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Perspectives

Paris sur le Danube ?

L'émigration des collaborateurs de Vichy en Allemagne. Septembre 1944 à avril 1945
Benjamin Pfannes

Résumés

Dans la phase finale de la Seconde Guerre mondiale, le régime nazi désigna le château de Hohenzollern comme siège du gouvernement de Vichy. Dès que les collaborateurs s'installèrent à Sigmaringen, ils commencèrent immédiatement à planifier la constitution d'un nouveau gouvernement français. Le récit des différentes intrigues au sein de ce nouveau gouvernement, dont le Maréchal Pétain s'était éloigné, des tentatives du ministre allemand des Affaires étrangères von Ribbentrop de faire de Jacques Doriot le chef du gouvernement, de la requête avortée de mettre sur pied une armée clandestine antigaulliste, donne un aperçu des derniers mois chaotiques de la guerre. La foi en la victoire finale unissait les hommes politiques allemands et français, bien que leurs intérêts fussent au fond presque incompatibles.

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Texte intégral

« Siegmaringen ?... pourtant quel pittoresque séjour !... vous vous diriez en opérette... le décor parfait... vous attendez les sopranos, les ténors légers... pour les échos, toute la forêt !... dix, vingt montagnes d'arbres !... Forêt Noire, déboulées de sapins, cataractes... votre plateau, la scène, la ville, si jolie fignolée, rose, verte, un peu bonbon, demi-pistache, cabarets, hôtels, boutiques, biscornus pour “metteur en scène”... tout style “baroque boche” et “Cheval blanc”... » (Céline, 1957 : 102–103).

  • 1 Fin octobre 1944, Céline arrive à Sigmaringen et, en sa fonction de médecin, y soigne les exilés fr (...)
  • 2 Déjà Pétain disait le 24 octobre 1940 lors de sa rencontre avec Hitler à Montoire-sur-le-Loir : « C (...)
  • 3 Au cours des dernières décennies, la priorité a été donnée aux romans ou aux études qui traitent de (...)
  • 4 Pour Céline, la priorité n'était pas de traiter les événements de façon véridique, mais de vendre s (...)
  • 5 En 1996, dans le documentaire Sigmaringen l'ultime trahison, diffusé par France 3, Rousso a déclaré (...)

1 En 1957, l'écrivain Louis-Ferdinand Destouches1, alias Céline, décrivit, avec ces mots, un chapitre de l'histoire franco-allemande aujourd'hui largement oublié dans les deux pays : les derniers mois de la Collaboration franco-allemande2 à Sigmaringen à la fin de la Seconde Guerre mondiale3. Cependant, son récit ne peut que difficilement servir de source scientifique, car ce côté de la description – caractéristique de l'œuvre de Céline – ne reflète qu'incomplètement la réalité4. Néanmoins, l'historien Henry Rousso est convaincu que Céline a façonné de manière décisive l'image française de Sigmaringen avec son roman (Sautermeister, 2013 : 8)5.

  • 6 Instruction du GPRF du 09/08/1944. Consultable en ligne à l'adresse URL : http://mjp.univ-perp.fr/f (...)

2 Le débarquement des Alliés en Normandie, le 6 juin 1944, marque le début de la fin non seulement de l'occupation de la France par l'Allemagne mais aussi du régime de Vichy. Le 9 août 1944, le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF), dirigé par le Général de Gaulle, décrète la réintroduction de la légalité républicaine et postule que « tout ce qui est postérieur à la chute, dans la journée du 16 juin 1940 du dernier gouvernement légitime de la République est évidemment frappé de nullité »6. Privant ainsi le pouvoir autour du Maréchal Pétain de toute légitimité, de Gaulle met fin à la domination du régime de Vichy.

3Après la libération de Paris en août 1944, Hitler ordonne à Pétain et aux autres collaborateurs de venir en Allemagne et de s'installer à Sigmaringen, dans le Wurtemberg. Certains compagnons d'armes du Maréchal fondent le 6 septembre 1944 la Délégation gouvernementale française pour la défense des intérêts français en Allemagne – parmi eux Fernand de Brinon, secrétaire d'État depuis 1942, Marcel Déat, fondateur du Rassemblement national populaire (RNP) fasciste, et Joseph Darnand, fondateur du Service d'ordre légionnaires (SOL). Le gouvernement en exil, présidé par de Brinon, se considère comme la seule représentation politique de la France, bien que le GPRF ait déjà commencé ses travaux peu de temps auparavant.

  • 7 L'auteur et le moment de l'origine du terme ne peuvent plus être déterminés aujourd'hui. Le témoin (...)

4 Jacques Doriot, un autre collaborateur français, à l'origine l'un des leaders du Parti communiste français (PCF) qui avait créé le Parti populaire français (PPF) en 1936, ne réside pas quant à lui au château de Sigmaringen, mais sur l'île de Mainau au bord du lac de Constance. De là, il espère mettre sur pied un mouvement rassemblant tous les groupes de collaboration français, nommé Comité de libération. Avant de s'installer sur l'île, Doriot et ses disciples passent quelques jours à Neustadt an der Weinstraße. Là, les « Doriot-Franzosen » sont logés dans le lycée local et dans le gymnase de l'école (Berzel, 2008 : 69). Le simple métallurgiste, qui sera plus tard appelé « le premier fasciste de France » (Rings, 1979 : 153), chef du PPF, est tenu en haute estime par des nationaux-socialistes de haut rang tels que le leader SS Heinrich Himmler ou le ministre des affaires étrangères Joachim von Ribbentrop. Hitler a également du respect pour Doriot et a l'intention de le nommer à Sigmaringen chef du futur gouvernement français (Wolf, 1967 : 289, 308). Cet « État d'opérette sur le Danube » (Hölzle, 1995 : B37) existe jusqu'à la fin de la guerre, mais n'a aucune influence sur les événements politiques en France (Rousso, 1984 : 112s).

  • 8 La situation à partir de septembre 1943 dans le nord de l'Italie ressemble sous quelques aspects à (...)

5 Cet article traite de la dernière phase de la Collaboration franco-allemande pendant la Seconde Guerre mondiale dans la petite ville de Sigmaringen8. L'objectif est d'analyser comment les collaborateurs français sondaient encore, dans les derniers mois de la guerre, les possibilités d'une véritable collaboration avec les autorités allemandes, afin de maintenir la fiction de l'existence continue du gouvernement français en tant que représentation légale de la France sur le sol allemand.

6 À cette fin, l'évacuation forcée du gouvernement de Vichy et les pourparlers franco-allemands au château de Steinort de la fin août 1944, en Prusse orientale, seront examinés plus en détail. En raison de l'avance rapide des troupes alliées, Pétain et Pierre Laval, chef du gouvernement d'avril 1942 à août 1944, sont d'abord évacués de force vers Belfort. Ils ont l'intention d'y établir le siège provisoire du gouvernement français. Comme les deux dirigeants français ne se sentent plus capables de remplir leurs fonctions gouvernementales – les deux se sont considérés comme prisonniers, mais n'ont pas démissionné de leurs fonctions – les partisans de la collaboration tentent de prendre le pouvoir et de gagner la faveur des Allemands. Cela donne lieu à des discussions entre Ribbentrop et les représentants français. Par la suite, le processus menant à la proclamation de la Commission gouvernementale avec son président Fernand de Brinon, puis la formation du Comité de libération de Jacques Doriot, sorte de mouvement de ralliement de tous les groupes collaborationnistes français seront analysés.

7 Les différentes interprétations qui existent dans la recherche sont alimentées par l'analyse unilatérale d'un ensemble de sources. Les récits allemands et français du dernier épisode de la Collaboration franco-allemande de septembre 1944 à avril 1945 s'appuient sur des sources nationales non croisées. Dans le travail qui suit, les dossiers des deux pays seront utilisés afin de pouvoir analyser les intentions des acteurs individuels d'Allemagne et de France qui ont été impliqués. Cet article s'inscrit donc non seulement dans des perspectives critiques plus récentes, mais élargit également les sources à examiner en analysant des documents permettant de développer une vision multi-perspective. Les fonds des différentes archives régionales allemandes et les archives politiques du Ministère Fédéral des Affaires étrangères (AA) ainsi que les Archives nationales françaises (AN) et les archives du ministère de la Défense à Vincennes ont été examinées pour répondre à la problématique.

Fuite du gouvernement français et des collaborateurs

  • 9 Tous les ministres ne l'accompagnent pas à Belfort. Certains réussissent à fuir l'emprise allemande (...)
  • 10 Lettre d'Abetz du 17/08/1944. In : PA AA, NL Renthe-Fink t. 9.
  • 11 Abetz était ambassadeur d'Allemagne en France occupée de 1940 à 1944.
  • 12 Lettre du 17/08/1944. In : AN, 415AP/4.
  • 13 Lettre du 17/08/1944. In : AN, F/7/15509.

8Le 16 août, les occupants allemands commencent à quitter Paris (Abetz, 1951 : 294). Le gouvernement français quitte également Paris et Vichy pour installer son siège provisoire à Belfort9. Les instructions correspondantes avaient été données à Laval à Paris et au Maréchal Pétain à Vichy le 17 août (Abetz, 1951 : 297s)10. En cas de refus, l'ambassadeur Otto Abetz11 a pour ordre de faire sortir les Français de la ville contre leur volonté et, si nécessaire, par la force. Le cabinet croupion autour de Laval et ses ministres, qui était encore à Paris à cette période, refusent de se joindre à la retraite allemande12. Ne pouvant plus exercer ses fonctions gouvernementales, Laval refuse d'exercer son mandat et se considère comme prisonnier13.

  • 14 Lettre Déclaration à Monsieur le Chef de l'État Grand Allemand du 20/08/1944. In : AN, 415AP/4.
  • 15 Lettre du 20/08/1944. In : AN, 415AP/4, p. 2.
  • 16 Collaborateur est un terme large qui désigne les dénonciateurs individuels jusqu'aux parties collab (...)

9 Pétain, lui aussi, n'a pas l'intention, au départ, de se conformer à la demande allemande. Le 20 août, il se plie aussi à cette exigence en déclarant dans une lettre adressée à Hitler : « J'élève une protestation solennelle contre cet acte de force qui me place dans l'impossibilité d'exercer mes prérogatives de Chef de l'État Français »14. Il ne veut pas que cela soit compris comme une déclaration de démission et ajoute ce message pour le peuple français : « [...] je suis et je reste votre Chef »15. Le Maréchal arrive à Belfort le 21 août et réside au château de Morvillars, à une quinzaine de kilomètres de là. Comme les deux anciens dirigeants du régime de Vichy se considèrent incapables de gouverner à Belfort, les dirigeants des partis collaborationnistes entendent s'organiser en formant un nouveau gouvernement : Les « ultras »16 de la collaboration tentent maintenant de prendre le pouvoir.

Lancement des discussions franco-allemandes

  • 17 Notes de Schmidt sur la conversation entre Ribbentrop et de Brinon le 23/08/1944. In : PA AA, RZ 24 (...)
  • 18 Ibid., p. 5.
  • 19 Note d'Abetz du 24/08/1944. In : PA AA, NL Renthe-Fink, t. 9.
  • 20 Note de Schmidt sur la conversation entre Ribbentrop et de Brinon le 23/08/1944. In : PA AA, RZ 248 (...)
  • 21 Ibid., p. 13.
  • 22 Ibid., p. 16.

10Fin août 1944, une solution concernant la composition du personnel du futur gouvernement de la France n'est toujours pas trouvée. C'est pourquoi le ministre des Affaires étrangères du Reich, Ribbentrop, reçoit de Brinon au château de Steinort, sur le lac Mamry (Mauersee), en Mazurie, le 23 août 1944. Ribbentrop explique ses intentions : il faut confronter la « France bolchevique », sous la direction de Charles de Gaulle, à une « France nationale »17. Un nouveau gouvernement est donc nécessaire, qui doit inclure Doriot, Darnand, Déat et de Brinon. Ce gouvernement devrait être dirigé par le chef du PPF et nommée par le chef de l'État Pétain18. Ses tâches consisteront à maintenir la sécurité et l'ordre et à fournir un soutien économique et militaire à l'effort de guerre allemand19. De Brinon nourrit de sérieux doutes sur la conception de Ribbentrop. En raison du passé communiste de Doriot, Pétain ne reconnaîtra jamais ce nouveau gouvernement, selon de Brinon20. La conversation fait également ressortir son aversion personnelle pour Doriot. Pour lui, c'est « un grand intrigant »21 et le Français fait également référence à ses attaques contre Hitler dans la période d'avant-guerre. De Brinon estime que la première chose à faire est de persuader Pétain de reprendre ses fonctions gouvernementales22.

11 La conversation entre Ribbentrop et de Brinon est le point de départ de nouveaux entretiens franco-allemands entre le 25 août et le 1er septembre en Prusse orientale. L'objectif de ces réunions est la formation d'un gouvernement national-révolutionnaire, si possible sous l'égide de Pétain.

  • 23 Note de Schmidt sur la conversation entre Ribbentrop avec Brinon, Darnand, Déat et Marion le 31/08/ (...)

12 Les pourparlers se terminent par la décision de constituer dans un avenir proche la « Délégation Brinon » envisagée par Ribbentrop, qui s'occupera de l'administration française23. De plus, de Brinon est chargé de convaincre Pétain, dans les 48 heures, de reprendre ses activités gouvernementales et d'accepter un gouvernement Doriot dans les trois semaines.

  • 24 Renthe-Fink est devenu en 1943 représentant diplomatique spécial au côté du Maréchal Pétain, qu'il (...)
  • 25 Note de Renthe-Fink du 17/09/1944. In : PA AA, NL Renthe-Fink, t. 9.

13 Pour Ribbentrop, la délégation dirigée par de Brinon ne représente dès le départ qu'une solution temporaire. Même les craintes du futur président ne peuvent altérer sa sympathie pour Doriot. Abetz et le diplomate Cécil de Renthe-Fink24 reçoivent l'instruction « que Doriot doit devenir chef du gouvernement en toutes circonstances »25.

  • 26 De Brinon fait remarquer qu'Hitler est soucieux de la légalité, et que, pour le chancelier allemand (...)
  • 27 Note de Pétain du 06/09/1944. In : AN, 3W/288.

14 Immédiatement après la conversation au siège du Führer, les Français montent dans le train et se rendent à Fribourg. De là, de Brinon se rend directement à Belfort pour y exercer ses fonctions (Déat, 1989 : 889). Le 4 septembre 1944, il sollicite une rencontre avec le Maréchal Pétain. Celui-ci refuse, mais envoie le général Victor Debeney à Belfort (Lottman, 1984 : 526). De Brinon lui fait part des résultats des pourparlers en Prusse orientale26. Deux jours plus tard, Pétain envoie le message suivant par l'intermédiaire de son médecin personnel et conseiller privé, Bernard Ménétrel : « Étant donné l'importance des intérêts en cause, le Maréchal ne fait pas d'objections à ce que M. de Brinon continue à s'occuper des questions dont il était jusqu'ici chargé, en ce qui concerne les internés civils »27. Le Maréchal confirme la compétence de de Brinon, mais n'étend pas sa sphère d'influence. La mesure n'atteint pas son objectif. De Brinon interprète surtout le passage où Pétain souligne sa compétence sur les internés civils comme signifiant qu'il obtiendra l'approbation de constituer un nouveau gouvernement. C'est pourquoi, le même jour, il l'annonce à Belfort :

  • 28 La France du 26/10/1944 : Commission Gouvernementale […] Communications et textes officiels. Versio (...)

« Français ! Le Maréchal de France demeure le seul détenteur du pouvoir légal. En conséquence, la protection des intérêts français assurée depuis quatre ans sous son autorité continue. J'assume, à partir d'aujourd'hui la charge de défendre ces intérêts notamment en Allemagne où ils sont si fortement représentés […] »28.

  • 29 Lettre Direction des Renseignements Généraux du 01/09/1945. In : AN, F/7/15288.
  • 30 Ce changement de nom révèle une fois de plus l'équilibre des pouvoirs entre le gouvernement alleman (...)

15 Cette déclaration sert de base à la création de la Délégation française pour la défense des intérêts nationaux, dont la politique s'adresse aux exilés français et aux travailleurs français du Reich, dans le but de retourner le plus rapidement possible dans la France reconquise29. À la demande de l'Allemagne, la Délégation est ensuite renommée Commission gouvernementale française pour la défense des intérêts nationaux, utilisé normalement de façon abrégée : Commission gouvernementale30. Quelques jours après la constitution de la Commission gouvernementale, une grande partie des collaborateurs se réfugient en Allemagne et les derniers mois de la coopération franco-allemande commencent.

Sigmaringen – la dernière étape de la Collaboration franco-allemande

  • 31 Note de Renthe-Fink du 06/09/1944. In : PA AA, NL Renthe-Fink, t. 9.

16Le jour même de la création de la nouvelle Commission gouvernementale, le 6 septembre, Renthe-Fink exige que les membres de l'ancien gouvernement de Vichy soient évacués « vers un lieu sûr en dehors de la zone de combat »31. La décision de transférer Pétain, Laval et les autres ministres sur le territoire allemand est prise au siège du Führer (Abetz, 1951 : 299). Outre la ville de Sigmaringen dans le Wurtemberg, Baden-Baden et Freudenstadt sont considérées comme d'autres lieux de refuge (Moser, 1980 : 9). Le facteur décisif en faveur de la petite ville sur le Danube est sa situation géographique, avec sa campagne environnante peu peuplée, facile à surveiller, ainsi que la magnifique résidence de la famille Hohenzollern, qui, pendant les derniers mois de la guerre, devient le théâtre d'une Collaboration franco-allemande.

Conflit interne de la commission gouvernementale

17Toujours à Belfort, de Brinon tente de convaincre d'autres ministres du cabinet de Laval de coopérer avec la nouvelle Commission gouvernementale. Si Jean Bichelonne, ministre de l'Industrie, Abel Bonnard, ministre de l'Éducation nationale et Maurice Gabolde, ministre de la Justice, rejettent l'idée, le ministre de la Défense, Eugène Bridoux, donne son accord. Sur proposition d'Abetz, Jean Luchaire, éditeur de journaux et responsable du quotidien La France, est également ajouté au groupe des délégués (De Brinon, 1949 : 243).

  • 32 Des sources allemandes et françaises distinguent les hauts fonctionnaires du gouvernement en minist (...)
  • 33 Lettre du 01/08/1945. In : AN, 411AP/6.

18 Les « ministres actifs », c'est-à-dire les membres de la Commission gouvernementale, font face aux « ministres dormants »32. Comme Pétain et Laval, Gabolde, Bichelonne, Bonnard et Paul Marion, ministre de l'Information, cessent également de gouverner. Dès le début, des tensions personnelles assombrissent le travail du nouveau gouvernement. Le Comité est divisé en deux camps : de Brinon et Bridoux d'un côté, Déat et Luchaire de l'autre. Darnand ne fait partie d'aucun des deux groupes33. Néanmoins, il respecte de Brinon plus que Déat ou Luchaire, qui lui semblent répugnants (Schillemans, 1965 : 98, 135). Dans l'ensemble, tous les membres ne participeront que très rarement aux réunions de la Commission gouvernementale (Déat, 1989 : 923).

  • 34 Lettre de Renthe-Fink au AA du 14/09/1944. In : PA AA, NL Renthe-Fink, t. 9.
  • 35 Note de Pétain pour Renthe-Fink du 03/10/1944. In : AN, 3W/288.
  • 36 Procès-verbal des réunions du 25/08/1944 au 05/01/1945. In : PA AA, RZ 214, R 101059. Avis d'expert (...)

19 La préoccupation la plus urgente de de Brinon est de consolider la base juridique encore instable de la Commission gouvernementale. Il ne peut pas espérer le soutien ne serait-ce que moral de Pétain. Ce dernier ne s'intéresse qu'aux activités du gouvernement en faveur des prisonniers de guerre, des travailleurs et des internés. Cela lui semble « utile »34. Le Maréchal assure donc de Brinon de son soutien moral35. Le fait que Pétain n'abandonne pas sa position rigide et la question connexe de la légitimité du « gouvernement » de Sigmaringen rendent le travail de la commission plus difficile. À l'extérieur, de Brinon prétend qu'il a été nommé par Pétain et qu'il a ainsi formé un comité au sein du « gouvernement »36.

  • 37 Le lieu et la date de ce discours ne sont pas mentionnés dans les documents. Il s'agit probablement (...)
  • 38 Le discours complet est imprimé dans le journal La France du 26/10/1944 p. 3.
  • 39 Lettre de Pétain à Brinon du 02/ et 07/10/1944. In : AN, 3W/112.
  • 40 Note pour Pétain sans auteur du 06/10/1944. In : AN, 3W/112.
  • 41 Note de Renthe-Fink sur la conversation avec Pétain du 27/10/1944. In : PA AA, NL Renthe-Fink, t. 9
  • 42 Lettres de Pétain à de Brinon du 22/ et 29/10/1944. In : AN, 3W/112.
  • 43 Note de Renthe-Fink sur la conversation avec Pétain du 27/10/1944. In : PA AA, NL Renthe-Fink, t. 9 (...)
  • 44 Dans ce contexte, on peut noter que Pierre Laval – qui, comme Pétain, a cessé ses activités gouvern (...)

20 Dans son discours inaugural37, de Brinon souligne qu'il est du devoir du gouvernement de continuer à suivre la ligne politique de Pétain : « Nous sommes ici, à côté du Maréchal, seul chef légitime de l'État Français. […] notre seul but est de continuer de servir la politique que le Maréchal incarne […] »38. En réponse, Pétain rejette la lettre de de Brinon du 2 octobre 1944 (Noguères, 1956 : 118s). Le Maréchal se distancie explicitement du nouveau gouvernement dans plusieurs lettres de protestation. En outre, il indique clairement qu'il n'a pas autorisé de Brinon à créer la Commission gouvernementale, et que ce dernier ne peut pas, en tant que président de cette commission, s'appuyer sur l'autorité d'un délégué obtenu en 194039. De Brinon est extrêmement surpris par cette réaction violente. Par ailleurs, le confident de Pétain, Bernard Ménétrel, exerce une influence décisive sur l'attitude de Pétain (Noguères, 1956 : 108). Le médecin lui conseille – compte tenu du procès imminent en France – de ne pas poursuivre d'activités politiques à Sigmaringen (Noguères, 1956 : 108, 139). Après le discours de de Brinon du 1er octobre, le médecin donne le choix à Pétain : soit une coopération active, soit une rupture totale avec de Brinon40. Le Maréchal décide de se distancer complètement du président et de sa Commission gouvernementale à l'avenir, et fait clairement part de sa décision de protester contre toute utilisation de son nom ou de sa personne41 : « Je vous interdis une fois pour toutes de prononcer mon nom ou de vous réclamer de moi dans vos entreprises »42. Afin de s'éloigner de de Brinon, Pétain demande un logement en dehors de Sigmaringen43. Cependant, la requête n'est pas acceptée. Désormais, toutes les tentatives de de Brinon visant à persuader Pétain de reconnaître la Commission gouvernementale dont il est le président sont vouées à l'échec44.

  • 45 Bürckel était un homme politique influent et populaire sous le « Troisième Reich », et a occupé le (...)
  • 46 Lettre Requisitoire contre le Parti Populaire Français et ses dirigeants. In : SHD, GR 28 P 13 180, (...)

21 Jacques Doriot, prend ses distances par rapport à la politique pétainiste. Contrairement aux autres collaborateurs, il se rend d'abord à Neustadt an der Weinstraße pour rejoindre son ami Josef Bürckel45. Le Français considère que sa tâche consiste à unir les forces anticommunistes contre le bolchevisme et à jouer un rôle politique important dans ce processus (Wolf, 1967 : 294s). À long terme, il a l'intention de prendre la tête du gouvernement français en exil. Parmi les activités de Doriot à Neustadt, on peut citer la tenue d'un congrès du PPF et l'intention d'élargir son parti46. Pendant ce temps, le délai imparti à de Brinon pour convaincre le Maréchal d'accepter un gouvernement sous la direction de Doriot arrive à son terme.

Formation du Comité de libération

  • 47 Lettre de Doriot à Pétain du 16/10/1944. In : PA AA, NL Renthe-Fink, t. 9.
  • 48 Lettre de Doriot à Ribbentrop du 18/10/1944. In : PA AA, NL Renthe-Fink, t. 9.
  • 49 Note de Schmidt sur la conversation de Ribbentrop avec Doriot du 04/11/1944. In : PA AA, RZ 248, R (...)
  • 50 Lettre de Detering à Renthe-Fink du 14/11/1944. In : PA AA, NL Renthe-Fink, t. 9.
  • 51 Ibid.
  • 52 Ibid.

22À la mi-octobre, Doriot est à Sigmaringen pour des entretiens avec de Brinon. Il sait que Pétain rejette les exigences de de Brinon. La demande de Doriot de mettre en place un gouvernement sans l'autorisation du Maréchal est de nouveau déclinée du côté allemand. Cependant, il n'accepte plus le refus. Le leader du PPF estime que le moment est venu de prendre l'initiative, car de Brinon et le gouvernement encore non légitimé semblent très affaiblis par les lettres de protestation de Pétain. D'une part, Doriot essaie de gagner les faveurs du Maréchal pour lui-même47 et d'autre part, il se tourne à nouveau vers Ribbentrop48. Le chef du PPF ne reconnaît pas la légitimité de la Commission gouvernementale autour de de Brinon, puisque Pétain ne la reconnaît toujours pas. Il tente ainsi d'empêcher une quelconque tentative en vue d'un accord officiel entre le ministre des Affaires étrangères et de de Brinon, qui à ses yeux continue d'empêcher son propre accès au pouvoir. De plus, il fait valoir que le comportement de de Brinon, qui continue à faire pression sur Pétain, est contre-productif. À son avis, il est le seul en mesure de convaincre le Maréchal49. Dans l'entourage de Pétain, Doriot apprend que ce dernier donnera la préférence à son comité de libération par rapport à la Commission gouvernementale de de Brinon50. Toutefois, il se peut que cette remarque soit motivée par le médecin Ménétrel51. En raison de sa profonde aversion pour de Brinon, il a peut-être l'intention d'affaiblir davantage la position du président du gouvernement52.

23 Toujours déterminé en septembre à ce que Doriot dirige le gouvernement « en toutes circonstances », Ribbentrop parle maintenant d'une prise de pouvoir légale et progressive de Doriot. À cette fin, il le charge de former un comité de libération. La tâche de ce comité serait d'intensifier la propagande en France ainsi que parmi les Français vivant dans le Reich. Le Comité de libération de Doriot doit être plus qu'une alternative à la Commission gouvernementale. Il est plutôt placé au-dessus de de Brinon et doit servir de précurseur à un nouveau gouvernement. Ribbentrop est toujours convaincu que Pétain reconnaîtra un gouvernement Doriot dans de bonnes circonstances, c'est-à-dire avec un traitement approprié ainsi qu'une amélioration de la situation militaire – on est à cette époque peu avant le début de la Bataille des Ardennes.

Triomphe de Doriot – Proclamation du Comité de libération

  • 53 Cf. Le Petit Parisien du 08/01/1945, p. 1.

24Au début de 1945, Doriot se voit dans une position qui, selon lui, lui permet de prendre la tête du gouvernement. Il a désormais saisi toutes les occasions pour priver la Commission gouvernementale de sa base politique. Il a sa propre station de radio, Radio Patrie, et, depuis le 6 janvier 1945, le quotidien Le Petit Parisien. Afin de renforcer sa propre position, il tente de rallier les employés de la Commission gouvernementale et les membres d'autres associations politiques, comme Marcel Déat au RNP (Wolf, 1967 : 299). Le ministre des Affaires étrangères Ribbentrop soutient l'action et, pour sa part, veut convaincre de Brinon et Déat de participer au Comité de libération (Déat, 1989 : 922s). Le 8 janvier 1945, deux jours après la constitution proprement dite, le titre selon lequel Doriot a fondé un Comité de libération fait la une des deux journaux La France et Le Petit Parisien53.

  • 54 Lettre du 01/08/1945. In : AN, 3W/110.

25 Pendant cette période, de Brinon ne fait guère d'apparition en tant que président de la Commission gouvernementale. Il est avec ses manières de grand seigneur un homme de savoir-vivre (Schillemans, 1965 : 98) mais pas un combattant (Déat, 1989 : 902). Il cède ensuite aux pressions et accepte de coopérer avec Doriot (Brunet, 1986 : 486s). De Brinon a baissé les bras dans un contexte dont les évènements ont marqué visiblement sa physionomie (Schillemans, 1965 : 87). Son annonce en Prusse orientale qu'il ne rejoindrait jamais un gouvernement non reconnu par Pétain, est caduc. Ce revirement de de Brinon était le seul moyen pour lui de ne pas disparaître dans l'insignifiance politique. Luchaire rejoint également Doriot en tant que membre de la Commission gouvernementale. Darnand, en revanche, est toujours indécis54.

  • 55 Les circonstances exactes de sa mort restent à ce jour inexpliquées. Selon la version officielle, l (...)

26 Or, sur la route de Mengen, un district de Sigmaringen, le 22 février 1945, Doriot subit les tirs de deux avions volant à basse altitude. Il meurt immédiatement à la suite de l'attaque55. L'enterrement de Doriot à Mengen, où résidaient sa femme et des représentants de son PPF, fut finalement la dernière manifestation de la Collaboration franco-allemande.

27Le débarquement en Normandie du 6 juin 1944 entraîne à terme le retrait de la Wehrmacht de la France et des Français qui collaborent avec elle. L'avance rapide des troupes alliées sur le continent européen met fin à l'occupation de la France. Les dirigeants allemands supposent d'abord que l'évacuation du pays voisin n'est que temporaire. Par conséquent, ils essaient de maintenir la fiction de la continuité d'un gouvernement français collaborant avec eux. Cette situation est toutefois rendue plus difficile par le fait que le chef du gouvernement Philippe Pétain et le Premier ministre Pierre Laval – en raison de leur réinstallation forcée à Belfort, siège provisoire du gouvernement français avant leur déménagement à Sigmaringen – ont tous deux cessé leurs activités gouvernementales. Les deux hommes se considèrent comme des prisonniers, mais ne démissionnent pas de leur poste afin d'empêcher l'installation d'un nouveau gouvernement français. C'est pourquoi le Reich allemand se tourne vers les collaborateurs parisiens « ultra », comme l'illustrent les entretiens entre le ministre allemand des Affaires étrangères Joachim von Ribbentrop et les principaux représentants des partis de collaboration au château de Steinort à la fin du mois d'août 1944. Les participants y débattent de la formation d'un gouvernement de substitution. Le résultat en est une Commission gouvernementale provisoire, avec pour président Fernand de Brinon, qui est chargé d'installer un gouvernement Doriot. De Brinon ne réussit pas à convaincre Pétain d'en accepter la nouvelle direction. C'est pourquoi, le 4 novembre 1944, Doriot est chargé par von Ribbentrop de mettre sur pied un Comité de libération. Les résultats des pourparlers en Prusse orientale, qui visent en fin de compte un gouvernement Doriot, prennent désormais des contours nets. Il est évident que le Comité de libération, dirigé par Doriot, ne sera pas seulement un complément à la Commission gouvernementale, mais un précurseur d'un nouveau gouvernement pour remplacer de Brinon.

28 Le fait que Doriot annonce la formation de son Comité de libération le 6 janvier 1945 marque la défaite finale de de Brinon. Outre les intérêts divergents des différents acteurs au sein de la Commission gouvernementale, un autre facteur joue un rôle dans l'échec de de Brinon. Contrairement à d'autres collaborateurs comme Doriot, Déat ou Darnand, qui ont organisé des partis ou des troupes pour exercer leur influence, de Brinon ne représente guère plus que lui-même, ce qui ne suffit évidemment pas à prouver aux Allemands qu'il est capable de former et de diriger un nouveau gouvernement français. Il lui faut donc se retrancher derrière l'autorité de Pétain et le principe de légitimité pour revendiquer un quelconque pouvoir. Cette faiblesse le contraint ensuite à se subordonner définitivement à son rival Doriot en rejoignant son Comité de libération.

  • 56 À Sigmaringen, les collaborateurs ont tenté de maintenir la façade d'un gouvernement au quotidien. (...)

29 Dans l'ensemble, la Commission gouvernementale ne remplit pas la mission qui lui avait été confiée de représenter la « vraie France »56. D'une part, cela peut être attribué à la situation de guerre déjà désespérée en 1944 qui commence à être très difficile, et, d'autre part, il faut tenir compte du fait que les membres du gouvernement, qui sont à couteaux tirés entre eux, sont occupés à comploter les uns contre les autres et à se disputer des compétences qui ne sont pas clairement délimitées. Un autre élément négatif entravant leurs activités est le manque de reconnaissance de Pétain. De ce fait, la Commission est constamment confrontée au problème du manque de légitimité, ce qui la désavantage dans les litiges avec Doriot. Au moment où le « gouvernement en exil » de Sigmaringen est fondé, il n'existe aucune base significative pour une coopération fructueuse. C'est pour cette raison que la Commission gouvernementale n'est qu'une marionnette du gouvernement allemand, servant à maintenir l'illusion d'une Révolution nationale, d'une nouvelle Europe et d'un nouvel ordre parmi les Français sur le sol allemand. On ne peut pas parler de coopération sur un pied d'égalité. Tout au long de leur séjour, l'influence politique des collaborateurs français en Allemagne est presque nulle.

30À Sigmaringen, Allemands et Français n'avaient pas la même vision des derniers mois de la guerre. Alors que les Français préparaient le retour dans leur pays d'origine après la victoire allemande et espéraient une bonne position de départ dans une Europe d'après-guerre dominée par l'Allemagne, les responsables allemands n'avaient pas d'autre intention que de maintenir l'apparence d'un gouvernement français afin, d'une part, de faire valoir leurs intérêts et, d'autre part, de réduire le risque de soulèvements en raison du grand nombre de travailleurs français, de prisonniers, etc. dans leur propre pays.

31 Céline n'a pas lésiné sur les éléments burlesques ou fictifs dans son œuvre. Sa description de la situation, parfois tellement chargée qu'elle en devient grotesque, peut finalement sembler réaliste, car les collaborateurs ne sont plus que des marionnettes qui s'accrochent aux restes de leur pouvoir.

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Bibliographie

Sources primaires

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Notes

1 Fin octobre 1944, Céline arrive à Sigmaringen et, en sa fonction de médecin, y soigne les exilés français.

2 Déjà Pétain disait le 24 octobre 1940 lors de sa rencontre avec Hitler à Montoire-sur-le-Loir : « C'est librement que je me suis rendu à l'invitation du Führer. [...] j'entre, aujourd'hui, dans la voie de la collaboration ». Barbas, Jean-Claude (1989) : Philippe Pétain. Discours aux Français. 17 juin 1940–20 août 1944, Paris, p. 95. Un an plus tard, Pétain parle de la « collaboration franco-allemande » dans une lettre à Hitler datée du 10 juillet 1941 : […] La collaboration franco-allemande n'a, sans doute, pas donné tous les résultats qu'en attendaient vos prévisions et mon espoir. Cf. Garçon, Maurice (1945) : Le procès du Maréchal Pétain. Compte rendu sténographique, Paris, p. 934 (Collection des grands procès contemporains, t.2).

3 Au cours des dernières décennies, la priorité a été donnée aux romans ou aux études qui traitent des événements de septembre 1944 à avril 1945, mais qui ne sont pas basés sur des sources d'archives : Cf. Assouline, Pierre (2014) : Sigmaringen, Paris. L'étude de Clemens Klünemann ne se concentre pas sur les événements qui se sont déroulés à Sigmaringen de septembre 1944 à avril 1945. L'auteur s'intéresse plutôt à l'importance de ces derniers mois de guerre en tant que lieu de mémoire dans l'histoire franco-allemande. Cf. Klünemann, Clemens (2019) : Sigmaringen. Eine andere deutsch-französische Geschichte, Berlin. Les monographies de Jean-Paul Cointet et Henry Rousso étudient également les événements de Sigmaringen, en se basant principalement sur des sources françaises. Cf. Cointet, Jean-Paul (2003) : Sigmaringen. Une France en Allemagne septembre 1944–avril 1945, Paris; Rousso, Henry (2012) : Un château en Allemagne. Sigmaringen 1944–1945, Paris. Le dernier épisode de la collaboration franco-allemande à Sigmaringen a été largement oublié par l'opinion publique allemande ou n'est déclaré que comme un phénomène historique local. Le fait que ce sont surtout des historiens locaux qui se sont penchés sur ce sujet : Moser, Arnulf (1980) : Das französische Befreiungskomitee auf der Insel Mainau und das Ende der deutsch-französischen Collaboration 1944/45, Sigmaringen; Moser, Arnulf (1995) : Die andere Mainau 1945. Paradies für befreite KZ-Häftlinge, Konstanz; Becker, Otto H. (1996) : « Ici la France » – Die Vichy-Regierung in Sigmaringen 1944/45, in : Fritz Kallenberg (dir.), Hohenzollern, Stuttgart, p. 428–446 (Schriften zur politischen Landeskunde Baden-Württembergs, t. 23). Du côté français, les connaissances sur Sigmaringen se basent également sur le résultat de recherches plus anciennes : Brissaud, André (1966) : Pétain à Sigmaringen, Paris; Rousso, Henry (1984) : Pétain et la fin de la Collaboration. Sigmaringen 1944–1945, Brüssel; Burrin, Philippe (1995) : La France à l'heure allemande 1940–44, Paris; Paxton, Robert O. (1972) : Vichy France. Old Guard and New Order 1940–1944. New York; Aron, Robert (1954) : Histoire de Vichy, Paris.

4 Pour Céline, la priorité n'était pas de traiter les événements de façon véridique, mais de vendre son livre de manière rentable. À la question de savoir si l'histoire avait sa place dans son œuvre, l'écrivain répondit qu'il avait écrit ce livre parce qu'il devait gagner de l'argent. Voire l'interview de Stéphane Jourat « Un visionnaire génial vous parle. Céline ! » datée le 05.07.1961, in : Dauphin, Jean-Pierre (1976) : Céline et l'actualité littéraire 1957–1961. Textes réunis et présentés par Jean-Pierre Dauphin et Henri Godard, Paris, p. 219 (Cahiers Céline t. 2).

5 En 1996, dans le documentaire Sigmaringen l'ultime trahison, diffusé par France 3, Rousso a déclaré que, sans Céline, les gens ne parleraient pas de Sigmaringen. L'émission est disponible sur : URL : https://www.youtube.com/watch?v=0s95VENsPHw (consulté le 07.04.2022).

6 Instruction du GPRF du 09/08/1944. Consultable en ligne à l'adresse URL : http://mjp.univ-perp.fr/france/co1944-1.htm (consulté le 07.04.2022).

7 L'auteur et le moment de l'origine du terme ne peuvent plus être déterminés aujourd'hui. Le témoin contemporain Jean Luchaire évoque déjà « un gouvernement d'opérette dans une ville d'opéra » lors de son audition dans le cadre de son procès le 22/01/1946. Cf. Garçon, Maurice (1948) : Les Procès de collaboration. Fernand de Brinon, Joseph Darnand, Jean Luchaire. Compte rendu sténographique, Paris, p. 472.

8 La situation à partir de septembre 1943 dans le nord de l'Italie ressemble sous quelques aspects à celle de Sigmaringen. Après que les parachutistes allemands eurent libéré le dictateur déchu Benito Mussolini, celui-ci établit, avec l'aide de l'Allemagne, son État fasciste tronqué, la République de Salò. Destitué en juillet 1943, Mussolini administrait formellement les territoires du nord de l'Italie encore tenus par la Wehrmacht contre les troupes alliées. Un État fantoche similaire au régime nazi a été mis en place en septembre 1944 à Sigmaringen en Souabe – l'une des différences les plus importantes étant que les « dirigeants » de cette « France » étaient en terre étrangère.

9 Tous les ministres ne l'accompagnent pas à Belfort. Certains réussissent à fuir l'emprise allemande Cf. Kupferman, 2015 : 454.

10 Lettre d'Abetz du 17/08/1944. In : PA AA, NL Renthe-Fink t. 9.

11 Abetz était ambassadeur d'Allemagne en France occupée de 1940 à 1944.

12 Lettre du 17/08/1944. In : AN, 415AP/4.

13 Lettre du 17/08/1944. In : AN, F/7/15509.

14 Lettre Déclaration à Monsieur le Chef de l'État Grand Allemand du 20/08/1944. In : AN, 415AP/4.

15 Lettre du 20/08/1944. In : AN, 415AP/4, p. 2.

16 Collaborateur est un terme large qui désigne les dénonciateurs individuels jusqu'aux parties collaboratrices. Dans ce qui suit, le terme englobe le cercle des membres des collaborateurs « ultra » à Paris. Parmi leurs représentants les plus connus figurent Déat, Doriot et Darnand.

17 Notes de Schmidt sur la conversation entre Ribbentrop et de Brinon le 23/08/1944. In : PA AA, RZ 248, R 27853, p. 5.

18 Ibid., p. 5.

19 Note d'Abetz du 24/08/1944. In : PA AA, NL Renthe-Fink, t. 9.

20 Note de Schmidt sur la conversation entre Ribbentrop et de Brinon le 23/08/1944. In : PA AA, RZ 248, R 27853, p. 13.

21 Ibid., p. 13.

22 Ibid., p. 16.

23 Note de Schmidt sur la conversation entre Ribbentrop avec Brinon, Darnand, Déat et Marion le 31/08/1944. In : PA AA, RZ 248, R 27853, p. 2–3.

24 Renthe-Fink est devenu en 1943 représentant diplomatique spécial au côté du Maréchal Pétain, qu'il a accompagné à Sigmaringen. Il est placé auprès du Maréchal comme « surveillant » suite à la crise nationale de novembre et décembre 1943.

25 Note de Renthe-Fink du 17/09/1944. In : PA AA, NL Renthe-Fink, t. 9.

26 De Brinon fait remarquer qu'Hitler est soucieux de la légalité, et que, pour le chancelier allemand, la légalité c'est le Maréchal Pétain et qu'il souhaite trouver avec celui-ci un moyen de sauvegarder les intérêts français en Allemagne, concernant les prisonniers, les travailleurs et les internés ainsi que l'intégralité territoriale française. Un gouvernement Doriot n'est pas mentionné. Cf. Note de la réunion de Debeney et de Brinon le 04/09/1944. In : AN, 3W/288.

27 Note de Pétain du 06/09/1944. In : AN, 3W/288.

28 La France du 26/10/1944 : Commission Gouvernementale […] Communications et textes officiels. Version courte de la déclaration de de Brinon, Belfort le 06/09/1944. In : PA AA, NL Renthe-Fink, t. 9.

29 Lettre Direction des Renseignements Généraux du 01/09/1945. In : AN, F/7/15288.

30 Ce changement de nom révèle une fois de plus l'équilibre des pouvoirs entre le gouvernement allemand et les collaborateurs français, les membres de la délégation n'étant même pas autorisés à décider du nom de l'organisation qu'ils représentent. Le journal La France aborde également le changement de nom dans l'article « Le seul pouvoir légitime français ». Cf. La France du 27/10/1944, p. 3.

31 Note de Renthe-Fink du 06/09/1944. In : PA AA, NL Renthe-Fink, t. 9.

32 Des sources allemandes et françaises distinguent les hauts fonctionnaires du gouvernement en ministres « dormants » et « actifs ». Ceux qui ont cessé leur activité gouvernementale ont été comptés dans la première catégorie, alors que les membres de la commission gouvernementale appartenaient aux ministres « actifs ». Lettre Direction des Renseignements Généraux du 01/09/1045. In : AN, F/7/15288.

33 Lettre du 01/08/1945. In : AN, 411AP/6.

34 Lettre de Renthe-Fink au AA du 14/09/1944. In : PA AA, NL Renthe-Fink, t. 9.

35 Note de Pétain pour Renthe-Fink du 03/10/1944. In : AN, 3W/288.

36 Procès-verbal des réunions du 25/08/1944 au 05/01/1945. In : PA AA, RZ 214, R 101059. Avis d'experts « Die Rechtsnatur des Französischen “Regierungsausschusses zur Wahrung der nationalen Interessen” (Commission Gouvernementale pour la Défense des Intérêts Nationaux) » pour la réunion du 24/11/1944.

37 Le lieu et la date de ce discours ne sont pas mentionnés dans les documents. Il s'agit probablement du discours du 1er octobre.

38 Le discours complet est imprimé dans le journal La France du 26/10/1944 p. 3.

39 Lettre de Pétain à Brinon du 02/ et 07/10/1944. In : AN, 3W/112.

40 Note pour Pétain sans auteur du 06/10/1944. In : AN, 3W/112.

41 Note de Renthe-Fink sur la conversation avec Pétain du 27/10/1944. In : PA AA, NL Renthe-Fink, t. 9.

42 Lettres de Pétain à de Brinon du 22/ et 29/10/1944. In : AN, 3W/112.

43 Note de Renthe-Fink sur la conversation avec Pétain du 27/10/1944. In : PA AA, NL Renthe-Fink, t. 9; Lettre de Renthe-Fink au AA du 07/11/1944. In : PA AA, NL Renthe-Fink, t. 9.

44 Dans ce contexte, on peut noter que Pierre Laval – qui, comme Pétain, a cessé ses activités gouvernementales en août 1944 – a continué à respecter sa décision à Sigmaringen. Cf. Lettre du 06/10/1944. In : AN, 3W/112; Lettre du 15/10/1944. In : AN, 3W/195.

45 Bürckel était un homme politique influent et populaire sous le « Troisième Reich », et a occupé le poste de Reichsstatthalter du Gau Westmark.

46 Lettre Requisitoire contre le Parti Populaire Français et ses dirigeants. In : SHD, GR 28 P 13 180, p. 4.

47 Lettre de Doriot à Pétain du 16/10/1944. In : PA AA, NL Renthe-Fink, t. 9.

48 Lettre de Doriot à Ribbentrop du 18/10/1944. In : PA AA, NL Renthe-Fink, t. 9.

49 Note de Schmidt sur la conversation de Ribbentrop avec Doriot du 04/11/1944. In : PA AA, RZ 248, R 27853, p. 25–26.

50 Lettre de Detering à Renthe-Fink du 14/11/1944. In : PA AA, NL Renthe-Fink, t. 9.

51 Ibid.

52 Ibid.

53 Cf. Le Petit Parisien du 08/01/1945, p. 1.

54 Lettre du 01/08/1945. In : AN, 3W/110.

55 Les circonstances exactes de sa mort restent à ce jour inexpliquées. Selon la version officielle, l'attentat aurait été perpétré par deux avions anglo-américains. Après la guerre, des membres du PPF ont répandu la thèse selon laquelle Doriot aurait été éliminé par les troupes allemandes, sur ordre de Himmler en personne. Aucune preuve n'est venue étayer ces thèses. Un résumé des rumeurs et des suppositions concernant la mort de Doriot est imprimé dans : Wolf, 1967 : 299–300.

56 À Sigmaringen, les collaborateurs ont tenté de maintenir la façade d'un gouvernement au quotidien. Avec des réunions de cabinet, des communiqués et des décrets. Et un programme radio, également produit dans la région, appelait les gens en France à résister à de Gaulle. La station portait le nom de « Ici la France ».

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Pour citer cet article

Référence électronique

Benjamin Pfannes, « Paris sur le Danube ? »Trajectoires [En ligne], 16 | 2023, mis en ligne le 13 mars 2023, consulté le 18 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/trajectoires/9596 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/trajectoires.9596

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Auteur

Benjamin Pfannes

Doctorant en histoire militaire, Université de Potsdam

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