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Dossier

La jouissance de la liberté et du pouvoir des femmes : Sur les traces d’Isabelle Eberhardt dans Le Siècle des Sauterelles (1992) de Malika Mokeddem

The Celebration of Women’s Freedom and Power on the Trail of Isabelle Eberhardt in Malika Mokeddem’s Le Siècle des Sauterelles (1992)
Amina Zarzi

Résumés

Cet article met en évidence l’apparition de la figure voyageuse d’Isabelle Eberhardt dans Le Siècle des sauterelles (1992) de Malika Mokeddem, en même temps que le regard que porte cette dernière sur la place de la femme dans le désert algérien et la façon dont elle négocie la liberté de ses héroïnes à travers le personnage non conformiste d’Isabelle Eberhardt. Cette étude montre comment Mokeddem est entrée en dialogue avec Eberhardt pour sauver ses héroïnes du régime patriarcal et donner sens à leur religion musulmane et à leur nomadisme. Si le Sahara algérien a été l’espace de prédilection d’Eberhardt, où son identité a pu se déployer, il ne l’est pas moins pour les héroïnes de Mokeddem. Ses textes nous permettent de conclure que l’expérience du désert, appréciée par les touristes et les voyageurs, n’est pas forcément bénéfique aux femmes autochtones, qui subissent un confinement traditionnel, au milieu d’espaces censés être immenses et libérateurs.

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Texte intégral

Le nomadisme, ou l’invitation au voyage

  • 1 « A preeminent place in the Maghrebi literary and cultural imaginary as the very birthplace of Isla (...)
  • 2 Voir Manuella Ledesma Pedraz, « La liberté́ libre à l’épreuve de la transculturation chez Malika M (...)

1Le nomadisme est une expérience habituelle dans le voyage de découverte du désert, un désert qui conserve « une place prééminente dans l’imaginaire littéraire et culturel maghrébin en tant que berceau même de l’islam et fondement même de la conscience religieuse et de la pensée transcendantale1 ». Le désert alimente depuis longtemps l’imaginaire des Européens, mais aussi celui des habitants du Maghreb, qu’il s’agisse des autochtones ou de ceux qui se sont établis dans cette région. Pour Isabelle Eberhardt, d’origine russe, le nomadisme était une façon de conquérir sa liberté dans un pays qui était devenu sa terre de rêve, au moment où elle recevait des lettres de son frère engagé dans la Légion étrangère, entre 1883 et 18952.

  • 3 Natascha Ueckmann, Genre et orientalisme. Récits de voyage au féminin en langue française (xixe-xxe(...)

2Eberhardt a laissé sa trace dans le Sahara algérien par ses écrits, sa personnalité ainsi que sa tombe située à Aïn-Sefra. Sa confrontation avec un système social différent a suscité une réflexion sur sa propre condition de femme, ce qui s’est traduit par une transgression du genre féminin, notamment par la pratique du déguisement masculin3. En revanche, l’autrice n’a pas vécu assez longtemps pour constater son influence fondamentale sur les auteurs algériens de la littérature postcoloniale, à l’instar de Malika Mokeddem, Leïla Sebbar et Saïd Khatibi. Cependant, il convient de noter qu’Eberhardt était, déjà de son vivant, une personne controversée, dont la vie même était une provocation. On a pu se demander si elle était

  • 4 « A feminist or a misogynist? Was she apolitical or an agent provocateur? Was she a mystic or an im (...)

féministe ou misogyne ? […] apolitique ou agente provocatrice ? […] une mystique ou une hédoniste immature ? […] une sympathisante arabe nationaliste ou une croyante en la mission civilisatrice ? Eberhardt, que c’est intentionnellement ou accidentellement, échappe à cette codification binaire4.

Quoi qu’il en soit, il apparaît qu’Eberhardt a ignoré les sociétés dites civilisées et la modernisation qui leur est associée, et qu’elle leur a préféré des terres plus spirituelles comme celles de l’Algérie.

  • 5 Voir Lynda Chouiten, A Carnivalesque Mirage : the Orient in Isabelle Eberhardt’s writings, PhD, Gal (...)
  • 6 Rachel Bouvet, « Les voies insolites de l’initiation soufie de Mahmoud Saadi/Isabelle Eberhardt », (...)
  • 7 Malika Mokeddem, Le Siècle des sauterelles, Paris, Ramsay, 1992, p. 181.

3La décision d’Eberhardt de se convertir à l’islam, dans ses formes mystiques (notamment le soufisme), ne signifiait pas qu’elle adhérait à la condition féminine telle qu’elle était définie par la religion et imposait aux femmes des villages sahariens de vivre sous la domination des hommes5. La sympathie de Mokeddem envers Eberhardt a sans doute émergé de leur volonté commune de résister à l’hégémonie patriarcale. Mokeddem s’inspire non seulement du prénom masculin d’Eberhardt, Mahmoud, pour nommer son protagoniste, mais aussi de sa nouvelle, « Yasmina », pour donner un prénom à la fille de Mahmoud. Cet article propose d’interroger le dialogue intertextuel qu’entretient Mokeddem avec Eberhardt, qui a tout particulièrement inspiré la trajectoire de son personnage, en quête de liberté. En outre, quand Eberhardt s’est convertie à l’islam, elle a ouvertement exprimé son désaccord avec les principes traditionnels qui définissent la condition des femmes dans le désert. Portée par sa volonté de dépasser les contraintes culturelles imposées aux femmes des villages sahariens, Mokeddem a imaginé, dans Le Siècle des sauterelles, le personnage de Yasmine, inspiré par le profil et les aspirations libertaires d’Eberhardt, et surtout par le fait que l’adhésion d’Eberhart à l’islam « ne passe pas par la parole, par le dogme, ni par la mortification, le rejet des plaisirs6 ». L’autrice montre en effet que l’islam que pratique Eberhardt, et qui n’est pas incompatible avec son féminisme, a « toujours comblé d’aise Yasmine7 ».

  • 8 Ibid. p. 202.
  • 9 Ibid., p. 279.
  • 10 Isabelle Eberhardt, Écrits intimes, Paris, Payot, « Petite bibliothèque Payot », 2003, p. 110.

4Dans Le Siècle des sauterelles, Yasmine, fille du désert, a été élevée par son père, Mahmoud, de façon à rejeter la tradition patriarcale. Elle a une vision du nomadisme qui ressemble à celle d’Eberhardt et qui révèle un désir d’échapper au « moule féminin de la tradition8 ». Elle veut mener une vie libre, celle que « vivait son modèle, la roumia Isabelle9 ». Eberhardt est en effet dépeinte par Mokeddem comme une « roumia » : une Occidentale non musulmane. Pourtant, Eberhardt s’est bien convertie à l’islam. Sa façon de pratiquer la religion est inspirée par la spiritualité et la liberté des nomades10, mais elle refuse les limites imposées aux femmes dans ces sociétés du désert. Mokeddem partage les principes de la roumia et prend de la distance vis-à-vis de sa propre culture.

  • 11 Malika Mokeddem, Le Siècle des sauterelles, op. cit., p. 158.
  • 12 « […] turn against their city of origin, precisely because it embodies for them an ensemble of oppr (...)

5L’engagement de Mokeddem dans le roman passe ainsi par l’appropriation du personnage de « la roumia Isabelle Eberhardt11 ». Cet article remet en question les interprétations traditionnelles du roman du Maghreb, qui ont tendance à considérer que les écrivains « se retourne[nt] contre leur ville d’origine, précisément parce qu’elle incarne pour eux un ensemble de symboles oppressifs : la tradition, le colonialisme, le patriarche, le politicien néocolonial, et plus récemment le fanatique islamiste12 ». Les protagonistes de Mokeddem ne rejettent pas leur ville d’origine (les villages sahariens) : ils négocient leur liberté au sein même des ksour sahariens.

Imiter Eberhardt, ou les missions civilisatrices transculturelles dans le Sahara

  • 13 « the same (as the white man) but not quite » (Homi K. Bhabha, The Location of Culture, Londres, Ro (...)

6Dans Le Siècle des sauterelles, l’intertexte eberhardtien permet d’envisager la destinée hors du commun de certains personnages dans les ksour sahariens de Kénadsa et Aïn Nekhla. Le profil de la voyageuse remet en question la frontière entre les genres et devient un moyen de reprendre le pouvoir. La construction du personnage de Yasmine pourrait être une illustration de ce que Bhabha appelle le « mimétisme », celui d’un sujet qui souhaite être « le même [que l’homme blanc] mais pas tout à fait13 ». D’une part, Yasmine tente de compenser cette « blancheur » et le pouvoir qu’elle lui associe, en suivant les codes dictés par la roumia. D’autre part, Mokeddem mobilise le souvenir d’Eberhardt pour exprimer un sentiment d’appartenance à Kénadsa fondé sur une conception très personnelle du nomadisme.

7Dans le roman, Yasmine montre une sympathie sincère et voue un culte à la tombe d’Eberhardt située à Aïn-Sefra :

  • 14 Malika Mokeddem, Le Siècle des sauterelles, op. cit., p. 170-71.

Yasmine, séduite par l’atmosphère, déambule le long de l’oued. « C’est cet oued qui a tué la roumia Isabelle. » Cette pensée vient si brutalement s’immiscer dans le cœur de ce moment de bonheur que Yasmine s’arrête désemparée. « Elle aimait ce lieu, comme ma mère l’arbre de colère. Elle y est morte de façon violente, elle aussi14. »

  • 15 Ibid., p. 180.

Quelques pages plus loin, le narrateur nous informe que « le tombeau de la roumia Isabelle est un lieu de pèlerinage obligé pour Yasmine15 ». L’hommage à Eberhardt, est, pour Mokeddem, une façon d’imposer une conception nouvelle du nomadisme pour ses personnages, comme cette citation l’indique :

  • 16 Ibid., p. 158.

[…] un songe où une femme marche et écrit. Une roumia habillée en bédouin et nimbée de toutes les étrangetés. Alors, déguisée en garçon et mue par une singulière envie d’identification, Yasmine marche sur les traces, dans la même contrée et dans l’écrit16.

  • 17 Un étudiant, et une figure généralement liée à la superstition dans le Sud algérien.
  • 18 Ibid., p. 32.
  • 19 Voir James McDougall, « État, société et culture chez les intellectuels de l’islāh maghrébin (Algér (...)
  • 20 Malika Mokeddem, Le Siècle des sauterelles, op. cit., p. 57.

Mokeddem attribue à Mahmoud, le père de Yasmine, le rôle de l’homme civilisateur. Étudiant à Al-Azhar – la célèbre mosquée-université égyptienne située au Caire –, il a conscience de la nécessité de lutter contre la sacralisation du taleb17. Mokeddem introduit, à l’appui, les paroles de la mère de Mahmoud : « […] ton taleb ici ne t’apportera plus rien maintenant. Tu dois aller prolonger tes études à Tlemcen puis au Caire18. » Elle est convaincue de la nécessité d’abandonner les formes locales, et donc traditionnelles, de la connaissance, qui sont basées sur la superstition. Mahmoud est ainsi présenté dans le roman comme un personnage de réformateur. Il promeut notamment l’école et rappelle ainsi le mouvement de réforme nationale algérien « Islāh19 ». À cet égard, il est précisé dans le roman qu’il « était revenu d’Égypte avec un seul projet : celui de créer une medersa [une école religieuse]20 ».

  • 21 Ibid.
  • 22 Voir Lynda Chouiten, A Carnivalesque Mirage, op. cit., p. 245.

8Pourquoi Mokeddem donne-t-elle ce rôle au personnage de Mahmoud, dont le nom évoque très ouvertement le souvenir d’Eberhardt ? Mokeddem confère à son personnage de hautes ambitions : il est prêt à contester la zaouia, ces « lieux du fatalisme et de l’archaïsme, sous la mainmise d’un clergé totalement acquis aux coloniaux21 ». Pourtant, la zaouia est au cœur de la pratique soufie. Eberhardt elle-même a passé les derniers jours de sa courte vie dans une zaouia à Kénadsa, avant sa mort à Aïn-Sefra22. Par ailleurs, Mokeddem choisit de faire précéder Le Siècle des sauterelles d’une citation d’Eberhardt, écrite à Kénadsa en 1904 et reflétant sa fervente admiration pour la zaouia :

  • 23 Malika Mokeddem, Le Siècle des sauterelles, op. cit., p. 7.

[…] je comprends aussi qu’on puisse finir dans la paix et le silence de quelque zaouïa du Sud, finir en extase, sans regret ni désir, en face des horizons splendides23.

Bien que Mahmoud ait toutes les raisons de rappeler la figure d’Eberhardt, Mokeddem choisit de le présenter comme un personnage postcolonial qui résiste au colonialisme, un personnage qui prône la connaissance et les institutions au lieu de la zaouia, un partisan de la cause des femmes et de leur résistance au patriarcat.

  • 24 Penseur et philosophe algérien, qui était aussi jeune étudiant à Al-Azhar et à l’université du Cair (...)
  • 25 Malek Bennabi, Le Problème des idées dans la société musulmane [1970], Alger, Samar, 2013, p. 95.

9En lien avec cet esprit réformateur et hostile à l’héritage des colonisateurs, l’université égyptienne de Mahmoud, Al-Azhar, évoque l’institution où Malek Bennabi24 a fait ses études. En associant le destin de Mahmoud à celui de Bennabi, Mokeddem reprend à son compte le concept de « colonisabilité25 ». Celui-ci a vocation à interroger l’ensemble des conditions morales, sociales et psychologiques qui rendent un peuple apte à être colonisé. Mahmoud adhère à l’engagement de Bennabi en faveur de l’autonomisation des connaissances et à ses réflexions au sujet de l’impact du colonialisme sur la population autochtone. Développant la théorie de Bennabi, Mokeddem fait dire à Mahmoud :

  • 26 Malika Mokeddem, Le Siècle des sauterelles, op. cit., p. 57.

Des envahisseurs, aussi forts soient-ils, ne peuvent s’établir et perdurer en pays étranger sans une complicité autochtone. Et quelques poignées d’hommes, mais cupides et corrompus, suffisent à asservir la grande masse de leurs concitoyens, mieux que la plus puissante armée. L’illettrisme et la misère, voilà nos premiers colonisateurs. Les Turcs puis les Français, après bien d’autres, n’ont eu qu’à cueillir et exploiter une faiblesse aux portes de leur convoitise. Nous avons été colonisés parce que nous étions colonisables26.

  • 27 Malek Bennabi, Le Problème des idées dans la société musulmane, op. cit., p. 95.

Cette citation illustre le concept de « colonisabilité » de Bennabi, qui vise à décrire l’attitude d’un peuple détaché de ses propres origines, qui finit par agir par mimétisme (ou « taqlid27 » imitation culturelle) vis-à-vis des colons.

  • 28 Voir Isabelle Eberhardt, Écrits intimes, op. cit., p. 147.

10À partir des réflexions inspirées par le concept de Bennabi, qui peut être mis en lien avec la figure d’Eberhardt, il est à noter que l’un des désirs de cette dernière était de vivre en Tunisie pour créer une école de filles, où auraient été enseignés l’arabe, l’histoire et le français28. Mokeddem s’inspire des aspirations d’Eberhardt, qui rejoignent les objectifs du mouvement réformiste algérien, notamment celui de construire une médersa, et les projette sur les sociétés nomades du Sahara.

11Pour cela, Mokeddem non seulement « indigénise » la roumia, qu’elle célèbre à travers ses protagonistes, mais elle donne également à son personnage fictif le rôle d’un homme civilisateur. La référence à Eberhardt met en évidence l’adhésion des personnages aux structures dominantes du pouvoir, tout en imposant leur « hybridité ». Mokeddem n’adhère pas totalement au concept de Bennabi dans Le Siècle des sauterelles : elle ne mobilise pas les arguments qu’il a développés dans Le Problème des idées dans la société musulmane (1970), dont l’objectif était de faire revivre l’esprit originel des sociétés musulmanes. La pensée de Mokeddem est plus hybride, elle n’est pas hermétique aux rencontres coloniales.

  • 29 Malek Bennabi, Le Problème des idées dans la société musulmane, op. cit., p. 147.

12En s’inspirant d’Eberhardt, Mokeddem reproduit parfois sa posture en contexte colonial : le souhait d’Eberhardt de s’installer en Tunisie et de diriger une école rappelle le code du pouvoir colonial. Cette attitude « réformiste » est conforme à celle que décrit Bennabi et qui, d’après lui, a pour effet d’altérer les idées « authentiques » des autochtones. C’est ce qu’il appelle les « idées imprimées29 », celles qui sont enracinées dans un univers culturel originel : les représentations authentiques du désert du Sahara, inspirées par ses propres ancêtres, dans le cas de Mokeddem. Or, lorsqu’elle s’approprie le projet de la roumia, Mokeddem défie les traditions patriarcales.

  • 30 Isabelle Eberhardt, Écrits intimes, op. cit., p. 2.
  • 31 Comme Sultana dans L’Interdite (1993) et Kenza dans Des rêves et des assassins (1995).

13Un autre exemple de l’influence d’Eberhardt est celui de sa conversion à un islam dont elle refuse certains aspects culturels, et notamment le rôle traditionnel dévolu aux femmes30. Mokeddem adhère à cette déconstruction des codes féminins traditionnels à travers le personnage de Yasmine et à l’idée d’une nécessaire réforme de la place des femmes dans les villages sahariens. Mais elle choisit surtout la figure de Mahmoud pour exprimer ces idées réformistes. Elle en fait un personnage « hybride » : c’est à travers un personnage masculin qu’elle promeut une alternative à la domination masculine. Le fait que, s’appuyant sur le concept d’« hybridité » de Bhabha dans The Location of Culture (1994), Mokeddem donne du pouvoir à la figure d’Eberhardt, est révélateur de son désir de se détacher de sa propre condition de femme « asservie » à travers ses héroïnes31.

  • 32 C’est le terme utilisé par Eberhardt pour parler d’un « converti » dans la nouvelle éponyme (Pages (...)

14Mokeddem semble se réfugier dans l’écriture pour retrouver une certaine forme de liberté, tout en exprimant, par la fiction, son attachement à son lieu de naissance, le Sahara. La vie non conformiste d’Eberhardt est, pour elle, un exemple à imiter. Le choix de l’éducation de Mahmoud à la prestigieuse université d’Al-Azhar et son identification à la figure nomade d’Eberhardt dans Le Siècle des sauterelles révèlent l’« hybridité » de Mokeddem. Celle-ci se manifeste dans sa quête littéraire de ses racines sahariennes : entre culture nomade traditionnelle et culture occidentale libératrice. Cependant, l’écrivaine ne parvient pas à donner une lignée nomade « authentique » au personnage de Yasmine, à qui elle attribue le rôle d’un « M’tourni32 », un converti.

  • 33 Malika Mokeddem, Le Siècle des sauterelles, op. cit., p. 279.

15Dans le même roman, Mokeddem affirme qu’écrire n’est, pour Yasmine, rien de plus qu’une « errance33 », rappelant sa propre écriture « nomade », caractérisée par la mobilité, l’évasion et l’errance. Ceci est une autre raison de la célébration d’Eberhardt, écrivaine voyageuse, dans l’œuvre de Mokeddem, comme l’indique cette citation :

  • 34 Ibid., p. 158.

Alors, déguisée en garçon et mue par une singulière envie d’identification, Yasmine marche sur les traces [d’Eberhardt], dans la même contrée et dans l’écrit34.

  • 35 Brinda Mehta, « Geographies of Space: Spatial Impositions, Circularity, and Memory in Malika Mokedd (...)
  • 36 Rachel Bouvet. Pages de sable, Essai sur l’imaginaire du désert, Montréal, XYZ, 2006, p. 92.
  • 37 Jean Déjeux, Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, Paris, Karthala, 1984, p. 6 (...)
  • 38 Ibid., p. 63.

Cette citation met en évidence les aspirations les plus importantes de Mokeddem : la marche, évocatrice du nomadisme, et son intime conviction que l’écriture est un moyen pour résister aux injustices culturelles. Yasmine est dépeinte dans cette citation comme un personnage dont les aspirations s’inspirent de la figure de la roumia pour imaginer une vision enthousiaste du désert. Cette identification fonctionne comme un « rite de passage35 », qui transforme la « subalterne » en une fille autonome. De plus, dans Les Hommes qui marchent (1997), Mokeddem dépeint le nomadisme de la protagoniste Leïla, un nomadisme comme un « mode de vie plaçant le parcours au centre de l’activité humaine, pour s’interroger sur les limites de la vie sédentaire et sur les différentes manières d’être au monde36 ». Pour reprendre les mots de Jean Déjeux, « Leïla était en marche, elle aussi, comme les errants du Sud37 ». Nous souscrivons à la lecture de Déjeux, selon laquelle l’écriture de Mokeddem est « un témoignage de plus de la volonté inébranlable de nombreuses Algériennes d’aujourd’hui de sortir du linceul et du silence38 ». En effet, il convient de noter que cet éveil au monde à travers le roman est bien plus qu’une résistance au silence. Ces écritures nomades sont autant de stratégies pour atteindre le pouvoir et la liberté.

Sahara : carrefour des voyages identitaires

  • 39 David Spurr, The Rhetoric of Empire. Colonial Discourse in Journalism, Travel Writing, and Imperial (...)

16Le regard d’Eberhardt sur les villages sahariens et les dunes est profondément déterminé par un intérêt esthétique. Elle admire constamment les couleurs des décors sahariens, tels que celui de Kénadsa. Cette célébration des couleurs du Sahara contribue à une sorte d’esthétisation plus générale du Maghreb, telle qu’on peut la percevoir chez Eugène Fromentin39, par exemple. Une telle esthétisation est perçue, selon Spurr et même Saïd, comme une forme d’exotisation des paysages colonisés.

17Dans un autre roman de Mokedddem, La Nuit de la lézarde (1998), qui se déroule également dans un ksar au milieu de la violente guerre civile algérienne, le narrateur décrit le Sahara à partir de métaphores organicistes :

  • 40 Malika Mokeddem, La Nuit de la lézarde, Paris, Grasset, 1998, p. 15-16.

La dune a encore changé ?
Ses rondeurs se cambrent différemment aux étreintes du couchant. C’est en octobre que sa splendeur atteint son apogée. Aujourd’hui, deux de ses mamelons brûlent comme ceux d’une femme aux caresses de l’aimé. Une ombre presque noire mousse à ses replis […].
Alors je suis un petit reg, un petit désert noir. Comme lui, ma carcasse absorbe des sensations par tous ses pores, et même par la corne des pieds, pour s’inventer des mirages40.

En effet, le paysage de dunes a alimenté l’imaginaire de Mokeddem depuis son enfance, et s’est aussi imposé dans l’imaginaire d’Eberhardt, ainsi que des écrivains français à partir du xixe siècle.

  • 41 « their identification with the overseas territory » (Edward Saïd, Culture and Imperialism, Londres (...)

18Par ailleurs, dans « La Femme adultère », les personnages inventés par Camus négocient « leur identification avec le territoire d’outre-mer41 », qui, ici, est le Sahara algérien. Cette identification avec le Sahara algérien agit comme une expérience révélatrice pour le personnage européen, Janine. Cette expérience est différente de celle vécue par le personnage autochtone de La Nuit de la lézarde, où Nour apprend, au milieu d’un ksar du désert algérien, à être libre mais subit, à la fin, le destin tragique (ou libérateur) de la mort. En effet, Camus a déployé le thème du désert comme lieu d’une expérience mystique pour la protagoniste de « La Femme adultère » dans le recueil L’Exil et le royaume (1957). Cela se trouve dans les dernières pages de la nouvelle, où le narrateur décrit l’expérience mystique de Janine dans le désert en des termes sensuels :

  • 42 Albert Camus, L’Exil et le royaume, Paris, Gallimard, 1957, p. 33-34.

Janine ne pouvait s’arracher à la contemplation de ces feux à la dérive. Elle tournait avec eux et le même cheminement immobile la réunissait peu à peu à son être le plus profond, où le froid et le désir maintenant se combattaient. Devant elle, les étoiles tombaient, une à une, puis s’éteignaient parmi les pierres du désert, et à chaque fois Janine s’ouvrait un peu plus à la nuit. Elle respirait, elle oubliait le froid, le poids des êtres, la vie démente ou figée, la longue angoisse de vivre et de mourir […] il lui semblait retrouver ses racines, la sève montant à nouveau dans son corps qui ne tremblait plus42.

  • 43 « women and geography » (Edward Saïd, Culture and Imperialism, op. cit., p. 213 – nous traduisons).

Saïd considère que l’intention de Camus est de présenter les femmes et la géographie en des termes sexuels. Cette représentation de l’expérience positive des « femmes et de la géographie43 » entre en résonance avec la tentative de Mokeddem de remodeler l’imaginaire occidental, qui dépeint des images faciles et stéréotypées sur la jouissance des femmes européennes au désert. Mokeddem déploie sa propre imagerie du reg et des dunes, basée sur sa propre expérience, ainsi que le destin qu’elle choisit pour ses personnages.

19Cela étant dit, la protagoniste de La Nuit de la lézarde demeure entre les murs du ksar, où se déroule l’histoire, et, contrairement à Janine dans la nouvelle de Camus, l’expérience de Nour dans l’oasis est révélatrice de son errance existentielle et de son « vide intérieur ». Selon les mots du narrateur,

  • 44 Malika Mokeddem, La Nuit de la lézarde, op. cit., p. 42.

[…] nomade sans tribu, elle traversait des déserts sans arriver au bout de son vide intérieur. Tout au contraire, les immensités du Sahara semblaient porter ses angoisses à la démesure. Errant d’oasis en oasis, Nour s’était enfoncée de plus en plus vers le sud, avec la terrible sensation de n’être plus rien, puisque rien ni personne ne la retenait nulle part44.

  • 45 « communion with the sky and desert » (Edward Saïd, Culture and Imperialism, op. cit., p. 214 – nou (...)

À la lumière de l’angoisse de Nour et du vide intérieur que cette citation révèle, la protagoniste est condamnée à mourir, comme il est d’usage pour les héroïnes de Mokeddem. Au contraire, Janine, considérée comme une femme pied-noir et colon dans « La Femme adultère », découvre ses racines à travers la « communion avec le ciel et le désert45 ». En revenant sur la lecture que fait Saïd de « La Femme adultère », selon laquelle,

  • 46 « through sacrifice and commitment a European is received by natives into their circle of intimacy (...)

par le sacrifice et l’engagement, un Européen est reçu par les indigènes dans leur cercle d’intimité comme substitut d’un indigène mort46,

on peut considérer que la mort de l’indigène, Nour, dans La Nuit de la lézarde, pourrait ouvrir la voie à d’autres protagonistes européens, et notamment à Janine. C’est en effet un exemple précis de la substitution des Européens aux indigènes dans le Sahara, comme nous en informe Saïd dans Culture and Imperialism (1994). Ceci pourrait être la raison pour laquelle Mokeddem choisit la mort comme destin tragique pour ses héroïnes, et le souvenir vivace des voyageuses européennes comme Eberhardt.

  • 47 Malika Mokeddem, La Nuit de la lézarde, op. cit., p. 42.

20Dans le même roman, la mort est représentée comme une expérience émancipatrice, libératrice d’une vie absurde, dominée par la violence et condamnée par la loi patriarcale. Telle est la description de la mort de Nour : « elle regarde loin, avec une figure d’amour47. » Il est nécessaire, pour elle, de trouver l’amour et le renouveau. Les vains efforts de la protagoniste pour résister à la dynamique interne du ksar saharien et la nécessité de sa mort pour imposer une trajectoire hors du commun rappellent le célèbre essai de Camus sur l’absurde, Le Mythe de Sisyphe. Camus y parle d’une mort délibérée, et de la satisfaction que peut procurer une vie absurde. Selon ses propres mots,

  • 48 Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe, Paris, Gallimard, 1965, p. 101.

[…] on continue à faire des gestes que l’existence commande, pour beaucoup de raisons dont la première est l’habitude. Mourir volontairement suppose qu’on a reconnu, même instinctivement, le caractère dérisoire de cette habitude, l’absence de raison profonde de vivre, le caractère insensé de cette agitation quotidienne et l’inutilité de la souffrance48.

Lire le destin de Nour à la lumière de la philosophie de Camus permet de comprendre l’inutilité de la souffrance de l’héroïne dans un désert hostile, où la vie peine à trouver un but.

21Ainsi les phénomènes intertextuels à l’œuvre dans les textes de Mokeddem, qui dialoguent avec Eberhardt ou avec Camus, sont un exemple du souvenir et de la commémoration des auteurs coloniaux et des voyageurs occidentaux dans la littérature algérienne postcoloniale. Ils décrivent la survie des protagonistes dans les villages sahariens hostiles. Mokeddem dépeint une sympathie sincère pour les subalternes. Elle décrit la complexité de la condition de ses héroïnes féminines qui, même si elle fait entendre leur voix, restent finalement condamnées à vivre dans les limites des villages sahariens où elles subissent leur sort tragique. Cependant, Yasmine est une exception, car elle est autorisée, dans Le Siècle des sauterelles, à envisager la liberté sur les traces du destin nomade d’Eberhardt.

22Notons, pour conclure, que Mokeddem donne la parole à des figures occidentales, comme Eberhardt, pour restituer son imaginaire saharien. Ses récits interrogent la nécessité de dépasser les contraintes culturelles et de remettre en question le patriarcat. Cet article montre que la trajectoire d’Eberhardt donne espoir à Yasmine. Il montre également comment le fait de marcher sur les traces des voyageuses du désert peut permettre d’affirmer l’identité des héroïnes postcoloniales. En suivant la trajectoire de la roumia musulmane du désert, Mokeddem dépasse les limites imposées par les traditions patriarcales du Sahara pour libérer ses héroïnes et leur donner du pouvoir. Elle sublime, par la fiction, la place des figures féminines dans les grands espaces sahariens.

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Notes

1 « A preeminent place in the Maghrebi literary and cultural imaginary as the very birthplace of Islam and the very foundation of religious consciousness and transcendental thought » (Brinda Mehta, « Geographies of Space: Spatial Impositions, Circularity, and Memory in Malika Mokeddem’s Les Hommes qui marchent and Le Siècle des sauterelles », Meridians: feminism, race, transnationalism, vol. 4, n° 1, 2003, p. 5 [En ligne] URL : http://0-www-jstor-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/stable/40338821 – nous traduisons).

2 Voir Manuella Ledesma Pedraz, « La liberté́ libre à l’épreuve de la transculturation chez Malika Mokeddem », dans Les Mondes du français : XXI Colloque de l'Asociación de Profesores de Francés de la Universidad Española, Àngels Catena Rodulfo, Marta Estrada Medina, Myriam Mallart Brussosa et Gemma Ventura Mustienes (dir.), Barcelone, Université autonome de Barcelone, 2013, p. 212.

3 Natascha Ueckmann, Genre et orientalisme. Récits de voyage au féminin en langue française (xixe-xxe siècles), trad. Kaja Antonowicz, Grenoble, UGA Éditions, « Vers l’Orient », 2020, p. 160.

4 « A feminist or a misogynist? Was she apolitical or an agent provocateur? Was she a mystic or an immature hedonist? Was she a nationalist Arab sympathizer or believer in the mission civilisatrice? Eberhardt, whether by intention or accident, slips out from under this binary coding » (Laura Rice, « “Nomad Thought”: Isabelle Eberhardt and the Colonial Project », Cultural Critique, n° 17, 1990-1991, p. 163 [En ligne] DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.2307/1354143 – nous traduisons).

5 Voir Lynda Chouiten, A Carnivalesque Mirage : the Orient in Isabelle Eberhardt’s writings, PhD, Galway, Université de Galway, 2012, p. 115-116 [En ligne] URL : http://0-hdl-handle-net.catalogue.libraries.london.ac.uk/10379/3600.

6 Rachel Bouvet, « Les voies insolites de l’initiation soufie de Mahmoud Saadi/Isabelle Eberhardt », dans Romanciers français d’Algérie 1900-1950, Lucienne Martini et Jean-François Durand (dir.), Paris/Pondichéry, Kailash, « Les cahiers de la SIELEC », 2008, p. 119 [En ligne] URL : http://www.sielec.net/pages_site/FIGURES/bouvet_eberhardt/bouvet_eberhardt_1.htm.

7 Malika Mokeddem, Le Siècle des sauterelles, Paris, Ramsay, 1992, p. 181.

8 Ibid. p. 202.

9 Ibid., p. 279.

10 Isabelle Eberhardt, Écrits intimes, Paris, Payot, « Petite bibliothèque Payot », 2003, p. 110.

11 Malika Mokeddem, Le Siècle des sauterelles, op. cit., p. 158.

12 « […] turn against their city of origin, precisely because it embodies for them an ensemble of oppressive symbols: tradition, the colonizer, the patriarch, the neo-colonial politician, and most recently the Islamist » (Mustapha Hamil, « Exile and Its Discontents: Malika Mokaddem’s “Forbidden Woman” », Research in African Literatures, vol. 35, no1, 2004, p. 53 [En ligne] DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.1353/ral.2004.0014 – nous traduisons).

13 « the same (as the white man) but not quite » (Homi K. Bhabha, The Location of Culture, Londres, Routledge, 1994, p. 122-123 – nous traduisons).

14 Malika Mokeddem, Le Siècle des sauterelles, op. cit., p. 170-71.

15 Ibid., p. 180.

16 Ibid., p. 158.

17 Un étudiant, et une figure généralement liée à la superstition dans le Sud algérien.

18 Ibid., p. 32.

19 Voir James McDougall, « État, société et culture chez les intellectuels de l’islāh maghrébin (Algérie et Tunisie, 1890-1940) ou la Réforme comme apprentissage de “l’arriération” », dans Réforme de l’État et réformismes au Maghreb (xixe-xxe siècles), Odile Moureau (dir.), Paris, L’Harmattan/IRMC, 2009, p. 286.

20 Malika Mokeddem, Le Siècle des sauterelles, op. cit., p. 57.

21 Ibid.

22 Voir Lynda Chouiten, A Carnivalesque Mirage, op. cit., p. 245.

23 Malika Mokeddem, Le Siècle des sauterelles, op. cit., p. 7.

24 Penseur et philosophe algérien, qui était aussi jeune étudiant à Al-Azhar et à l’université du Caire (voir Malek Bennabi, Les Conditions de la renaissance : problème d’une civilisation [1949], Alger, ANEP, 2005).

25 Malek Bennabi, Le Problème des idées dans la société musulmane [1970], Alger, Samar, 2013, p. 95.

26 Malika Mokeddem, Le Siècle des sauterelles, op. cit., p. 57.

27 Malek Bennabi, Le Problème des idées dans la société musulmane, op. cit., p. 95.

28 Voir Isabelle Eberhardt, Écrits intimes, op. cit., p. 147.

29 Malek Bennabi, Le Problème des idées dans la société musulmane, op. cit., p. 147.

30 Isabelle Eberhardt, Écrits intimes, op. cit., p. 2.

31 Comme Sultana dans L’Interdite (1993) et Kenza dans Des rêves et des assassins (1995).

32 C’est le terme utilisé par Eberhardt pour parler d’un « converti » dans la nouvelle éponyme (Pages d’Islam, Paris, Charpentier, 1920, p. 283).

33 Malika Mokeddem, Le Siècle des sauterelles, op. cit., p. 279.

34 Ibid., p. 158.

35 Brinda Mehta, « Geographies of Space: Spatial Impositions, Circularity, and Memory in Malika Mokeddem’s Les Hommes qui marchent and Le Siècle des sauterelles », art. cit. p. 4.

36 Rachel Bouvet. Pages de sable, Essai sur l’imaginaire du désert, Montréal, XYZ, 2006, p. 92.

37 Jean Déjeux, Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, Paris, Karthala, 1984, p. 62.

38 Ibid., p. 63.

39 David Spurr, The Rhetoric of Empire. Colonial Discourse in Journalism, Travel Writing, and Imperial Administration, Durham (Caroline du Nord), Duke University Press, 1993, p. 90.

40 Malika Mokeddem, La Nuit de la lézarde, Paris, Grasset, 1998, p. 15-16.

41 « their identification with the overseas territory » (Edward Saïd, Culture and Imperialism, Londres, Vintage, 1994, p. 215 – nous traduisons).

42 Albert Camus, L’Exil et le royaume, Paris, Gallimard, 1957, p. 33-34.

43 « women and geography » (Edward Saïd, Culture and Imperialism, op. cit., p. 213 – nous traduisons).

44 Malika Mokeddem, La Nuit de la lézarde, op. cit., p. 42.

45 « communion with the sky and desert » (Edward Saïd, Culture and Imperialism, op. cit., p. 214 – nous traduisons).

46 « through sacrifice and commitment a European is received by natives into their circle of intimacy as a substitute for a dead native » (ibid. p. 215 – nous traduisons).

47 Malika Mokeddem, La Nuit de la lézarde, op. cit., p. 42.

48 Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe, Paris, Gallimard, 1965, p. 101.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Amina Zarzi, « La jouissance de la liberté et du pouvoir des femmes : Sur les traces d’Isabelle Eberhardt dans Le Siècle des Sauterelles (1992) de Malika Mokeddem »Viatica [En ligne], 11 | 2024, mis en ligne le 27 février 2024, consulté le 20 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/viatica/3621 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/viatica.3621

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Auteur

Amina Zarzi

Université d’Oxford

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CC-BY-4.0

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