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Apprendre de l’occupant ? Modernisation de l’agriculture française entre 1940 et 1944 : acteurs, influences, potentialités

Thèse en cotutelle entre l’EHESS et la Eberhard Karls Universität Tübingen, préparée sous la direction de Christophe Bonneuil et de Johannes Großmann, soutenue le 8 décembre 2022
Margot Lyautey

Texte intégral

1L’objectif de la thèse est d’interroger les évolutions de l’agriculture française pendant l’Occupation dans une perspective transnationale et d’histoire des sciences et des techniques. Tout d’abord, elle explicite ce qu’a été la « politique agricole d’occupation », c’est-à-dire les projets et les réalisations de la puissance occupante en matière agricole. Ensuite, elle interroge la place de la Seconde Guerre mondiale et de la présence nazie en France dans ce que l’historiographie a qualifié de « modernisation agricole » française. La guerre est-elle une simple parenthèse ou bien instaure-t- elle de nouveaux paradigmes techniques qui persistent ? Enfin, la thèse analyse le rôle des experts scientifiques et les utilisations des sciences agronomiques durant la période. La thèse s’articule en trois parties et six chapitres, organisés selon une logique thématique et spatiale autour d’études de cas.

2La première partie expose les piliers de la « politique agricole d’occupation », dont l’objectif principal est l’exploitation optimale des sols français. Pour les dirigeants nazis, l’agriculture française est dépassée et doit être modernisée pour produire plus, à destination de la Großraumwirtschaft, ce nouveau grand espace économique sous hégémonie allemande. L’examen de données quantitatives au chapitre 1 montre en fait une réalité plus nuancée, où le soi-disant « retard français » tient plutôt du mythe. Les tensions entre les administrations allemandes concernées par l’agriculture (Commandement militaire allemand en France – MBF, Commission allemande d’armistice, Plan de quatre ans, SS) sont manifestes. Mais à bien y regarder, ces institutions s’accordent sur la nécessité d’exploiter au maximum l’agriculture française pour les besoins allemands et parviennent à mettre la main sur 10 % à 15 % de la production agricole française.

3Le chapitre 2 est une analyse micro-historique de la section agriculture du MBF. Cette unité, réunissant des experts agricoles allemands, négocie quotidiennement avec le ministère de l’Agriculture français. Les comptes rendus de ces « entretiens du Majestic », du nom de l’hôtel où ils ont lieu, laissent transparaitre les stratégies de négociation adoptées par les deux parties ainsi que les moyens d’exécution déployés par l’occupant, tels le contrôle législatif, la politique des prix, le plan de culture ou la nomination de fonctionnaires.

4La deuxième partie aborde l’Occupation dans sa dimension locale. Dans le chapitre 3, qui porte sur la société d’exploitation agricole allemande Ostland, cette dernière apparaît comme une vitrine montrant les méthodes agricoles national-socialistes, à destination des dirigeants et des paysans français. L’Ostland joue également le rôle d’un laboratoire pour les experts du MBF, qui peuvent tester sur un territoire réduit la mise en place de certaines méthodes. Enfin, l’Ostland est aussi pensée comme une école de formation pour une nouvelle élite d’agriculteurs allemands.

5Le chapitre 4 s’intéresse aux centaines d’experts agricoles allemands stationnés en France, notamment les Landwirtschaftsführer. Ces techniciens sont chargés de contrôler mais aussi de former les paysans français aux méthodes « modernes ». La focale sur ces échelons révèle les tentatives de certains d’entre eux d’adapter les mesures du MBF aux conditions locales. Elle montre aussi leurs marges de manœuvre réduites, puisqu’ils rencontrent des difficultés d’ordre matériel, linguistique et psychologique.

6La troisième partie est dédiée à des études de cas plus techniques. Le chapitre 5 porte sur les prescriptions en matière d’utilisation des sols. Il s’agit d’une part de connaître les sols agricoles via une vaste campagne d’analyse chimique, afin de mobiliser les réserves soi-disant dormantes dans les sols. D’autre part, il s’agit d’implanter de nouvelles cultures en France telles que les oléagineux et le kok-saghyz (un ersatz du caoutchouc). Enfin, surpris par la faible industrialisation de la filière lait française, les techniciens du MBF tentent d’en intensifier la production.

7Le chapitre 6 analyse le développement des traitements insecticides en France dans le cas de la lutte contre le doryphore de la pomme de terre. Les autorités occupantes exigent la création d’une agence pour la protection des cultures suivant le modèle allemand, ce qui aboutit à la création du Service de la Protection des Végétaux en 1941. Cela dit, les exigences allemandes coïncident avec les idées portées par des scientifiques français depuis les années 1930. L’Occupation apparaît ici comme un moment propice au transfert de connaissances scientifiques, d’hommes et de pratiques administratives, même si sous contrainte.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Margot Lyautey, « Apprendre de l’occupant ? Modernisation de l’agriculture française entre 1940 et 1944 : acteurs, influences, potentialités »Trajectoires [En ligne], 16 | 2023, mis en ligne le 13 mars 2023, consulté le 18 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/trajectoires/9769 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/trajectoires.9769

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