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Les ‘années 1968’ au Parlement. Les députés du SPD ouest-allemand et de la FGDS française face à la crise (1967-1972)

Thèse de doctorat en études germaniques/histoire contemporaine, soutenue le 7 décembre 2022 à Sorbonne Université/ en cotutelle avec la Rheinische Friedrich-Wilhelms Universität Bonn, sous la direction d’Hélène Miard- Delacroix et de Joachim Scholtyseck
Nicolas Batteux

Texte intégral

1Partant du constat d’une négligence du Parlement comme acteur des « années 1968 » (1967- 1972), cette thèse interroge l’action des groupes parlementaires du SPD (Parti social-démocrate d’Allemagne) ouest-allemand et de la FGDS (Fédération de la gauche démocrate et socialiste) française au cours de cette crise dans une perspective comparée. La FGDS était une alliance politique créée en 1965 et rassemblant la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), le Parti radical, la Convention des institutions républicaines (CIR) et des clubs de gauche. Les deux exemples étudiés se trouvaient alors dans des situations politiques opposées : le SPD était membre de la Grande coalition avec l’Union chrétienne-démocrate et l’Union sociale- démocrate en Bavière (CDU/CSU) depuis fin 1966, alors que la FGDS était dans l’opposition. La comparaison a ici une visée contrastive et a pour objectif de nuancer les narrations historiques qui pouvaient exister quant à l’impuissance du Parlement dans cette crise. Elle doit aussi permettre d’étudier les marges de manœuvre dont disposait chacun des groupes étudiés. L'étude d'un phénomène dans un cadre purement national peut conduire à une absolutisation des résultats et la comparaison doit dans ce contexte relativiser les spécificités nationales. La thèse examine au travers des thématiques de la crise politique, de la participation et de l’émancipation individuelle la manière dont les groupes étudiés ont réagi aux défis posés par la jeunesse et les manifestants dans le cadre des débats parlementaires.

2Sous l’angle de la crise politique, tout d’abord, la position des partis dans l’ordre majorité/opposition a joué un rôle décisif. Les députés fédérés français ne disposaient que de l’arme de la motion de censure pour marquer leur opposition à la politique gaullienne, mais ils ne parvinrent jamais à réunir une majorité de parlementaires autour d’eux. Ils en vinrent à adopter une politique du coup d’éclat, très fortement marquée par l’émotion et le verbe fort, avec l’objectif de montrer aux étudiants qu’ils disposaient d’alliés à l’Assemblée nationale. Dans le même temps, les députés sociaux-démocrates revendiquèrent en Allemagne fédérale une attitude plus ferme face à ces émotions de court terme. Ils cherchèrent en majorité à incarner la rationalité du temps parlementaire plus long.

3Le constat d’un « hors-jeu » du Parlement au cours des « années 1968 », parfois abordé dans l’historiographie française, mérite d’être nuancé. Les députés de la FGDS étaient en effet à l’initiative de plusieurs projets législatifs, qu’ils ne furent pas en mesure d’imposer du fait de leur statut d’opposants aux faibles marges de manœuvre. Toutefois, les manifestants s’adressèrent également à eux en tant que maire, responsable de leur parti… En ce sens, ce ne sont pas tant les députés eux-mêmes qui furent remis en question durant la crise. Ils disposaient souvent de multiples fonctions politiques et c’est plutôt l’étiquette parlementaire qui fut négligée (également par les parlementaires de la FGDS).

4La participation, ensuite, a été définie comme l’action d’un groupe social (étudiants, ouvriers…) qui réclame une atténuation des hiérarchies de pouvoir et un rapport de force moins asymétrique dans la répartition de la parole et dans la prise de décision dans un espace qui leconcerne au premier chef. Les manifestations de 1968 ont contribué dans les deux pays à la parlementarisation de cette problématique. Si les députés du SPD et de la FGDS avaient bien perçu le caractère quantitatif de la crise qui se déroulait alors (nombre d’universités et de places disponibles insuffisant, manque de moyens…), son pendant qualitatif (possibilité pour les étudiants de donner leur avis dans la gestion de l’université, notamment) avait été négligé des parlementaires. Ces nouvelles discussions sur la participation dans les universités ont mis en exergue l’existence de temporalités différentes du traitement législatif de ces questions. Le groupe de la FGDS a toujours proposé des projets de loi rapides afin de trouver une solution à la crise, avec l’objectif opportuniste d’obtenir le soutien des jeunes manifestants soixante- huitards. Le groupe du SPD, quant à lui, a préféré une stratégie qui se référait à une perspective à plus long terme : il ne fallait pas légiférer trop vite et traiter les sujets de manière plus globale et à plus long terme. Avec cette approche, ils ont fait preuve d'une attention minutieuse à la temporalité du travail parlementaire, mais négligé dans le même temps le symbole et la main tendue aux manifestants.

5Grâce au concept de l’émancipation, qui envisage quant à lui les droits individuels, il a enfin été possible d’étudier notamment la question des droits des femmes au prisme parlementaire. Les thématiques du divorce et de l’avortement ont témoigné d’une mutation des revendications de 1968. Elles ont également permis d’observer, côté ouest-allemand, la montée d’une nouvelle génération de députées sociales-démocrates, comme Helga Timm et Lenelotte von Bothmer, plus affirmées face à leurs collègues masculins, là où leurs prédécesseuses avaient avant tout cherché le consensus.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Nicolas Batteux, « Les ‘années 1968’ au Parlement. Les députés du SPD ouest-allemand et de la FGDS française face à la crise (1967-1972) »Trajectoires [En ligne], 16 | 2023, mis en ligne le 13 mars 2023, consulté le 24 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/trajectoires/9685 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/trajectoires.9685

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