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Perspectives

L’accueil des exilés à Berlin dans le roman Gehen, ging, gegangen (2015, Je vais, tu vas, ils vont, 2022) de Jenny Erpenbeck

Die Aufnahme von Geflüchteten in Berlin im Roman Gehen, ging, gegangen (2015) von Jenny Erpenbeck
The arrival of displaced persons in Berlin in Jenny Erpenbeck’s novel Gehen, ging, gegangen (2015, Go, Went, Gone, 2017)
Birte Gnaegy

Résumés

Dans son roman Gehen, ging, gegangen (2015, Je vais, tu vas, ils vont, 2022), Jenny Erpenbeck fait écho à la vague migratoire qui a bouleversé l’Europe en 2015. En problématisant l’accueil des exilés à Berlin dans son roman, l’autrice s’inscrit, tant sur le plan thématique qu’esthétique, dans le renouveau du réalisme littéraire qui est caractérisé par la mise en œuvre d’une critique sociale à travers le roman. Cet article examine comment le narrateur fait état de la pluralité et de la divergence des points de vue qui traversent alors la société représentée dans le roman, en accordant une attention particulière aux stratégies narratologiques. Cette pluralité des voix fait ressortir la mise en récit des inégalités et l’impuissance des exilés en Allemagne.

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Texte intégral

  • 1 Pendant l’été 2015, l’Europe est confrontée à l’arrivée d’un grand nombre de personnes exilées. Les (...)
  • 2 Par la suite, nous emploierons les termes “exilé” et “personnage exilé” « pour souligner la difficu (...)

1L’autrice Jenny Erpenbeck met en récit dans Gehen, ging, gegangen, paru en août 2015, la vague migratoire1 qui bouleverse alors l’Europe. Le roman raconte l’histoire d’un groupe d’exilés2 qui se trouve dans une situation d’attente en Allemagne depuis plusieurs années. Le personnage principal, Richard, professeur émérite à Berlin, va à la rencontre des demandeurs d’asile pour mener une recherche scientifique, comme l’a menée l’autrice de son côté (Roth, 2018 : 216). Richard interroge les exilés sur leurs origines pour mieux cerner les raisons qui les ont poussés à quitter leurs pays. Plus il passe du temps avec eux, mieux il comprend les enjeux politiques, médiatiques et sociaux qui sont la source de l’incertitude de ses nouveaux amis.

2En fondant l’intrigue du roman sur l’actualité migratoire de l’époque, l’autrice s’inscrit dans le renouveau du réalisme littéraire qu’on observe depuis les années 1980 dans la littérature européenne (Viart et Vercier, 2008 : 213). Nous avons recours à des penseurs français dans cet article, car ils mettent l’accent sur la réalité sociale qui nous semble pertinente en vue d’une analyse littéraire du roman de J. Erpenbeck. La discussion allemande autour du « réalisme populaire » (Baßler, 2022) met l’accent sur le réalisme postmoderne et s’éloigne de notre analyse des répercussions sociales.

3Tout en suivant la tradition du réalisme, de nouvelles formes d’écriture apparaissent, car « sujet et récit […] font retour sur la scène culturelle, mais sous la forme de questions insistantes, de problèmes irrésolus, de nécessités impérieuses » (Viart et Vercier, 2008 : 20). Cette nouvelle écriture se caractérise par la mise en récit d’une critique sociale telle qu’elle est décrite dans le roman. Nous retrouvons dans les romans réalistes du 21e siècle des sujets liés aux actualités de l’époque comme « l’impuissance, l’inégalité » et la mondialisation (Viart et Vercier, 2008 : 221). Ces thématiques se manifestent dans le roman de J. Erpenbeck à travers le lien entre le personnage de Richard et les exilés qui fait ressortir l’inégalité et l’impuissance des personnes exilées en Allemagne.

4Comment le narrateur parvient-il à faire état d’une certaine pluralité, voire des divergences des points de vue qui traversent alors la société allemande, tout en mettant en scène un personnage au point de vue prépondérant qui doit endosser un rôle de médiateur entre les différentes positions ?

5Richard, le personnage principal du roman, est placé au centre du récit grâce au choix d’un narrateur hétérodiégétique. Même si la focalisation alterne à certains moments (Roth, 2018 : 221–222), Richard est la plupart du temps le personnage focal. Le rapport au temps des demandeurs d’asile reflète sa propre situation, car il s’interroge, comme eux, sur son quotidien perdu depuis qu’il est retraité ainsi que sur la question du travail et du temps libre. Même si la nature des questionnements est différente, ils présentent en substance de nombreuses similitudes (Mahfouz, 2016). La position des exilés ne se présente pas pour elle-même, mais principalement par le biais de la voix du personnage principal allemand. Des critiques reprochent au roman ce point de vue occidental, trop centré sur Richard, qui reflèterait une position élitiste liée à son statut de professeur émérite (Roth, 2018 : 221–222 et Granzin, 2015). D’un côté, les voix critiques soulignent le caractère didactique du roman en proposant un “bon exemple” incarné par le personnage de Richard (Granzin, 2015), ce qui a également valu au roman la critique d’être trop moralisateur (Roth, 2018 : 216–217). De l’autre côté, le personnage de Richard semble incarner le cliché du citoyen aisé qui se sent ouvert et éclairé sans même remarquer sa propre méconnaissance teintée de ressentiments (Buchzink, 2015).

6Pourtant, c’est grâce au rôle médiateur de Richard que la voix des demandeurs d’asile prend plus de poids. Ne faisant, de prime abord, pas partie de l’entourage des exilés, il joue un rôle d’intermédiaire. D. Viart souligne à ce propos que « faire parler un exclu comme un exclu, c’est risquer de ne pas le faire entendre : il ressemble à sa caricature, son discours ne produit que de l’attendu, son dire est toujours ramené à du déjà-dit : il est enfermé dans son accent, sa parlure, ses lieux communs. » (Viart et Vercier, 2008 : 219). C’est la raison pour laquelle le rôle du personnage de Richard devient de plus en plus important pour les demandeurs d’asile dans la médiation entre les positions de la société allemande et les craintes des marginalisés du roman.

7Dans un premier temps, nous étudierons l’opposition entre le Sénat de Berlin et les exilés avant d’interroger le rôle des médias dans un second temps. Fonctionnant comme intermédiaires entre la voix politique et celle de la société civile, ils ont une influence sur l’opinion publique. Nous évoquerons dans un troisième temps les préjugés des habitants berlinois du roman qui se voient confrontés aux besoins des exilés.

La juxtaposition de la voix des autorités berlinoises et celle des marginalisés

  • 3 « Ce qui m’intéresse, c’est ce qui doit être maintenu invisible et qui a pourtant – ou justement po (...)

8Ayant pour but d’apporter un regard critique sur l’époque, les romans réalistes font ressortir des problèmes actuels en mettant des mots là où ils n’ont pas encore été trouvés (Viart et Vercier, 2008 : 12). Les propos de J. Erpenbeck s’inscrivent dans la ligne théorique de D. Viart en affirmant dans un entretien avec la presse qu’elle a cherché à rendre visible ce qui aurait dû être maintenu invisible : « Es geht mir um das, was in der Unsichtbarkeit gehalten werden soll, und dennoch – oder gerade deshalb – Kraft hat, die ganze sichtbare Welt zu verwandeln. »3 (Bartels, 2015). En décrivant les problèmes de l’époque pour lesquels il n’y avait, d’après l’autrice, pas de solution et qui semblaient même nous dépasser (Bartels, 2015), le roman contribue à apporter un regard différent sur l’actualité. En déplaçant les « attentes du lectorat » (Viart et Vercier, 2008 : 12), le roman rend l’atmosphère de l’époque et fait réfléchir le lecteur sur les interrogations mises en avant dans la fiction (Viart et Vercier, 2008 : 13). À travers le personnage de Richard, le lecteur est confronté aux contradictions entre l’opinion publique et la réalité sociale que vivent les exilés.

  • 4 « Nous devenons visibles. » (Erpenbeck, 2022 : 25).

9Au début du roman, les demandeurs d’asile manifestent sur l’Oranienplatz à Berlin pour réclamer de meilleures conditions de vie ainsi qu’un examen approfondi de leurs demandes d’asile. Ces revendications sont symbolisées par une pancarte indiquant « We become visible. »4 (Erpenbeck 2018a : 27). Ce slogan rejoint l’affirmation de l’autrice citée ci-dessus et dénonce l’indifférence que vivent les exilés au quotidien. Cependant, les manifestants restent invisibles pour Richard, qui traverse l’Oranienplatz sans les remarquer. L’invisibilité du groupe l’emporte alors sur la revendication de devenir visible. Malgré tout, les manifestants ont pu négocier un accord avec le Sénat de Berlin (Flüchtlingsrat Berlin, 2015) : les exilés ont accepté d’arrêter la manifestation permanente sur l’Oranienplatz et de se faire loger par les autorités berlinoises. En retour, les autorités proposent un examen individualisé de chaque demande d’asile (Erpenbeck, 2018b : 393 et Roth, 2018 : 221–222). Dès lors, le groupe doit changer de logement plusieurs fois, parfois en étant prévenu seulement quelques jours auparavant (Erpenbeck, 2018a : 102). Au moment où la ville leur demande de déménager vers un lieu assez éloigné de Berlin, avec un accès difficile aux transports publics, une rencontre entre un homme politique et les demandeurs d’asile est organisée. L’invisibilité des exilés est à nouveau mise en avant, car les demandeurs d’asile, désormais trop éloignés de la capitale, ne peuvent plus manifester dans le centre-ville de Berlin, ni attirer l’attention des médias et de la société civile pour dénoncer les problèmes irrésolus (Erpenbeck, 2018a : 101).

10À travers le personnage focal Richard, le narrateur emploie un discours indirect libre pour décrire la situation, tout en indiquant les différents locuteurs du discours rapporté. De ce fait, le récit descriptif de la situation et les commentaires du personnage de Richard s’entremêlent. Le professeur émérite parle alors au nom des exilés et s’approprie ainsi leurs voix. C’est à travers une métaphore qui compare la situation précaire des exilés à une bête blessée et en décrivant la situation d’un ton ironique que Richard prend position pour les marginalisés dans cette scène :

  • 5 « La bête a pris un coup, chaque coup de feu revient à trois cents euros par homme et par mois, san (...)

« Die Bestie ist angeschossen, der Schuss kostet 300 Euro pro Mann und Monat plus Ticket und Betreuer, aber sie ist noch immer gefährlich, man kann nicht wissen, ob sie nicht doch noch Kraft hat und ein weiteres Mal auf einen losgeht, dann vielleicht sogar unberechenbarer ist als zuvor. »5 (Erpenbeck, 2018a : 101).

11Les demandeurs d’asile posent des questions sur le nouvel emplacement et affaiblissent ainsi cette bête davantage en tirant des balles qui renvoient aux exigences d’amélioration de leur situation. Ils mettent ainsi en exergue les difficultés rencontrées quotidiennement, car malgré quelques mesures mises en place pour améliorer la situation des exilés, la précarité ne cesse de s’aggraver. L’insuffisance du soutien politique pour les demandeurs d’asile est ainsi exprimée. Le Sénat de Berlin adopte une attitude inflexible face aux revendications des exilés, symbolisée par le représentant politique qui cherche un moyen de se mettre à l’abri (Erpenbeck, 2018a : 101-102). Pourtant, ce dernier n’a qu’à attendre que toutes les questions soient posées par les demandeurs d’asile afin de participer à l’affaiblissement de la bête blessée et ainsi à l’aggravation de la situation instable :

  • 6 « Un deuxième homme prend la parole : j’ai entendu que ce camp, là-bas, est à cinq kilomètres du pr (...)

« Ein zweiter meldet sich : Ich habe gehört, es sind von dem Lager dort fünf Kilometer bis zur nächsten Bushaltestelle.
Zeit zu gewinnen ist gut, dann fließt das Blut aus der Wunde einfach still weiter vor sich hin, das schwächt den Gegner.
Ein dritter : Und dann – von einem Tag auf den anderen ! »6 (Erpenbeck, 2018a, 102).

12Dans cette scène, les réclamations exprimées par les marginalisés apparaissent humainement légitimes et soulignent la précarité dans laquelle ils vivent. En alternant entre la métaphore et les revendications des exilés du roman, le narrateur souligne le manque d’investissement du Sénat de Berlin.

  • 7 « Elle a encore quelques sursauts, la bête, mais ce ne sont que des réflexes. » (Erpenbeck, 2022 : (...)
  • 8 Ce reproche est également documenté dans la presse allemande de l’époque ainsi que sur le site du F (...)

13À travers la métaphore de la bête, le narrateur met en avant l’instabilité à laquelle sont confrontés les personnages marginalisés, provoquée par le manque de réponses adéquates aux demandes formulées : « Sie zuckt noch, die Bestie, aber das sind nur die Reflexe. »7 (Erpenbeck, 2018a : 102). Les rôles entre les autorités et les demandeurs d’asile sont décrits et dénoncés par l’ironie, car, en blessant la bête, les exilés semblent être en position de supériorité. Pourtant, c’est l’inaction politique des autorités berlinoises qui remporte à nouveau la bataille, ce qui souligne d’autant plus l’impuissance et la marginalisation du groupe des exilés, mise en avant dans le récit : même s’ils demandent des améliorations de leurs conditions de vie, les demandeurs d’asile restent toujours livrés au bon-vouloir des hommes politiques. Le décalage entre les différentes positions souligne également le manque d’investissement et l’attitude d’indifférence de la part du Sénat de Berlin, car les exilés reprochent aux hommes politiques de ne pas accomplir l’accord qui a été signé entre les deux parties8. En même temps, les autorités berlinoises sont d’une grande importance pour les exilés à la fois pour l’accueil immédiat après l’arrivée, mais aussi en ce qui concerne les démarches des demandes d’asile.

14En alternant les questions des demandeurs d’asile avec la métaphore de la bête, le narrateur prend position pour les premiers en ayant recours à la focalisation interne du point de vue de Richard qui alterne avec la focalisation zéro. Les commentaires métaphoriques expriment l’avis subjectif du personnage principal qui ridiculise l’attitude des autorités berlinoises. En opposant la dangerosité ressentie par certains et l’affaiblissement de la bête supposé par d’autres, le narrateur souligne la contradiction de la situation des demandeurs d’asile. La mise en œuvre du discours indirect libre permet de faire de Richard une figure d'identification pour le lecteur et l’invite ainsi à questionner cette inaction politique. Les revendications sont présentées aux lecteurs comme insuffisantes pour améliorer la position des exilés du roman, et l’amènent ainsi à penser que la possibilité de travailler serait la solution afin de leur permettre de gagner leur vie indépendamment. Cette position critique est renforcée par la prise de parole de l’autrice qui, dans l’essai Die Fliehenden, juge le comportement des autorités allemandes dépassé, reflétant le manque de perspectives des pays européens (Erpenbeck, 2018b : 399).

L’influence des médias sur l’opinion publique

  • 9 « s'il se passe rien de spécial, c'est pas possible d'en tirer une histoire » (Erpenbeck, 2022 : 22 (...)

15Les médias représentent une voix de la société qui alimente la méfiance envers les exilés tout en s’inscrivant dans la ligne politique ferme du Sénat de Berlin. Certains médias du roman sont souvent à la recherche de la meilleure histoire à raconter pour attirer l’attention du public : « wenn nichts Besonderes passiert, kann ich keine Geschichte draus machen »Autor0000-00-00T00:00:00A9 (Erpenbeck, 2018a : 20). Cette compréhension des médias lie la mission de « raconter “ce qui se passe” dans l’actualité » (Balle, 2020 : 53) et le divertissement (Balle, 2020 : 3). Le reportage sur des demandeurs d’asile et leur grève de la faim (Erpenbeck, 2018a : 27) souligne la visibilité des exilés dans les médias. Mais il s’agit d’une visibilité éphémère, superficielle, qui ne va pas au-delà de l’actualité sensationnelle.

16Le narrateur problématise d’une part le rôle des médias qui suivent la position dure du Sénat de Berlin et considèrent une manifestation des personnages marginalisés comme un chantage (voir Erpenbeck 2018a : 272), d’autre part, il ouvre une voie d’expression aux lecteurs fictifs qui se positionnent contre la protestation des demandeurs d’asile. En jouant ainsi avec les attentes du lecteur, le narrateur les fait réfléchir à la position des médias.

  • 10 « en quelque sorte l’organe central de la nouvelle Allemagne » (Erpenbeck, 2022 : 270).
  • 11 Cette remarque fait écho au passé du personnage de Richard qui a vécu en RDA. Il serait tout à fait (...)

17La manifestation fait l’objet d’un reportage dans l’un des plus grands journaux allemands : « sozusagen dem Zentralorgan des neuen Deutschlands »10 (Erpenbeck, 2018a : 273). Même si le titre de cet « organe central » n’est pas mentionné dans le roman, la description fait allusion au quotidien BILD, créé en 1952, qui est rapidement devenu le journal le plus important d’Allemagne (Führer, 2007 : 311). La mise en relief du terme « Zentralorgan » renvoie à la fois à l’importance du journal et l’ironise tout de même en faisant référence à l’organe de presse non libre « Neues Deutschland » (Hübner, 2020) du parti politique SED, le parti socialiste unifié en RDA.11 L’inscription du journal dans une ligne politique ferme renforce la position critique portée par le roman.

  • 12 « à Berlin, décidément, on aura tout vu » (Erpenbeck, 2022 : 270).
  • 13 Cet événement a également été rapporté par la presse allemande de l’époque (Gürgen, 2014).

18Le narrateur raconte l’histoire à travers le personnage focal Richard qui lit l’article en ligne. En qualifiant cet article de « billet d’humeur » (Erpenbeck, 2022 : 270), le journal se donne comme mission de toucher les lecteurs sur le plan émotionnel (Führer, 2007 : 313). L’article commence par la remarque : « In Berlin sei eben immer etwas los »12 (Erpenbeck, 2018a : 272) ; ces termes font preuve de mépris médiatique en évoquant un événement divertissant plutôt qu’une manifestation politique.13 En comparant la manifestation à du chantage, le journal la qualifie de non appropriée et alimente ainsi le débat public qui rebondit sur cette attitude hostile.

19Malgré le grand décalage entre la vie tranquille de Richard, aisé, et la situation précaire du groupe des demandeurs d’asile (Baker, 2018 : 505-506), le personnage de Richard comprend mieux leurs revendications depuis son contact avec eux et il se montre ainsi critique vis-à-vis de l’article et des commentaires des lecteurs :

  • 14 « Dans les commentaires, les lecteurs du journal font l'éloge de l'article en question et déplorent (...)

« Die Leser der Zeitung loben den Artikel und beklagen sich in ihren Kommentaren allenfalls darüber, dass nur Flüchtlinge das Privileg haben sollen, auf einem Dach stehend, mit Selbstmord zu drohen. Und zu pinkeln natürlich.
Kaum in Deutschland, pinkelt der als ALLERERSTES vom Dach !
Als ALLERERSTES, denkt Richard, nunja, nach bald drei Jahren der Flucht und des Wartens. »Autor0000-00-00T00:00:00A14 (Erpenbeck, 2018a : 273)

20Le contraste entre les opinions des lecteurs et celles du personnage principal est souligné par la mise en place d’une structure de thèse et d’antithèse. La thèse exprimée par le commentaire d’un lecteur est suivie par l’antithèse soulignant l’avis de Richard qui contredit les suppositions de l’internaute. L’épisode relaté dans le passage peut être considéré comme une provocation de deux manières opposées : du point de vue des lecteurs commentant l’article du quotidien, les exilés arrivent en Allemagne, manifestent et urinent du toit avant même de chercher « une activité régulière » (Erpenbeck, 2022 : 270). Dans l’esprit de l’internaute cité dans le passage, le groupe de manifestants fait preuve d’inaction voire de paresse. À l’inverse, le professeur émérite considère que les lecteurs du journal n’ont aucune notion ni du quotidien ni des enjeux auxquels les exilés sont confrontés et ne font aucun effort de réflexion pour se demander pourquoi ces personnages en sont arrivés là. Pour autant, ils mettent en cause la liberté de manifestation qui est un droit fondamental.

21La position du lecteur fictif commentant l’article ressort grâce à l’emploi des italiques afin de marquer la différence entre le commentaire et les pensées de Richard, et pour souligner la nature provocatrice du commentaire. Le procédé d’hyperbolisation du commentaire avec le mot « ALLERERSTES », en capitales, permet au lecteur fictif de renchérir en recourant à des préjugés sur les demandeurs d’asile. La réaction de Richard est également soulignée par des majuscules pour faire ressortir l’antithèse qui met en question cet indicateur de temps. La critique sociale apparaît à travers les pensées de Richard, tout en étant le fruit de l’évolution du personnage. Le narrateur provoque ainsi une prise de recul chez le lecteur grâce à Richard, qui fonctionne comme élément pivot.

22Dans le roman, les médias ne se contentent pas d’informer sur l’actualité. Ils défendent aussi une position politique ferme et orientent ainsi le débat public en nourrissant l’indifférence et le mépris envers les exilés. Le personnage de Richard prend position pour les manifestants en corrigeant les commentaires dévalorisants des lecteurs fictifs. La juxtaposition et l’entrelacement des voix qui servent in fine dans le roman à la cause des marginalisés sont mis en valeur par des moyens stylistiques et narratifs qui aboutissent à faire réfléchir le lecteur sur la question des préjugés portés sur les marginalisés du roman.

La pluralité des voix dans la société romanesque à Berlin

23L’interconnexion des médias et de l’individu devient cruciale quand les marginalisés dépendent de la bienveillance de la société civile. Grâce à l’énumération offrant une voix à plusieurs positions des citoyens dans le roman, le narrateur met en place une polyphonie de points de vue qui reflète l’opinion publique.

24Malgré la sympathie éprouvée pour ses nouveaux amis, le rôle d’intermédiaire n’est pas facile pour Richard, bien qu’il soit bienveillant et engagé. Étranger aux conditions de vie des exilés, il rencontre à plusieurs reprises des difficultés à saisir la totalité des enjeux humains et administratifs qui entrent en jeu lors de l’accueil des exilés (Erpenbeck, 2018a : 243 et 303). C’est ainsi que Richard ignore les stéréotypes et préjugés envers les demandeurs d’asile exprimés par un couple d’amis, sans pour autant les corriger (Roth, 2018 : 222).

25Après que la demande d’asile a été refusée et que l’on attend des marginalisés qu’ils quittent les logements communs, Richard demande à ses connaissances de l’aide pour loger ses amis d’origine africaine. Il se trouve alors confronté à un grand nombre de préjugés sur les exilés. Les personnages dont il a sollicité l’aide montrent tous de la compassion pour ces exclus. Pourtant, pour différentes raisons, aucun d’entre eux n’est prêt à s’engager. Chaque locuteur justifie son refus à l’aide d’une excuse, et dévoile ainsi ses préjugés. Le discours direct introduit par le verbe anaphorique « sagt » met en place une liste d’excuses qui suit une certaine régularité soulignant la manière similaire dont les locuteurs expriment leur refus d’héberger provisoirement les exilés.

  • 15 « Un tel ou un autre, quand on lui demande de l'aide, dit : mais ces hommes sont tout de même traum (...)

26« Der oder jener sagt, als er um Hilfe gefragt wird : Diese Männer sind doch, hört man, traumatisiert – weiß man da, ob die uns nicht die Einrichtung zerschlagen ? »15 (Erpenbeck, 2018a : 331). Le locuteur recourt à une rumeur mise en avant par l’incise « hört man » qui indique que c’est un préjugé qui n’a pas de source fiable, mais qui relève du discours populaire en partie entretenu par les médias. Le personnage ne semble pas encore avoir pris contact avec les exilés et juge pourtant leur état psychique. Cet énoncé sous forme de question masque le préjugé d’un prétexte d’incertitude. La méconnaissance des exilés est due à l’invisibilité des personnages exclus et est renforcée par le rôle des médias.

  • 16 « Dit : on aura beau les aider, ce n'est pas ça qui va régler le problème d'une façon générale. » ( (...)
  • 17 C’est en signant l’accord avec les exilés que les autorités berlinoises devaient examiner les deman (...)

27« Sagt : Auch wenn wir ihnen helfen – das Problem insgesamt wäre damit ja nicht gelöst. »16 (Erpenbeck, 2018a : 331). En présentant les exilés comme « problème », le personnage reprend les propos dévalorisants véhiculés par des médias, ce qui souligne l’influence du débat public sur les individus. C’est en rappelant la globalité des problèmes que cette excuse fait implicitement appel à la responsabilité des instances politiques telle le Sénat berlinois : en refusant les demandes d’asile, les autorités ont provoqué la situation précaire des marginalisés dans le roman qui se retrouvent du jour au lendemain sans abri.17

  • 18 « Dit : les accueillir, ce ne serait sûrement pas leur rendre service, car dans le coin, il y a tro (...)

28« Sagt : Wir täten den Männern, wenn wir sie aufnehmen würden, sicher keinen Gefallen, denn hier in der Nachbarschaft sind zu viele Nazis. »18 (Erpenbeck, 2018a : 331). Prétendant vouloir protéger les personnages vulnérables, cet autre locuteur se retranche derrière la crainte d’une réaction hostile de la part des voisins pour ne pas avouer ses propres aversions. Le sens métonymique du terme « nazis » ne fait pas vraiment références aux voisins d’extrême droite, mais il fait plutôt appel à un usage délibéré d’un terme pour ses connotations propres qui renvoient à une attitude renonçant à l’accueil des exilés, d’un côté nourrie par le discours méprisant porté par des médias, de l’autre côté soutenue par l’avis xénophobe de l’AfD (Schröder, 2018), le parti politique allemand d’extrême droite.

  • 19 « Dit : même s'ils pouvaient dormir chez nous, de quoi vivraient-ils, au juste ? » (Erpenbeck, 2022 (...)

29« Sagt : Selbst wenn sie bei uns übernachten könnten, wovon sollten sie leben ? »19 (Erpenbeck, 2018a : 331). Cette interrogation relative au sort des exclus sans moyens financiers, dissimule à nouveau une crainte liée à l’inactivité des marginalisés du roman, qui est due à l’interdiction de travailler tant qu’ils n’ont pas le statut officiel de réfugié. En même temps, la société du roman fait preuve de mépris en leur reprochant de ne pas gagner leur vie comme le fait un des lecteurs du journal (Erpenbeck, 2018a : 273). Pour cette raison, ils sont condamnés d’une part à ne rien faire et d’autre part à dépendre de la bienveillance de la société civile et de la volonté politique.

  • 20 « Dit : on pourrait sans doute le faire un certain temps, mais cet état de choses, on n'en voit fra (...)

30« Sagt : Für eine gewisse Zeit würden wir es schon machen, aber es ist ja kein Ende dieses Zustands in Sicht. / Sagt : Einer könnte vielleicht hier wohnen, aber das lohnt sich ja nicht – es gibt doch so viele von denen. »20 (Erpenbeck, 2018a : 331). Ces deux énoncés semblent donner lieu à un accord partiel si une perspective pour la situation précaire était en vue. L’incertitude sur le futur fait que la bonne volonté superficielle qui est démontrée dans les deux énoncés, n’influe pas positivement sur la décision des citoyens. Du point de vue des exilés du roman, ces deux accords partiels apparaissent contradictoires, car les réponses négatives s’appuient sur l’importance des problèmes sans perspective de résolution pour les exclus.

  • 21 « Quelques Allemands peuvent s’imaginer ce que cela veut dire de tout perdre – d’où la compassion. (...)

31La structure parallèle et anaphorique de ce passage souligne la complexité des six réactions, toutes mitigées, avec une bienveillance de façade qui cachent en réalité un rejet. Ces refus polis proviennent d’une bourgeoisie éclairée, qui se veut tolérante mais partage les craintes de la majorité de la population. Le narrateur ne met pas seulement en avant le refus de la société civile, mais les excuses soulignent une grande hypocrisie qui se retranche derrière de bons sentiments. Le verbe anaphorique introduisant les énoncés reflète l’uniformité des excuses qui renvoient au manque d’investissement politique. L’incertitude sur le futur imposée par les autorités ne permet pas aux citoyens de se projeter dans l’aide aux exilés. Malgré la compassion exprimée par les locuteurs, leur position reste négative. J. Erpenbeck explique cette attitude dans l’essai Die Fliehenden par un mélange de compassion et de peur : « Einige Deutsche können sich vorstellen, was es heißt, alles zu verlieren – daher rührt ihr Mitgefühl. / Einige Deutsche können sich vorstellen, was es heißt, alles zu verlieren – daher rührt die Angst. »21 (Erpenbeck, 2018b : 397). La focalisation zéro mise en œuvre par le narrateur ayant recours au discours direct pour restituer les voix des citoyens fictifs, soulève une critique sociale à travers des réactions complexes représentatives de la population du roman et de l’opinion publique. Au moyen d’un renvoie récurrent à d’autres voix romanesques et à l’entrelacement de plusieurs positions, le lecteur est ainsi invité à s’interroger sur l’influence des médias, sur le rôle des autorités et sur sa propre position.

32En agissant comme une interface narrative, le personnage de Richard permet à la fois de montrer la situation des demandeurs d’asile et les réactions de la société d’accueil : la précarité des exilés s’oppose ainsi à l’inaction politique, à l’influence des médias et aux préjugés des citoyens du roman. En alternant entre la focalisation interne et zéro, le narrateur juxtapose les différentes positions à travers l’intermédiaire de Richard, tout en prenant position pour les exilés du roman. En mettant en exergue la marginalisation et l’invisibilité des exilés et en faisant ressortir le décalage entre la situation privilégiée des citoyens allemands et la précarité des exclus, cette opposition propose une pluralité de voix à travers le rôle de médiateur du personnage de Richard qui invite le lecteur à prendre du recul et à réfléchir sur la réalité sociale. L’analyse de cette technique innovante du roman Gehen, ging, gegangen nous a permis de montrer que l’ouvrage apporte un regard critique sur les attitudes de la société et dénonce des stéréotypes pour faire évoluer le lecteur sur cette question. C’est en soulevant les difficultés sociales de façon originale, qui sont parfois ignorées, que le roman contribue à donner une image “réaliste” du monde.

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Bibliographie

Sources primaires

Erpenbeck, Jenny (2018a) : Gehen, ging, gegangen, Munich.

Erpenbeck, Jenny (2018b) : Kein Roman. Texte und Reden 1992 bis 2018, Munich.

Erpenbeck, Jenny (2022) : Je vais, tu vas, ils vont, Paris.

Littérature critique

Baker, Gary L. (2018) : The Violence of Precarity and the Appeal of Routine in Jenny Erpenbeck’s Gehen, ging, gegangen, Seminar  : A Journal of Germanic Studies, 54.4, p. 504-521.

Balle, Francis (2020) : Les médias, Paris.

Bartels, Gerrit (2015) : Hinter der Ordnung verbirgt sich Angst, Der Tagesspiegel online [en ligne], consulté le 12.04.2023. URL : https://www.tagesspiegel.de/kultur/jenny-erpenbeck-im-interview-hinter-der-ordnung-verbirgt-sich-angst/12435948.html

Baßler, Moritz (2022) : Populärer Realismus. Vom International Style gegenwärtigen Erzählens, Munich.

Buchzik, Dana (2015) : Trifft ein Berliner Professor Flüchtlinge : Roman von Jenny Erpenbeck, Der Spiegel [en ligne], consulté le 28.03.2023. URL : https://www.spiegel.de/kultur/literatur/gehen-ging-gegangen-von-jenny-erpenbeck-rezension-a-1050518.html

Calabrese, Laura et Marie Veniard (2018) : Penser les mots, dire la migration, Louvain-la-Neuve.

Flüchtlingsrat Berlin (2015) : Flüchtlingsproteste Oranienplatz und Gerhart-Hauptmann-Schule. - Chronologie, Forderungen, Dokumente - [en ligne], consulté le 10.04.2023. URL : http://www.fluechtlingsinfo-berlin.de/fr/pdf/Chronologie_Oranienplatz.html

Führer, Karl C. (2007) : Erfolg und Macht von Axel Springers “Bild”-Zeitung in den 1950er-Jahren, Zeithistorische Forschungen, 4, p. 311–336.

Genette, Gérard (2007) : Discours du récit, Paris.

Granzin, Katharina (2015) : Der gute Richard, taz [en ligne], consulté le 28.03.2023. URL : https://taz.de/ !5229981/

Gürgen, Malene (2014) : Berliner Senat betrügt Flüchtlinge : Papier kann sehr geduldig sein, taz [en ligne], consulté le 10.04.2023, URL : https://taz.de/ !5034116/

Mahfouz, Laila (2016) : Rezension zu Jenny Erpenbecks Roman Gehen, ging, gegangen, Kultumea [en ligne], consulté le 12.04.2023. URL : https://www.kultumea.de/2016/01/16/rezension-zu-jenny-erpenbecks-roman-gehen-ging-gegangen/

Hübner, Wolfgang (2020) : wir sind « nd », nd. Jouranlismus von links [en ligne], consulté le 04.09.2023. URL : https://www.nd-aktuell.de/artikel/1139029.neues-deutschland-wir-sind-nd.html

Roth, Daniela (2018) : Die Rolle der Literatur und Literaturwissenschaften in globalen und innergesellschaftlichen Krisenzeiten am Beispiel von Jenny Erpenbecks Gehen, ging, gegangen (2015), in : Anya Heise-von der Lippe et Russell West-Pavlov (dir.), Literaturwissenschaften in der Krise. Zur Rolle und Relevanz literarischer Praktiken in globalen Krisenzeiten, Tübingen, p. 213–228.

Schröder, Martin (2018) : AfD-Unterstützer sind nicht abgehängt, sondern ausländerfeindlich, SOEPpapers, 975, p. 1-20 [en ligne], consulté le 06.09.2023. URL : https://www.diw.de/de/diw_01.c.595136.de/publikationen/soeppapers/2018_0975/afd-unterstuetzer_sind_nicht_abgehaengt__sondern_auslaenderfeindlich.html.

Stone, Brangwen (2017) : Trauma, Postmemory, and Empathy  : The Migrant Crisis and the German Past in Jenny Erpenbeck’s Gehen, ging, gegangen [Go, Went, Gone], Humanities, 6.88 [en ligne], consulté le 03.04.2020. URL : https://www.mdpi.com/2076-0787/6/4/88

Stürzenhofecker, Michael (2014) : Oranienplatz-Flüchtlinge  : Berlin muss Vereinbarung mit Asylbewerbern einhalten. Die Zeit [en ligne], consulté le 12.04.2023. URL : https://www.zeit.de/gesellschaft/zeitgeschehen/2014-11/fluechtling-asyl-oranienplatz-berlin ?utm_referrer =https %3A %2F %2Fwww.google.com %2F

Viart, Dominique et Bruno Vercier (2008) : La littérature française au présent. Héritage, modernité, mutations, Paris.

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Notes

1 Pendant l’été 2015, l’Europe est confrontée à l’arrivée d’un grand nombre de personnes exilées. Les actualités migratoires de l’époque ne se limitent pas seulement à l’été 2015, car des personnes exilées étaient déjà arrivées en Europe depuis quelques années (Flüchtlingsrat Berlin, 2015, cf. Erpenbeck, 2018b : 398).

2 Par la suite, nous emploierons les termes “exilé” et “personnage exilé” « pour souligner la difficulté, physique mais aussi émotionnelle, du chemin parcouru » (Calabrese et Veniard, 2018 : 22). Nous reprenons ainsi les termes privilégiés par les associations et citoyens venant en aide aux personnes exilées (Calabrese et Veniard, 2018 : 11-12, 22). Nous opérons ainsi une distinction avec le terme “réfugié” qui « combine un emploi courant (personne qui cherche un refuge) et un terme juridique (le statut [administratif] de réfugié […]) » (Calabrese et Veniard, 2018 : 11). En parlant des “demandeurs d’asile”, nous prenons en compte le fait que les personnages ont effectué une demande d’asile, mais qu’ils n’ont pas encore obtenu le statut officiel de “réfugiés”.

3 « Ce qui m’intéresse, c’est ce qui doit être maintenu invisible et qui a pourtant – ou justement pour cette raison – la force de transformer tout le monde visible. » Sauf mention contraire, les traductions sont de notre fait.

4 « Nous devenons visibles. » (Erpenbeck, 2022 : 25).

5 « La bête a pris un coup, chaque coup de feu revient à trois cents euros par homme et par mois, sans parler des cartes de transport et des accompagnateurs, mais elle est encore dangereuse, allez savoir si elle n'a pas encore la force de se ruer une nouvelle fois sur vous, peut-être encore plus imprévisible qu'avant. » (Erpenbeck, 2022 : 103).

6 « Un deuxième homme prend la parole : j’ai entendu que ce camp, là-bas, est à cinq kilomètres du prochain arrêt de bus. / Gagner du temps est une bonne chose, le sang s’écoule toujours tranquillement de la plaie, ça affaiblit l’adversaire. / Un troisième : et ça nous tombe dessus du jour au lendemain ! » (Erpenbeck, 2022 : 103).

7 « Elle a encore quelques sursauts, la bête, mais ce ne sont que des réflexes. » (Erpenbeck, 2022 : 103).

8 Ce reproche est également documenté dans la presse allemande de l’époque ainsi que sur le site du Flüchtingsrat Berlin. (Gürgen, 2014 et Flüchtlingsrat Berlin, 2015).

9 « s'il se passe rien de spécial, c'est pas possible d'en tirer une histoire » (Erpenbeck, 2022 : 22-23).

10 « en quelque sorte l’organe central de la nouvelle Allemagne » (Erpenbeck, 2022 : 270).

11 Cette remarque fait écho au passé du personnage de Richard qui a vécu en RDA. Il serait tout à fait pertinent d’interroger davantage la problématique du rapport de l’ex-RDA ayant une influence sur le comportement de Richard, mais elle ne pourra pas être prise en compte dans le cadre de cet article.

12 « à Berlin, décidément, on aura tout vu » (Erpenbeck, 2022 : 270).

13 Cet événement a également été rapporté par la presse allemande de l’époque (Gürgen, 2014).

14 « Dans les commentaires, les lecteurs du journal font l'éloge de l'article en question et déplorent que seuls les migrants aient le privilège de menacer de se suicider, debout sur un toit. Et de pisser, bien sûr. / À peine arrivé en Allemagne, son TOUT PREMIER GESTE est de pisser du haut du toit ! / Son TOUT PREMIER GESTE, enfin, si l'on veut, pense Richard, au bout de presque trois ans de fuite et d'attente… » (Erpenbeck, 2022 : 270).

15 « Un tel ou un autre, quand on lui demande de l'aide, dit : mais ces hommes sont tout de même traumatisés, paraît-il – comment savoir s'ils ne vont pas nous casser nos meubles ? » (Erpenbeck, 2022 : 330).

16 « Dit : on aura beau les aider, ce n'est pas ça qui va régler le problème d'une façon générale. » (Erpenbeck : 2022, 330).

17 C’est en signant l’accord avec les exilés que les autorités berlinoises devaient examiner les demandes d’asile de manière approfondie. Pourtant, les demandes ont été refusées sans examen approfondi. (Gürgen, 2014 et Stürzenhofecker, 2014).

18 « Dit : les accueillir, ce ne serait sûrement pas leur rendre service, car dans le coin, il y a trop de nazis. » (Erpenbeck, 2022 : 330).

19 « Dit : même s'ils pouvaient dormir chez nous, de quoi vivraient-ils, au juste ? » (Erpenbeck, 2022 : 330).

20 « Dit : on pourrait sans doute le faire un certain temps, mais cet état de choses, on n'en voit franchement pas la fin. / Dit : peut-être qu'on pourrait en loger un ici, mais vous savez, ils sont si nombreux que ça ne vaut pas le coup. » (Erpenbeck, 2022 : 330).

21 « Quelques Allemands peuvent s’imaginer ce que cela veut dire de tout perdre – d’où la compassion. / Quelques Allemands peuvent s’imager ce que cela veut dire de tout perdre – d’où la peur. »

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Pour citer cet article

Référence électronique

Birte Gnaegy, « L’accueil des exilés à Berlin dans le roman Gehen, ging, gegangen (2015, Je vais, tu vas, ils vont, 2022) de Jenny Erpenbeck »Trajectoires [En ligne], 17 | 2024, mis en ligne le 29 mars 2024, consulté le 29 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/trajectoires/10654 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/trajectoires.10654

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Auteur

Birte Gnaegy

Doctorante en études germaniques, Université Paris-Est

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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