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L'homme-machine - l'utopie d'un Homme nouveau ? Regards sur la masculinité dans les œuvres des artistes français et allemands de l’avant-garde

Thèse de doctorat en histoire de l’art et germanistique, soutenue le 4 février 2022 à Aix-Marseille Université en cotutelle avec la Heinrich-Heine-Universität Düsseldorf, sous la direction de Nicole Colin Umlauf et de Andrea von Hülsen-Esch
Catherine Frèrejean

Texte intégral

1Soldat blindé, homme prothétique, femme hybride, automate, machine sexuelle, athlète aux traits mécanisés : le corps machinique est un motif qui présente de multiples facettes et des problématiques diverses dans l’art de l’avant-garde. Plus précisément, entre 1914 et 1926, des artistes comme Otto Dix, Rudolf Schlichter, George Grosz, Hannah Höch, Willi Baumeister, Fernand Léger, Francis Picabia, Marcel Duchamp et Robert Delaunay utilisent cette thématique en tant qu’illustration de tension ou de crise qui questionne la place de l’homme et de la femme dans la société. D’ailleurs, le concept de la masculinité, considérée comme fragilisée au début du XXe siècle, joue un rôle conséquent dans la représentation de l’homme-machine dans les œuvres de ces artistes. En effet, le corps masculin mécanique s’allie à l’imagination d’un potentiel ego idéal, d’un Homme nouveau, qui fournit des réponses aux interrogations sur le « qui » et le « qu’est-ce que nous sommes » au sein de la société moderne. Communément associée au régime totalitaire et autoritaire, notamment sous le Troisième Reich et dans la France de Vichy, cette utopie de l’Homme nouveau entre en résonance avec l’homme-machine représenté dans l’avant- garde française et allemande.

2Les objectifs de ce travail sont donc de comprendre les liens qui unissent les discours de la modernité à ceux des années 1930 et 1940 à travers la figure de l’homme-machine, le concept de la masculinité et de l’Homme nouveau. L’étude des œuvres des artistes susnommés brosse un portrait sociétal binational, voire global, de la représentation du corps mais aussi de son évolution pendant la République de Weimar et la période de l’entre-deux- guerres en France. Il ne s’agit pas de comparer l’art de propagande avec les œuvres de l’avant-garde, mais de souligner les parallèles entre les discours véhiculés dans ces images et la perception du corps sous l’autorité hitlérienne et pétainiste. Ce travail propose donc une lecture nouvelle de l’homme-machine dans l’avant-garde à travers son approche transculturelle et sa mise en relation avec les études de la masculinité, domaine de recherche en pleine éclosion dans l’histoire de l’art. L’analyse des bouleversements socio- culturels ainsi que des échanges et collaborations des artistes français et allemands permet de comprendre les correspondances entre le corps mécanique représenté entre 1914 et 1926 et l’Homme nouveau des années 1930 et 1940.

3Les hommes-machines analysés dans ce travail affichent une certaine continuité avec le « Körperbild » (image du corps) propagé sous le Troisième Reich et le régime de Vichy. Bien que les artistes du corpus soient considérés comme « dégénérés » par les nationaux-socialistes et opprimés sous l’autorité pétainiste, le motif du corps mécanique de l’avant-garde présente toutefois des similitudes discursives avec la perception du corps des années 1930 et 1940 dans l’idéalisation de la figure masculine mécanique en tant que réponse à la crise de la masculinité. Certes, d’un point de vue esthétique, l’art national- socialiste s’éloigne des productions artistiques de l’avant-garde, cependant le masculinisme qui est défendu à travers l’homme mécanique perdure. Les composantes machiniques sont ainsi intégrées au sein même du corps recouvert d’une enveloppe biologique intacte. Ces caractéristiques comme le fonctionnalisme, la désindividualisation et la performance se retrouvent dans le modèle masculin inébranlable de l’Homme nouveau. Ce dernier se nourrit des peurs et surgit lors de profondes crises sociétales en affichant les marqueurs d’une masculinité forte qui doit refléter la puissance de la nation. Il relève donc de marqueurs semblables aux corps machiniques représentés par les avant-gardes, mais sous ces régimes respectivement totalitaire et autoritaire, ces attributs sont mis au service d’une politique répressive et militariste. En cela, cet idéal ne se présente finalement pas comme un « mécanisme de défense » face aux bouleversements historiques et sociaux qui fragilisent la place hégémonique de l’homme dans la société, mais comme un instrument d’« épuration » qui conduit à l'élimination des personnes considérées comme des « obstacles » à la « régénération » du corps social.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Catherine Frèrejean, « L'homme-machine - l'utopie d'un Homme nouveau ? Regards sur la masculinité dans les œuvres des artistes français et allemands de l’avant-garde »Trajectoires [En ligne], 16 | 2023, mis en ligne le 13 mars 2023, consulté le 24 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/trajectoires/9714 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/trajectoires.9714

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