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La tolérance ecclésiastique : position et définition d’un concept moderne

Andy Serin

Texte intégral

  • 1 Cf. Yves Charles Zarka, Philosophie et politique à l’âge classique, Hermann, 2018, chapitre XVII. (...)
  • 2 Yves Charles Zarka, Présentation générale : « La tolérance ou comment coexister : anciens et nouve (...)
  • 3 Ibid., p. V : « Au moment de sa formation (xvie-xviie siècles), le concept moderne de tolérance av (...)
  • 4 Ibid., p. IX : « Commençons par le concept. Il y a un concept spécifiquement moderne de la toléran (...)
  • 5 Herbert Marcuse, “Repressive Tolerance” in Robert Paul Wolff, Barrington Moore Jr., Herbert Marcus (...)
  • 6 Rainer Forst, Toleration in Conflict: Past and Present, Cambridge, Cambridge University Press, 201 (...)

1On considère souvent, non sans raison d’ailleurs, que la tolérance est un des paradigmes de la modernité occidentale1. En effet, il y a un « concept spécifiquement moderne2 » de tolérance qui s’élabore progressivement dans le contexte particulier de la Réforme et de l’éclatement confessionnel du xvie siècle : la « coexistence civile3 » est le modus vivendi qui a été trouvé après moults débats pour mettre fin aux terribles guerres de religion entre catholiques et protestants. Tolerantia subit un renversement axiologique et devient un « concept positif4 ». Cette tolérance moderne, loue-t-on d’un côté, a été une première étape de franchie vers la reconnaissance de la « liberté de religion » comme droit naturel, subjectif et fondamental inscrit dans les déclarations, constitutions et chartes des États et des organisations internationales, et surtout vers l’autre notion de « laïcité » qui naît en France au xixe siècle pour résoudre le conflit entre les deux institutions de l’Église et de l’État. D’un autre côté, la tolérance moderne a fait l’objet de critiques, telle que celle de l’École de Francfort qui en dévoile la nature foncièrement dominatrice et répressive5, et il est aujourd’hui débattu dans les termes d’un libéralisme politique néo-rawlsien d’une tolérance qui ne soit pas une permission, mais un respect qui accepte et valorise pleinement la différence d’autrui dans un monde où le fait du pluralisme des opinions et croyances est irréductible6.

  • 7 À titre indicatif : Peter Van Nuffelent, Penser la tolérance durant l’Antiquité tardive, Paris, Ce (...)
  • 8 Lucien Febvre, Le Problème de l’incroyance au XVIe siècle. La religion de Rabelais, Paris, Albin M (...)

2L’historien de la tolérance moderne, malgré lui, court le risque d’appréhender celle-ci dans une rupture hermétique aux périodes antérieures et d’y appliquer le jugement de valeur d’un « progrès » par rapport à celles-là qui, selon le préjugé commun, auraient été des époques et sociétés de persécution, au lieu de rechercher les fines mutations intellectuelles durant l’Antiquité et le Moyen Âge qui en ont été les conditions d’émergence à la Modernité. Diverses études7, tout en se gardant de verser dans l’anachronisme ou le « péché des péchés8 », ont ainsi contribué à dissiper un tel leurre historiographique et sans doute pour une part idéologique : faire connaître qu’il a existé des tolérances avant la tolérance moderne. L’autre voie, celle qu’emprunte ce dossier, part du constat que même le « concept spécifiquement moderne » de tolérance reste assez mal connu et appauvri puisqu’il n’y a pas, en réalité, une mais deux tolérances à l’époque moderne : une tolérance dite « ecclésiastique » généralement oubliée ou délaissée au profit de la seule tolérance « civile ». La distinction n’apparaît pas encore dans le Dictionnaire universel de Furetière de 1690. Ce n’est que dans la cinquième édition de 1798 que le Dictionnaire de l’Académie française se met à parler d’une tolérance ecclésiastique/civile :

TOLÉRANCE, se dit en matière de Religion, pour dire, La permission de professer une opinion, d’exercer un culte. Tolérance Ecclésiastique. Tolérance Civile.

La Tolérance Ecclésiastique ou Religieuse consiste à ne point traiter d’erreur nuisible au salut certaines opinions ou certains points de pratique. La Tolérance Religieuse ne s’étend que sur ce qui n’est pas déclaré article de Foi. La Tolérance est prescrite aux Théologiens envers les opinions des diverses Écoles.

La Tolérance Civile est la permission que le Prince ou l’État donne de professer telle opinion, d’exercer tel culte, de n’en professer aucun, sans aucune contrainte à cet égard. La Tolérance Civile peut être restreinte à certains cultes. Tolérance civile générale pour toutes les Sectes Chrétiennes. Tolérance universelle de toutes les opinions sur la Divinité.

3Plus exactement, la troisième édition de 1740 posait une distinction similaire mais sous d’autres termes : tolérance religieuse/politique, principalement définie comme une « condescendance ». Et surtout, l’exemple du mariage pour la tolérance religieuse n’est pas repris dans la cinquième édition : « L’Eglise Latine a toûjours eu de la tolérance pour l’Eglise Grecque sur le mariage des Prêtres ».

  • 9 Cf. La « distinction mosaïque » in Jan Assmann, Le prix du monothéisme, Paris, Aubier, 2007.
  • 10 L’adhésion à la vérité, qui est unique, est condition du salut de l’âme.
  • 11 M. Romilly le fils, Article « Tolérance », (Ordre encyclop. Théolog. Morale, Politiq.), Encyclopéd (...)

4La tolérance « ecclésiastique » se définit alors comme étant celle de l’Église dans l’Église, celle d’une normativité en matière religieuse, plus ou moins institutionnalisée, qui choisit de tolérer l’altérité en son sein. D’emblée, cela recèle un paradoxe : comment et pourquoi l’Église pourrait-elle et devrait-elle tolérer les écarts de croyance et de pratique dans la mesure où elle est souveraine à l’intérieur d’elle-même, c’est-à-dire vis-à-vis de son clergé et de ses fidèles ? Mais surtout, dans le cadre conceptuel qui est propre au monothéisme occidental chrétien9, l’institution ecclésiale est à la fois garante et en charge de la mise en orthodoxie de la vera religio. La tolérance ecclésiastique semble, bien au contraire, inconciliable avec la prétention exclusive à la vérité religieuse et son enjeu sotériologique10, et s’apparente aux yeux de ses adversaires et de ses détracteurs à une faute, à du laxisme et de la tiédeur, ou pire encore à de l’indifférence et de l’athéisme cachés. En d’autres termes, ce n’est pas une attitude de tolérance mais d’intolérance qui est requise et même attendue de l’Église. Il n’est pas anodin que la distinction ecclésiastique/civile ne soit pas tant évoquée à l’article « tolérance » qu’« intolérance » de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert11 :

INTOLÉRANCE, s. f. (Morale.) Le mot intolérance s’entend communément de cette passion féroce qui porte à haïr & à persécuter ceux qui sont dans l’erreur. Mais pour ne pas confondre des choses fort diverses, il faut distinguer deux sortes d’intolérance, l’écclésiastique & la civile.

L’intolérance écclésiastique consiste à regarder comme fausse toute autre religion que celle que l’on professe, & à le démontrer sur les toîts, sans être arrêté par aucune terreur, par aucun respect humain, au hasard même de perdre la vie. Il ne s’agira point dans cet article de cet héroïsme qui a fait tant de martyrs dans tous les siecles de l’église.

L’intolérance civile consiste à rompre tout commerce & à poursuivre, par toutes sortes de moyens violens, ceux qui ont une façon de penser sur Dieu & sur son culte, autre que la nôtre.

  • 12 Albert Michel, Article « Tolérance », Dictionnaire de théologie catholique, Paris, éditions Letouz (...)

5En l’occurrence, ce n’est pas un biais de Diderot et de son irréligion notoire. Comme peut également en témoigner l’article « tolérance » du Dictionnaire de théologie catholique au xxe siècle12, c’est l’intolérance ou son synonyme « l’intransigeance » qui est estimée et rappelée être l’attitude cohérente de l’Église dans sa pleine juridiction spirituelle :

  • 13 Ibid., p. 1210 : « La tolérance [préalablement définie comme "permission négative d’un mal réel ou (...)

Envisagée sous cet aspect, la question est essentiellement une question de principe : il s’agit de savoir jusqu’à quel point l’Église catholique, sans manquer à sa mission, peut, dans l’exercice de son pouvoir de gouvernement (magistère), tolérer des doctrines spéculatives (dogme) ou pratiques (morale) opposées, à quelque titre que ce soit, à l’orthodoxie. Ainsi posée, la question est d’une solution relativement facile. Gardienne de la vérité révélée, foi et mœurs, l’Église ne saurait tolérer que se propage un enseignement nocif pour la foi des fidèles13.

  • 14 La notion théologique d’adiaphora.

6Par conséquent, la tolérance ecclésiastique soulève le problème d’une gestion de l’altérité toute intérieure, mais qui reste toujours conçue sous le régime de l’exception. La tolérance ecclésiastique, indiquait le Dictionnaire de l’Académie française, ne porte que sur « le non-essentiel ». Encore reste-t-il à pouvoir définir et s’entendre sur ce qui est l’essentiel et l’accessoire/l’indifférent14. Le Dictionnaire de théologie catholique, comme pour atténuer son intolérance de principe, donne une autre raison : s’il peut y avoir une tolérance ecclésiastique en matière doctrinale, quoique provisoire, c’est parce que le dogme connaît un temps nécessaire de développement et de perfectionnement :

  • 15 Ibid.

Il s’en faut néanmoins que l’autorité de l’Église enseignante soit d’une rigidité telle qu’elle ne s’assouplisse d’aucune nuance. On a vu à l’art. Dogme, t. iv, col. 1610, que le dogme comporte un double progrès : progrès dans l’expression ou la formule dogmatique, progrès par un véritable développement dogmatique d’une vérité jusque-là crue ou enseignée d’une manière simplement implicite. Le premier progrès concerne plus spécialement les vérités explicitement révélées ; le second est celui des vérités implicitement révélées. Voir, pour plus de développement, l’art. Tradition, col. 1252. Dans l’un et l’autre développement, il peut se présenter des périodes de tâtonnements, de transitions, de recherches ultérieures, dans lesquelles une formule, une doctrine, non conforme à l’idée essentielle du dogme, est cependant encore tolérée, parce qu’aucune décision expresse n’a été prise par l’Église contre elle, ou précisément parce que l’Église, entendant la tolérer, ne veut pas la réprouver, sans cependant l’approuver. Il est facile de multiplier les exemples de tolérances de ce genre15.

  • 16 Ibid., p. 1215.

7En revanche, une fois que s’est prononcé infailliblement le Saint-Siège, la tolérance ecclésiastique n’a plus lieu d’être. Le Dictionnaire de théologie catholique allègue également un critère des personnes16 : les infidèles, par exemple, qui n’ont pas été baptisés comme les apostats, hérétiques et schismatiques, sont hors de la juridiction de l’Église laquelle n’est pas en droit de les contraindre pour les convertir. Néanmoins, force est de constater que la tolérance ecclésiastique se réduit comme peau de chagrin, puisqu’est aussitôt ménagée une exception à l’exception : la contrainte devient licite quand il s’agit de faire respecter la loi naturelle aux infidèles ou encore de préserver les fidèles chrétiens.

  • 17 Plus récemment, consulter Mogens Laerke, “Virtual Union, the Seeds of Hatred, and the Fraternal Jo (...)

8La tolérance ecclésiastique, cependant, a été bien moins étudiée que la tolérance civile17. Étonnamment, elle n’est pas mentionnée dans la présentation générale de Yves Charles Zarka et l’introduction de Franck Lessay à l’ouvrage collectif Les fondements philosophiques de la tolérance. Or le curieux destin de la tolérance ecclésiastique avait déjà été problématisé par Joseph Lecler dans la conclusion de son Histoire de tolérance au siècle de la Réforme :

  • 18 Joseph Lecler, Histoire de la tolérance au siècle de la Réforme, Paris, Albin Michel, 1994, conclu (...)

L’expérience de ces derniers siècles n’est guère favorable aux systèmes qui tendent à établir entre les Eglises cette sorte de compromis doctrinal qu’on a appelé la « tolérance ecclésiastique ». La théorie des « articles fondamentaux », que nous avons signalée à propos du courant humaniste, aboutit par degrés à un « latitudinarisme » sans consistance. On comprend très bien que les protestants, inquiets de leurs divisions croissantes, aient cherché à s’unir, ou plutôt à se tolérer réciproquement, sur la base de quelques croyances essentielles. Mais à vouloir englober de cette manière une grande diversité d’Eglises et de sectes, on courait le risque d’amenuiser à l’extrême la substance dogmatique du Credo commun. Un tel système a été rejeté par les catholiques après l’effort malheureux de Cassander, mais il a eu contre lui également beaucoup de protestants conservateurs et de représentants de sectes18.

  • 19 Arnaud de Solminihac, « Tolérer et Punir. La séparation du péché et du crime est-elle une manifest (...)
  • 20 Sophie Soccard, « Quelle place pour la tolérance ecclésiastique dans la doctrine lockienne ? », Th (...)
  • 21 Alexis Verhassel, « La tolérance ecclésiastique au prisme du gallicanisme (1551-1563) », ThéoRèmes(...)
  • 22 Pierre-Henri Vignoles, « Les Réflexions de l’abbé Baudrand : la dénonciation du tolérantisme », Th (...)
  • 23 François Hou, « Entre intolérance théologique et tolérance universelle : le clergé patriote et la (...)

9L’éviction, selon Lecler, de la tolérance ecclésiastique par la tolérance civile est imputable au coût théologique exorbitant de la première. Mais cela n’a-t-il pas aussi été l’obstacle épistémologique à son étude, comme si l’histoire ne retenait que le vainqueur, la tolérance civile, et non celle qui a échoué ? Ainsi, ce dossier thématique se propose d’interroger, sans prétendre à l’exhaustivité, la manière dont un tel concept s’élabore dans une diversité de textes et d’approches théologiques, philosophiques, historiques et juridiques. Par là-même, il s’agit de réfléchir à ce que c’est pour une institution ou une communauté religieuse que d’être tolérante : si, jusqu’où et à quel prix elle peut et doit l’être, sans non plus renoncer à être elle-même et à ce qui fait le cœur de son identité. En droit canonique médiéval, Arnaud de Solminihac analyse comment la distinction entre péché et crime aménage, paradoxalement, une tolérance ecclésiastique, prise au sens du « refus de sanctionner une action sans en contester le caractère mauvais19 ». Puis, Sophie Soccard examine chez Locke sa défense d’une « tolérance des non-conformistes » : l’individualisation du salut, la distinction entre le nécessaire et l’indifférent en matière religieuse, et la critique du forcement des consciences posent des limites à l’ingérence du pouvoir non seulement civil mais aussi ecclésiastique20. Alexis Verhassel, quant à lui, explique pourquoi le gallicanisme du xvie siècle s’est d’abord opportunément fait le promoteur et l’allié de la tolérance ecclésiastique, à savoir de « tentatives de conciliation », mais dont les guerres de religion finissent toutefois par sceller l’échec21. À la différence des trois premiers articles, celui de Pierre-Henri Vignoles montre alors de quelle manière un apologiste catholique du xviiie siècle, l’abbé Baudrand, dénonce avec virulence la tolérance ecclésiastique sous la catégorie polémique de « tolérantisme », c’est-à-dire d’une dégénérescence de la tolérance qui conduit à la destruction de la vraie religion22. Enfin la tolérance ecclésiastique, souligne François Hou, a profondément divisé l’épiscopat constitutionnel dans le contexte de la Révolution française, parce que celle-ci s’apparente à une remise en cause et une « dépossession » du pouvoir tant doctrinal que disciplinaire de l’Église, alors replacé sous la tutelle de l’État23. Pour finir, qu’il me soit permis de remercier les auteurs, les relecteurs et Julien Muller, responsable édition de ThéoRèmes.

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Notes

1 Cf. Yves Charles Zarka, Philosophie et politique à l’âge classique, Hermann, 2018, chapitre XVII. « La tolérance : force et fragilité de la modernité », p. 349-364. Luisa Simunotti, « Paradigme de la modernité. De la tolérance à l’empathie » in Silvia Arlettaz (dir.), L’Histoire en questions. Mélanges en l’honneur de Mario Turchetti, Paris, Classiques Garnier, 2018, p. 201-218. Voir aussi : Henry Méchoulan, Richard. H. Popkin, Giuseppe Ricuperati, Luisa Simonutti (dir.), La formazione storica della alterità : studi di storia della tolleranza nell’età moderna, Firenze, Olschki, 3 tomi, 2001. Perez Zagorin, How the Idea of Religious Toleration Came to the West, Princeton University Press, 2003.

2 Yves Charles Zarka, Présentation générale : « La tolérance ou comment coexister : anciens et nouveaux enjeux » in Yves Charles Zarka, Franck Lessay, John Rogers (dir.), Les fondements philosophiques de la tolérance, tome 1 Études, Paris, Presses universitaires de France, 2016, p. VIII.

3 Ibid., p. V : « Au moment de sa formation (xvie-xviie siècles), le concept moderne de tolérance avait pour objet de résoudre une question religieuse : comment rendre possible la coexistence de plusieurs religions dans un même État ? Or ce concept a permis de penser la coexistence religieuse, en déplaçant le centre de gravité de la question du religieux au politique. La coexistence des religions est une coexistence civile, ce qui suppose une séparation de l’Église et de l’État et la reconnaissance de l’égale dignité des croyances ».

4 Ibid., p. IX : « Commençons par le concept. Il y a un concept spécifiquement moderne de la tolérance qui se distingue de la définition simplement négative du terme au Moyen Âge. Le concept positif de tolérance ne saurait se ramener à la simple admission de l’existence de ce qu’on ne peut pas détruire, mais qu’on ne veut pas voir et dont on nie la valeur. Il implique au contraire, comme on le verra ci-dessous chez Locke et Bayle, la reconnaissance de l’altérité. En ce sens, la tolérance comporte l’idée d’un monde commun où coexistent des différences. Elle définit la structure rationnelle d’un monde où se découvre une issue différente de celle à laquelle conduisent le rapport de force, le conflit et la guerre, c’est-à-dire la victoire et la domination ou la défaite et l’assujettissement ».

5 Herbert Marcuse, “Repressive Tolerance” in Robert Paul Wolff, Barrington Moore Jr., Herbert Marcuse (coll.), A Critique of Pure Tolerance, Boston, Beacon Press, 1965, p. 81-123.

6 Rainer Forst, Toleration in Conflict: Past and Present, Cambridge, Cambridge University Press, 2013. [Traduction de version originale allemande]

7 À titre indicatif : Peter Van Nuffelent, Penser la tolérance durant l’Antiquité tardive, Paris, Cerf, 2018. Albrecht Classen, Toleration and Tolerance in Medieval European Literature, New York, Routledge, 2018. Christophe Grellard, La possibilità dell’errore. Pensare la tolleranza nel medioevo, Flumen Sapientae 12, Canterano, Aracne editrice, 2020. Michael W. Dunne, Susan Gottlöber (dir.), Tolerance and Concepts of Otherness in Medieval Philosophy, Turnhout, Brepols Publishers, 2022. Et surtout : István Bejczy, “Tolerantia: A Medieval Concept”, Journal of the History of Ideas, Vol. 58, N° 3, July 1997, p. 365-384.

8 Lucien Febvre, Le Problème de l’incroyance au XVIe siècle. La religion de Rabelais, Paris, Albin Michel, 1968, p. 15.

9 Cf. La « distinction mosaïque » in Jan Assmann, Le prix du monothéisme, Paris, Aubier, 2007.

10 L’adhésion à la vérité, qui est unique, est condition du salut de l’âme.

11 M. Romilly le fils, Article « Tolérance », (Ordre encyclop. Théolog. Morale, Politiq.), Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, vol. XVI, 1765, p. 390a-395a. Denis Diderot, Article « Intolérance », (Morale.), Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, vol. VIII, 1765, p. 843a-844b.

12 Albert Michel, Article « Tolérance », Dictionnaire de théologie catholique, Paris, éditions Letouzey et Ané, 1946, tome 15.1, p. 1207-1223.

13 Ibid., p. 1210 : « La tolérance [préalablement définie comme "permission négative d’un mal réel ou supposé"] dont il est ici question concerne les choses religieuses, doctrines et pratiques, étrangères ou opposées à l’enseignement de l’Église catholique, ainsi que les personnes qui professent ces doctrines ou se livrent à ces pratiques. Elle peut être le fait de l’Église elle-même ; c’est la tolérance qu’on est convenu d’appeler tolérance religieuse. Elle peut être le fait de l’État chrétien, c’est ce qu’on appelle tolérance civile. Toutefois, puisque leur objet est toujours d’ordre religieux, nous préférons parler : I. de la tolérance religieuse de l’Église ; II. de la tolérance religieuse de l’État. »

14 La notion théologique d’adiaphora.

15 Ibid.

16 Ibid., p. 1215.

17 Plus récemment, consulter Mogens Laerke, “Virtual Union, the Seeds of Hatred, and the Fraternal Joining of Hands: Leibniz and Toleration”, Journal of Modern Philosophy 1(1): 6, 2019, p. 1-17. Gianni Paganini, De Bayle à Hume. Tolérance, hypothèses, systèmes, Paris, Honoré Champion, coll. « Vie des Huguenots », 2023, chapitre III, p. 140 sqq. Paganini analyse comment Bayle pense « une tolérance interne à la théologie ».

18 Joseph Lecler, Histoire de la tolérance au siècle de la Réforme, Paris, Albin Michel, 1994, conclusion, p. 823. [Première édition de 1955]. Voir aussi, p. 809 : « Dans l’histoire de la tolérance, l’apparition des "Politiques" sous les derniers Valois, est sans nul doute un événement d’importance. Il ne saurait faire oublier que l’influence humaniste demeure et continue son action. Contrairement aux "Politiques", les humanistes ne réclament pas d’ordinaire la séparation effective du spirituel et du temporel. Ils n’acceptent pas non plus, comme un fait définitif, la coexistence des confessions rivales. Leur idéal reste toujours l’unité religieuse, le rapprochement des chrétiens divisés. Mais après l’échec des "colloques", en France et en Allemagne (1557-1561), ils savent bien désormais qu’il n’est guère possible de rétablir l’unité intégrale. Ils en arrivent à préconiser dès lors une forme particulière de tolérance que l’on appelle la "tolérance doctrinale" ou "ecclésiastique". La "tolérance civile" que réclamaient les Politiques n’était qu’une permission légale accordée à un culte dissident ; elle autorisait les diversité religieuses et culturelles sous condition de loyalisme sur le plan civil. La "tolérance ecclésiastique" maintenait le principe d’une certaine unité religieuse de l’Etat, mais elle ne demandait que l’adhésion à certains points ou "articles fondamentaux". Pour les autres, déclarés "non fondamentaux", les divergences demeuraient permises ; elles ne devaient pas rompre entre les chrétiens l’unité substantielle de leur foi. »

19 Arnaud de Solminihac, « Tolérer et Punir. La séparation du péché et du crime est-elle une manifestation de la tolérance ecclésiastique ? », ThéoRèmes, 19|2023.

20 Sophie Soccard, « Quelle place pour la tolérance ecclésiastique dans la doctrine lockienne ? », ThéoRèmes, 19|2023.

21 Alexis Verhassel, « La tolérance ecclésiastique au prisme du gallicanisme (1551-1563) », ThéoRèmes, 19|2023.

22 Pierre-Henri Vignoles, « Les Réflexions de l’abbé Baudrand : la dénonciation du tolérantisme », ThéoRèmes, 19|2023.

23 François Hou, « Entre intolérance théologique et tolérance universelle : le clergé patriote et la tolérance ecclésiastique (1789-1793) », ThéoRèmes, 19|2023.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Andy Serin, « La tolérance ecclésiastique : position et définition d’un concept moderne »ThéoRèmes [En ligne], 19 | 2023, mis en ligne le 19 avril 2024, consulté le 19 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/theoremes/14572 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/theoremes.14572

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Auteur

Andy Serin

EPHE-PSL et université Paris 1

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