. Le commentateur ancien doit en effet « introduire le lecteur dans ce dialogue qu’est le Cantique, puis s’effacer en laissant le lecteur poursuivre le colloque singulier avec le Verbe »46. On peut dire de la même manière que Juste propose à ses lecteurs de s’élancer plus avant dans le Cantique des cantiques :

Sed quia tantae mysteriorum profunditates compendio sermonis nequeunt explanari, sufficiet lectori huius arcani, si patefactum reperiat ostium. Secretiora uero, quae illic rex aeternus recondi uoluit, infuso sibi desuper lumine, magister ipse, cum introierit, perscrutetur.

  • 47 Just., In Cant., prologus (trad. Mercier 2022 : 420).

Mais comme c’est trop peu d’un discours concis pour exposer de si profonds mystères, le lecteur se contentera de trouver la porte de cette chambre secrète ouverte : ce qui, par la volonté du roi éternel, s’y trouve enfermé de plus caché, il devra le scruter par lui-même quand, après avoir reçu la lumière d’en haut, il y aura pénétré47.

21Si Juste reconnaît volontiers les limites que lui impose « un discours concis » (compendio sermonis) dans la compréhension des mystères sacrés, en revanche, il permet à son lecteur de suivre un rite initiatique afin de pouvoir pénétrer davantage dans le texte biblique. Outre l’omniprésence du vocabulaire du secret (mysteriorum, « des mystères » ; huius arcani, « de ce secret » ; secretiora uero, « de plus caché »), on trouve effectivement l’image de la « porte » à ouvrir (ostium). C’est qu’il s’agit ici, pour l’âme du lecteur, d’entrer dans l’intimité amoureuse du Verbe.

  • 48 Voir Mt. 7, 7 ou 9, 9-13 ; Lc.11, 9.
  • 49 Guglielmetti 2011 n’inclut ni les Confessions, ni les sermons 46 et 51 dans les sources du commenta (...)
  • 50 Voir Aug., Conf. 3, 5, 9 (CSEL 33, p. 50).

22Cette image biblique48 de la porte, combinée à celle de l’entrée progressive dans les Écritures Saintes, n’est pas propre à Juste. Bien que rien ne permette d’affirmer avec certitude que Juste ait eu directement accès aux écrits d’Augustin49, elle est cependant déjà employée dans un passage des Confessions (3, 5, 9)50, où Augustin rapporte sa réaction orgueilleuse à sa première lecture des Écritures, passage célèbre qui rencontre un écho ailleurs, dans le Sermon 51, 6 :

Ita sit, fratres : securi creditis, non est unde erubescatis. Loquor uobis, aliquando deceptus ; cum primo puer ad diuinas scripturas, ante uellem afferre acumen discutiendi quam pietatem quaerendi, ego ipse contra me peruersis moribus claudebam ianuam Domini mei : quam pulsare deberem ut aperiretur, adducebam ut clauderetur. Superbus enim audebam quaerere, quod nisi humilis non potui inuenire.

  • 51  Pauliat (2022 : 29).

Qu’il en soit ainsi, frères : votre foi est sûre, vous n’avez aucun motif de rougir. Je vous le dis, il m’est arrivé de me tromper alors que, tout jeune encore, je voulais, pour étudier les Écritures divines, discuter avec subtilité plutôt que chercher avec piété. C’est moi, oui, c’est moi qui, par la perversité de mes mœurs, me fermais la porte de mon Seigneur. J’aurais dû frapper pour qu’elle me soit ouverte, mais j’ajoutais motif sur motif pour qu’elle reste fermée. Car j’avais l’audace de chercher avec orgueil ce que l’on ne peut trouver qu’avec humilité51.

23Ici, Augustin explique qu’il ne peut comprendre le sens profond des Écritures à cause de son orgueil et, qu’à ce titre, c’est lui-même qui se ferme la porte du Seigneur. Or, selon lui, pour pénétrer plus profondément dans l’Écriture Sainte, il convient de faire preuve d’humilité et de petitesse. Dans le Sermon 46, 35, il rappelle encore le caractère inaccessible du Cantique des cantiques, dont la compréhension n’est réservée qu’à un petit nombre capable de pousser la porte de ce mystère :

Etenim illa cantica aenigmata sunt, paucis intellegentibus nota sunt, paucis pulsantibus aperiuntur.

  • 52 Aug., Sermo 46, 35 (traduction personnelle).

Effectivement, ces cantiques sont des énigmes, seul un petit nombre les comprend et les connaît, seul un petit nombre frappe à leur porte et y a accès52.

24Or, pour faire partie de ce public de lettrés, le lecteur doit interpréter par lui-même le sens du texte, aussi difficile soit-il. Cet effort de recherche, qui aiguise l’intelligence, s’apparente à une démarche d’investigation poussée à son paroxysme, comme en témoigne l’emploi du préfixe per- dans le verbe au subjonctif présent (perscrutetur, « qu’il scrute »), mais cette démarche est progressive : le lecteur doit d’abord « pousser la porte » du texte, « si tant est qu’ il la trouve ouverte » (si patefactum reperiat ostium), puis, « une fois à l’intérieur du texte même » (cum introierit), en pénétrer le sens profond, habité par la grâce divine, qui seule permet de « scruter » les profondeurs et percer les mystères des Écritures Saintes. La compréhension de la Parole divine ne pourra se faire qu’à ce prix. Ainsi, Juste introduit son lecteur non pas à une connaissance, mais au trésor caché, spirituel des Écritures, plus précisément ici, au plus mystérieux, au plus chargé de mystères spirituels, des livres bibliques, à savoir le Cantique des cantiques, sommet de la vie de l’âme par excellence. Et les lecteurs auxquels il s’adresse dans son prologue sont des frères en Christ, c’est-à-dire sûrement des clercs et/ou des moines dont il a potentiellement la charge éducative.

Conclusion

25À la lumière de ces trois préfaces, force est de constater que Juste apparaît de toute évidence comme un fin connaisseur de la culture antique et patristique. Héritier des Pères de l’Église, il poursuit, avec la rédaction d’un commentaire sur le Cantique des cantiques, un double dessein : restaurer les études dans la péninsule ibérique et approfondir la vie spirituelle de ses frères en Christ. En tant qu’évêque d’Urgel, il fait partie de ces hommes de pouvoir qui, comme ses trois frères et son ami Serge de Tarragone, forment un cercle intellectuel lettré et qui ont les moyens de redresser l’Espagne wisigothique, après une période de troubles et de difficultés intenses, conséquence directe des invasions barbares du siècle précédent. Ainsi se concentre, autour de ces figures de proue, le pouvoir épiscopal : l’évêque devient une figure respectable et respectée, capable de rayonner non seulement dans son diocèse, mais aussi dans l’Espagne tout entière. Ces trois pièces liminaires témoignent ainsi de la vitalité intellectuelle qui semble regagner peu à peu la péninsule ibérique. En écrivant son commentaire sur le Cantique des cantiques et en l’adressant à une personnalité aussi importante que Serge de Tarragone, Juste n’entend pas seulement faire œuvre d’exégète ; il veut aussi, et surtout, participer, avec d’autres lettrés, à la restauration et à la reconstruction de son pays.

  • 53 Guglielmetti (2011 : xlvii-lvi).

26Mais la tâche est rude, aussi bien pour l’auteur que pour les destinataires des deux lettres-préfaces et du prologue. Certes, Juste confère à ces pièces liminaires une valeur littéraire indéniable, mais il entend aussi orienter ses lecteurs pour favoriser la réception de son œuvre. À plusieurs reprises, Juste souligne en effet la difficulté de son travail et sollicite la bienveillance de son lectorat, redoutant certainement les critiques qui pourraient lui être adressées. S’il dissocie nettement les pratiques de lecture et les pratiques d’écriture, il n’en demeure pas moins que toutes deux sont intrinsèquement liées, les premières étant conditionnées par les secondes. À Juste revient la tâche de maîtriser les pratiques d’écriture, depuis l’identification des besoins matériels que nécessite la production d’un texte, rendue difficile à son époque à cause de la pénurie matérielle de parchemins, jusqu’à l’élaboration du texte lui-même. Aux lecteurs, comme le diacre Juste, Serge de Tarragone ou le(s) destinataire(s) du prologue, incombe le devoir de lire, réceptionner, émender, conserver et diffuser son ouvrage. Or, ces pratiques sont celles de l’Antiquité tardive. Si l’on en croit les vingt-six manuscrits qui ont circulé dans le haut Moyen Âge53, elles ont largement contribué à l’élaboration d’une chaîne de production et de transmission fructueuse du commentaire de Juste.

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Bibliographie

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Notes

1 Voir Isidore de Séville, De Viris illustribus 34 : « Juste, évêque d’Espagne, de l’église d’Urgel, frère du dessus dit Justinien, fut l’auteur d’un petit traité sur le Cantique des cantiques, entièrement dédié à l’interprétation du sens. Ses frères Nebridius et Elpidius ont également apporté leurs écrits mais ils nous sont restés inconnus et nous n’en dirons rien de plus », (trad. Desgrugillers - Billard 2009 : 26).

2 Trad. Mercier 2022.

3 Just., Expl. in Cant. cant., Guglielmetti 2011 (éd.).

4 Iranzo Abellan (2004 : 252-254).

5 Fontaine (1998 : 376-377).

6 Des conciles importants se réunissent en Espagne au début du vie siècle : à Tarragone, en 516 ; à Gérone, en 517 ; à Lérida et à Valence, en 524 ; à Tolède, en 527. Ces conciles avaient pour but de repenser la vie monastique et de donner une nouvelle impulsion au clergé espagnol. Sur ce point, voir Riché (1995 : 168-169).

7 Mostert (1990 : 273).

8 Guglielmetti (2011 : 2).

9 Martin (2003 : 113)

10 Guglielmetti (2011 : 2).

11 Guillaumin (2014 : 335).

12 Guglielmetti (2011 : 6).

13 Sur le topos de l’incompétence de l’auteur, voir Janson (1964 : 124-127).

14 Fuhrer (2014 : 218).

15 Just., In Cant., epist. ad Sergium papam (trad. Mercier 2022 : 415).

16 Guillaumin (2014: 340 et 343).

17 Just., In Cant., epist. ad Sergium papam, (trad. Mercier 2022 : 415-416).

18 Que ce soit Juste d’Urgel qui envoie, de sa propre initiative, le manuscrit de son commentaire à son ami Serge de Tarragone est plutôt surprenant. En effet, très souvent, ce que l’on retrouve dans les sources de l’époque wisigothique, est un personnage qui demande une œuvre pour pouvoir la copier – en payant lui-même le parchemin – puis la restituer. L’Epistularium de Braulion de Saragosse (590-651) offre, à ce titre, des informations très intéressantes. Dans l’épître 17 (Miguel-Franco & Martin Iglesias 2018 : 76, 39-40), Braulion demande au prêtre et abbé Émilien de lui faire parvenir le commentaire d’Apringius sur l’Apocalypse, mais il s’engage à ce qu’il « soit rapidement copié et restitué » (citius enim et transcriberetur et remitteretur). Nous trouvons un cas similaire dans l’épître de Taion de Saragosse à Quiricus de Barcelone (Iranzo Abellan & Aguilar Miquel 2021 : 120, 30-31) : Taion a envoyé le manuscrit de ses Sententiae à Quiricus pour qu’il les copie, mais étant donné le retard de Quiricus à rendre le codex, Taion a dû le lui réclamer. Nous avons conservé la lettre de Quiricus dans laquelle il s’excuse pour ce retard : sed, quia deuinxistis me adiuratione diuini nominis ut sine ulla retardatione eum transmitterem, adeo per praesentem direxi (« mais, puisqu’en invoquant le nom de Dieu, vous m’avez exhorté à vous le rendre, je vous l’envoie sans délai par l’intermédiaire du présent messager »).

19 Janson (1964 : 141). L’étude de T. Janson porte sur la période qui suit le règne de Trajan jusqu’aux environs de l’an 500, mais cette pratique, qui consiste à solliciter le dédicataire pour qu’il relise ou corrige l’ouvrage, a perduré les siècles suivants.

20 Just., In Cant., epist. ad Sergium papam (trad.Mercier 2022 : 416).

21 Lambot (1939 : 109-121).

22 Marrou (1949 : 218-219).

23 Anheim & Chastang (2009 : 4).

24 La pénurie serait-elle liée à une épizootie ? La question pourrait être posée dans la mesure où tout parchemin représente une dépense colossale pouvant nécessiter l’abattage de plusieurs animaux et qu’il ne saurait être bon marché. Mais les sources historiques pour cette période ne font aucune allusion à une quelconque épidémie qui aurait touché les animaux en particulier plus que d’habitude. En réalité, comme nous l’avons déjà mentionné, le contexte, et notamment les conflits avec les Francs et la peste de 541, se suffit à lui-même pour justifier une pauvreté de moyens. Sur ce point, voir Guglielmetti (2011 : xliv)

25 Voir Just., In Cant., epist. ad Sergium papam (trad. Mercier 2022 : 416).

26 Le verbe coaptare signifie « adapter », « ajuster », « arranger ». D’où la traduction de Mercier par « disposer ».

27 Just., In Cant., epist. ad Iustum diaconum (trad. Mercier 2022 : 417).

28 Janson (1964 : 116-117) ; Fuhrer (2014 : 217 et 223).

29 Les prologues des épîtres de Jérôme, adressées à Paula, Eustochius ou à d’autres interlocuteurs, ont souvent recours à ce même langage (cogis, cogitis). Ainsi, la lettre au pape Damase, qui sollicite Jérôme pour une nouvelle traduction latine des quatre Évangiles, commence de la manière suivante : Beatissimo papae Damaso Romae, Jeronimus, salutem in Christo. Nouum opus facere me cogis… (« Au bienheureux Damase, pape de Rome, Jérôme, salut dans le Christ. Tu me demandes d’écrire un nouvel ouvrage… »).Cette entrée en matière devient de cette façon un moyen utile de justifier le hasard de se proposer comme exégète, et une variante du locus humilitatis.

30 Just., In Cant., epist. ad Iustum diaconum (trad. Mercier 2022 : 417).

31 Spicq (1944 : 12).

32 Riché (1995 : 169).

33 Petrucci (1984 : 605).

34 Riche (1999 : 39). On se reportera au texte officiel du Concile de Tolède II et plus particulièrement au canon 1 qui précise les conditions de cet enseignement des futurs clercs : de his quos uoluntas parentum a primis infantiae annis clericatus officio manciparit, statuimus obseruandum ut mox detonsi uel ministerio electorum contraditi fuerint in domo ecclesiae sub episcopali prasentia a praeposito sibi debeant erudiri, « à propos de ceux qui, selon la volonté de leurs parents, ont été confiés, dès leur plus jeune âge, aux devoirs cléricaux, nous avons décidé de faire remarquer que, dès qu’ils reçoivent la tonsure ou qu’ils sont remis au ministère des élus, ils doivent être instruits dans une école épiscopale, sous la surveillance de l’évêque, par un préposé à cette fonction ».

35 Lacocque (1962 : 38).

36 On sait que deux commentaires sur le Cantique des cantiques ont été perdus avant Juste : celui de Victorin de Poetovio et celui de Reticius d’Autun, deux auteurs de la seconde moitié du iiie siècle. Nous avons connaissance de leur existence grâce au catalogue bibliographique que dresse saint Jérôme dans son De Viris illustribus (notices 74 et 82) car celui-ci avait à cœur de faire connaître les écrits de langue latine, aussi mineurs soient-ils. Impossible de dire si ces commentaires portaient sur la totalité du Cantique des cantiques et si Juste y a eu accès ou non.

37 Janson (1964 : 113-159).

38 Juste fait certainement allusion à Origène, dont il connaissait le commentaire du Cantique des cantiques, peut-être aussi, dans une moindre mesure, à Grégoire d’Elvire, mentionné par Guglielmetti 2011 comme une source notable de Juste. Manifestement, il n’a pas eu connaissance du commentaire d’Hippolyte.

39 On la trouve par exemple dans le prologue des Homélies sur le Cantique d’Origène, écrit par Jérôme, qui s’excuse auprès du pape Damase de ne lui offrir qu’un hors d’œuvre, en comparaison du grand commentaire.

40 Just., In Cant., epist. ad Iustum diaconum (trad. Mercier 2022 : 417).

41 Curtius (1991 : 154-157).

42 Just., In Cant., prologus (trad. Mercier 2022 : 418-420).

43 Guillaumin (2014 : 353).

44 Les trois règles d’interprétation veulent que l’Écriture soit interprétée dans son sens littéral, dans son sens moral et dans son sens spirituel, ainsi qu’Origène l’a défini dans ses enseignements. Sur cette question, voir de Lubac 1959-1964.

45 Just., In Cant., prologus (trad. Mercier 2022 : 419).

46 Auwers & Gallas (2005 : 21).

47 Just., In Cant., prologus (trad. Mercier 2022 : 420).

48 Voir Mt. 7, 7 ou 9, 9-13 ; Lc.11, 9.

49 Guglielmetti 2011 n’inclut ni les Confessions, ni les sermons 46 et 51 dans les sources du commentaire de Juste. De fait, même si les Confessions sont connues dans l’Antiquité tardive, la bibliothèque d’Urgel ne semble pas avoir été très riche. Juste aurait pu en avoir connaissance de manière indirecte, par l’intermédiaire d’un autre auteur.

50 Voir Aug., Conf. 3, 5, 9 (CSEL 33, p. 50).

51  Pauliat (2022 : 29).

52 Aug., Sermo 46, 35 (traduction personnelle).

53 Guglielmetti (2011 : xlvii-lvi).

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Pour citer cet article

Référence électronique

Édith Maillot, « Lecture littéraire des paratextes du commentaire au Cantique des cantiques de Juste d’Urgel »Vita Latina [En ligne], 204 | 2024, mis en ligne le 01 février 2024, consulté le 26 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/vita/322 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/vita.322

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Auteur

Édith Maillot

Université de Strasbourg
Faculté de théologie catholique, UR 4377
Docteur en Langues, Histoire et Civilisations des Mondes Anciens.
Champs de recherches : patristique latine, exégèse biblique, haut Moyen Âge occidental, Cantique des cantiques.
Publication : « La lecture mariale de Ct 4, 11 et 6, 12 dans le commentaire de Juste d’Urgel », RevSR 97,1, 2023, p. 41-52.

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Droits d’auteur

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