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Faire mémoire pour ‘faire’ l’histoire ? Le Geste de Verdun

Thèse de Doctorat en Langues, Littératures et Civilisations Germaniques, sous la direction de Gwénola Sébaux, soutenue le 14 décembre 2022 à l’université Catholique de l’Ouest pour l’université d’Angers
Véronique Mathieu

Texte intégral

1François Mitterrand et Helmut Kohl, main dans la main, sur l’esplanade qui fait face à l’Ossuaire de Douaumont, le 22 septembre 1984. La cause semble être entendue : nous sommes là devant un geste historique, qui a fini par symboliser à lui seul le formidable processus d’abord de réconciliation, puis de partenariat privilégié qu’ont connu les deux pays depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le geste est devenu quasiment iconique, dirait-on aujourd’hui. Un tel consensus ne va pas cependant pas sans susciter certaines interrogations.

2Ce geste n'était pas le premier geste franco-allemand, ni le dernier. Il s'inscrivait dans la série de gestes qui s’étaient succédé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, sous l'impulsion notamment de Charles de Gaulle et Konrad Adenauer. Alors comment est-il devenu, de manière quasiment exclusive, le symbole de la réconciliation franco-allemande, un lieu de mémoire, dans le sens où l’entend Pierre Nora ? Paradoxalement, le cliché des livres d’histoire semblait aussi avoir un peu vieilli. Avait-il encore quelque chose à dire dans un monde qui a considérablement changé en presque quarante ans ? Était-il susceptible de toucher aujourd’hui encore les jeunes générations, pour qui la réconciliation franco-allemande est devenue banale ? L’ambition de cette thèse est ainsi de contribuer à « dépoussiérer » le Geste de Verdun.

3La démarche n’est pas toutefois celle d’une historienne, mais d’une germaniste civilisationniste. En adoptant une dimension résolument franco-allemande, et en s’appuyant sur l’ample réflexion scientifique menée depuis plusieurs décennies déjà autour des questions de mémoire, mais aussi sur les nombreux travaux historiques menés sur la période, ce travail confronte différentes sources : archives gouvernementales, diplomatiques mais aussi médiatiques des deux pays, ainsi que plusieurs interviews inédits de différents acteurs majeurs de l’époque. Il s’agit d'essayer de mieux comprendre l'originalité du geste posé par F. Mitterrand et H. Kohl.

4Le premier chapitre de la thèse fixe le cadre théorique de la réflexion. Il s’appuie essentiellement sur les travaux d’E. François et H. Schulze, d’A. Prost et G. Krumeich, de C. Defrance et U. Pfeil, d’H. Miard-Delacroix et R. Marcowitz, afin de replacer le Geste de Verdun dans une histoire franco-allemande commune. En prenant ensuite appui sur les travaux de M. Halbwachs, d’A. Assmann, de R. Koselleck, d’H. Rousso, de T.Todorov et de P. Ricoeur, il s’efforce de mieux comprendre les enjeux mémoriels des relations franco- allemandes. Une mémoire commune franco-allemande, voire européenne, est-elle possible ?

5Un deuxième chapitre revient sur les cérémonies en elles-mêmes. Quelle en a été la genèse ? Comment le projet s’est-il organisé ? À quelles difficultés les organisateurs se sont-ils trouvés confrontés ? Comment les cérémonies se sont-elles déroulées ? Comment expliquer qu’ait surgi dans un cadre protocolaire si contraint un geste aussi inattendu ?

6Un tel geste a inévitablement provoqué des réactions dans les médias des deux pays. Un troisième chapitre est ainsi consacré à l’analyse de ces réactions. Celles-ci ont-elles été les mêmes en France et en Allemagne, et pour quelles raisons ? Comment les journalistes des deux pays ont-ils finalement perçu l’image offerte au monde entier par les deux chefs d’État et de gouvernement ?

7Le Geste de Verdun, en effet, n’a pas été un simple geste mémoriel : il a aussi été un geste médiatique, à dimension fortement politique. Un quatrième chapitre tente donc d’éclairer les intentions des dirigeants à l’aide du contexte international. Comment l’étude du Geste de Verdun permet-elle d’éclairer cette période d’une manière tout à fait nouvelle ?

8Il ne faudrait cependant pas idéaliser le Geste de Verdun. Et pour cela, rien de tel que le regard des caricaturistes et des dessinateurs de presse. Le cinquième chapitre est donc consacré à l’analyse de nombre de de caricatures qui ont accompagné le Geste de Verdun, jusqu’aux plus récentes. Comment le dessin de presse a-t-il contribué, pour sa part, à l’entrée du Geste de Verdun dans la mémoire collective ?

9« Faire mémoire pour ‘faire’ l’histoire », telle était en tout cas l’ambition de F. Mitterrand et d’H. Kohl lorsqu’ils ont posé ce geste. Incontestablement, à l’époque, ils y ont réussi. Mais aujourd’hui encore, au cœur des crises que traversent nos deux pays, l’Europe et le monde, le Geste de Verdun mérite de retrouver toute sa dimension.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Véronique Mathieu, « Faire mémoire pour ‘faire’ l’histoire ? Le Geste de Verdun »Trajectoires [En ligne], 16 | 2023, mis en ligne le 13 mars 2023, consulté le 24 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/trajectoires/9779 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/trajectoires.9779

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