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Das Haus am Ring : construction et reconstruction de l’Opéra de Vienne, monument symbole de l’Autriche

Thèse de doctorat en études germaniques, soutenue le 5 décembre 2022 à l’université Toulouse 2 Jean Jaurès
Solène Scherer

Texte intégral

1À l’instar d’autres grands bâtiments en Europe centrale, l’Opéra de Vienne est endommagé durant la Seconde Guerre mondiale par des bombardements détruisant une grande partie de sa structure originale. Reconstruit et rouvert en 1955, soit en moins de dix ans, il accompagne le retour à la souveraineté de l’Autriche, se faisant d’une certaine manière le miroir de la reconstruction nationale. Monument historique et artistique important de l’Autriche, l’Opéra possède une place particulière parmi les institutions culturelles autrichiennes, en raison de son rôle politique, mais également de son architecture "hybride".

2La thèse interroge le statut de monument de l’Opéra de Vienne et aborde la manière dont ce statut a été réaffirmé à chaque nouveau régime, pour servir les intérêts de ceux-ci. Elle revient également sur les similarités dans les discours autour de l’institution malgré les changements de régime : l’Opéra est toujours la preuve d’un génie musical universel, d’abord au service d’une propagande austro-allemande dans un contexte de rivalité entre l’Empire des Habsbourg et le jeune Empire allemand ; puis, il est la preuve de la vraie culture allemande que posséderait l’Autriche face à l’Allemagne, en particulier à partir de l’arrivée au pouvoir des nationaux-socialistes. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le discours idéologique change, et l’Opéra de Vienne est désormais le symbole d’une culture autrichienne indépendante de l’Allemagne, alors que l’État emploie néanmoins toujours les mêmes stratégies discursives pour réaffirmer son statut de monument.

3En traitant l’Opéra de Vienne de manière transdisciplinaire, tout en maintenant une approche au plus proche de la chronologie, cette thèse a permis de commenter l’évolution de l’institution, en alliant un examen historique et théorique. Il était question de donner à voir le caractère graduel de l’évolution du statut de monument de l’Opéra, alors que la société autrichienne elle aussi évoluait et se redéfinissait selon les besoins politiques, économiques et diplomatiques de l’État.

4Cela a permis de mettre en lumière les permanences idéologiques et les fractures, ce qui montre à la fois la construction d’un rapport officiel – ou du moins officialisé puisqu’étatique – au passé, mais aussi la difficulté de l’Autriche à faire face à son histoire. L’étude du processus de patrimonialisation a donné l’opportunité de rapprocher l’acte communicationnel et profondément narratif que constitue la reconnaissance d’un patrimoine culturel avec la fonction réparatrice de la fiction. Les discours portés successivement durant la construction, la transition et la reconstruction de l’Opéra relèvent d’une mise en scène et – on ne peut le nier – d’une certaine mise en fiction de l’histoire pour fédérer la population.

5Des articles de journaux, des photographies, des affiches, mais aussi les livres publiés depuis la création de l’Opéra ont représenté une riche manne d’informations pour appréhender, dans toute sa complexité, le statut de monument de l’Opéra de Vienne, en plus des sources archivistiques. La presse autrichienne et internationale de 1860 à 1955 s’est révélée une véritable mine d’or d’informations, permettant de pallier un grand nombre d’archives disparues, tout en renseignant sur la réception de certains événements. La presse, en tant que médium intersubjectif, offrait à l’observation les différents discours portant sur l’Opéra et sa construction en tant que monument au travers des récits mis en place par plusieurs courants politiques et idéologiques qui reflétaient la société viennoise.

6Ce travail a cherché à apporter un éclairage quant à la spécificité de la conception autrichienne du monument et à ce que ce concept révèle sur le rapport de l’Autriche à sa culture, à son art et à son histoire. Les réactualisations successives de ce rapport donnent à observer les besoins d’un État autrichien en quête d’identité, qui s’appuie sur une certaine interprétation de son passé et de ses marqueurs culturels. L’Opéra donne corps à la musique, se faisant synecdoque, en tant qu’institution musicale tout en étant un monument à la musique et aux artistes. Le bâtiment accompagne ainsi les processus de patrimonialisation du répertoire musical que les dirigeants autrichiens se sont évertués à lier à l’identité de la ville de Vienne. Les choix de reconstruction après 1945 ont été pensés de manière à créer un pont enjambant symboliquement tous les événements du début du XXe siècle, de manière à placer la nouvelle République autrichienne dans la continuité directe de l’ancien empire des Habsbourg. L’Opéra propose un espace médiateur entre les générations et les époques. Il donne à voir toute l’intertextualité des mémoires qu’un monument d’architecture porte en tant que surface de projection publique, et surtout commune, d’une société.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Solène Scherer, « Das Haus am Ring : construction et reconstruction de l’Opéra de Vienne, monument symbole de l’Autriche »Trajectoires [En ligne], 16 | 2023, mis en ligne le 13 mars 2023, consulté le 21 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/trajectoires/9796 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/trajectoires.9796

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