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Interprétation, traduction, histoire. Apports de l’herméneutique critique à une pensée de la traduction

Thèse de doctorat en philosophie, soutenue le 19 juin 2023 à l’École Normale Supérieure de Paris, sous la direction de Marc Crépon et Dominique Combe
Ginevra Martina Venier

Texte intégral

1Comment l’interprétation et la traduction peuvent-elles rendre compte du caractère historique des textes littéraires sans pour autant ternir leur actualité ? Quel rôle ont ces pratiques dans les débats que chaque génération entretient avec les productions culturelles du passé ? Tâchant de répondre à ces questions, cette thèse interroge le caractère historique des langues, des œuvres, de l’interprétation. Elle accorde une importance particulière à la manière dont ce caractère se manifeste dans l’acte de traduire.

2Cette thèse s’appuie sur la pensée du philologue et critique littéraire Peter Szondi (1929-1971), développée après sa mort par les travaux de Jean Bollack (1923-2012) et de ses collaborateurs du Centre de recherche philologique de l’Université de Lille. Dans un climat fortement influencé par les échanges intellectuels franco-allemands, le Centre (plus connu sous le nom « École de Lille ») a été le lieu principal où une approche herméneutique appelée « critique », « philologique », ou encore « matérielle » s’est élaborée.

3Cette thèse se structure en trois parties. Dans celles-ci les questions de l’historicité des langues, des œuvres, de l’interprétation et de la traduction s’entremêlent et s’éclaircissent mutuellement. La première partie est consacrée à des considérations sur la traduction, élaborées au fil d’une série de commentaires des traductions françaises des œuvres de Dante au XIXe et au XXe siècle. Ces considérations sont ensuite examinées au prisme des théories linguistiques de Wilhelm von Humboldt, auteur de référence pour les tenants d’une herméneutique critique. Elles sont également mises en relation avec celles de Gustave Guillaume qui, en dépit d’un cadre théorique diffèrent, aboutit à des conclusions similaires à celles de Humboldt. Les deux penseurs partagent une conception pragmatique de la signification qui met l’accent sur la créativité individuelle. Celle-ci renvoie à la théorie néokantienne d’un « schématisme linguistique ».

4Pour approfondir le rôle de cette théorie dans le cadre d’une herméneutique critique, on revisite dans la deuxième partie de cette thèse les fondamentaux de l’herméneutique de Friedrich Schleiermacher, que Szondi reprend à son compte en l’enrichissant des avancées de la linguistique moderne. D’autre part, sont présentés certains éléments de la pensée de Walter Benjamin, de Georg Lukács et de Theodor W. Adorno, qui nourrissent la réflexion de Szondi sur l’historicité des formes expressives. Dans la conclusion de ce second moment, les théories ainsi exposées permettent de cerner les ressources qu’une herméneutique critique offre pour comprendre l’acte de traduction.

5La troisième partie invite dans le débat d’autres pensées de l’interprétation et de la traduction élaborées dans la deuxième partie du XXe siècle. Après un excursus portant sur l’herméneutique de Dilthey, l’herméneutique critique est confrontée aux approches de Hans-Georg Gadamer, de Paul Ricœur et de Jacques Derrida. Suit une étude des interprétations que Szondi, Bollack, Gadamer et Derrida ont proposées des poèmes de Paul Celan. L’approfondissement de ce conflit des interprétations tire également profit de l’analyse de certaines traductions françaises des poèmes de Celan, publiées entre les années 1970 et 2000, qui conclut cette troisième partie.

6Les réflexions développées dans les trois parties de cette thèse permettent, dans la conclusion, de confirmer la fécondité de cette pensée pour répondre aux questions qui ont déclenché ces recherches. Dans la perspective d’une herméneutique critique, la singularité des œuvres réside dans leur historicité. Celle-ci n’est pas uniquement à entendre au sens d’un ancrage des œuvres dans un contexte donné : elle implique une relation critique des œuvres vis-à-vis de cet univers sémantique. C’est en raison de cette relation critique que les œuvres restent « parlantes » à travers les siècles. Pour rendre compte d’une telle singularité, interprètes et traducteurs doivent au préalable suspendre leurs attentes à l’égard des œuvres, en s’efforçant de résister à la tentation d’une compréhension immédiate. Sur cette base, ils peuvent opérer une série d’allers-retours entre le sens de la « lettre » de l’œuvre et sa signification d’ensemble, entre l’analyse formelle et l’étude du contexte sémantique. Philologie, philosophie, historiographie, sociologie et anthropologie figurent parmi les disciplines qui permettent cette série de passages entre général et particulier. Cela conduit à trancher parmi plusieurs hypothèses interprétatives et, par conséquent, parmi différents choix de traduction. En dégageant de manière méthodique le sens des œuvres, l’interprétation et la traduction fournissent ainsi les conditions d’un débat rationnel sur ce sens, qui aura lieu a posteriori.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Ginevra Martina Venier, « Interprétation, traduction, histoire. Apports de l’herméneutique critique à une pensée de la traduction »Trajectoires [En ligne], 17 | 2024, mis en ligne le 25 mars 2024, consulté le 30 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/trajectoires/10812 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/trajectoires.10812

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Auteur

Ginevra Martina Venier

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