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Présence d’Auguste et représentation du principat dans l’Ab Vrbe Condita de Tite-Live

The presence of Augustus and the representation of the principate in Livy's Ab Vrbe Condita
Bernard Mineo

Résumés

Tite-Live a entrepris la composition de son Ab Vrbe Condita dans le même temps qu’Octavien / Auguste mettait en place, progressivement, sa politique de rétablissement de l’État (respublica restituta). L’étude de la place d’Auguste et de l’instauration du principat dans l’œuvre livienne, tant dans sa structure dialectique qu’à travers le recours à des analogies entre certaines figures historiques (Évandre, Romulus, Camille) et le princeps permet de mesurer le caractère déterminant de ce contexte pour l’orientation idéologique de l’œuvre.

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Texte intégral

Introduction

1On n’a pas toujours mesuré à quel point le contexte historique fut déterminant pour la conception même de l’Ab Vrbe Condita de Tite-Live. Pourtant, les années qui suivirent immédiatement Actium, de la fermeture du temple de Janus en 29 av. J.-C. au retour d’Octavien et à son triple triomphe la même année, à l’attribution enfin au prince en janvier 27 du titre d’Auguste, constituent en réalité le point de convergence de l’histoire livienne, comme le laissent apparaître l’étude de la conception cyclique du temps observable dans cet ouvrage, et le recours par l’auteur à des figures historiques dont la fonction narrative est avant tout de constituer des passerelles temporelles permettant de relier Auguste à de prestigieuses préfigurations, en recourant au procédé de l’analogie, si répandu dans la pensée antique. Une fois établi le caractère structurant de la figure impériale et de l’instauration du principat, il nous restera encore à interpréter la signification de cette présence d’Auguste dans l’ADN même de l’œuvre, de façon à essayer d’éclairer autant que possible la philosophie politique de l’historien et son rapport à la respublica augustéenne.

1. Place d’Auguste et de l’instauration du principat dans la dialectique livienne de l’histoire

1.1. Datation du début de la composition de l’œuvre

  • 1 Sur la datation du début de composition de l’œuvre, Mineo (2006 : 12-14). J. Bayet fait commencer l (...)
  • 2 Liv. 1, 19, 3.

2On ne saurait comprendre la place qu’occupent Auguste et l’instauration du principat non plus que l’orientation idéologique de l’Ab Vrbe Condita de Tite-Live sans prendre en considération le moment historique où l’historien conçoit son projet et commence la rédaction de son ouvrage1. Quand Tite-Live écrivit-il la version du texte qui nous est parvenue ? Tout laisse supposer qu’il faille situer les débuts de la rédaction de l’œuvre entre 27 et 25 av. J.-C. C’est en effet ce que permet d’imaginer l’allusion de notre auteur à la deuxième fermeture du temple de Janus au livre I, où Tite Live utilise le titre d’Augustus qui ne fut accordé à Octave qu’en 272.

  • 3 Liv. 1, 19, 3.

3Le fait qu’il ignore encore la troisième fermeture du temple en 25, intervenue à l’occasion de la victoire romaine sur les Cantabres, en Espagne, semble indiquer que cet événement n’avait pas encore eu lieu3.

  • 4 Mineo 2016a.

4Il est probable cependant que la conception même de l’œuvre, l’élaboration de son plan, soient quelque peu antérieures à ces dates. À cet égard, on relèvera, en particulier, l’importance que le Padouan accorde au thème d’une refondation de Rome sous un nouveau Romulus, essentiel pour la structuration dialectique de l’œuvre, l’importance fondamentale reconnue à la concordia et donc à la réconciliation nationale, la grande similitude des projets virgilien et livien4 : l’ensemble de ces données nous laissent penser que l’œuvre a pu être conçue après 31 et un peu avant 27, dans une période où l’on s’interrogeait encore sur la forme que devait prendre le nouveau régime, et où l’on espérait voir Rome renaître de ses cendres sous les auspices d’un nouveau Romulus, un rôle, on le sait, revendiqué par Octavien.

1.2. Contexte politique5

  • 5 La bibliographie sur le principat d’Auguste est immense. Nous nous contenterons de renvoyer ici à C(...)
  • 6 Dans les Res Gestae Auguste emploiera ce terme pour définir son autorité incontestée à la tête de l (...)
  • 7 Hurlet & Mineo 2009 avec bibliographie dans les pages d’introduction sur l’interprétation de la not (...)

5Toute cette période est en fait caractérisée par les efforts de redressement national déployés par l’héritier de César, sur le plan moral et religieux en particulier, avec la réfection en 28 de plus de 82 temples par le nouveau maître du pouvoir, qui affichait ainsi sa pietas et son attachement aux cultes et aux rites nationaux, et notamment à ceux d’Apollon, le dieu protecteur du prince sous les auspices duquel celui-ci prétendait inaugurer un nouveau cycle de l’histoire de Rome. Il s’agissait enfin d’opérer un redressement politique. Ainsi, en janvier 27, le sénat, après avoir pensé donner au prince le nom de Romulus, lui conférait celui d’Auguste, terme susceptible de désigner celui qui détient l’auctoritas, et donc une figure d’essence divine permettant le développement de Rome (augere). Mais, dans les apparences, le nouvel Auguste n’est que le princeps6, le premier d’entre les Romains, lequel prétend rétablir l’autorité des lois ainsi que la santé de l’État (respublica restituta)7. Le modèle proposé est celui d’une monarchie qui ne veut pas dire son nom et dont on soigne la façade républicaine, dessinée en contrepoint du modèle de la monarchie hellénistique incarnée, dans la propagande d’Octave, par le couple que forment Antoine et Cléopâtre.

1.3. L’instauration du principat en 27 av. J.-C. comme nadir historique et pivot entre deux cycles d’histoire de Rome

1.3.1 Situation dialectique de l’instauration du principat dans la préface

6L’édition du Livre 1 qui nous est parvenue, rédigée entre 27 et 25, a donc pu prendre en compte les événements institutionnels de janvier 27 qui métamorphosèrent le jeune César en un Auguste, prétendant ouvrir, sous les auspices d’Apollon, un nouveau cycle de l’histoire de Rome. Un passage célèbre de la préface nous permet de percevoir la place que cette instauration du principat occupait au cœur de la représentation livienne de l’histoire, conçue comme une dialectique opposant concorde et discorde dans le cadre d’une conception organiciste et cyclique :

Ad illa mihi pro se quisque acriter intendat animum, quæ uita, qui mores fuerint, per quos uiros quibusque artibus domi militiæque et partum et auctum imperium sit ; labante deinde paulatim disciplina uelut dissidentes primo mores sequatur animo, deinde ut magis magisque lapsi sint, tum ire cœperint praecipites, donec ad haec tempora quibus nec uitia nostra nec remedia pati possumus peruentum.

  • 8 Trad. Mineo. Toutes les traductions contenues dans la suite de cet exposé sont de l’auteur, sauf in (...)

Ce qu’il me plairait que l’on s’emploie, chacun pour sa part, à étudier attentivement, c’est la vie et les mœurs d’autrefois, ce sont les grands hommes et les politiques qui permirent, dans la paix comme dans la guerre, d’établir notre empire et de l’étendre ; que l’on s’attache, ensuite, à suivre par l’esprit d’abord une sorte de dissension morale, accompagnant un relâchement progressif de la discipline, puis, un relâchement de plus en plus marqué, et finalement le début d’un mouvement d’effondrement précipité, jusqu’à nos jours, où il ne nous est pas plus possible d’endurer nos vices que leurs remèdes8.

7Il est apparu à beaucoup que ces lignes sévères sur les mœurs contemporaines ne pouvaient pas s’accorder avec des sympathies pour le nouveau pouvoir, et une lecture biaisée par certains a priori a souvent conduit à interpréter la tonalité pessimiste de ce passage comme un indice de la distance du Padouan vis-à-vis de l’empereur.

  • 9 Mineo (2006 : 109-124).
  • 10 Sur la conception cyclique de l’histoire, on se référera à ma thèse de doctorat (Mineo 1994) puis à (...)

8Or, ce même passage de la préface est en réalité susceptible d’apparaître comme un indice du pari engagé par Tite-Live en faveur de la réussite de la politique de restauration morale, religieuse et politique engagée par l’empereur mais qui se heurtait à certaines résistances9 : il est au demeurant possible que ces remedia soient une allusion à la tentative avortée de faire passer, autour de 28 av. J.-C., des lois encourageant le mariage et réprimant l’adultère, d’où probablement la remarque de Tite-Live sur l’incapacité de ses contemporains à accepter les remèdes qui leur étaient proposés. Quant à la nécessité marquée de ces remedia en raison de l’impossibilité d’endurer les uitia, elle s’explique dans le cadre d’une conception cyclique de l’histoire10, qui présente la situation contemporaine, à savoir le chaos né d’une guerre civile dont les cendres sont à peine refroidies, à la fois comme un nadir, autrement dit le point le plus bas de l’évolution historique (ce qui rend compte de la tonalité pessimiste et sévère) et comme un pivot temporel : Rome encore fumante, ne peut davantage descendre dans les abîmes : elle doit définitivement disparaître, tout au moins ne plus être elle-même, ou renaître pour un nouveau cycle de vie, ainsi qu’Auguste s’y est engagé en plaçant son action sous le patronage d’Apollon dont il a inauguré le temple sur le Palatin en octobre 28, à un moment correspondant à la gestation des premiers livres de l’Ab Vrbe Condita de Tite-Live. La sévérité du ton est donc celle d’un censeur qui soulignerait la nécessité d’un sursaut moral de la part de ses compatriotes, de sorte que ce passage de la préface, loin de constituer une prétendue preuve du scepticisme livien à l’endroit d’Auguste, nous paraît refléter, au contraire, une étroite communauté de pensée et de sentiments entre les deux hommes.

9Mais il est cependant probable que l’historien devait aussi avoir pour ambition d’encourager le prince à prendre la bonne direction en lui tendant le miroir des vertus et des politiques qui avaient fait la grandeur passée de Rome, ce que suggère le passage de la préface rappelant que l’histoire offre des exemples à suivre et d’autres à éviter, et que son étude est salutaire et fructueuse (praef. 10). Ces données laissent donc penser que si l’historien entendait accompagner les efforts permettant la renaissance romaine en montrant la voie à ses contemporains, il n’agissait ni en opposant ni en courtisan, mais en amoureux de Rome.

1.3.2. Situation de l’instauration du principat au sein de la conception livienne d’un temps cyclique

  • 11 Mineo 2006.

10On comprendra mieux la place qu’occupe cette instauration du principat, et le fait que celui-ci soit représenté comme un nadir, en reconstituant la conception cyclique de l’ouvrage, dont j’ai pu décrire le fonctionnement détaillé dans un ouvrage publié en 200611. Je me contenterai donc ici d’en rappeler les grandes lignes de façon à éclairer la place qu’y occupaient Auguste et l’instauration du principat.

  • 12 Sur la conception organiciste de la cité livienne et sur les origines de cette conception, voir Min (...)

11Tite-Live, comme bien des historiens et philosophes antiques, concevait la cité comme un organisme passant par toutes les phases du vivant : la naissance, la croissance, l’âge mûr, le déclin et la mort12. Or c’est le degré d’épanouissement des valeurs morales (fides, pietas, moderatio, iustitia, disciplina, modestia) qui détermine les progrès ou les reflux de la concorde et par là-même l’épanouissement ou le dépérissement de Rome. C’est parce que l’union nationale (concordia), la paix avec les dieux (pax deorum), la discipline militaire (disciplina) et la loyauté (fides) finissent par prévaloir que Rome peut prospérer. Non sans peine : ses vraies victoires sont celles qu’elle sait remporter en maîtrisant progressivement les facteurs psychologiques qui minent la qualité des relations politiques. L’hostilité (inuidia), l’excessive liberté (licentia) de la plèbe, l’orgueil (superbia) des patriciens doivent pouvoir être réfrénés pour que puisse triompher la concordia. L’appétit personnel de gloire doit passer après l’intérêt de l’État ; la loyauté (fides) qui soude l’imperium ne retrouve toute sa vigueur que lorsque Rome est capable de retrouver les voies de la douceur (clementia) ; c’est en renonçant aux actes de cruauté (saeuitia) que les Romains peuvent espérer transformer leurs succès en victoire définitive. Celle-ci ne saurait cependant être possible que grâce au maintien de la paix avec les dieux (pax deorum) et à l’accomplissement des devoirs à leur égard (pietas).

  • 13 Mineo (2006 : 206-221).

12Dans le récit livien, le sort des armes romaines paraît étroitement dépendre de la bonne entente civique : la discorde, souvent illustrée au sommet de l’État par la mésentente entre les consuls, produit en effet la défaite, tandis que l’union nationale produit l’inverse. Cette présentation des faits est, à l’évidence, par trop systématique et schématique pour avoir quelque chance de refléter très exactement la réalité historique : une illustration de cette déformation historique à des fins démonstratives est précisément offerte par les livres 4 et 5 de Tite-Live où l’historien dessine une plongée aux enfers de Rome où la discorde croissante est présentée comme la cause fondamentale du déclin moral de la cité, prélude à son effondrement militaire et à la prise de la ville par les Gaulois : celle-ci n’est en effet rendue possible que par l’absence de Camille, victime de l’inuidia plebis, tandis que la réconciliation autour du vainqueur de Véies et l’unité nationale permettront la renaissance de la Ville13.

13Travaillée comme elle l’est par une incessante dialectique opposant à tout moment concorde et discorde, l’histoire livienne de la cité dessine de la sorte des tendances ascendantes ou descendantes, dont les modalités, caractérisées par leur progressivité, sont décrites par l’historien dans le passage de la préface cité précédemment.

  • 14 Mineo (2006 : 206-221). L’ensemble de cet ouvrage vise à démontrer la réalité de cette conception c (...)

14Or, le temps livien, selon l’hypothèse que nous avons faite14 serait en réalité constitué de deux cycles d’égale durée (360/365 ans), l’un historico-légendaire, l’autre plus historique, et chacun d’entre eux se subdiviserait en tendances historiques (ascendante puis descendante) de 180 ans. L’analyse du texte livien, suggère en effet très nettement l’utilisation par l’auteur des principes fonctionnels de la Grande Année, à savoir l’alternance de tendances ascendantes et descendantes de même durée, s’articulant autour de pivots historiques constituant autant de zéniths ou de nadirs. Des liens analogiques permettent en particulier de relier, au terme de chaque tendance, les différents moments-clé de l’histoire, lesquels coïncident toujours avec le rôle d’un personnage chargé des destins de la ville, un dux fatalis.

15Les cycles de l’histoire livienne de Rome (les mécanismes du premier reflétant de façon analogique ceux des autres) feraient donc défiler les duces fatales suivants : Romulus (fondation), Servius Tullius (premier apogée), Camille (prise de Rome par les Gaulois, refondation de l’Vrbs et l’inauguration d’un deuxième cycle de l’histoire de Rome), Cornelius Scipio Africanus Major (deuxième apogée de Rome, disparition du metus hostilis, ouverture de la perspective d’une expansion en Méditerranée), Auguste (deuxième nadir, fin des guerres civiles et refondation de Rome, et l’inauguration d’un troisième cycle d’histoire romaine).

La conception cyclique de l’Histoire de Tite-Live

La conception cyclique de l’Histoire de Tite-Live
  • 15 Mineo (2006: 293-322).

16De nombreux indices confirment, en effet, qu’Auguste intervenait au terme d’un nouveau déclin commencé après la bataille du Métaure en 20715, et inaugurait ensuite, à partir de l’instauration du principat en 27 av. J.-C., une ère nouvelle, selon une logique redevenue ascendante, que le récit livien conduit jusqu’en 9 av. J.-C., qui correspond au livre 142, lequel constitue le point final apparent de l’œuvre.

  • 16 Mineo (2006: 237-241).

17Il n’est pas difficile en réalité de deviner derrière ces choix, le désir de l’auteur de mettre en perspective la signification des débuts du principat. La dialectique livienne de l’histoire indique assez l’espoir qu’entretenait Tite Live d’une nouvelle naissance de Rome sous les auspices d’Auguste, laquelle devait intervenir au terme d’un long processus de déclin, comme cela avait été le cas une première fois à l’époque de Camille, au livre 516.

  • 17 Mineo (2016a: 165-204).

18L’instauration du principat par Auguste en 27 av. J.-C constitue donc le point de convergence du mouvement historique tel qu’il est conçu par le Padouan, à l’instar de la place qu’occupe ce même événement dans l’Énéide de Virgile, conçue exactement dans la même période que l’Ab Vrbe Condita17. Tite-Live a donc voulu situer historiquement le principat augustéen à un moment constituant à la fois un nadir mais portant aussi l’espoir d’un renouveau, laborieux certes, car on repart d’une situation chaotique, mais logiquement en marche. L’historien se serait donc engagé, au moyen de son Histoire de Rome, à encourager le développement de cette nouvelle tendance ascendante en offrant le miroir des vertus nécessaires à la renaissance de l’Vrbs. Il s’adressait là bien sûr à ses contemporains, mais on ne peut exclure qu’il ait cherché aussi à éclairer les choix du prince, conformément à la conception de l’histoire qui se veut au service du politique.

19Cela n’en fait pas un thuriféraire du nouveau pouvoir : l’historien, à l’instar d’un Virgile, d’un Properce ou d’un Horace, fait le pari de la réussite du projet de respublica restituta (rétablissement de la santé de l’état, sur le plan politique, moral et religieux) du jeune Octavien, seule perspective souhaitable après Actium, bien préférable au retour à la guerre civile.

2. Présence d’Auguste et du principat par le biais de figures historiques analogiques

2.1. Des duces fatales analogiques : principes généraux

20La place d’Auguste et des événements de 27 av. J.-C. est donc fondamentale pour comprendre l’œuvre. Pour décrypter la structure cyclique de l’ouvrage, et mettre en perspective la fonction refondatrice du princeps autour de 27 av. J.-C., le lecteur antique disposait encore d’indices très nets inscrits en profondeur dans l’ouvrage. Les liens analogiques établis entre les chefs orientant le destin de Rome (les duces fatales), Romulus, Servius Tullius, Camille, Scipion l’Africain, illustrent la nature du dispositif auquel a recouru l’historien pour mettre en œuvre sa dialectique de l’histoire.

21La plupart d’entre eux (Évandre-Romulus-Camille) sont éclairés en effet d’un reflet augustéen qui permet d’activer l’analogie avec le princeps : ils sont alors conditores, c’est-à-dire fondateurs ou refondateurs de Rome (Romulus et Camille), auctores (garants du développement de Rome par la qualité de leurs auspices), patres patriae, hommes providentiels dont l’intervention a permis de faire naître ou renaître la patrie en assurant sa sauvegarde et sa pérennité. L’apollinisme, si important au livre 5 pour Camille, constitue aussi dans bien des cas un élément analogique permettant de relier les figures fondatrices du passé à Auguste. C’est ce souci de parer ces figures de qualités augustéennes qui a pu conduire Tite-Live à infléchir quelque peu la tradition les concernant.

2.2. Évandre

22C’est à Évandre que revient l’honneur de servir de véritable prototype augustéen, à l’intérieur de l’Ab Vrbe Condita, et d’être le premier de ces duces fatales qui devaient conduire, cycle après cycle, à Auguste. L’intention de Tite-Live d’établir un pont temporel entre le roi légendaire de Pallantée et le princeps se manifeste ici de plusieurs façons.

  • 18 Delcourt (2001: 839).

23Tout d’abord par la continuité établie entre eux à travers la pratique du rite grec. Cela est particulièrement net dans ce passage où Évandre est évoqué à l’occasion du récit des sacrifices offerts par Romulus à Hercule selon le ritus Graecus (Liv. 1, 7, 3). C’est alors l’occasion d’un étonnant retour en arrière18 qui va permettre à Tite-Live d’introduire dans son récit de subtils effets de miroir entre Évandre, Romulus et Auguste.

24Ce développement sert de fait tout d’abord de récit d’origine aux cérémonies de l’Ara Maxima Herculis qui furent sans doute l’objet de la sollicitude impériale dans le cadre de sa politique de renouveau du culte archaïque de divinités nationales. Surtout, il semble bien que Tite-Live ait cherché dans ce même passage à suggérer l’analogie entre les fondements du pouvoir d’Évandre et ceux d’Auguste :

Euander tum ea, profugus ex Peloponesso, auctoritate magis quam imperio regebat loca, uenerabilis uir miraculo litterarum, rei nouae inter rudis artium homines, uenerabilior diuinitate credita Carmentae matris, quam fatiloquam ante Sibyllæ in Italiam aduentum miratae eae gentes fuerant.

  • 19 Liv. 1, 7-8. 

À cette époque, Évandre, un réfugié venu du Péloponnèse, gouvernait ces lieux en s’appuyant bien plus sur son autorité que sur un pouvoir officiel. On le vénérait en raison de sa connaissance merveilleuse de l’écriture, chose inouïe chez ce peuple grossier ; on le vénérait plus encore en raison de la divinité que l’on prêtait à sa mère Carmenta qui avait fait l’admiration de ces nations avant l’arrivée de la Sibylle en Italie19.

25Auctoritate magis quam imperio : la formule ne saurait mieux définir l’essence du principat, tel qu’il prétend se définir dans les Res Gestæ, et sa proximité avec la définition qu’Auguste y donne de son rôle dans l’État est frappante :

Post id tempus auctoritate omnibus praestiti, potestatis autem nihilo amplius habui quam ceteri, qui mihi quoque in magistratu conlegae fuerunt.

  • 20 RGDA 34.

Dès lors, je l’emportai en autorité sur tous, sans posséder aucunement de pouvoir plus grand que celui de tous ceux qui furent également mes collègues dans ma magistrature20.

  • 21 Delcourt (2001 : 833).
  • 22 MINEO (1997 : 44-55 ; 162-175) ; (2006 : 144-155 ; 162-175 ; (2015 : 145-146).

26On retrouve même, dans l’évocation de la filiation du roi, un incontestable symbolisme apollinien, si central dans la propagande religieuse grâce à laquelle le principat tente de s’imposer. Même s’il s’agit d’abord, en apparence, de présenter l’origine du nom de la Porte Carmentale, le choix de « Carmenta » ne manque pas d’évoquer sémantiquement les Carmina, ces fameux livres du destin dont Auguste a précisément envisagé puis entrepris le transfert dans le temple palatin d’Apollon. Le commentaire livien faisant de Carmenta une Sibylle avant la lettre, souligne sa proximité avec la source de connaissance des fata désormais sous la protection du dieu de Delphes21. On se rappelle aussi que, par la suite, ce sera au collège chargé de la consultation des livres sibyllins qu’il reviendra d’être le gardien de ce même rite. L’appartenance d’Auguste au collège des quindécemvirs, l’actualité du transfert des Carmina, l’importance du ritus Graecus dans les cérémonies qui ont permis la consécration du temple apollinien, emblème du nouveau pouvoir, sont à mettre assurément en relation avec ces données du texte livien22.

27On ne trouvera nulle ambiguïté dans la présentation livienne d’Évandre : Tite-Live reconnaît un rôle positif à ce proto-princeps, soutien de l’ordre et de la civilisation.

2.3. Romulus23

  • 23 La bibliographie sur Romulus est immense, et il serait hors de propos de prétendre ici à l’exhausti (...)

28Les analogies entre Auguste et Romulus étaient à la fois faciles et difficiles à établir. Faciles, puisque Octave avait ouvertement affiché sa prétention à être un nouveau Romulus ; difficiles, parce que la légende du personnage était déjà trop élaborée pour pouvoir aisément être infléchie.

  • 24 Miles (1995: 164-165).
  • 25 RGDA 34, 3; Miles (1995: 164-165).

29On notera que la similitude existant entre la figure impériale et celle du roi fondateur est tout d’abord très générale. Ainsi G. B. Miles a-t-il pu montrer comment la présentation livienne de Romulus insistait particulièrement sur le soutien populaire dont avait joui le roi et sur le fait que la grandeur de celui-ci ne devait pas tout aux origines divines et royales du personnage mais qu’au contraire ses succès s’expliquaient principalement par son mérite personnel24. Une configuration générale donc qui ne peut manquer de faire penser à l’auto-représentation d’Auguste dans les Res Gestæ dans lesquelles l’empereur semble vouloir rendre compte de son exceptionnelle auctoritas en insistant sur l’importance de ses réalisations et de ses bienfaits25 tandis que le reste de sa propagande, à travers l’architecture, le monnayage en particulier, ne manque pas de rappeler sa divine ascendance.

30Dans le détail, on relèvera également un certain nombre d’éléments susceptibles d’établir une relation entre les deux personnages.

  • 26 Liv. 1, 6, 4.

31C’est ainsi que l’évocation du Palatin intervient de façon notable dans la construction de l’analogie. Elle est, comme on le sait, dans le récit livien, la colline au pied de laquelle les jumeaux furent recueillis et où ils furent élevés ; c’est encore le point géographique d’où Romulus dessina son templum céleste pour prendre les auspices26. C’est aussi, dans la réalité politique, la colline où naquit Auguste, celle où il devait élire domicile, où il devait prétendre avoir observé douze vautours lorsqu’il y prit les auspices lors de son premier consulat en 43 av. J.-C. C’est là qu’il consacra en octobre 28 av. J.-C. le temple consacré à Apollon, ce dieu sous les auspices duquel le prince entendait inaugurer une ère nouvelle pour la Ville ; c’est encore sur cette même colline que l’empereur allait faire construire cette domus aux apparences modestes, située entre le nouveau temple d’Apollon et le Faustuli tugurium. On relèvera en particulier le caractère singulièrement insistant du commentaire narratif par lequel Tite-Live souligne le lien entre le choix du Palatin pour y fonder une ville et le fait d’y avoir été exposé et éduqué :

Cupido cepit in iis locis ubi expositi ubique educati erant urbis condendae. […] Palatium primum, in quo ipse erat educatus, muniit.

  • 27 Liv. 1, 6, 3 & 7, 3.

Ils furent saisis du désir de fonder une ville à l’endroit où ils avaient été exposés et élevés. […] Il commença par fortifier le Palatin sur lequel il avait lui-même été élevé27

La façon dont Tite-Live met, par ailleurs, en valeur la fonction de conditor de Romulus et lui fait jeter les fondements de l’État laisse apparaître une nouvelle fois une grande conformité avec la conception augustéenne du pouvoir.

32Il s’agit tout d’abord pour lui de fondre (coalescere) des éléments humains fort disparates en un seul corps civique homogène placé sous une autorité unique, comme Énée l’a déjà fait dans le récit livien pour unir Aborigènes et Troyens :

Rebus diuinis rite perpetratis uocataque ad concilium multitudine quae coalescere in populi unius corpus re praeterquam legibus poterat, iura dedit.

  • 28 Liv. 1, 8, 1 (Trad. G. Baillet). À propos de l’union entre Aborigènes et Troyens sous l’égide d’Éné (...)

Après s’être acquitté régulièrement des fonctions religieuses, il réunit en assemblée cette foule qu’on ne pouvait fondre en un peuple homogène que par les liens juridiques, et il lui donna des lois28.

  • 29 Voir Mineo (2006 : 63-67) ; (2015 : 127-130).

33Or, nous retrouvons là une représentation organiciste et dualiste de la cité fort ancienne mais néanmoins d’actualité, puisqu’elle constitue le cadre de la société impériale soudée autour de son chef par le consensus29.

  • 30 Liv. 1, 11, 2 : Ita rem coalescere concordia posse (« Ainsi la concorde permettrait que s’affirme l (...)

34De fait, la "recette" romuléenne autorisant la croissance organique de la cité se trouve être, elle aussi, typiquement augustéenne, puisqu’il s’agit de la concordia. Or, les récits traditionnels des premiers combats que Romulus avait livrés pour affirmer la puissance de Rome ne laissaient guère de place a priori à un Romulus qui eût été l’homme du consensus et de la méthode douce. Il n’en est que plus significatif que Tite-Live se soit malgré tout employé à le faire en montrant le fondateur de la ville acceptant volontiers de suivre la politique de concorde que lui suggère son épouse Hersilia afin de renforcer l’unité et la puissance de Rome30.

  • 31 Liv. 1, 13, 4-8.

35L’importance de la concordia dans la politique de Romulus est encore rehaussée par le commentaire livien visant à caractériser le règne conjoint de Romulus et de Tatius, après la fusion des peuples romains et sabins faisant valoir l’idée que inde non modo commune, sed concors etiam regnum duobus regibus fuit (« non seulement les deux rois régnèrent ensemble, mais ils le firent en plus dans un esprit de concorde »)31.

36Un autre aspect important de l’éclairage analogique du personnage de Romulus tient à son activité religieuse qui offre l’image d’une pietas dont les caractéristiques méritent d’être rapportées à la politique religieuse augustéenne.

37Le plus intéressant est incontestablement l’évocation des sacrifices offerts par Romulus à Hercule selon le rite grec, à l’origine de l’institution du culte de l’Ara Maxima Herculis par Évandre, ainsi qu’on vient de le voir. Cet épisode permet en effet de faire de Romulus le garant d’un ritus Graecus qui se trouve ainsi étroitement lié aux origines et aux destins de la cité. Son institution ne remonte-t-elle pas, en effet, au fils de Carmenta, une prophétesse dont Tite-Live a pris soin de souligner qu’elle était l’équivalent de la Sibylle avant l’arrivée de cette dernière en Italie ? Romulus, tout comme Évandre, permet d’établir une chaîne continue aboutissant à Auguste et permettant la transmission du ritus Graecus.

  • 32 Liv. 1, 7, 10.

38Mais ce même passage évoque aussi la future apothéose évhémériste d’Hercule32, vainqueur de Cacus, et la met en rapport avec celle de Romulus :

Haec tum sacra Romulus una ex omnibus peregrina suscepit, iam tum immortalitatis uirtute partae ad quam eum sua fata ducebant fautor.

  • 33 Liv. 1, 7, 15 (trad. G. Baillet). L’interprétation évhémériste de la divinité de Romulus est déjà p (...)

Ce fut à cette époque le seul culte étranger qu’adopta Romulus : il admettait déjà l’immortalité conquise par le mérite, celle à laquelle le conduisait son destin33.

  • 34 Voir Mineo (2006 : 171).

39Tel est également l’avenir que les poètes contemporains de Tite-Live laissent espérer à Auguste, prince dont la victoire sur le chaos semble devoir lui assurer une place dans le panthéon romain en tant que bienfaiteur de l’humanité. De ce fait, il paraît logique de penser que la série d’apothéoses que laisse miroiter celle d’Hercule dans le récit étiologique livien relatif à l’Ara Maxima vise à renvoyer, par analogie, à la perspective d’une future divinisation de l’empereur, pour peu qu’il remplisse effectivement la mission salutaire que les destins lui ont confiée. C’est bien ce que laissent aussi apparaître le récit virgilien de la rencontre d’Évandre et d’Énée, au chant 8 (Verg. Æn. 8, 194 sq.), ainsi que deux odes d’Horace (Hor. carm. 2, 2, 21 ; 3, 3, 9-16) textes dont la composition semble avoir été contemporaine de la rédaction du Livre 1 de Tite-Live34.

2.4. Camille

  • 35 Il sort de notre propos de refaire ici la protohistoire du personnage de Camille, notamment ses lie (...)

40L’autre grande figure fondatrice de l’histoire de Rome intervenant dans l’Ab Vrbe Condita est donc celle de Camille35, dont le rôle et les qualités font de lui, dans le récit livien, une parfaite préfiguration du princeps.

  • 36 Voir Mineo (2006 : 233).

41De fait, les qualités morales dont est revêtu Camille ne sont pas sans rappeler celles que le sénat romain avait décernées à Auguste en janvier 27, notamment la uirtus, la iustitia, la clementia36.

  • 37 Liv. 5, 50, 1.
  • 38 RGDA 19-20 ; Dion 51, 20, 4 ; 51, 22.
  • 39 Dion 50, 25, 3-4.
  • 40 Dion 53, 2, 4. On remarquera aussi que l’urgence historique de la piété était également soulignée p (...)

42Mais par-dessus tout, c’est la figure du pius Camillus, modelé par Tite-Live d’après la figure d’Aristide le Juste, qui se prête le mieux au jeu des analogies. Tite-Live souligne ainsi à maintes reprises sa piété apollinienne, son souci de l’accomplissement scrupuleux des rites ou de la restauration des cultes nationaux, ce qui amène Tite-Live à le présenter comme omnium primum, ut erat diligentissimus religionum cultor (« avant tout, vu qu’il était respectueux au plus haut point des pratiques religieuses »)37. Les analogies avec Octave-Auguste sont très fortes : on connaît l’importance d’Apollon pour le nouveau pouvoir, ainsi que la fierté du prince lorsqu’il se targue, dans ses Res Gestae38, d’avoir fait restaurer 82 temples pour la seule année 28 av. J.-C. ; on se rappelle aussi comment Octave avait dénoncé la trahison par Antoine des dieux de sa patrie39 et pris des mesures pour interdire la célébration des rites égyptiens à l’intérieur du Pomœrium40.

  • 41 Mineo (2006 : 231-232). Alexandrie avait fait planer sur les Romains le même risque que celui que V (...)
  • 42 CIL I2, p. 191, n° 7 = ILS 52 : Veios post urbem captam commigrari passus non est (« Il ne souffrit (...)

43La piété de Camille permettait surtout de dessiner analogiquement le rôle historique qu’Octave avait prétendu jouer en confirmant la pérennité de Rome comme centre du pouvoir. Ainsi le sauveur de Rome reste-t-il fidèle au site choisi par Romulus, en s’opposant à la proposition du tribun Sicinius de permettre à la plèbe de s’installer à Véies, récemment conquise, plutôt que de reconstruire la ville en ruines depuis la catastrophe gauloise ; la réécriture de cet épisode, évoquant à l’origine un simple projet de colonisation, pouvait difficilement ne pas évoquer l’accusation qu’Octave avait lancée contre son rival de vouloir transférer le centre du pouvoir à Alexandrie41. Il est du reste remarquable que les premiers mots de l’elogium de Camille au Forum d’Auguste indiquaient précisément le fait que le vainqueur de Véies n’avait pas permis le transfert de population dans la cité vaincue, ce qui souligne l’importance de ce thème et sa probable actualité augustéenne42.

  • 43 Liv. 5, 49, 7 ; 7, 1.

44C’est précisément sa fidélité au site premier de Rome qui lui vaut d’être reconnu comme Romulus ac parens patriae, conditorque alter Vrbis (« Romulus, père de la patrie et deuxième fondateur de Rome »)43.

  • 44 Mineo (2006 : 210-241) ; (2014 : 145-148). J. Hellegouarc’h (1970, 112-132) a bien vu que le person (...)

45Or, l’équivalence ainsi posée entre Camille et Romulus en autorisait une autre, cette fois-ci entre Camille et Auguste44.

  • 45 Une monnaie, émise entre 29 et 27 en Orient, représente Octave en costume de prêtre, voilé, conduis (...)
  • 46 Suet. Aug. 7, 4 : […] quibusdam consentibus Romulum appellari oportere quasi et ipsum conditorem ur (...)
  • 47 Hor. O. 1, 2, 50 : hic ames dici pater atque princeps (« ici, aime les noms de père et de prince »)

46On se rappelle, en effet, qu’avant de retenir le cognomen d’Auguste, Octave avait caressé l’espoir de se faire appeler Romulus, probablement dès son triomphe sur l’Égypte45 en 29, et qu’à défaut d’en avoir gardé le nom, il en avait conservé le rôle de refondateur46. Le titre de pater patriae devait lui être décerné en 2 av. J.-C., mais il était déjà dans les esprits en 23, puisqu’une ode d’Horace pouvait alors le lui décerner symboliquement47. Enfin les expressions de dei filio (« fils d’un dieu ») d’auctore urbis Romæ (« garant de l’accroissement de Rome ») que l’on retrouve dans la titulature officielle d’Auguste, pouvaient difficilement passer inaperçues des lecteurs de Tite-Live.

47Un dernier passage, trop rarement exploité, confirme cette analyse. Il s’agit de l’épitaphe que Tite-Live compose en l’honneur du héros qui vient de mourir. Encore une fois, l’auteur s’attache à faire résonner les analogies : après avoir rappelé les titres de Romulus et de fondateur de Rome revenant à Camille, il précise de fait que ce dernier avait été le princeps de la cité, en temps de paix comme en temps de guerre :

Fuit enim uere uir unicus in omni fortuna, princeps pace belloque priusquam exsulatum iret, clarior in exsilio, uel desiderio ciuitatis quæ capta absentis implorauit opem uel felicitate qua restitutus in patriam secum patriam ipsam restituit ; par deinde per quinque et uiginti annos – tot enim postea uixit – titulo tantæ gloriæ fuit dignusque habitus quem secundum a Romulo conditorem urbis Romanæ ferrent.

  • 48 Liv. 7, 1, 9-10.

Il se montra véritablement exceptionnel en toute situation et fut le premier citoyen (princeps) de Rome en temps de paix comme en temps de guerre avant d’être exilé. Son prestige grandit encore avec son exil en raison du regret qu’éprouva la cité lorsqu’elle implora son secours en son absence ; il grandit également à cause du bonheur avec lequel une fois rétabli dans ses droits dans sa patrie, il rétablit cette même patrie dans ses droits. Il fut ensuite pendant 25 ans – telle fut en effet après ces événements la durée de sa vie – à la hauteur de ce qu’annonçait une si haute gloire et parut digne d’être tenu pour le deuxième fondateur de Rome après Romulus48.

48Ce même passage confirme également l’idée que le Camille livien remplit parfaitement le cahier des charges de l’optimus ciuis cicéronien, et cela en accord avec l’idéologie augustéenne du principat, puisque Camille y apparaît comme celui qui aura su rétablir la bonne santé de la cité, son équilibre : restitutus in patriam secum patriam ipsam restituit (« rétabli dans ses droits dans sa patrie, il rétablit cette même patrie dans ses droits »).

49Ainsi, grâce à ce système d’analogies, Tite-Live était-il parvenu à poser l’équivalence historique entre Romulus, Camille et Auguste, les héros dont l’action avait permis que s’ouvrît un nouveau cycle d’histoire. C’est ce que laisse bien apparaître au demeurant l’insistance étonnante de Camille sur les 365 ans de Rome, dans ce discours où il entreprend de persuader la plèbe romaine, après la tourmente gauloise, de rester fidèle au site choisi par Romulus :

Trecentensimus sexagensimus quintus annus Vrbis, Quirites, agitur ; inter tot ueterrimos populos tam diu bella geritis, cum interea, ne singulas loquar urbes, non coniuncti cum Æquis Volsci, tot tam ualida oppida, non uniuersa Etruria, tantum terra marique pollens atque inter duo maria latitudinem obtinens Italiae, bello uobis par est. Quod cum ita sit quae, malum, ratio est expertos illa alia experiri, cum iam, ut uirtus uestra transire alio possit, Fortuna certe loci huius transferri non possit ?

  • 49 Liv. 5, 54, 5-6.

Nous en sommes à la trois-cent-soixante-cinquième année de l’existence de Rome ; cela fait bien longtemps que vous guerroyez au milieu de peuples si anciens et dans tout ce temps-là, – pour ne pas citer les villes une par une – ni l’union des Volsques et des Èques, qui représentent des places si nombreuses et si fortes, ni l’Étrurie entière, également puissante sur terre et sur mer et occupant toute la largeur de l’Italie, n’ont pu vous égaler à la guerre. Puisqu’il en est ainsi, pour quelle raison diantre iriez-vous tenter une expérience ailleurs, quand celle que vous avez faite ici est heureuse, et que d’autre part, à supposer que votre valeur puisse s’exercer ailleurs, la fortune de ce lieu, elle, ne saurait être transférée ?49

  • 50 Hubaux 1948 ; Sordi (1984 : 86-88).

50En réalité, ce chiffre indique symboliquement l’achèvement du premier cycle d’existence de l’Vrbs, ainsi que l’ont bien vu précédemment J. Hubaux et M. Sordi50.

  • 51 Liv. 5, 39, 8-40, 1. F. Coarelli (1988 : 332) a démontré que les Gaulois n’ont sans doute pas détru (...)

51Cette mort avait aussi été symbolisée dans le récit de la prise de la ville par l’épisode mettant en scène ces vieux patriciens faisant escorte à la jeunesse romaine en route pour le Capitole pour assurer la continuité des destins de la cité ; après quoi, ces représentants du passé romain s’en étaient retournés vers la ville basse, pour trouver la mort dans le brasier qui allait détruire ce qui restait de la vieille Rome, véritable ἐκπύρωσις derrière laquelle on devine l’antique récit d’une deuotio51.

  • 52 Virgile avait du reste également recherché à établir une semblable correspondance analogique entre (...)

52Le fait est qu’en construisant de façon analogique la figure de Camille et la crise traversée par son monde, en faisant, par ailleurs, résonner le chiffre symbolique de 365, plus parlant que celui de 360 depuis la réforme du calendrier par César, Tite-Live orientait le sens de l’histoire de façon plus précise que ne l’avaient fait ses prédécesseurs. Ses contemporains, bien informés de l’ambition augustéenne d’ouvrir une ère nouvelle, 360 ans après la catastrophe gauloise, n’eurent sans doute pas grand mal à comprendre le message, d’autant moins que l’historien n’était pas le seul à adopter ainsi une représentation cyclique de l’histoire pour relier Auguste à un passé mythique, comme M. Sordi l’a bien montré à propos de Virgile52.

2.5. Construction en contrepoint des portraits de Camille et de Manlius Capitolinus

53La place qu’occupe Auguste dans la dialectique livienne de l’histoire est donc fondamentale. On ne saurait en déduire cependant que Tite-Live ait été le panégyriste du nouveau régime dont l’évolution monarchique et dynastique avaient pu surprendre ou décevoir ceux qui avaient voulu espérer qu’Auguste, à l’instar de Camille, aurait abandonné le pouvoir une fois sa tâche de rétablissement de l’État accompli. La réalité est plus complexe.

54On se fera sans doute une idée plus juste de la posture adoptée par le Padouan vis-à-vis d’Auguste et de son principat en s’appuyant sur l’étonnante construction en contrepoint que Tite-Live nous propose au livre 6, où l’historien oppose les deux sauveurs de la patrie que sont Manlius Capitolinus et Camille. Le fait est que l’élaboration de ce diptyque ne laisse pas d’intriguer.

  • 53 Liv. 6, 11, 19.

55La référence explicite à la jalousie que la prééminence reconnue à Camille inspire à Manlius Capitolinus est un premier indice évident de cette construction en contrepoint. L’attitude orgueilleuse du personnage offre au demeurant un puissant contraste avec celle de son rival. Loin de susciter le consensus autour de lui, le récit le montre tout occupé à jouer au Catilina et au César en s’alliant, lui un patricien, aux représentants de la plèbe et en proposant des projets subversifs (lois agraires et abolition des dettes), bien propres à encourager le développement de la discorde. Surtout sa soif de pouvoir, le désir de régner l’opposent à Camille dont le rôle politique respecte les institutions républicaines53.

  • 54 Mineo (2006 : 12-14).

56Le contraste ainsi obtenu entre Camille et Capitolinus devait être particulièrement éloquent pour les lecteurs de Tite-Live qui avaient sous les yeux la façon dont se construisait progressivement le principat. Nous avons déjà pu relever que la rédaction du livre 5 ne pouvait être envisagée avant 27 av. J.-C.54. Dans ces conditions, on relèvera avec intérêt comment, au moment même où le pouvoir augustéen donne des gages de bonne volonté en rétablissant progressivement les apparences d’un fonctionnement traditionnel des institutions (rétablissement de l’élection consulaire par les comices, prérogatives rendues au sénat), le récit livien offre à travers la peinture de Camille l’illustration de la façon dont un sauveur de la patrie doit se comporter politiquement, une fois la bourrasque des événements passée. Construite en contrepoint, la figure de Manlius, le sauveur du Capitole, représente l’autre voie qu’aurait pu être tenté de suivre un personnage auquel l’État devait tant, à savoir celle d’un gouvernement tyrannique, celle-là même auquel le pouvoir augustéen prétendait vouloir tourner le dos. Ainsi Tite-Live offrait-il à ses lecteurs une clé de lecture utile à la compréhension de l’actualité : l’orientation politique affichée par Auguste était la bonne ; la place du princeps dans la République était justifiée par la nature même de la situation politique.

57En même temps, le récit livien pouvait revêtir une fonction protreptique et constituer une subtile invite à Auguste à continuer dans la même voie en se conformant au modèle offert dans le passé par sa prestigieuse préfiguration historique. En soi, ce diptyque opposant les deux figures historiques de Manlius et de Camille, pouvait constituer, par son caractère systématique et artificiel, comme l’amorce d’une interrogation, le reflet d’une incertitude voire d’une inquiétude que l’auteur ne se risque pas à exprimer ouvertement quant à l’évolution en cours du principat et à la place du prince dans les institutions.

2.6. Tension entre la représentation idéalisée du principat dans l’œuvre et la réalité institutionnelle ?

58On pourrait ainsi se demander si le texte livien, auto-censurant les interrogations du Padouan devant l’évolution du pouvoir du princeps, n’a pas cherché à forcer le trait sur les vertus idéalisées d’un prince républicain – que symbolise narrativement la figure analogique de Camille – prêt à se retirer du pouvoir sitôt qu’on n’aurait plus eu besoin de lui, de façon à créer un contraste évident avec la réalité du pouvoir d’Auguste, qui ne pouvait pas échapper à ses lecteurs.

  • 55 On se référera en particulier à Vitruve (Vitr. praef. 5, 1, 7), Horace (Hor. O. 1, 12, 49-52 ; 3, 1 (...)

59En dépit du retour effectif à un état de droit et à un fonctionnement plus traditionnel des institutions, personne n’est dupe, en effet, de la domination incontestée d’Auguste, laquelle est en effet reconnue par les auteurs dès la période 27 / 2355. Dans la réalité, Auguste a su en effet s’attribuer des prérogatives religieuses exceptionnelles, s’assurer le contrôle du patronage aristocratique, ainsi que celui du consulat qu’il occupa sans discontinuer jusqu’en 23, et s’arroger une tribunicia potestas sans limite dans le temps, sans guère rencontrer d’opposition.

  • 56 Sur le principat d’Auguste, cf. supra n. 6.

60On gardera au reste à l’esprit que le « principat » d’Auguste n’existe pas véritablement au sens institutionnel et que l’emploi du terme définit avant tout une position, voire une posture adoptée par l’héritier de César, et désigne l’hégémonie au sein de l’État d’un homme, indépendamment de tout cadre formel. Bien éloignée de cette image d’un prince républicain, voire cicéronien, la réalité du pouvoir est en revanche celle d’un monarque au pouvoir incontesté par tout l’Empire, une dimension absente, censurée, de la représentation du prototype augustéen dans le texte livien56.

61Tite-Live aurait ainsi cherché à créer une certaine tension entre son récit et la réalité politique du moment, du fait du sévère contraste existant entre la fiction d’un principat républicain qui serait incarné narrativement par Auguste / Camille, et une réalité dont personne parmi ses lecteurs ne pouvait être dupe, laissant par trop apparaître la dominatio incontestée du prince, qui n’hésite pas en particulier à monopoliser le consulat, à s’arroger définitivement la tribunicia potestas et à confisquer à son profit le traditionnel patronage aristocratique.

Conclusion

  • 57 Il ne nous est pas possible, dans le cadre de cet article, d’analyser pleinement deux points fort c (...)
  • 58 Liv. 2, 1, 1-6.

62Si tout laisse donc penser, dans l’œuvre, que le Padouan entendait faire un pari en faveur de la réussite augustéenne, cela n’exclut pas que l’on puisse prêter à l’historien des attentes ou des interrogations sur l’évolution en cours du régime, sentiments qu’il a probablement eus en partage avec nombre de ses contemporains. Des interrogations qui ne le conduisirent pas cependant à se détourner du prince, car rien dans l’ensemble de l’œuvre qui nous est parvenue, en tenant compte également des periochae, ne suggère que Tite-Live soit progressivement devenu plus réservé à l’égard de celui-ci, du fait de l’affirmation du caractère monarchique et dynastique du pouvoir augustéen57. Il est probable en effet que l’historien avait fini par se résoudre à voir le princeps rester sur le trône le temps nécessaire pour recréer la cohésion du corps civique, la concordia. La préface du livre 2 est très révélatrice à cet égard, où l’historien s’interroge sur ce que serait devenue Rome si la liberté eût été accordée trop tôt avant que l’action des rois s’étant succédé sur le trône n’eût permis de souder le corps civique romain58. C’est parce qu’il avait su prendre en compte l’importance de cette donnée que, par la suite, Tite-Live put sans doute accepter sans difficulté un Tibère qui semblait vouloir suivre les pas de son illustre prédécesseur.

63La place qu’occupe Auguste et l’instauration du principat dans l’architecture de l’œuvre livienne laisse donc bien apparaître l’espoir que concevait Tite-Live d’un retour à la paix civile grâce à une union nationale (concordia) réalisée autour du prince. Le chaos qu’avait engendré les conflits civils ne pouvait que pousser le Padouan et ses contemporains à souhaiter le succès de la politique affichée par le prince d’un rétablissement de l’État, à travers ses réformes politiques, morales et religieuses. Mais ce pari et cet espoir que suscite l’entreprise de rétablissement national sous l’égide d’Auguste, profondément inscrits dans la matrice narrative de l’œuvre, n’impliquent pas pour autant qu’il faille attribuer à Tite-Live une foi de charbonnier dans les vertus du nouveau pouvoir. S’il est vrai que l’historien semble être resté ferme dans sa volonté de parier en faveur du retour progressif de la concordia autour du prince, et de la consolidation de la paix civile, la façon dont Tite-Live s’est attaché à dessiner le portrait idéalisé d’un princeps très cicéronien contrastant avec la réalité monarchique et dynastique du principat laisse aussi entrevoir de possibles attentes et interrogations que l’historien ne semble jamais avoir exprimées ouvertement, à en juger du moins par le témoignage de ce qui nous reste de l’œuvre.

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Notes

1 Sur la datation du début de composition de l’œuvre, Mineo (2006 : 12-14). J. Bayet fait commencer la rédaction des premiers livres en 33-32 et la fin de la première pentade en 31-29. Une nouvelle édition de la première pentade (vers 25) aurait, selon lui, permis l’adjonction de la préface et de quelques modifications de détail (comme le titre de Cæsar Augustus) : voir Tite-Live I (Bayet & Baillet éd. 1947 : xvii) ; pour T. J. Luce (1965 : 209-40), la première pentade était déjà achevée en 27 ; R. M. Ogilvie (1965 : 94) n’exclut pas une insertion tardive du titre impérial. G. B. Miles (1995 : 92) situe la publication de la première pentade entre 27 et 25, comme nous le faisons ici. Les hypothèses d’une édition du texte du livre 1 antérieure à la version dont nous disposons me paraissent reposer sur une mauvaise interprétation du pessimisme livien que l’on relève dans la préface ; ces hypothèses ne s’appuient de fait sur aucun élément objectif, même si l’on ne peut exclure totalement la réalité d’une édition antérieure à celle que nous avons entre les mains. Il me semble toutefois que pour les années précédant immédiatement la composition du livre 1 (les années 31-27, plus probablement 29-27, en raison d’une part de la fermeture du temple de Janus, et du fait d’autre part du retour d’Octavien suivi de son triple triomphe, autant d’événements qui me paraissent avoir eu un impact particulièrement important sur les esprits à Rome), on puisse raisonnablement supposer que l’œuvre devait être déjà en gestation, que Tite-Live était alors occupé à organiser la structure complexe de son plan, à faire les recherches et travaux préliminaires, et qu’il avait pu même rédiger quelques passages, rassembler des notes. Mais de ces préliminaires nous n’avons conservé aucune trace, aucun indice. Pour l’analyse de l’œuvre, j’ai donc choisi d’écarter les spéculations, sans prétendre les invalider, et me suis résolu à ne m’appuyer que sur le seul témoignage qui reposât sur une réalité solide, à savoir celui de la version du livre 1 qui nous est parvenue, laquelle, ainsi que nous l’avons vu, ne peut avoir été composée qu’entre 27 et 25.

2 Liv. 1, 19, 3.

3 Liv. 1, 19, 3.

4 Mineo 2016a.

5 La bibliographie sur le principat d’Auguste est immense. Nous nous contenterons de renvoyer ici à Christol, Cosme, Hurlet & Roddaz 2021, dont les cinq premiers chapitres portent sur le règne d’Auguste et qui proposent la mise à jour la plus récente sur la question.

6 Dans les Res Gestae Auguste emploiera ce terme pour définir son autorité incontestée à la tête de l’État (RGDA 13 ; 32). Bien que le texte ait été rédigé à la fin de son règne, les passages concernés laissent entendre que c’est ainsi que le prince définissait sa position au sein de l’État pour évoquer son action dès les premières années de l’exercice de son pouvoir. Le terme de princeps n’a en réalité aucune valeur institutionnelle. Il permettait à Auguste de s’inscrire dans la tradition républicaine où le terme était employé pour désigner les premiers citoyens de la cité, les figures d’autorité, entourées d’estime. Seul le titre de princeps senatus avait revêtu une réalité institutionnelle. Il est aussi vraisemblable qu’Auguste ait cherché à récupérer la réflexion que Cicéron avait développée dans le De Republica sur l’optimus ciuis, le gubernator ou rector rei publicae, le princeps. Mais on gardera surtout à l’esprit le fait qu’Auguste n’a jamais occupé un poste qui aurait porté le titre de princeps, même si c’est à travers l’emploi de ce terme qu’il percevait lui-même sa position et qu’il souhaitait que celle-ci soit/ fût perçue, dans son souci de tisser une continuité sémantique avec l’ancienne république. On trouvera une excellente mise au point sur l’élaboration progressive du principat dans Christol, Cosme, Hurlet & Roddaz (2021 : 13-71). Principales études sur le principat : Gagé (1936 : 44-53) ; Lepore 1954 ; Hellegouarc’h (1970 : 112-132) ; Grenade 1961 ; Martin (1980 : 850-878) ; Ferrary (1984 : 87-98) et 1995.

7 Hurlet & Mineo 2009 avec bibliographie dans les pages d’introduction sur l’interprétation de la notion de res publica restituta.

8 Trad. Mineo. Toutes les traductions contenues dans la suite de cet exposé sont de l’auteur, sauf indication du cas contraire.

9 Mineo (2006 : 109-124).

10 Sur la conception cyclique de l’histoire, on se référera à ma thèse de doctorat (Mineo 1994) puis à ma monographie (Mineo 2006), la première étude ayant fait apparaître la conception cyclique de l’histoire livienne à l’échelle de l’ensemble de l’œuvre. On pourra également lire avec grand profit l’ouvrage de G. B. Miles (1995), qui avait réussi à dégager l’existence du premier cycle livien à l’échelle de la première pentade, sans cependant percevoir l’existence de pareille structuration à l’échelle de l’ensemble de l’œuvre. Sur la place d’Auguste dans l’œuvre livienne, et l’abondante bibliographie qui traite du sujet, voir Mineo (2006 : 109-133) et (2016b : 165-180).

11 Mineo 2006.

12 Sur la conception organiciste de la cité livienne et sur les origines de cette conception, voir Mineo (2006 : 22-44). On y trouvera également une bibliographie essentielle pour le sujet.

13 Mineo (2006 : 206-221).

14 Mineo (2006 : 206-221). L’ensemble de cet ouvrage vise à démontrer la réalité de cette conception cyclique.

15 Mineo (2006: 293-322).

16 Mineo (2006: 237-241).

17 Mineo (2016a: 165-204).

18 Delcourt (2001: 839).

19 Liv. 1, 7-8. 

20 RGDA 34.

21 Delcourt (2001 : 833).

22 MINEO (1997 : 44-55 ; 162-175) ; (2006 : 144-155 ; 162-175 ; (2015 : 145-146).

23 La bibliographie sur Romulus est immense, et il serait hors de propos de prétendre ici à l’exhaustivité. Pour une étude des différentes phases de la constitution de la légende de Romulus, voir Briquel 2018. On y trouvera une analyse passionnante de la légende, et une bibliographie immense sur le sujet. Parmi les études les plus importantes sur ce point, on signalera encore les ouvrages suivants : Mastrocinque 1993 ; Cornell 1995 ; Wiseman 1999 : p. 57-80 ; Poucet 2000 ; Carandini 2006 ; Ver Eecke 2008 ; Camous 2010.

24 Miles (1995: 164-165).

25 RGDA 34, 3; Miles (1995: 164-165).

26 Liv. 1, 6, 4.

27 Liv. 1, 6, 3 & 7, 3.

28 Liv. 1, 8, 1 (Trad. G. Baillet). À propos de l’union entre Aborigènes et Troyens sous l’égide d’Énée (Liv. 1, 2, 5) : Fretusque his animis coalescentium in dies magis duorum populorum Aeneas […] (« Énée, fort de cette affection, et de l’unité chaque jour plus forte entre ces deux peuples […] »). Ouverture de l’Asylum (Liv. 1, 8, 6) : […] locum qui nunc saeptus escendentibus inter duos lucos est Asylum aperit. Eo ex finitimis populis turba omnis, sine discrimine liber an seruus esset, auida nouarum rerum perfugit (« […] à l’endroit où il y a maintenant un enclos dans la montée entre les deux bois sacrés, il ouvre un lieu d’asile. C’est là que vient se réfugier des contrées voisines une foule de toute sorte, mélange indistinct d’hommes libres et d’esclaves, tous en quête de nouveauté » (Trad. G. Baillet).

29 Voir Mineo (2006 : 63-67) ; (2015 : 127-130).

30 Liv. 1, 11, 2 : Ita rem coalescere concordia posse (« Ainsi la concorde permettrait que s’affirme l’unité de l’État »). On sera ici sensible au fait que cette insistance sur le côté positif de Romulus et la concordia s’oppose à la présentation négative du personnage qui existait parallèlement à son époque (bien mise en valeur par le livre de M. Ver Eeck 2008) et qui explique sans doute qu’il ait choisi de ne pas se faire appeler Romulus, mais Augustus.

31 Liv. 1, 13, 4-8.

32 Liv. 1, 7, 10.

33 Liv. 1, 7, 15 (trad. G. Baillet). L’interprétation évhémériste de la divinité de Romulus est déjà proposée par Cic. Rep. 2, 9 ; Cic. nat. deor. 2, 24, 62.

34 Voir Mineo (2006 : 171).

35 Il sort de notre propos de refaire ici la protohistoire du personnage de Camille, notamment ses liens avec la déesse de l’aurore, Mater Matuta, et l’importance des relations diplomatiques entre Rome et Caere au ive siècle dans le développement de la geste de Camille : voir Piccirilli (1996 : xxiv-xxxix) ; Sordi (1960 : 14-52) ; Dumézil (1973 : 93-115, Camille et l’aurore ; 142-163, la nuit et le jour ; 216 et 238, la geste de Camille). La bibliographie sur Camille est immense : on se référera à cet égard à Momigliano (1960 : 89-108) ; voir aussi Hellegouarc’h (1970 : 112-132). Lire également les articles de Coudry 2001 ; Von Ungern-Sternberg 2001 ; Späth 2001 ; Mineo (2003 : 159-175) et (2006 : 210-241). On trouvera dans Briquel 2018 une présentation exhaustive et passionnante des diverses versions ayant contribué à l’élaboration de la légende de Camille ainsi qu’une abondante bibliographie.

36 Voir Mineo (2006 : 233).

37 Liv. 5, 50, 1.

38 RGDA 19-20 ; Dion 51, 20, 4 ; 51, 22.

39 Dion 50, 25, 3-4.

40 Dion 53, 2, 4. On remarquera aussi que l’urgence historique de la piété était également soulignée par Camille dans un discours prononcé après la libération de Rome (Liv. 5, 52, 1) : Haec culti neglectique numinis tanta monumenta in rebus humanis cernentes equid sentitis, Quirites, quantum uixdum e naufragiis prioris culpae cladisque emergentes paremus nefas ? (« Alors que vous pouvez voir à quel point le respect et la négligence des dieux sont déterminants dans les choses humaines, ne comprenez-vous donc pas, citoyens, la gravité du sacrilège que nous nous disposons à commettre, alors que nous émergeons à peine d’un naufrage, conséquence de nos fautes précédentes et de notre défaite ? »). Or cette argumentation reflète précisément l’idée communément répandue par les chantres de la restauration augustéenne : les malheurs survenus avant 27 étaient ainsi supposés sanctionner une impiété éhontée avec laquelle il s’agissait de rompre pour retrouver les voies de la grandeur.

41 Mineo (2006 : 231-232). Alexandrie avait fait planer sur les Romains le même risque que celui que Véies avait fait encourir aux contemporains de Camille, chez Virgile et Tite-Live : voir Sordi (1964 : 80-100).

42 CIL I2, p. 191, n° 7 = ILS 52 : Veios post urbem captam commigrari passus non est (« Il ne souffrit pas l'émigration à Véies après la prise de Rome »).

43 Liv. 5, 49, 7 ; 7, 1.

44 Mineo (2006 : 210-241) ; (2014 : 145-148). J. Hellegouarc’h (1970, 112-132) a bien vu que le personnage de Camille préfigurait celui d’Auguste et permettait de dessiner une représentation idéale du princeps. Sur le lien entre Camille, Auguste et Romulus, voir Syme (1967 : 305-6) ; Mazza (1966 : 186-191) ; Martin (1992 : 63-64) ; Miles (1995 : 88-94). Certains chercheurs estiment cependant qu’il n’est pas nécessaire de retrouver dans la présentation livienne de Camille une quelconque préfiguration d’Auguste (Walsh 1961 : 16-17) ; Burk (1992 : 170-176) estime que la ressemblance entre Camille, Romulus et Auguste tient simplement à ‘l’air du temps’, et serait plutôt un écho involontaire de l’actualité.

45 Une monnaie, émise entre 29 et 27 en Orient, représente Octave en costume de prêtre, voilé, conduisant deux bœufs au labour. Il s’agit là vraisemblablement d’une évocation transparente de la nouvelle fondation de Rome : voir Gagé (1931 : 94). Auguste renoncera finalement à se faire appeler Romulus en raison des côtés négatifs du personnage, cf. supra n. 30.

46 Suet. Aug. 7, 4 : […] quibusdam consentibus Romulum appellari oportere quasi et ipsum conditorem urbis (« […] certains étant ensemble d'avis qu'il fallait l'appeler Romulus comme s'il eût été lui aussi le fondateur de Rome »).

47 Hor. O. 1, 2, 50 : hic ames dici pater atque princeps (« ici, aime les noms de père et de prince »).

48 Liv. 7, 1, 9-10.

49 Liv. 5, 54, 5-6.

50 Hubaux 1948 ; Sordi (1984 : 86-88).

51 Liv. 5, 39, 8-40, 1. F. Coarelli (1988 : 332) a démontré que les Gaulois n’ont sans doute pas détruit la ville en 390, puisque les descriptions de Rome faites par Cicéron (Leg. Agr. 2, 96) et Tacite (An. 15, 45) infirment l’hypothèse d’une cassure nette en 390 du processus d’urbanisation, mais laissent, au contraire, supposer une continuité de ce dernier, ainsi que l’archéologie récente le laisse au demeurant penser. Du reste, selon M. Sordi (1984 : 86-88), la tradition sur le sac de Rome aurait été réécrite par Fabius Pictor sur le modèle du sac d’Athènes pendant la seconde guerre Médique. Notre passage, par ailleurs, recouvre probablement une version où les vieillards accomplissaient une véritable deuotio (Dumézil 1973 : 226) : le récit livien a conservé une partie de la symbolique de cette interprétation à travers le sacrifice des vieillards ; le deuxième aspect de cette deuotio, le sacrifice de l’armée ennemie vouée aux divinités infernales semble quant à lui complètement estompé au profit de la symbolique de changement de cycle.

52 Virgile avait du reste également recherché à établir une semblable correspondance analogique entre Énée et Auguste. Ainsi que l’a très justement montré M. Sordi, le poète de Mantoue avait, en effet, lui aussi voulu établir un lien analogique entre d’une part le cycle inauguré par la mise à mort de Mézence par Énée (transposition légendaire de la victoire de Camille sur Véies) et aboutissant à la naissance de Romulus et Rémus (soit 333 ans) et d’autre part celui qui aurait débuté avec la chute de la cité étrusque en 396 et aurait conduit à la naissance du nouveau Romulus en 63 (Octave) : Verg. Æn. 1, 257 (Sordi 1964).

53 Liv. 6, 11, 19.

54 Mineo (2006 : 12-14).

55 On se référera en particulier à Vitruve (Vitr. praef. 5, 1, 7), Horace (Hor. O. 1, 12, 49-52 ; 3, 14, 14-16 ; 4, 5, 1-2) mais aussi aux Fastes d’Ovide (Ov. F. 1, 531-32 ; 2, 138-142 ; 4, 4, 13-16) qui témoignent d’une reconnaissance sans détour du primat d’Auguste.

56 Sur le principat d’Auguste, cf. supra n. 6.

57 Il ne nous est pas possible, dans le cadre de cet article, d’analyser pleinement deux points fort complexes souvent soulevés par la critique moderne : il s’agit tout d’abord du passage relatif au dépôt des deuxièmes dépouilles opimes par Cornelius Cossus où l’intervention d’Auguste apparaît comme un « fait du prince » accepté comme tel par Tite-Live (4, 20, 5-8). Le fait est que l’on a cru parfois pouvoir reconnaître dans ce développement une forme de réticence de Tite-Live devant la politique du prince. L’autre point concerne une glose figurant sous le titre de la periocha 121, selon laquelle le livre en question (qui évoquait notamment la bataille de Philippe en 42) n’aurait pas été publié du vivant d’Auguste, ce qui a pu parfois laisser supposer que le traitement des événements traités dans ce même livre 121 aurait été susceptible de déplaire au prince et que le Padouan n’aurait pas voulu prendre ce risque. Dans les deux cas, l’interprétation des modernes a sans doute été biaisée par cette tradition solidement ancrée dans les esprits selon laquelle Tite-Live aurait été un nostalgique de la respublica libera, et hostile en réalité au nouveau pouvoir. Pour les dépouilles opimes, le problème, en réalité, a sans doute été plus d’ordre méthodologique que politique (Mineo 2006 : 173-174). Pour ce qui est de la glose du livre sous le titre du livre 121, la tradition manuscrite à l’origine de sa transmission repose sur un nombre très limité de manuscrits et pourrait ne pas être authentique. Et lors même qu’il ne s’agirait pas d’une glose fantaisiste, il n’est nullement nécessaire d’imaginer un contenu du livre 121 où le princeps aurait été traité au vitriol : l’amitié entre l’historien et le prince qui s’amuse du pompéianisme de Tite-Live, leur entente idéologique, l’inscription au cœur de l’œuvre de l’espoir que suscita la respublica restituta augustéenne, et pour finir l’analyse de l’ensemble des periochae de cette période, très favorables à Octave, nous semblent interdire pareille interprétation encore une fois encouragée par d’anciens a priori sur le scepticisme livien à l’endroit d’Auguste. L’explication est sans doute plus simple et l’on pourrait ainsi évoquer, pour expliquer le délai de publication du vivant des protagonistes des deux camps, la proximité relative des événements, le souci de ne pas ranimer les passions (Mineo 2006 : 130). Mais le plus sage est sans doute de nous prononcer ici par un non liquet, tant est grande la fragilité de nos données sur ce point.

58 Liv. 2, 1, 1-6.

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Table des illustrations

Titre La conception cyclique de l’Histoire de Tite-Live
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/vita/docannexe/image/285/img-1.png
Fichier image/png, 109k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Bernard Mineo, « Présence d’Auguste et représentation du principat dans l’Ab Vrbe Condita de Tite-Live »Vita Latina [En ligne], 204 | 2024, mis en ligne le 01 février 2024, consulté le 25 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/vita/285 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/vita.285

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Auteur

Bernard Mineo

Université de Nantes
CreAAH – UMR 6566
Professeur de langue et littérature latines à l’université de Nantes.
Ses travaux portent sur l’historiographie antique.
A notamment publié Tite-Live et l’Histoire de Rome, Paris, 2006.
Il a également édité dans la Collection des Universités de France le livre XXXII de Tite-Live, ainsi que l’Abrégé de Justin des Histoires Philippiques de Trogue Pompée.

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Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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