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« Blanche comme Neige » ? Identité mixte et performance de race dans ADN de Maïwenn

“Blanche comme Neige”? Mixed Identity and Race Performance in Maïwenn’s ADN
¿«Blanche comme Neige»? Identidad mixta e interpretación racial en ADN de Maïwenn
Alice De Reviers

Résumés

Cet article prend le film ADN, sorti en 2020, comme un cas pertinent pour étudier les façons dont l’héritage de la race peut relever d’une performance, dans le cas d’une identité mixte. Le personnage de Neige se fait petite-fille de son grand-père algérien par le biais de différentes techniques de soi en puisant dans un répertoire littéraire légitime. L’argument est soutenu par une analyse filmique et comparée, qui emprunte ses instruments d’analyse aux cultural studies ainsi qu’à de récents travaux de sociologie de la race. Le film de Maïwenn est étudié dans sa relation au roman Nedjma de Kateb Yacine, dont l’invocation, parmi d’autres pratiques, permet à Neige de défaire son passing blanc pour resignifier son appartenance raciale.

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Entrées d’index

Palabras claves:

Maïwenn, raza, blancura, performance, Nedjma
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Texte intégral

  • 1 Voir par exemple Lila Belkacem et al., « L’antiracisme en France : Enjeux, métamorphoses et controv (...)

1En 2020, la sortie du film ADN, de Maïwenn, résonne avec une médiatisation accrue des questions raciales en France, et de leurs appropriations par les minorités concernées1. Dans ce long métrage autofictionnel, Maïwenn explore son héritage franco-algérien à travers le personnage de Neige, interprété par la réalisatrice elle-même. À la mort de son grand-père Emir, immigré algérien en France, Neige se lance dans une quête identitaire sur les traces de ses origines algériennes.

2« J’suis blanc comme Neige, si on peut dire », lance le personnage de Kevin en regardant sa cousine lors de la scène de l’enterrement. Tout au long de son deuil, Neige s’éloigne pourtant de cette assignation raciale qui la définit dans la première partie du film. Le personnage travaille son identité et (re)devient peu à peu algérien en se distinguant de ses frères et sœurs resté.e.s français.es et, le film le suggère, blanc.he.s. Ainsi, dans ADN, des frontières raciales sont agencées afin que Neige puisse les transgresser. C’est précisément l’agencement de cette transgression, ou de cette reconfiguration progressive de l’identification raciale du personnage, que je propose d’étudier en tant qu’un passing à l’écran.

  • 2 Linda Williams, Playing the Race Card: Melodramas of Black and White from Uncle Tom to O.J. Simpson (...)
  • 3 Anne-Marie Paquet-Deyris, « Passing and Trespassing in Stahl and Sirk’s Imitation of Life (1934; 19 (...)
  • 4 Nelly Quemener, Le pouvoir de l’humour. Politiques des représentations dans les médias en France, P (...)

3La notion de passing est née dans le contexte de la ségrégation raciale aux Etats-Unis et désignait alors les trajectoires des personnes initialement identifiées comme noires qui passaient pour blanches, c’est-à-dire des trajectoires de mobilité sociale ascendante. Jusqu’à la découverte de leur « imposture », ces personnes pouvaient avoir accès à des bénéfices matériels systématiquement réservés aux blanc.he.s. Au cinéma, la menace de la découverte du passing et son potentiel tragique ont constitué une trame narrative pour les mélodrames hollywoodiens2 tels que le désormais canonique Imitation of Life de Douglas Sirk3. En France, si le passing n’a pas la même histoire, les rapports sociaux de race et les trajectoires de mobilité sociale attenantes constituent aussi, dès les années 1990, un sujet audiovisuel. Dans ce contexte, ce n’est pas le genre du mélodrame, mais ceux de l’humour qui s’emparent des stéréotypes ethnoraciaux4.

  • 5 Mathilde Cohen et Sarah Mazouz, « A White Republic? Whites and Whiteness in France », French Politi (...)
  • 6 Rogers Brubaker, « The Dolezal Affair: Race, Gender, and the Micropolitics of Identity », Ethnic an (...)

4ADN n’est ni une comédie française ni un mélodrame hollywoodien. Le film joue cependant avec les codes du passing pour signifier la trajectoire raciale imprévue de son personnage. Défaisant son positionnement apparemment blanc, c’est-à-dire majoritaire en France5, Neige performe une identité minoritaire, discriminée, à laquelle elle ne serait, autrement, pas assignée. Le personnage détourne ainsi le passing de la promesse d’ascension sociale qui lui est typiquement associée. La reconfiguration identitaire de Neige évoque dans ce sens ce que Rogers Brubaker appelle un passing inversé6, qui correspond à la situation de personnes blanches reconfigurant leur identification raciale afin d’être perçues comme noires ou racialement minoritaires.

  • 7 Marielle Macé parle à ce titre d’un « infléchissement de nous-mêmes » permis par la lecture : Marie (...)
  • 8 Noémie Ndiaye, Scripts of Blackness: Early Modern Performance Culture and the Making of Race, Phila (...)

5Neige, pourtant, a bien des origines algériennes par un grand-père qui a largement participé à son éducation, ce qui devrait rendre la notion de passing inversé inadéquate dans ce cas précis. Or, le film ne prend absolument pas ces origines pour acquises. Il montre plutôt comment Neige apprend à façonner son algérianité, bien plus tardivement, via la lecture. Les livres, dans le film, fonctionnent ainsi comme des instances de socialisation à partir desquelles Neige reconfigure son positionnement identitaire. Elle apparaît en train de lire, à plusieurs reprises, des ouvrages historiques sur l’Algérie et des romans algériens d’expression française, en particulier Nedjma, de Kateb Yacine. En ce sens, la « manière d’être » algérienne de Neige, dans ADN, est bien préfigurée par une « façon de lire », pour reprendre la formule de Marielle Macé7. J’envisage sa quête identitaire comme une interprétation du personnage de Nedjma, c’est-à-dire à la fois comme une lecture et une performance réitérative du texte devenu, pour Neige, un véritable script d’algérianité. La notion de script a été récemment proposée par Noémie Ndiaye pour montrer, dans le contexte de l’Ancien Régime, les liens entre les représentations des personnages noirs, les discours disponibles sur la race et la production du racisme8. Dans le contexte du film ADN, l’originalité du script utilisé pour la mise en pratique d’une algérianité est d’être explicitement littéraire, et mis en scène comme tel. Ainsi, je considère Nedjma à la fois comme un script mobilisé par le personnage pour façonner sa nouvelle identité, et comme matrice intertextuelle traçant un lien de parenté entre le roman et le film.

  • 9 Voir notamment les travaux respectifs de Maxime Cervulle et Nelly Quemener, utilisés dans cet artic (...)
  • 10 Solène Brun, « “Passer” pour blanc. L’exemple des personnes non blanches élevées par un ou des pare (...)

6L’étude des représentations des minorités et de la production des catégories raciales dans l’audiovisuel français a été permise par l’importation des cultural studies9. De récents travaux de sociologie de la race se sont quant à eux saisi de la question spécifique du passing dans le cas de familles mixtes en France10. En tenant compte de ces avancées, et au prisme d’une analyse filmique et comparée, je propose d’étudier le personnage ambigu de Neige – la question de son identification, son ascendance mixte et sa quête d’algérianité – pour penser la catégorie du passing comme un lieu de conflit. Neige peut-elle annuler ou dépasser son passing blanc en performant une trajectoire raciale inverse ? Derrière le récit de la contestation d’un passing, le film fait surgir un objet instable : la race dans sa dimension performative, c’est-à-dire comme une mise en actes, ou une réitération de pratiques, plutôt qu’une identité fixe. Mais en situant principalement dans un roman, plutôt que dans d’autres instances de socialisation, les éléments de l’algérianité, ADN énonce explicitement la race comme un processus de fabrication individuel, conscient et stratégique. Le racisme et les discriminations qui structurent les assignations raciales, par définition, sont ici mises de côté et réécrites au passé, au profit de la narration d’une quête personnelle.

7Dans un premier temps, je justifierai mon utilisation de la notion de passing racial dans l’analyse d’un film qui semble, au premier abord, travailler l’algérianité comme une catégorie nationale ou culturelle, et je montrerai comment le passing permet de cristalliser la dimension performative de la race en apportant l’éclairage de travaux récents sur le sujet. Je considérerai ensuite la manière dont le film construit initialement le passing blanc de Neige comme position singulière au sein d’une famille mixte franco-algérienne, au moyen d’un analyse filmique. En examinant l’intertextualité littéraire montrée dans le film, et plus spécifiquement l’interprétation de Nedjma par Neige, j’étudierai comment ce texte lui permet de configurer son identité algérienne selon un registre littéraire, individuel et légitime. Enfin, à partir de ce script, j’étudierai certains des gestes et des pratiques de Neige qui sont codées comme algériennes dans le film. Leur mise en scène permet de signaler l’héritage algérien de ce personnage métis comme une performance active qui travaille, en retour, une francité dont elle reconfigure les contours.

L’Algérie dans l’ADN ?

  • 11 Certains de ces signes ont pu être saisis par des publics du film et faire l’objet d’une certaine a (...)
  • 12 Sarah Mazouz, La République et ses autres, Lyon, ENS Éditions, 2017.
  • 13 Alondra Nelson s’intéresse notamment à des cas où les tests ADN ont fourni une justification nécess (...)

8Le film inscrit la quête identitaire du personnage de Neige dans un registre profondément national. L’obtention du passeport algérien constitue l’enjeu principal du processus de deuil, et c’est aussi elle qui offre sa résolution au récit. Bien que certains éléments du décor signifient silencieusement l’héritage culturel berbère de Neige, comme la robe qu’elle porte le jour de l’enterrement d’Emir11, celui-ci ne fait jamais l’objet d’une ligne de dialogue. C’est toujours l’Algérie en tant que nation qui est préférée comme référentiel. Il conviendrait de considérer ce registre national comme lui-même pris dans des dynamiques de racialisation, en tenant compte, notamment, de l’histoire coloniale de la France en Algérie, et du rapport d’altérisation entre la République contemporaine, les immigré.e.s et leurs descendant.e.s12. Dans ADN, l’appartenance nationale qui structure toute la trame du récit se trouve d’emblée racialisée et biologisée à travers le test génétique que Neige exécute après la mort de son grand-père. Elle cherche ainsi à établir le véritable pourcentage de son algérianité. Cette façon d’authentifier sa nationalité, et sa culture, sur la base d’un critère génétique, dans le film, s’inscrit dans un regain d’intérêt plus général pour les tests généalogiques. Fondée sur l’idée d’accéder à ses « ethnicités génétiques », cette tendance contribue pour Alondra Nelson à produire un nouveau « citoyen ADN »13. ADN, le titre du film, signifierait donc lui-même une conception fixe et biologique de l’identité.

  • 14 Ann Morning, « And You Thought We Had Moved Beyond All That: Biological Race Returns to the Social (...)
  • 15 Solène Brun et Claire Cosquer, « Déconstruire l’“identité”, théoriser la race : Des catégorisations (...)

9Depuis plusieurs années, des sociologues appellent à la vigilance quant à la re-biologisation de des catégories de race, une tendance qui gagne du terrain, selon Ann Morning, dans les espaces académiques comme publics14. En France, outre les travaux s’inscrivant dans la continuité des cultural studies contribuant à dévoiler la reproduction ordinaire du racisme et des identifications (et désidentifications) raciales à travers les médias mainstream, le champ de la sociologie de la race connaît de plus en plus d’intérêt. En son sein, Solène Brun et Claire Cosquer invitent notamment à considérer la socialisation, au-delà du couple auto-identification/assignation, parmi les logiques imbriquées dans la formation raciale, et à considérer la race comme ce que l’on fait, plutôt que ce que l’on est15.

  • 16 Solène Brun, « “Passer pour blanc”… », op. cit., p. 88.

10Aussi la compréhension du phénomène du passing a-t-elle pu évoluer conjointement aux développements interactionnistes et constructivistes des cadres de théorisation de la race. Loin de l’essentialisme initialement constitutif de la notion de passing, les travaux de Solène Brun sur les personnes issues de couples mixtes « passant » pour blanches permettent de voir, dans ce phénomène, un processus de racialisation comme les autres, voire de reconnaître toute position raciale comme le produit d’un passing16. Dans cette perspective, toute position raciale est une position racialisée, c’est-à-dire qu’elle suppose toujours, comme le passing, la mise en œuvre de pratiques qui sont scriptées ou décodées racialement, volontairement ou non. Penser la race au prisme du passing permet ainsi de souligner son caractère instable et la façon dont elle est sans cesse reconfigurée ou reconduite dans des systèmes de signes eux-mêmes liés à des conditions historiques particulières.

  • 17 Bastien Bosa, Julie Pagis et Benoît Trépied, « Le passing : un concept pour penser les mobilités so (...)

11Si je propose ici d’étudier ADN pour réfléchir à la notion de passing, c’est bien parce que ce film de Maïwenn fait l’inverse de ce que son titre semble annoncer. La dimension supposément génétique de l’algérianité, si elle donne son titre au film, est très vite laissée de côté. Dans un premier temps, le film agence le passing blanc de Neige comme une identification qu’elle subit, puis ce sont des lectures, des attitudes et des pratiques qui permettent à Neige de dé-passer, ou de re-passer, afin d’être identifiée comme algérienne. C’est en ce sens que le film ADN figure un passing contesté, dédoublé, qui n’est ni marginal, ni improbable, ni dissimulé17, mais qui est plutôt essentiel à la fabrique de soi, et qui permet d’éclairer la dimension construite et performative de la race.

  • 18 Ibid.
  • 19 Julien Talpin, Hélène Balazard, Marion Carrel et al., L’Épreuve de la discrimination. Enquête dans (...)

12Une telle reconsidération du passing ne doit pas conduire à surestimer l’agentivité des personnes qui en font l’expérience. Bastien Bosa et al. rappellent que les opportunités de mobilité sociale qui y sont attachées demeurent toujours insérées dans et encadrées par des dispositifs institutionnels et sociaux spécifiques18, et Solène Brun conclut l’enquête susmentionnée en rappelant que dans la majorité des cas de passing blanc étudiés, le passing est plus subi que conscient ou stratégique. Dans le cas de Neige, néanmoins, au lieu d’une identité fixe ou héritée génétiquement, sa position raciale est précisément problématisée comme le fruit d’une performance individuelle et stratégique. J’examine donc, dans cet article, ce qu’ADN dit de la construction d’une appartenance raciale minoritaire qui ne résulte pas de l’épreuve des discriminations19 mais d’un choix délibéré de travailler son identité pour redevenir algérienne.

Famille mixte et ambiguïtés blanches

13Au-delà du deuil d’Emir, la première moitié du film consiste à signifier le passing blanc de Neige comme une identification involontaire et imposée. Les interactions conflictuelles au sein de sa famille participent à définir et singulariser la situation de Neige comme un personnage qui passe pour blanc. Un registre psychologisant semble prédominer dans ADN pour caractériser des relations intra-familiales tortueuses, mais cette conflictualité s’exprime aussi à travers les rapports sociaux de race. Cette famille mixte franco-algérienne est structurée par des assignations et des non-assignations raciales différenciées, c’est-à-dire que chaque personnage incarne un certain « pôle », ou une interprétation particulière, du métissage franco-algérien.

14Les premières minutes du film en annoncent déjà la couleur. Dès cette scène d’ouverture, qui se déroule dans un parc parisien lors d’une visite de la famille au grand-père, l’identité raciale de Neige est problématisée différentiellement, par rapport à ses enfants, à Emir, et à son cousin Kevin. La mixité de la famille est d’emblée montrée comme une constellation d’expériences et de performances variées, par rapport auxquelles Neige peut se positionner elle-même. Les personnages d’Emir et de Kevin, particulièrement, incarnent des types d’algérianité antagonisés dès la scène d’ouverture (ce qui n’empêche pas une grande complicité entre les personnages eux-mêmes), avec lesquels Neige négocie pour fabriquer la sienne.

  • 20 L’acteur Dylan Robert, qui interprète Kevin, est aussi l’un des seuls acteurs visiblement non-blanc (...)

15Le mandole, l’instrument à cordes dont la mélodie accompagne le générique d’ouverture, construit sonorement un référentiel algérien traditionnel qui symbolise, dans tout le film, la figure du grand-père. L’air de mandole algérien revient à chaque fois que Neige se remémore Emir. Sa localisation, ici en tout début de film, préfigure le référentiel selon lequel Neige façonnera sa propre algérianité. Elle est complètement tournée vers Emir, et leur connexion est exprimée à travers la musique. Or, très rapidement, le morceau « Freestyle Skyrock 2 » du rappeur marseillais TK rompt la mélodie du mandole. Le son provient des écouteurs que Kevin place dans les oreilles d’Emir, son grand-père, et remplace ainsi la musique du début du film en l’arrêtant soudainement. Le personnage fait obstacle, symboliquement, à l’avènement familial d’une algérianité plus traditionnelle, associée à Emir seulement, à laquelle Neige cherche à s’identifier. Kevin représente ainsi déjà, dans cette scène d’ouverture, une figure d’outsider que le film construit comme contrepoint à la blanchité perçue de Neige. Cette catégorisation altérisante repose notamment sur ses vêtements, sa façon de parler et ses gestes, comme lorsqu’il fume un joint à côté de son grand-père, sur le lit de la maison de retraite, quelques scènes plus tard20. Le personnage tranche avec la présentation plus bourgeoise du reste de la famille, et son algérianité est ainsi dépeinte comme une position de classe.

16C’est aussi Kevin qui, pendant la scène de l’enterrement d’Emir, signifie explicitement la blanchité à laquelle Neige est associée, c’est-à-dire le passing qui constitue le point de départ de sa trajectoire raciale dans le film. Kevin entonne devant l’assemblée un rap a capella, dont l’une des mesures est : « J’suis blanc comme Neige, si on peut dire. » Il sourit à Neige en prononçant ces paroles. Elle baisse le regard, tandis que sa mère se tourne vers elle, inquiète, dans l’attente d’une réaction qu’elle semble imaginer forte, ce qui donne à voir la place des assignations raciales dans les relations conflictuelles au sein de la famille mixte d’ADN. La blanchité de Neige lui est donc explicitement signifiée par Kevin, un personnage dont l’algérianité n’est pas mise en question dans le film.

17De Neige, la scène d’ouverture dessine un portrait étrange, déguisé, pour signifier dès ce moment son passing blanc. Elle apparaît cachée sous les traits d’une autre. Elle est vêtue d’une robe rose à gros pois, ses cheveux longs et bruns sont relevés, crêpés et coqués, ses yeux bruns (elle porte des lentilles de contact) sont surlignés d’un large trait d’eyeliner. Elle se montre sous un masque qui évoque la chanteuse Amy Winehouse – ce que son frère ne manque pas de souligner quelques scènes plus tard, toujours dans la maison de retraite :

– Putain mais tu peux pas la lâcher avec le naturel là ? T’es naturelle toi ? T’as un kilo de maquillage, toi t’es nature-peinture ! T’as un kilo de maquillage sur la gueule, on dirait Amy Winehouse, et tu vas dire à Maman que t’es naturelle ?
– Moi j’en ai plein le cul, khlass.

  • 21 Par opposition à la façon dont les blanc.he.s sont à la fois hypervisibles à l’écran, car omniprése (...)
  • 22 Selon Sarah Ahmed la personne qui se déclare blanche en retire un bénéfice sans nullement déstabili (...)

18En rappelant si fortement l’image d’une célébrité, l’apparence de Neige est d’emblée présentée comme relevant de l’artifice et de l’illusion. Elle se montre, dans ce début de film, de façon assez explicite, comme quelqu’un d’autre, quelqu’un qu’elle n’est pas. Ce costume de cinéma rend la blanchité du personnage de Neige tout à la fois hyper visible21 et relevant implicitement d’une supercherie qui excède le passing, devenu mascarade. Si on peut considérer que la « déclaration de blanchité » ne fait pas ce qu’elle énonce22, dans le cas de ce personnage métis, se « déclarer » visuellement hyper blanche revient à positionner son identité comme non simplement blanche. Les vêtements de Neige, sa coiffure et son maquillage défont ainsi ce qu’ils semblent dire.

  • 23 Richard Dyer, Blanc [1997], trad. Jules Sandeau, Paris, Éditions Mimésis, 2023, p. 414.

19En surnommant ses enfants ses « petits Suédois », le personnage de Neige leur fait représenter de façon similaire une forme de « blanchité extrême »23 qu‘il peut mobiliser pour mieux s’en différencier, et pour suggérer que la blanchité, dans sa famille, n’a rien de normal ou d’ordinaire. De même, son père, avec qui elle entretient une relation houleuse, incarne une blanchité politique extrême, ouvertement raciste et nationaliste, en avouant fièrement à Neige qu’il a « voté Le Pen ». Le film utilise ainsi des références à une blanchité « visible » pour mieux en dissocier Neige, et ainsi signaler qu’elle a pu y être associée injustement en tant que métisse franco-algérienne dans le contexte français.

  • 24 Abdelmalek Sayad, « Les trois “âges” de l’émigration algérienne en France », Actes de la Recherche (...)
  • 25 Solène Brun, « Race et socialisation ». La Vie des idées, novembre 2019. URL : https://laviedesidee (...)

20Si elle peut dans un premier temps être associée à une forme de blanchité, ce n’est pourtant pas simplement en raison de son apparence phénotypique. Différents facteurs sociaux sont suggérés dans le film : tout en ne disant rien de la trajectoire migratoire d’Emir, le film signale ce que Neige souhaite retenir de lui, à savoir qu’après avoir combattu aux côtés du FLN, il a obtenu en France une thèse de doctorat portant sur « Les Africains du Nord à Gennevilliers », et qu’il avait un appartement à Paris et un autre à Alger, ce qui indique non seulement des conditions d’émigration spécifiques24, mais aussi un certain capital et la maîtrise d’une culture légitime en France. Associé à une socialisation spécifique avec un parent blanc25, cet héritage culturel a pu rapprocher, matériellement, Neige et ses frères et sœurs de la blanchité majoritaire en France, et les éloigner de cette Algérie devenue souvenir, fantasme et mémoire inaccessible.

21Ainsi, en perdant son grand-père, Neige perd ce qu’elle perçoit comme la seule instance légitime de socialisation algérienne qui lui restait. Lorsque, dans sa seconde partie, le film se mue en un véritable récit initiatique pour Neige, aucun des membres de sa famille ne peut vraisemblablement lui fournir le modèle positif auquel s’identifier pour poursuivre la fabrique de son algérianité perdue. Il lui faut donc puiser la compréhension de cette dernière dans un répertoire bien particulier : la figure littéraire de Nedjma, protagoniste du roman de Kateb Yacine, qui hante le récit et la quête identitaire de Neige dans ADN.

Neige / Nedjma : (re)trouver l’Algérie

22La particularité de la quête identitaire mise en scène par Maïwenn dans ADN est d’être visiblement littéraire, travaillée par un corpus de textes algériens devenus scripts, au centre duquel figure explicitement le roman Nedjma, publié par Kateb Yacine en 1956. Une scène en particulier permet de comprendre que Neige s’identifie au personnage de Nedjma, et s’en fait l’héritière. En construisant son questionnement identitaire autour de ce texte, elle reproduit la figure créée par Kateb Yacine et l’adapte à sa propre situation de personnage métis dans la France postcoloniale. Que voit précisément Neige dans Nedjma, qui lui permet de faire sens de ses racines et de son cadre familial mixte, et finalement de se configurer son identité algérienne selon un registre littéraire, individuel, et plus légitime que d’autres possibles formes de socialisation raciale ?

23Neige, après s’être douloureusement recueillie sur le pont Saint-Michel, où a eu lieu une partie des massacres du 17 octobre 1961, se réveille à l’hôpital où elle reçoit la visite de ses frères et sœurs ainsi que de son ami, François. Ce dernier apporte avec lui des livres « sur les Arabes », et alors qu’il plaisante en demandant à Neige « ce qu’[elle] leur trouve, aux Arabes », faisant passer la quête de Neige pour une petite lubie passagère, elle demande spécifiquement l’exemplaire de Nedjma, qui apparaît déjà un peu plus tôt dans le film. Elle justifie l’attention qu’elle porte à ce livre en traçant une filiation directe entre son prénom et celui de l’héroïne romanesque : « Vous saviez que Neige, ça vient de Nedjma ? C’est parce que notre père, il a pas voulu ce nom, Nedjma, donc ils ont choisi Neige. »

  • 26 Comme elle le fait parfois remarquer dans ses apparitions médiatiques, Nedjma est bien, en réalité, (...)

24Elle n’évoque jamais le contenu du livre, mais se contente d’en citer le prénom-titre26. Ne rien dire de Nedjma, le roman, c’est sous-entendre que tout est déjà signifié dans ces deux syllabes. Plutôt qu’une simple homonymie anecdotique, cette scène fait du personnage de Nedjma le guide de la quête de Neige, qui peut s’identifier au personnage du roman, quelques soixante-dix années après la publication de ce-dernier. Nedjma, c’est d’abord le prénom qu’elle aurait porter si ses parents n’avaient pas jugé qu’il faisait trop « arabe » pour la France dans laquelle elle a grandi. Invoquer Nedjma, ce prénom qui signifie à lui seul l’Algérie telle que Neige la voit, c’est donc revenir à sa propre naissance, à ses véritables origines refoulées par ses parents, mais aussi à un passé plus lointain encore, davantage national que familial. Il y a surtout, dans ce venir de prononcé par Neige, la formulation d’un héritage actif.

  • 27 Dans la préface de l’édition de 1996, Gilles Carpentier qualifie de surcroît la langue de Kateb Yac (...)
  • 28 Nedjma, qui signifie « étoile » réapparaît dans d’autres œuvres de l’auteur. Voir par exemple Kateb (...)
  • 29 Mehana Amrani, « La fonction de la fragmentation dans Nedjma de Kateb Yacine », in Ricard Ripoll (é (...)
  • 30 Stefanie Sevcik, « Specters of Nedjma: Shifting Temporalities, Identities, and Itineraries in Kateb (...)

25Écrit en langue française par Kateb Yacine dans l’Algérie des années cinquante, le roman figure les personnages de quatre jeunes hommes épris de la mystérieuse Nedjma, à la fois centrale et sans voix, toujours exprimée à travers le regard de ses admirateurs masculins. La construction complexe, fragmentaire et cyclique du roman où s’alternent les points de vue de Mustapha, Lakhdar, Rachid et Mourad, permet à l’auteur de décrire une Algérie « multiple et contradictoire » – comme une étoile dont chaque branche évoque une conception différente de la nation algérienne bientôt indépendante27. À ce titre, en tant qu’objet de multiples désirs et d’amours impossibles, et comme principe organisateur d’une narration à plusieurs branches28, le personnage de Nedjma a pu être considéré comme symbole de la « femme-patrie inaccessible »29. Cette lecture est cependant nuancée par des travaux plus récents mettant en lumière l’agentivité de ce personnage féminin qui revient dans plusieurs autres travaux de l’écrivain, et qui pourrait donc être considéré comme élément d’un cycle à part entière dans l’œuvre de Kateb Yacine, afin d’en déceler toute l’ampleur30.

26En ce qu’ils incarnent chacun des conceptions différenciées d’un métissage franco-algérien, les membres de la famille de Neige évoquent la structure polygonale de l’œuvre de Kateb Yacine. La conflictualité familiale et la « grammaire raciale » que nous avons examinée plus tôt résonne avec la construction de Nedjma. De plus, l’inaccessibilité d’une Algérie fantasmée structure à la fois le roman et le film, respectivement à l’aube de l’indépendance algérienne et dans le contexte postcolonial français. Maïwenn nous invite à considérer le personnage de Neige comme un nouveau cycle du personnage de Kateb Yacine, comme une version française aux racines toutes aussi emmêlées.

  • 31 Voir la préface de Gilles Carpentier citée plus tôt.

27La filiation mixte de Nedjma constitue à elle seule une des grandes problématiques du roman de Kateb Yacine, dans laquelle Neige semble percevoir une image de sa propre identité. La parenté de Nedjma est avant tout irrésolue, brouillée et brisée par la situation coloniale. Elle est la fille d’un Algérien et d’une Française de Marseille, « celle qui avait fait exploser la tribu » de Keblout en « séduisant » trois de ses hommes, tous pères potentiels de la jeune femme. Nedjma incarne alors le fruit d’une union mortifère, cette Algérie profanée « que personne ne voulait voir »31 :

  • 32 Kateb Yacine, Nedjma, op. cit., p.169.

28Nedjma dont les hommes devaient se disputer non seulement l’amour, mais la paternité, comme si sa mère française, dans un oubli sans vergogne, ou pour n’avoir pas à choisir entre quatre mâles, deux par deux, n’avait même pas départagé les deux derniers, ses ravisseurs la condamnant ainsi à ce destin de fleur irrespirable, menacée jusqu’à la profondeur et à la fragilité de ses racines32

  • 33 Ibid., p. 176.

29Dans le roman, le métissage dont est issu Nedjma menace directement l’ordre familial de la tribu et emporte avec lui ce « passé mythique » algérien qui ne peut exister que comme un idéal perdu. La tentative de démêler la généalogie de Nedjma est à la fois nécessaire et impossible, voire dangereuse ; en lieu et place de ses racines se trouve un déracinement imposé par l’administration coloniale. Une certaine idée de pureté raciale est ainsi construite, au passé, en opposition au métissage forcé issu de la colonisation. Neige, à son tour, peut appréhender sa propre situation familiale en France à travers un prisme biologisant. Tandis que Mustapha décrit le sang » incestueux » qui aurait été le « principe de cohésion » de la tribu33, Neige cherche à valider son appartenance algérienne via un test ADN. Le « sang » devient pour elle un principe d’authentification pour soutenir sa démarche identitaire. Dans Nedjma, comme dans ADN, le corps se donne comme seule certitude ; c’est en lui qu’il faut chercher la vérité des origines familiales. Mais dans les « 35,4 % Ibère » et « Nord-Africaine 14,8 % » qu’elle lit dans les résultats du test, Neige n’entraperçoit pas, finalement, l’Algérie tant espérée. La génétique déçoit dans sa fonction d’authentification, et c’est seulement alors que la performance réitérative de pratiques scriptées prend toute son importance dans la quête de Neige, pour resignifier la race.

  • 34 Voir à ce titre Julien Talpin, Hélène Balazard, Marion Carrel et al.op. cit.
  • 35 Kateb Yacine fait partie des écrivain.e.s algérien.ne.s d’expression française dont Kaoutar Harchi (...)

30Ce n’est pas par l’épreuve de la discrimination que Neige façonne son identité, en réaction34, mais bien par un détour fictionnel qui est aussi légitimé dans les cadres de l’institution littéraire française35. « Le petit Nedjma », le surnom que Neige donne au roman, sert ainsi de clé de voûte à une pratique individualisée d’une algérianité qui est montrée comme plus stratégique que subie. Neige hérite volontairement de l’œuvre : elle l’interprète, c’est-à-dire qu’elle met en place des pratiques spécifiques pour performer l’algérianité qu’elle y entrevoit.

L’âge du « faire » : au-delà de l’héritage, performer la race

31Quittant le récit du deuil familial qui structure sa première partie, ADN devient peu à peu un voyage initiatique, une réactualisation de cette quête vers une Algérie inaccessible désormais dans le contexte postcolonial français. Plusieurs scènes permettent non seulement de figurer des gestes et des pratiques signifiantes de cette algérianité, mais surtout, de signaler cette performance comme telle. De façon similaire au costume que porte Neige lorsqu’elle apparaît pour la première fois dans le film, les processus de fabrication de l’appartenance raciale sont rendus hyper visibles et mettent en exergue la dimension performative de l’héritage algérien de Neige.

32Dans cette partie du film, Neige agit majoritairement seule. Ses enfants et Kevin disparaissent complètement du film, comme si leurs présences respectives empêchaient auparavant Neige de s’identifier pleinement comme Algérienne, la ramenant sans cesse à une forme ou une autre de blanchité. Elle travaille donc, seule, peu à peu, son identité pour être perçue en conséquence, par le biais de différentes pratiques qui sont autant de techniques de soi puisant dans un registre notamment littéraire.

  • 36 Pour un aperçu des réactions que le recours à ce type de signes a pu susciter, pour une partie des (...)

33La première fois que Nedjma, le livre, figure dans le film, il est posé parmi une quantité d’autres livres sur l’Algérie et son histoire, dans une scène où le film nous présente la « bibliothèque idéale » de Neige en la matière36, c’est-à-dire, explicitement, les scripts dans lesquels elle puise la conception de son algérianité, et par lesquels elle peut apprendre à la faire. Des ouvrages « consacrés » de Gisèle Halimi, Kaouther Adimi, Alice Zeniter, Albert Camus, Joseph Andras, ou encore, bien sûr, de Kateb Yacine, sont filmés en gros plan sur la table de salon de Neige. C’est notamment par le biais de cette bibliographie que Neige se construit, tardivement, comme petite-fille d’immigré, et donc comme appartenant pleinement à une communauté algérienne passée et « littérarisée » en France, par opposition à une inscription sociale dans une communauté contemporaine faisant toujours l’épreuve de discriminations raciales.

34L’espace du salon de Neige se fait lui-même performance d’algérianité dans le film, comme pour bâtir une concordance entre ce que Neige lit et l’espace social depuis lequel elle le fait. Le silence qui enveloppe la scène de lecture donne une importance tangible au décor et à l’image. Un ventilateur est allumé, comme dans plusieurs autres scènes du film, où la chaleur de l’été parisien participe à suggérer une ambiance orientale. À gauche du cadre, sur l’étagère, se trouve un plat à tajine ; des coussins en tissage berbère sont disposés sur le canapé, et plusieurs autres tissages similaires sont accrochés au mur. Ces derniers sont rappelés visuellement, au centre du cadre, par une petite bibliothèque aux rangs serrés et compacts qui porte des livres de poche multicolores, comme un autre tissage rayé constitué par une accumulation de livres. Le décor trace donc, figurativement, un motif algérien dans la littérature canonique.

35Ce qui est filmé, ce n’est ni le contenu des lectures de Neige, ni les conclusions qu’elle en tire, mais bien le moment gesticulé d’une appartenance raciale en apprentissage : le film signale ainsi la performance de Neige comme telle. L’activité de la lecture rend compte assez évidemment d’une performance qui est individualisée, mais d’autres pratiques sont aussi rendues signifiantes.

  • 37 Solène Brun, « “Passer” pour blanc… », op. cit., p. 88.

36Une scène, entre autres, montre Neige en pleine préparation de thé à la menthe, au réveil. La caméra se focalise sur ses mains au moyen d’un plan rapproché, et son visage demeure absent du cadre. Ce qui compte alors, c’est véritablement ce geste de couper des feuilles de menthe fraîche pour les mettre directement dans la théière. Ce geste refait, à l’écran, une pratique culturelle « racialement codée »37 et utilisée par Neige pour son identification en tant qu’Algérienne. Sa sœur la rejoint pour boire le thé, et est frappée par la façon bruyante dont Neige boit sa tasse :

– Pourquoi tu fais du bruit comme ça ?
– Ah c’est comme ça qu’on le boit le thé.
– Comment ça, « c’est comme ça » ?
– Bah le thé à la menthe, c’est comme ça qu’on le boit, au bled. (…) Voilà, plus tu fais du bruit, plus t’es une Algérienne.
(La sœur essaie et tousse un peu) :
– C’est pas pour demain.
– Tu sais comment on dit « la menthe » en arabe ? « Nahnah ».
Nahnah.
Nahnah. Même moi je le dis mal !

  • 38 En français : « ça suffit ».
  • 39 Solène Brun et Claire Cosquer, op. cit.
  • 40 Ramy M. K. Aly, Becoming Arab in London: Performativity and the Undoing of Identity, Londres, Pluto (...)

37Ainsi des éléments de langue arabe viennent-ils également appuyer le travail identitaire de Neige, à l’instar du passage cité plus haut où Neige conclut sa phrase d’un « khlass »38 pour exprimer son mécontentement après l’apostrophe de son frère. En considérant la race comme ce que l’on fait, plutôt que ce que l’on est39, ainsi que Ramy Aly le propose en étudiant les façons par lesquelles de jeunes Londoniens réalisent ou « font » leur « arabité », selon la répétition de répertoires de « faire »40, on peut en effet penser les pratiques de Neige – incluant ses pratiques langagières – comme moyens de façonner son appartenance raciale dans le film. L’identité algérienne de Neige est toujours présentée comme inscrite dans le cadre d’un héritage familial, mais ce dernier est, selon sa perspective, incomplet. Ces gestes supplantent ainsi ceux qui manquent, selon elle, dans le cercle familial mixte qui ne lui permettent pas d’incorporer le modèle d’algérianité qu’elle recherche.

38Le film rend bien visible la performance de race, et le registre littéraire légitime qu’elle privilégie pour resignifier l’appartenance raciale de Neige finit par redéfinir en retour une francité ; la séquence finale du film mobilise ainsi des cadres nationalisés pour mettre en scène le voyage du « retour ». La quête identitaire de Neige est résolue par l’obtention de son passeport algérien, suivie peu de temps après par le voyage qu’elle effectue en bateau vers Alger, comme pour re-faire, seule, à rebours, la trajectoire migratoire de son grand-père. Cette trajectoire migratoire figure ainsi dans le film pour commémorer un passé lourd et authentifier la performance de Neige, la commémoration devenant elle-même une façon de façonner son identité. Cette scène est d’autant plus sentimentalement chargée qu’elle clôt un processus de deuil ; la posture de Neige y est esthétisée.

39Les paroles de la chanson « Lettre à ma fille », du chanteur kabyle Idir, qui accompagnent Neige sur toute la durée de la séquence, participent à la faire petite-fille de son grand-père. Elles sont lues à un niveau extra-diégétique par une voix qui n’est pourtant pas celle d’Emir, et qui semble plutôt représenter une parole algérienne générale, celle de la nation qui reconnaît Neige parmi les sien.ne.s. Neige étant toujours au centre du cadre, la caméra est prisonnière de son regard à elle : elle est filmée dans la foule pendant une manifestation politique, en robe printanière, marchant souriante, émue, puis assise à une terrasse de café où elle regarde ses voisin.e.s et ses environs avec émotion. Les Algérois.es qui figurent dans la séquence sont filmé.e.s avec la distance qui incombe pour planter un décor de film. L’image clôturant ADN montre ainsi Neige éclatant de rire, au ralenti, sous un drapeau algérien porté visiblement par un manifestant, au cours d’une protestation politique dont le film signale bien qu’elle n’est pas le sujet.

40Neige est re-devenue algérienne, selon un modèle littéraire légitime en France, et elle incarne alors dans cette séquence algéroise une forme de francité remodelée par la performance de race structurant le film. Comme La France des couleurs, l’album d’Idir sur lequel figure le titre « Lettre à ma fille » et qui, selon les mots de l’artiste, « défend les couleurs de la France », Maïwenn offre à son personnage une algérianité renationalisée.

Conclusion : « Passer » au cinéma

41Pour se faire algérienne dans un cadre individuel, Neige invoque la figure éponyme de Nedjma, du roman de Kateb Yacine, qui hante ADN et de qui elle se présente comme la descendante directe. Le film problématise ainsi le passing blanc d’un personnage métis franco-algérien qui s’en défait et qui resignifie son appartenance raciale par des pratiques spécifiques, et par l’interprétation d’un script qui a l’originalité d’être explicitement textuel (et littéraire). La spécificité de la performance de Neige est de s’énoncer visiblement comme un processus de fabrication individuelle, alors que les trajectoires de passing ne sont, dans les faits, pas toujours conscientes ni stratégiques. En ce sens, si le film permet d’aborder l’identification raciale comme une performance, ou une mise en pratique, dans le cadre des identités mixtes en France, il réduit ultimement la race à seulement cela : une fabrication individuelle.

  • 41 Fania Noël, « Maïwenn et l’antiféminisme », Politis, juin 2023, consulté le 17 juin 2023. URL : htt (...)

42Or, derrière le personnage de Neige, qu’elle interprète, c’est Maïwenn qui se signale comme algérienne. Il est intéressant de voir comment la réalisatrice s’empare avec ce film d’une question dite « identitaire », alors que celle-ci revendique régulièrement un humanisme universaliste41. Elle déclare certes un positionnement racial minoritaire en France, mais elle le fait selon un registre légitime et littéraire. L’héritage colonial et les discriminations raciales se trouvent en effet renvoyées, dans ADN, à des œuvres ou à des événements fixés dans un temps révolu dans lequel Maïwenn, lectrice, seule, se projette.

  • 42 Maxime Cervulle, op. cit.

43Les évolutions du traitement médiatique et de la filmographie de Maïwenn, en tant qu’actrice, nous invitent à envisager le cinéma lui-même comme une technologie de positionnement racial ou de passing. Compte tenu de la tendance à l’assignation raciale et à la « ghettoïsation » de réalisateur.ice.s ou d’autres acteur.ice.s non-blanc.he.s dans le milieu du cinéma majoritairement blanc42, le traitement médiatique de Maïwenn, dépourvu de marqueurs sociaux de race, pourrait indiquer qu’elle est largement perçue comme une réalisatrice et actrice blanche avant la sortie de ce film. Le métissage franco-algérien de Maïwenn ne deviendrait, en ce sens, un « sujet » public et médiatique qu’au moment de la sortie d’ADN. La même année, l’actrice paraît de plus à l’affiche du film Sœurs, de Yamina Benguigui, dans lequel trois sœurs métisses franco-algériennes partent à la recherche de leur frère caché depuis trente ans en Algérie. Deux en plus tard, en 2022, elle apparaît dans le film de Roschdy Zem, Les Miens, comédie dramatique au sujet d’une famille marocaine en France qui voit un de ses membres changer soudainement de caractère. Les scénarios de ces deux films reposent en grande partie sur l’idée d’appartenance familiale, appartenance dans laquelle le positionnement racial des personnages est structurant. Le casting de Maïwenn pour interpréter un personnage dans chacun de ces films suggère le fait qu’elle ait effectivement pu passer au cinéma comme algérienne au moment où sortait ADN, ou du moins qu’elle ne passe plus seulement pour blanche après sa sortie. Les rôles de cinéma participeraient, en ce sens, à cristalliser les identifications raciales des acteur.ice.s qui les jouent, notamment dans le cas des identités mixtes. Une telle supposition mérite d’être interrogée, il me semble, au prisme de la notion de passing, de la performativité des rôles sociaux, et de la frontière entre réalité et fiction.

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Bibliographie

Filmographie

ADN, réal. Maïwenn, Paris, Why Not Productions, 2020.

Imitation of Life, réal. Douglas Sirk, d’après un roman de Fannie Hurst, Hollywood, Universal-International, 1959.

Jeanne du Barry, réal. Maïwenn, Paris, Why Not Productions, 2023.

Les Miens, réal. Roschdy Zem, Paris, Why Not Productions, 2022.

Shéhérazade, réal. Jean-Bernard Marlin, Paris, Geko Films, 2018.

Sœurs, réal. Yamina Benguigui, Paris, Bandits, 2020.

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Notes

1 Voir par exemple Lila Belkacem et al., « L’antiracisme en France : Enjeux, métamorphoses et controverses au prisme du décès de George Floyd », Les cahiers de la LCD, vol. 15, no1, et vol. 16, n°2, 2022.

2 Linda Williams, Playing the Race Card: Melodramas of Black and White from Uncle Tom to O.J. Simpson, Princeton, Oxford, Princeton University Press, 2001.

3 Anne-Marie Paquet-Deyris, « Passing and Trespassing in Stahl and Sirk’s Imitation of Life (1934; 1959) », Film journal, n°7, 2021.

4 Nelly Quemener, Le pouvoir de l’humour. Politiques des représentations dans les médias en France, Paris, Armand Colin, 2014.

5 Mathilde Cohen et Sarah Mazouz, « A White Republic? Whites and Whiteness in France », French Politics, Culture and Society, vol. 39, n°2, 2021.

6 Rogers Brubaker, « The Dolezal Affair: Race, Gender, and the Micropolitics of Identity », Ethnic and Racial Studies, vol. 39, no3, février 2016, p. 414-448.

7 Marielle Macé parle à ce titre d’un « infléchissement de nous-mêmes » permis par la lecture : Marielle Macé, Façons de lire, manières d’être, Paris, Gallimard, coll. « NRF Essais », 2011, p. 79.

8 Noémie Ndiaye, Scripts of Blackness: Early Modern Performance Culture and the Making of Race, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2022.

9 Voir notamment les travaux respectifs de Maxime Cervulle et Nelly Quemener, utilisés dans cet article, ou leur ouvrage en commun, pour comprendre l’évolution du champ et ses branches françaises. Maxime Cervulle et Nelly Quemener, Cultural Studies. Théories et méthodes, 2e édition, Paris, Armand Colin, 2018.

10 Solène Brun, « “Passer” pour blanc. L’exemple des personnes non blanches élevées par un ou des parent(s) blanc(s) », Monde commun, vol.7, n°2, 2021.

11 Certains de ces signes ont pu être saisis par des publics du film et faire l’objet d’une certaine attention médiatique. Lire par exemple Célia Sadai, « ADN. La robe kabyle de Maïwenn », Africultures, consulté le 27 novembre 2023. URL : https://africultures.com/adn-la-robe-kabyle-de-maiwenn/

12 Sarah Mazouz, La République et ses autres, Lyon, ENS Éditions, 2017.

13 Alondra Nelson s’intéresse notamment à des cas où les tests ADN ont fourni une justification nécessaire à l’obtention de nationalités africaines pour des personnes noires américaines qui prouvaient ainsi leur ascendance dans les pays en question. Alondra Nelson, The Social Life of DNA: Race, Reparations, and Reconciliation after the Genome, Boston, Beacon Press, 2016.

14 Ann Morning, « And You Thought We Had Moved Beyond All That: Biological Race Returns to the Social Sciences », Ethnic and Racial Studies, 2014.

15 Solène Brun et Claire Cosquer, « Déconstruire l’“identité”, théoriser la race : Des catégorisations aux pratiques », Émulations – Revue de sciences sociales, no42, juin 2022, p. 31-46.

16 Solène Brun, « “Passer pour blanc”… », op. cit., p. 88.

17 Bastien Bosa, Julie Pagis et Benoît Trépied, « Le passing : un concept pour penser les mobilités sociales », Genèses, n°114, 2019, p. 5-9.

18 Ibid.

19 Julien Talpin, Hélène Balazard, Marion Carrel et al., L’Épreuve de la discrimination. Enquête dans les quartiers populaires, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Le lien social », 2021.

20 L’acteur Dylan Robert, qui interprète Kevin, est aussi l’un des seuls acteurs visiblement non-blancs du casting, et a été auparavant choisi pour des rôles dans lesquels son origine ethnoraciale était structurante. Voir notamment le film Shéhérazade, réalisé par Jean-Bernard Marlin, pour lequel l’acteur a remporté le César du meilleur espoir masculin en 2019.

21 Par opposition à la façon dont les blanc.he.s sont à la fois hypervisibles à l’écran, car omniprésent.e.s, et invisibles en tant que blanc.he.s car jamais désigné.e.s comme tel.le.s. Se référer au travail de Maxime Cervulle, Dans le blanc des yeux : Diversité, racisme et médias, Paris, Amsterdam Éditions, 2013.

22 Selon Sarah Ahmed la personne qui se déclare blanche en retire un bénéfice sans nullement déstabiliser un ordre raciste. Voir Sarah Ahmed, « Déclarations of Whiteness: The Non-Performativity of Anti-Racism », Borderlands, vol. 3, n°2, 2004.

23 Richard Dyer, Blanc [1997], trad. Jules Sandeau, Paris, Éditions Mimésis, 2023, p. 414.

24 Abdelmalek Sayad, « Les trois “âges” de l’émigration algérienne en France », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, vol. 15, no1, 1977, p. 59-79.

25 Solène Brun, « Race et socialisation ». La Vie des idées, novembre 2019. URL : https://laviedesidees.fr/Race-et-socialisation.html

26 Comme elle le fait parfois remarquer dans ses apparitions médiatiques, Nedjma est bien, en réalité, le deuxième prénom de Maïwenn.

27 Dans la préface de l’édition de 1996, Gilles Carpentier qualifie de surcroît la langue de Kateb Yacine comme « le fruit d’une bâtardise assumée », tout à la fois « profondément arabe » et « purement » française, comme pour souligner la mixité induite dans l’écriture par la situation coloniale, et plus spécifiquement, par la décolonisation se profilant à l’horizon. Voir Kateb Yacine, Nedjma [1956], Paris, Éditions du Seuil, 1996.

28 Nedjma, qui signifie « étoile » réapparaît dans d’autres œuvres de l’auteur. Voir par exemple Kateb Yacine, Le Polygone étoilé, Paris, Éditions du Seuil, 1966.

29 Mehana Amrani, « La fonction de la fragmentation dans Nedjma de Kateb Yacine », in Ricard Ripoll (éd.), L’écriture fragmentaire : Théories et pratiques, Perpignan, Presses universitaires de Perpignan, 2002, p. 175-186.

30 Stefanie Sevcik, « Specters of Nedjma: Shifting Temporalities, Identities, and Itineraries in Kateb Yacine’s Nedjma Cycle », Research in African Literatures, vol. 50, no1, mars 2019, p. 174-98.

31 Voir la préface de Gilles Carpentier citée plus tôt.

32 Kateb Yacine, Nedjma, op. cit., p.169.

33 Ibid., p. 176.

34 Voir à ce titre Julien Talpin, Hélène Balazard, Marion Carrel et al.op. cit.

35 Kateb Yacine fait partie des écrivain.e.s algérien.ne.s d’expression française dont Kaoutar Harchi étudie les trajectoires, pour élucider les façons dont leur « indigence » originelle a pu devenir fortune littéraire dans les cadres de l’institution littéraire française. Voir Kaoutar Harchi, Je n’ai qu’une langue et ce n’est pas la mienne : Des écrivains à l’épreuve, Paris, Fayard, coll. « Pauvert », 2016.

36 Pour un aperçu des réactions que le recours à ce type de signes a pu susciter, pour une partie des spectateur.ice.s et des critiques, on pourra lire Hervé Aubron, « ADN de Maïwenn (2020) : Gènes et tics », Cahiers du Cinéma, consulté le 13 juin 2023. URL : https://www.cahiersducinema.com/actualites/adn-2020-de-maiwenn-genes-et-tics/

37 Solène Brun, « “Passer” pour blanc… », op. cit., p. 88.

38 En français : « ça suffit ».

39 Solène Brun et Claire Cosquer, op. cit.

40 Ramy M. K. Aly, Becoming Arab in London: Performativity and the Undoing of Identity, Londres, Pluto Press 2015.

41 Fania Noël, « Maïwenn et l’antiféminisme », Politis, juin 2023, consulté le 17 juin 2023. URL : https://www.politis.fr/articles/2023/06/maiwenn-et-lantifeminisme/

42 Maxime Cervulle, op. cit.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Alice De Reviers, « « Blanche comme Neige » ? Identité mixte et performance de race dans ADN de Maïwenn »TRANS- [En ligne], 29 | 2024, mis en ligne le 19 janvier 2024, consulté le 25 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/trans/9395 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/trans.9395

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