Navigation – Plan du site

AccueilNuméros en texte intégral11Écritures de voyageRetour de Kiev

Texte intégral

Viatica publie dans le présent numéro les pages 131 à 142 du recueil Nouvelles ukrainiennes d’Emmanuel Ruben (2022). Par son titre, le recueil fait référence à Gogol, l’auteur que se disputent les Russes et les Ukrainiens ; les six petits textes qui le composent mélangent rêve et réalité pour rendre hommage à l’Ukraine, à ses habitants et à ses paysages. On pourra lire ici le début de « Retour de Kiev », journal initialement publié par Emmanuel Ruben sur son blog en 2014, au moment de la révolution de l’Euromaïdan. Nous remercions les éditions Points qui nous ont aimablement autorisés à reproduire ces « bonnes feuilles ».

Nouvelles ukrainiennes, suivies de Retour de Kiev, Paris, Points, 2022.

Nouvelles ukrainiennes, suivies de Retour de Kiev, Paris, Points, 2022.

© Points, 2022.

Jeudi 20 février 2014

1Quinze jours sont passés sans nouvelles de Yarick. Sur l’écran de mon ordinateur, la page Ukrainian International Airlines affiche les coordonnées d’un billet d’avion électronique :

Ticket Departure
From To Date Flight
Paris (CDG) Kiev (KBP) 21 February 2014 PS 0128
France Ukraine Departure at 13:20
Return flight
From To Date Flight
Kiev (KBP) Paris (CDG) 28 February 2014 PS 0127
Ukraine France Departure at 09:45
Price
Passengers count Taxes and fees Total price
1 person Price including taxes and fees 322.07USD

2J’ai renseigné mes coordonnées et mon numéro de passeport, j’ai pianoté les seize chiffres de ma carte bancaire, la date de fin de validité, le nom du titulaire, les trois chiffres du cryptogramme visuel. Ma main droite repose sur la souris, la petite flèche blanche du curseur pointe la case bleue CONTINUE, mon index s’apprête à presser le clic gauche…

3… lorsque j’entends des cris et des tirs, vois des flammes emplir mon écran, tout est flou, la caméra s’affole, balaie la boue, les flammes, le sol jonché de branchages, de détritus, de sacs de sable et de casques de chantier. Apparaissent dans le champ de la caméra des jambes, une main, un bras. Gros plan sur un cadavre violet dans son anorak – des mains anonymes le tirent en arrière, on ne voit pas sa tête, on dirait qu’il est décapité. Un casque de chantier roule à terre, des hommes marchent sur des boucliers métalliques. Nouveaux tirs. Nouveaux cris de panique. Des hommes battent en retraite derrière leurs boucliers. Du sang rouge et noir s’écoule d’un casque bleu turquoise. Un homme est la cible de tirs venus d’on ne sait où ; sous la puissance du choc, son bouclier vole en l’air. Il est touché à la jambe. Roule à terre. Se retrouve les quatre fers en l’air. On entend son râle. Un autre homme tire un blessé vers l’arrière. Un nouveau groupuscule entre dans le champ de la caméra. L’attroupement grossit. On se penche sur le blessé, on lui retire son masque de ski. Il hurle.

4La caméra se tapit pour échapper aux tirs potentiels. Zoome sur les jambes des secouristes. Bottes de pluie, jambières, genouillères. La caméra s’affole de nouveau.

5Des tirs encore et toujours. Un homme à casque de moto rampe au sol entre des troncs d’arbres. Une mare de sang se forme sous son corps. Un homme cagoulé harangue la troupe. Du sang s’écoule de la tête – visage invisible sous son casque de ski – d’un nouveau cadavre. Énième attroupement. Une dizaine d’hommes remontent la rue, s’accroupissent derrière des troncs d’arbres. Fumée. Gros plan sur un homme qui s’abrite derrière un bouclier de fortune. Il relève son masque respiratoire, laissant voir son visage. On y lit la peur, la fatigue, la douleur, l’égarement, l’abrutissement. Un homme rampe vers l’arrière. Des bras trimballent une civière orange. Un autre homme lève la main gauche, on perçoit l’écho d’un coup de feu ; touché à l’épaule, l’homme s’affaisse, porte la main à sa blessure, chancelle, s’agenouille. He’s wounded fuck! He’s wounded! crie un homme de dos dont la batte de base-ball est fichée en terre. La main du blessé se crispe sur les jambes inertes d’un autre blessé – peut-être déjà mort. Un infirmier arrive. Se penche sur le blessé.

6La caméra erre de nouveau de gauche à droite, de haut en bas. De l’autre côté de la rue, une femme à bout de forces marche à quatre pattes dans la boue. Elle s’allonge, pleure, parle avec un autre homme, qui est hors champ. De la fumée s’élève à l’arrière-plan.

7J’ai suspendu mon geste ; la séquence a duré deux ou trois minutes ; pendant tout ce temps, mon index est resté en l’air ; sur la page d’Ukrainian International Airlines, la case bleue CONTINUE s’est effacée, je n’ai pas validé mon billet électronique, le délai s’est écoulé, il faut recommencer la procédure depuis le début. Lentement, ma main relâche la souris, je bascule mon écran en mode veille, quitte mon bureau. J’ai la nausée. Un instant, j’ai l’impression que le type qui dégomme ces mecs-là comme des lapins, c’est moi ; un instant j’ai la sensation de m’être glissé dans la peau d’un sniper ou pire – d’un opérateur de drone. De faire la révolution à distance, derrière un écran. De m’enivrer du parfum de la guerre à distance. Un malaise me gagne à l’idée d’une telle obscénité, je ne prendrai pas mes billets d’avion pour Kiev, je n’ai rien à faire à Maïdan, j’ai peur pour ceux qui ont peur, je repense à la belle gueule d’ange de Yarick, je me dis putain si ça se trouve ton pote Yarick était dans le lot, ça serait bien son genre de jouer aux héros !

8Depuis les premiers jours de la mobilisation, depuis que les Ukrainiens sont descendus dans la rue, fin novembre 2013, pour protester contre la décision du président Viktor Ianoukovitch – sous la pression de Moscou – de suspendre le processus d’association avec l’Union européenne, je suis chaque jour, heure par heure, les événements. Tous les jours, j’écoute les slogans des protestataires, je regarde leurs drapeaux et leurs logos, j’ai le cerveau saturé de bruits et de couleurs. Une place publique est le lieu où s’invente le peuple qui manque. Or le peuple ukrainien – peuple de l’entre – est un de ces peuples qui manquent. C’est même un peuple imprévu, un peuple imprévisible. Et c’est cette imprévisibilité que j’aime.

9Normalement, j’ai la passion des frontières, pas des places. La passion des périphéries, pas des centres. Une place publique, a priori, c’est le contraire d’une frontière ; ce n’est pas le lieu de la partition mais celui du partage. Et pourtant, toutes sortes de frontières ressurgissent sur ces lieux de partage ; en Ukraine, qui est par excellence le pays de la frontière, les lignes de clivage se retrouvent partout et, dans toutes les grandes villes du pays, les places centrales sont, en 2014, les premiers lieux d’affrontement. La place de l’Indépendance à Kiev, Internet la duplique sur mon écran, une place 2.0, au carré, qui fait du bureau portatif de mon ordinateur un lieu public en quelque sorte. Mais il me manque deux choses, que nos simulacres ne peuvent pas enregistrer, ne peuvent pas reproduire, ne peuvent même pas tenter d’imiter : l’odeur et la peau. La sensation physique, tactile, de la foule qui vous frôle, vous presse et vous chahute. Si je suis démangé par l’idée d’aller voir sur place, depuis décembre 2013, c’est que je veux sentir l’odeur de Maïdan, toucher la chair de Maïdan.

10Je suis déjà allé à Maïdan, c’est un lieu que je connais bien – ce n’est pas une place que j’aime, tout y est trop kitsch, trop de colonnes, trop de statues, trop de légendes. Mais ce jour-là, je sais que je dois revenir à Maïdan. Seulement ce n’est pas le moment de risquer une balle perdue. Alors je retourne sur la page d’Ukrainian International Airlines et réserve un billet pour les prochaines vacances scolaires. L’atterrissage est reporté au 22 avril, via Berlin. J’ai l’espoir d’arriver avant les chars de Poutine – on ne sait jamais avec les Russes, disait ma grand-mère, qui n’a pas vu les Cosaques défiler en 1814 sur les Champs-Élysées mais s’en souvient. Et je sais bien, depuis un séjour à Yalta en 2007, que Poutine n’attend que le kairos, le moment propice, pour faire main basse sur la Crimée et le Donbass.

 

Mardi 22 avril

11Vu depuis le hublot, le Dniepr, large comme une mer, miroite à l’horizon, sous les nuages ; la Desna le rejoint en serpentant ; Kiev s’annonce alors, ville-archipel éclatée entre ses collines et les bras du fleuve.

12Arrivée à l’aéroport de Kiev Borispil. Étonné par le nombre de juifs israéliens qui attendent dans les files pour passer la douane. Un avion en provenance de Tel-Aviv a atterri en même temps que le mien. Des Loubavitch qui portent de gros chapeaux noirs, des manteaux noirs, des barbes grises, vous donneraient plutôt l’impression d’avoir débarqué à Mea Shearim. Familles nombreuses. Poussettes, landaus. Enfants qui gambadent en tous sens sous leurs kippas et leurs papillotes, et jettent une joyeuse pagaille dans l’atmosphère un peu glaciale du hall d’aéroport, entre les talons aiguilles et les grosses galoches. J’imagine qu’ils sont venus fêter Pessah et se recueillir à Ouman, sur la tombe du rabbin Nahman de Bratslav, un des grands maîtres du hassidisme.

13Passé la douane, je change la carte sim de mon téléphone. Toujours pas de nouvelles de Yarick.

14Dans la navette qui assure la liaison entre l’aéroport et le centre-ville, et qui ne partira que bondée, mon voisin est un grand gaillard scandinave au crâne chauve qui lit un livre intitulé Україна  Ukraïna, sous-titré : East of the West, West of the East. Il est venu comme moi, pour voir l’Ukraine d’après l’Euromaïdan et saluer le peuple qui a fait la révolution, mis son président en fuite et défié Poutine. Il ne parle ni russe ni ukrainien et s’entretient avec notre voisine de droite, laquelle arbore deux rubans aux couleurs de son pays et de l’Union européenne, fixés à la bandoulière de son sac à main.

15Le bus nous dépose à la gare centrale. C’est la troisième fois que je viens à Kiev mais les dimensions des boulevards et des avenues, des bâtiments officiels, encore une fois, m’impressionnent. J’ai déjà la tête emplie de la mitraille des pneus sur les pavés. À première vue, peu de changements depuis la dernière fois que je suis venu, il y a six ans. Gratte-ciel inachevés, sans doute à cause d’une affaire de corruption qui a mal tourné. Immenses portes en bois, majestueuses, de la gare centrale. Je demeure quelques minutes comme hypnotisé devant le panneau d’affichage des trains, en cristaux liquides, où l’on voit défiler en russe, en ukrainien et en anglais les noms des villes. Je note sur mon calepin quelques horaires, au cas où j’aurais le temps de me rendre à l’est :

Kiev Dnipropetrovsk 17:40 23:51
Kiev Kharkiv 18:08 23:43
Kiev Louhansk 19:20 11:15
Kiev Donetsk 20:07 8:04

16Les trains desservant la Crimée sont toujours affichés ; leur terminus – Simferopol – semble inchangé. Rien n’indique s’ils vont plus loin que la nouvelle frontière tracée par Poutine et ses petits hommes verts.

17Dans le métro, dont les escalators descendent toujours aussi profondément sous terre, rien n’a changé non plus. Personne ne se tient au bord du quai, comme à Paris : ici, les trains déboulent toujours à toute allure, dans un sifflement effrayant, vous soufflant au visage un vent tiède et aride, qui vous ébouriffe et soulève les jupes. À bord des compartiments, à part quelques jeunes habillés à l’européenne, la même foule uniforme – l’homme et la femme rouges ne sont pas morts, ils sont toujours là, dans leur tunnel interminable, bien cois sur leur banquette de cuir, accrochés à la tringle en acier, ballottés comme des pantins ; du tunnel communiste, ils ne voient pas le bout, et l’on se demande alors où s’est produite la révolution, en tout cas ce n’était pas ici, mais à la surface ; ici les gens vivent toujours au rythme infernal du métro-boulot-dodo, et ne sortent des ténèbres que pour regagner leur appartement sordide, dans une barre d’immeuble sordide, au fin fond d’une banlieue sordide – gros pixels façon Tetris qui se dessinaient depuis le hublot de l’avion ; façades ternes, identiques et délabrées qui s’élevaient de part et d’autre de l’autoroute.

18La place de la Poste, au bord du Dniepr, est en travaux. Un de mes lieux préférés de Kiev n’est plus qu’un terrain vague défendu par des palissades et surveillé par des vigiles ; l’église est toujours là, avec ses coupoles dorées ; la gare fluviale semble en sursis ; j’aime cet édifice blanc qui tient à la fois de l’opéra et du vaisseau de Fitzcarraldo ; je me souviens d’avoir tenté de le dessiner, plusieurs fois, avec sa tour de contrôle cylindrique, son antenne, son radar, ses colonnades et les grosses lettres bleues Київ Рiчковий Вокзал. Le Dniepr, déjà difficile d’accès, se retire encore un peu plus loin de la ville, tandis qu’une nouvelle voie sur berge plonge là-bas sous les feux des lampadaires et les phares des bagnoles ; on aperçoit l’arc-en-ciel d’un pont inachevé et le liseré bleu du fleuve.

19Bagages déposés en vitesse à l’auberge de jeunesse, au pied de la rue Saint-André, je décide de me rendre sans plus tarder du côté de Maïdan. Je prends le raccourci qui passe sous le gros tertre vert de l’église rococo et m’engage entre les grands arbres de la butte Saint-Vladimir à la tombée de la nuit. Le parc est désert. Pas d’éclairage ici. Mon téléphone portable me sert de lampe torche. Petite frayeur à la vue d’un molosse qui me fonce dessus : heureusement, son maître arrive à vélo, pédalant dans le halo jaune de sa dynamo.

 

20À Maïdan règne encore une âcre odeur de brûlé – mélange de brasero et de pneu calciné. Sous la haute façade noircie et désossée de la Maison des Syndicats, je me souviens des immenses flammes vues en février sur l’écran de mon ordinateur. Je me souviens de ce mur de feu qui m’a fait reculer, le jour où je n’ai pas pris mes billets. Devant la barricade, des hommes en uniformes dépareillés montent la garde. Contre toute attente, ils me laissent passer sans me contrôler, malgré l’heure tardive. Amer sentiment d’arriver après la bataille. Cœur serré à la vue de la première tente où s’alignent les portraits des cent neuf martyrs de la fameuse Nebesna Sotnja, la Centurie céleste. Sur ces portraits, je recherche la belle gueule d’ange de Yarick dont je n’ai toujours pas de nouvelles. En janvier dernier, quand il répondait encore, il m’avait promis de venir me chercher à l’aéroport.

21Je passe en revue les visages des martyrs. Le plus jeune a dix-sept ans ; le plus vieux soixante-treize ; une femme d’une quarantaine d’années fait partie des victimes. Certains posent avec leur attirail guerrier : casque de chantier, masque de ski, foulard palestinien, gilet pare-balles ; d’autres avec des éléments qui les identifient clairement comme des activistes ou des nationalistes : chemise traditionnelle, sur fond de drapeaux jaune et bleu ou rouge et noir. En revanche aucune arme, aucun symbole fasciste ou nazi sur ces photos. Je reste longtemps interdit devant le portait d’un jeune barbu au corps enveloppé dans un drapeau multicolore : Sergei Nigoyan, citoyen ukrainien d’origine arménienne, vingt et un ans, abattu de deux balles dans la nuque, est avec Mikhaylo Zhiznevskiï, un Biélorusse de vingt-cinq ans – tué d’une balle en plein cœur –, un des premiers morts de l’Euromaïdan : leurs cadavres ont été découverts dans la rue, au petit matin, le mercredi 22 janvier. Avec son look de hipster et sa peau mate, Sergei Nigoyan détonne, dans la Centurie céleste : la plupart des autres victimes portent des cheveux blonds sur leur visage glabre et un nom qui finit en -uk ou en -ko ; presque tous viennent d’un oblast de l’Ouest.

22En passant en revue les visages des cent neuf martyrs de la Centurie céleste, je pense aux morts de la prise de la Bastille : ils étaient quatre-vingt-dix-huit. Presque cent. Cent, c’est le nombre de personnes qui sont prêtes à donner leur vie, dans un pays, pour que les choses changent pour de bon. Nous n’en avons pas fait notre Centurie céleste, et ces morts-là, aucun historien n’a pris la peine de décliner leurs noms, aucun monument ne commémore leur sacrifice. Nous ne nous demandons pas, aujourd’hui, s’ils étaient de gauche ou de droite, ultranationalistes revanchards ou fervents patriotes. Car la gauche et la droite n’existaient pas, la nation n’existait pas : la Révolution française, en inventant la patrie et la nation, a inventé la gauche et la droite. Je pense aussi au corsaire Pasolini qui considérait, en mai 68, que les CRS étaient du côté du peuple et les étudiants du côté de la bourgeoisie, de l’ordre capitaliste. On a peut-être pensé qu’à Kiev, en février, les Berkout étaient du côté du peuple, de la patrie, de la nation, de l’intégrité de l’Ukraine, et les manifestants une horde de bobos décervelés et manipulés par de furieux nazillons. L’avenir nous dira peut-être la vérité, quand nous saurons qui a tué les quarante-huit manifestants et les quatre policiers tombés dans la matinée du 20 février, rue Institutska. Car il y a une grande différence entre les morts de 1789 et ceux de 2014 : nous savons qui a tué les premiers ; des seconds nous savons seulement que leurs tueurs étaient des snipers.

23Passe un cosaque en uniforme avec une toque en astrakan. Un homme en débardeur rayé se rase en tenant à la main un miroir. Un autre se recoiffe. Une femme touille le borchtch dans un chaudron. Verse le fond du chaudron dans une marmite. Le souper est terminé. C’est l’heure de la toilette avant de retourner se coucher près du poêle. C’est l’odeur qui me frappe de prime abord, à Maïdan.

24Car l’odeur est encore là, deux mois après les affrontements. Non seulement l’odeur des pneus brûlés et des immeubles calcinés, mais aussi l’odeur de la cuisine, l’odeur de l’evroborchtch qu’on servait tous les jours devant la Maison des Syndicats. Mais si je parviens à humer le parfum de Maïdan, pas moyen de toucher du doigt la chair de Maïdan. Je suis venu pour retrouver mon ami Yarick – mais Yarick ne donne plus signe de vie, Yarick est peut-être parti se battre à l’est où le front s’est déplacé, alors je tremble pour lui, comme j’ai tremblé depuis le mois de décembre pour tous mes amis ukrainiens. Que faire en attendant ? Toucher les pavés, toucher les fleurs, toucher les pneus empilés ? Enfoncer ses doigts dans les plaies béantes de la place ? Jouer les médecins légistes ? Pratiquer l’écriture au scalpel comme une forme d’autopsie du réel ? Mais à quoi bon ? Je suis arrivé trop tard, je suis arrivé après la bataille, et j’ai le sentiment que tout ce que je toucherai, je le salirai. Alors je m’éloigne tandis que la nuit tombe sur Maïdan.

Haut de page

Table des illustrations

Titre Nouvelles ukrainiennes, suivies de Retour de Kiev, Paris, Points, 2022.
Crédits © Points, 2022.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/viatica/docannexe/image/3889/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 716k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Emmanuel Ruben, « Retour de Kiev »Viatica [En ligne], 11 | 2024, mis en ligne le 01 février 2024, consulté le 18 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/viatica/3889 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/viatica.3889

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search