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La diplomatie culturelle française et allemande en fédération de Russie entre soft power et accommodation

Thèse de doctorat en sciences du langage, études européennes et politiques culturelles, soutenue le 18 février 2022 à l’université de Rouen en cotutelle avec l’université technique de Chemnitz & Haute école de Zittau/Görlitz, sous la direction de Philippe Lane, Stefan Garsztecki et de Matthias Theodor Vogt
Adrien Houguet

Texte intégral

1Les relations entre d’un côté la France et l’Allemagne, moteurs de l’Union Européenne, et la Russie, de l’autre, connaissent une période de tensions extrêmes, notamment depuis la crise ukrainienne en 2013 et a fortiori l’invasion russe le 24 février 2022. Ces tensions sont apparues en grande partie en raison des différentes représentations du monde entre les deux parties, conduisant à des désaccords et une incompréhension mutuelle. La nature de ces tensions est donc avant tout culturelle. Ainsi c’est la culture, décrite par Willy Brandt comme le 3ème pilier de la politique extérieure, qui permettrait de réconcilier les deux parties.

2La recherche d’une approche théorique pour les politiques culturelles de la France et de l’Allemagne en Russie passe par une critique du concept de soft power (Joseph Nye), notamment sur le côté unilatéral et non-spécifique de la notion d’attraction qu’il inclue. La démarche retenue ici se base sur une accommodation aux différentes représentations du monde par le dialogue interculturel entre les créatifs. En effet, cette approche a pour but non seulement une meilleure compréhension mutuelle entre les sociétés, mais également la création de nouvelles références culturelles originales et communes.

3L’approche d’accommodation est ensuite confrontée à la réalité des politiques culturelles française et allemande en Russie à travers des enquêtes de terrain réalisées entre 2017 et 2020 auprès des instituts culturels implantés sur place, c’est à dire le Goethe-institut et ses partenaires de coopération côté allemand ainsi que les Instituts et Alliances Françaises. Ces recherches démontrent que les acteurs de la diplomatie culturelle française insistent plutôt sur la promotion de la culture nationale, s’appuyant ainsi sur l’idée de soft power, tandis que les acteurs allemands mettent plutôt l’accent sur la coopération culturelle internationale, qui s’apparente à l’approche d’accommodation évoquée dans la partie théorique.

4Ces différences sont notamment liées à la structure interne des deux réseaux culturels : la centralisation du réseau culturel autour de l’ambassade côté français a tendance à utiliser la culture comme un prolongement de sa représentation diplomatique à l’étranger. Les structures plus autonomes de l’Allemagne permettent de s’affranchir en partie du cadre national pour mieux penser les coopérations interculturelles. Malgré ces différences, il existe une coopération franco-allemande relativement dynamique sur le terrain local, tandis que les structures européennes progressent lentement. Le couple franco-allemand est donc ici sollicité pour structurer les bases d'une future diplomatie culturelle européenne.

5L’originalité de la thèse ne se situe toutefois pas dans l’étude comparative et coopérative entre les différents réseaux culturels, mais dans la mesure des effets que produisent les évènements culturels qu’ils proposent. Pour cela j’emploie trois méthodes : il s’agit tout d’abord d’observations participatives des évènements. J'étudie ensuite dans quelle mesure ces manifestations culturelles façonnent l'image de l'Allemagne ou de la France auprès du public par le biais d’une analyse quantitative de dessins. Enfin, je mesure à travers des entretiens avec des artistes français, allemands et russes ayant intervenu lors des évènements, l'impact de ces derniers sur leurs parcours, leurs performances artistiques et leurs représentations du monde.

6Les résultats démontrent que les évènements proposés par les instituts culturels impactent indirectement les biographies des personnes concernées par le biais des échanges entre créatifs. De son côté, le public y réfléchit à des thèmes de société sous fond artistique. L’image qu’ils ont du pays n’en sort toutefois pas transfigurée. Entre soft power et accommodation, la mesure des effets semblent pencher en faveur de cette dernière en termes d’impact. Toutefois, si le dialogue interculturel doit être maintenu quoi qu’il advienne, il ne permet pas de réconcilier la Russie et l’Union Européenne à lui tout-seul. L’approche d’accommodation peut amener des voix individuelles ici et là à s'exprimer en faveur d'un apaisement. Seront-elles cependant entendues au niveau politique ?

7Les instituts culturels allemands et français continuent coûte que coûte, dans l’ombre de la médiasphère, de maintenir un maigre dialogue entre la Russie et le reste de l’Europe. À défaut d’améliorer la situation politique, les liens culturels incarnent encore la forme incompressible de ce partenariat en attendant de jours meilleurs.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Adrien Houguet, « La diplomatie culturelle française et allemande en fédération de Russie entre soft power et accommodation »Trajectoires [En ligne], 16 | 2023, mis en ligne le 13 mars 2023, consulté le 21 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/trajectoires/9746 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/trajectoires.9746

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