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Paul Nougé

Nougé avant Nougé  : les albums Paulette

Geneviève Michel
p. 89-106

Texte intégral

  • 1 FS47/00182, de 1 à 85 pour le premier album, de 86 à 143 pour le deuxième et de 144 à 167 pour l (...)
  • 2 Le 29 décembre 1913  : «  Pour moi, retracer une journée, par écrit, est une chose bien pénible. (...)

1On trouve aux Archives et Musée de la littérature, à Bruxelles, les photocopies d’un manuscrit en trois parties répertoriées comme Premier Album, Deuxième Album et Troisième Album1. Les deux premiers sont des carnets intimes, où Paul Nougé et Paulette Deschamps consignent presque quotidiennement leurs états d’âme, et – surtout pour Paulette, car Nougé n’a guère de propension à se raconter par le menu2 – leurs faits et gestes entre le 16 novembre 1913 et le 11 février 1914. Ils se les échangent quand ils se voient. Le troisième album est un carnet de poésies de Paulette Deschamps, dans lequel Paul Nougé lui dédie trois textes, le dernier – qui clôt le carnet – étant daté du 30 août 1913.

2Ces albums n’ont guère été étudiés, si ce n’est par Olivier Smolders, qui a utilisé les deux premiers pour les données biographiques qu’ils renferment sur Paul Nougé. À les lire, on comprend vite la raison de cette désaffection  : il s’agit de déclarations passionnées, et en général assez convenues, de deux jeunes tourtereaux (Nougé avait 18 ans et Paulette 22 ans) qui viennent de se rencontrer, qui se découvrent petit à petit, et qui ne pensent qu’à se retrouver, à passer le plus de temps possible ensemble et à se marier au plus tôt. Rien de très original, ni dans la situation ni dans l’expression. Cependant, à côté de quelques mièvreries et de passages au style fleuri passablement daté, on y savoure la plume élégante et noire de Nougé, parfois exaltée, toujours convaincue, et surtout des passages qui annoncent le Nougé des expériences et de l’engagement, qui dénotent ses goûts et ses passions, et qui révèlent – discrètement – sa sensualité et son comportement vis-à-vis des femmes.

  • 3 En effet, Paulette, interrogée le 27 janvier 1969, précise bien que, «  au moment où il est deve (...)
  • 4 «  À propos de Lucienne  », dans La Vie aux amateurs, Bruxelles, Les Lèvres nues, 1992, p. 12-16 (...)

3Il ne s’agit pas ici de monter en épingle des ingénuités que Nougé lui-même récusait3. Marcel Mariën, qui devint son archiviste et son éditeur, n’en a pas moins publié deux des textes datant de cette époque4  ; il a toutefois négligé les carnets, qui restent inédits. Mon but ici est plutôt de relever, dans ce Nougé avant Nougé, quelques traits qui s’y trouvent en germe et qui prendront toute leur ampleur par la suite, tant dans ses écrits que dans sa vie. C’est un point de vue qui n’a pas encore été exploré, et qui peut apporter quelques éléments intéressants pour la compréhension de l’homme et du poète.

La musique

  • 5 Elle organisait des concerts chez elle, comme en témoigne Paulette le 21 décembre 1913  : «  Il (...)

4Paulette Deschamps, la future femme de Paul Nougé, chante et suit des cours de piano. Nougé, sans être musicien, est un mélomane averti, sans doute sous l’influence de sa mère5. La musique est clairement l’un des facteurs essentiels de leur attrait réciproque et il en est très souvent question dans leurs carnets. Ils se voient à des concerts et les commentent, comme le fait Nougé le 9 décembre 1913  :

[…] cette longue, cette désolante soirée d’hier.

Tu comprends comme moi tout ce qu’il y a de douloureux à entendre mutiler horriblement la sublime Musique, l’âme de notre âme, ma bien-aimée  !

5Nougé a pleinement confiance dans le jugement musical de son amie et sollicite son avis, comme ce 9 février 1914  :

  • 6 «  Choudat  » est le surnom amoureux que partagent les deux tourtereaux et qu’ils adjectivent se (...)

Je serai bien heureux de recueillir tes impressions du concert d’hier. Les avis des critiques sont extraordinairement partagés  ; pour que je puisse m’en faire une idée, tu le vois bien comme moi, la lumière de la grâce choudateuse6 m’est absolument nécessaire.

6Paulette ne mâche pas ses mots quand elle n’apprécie pas, comme ce 26 décembre 1913, bien qu’un mauvais concert soit toujours un bon prétexte pour se retrouver  :

Oh  ! la bonne soirée  ! En dépit du Rossini, du Verdi, de la cantatrice à l’oreille archi-fausse, de la pièce aux accents naïfs-stupides, en dépit de tout cela  : la bonne soirée  ! […] Ce cher cabaret artistique  !

7Il s’agit véritablement d’un intérêt partagé, d’une passion qui alimente leur passion amoureuse. Prenons un exemple parmi tant d’autres, cette remarque de Paulette le 26 janvier 1914  :

J’étais si contente de te voir, de voir et d’entendre Vincent d’Indy et sa divine musique, de goûter en même temps que toi cette gracieuse musique française.

8Le 24 décembre 1913, elle exprime très clairement ce sentiment partagé  :

Je suis si heureuse, mon bien-aimé, de t’entretenir ainsi, sans nulle contrainte, de tout ce que j’aime, de me livrer toute entière à toi par la voix de notre sainte musique.

Je sens qu’à chaque page, une même pensée nous unit, nous élève dans un même idéal, nous confond en un seul être et je suis saisie d’un bonheur inouï  : je pense à l’union de deux âmes.

  • 7 «  Depuis que je t’aime, mon Paulet, je ne puis jouer, chanter la vie de notre cher Beethoven sa (...)
  • 8 Bussy (Christian), op. cit., p. 10.

9Ils sont particulièrement émus par Beethoven7, sans doute aussi parce qu’en 1913, Nougé avait offert et dédicacé à sa bien-aimée La Vie de Beethoven de Romain Rolland8. On trouve plusieurs allusions à ce musicien dans leurs carnets. Les autres musiciens qu’ils disent apprécier à cette époque sont César Franck, Richard Wagner et Frédéric Chopin.

  • 9 Bussy (Christian), op. cit., p. 6.
  • 10 Bussy (Christian), op. cit., p. 11. Selon Paulette, ce poème faisait partie de la pièce Le Desso (...)

10Après leur mariage (le 17 février 1915), Nougé demande à Paulette de chanter certains des textes qu’il a écrits  ; elle raconte qu’elle chanta au téléphone pour Odilon-Jean Périer9 et qu’elle interpréta «  L’Escalier comptait ses marches  » de toutes les façons, la dernière étant celle de L’Internationale, à l’occasion du Concert suivi d’un spectacle donné au théâtre Mercelis, à Ixelles, le 2 février 192610.

  • 11 Bussy (Christian), op. cit., p. 3.

11Avant de rencontrer Paulette, Nougé avait déjà été fasciné par une autre cantatrice, bien plus célèbre, Georgette Leblanc, à laquelle il fit un chemin de fleurs après être allé voir Marie Magdeleine, de Maeterlinck, à La Monnaie11.

12D’autres musiciennes croisèrent sa vie, qu’elles fussent ses maîtresses ou ses inspiratrices.

  • 12 Nougé (Paul), Esquisse d’un hymne à Marthe Beauvoisin, Bruxelles, Les Lèvres nues, 1970, p. 16   (...)

13La chanteuse belge Yvonne George, qu’a tant aimée Robert Desnos, fut sa maîtresse en même temps que celle de sa deuxième femme12.

  • 13 AP  : Nougé (Paul), Au palais des images les spectres sont rois. Écrits anthumes 1922-1967, éd. (...)
  • 14 Wangermée (Robert), La Musique est dangereuse, Bruxelles, Didier Devillez, 2001, p. 124, note 10

14En 1927, il dédie une chanson, «  Dieu vous garde  » (AP13, p. 651), à la cantatrice Évelyne Brélia, épouse de Fernand Quinet, directeur du conservatoire de Charleroi14.

  • 15 Nougé aurait voulu une récitation musicale qui amplifie le sens du texte, dans le même genre que (...)
  • 16 Mariën (Marcel), op. cit., p. 177,183-184, 201 et 271.

15Cette même année, il compose plusieurs chansons et des textes destinés à être mis en musique par André Souris. Ce dernier s’en acquitte ou pas, inquiet qu’il est d’être à la hauteur des exigences de son ami. Il n’a jamais achevé la musique de La Messagère (AP, p. 527-533), long poème défini comme «  paroles de femme sur petit fond d’orchestre  »15. En revanche, il a mis en musique Quelques écrits et quelques dessins de Clarisse Juranville (AP, p. 63-70), pièce qui sera inscrite par deux fois aux concerts Pro Arte, en 1928 et en 1930, avec Lily Djanel et Lucienne Tragin comme cantatrices, et qui sera jouée lors de la Conférence de Charleroi le 20 janvier 1929, ainsi qu’à l’ouverture de l’exposition surréaliste de La Louvière le 13 octobre 193516. Ce sont toujours des voix de femmes qui sont sollicitées.

  • 17 Nougé (Paul), Les Cartes transparentes, Bruxelles, Les Lèvres nues, 1972. Claude Sluys a raconté (...)
  • 18 AP, p. 686-688. Les enregistrements des chansons écrites par Nougé ont malheureusement disparu. (...)

16En 1952, à une époque particulièrement sombre de sa vie, Nougé fréquente Claude Sluys, le fils de son ami le docteur Sluys, qui lui présente la chanteuse Barbara et sa pianiste, Éthéry Rouchadzé, une jeune Géorgienne venue en Belgique à l’occasion du concours Reine Élisabeth de piano. Claude organise pour les deux jeunes femmes des concerts auxquels Nougé assiste la plupart du temps. À la fin du spectacle, les deux hommes rédigent sur des cartons de bière de courts poèmes à quatre mains célébrant Éthéry. Ils sont certes amoureux des deux musiciennes (peu après, Claude Sluys épousera Barbara avant de l’accompagner à Paris), mais il s’agit surtout d’un jeu littéraire à la manière des troubadours qui célébraient la femme aimée. Marcel Mariën a publié ces courts poèmes, réunis sous un titre inspiré de Paul Éluard, Les Cartes transparentes17. Nougé écrit aussi plusieurs chansons pour Barbara18.

17L’attrait qu’éprouvait Nougé pour la musique et pour les voix de femmes fut donc à l’origine de son premier mariage et ne s’est jamais démenti par la suite. N’oublions pas non plus le texte fondamental de la Conférence de Charleroi, qui est entièrement consacré au pouvoir de la musique, ni cette note datant du 17 août 1941 :

  • 19 Nougé (Paul), Journal (1941-1950), Bruxelles, Didier Devillez, 1995, p. 55.

Ma confidence la plus profonde, la plus secrète  : j’ai toujours pensé et construit ma pensée d’une manière musicale. Cela va fort loin. […] Il n’y a sans doute qu’A[ndré] S[ouris] pour m’entendre19.

La relation amoureuse

18La rencontre entre Paul et Paulette a lieu au mois d’août 1913, comme cette dernière en témoigne le 31 décembre de la même année  :

Dernier jour de l’année 1913.

Cette chère année, inoubliable qui me fit connaître, l’un de ses jours – un du mois d’août – un certain monsieur Paul Nougé qui devait se transformer peu de temps après en ami, en cousin, et petit à petit en Choudat aimé, bien-aimé, très aimé, éternellement aimé.

19Dans les carnets échangés par les deux amoureux, nous découvrons un Nougé un peu timide au début. Paulette attend qu’il se déclare, quand le 19 novembre  :

L’autre soir que nous sommes restés à deux dans la salle à manger, j’ai enfin entendu un  : je t’aime bien, très vite et ensuite un  : je t’aimerais toujours, très sincère – je le sentais et pourtant je n’y croyais pas.

20Passionnément amoureux, il est aussi torturé et jaloux, et lorsque la tante de Paulette lui parle des prétendants de sa nièce, il souffre le martyre, jusqu’à ce que sa belle parvienne à le rassurer  :

[…] le voile déchiré par les griffes de la jalousie et ma passion m’apparaissant dans toute sa force. (22 novembre 1913)

La jalousie – le monstre terrible qui m’a étreint, qui m’a broyé, qui m’a jeté à tes pieds pantelant et pleurant ma douleur – la bête immonde a fui pour jamais devant l’ineffable lumière de tes yeux. (5 décembre 1913)

21À mesure que Nougé prend de l’assurance dans la relation, son écriture se libère des poncifs de l’époque, bien qu’il ait souvent recours à des adjectifs convenus («  divin  », qui revient fréquemment sous sa plume, ou «  clair  », «  pur  », «  bon  »), comme dans cette déclaration vibrante du 5 décembre 1913  :

Je crois en toi, ma Paulette.

Je crois en tes yeux, clairs comme l’eau qui jaillit des sources profondes  ; en tes yeux aimants – doux comme des reflets de perles que la lune caresse de sa clarté calme et bleue.

Je crois en ta voix, harmonieuse comme un son de harpe – joyeuse comme le chant d’une cloche de fête, et qui berce et endort toutes mes souffrances.

Je crois en ton visage, en la divine eurythmie de ton visage – pour moi, reflet merveilleux de la vie prodigieuse du monde.

Je crois en ta pensée, claire comme le cristal le plus pur – infiniment bonne.

Ma Paulette, je crois en toi – dans la vie – dans la mort – pour l’éternité.

22que l’on pourrait comparer à la Chanson naïve de Paul Cornez (mais qui donc est ce Paul Cornez  ?) que Nougé transcrit dans le carnet de poésies de sa bien-aimée  :

Vous êtes belle comme un jardin,

Un tout petit jardin fleuri,

Tant fleuri de rose et d’iris

Et de muguet et de jasmin  ;

Que l’on n’aperçoit plus pelouses, ni parterres,

Ni sentiers, ni chemins,

Ni même, sous les fleurs, la terre…

Vous êtes belle comme une aurore,

Une aurore d’avril ou de mai,

Tant faite de lumière et d’or

Et de rayons et de clartés,

Que l’on n’aperçoit plus la forme du soleil,

Ni l’horizon d’azur sonore,

Ni même, par delà la lumière, le ciel…

Vous êtes belle comme l’espoir,

Comme l’espoir qui fait ma vie

Tant lumineuse et tant fleurie

Rien qu’à vous voir,

Que je n’aperçois plus à travers ce que j’aime

Ni mon désir, ni mon devoir,

Et que j’existe en vous et ne suis plus moi-même…

23Tout en faisant l’éloge de sa beauté et de son charme, Nougé s’occupe aussi de l’éducation littéraire et scientifique de son aimée, à qui il n’a cependant rien à apprendre en matière de musique.

Pygmalion

  • 20 Smolders (Olivier), op. cit., p. 80.

24Dans une interview accordée à Olivier Smolders en 1991, Claude Sluys raconte que Nougé avait une nette tendance au «  pygmalionisme  » avec sa deuxième femme20. Cette tendance est déjà bien visible dans les carnets échangés avec Paulette. Dès le 19 novembre, il tente de lui faire partager son enthousiasme pour la science  :

On se fait une bien fausse idée de la science.

Elle n’est ni inaccessible ni aride, et pour celui qui y a goûté une fois, elle devient aussi passionnante que l’Art même.

Comme lui, elle embrasse la Beauté, et si pour la saisir par elle il faut des efforts plus grands, on la possède aussi sous une forme plus pure.

Combien de joie j’aurai à te faire voir cela  !

25Le 6 décembre 1913, enthousiasmé par la lecture de Poincaré, il copie de larges extraits sur la vérité pour les partager avec son aimée, qui s’empresse de «  méditer les belles pages transcrites  »  :

J’ai relu bien des pages d’un grand savant, d’un admirable penseur – le plus puissant peut-être qui fut depuis l’antiquité – Henri Poincaré.

Comme tu comprendras, comme tu aimeras les pages que je transcris ici pour toi.

26Ce n’est pas seulement sa passion pour la science qu’il souhaite partager, mais aussi celle pour la poésie. À une époque où n’existe aucun moyen de reproduction à la portée de tous, Nougé prend l’habitude de copier les textes qu’il apprécie et qui l’intéressent. Le 23 novembre 1913, il transcrit des passages de l’Invitation au voyage, de Baudelaire, en pensant à leur futur foyer  ; puis, le 15 décembre, une chanson d’Anatole France inspirée de saint François d’Assise  :

Je vous louerai, mon Dieu, d’avoir fait aimable et clair

Le monde où vous voulez que nous attendions de vivre

Vous l’avez semé d’or, d’émeraude et d’outremer

Comme un peintre qui met des peintures dans un livre.

Je vous louerai d’avoir créé le seigneur Soleil,

Qui luit à tout le monde, et de l’avoir voulu faire

Aussi beau qu’il est bon, très digne de vous, vermeil,

  • 21 France (Anatole), Le Lys rouge, Paris, Calmann-Levy, 1894, p. 289.

Splendide et rayonnant, en forme exacte de sphère. […]21

  • 22 Il semble qu’il s’agit de l’auteur, avec Pierre Mac Orlan, de La Glace à deux faces (Paris, Arth (...)

27L’on s’étonne de voir Nougé-le-mécréant citer ce poème aux accents résolument catholiques. Il ne s’en souvient pas moins en 1953, lorsqu’il rédige avec Claude Sluys les légendes commandées par le photographe Michel Cot22 pour un album de photographies  :

Et malgré tout

le soleil

luit pour tout le monde

(AP, p. 702)

28Il recommande à Paulette Camille Lemonnier et sa Chanson du carillon, qu’ils découvrent ensemble. Les auteurs qui l’inspirent et dont il voudrait égaler le talent sont Émile Verhaeren et Maurice Maeterlinck. De Verhaeren, il lit à Paulette Les Heures claires, après lui avoir dédié, le 30 août 1913 dans son carnet de poésies, «  Plus loin que les gares, le soir  », un poème extrait du recueil Les Multiples Splendeurs. Les trois textes du carnet de poésies sont révélateurs de l’évolution de leurs rapports  : d’abord un texte de Romain Rolland en hommage à la musique, fondement de leur relation  ; ensuite le poème frais et très fleur bleue de ce mystérieux Paul Cornez pour célébrer les atouts de la belle  ; enfin, le poème de Verhaeren «  Plus loin que les gares, le soir  », qui correspond véritablement à ses goûts de l’époque en matière de poésie. Jeune et amoureux, il se contente de transcriptions littérales, sans encore penser aux «  imitations perverses  » et rusées qui constitueront par la suite l’essentiel de ses écrits.

29Il emmène Paulette au théâtre des Galeries, et à des conférences, notamment, le 20 janvier 1914, à celle de son professeur et ami Léon Guinet, et il lui parle de celle de Laurent Tailhade, à laquelle il a assisté le 11 décembre 1913  :

Ma chère Paulette,

comme j’aurais voulu que tu entendes la merveilleuse conférence de Laurent Tailhade  !

Comme ma bien-aimée aurait admiré cette pensée prodigieuse de vie, et rayonnant de ce vieillard au cœur si jeune.

30Paulette, qui doit sans doute ignorer que Laurent Tailhade est anarchiste, libertaire, anticlérical et provocateur, lui est reconnaissante de ces ouvertures sur le monde des arts et des lettres, et lui répond le 3 janvier  :

Mais tu sais, je suis toujours avide de diversions  ; je voudrais connaître, goûter tous les genres de livres – les bons bien entendu  ; toutes les musiques, voir avec toi tant de choses  !

31Sauf que pour Nougé, les livres et la musique ne sont certainement pas des diversions, mais constituent la substance même de la vie. N’empêche que, le 7 février, nous trouvons un écho enthousiaste à ces propos  :

Nous nous comprenons si merveilleusement, ma Paulette, ma petite sœur spirituelle.

«  Le tourbillon de la vie… tous les livres… toutes les musiques.  »

Oui, la Vie ne vaut que par l’Amour, par l’Art et par la Science.

Tout cela est à nous, sera à nous.

32S’il joue gentiment et discrètement au Pygmalion avec Paulette, sa forte personnalité et sa grande culture ne feront au fil du temps que renforcer son influence sur ses proches, sur ses deux autres épouses, Marthe et Reine, bien sûr, mais aussi sur ses complices, qu’il marqua de façon indélébile  : Camille Goemans et Marcel Lecomte pour l’esprit de la revue Correspondance  ; André Souris, qui a sérieusement compromis sa carrière musicale pour mettre en application les préceptes de son ami  ; Magritte, qui ne serait sans doute pas Magritte sans l’influence de Nougé  ; sans oublier Marcel Mariën, son ami et héritier spirituel, qui n’a jamais trahi son message.

L’érotisme

33À l’époque des carnets, Nougé est un jeune amoureux transi, obligé de respecter les règles de bienséance pour conquérir son aimée et arriver à ses fins, ou plutôt à leurs fins, autrement dit se marier. Sa sensualité s’exprime néanmoins dans les détails et si Paulette insiste sur la communion des âmes, Nougé s’émeut de la proximité des corps  :

Pourquoi ne pas pouvoir revivre une soirée comme celle que nous venons de passer blottis l’un contre l’autre, emportés par la volonté toute-puissante, par l’exaltation magnifique de vrais artistes  !

Moments inexprimables. (22 novembre)

Par des jours comme ceux-ci qu’il serait bon, la nuit tombée, de rêver devant l’âtre qui flambe – à deux, ta tête sur mon cœur. (23 novembre 1913)

les divins instants alors que nous étions assis si près l’un de l’autre, si près. (25 décembre 1913)

Ô les merveilleux baisers, dans cette douceur de printemps  ! (8 février 1914)

  • 23 «  Extraits de minutes de l’an trente  », dans L’Entrefaite, Bruxelles, Les Lèvres nues, 1987, p. (...)
  • 24 Smolders (Olivier), op. cit., p. 72-73.
  • 25 «  Je ne peux pas faire autrement  », disait-il. La plupart des femmes de ses amis devinrent ses (...)
  • 26 Paulette raconte quelques détails touchants qui le démontrent (le jour où il la voit avec son no (...)

34Après avoir emporté le consentement du père de Paulette, qui rêvait pourtant d’un meilleur parti pour sa fille, ils se marient, mais, peu à peu, le caractère fort et torturé de Nougé prend le dessus. La vie tranquille ne le satisfait pas, il a des maîtresses. À la lecture des minutes du jugement de leur divorce23, l’on s’étonne de la méchanceté de Nougé à l’égard de sa femme. Il faut cependant savoir qu’il a orchestré lui-même ce divorce, acceptant de prendre la faute sur lui et encourageant son épouse à le charger au maximum pour qu’elle ait gain de cause24, ce qui montre déjà la ruse et la duplicité, mais aussi la générosité, qui le caractériseront par la suite. Les faits qui sont reprochés au mari lors du jugement sont les suivants  : tout d’abord un caractère violent et irascible dès le début du mariage, ainsi qu’une jalousie maladive  ; à partir de 1922, il prend une maîtresse, qu’il accueille chez lui, et il découche fréquemment  ; puis ce sera une autre25, jusqu’au Concert suivi d’un spectacle, où il rencontre Marthe Beauvoisin. C’est à ce moment-là que la rupture devient définitive, même si Nougé a du mal à renoncer à sa première épouse, pour laquelle il gardera toujours un sentiment de tendresse26. Il continue à la voir, à l’insu de Marthe, jusqu’à ce qu’elle se remarie avec Dimitri Woronoff, un musicien d’origine russe. Il lui préfère cependant Marthe, pour son caractère fantasque, et surtout pour sa sensualité et sa désinhibition totale sur le plan sexuel.

35Cette forte sensualité transparaît dans ses écrits, à travers ses textes érotiques (Le Carnet secret de Feldheim, La Chambre aux miroirs, Georgette, Esquisse d’un hymne à Marthe Beauvoisin) et ses Notes sur l’érotisme, mais aussi dans sa poésie. Qu’il s’agisse de la sensualité à fleur de peau d’Ébauche du corps humain  :

MAIS

au fond

des

CHAIRS ROUGES

se meut

agile

un

fin

SQUELETTE

de

LUMIÈRE.

LES ÉPAULES

les bras

et les

mains

sur les

seins

rouges

de l’amour.

(AP, p. 349)

36de la sensualité féminine  :

Miroir magique dépoli

………………….

Tes bras ronds

Ton cou rond

Ta lèvre gonflée qui tremble.

(AP, p. 361)

Seins qui pointent au gré d’une respiration légère sous la soie,

jeux de l’air calme dans ces corps endormis qui font et défont la provocation de leurs formes mêlées,

perspective vertigineuse des jambes des bras singulièrement noués,

où fuit où meurt cette hanche

et ce parfum secret qui t’affole

sombre ou rose

elle ou l’autre

qui s’abandonne  ?

(AP, p. 677)

Langue pour langue,

qu’en penses-tu  ?

[…]

Couteau pour couteau,

je préfère

ton sourire.

[…]

Toucher le

tranchant de tes

ongles

et l’extrême de tes

cils

[…]

ô

mordre la phalangette

de ton auriculaire

gauche

[…]

Autour de

ton cou blanc

le collier de

mes mains nues

[…]

Je te regarde

de tous mes doigts

[…]

Dormir

dormir

au long de toi

(AP, p. 293-300)

37Les écrits poétiques de Nougé ne nous laissent que l’embarras du choix.

Idées et caractère

  • 27 Smolders (Olivier), op. cit., p. 42.

38Dans les carnets, Nougé parle souvent de culture, mais guère d’idées et pas du tout de politique. En 1913, il poursuit sa formation et fréquente l’Université nouvelle de Bruxelles, créée en réaction contre l’Université libre de Bruxelles, considérée comme trop doctrinaire. On y rencontre beaucoup d’étrangers et surtout pas mal d’anarchistes, comme Élisée Reclus, qui y donna cours. Nougé, lui, suit les cours de cosmographie de Paul Reclus, neveu du grand géographe, ainsi que les cours de biologie générale de Léon Guinet, tous deux anarchistes convaincus. Une relation étroite s’établit avec ce dernier, qu’il voit fréquemment et à qui il présente sa future femme27. Paulette fait allusion à lui à plusieurs reprises dans les carnets, sans jamais évoquer ses idées politiques.

39Ce dont il est question en revanche dans les carnets, ce sont des convictions religieuses de Nougé. Les deux amoureux se voient à la messe le dimanche, où ils chantent des cantiques, et bientôt Paulette interroge son Paulet sur ses convictions, qui sont à l’opposé des siennes. Le 6 décembre, elle minimise cette différence  :

Nous avons soulevé hier, chez Tante, une question qui m’a dévoilé l’idéal de mon Paulet  ; tu crois que je le comprends mal  ? mais non  ; je savais ce que tu allais dire.

Avant de te connaître […] je me rappelle avoir causé de toi, un soir, avec Moe-  ; il m’énonçait tes idées athées après avoir fait toutes [sic] tes éloges.

Tu n’étais qu’un étranger pour moi et cela m’émouvait un peu tout de même. Peu à peu j’ai connu, j’ai pu approfondir tes idées et j’ai pu constater oh  ! Bonheur qu’elles n’étaient pas aussi terribles qu’elles m’étaient apparues tout d’abord.

40D’autant que, pour voir sa belle, Nougé est prêt à faire quelques entorses à son athéisme. Il fait même montre d’un enthousiasme quasi religieux le jour où Paulette lui annonce – à l’église et le jour de Noël – la bonne nouvelle  : son père a fini par consentir à leur mariage.

Noël  ! Christ est né et la paix descend sur le monde.

La paix et la joie.

Oh  ! Ma bien-aimée, comme le souvenir de cette douce matinée chante dans mon âme  !

L’église claire, vibrante de musique glorieuse… et dans la foule, tout à coup, les yeux adorés qu’illumine un gai sourire  ; et puis les bonnes paroles, la nouvelle si inespérée, si merveilleuse…

41Quelques jours plus tard, le 29 décembre, il se justifie en quelque sorte, essayant de ne pas effrayer Paulette, sans trahir ses convictions  :

Ma Paulette chérie, il faut bien le dire que rien au point de vue philosophique ou religieux ne pourrait même faiblement nous désunir.

En apparence nos croyances diffèrent (je dis en apparence, peut-être un jour comprendras-tu pourquoi)

Nos croyances diffèrent, mais qu’importe  !

Tu sais bien que je ne suis pas un sceptique, ma bien-aimée.

J’ai plus de foi que les plus fervents chrétiens.

Je ne suis pas de parti pris et toujours prêt à reconnaître une erreur si on me démontre que je me trompe.

42Et il poursuit, quelque peu sophiste  :

Nos idées ne nous appartiennent pas  ; elles s’imposent à nous, elles sont au-dessus de nous, inaccessibles à notre volonté.

On ne peut les renier sans se tromper soi-même, sans s’avilir.

  • 28 Cette remarque fait écho à la troisième strophe de la Chanson naïve de Paul Cornez.

Sinon tu sais bien n’est-ce pas, qu’il y a longtemps qu’elles t’auraient été sacrifiées, à toi que j’aime au-dessus de tout28.

Et puis, souviens-toi,

Christ a dit  : «  Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.  »

Ma bien-aimée, je suis de bonne volonté.

43Et hop, le tour est joué, la citation de l’Évangile justifie le mécréant  ! Ce n’est pas la dernière fois que Nougé utilise les arguments de l’adversaire pour arriver à ses fins. Par la suite, plus à l’aise dans sa relation, il en plaisante, lorsque, le 8 février, il raconte son escapade à Vilvorde  :

Avant de commencer ma course à travers la campagne, je me suis rendu à l’église.

Tu souris, ma chérie, tu ne te doutais peut-être pas que ton vieux mécréant était un véritable pilier de cathédrale  !

Quel que soit le lieu nouveau que j’aborde, c’est toujours vers les églises que vont mes premiers pas. […] Comme il est bon de se recueillir là pour écouter la voix de Dieu – du Dieu caché qui est en nous  !

44Le 25 décembre, dans l’enthousiasme de l’acceptation de sa demande en mariage, il révèle un caractère fort et sûr de lui  :

Je ne me cachais pas qu’à ses yeux [ceux du père de Paulette] je ne pouvais sembler qu’un bien piètre mari pour sa Paulette – car il ne faut pas oublier que le meilleur cerveau et le plus grand courage ne remplaceront jamais de bonnes rentes.

[…]

N’oublie pas que j’ai l’orgueil de faire de la vie un beau rêve de bonheur, où il n’y aura pas place pour la douleur et les larmes.

Ne penses-tu pas que je suis assez fort pour cela  ?

45toujours prêt au combat  :

Et je sais que rien ne rend plus puissant, ne trempe plus fortement l’amour que la lutte côte à côte alors que l’on est jeune, qu’on sent gronder en soi un torrent de force – car lutter c’est vivre  ; car la vie sans la lutte, c’est la mort anticipée.

46Il s’agit dans ce cas de la lutte pour son amour, pour obtenir la permission paternelle de se marier d’abord, puis de la lutte pour la survie et le confort de sa femme, comme il le dit un peu plus loin  :

Par mon travail, par mon seul travail, je suis sûr de pouvoir dans un avenir prochain soutenir notre ménage.

47Et pourtant, en dépit de cette apologie de la lutte, Nougé n’a jamais mené son combat que dans l’ombre et de façon biaisée  : il n’a signé que très peu de ses écrits, il n’a combattu dans aucune guerre, sa pensée n’a jamais exercé qu’une influence indirecte, même s’il a marqué profondément tous ceux qui l’ont connu et fréquenté. Par contraste, on est surpris de le voir évoquer son manque de confiance en lui dans son Journal, bien plus tard, en 1941  :

  • 29 Nougé (Paul), Journal, Bruxelles, Didier Devillez, 1995, p. 23. C’est moi qui souligne.

([…] un souci trop aigu de la perfection, d’un absurde définitif, me paralyse et me fait gaspiller mon temps et mes forces en d’obscurs travaux d’approches qui me donnent l’illusion du travail véritable tout en flattant ma paresse et mon manque de confiance en moi.)29

48Sévérité excessive envers lui-même, ou sincérité et lucidité de la maturité  ?

49Cette force de la jeunesse, elle s’exerce tout autant dans le négatif, comme on le voit dans les minutes du procès en divorce. Paulette avait détecté assez vite le contraste entre la face solaire et la face obscure de son futur mari. Dès le 26 janvier, elle relève, surprise  :

Et puis tu m’as dit  : Les femmes ne valent pas la peine d’être tant aimées… Était-ce pour moi cette phrase charmante  ?

50Le 11 février, elle est assez à l’aise dans la relation pour lui dire  :

Mais je déteste les airs ténébreux qui cachent des tas de choses lugubres, hou  ! Panier  !

J’adore un Paulet qui laisse lire, qui dit tout ce qu’il pense.

51Nougé en est lui-même bien conscient, puisqu’il écrit la veille  :

Ce soir j’ai été âpre, méchant et stupide.

52Le 7 février, il rend compte dans son carnet d’un mois d’idées noires qui lui ont fait déchirer toutes les pages qu’il avait écrites  :

Et en lisant, j’ai vu se former devant moi une vision tourmentée, l’image désolée d’un Être qui n’était pas moi, qui ne pouvait jamais avoir été moi.

53Il met cet état d’esprit négatif sur le compte de la fatigue et de la solitude, qui génèrent en lui la jalousie et le soupçon  :

Mais songe alors aux soirs où il faut rentrer chez soi tout seul, après une journée loin de toi, le cerveau brisé, l’âme déréglée par la fatigue et débordante de la nostalgie immense de la Bien-Aimée. […]

La plus absurde supposition prend corps et devient une certitude. Un mot, un geste interprété par la raison troublée prend une signification qui remplit l’être d’horreur.

  • 30 Michel (Geneviève), op. cit., p. 363-373.

54Paulette devra bientôt supporter les conséquences négatives de son choix  : celui d’avoir épousé un homme génial et brillant, à l’esprit torturé et insatisfait, et terriblement exigeant envers lui-même. Quant à Nougé, c’est bien plus tard, après la Deuxième Guerre mondiale, suite à plusieurs déceptions politiques, poétiques et personnelles, qu’il sera brisé par cette noirceur de caractère30.

55Ces carnets, anodins au premier abord, renferment néanmoins quelques détails qui permettent de saisir avec davantage de nuances et de profondeur les idées et les traits de caractère que Nougé, par ruse et par stratégie, prendra soin de dissimuler par la suite pour agir avec davantage d’efficacité. On comprend mieux, à la lecture de ces lignes de jeunesse, comment il a pu permettre et même encourager, de façon passablement masochiste, l’influence néfaste que sa deuxième femme a exercée sur lui. On comprend mieux la puissance de son caractère et de l’influence qu’il a exercée sur ses complices. On constate aussi que les grandes voies qui ont orienté sa vie se dessinent très tôt et on ne peut qu’admirer le fait qu’il n’en ait jamais dévié  : son amour de la science, qu’il utilisera comme méthode  ; son attrait pour la poésie, qu’il choisira comme moyen d’action privilégié  ; et ses convictions politiques, qui le font œuvrer à la transformation du monde. Ces dernières n’apparaissent qu’en filigrane, car il n’en parle jamais à Paulette, mais ses fréquentations parlent pour lui, en dépit d’une façade bien-pensante et quasi religieuse, soit purement stratégique, soit peut-être influencée par le milieu et l’air du temps. Notons cependant qu’à l’époque de ces carnets, il est proche de l’anarchisme, mais que, suite à la révolution d’Octobre, c’est vers le communisme qu’il se tournera. On comprend mieux également la désillusion de ses dernières années, lorsqu’il s’est rendu compte que les combats de toute une vie n’ont pas produit les effets escomptés.

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Notes

1 FS47/00182, de 1 à 85 pour le premier album, de 86 à 143 pour le deuxième et de 144 à 167 pour le troisième.

2 Le 29 décembre 1913  : «  Pour moi, retracer une journée, par écrit, est une chose bien pénible. Je suis presque incapable d’endiguer le torrent de pensées et de sensations qui s’échappe de l’heure qui passe. / Et la lutte contre la phrase rebelle, contre le mot qui se dérobe…  »

3 En effet, Paulette, interrogée le 27 janvier 1969, précise bien que, «  au moment où il est devenu surréaliste, Nougé détruisit par le feu – "un autodafé" – tout ce qu’il avait écrit étant jeune.  » (Bussy (Christian), «  Traces de Paul Nougé II  », dans Le Temps nécessaire, Bruxelles, Les Lèvres nues, 1993, p. 5)

4 «  À propos de Lucienne  », dans La Vie aux amateurs, Bruxelles, Les Lèvres nues, 1992, p. 12-16  ; «  Fête  », dans La Reposée, Bruxelles, Les Lèvres nues, 1992, p. 4-7.

5 Elle organisait des concerts chez elle, comme en témoigne Paulette le 21 décembre 1913  : «  Il a fait soleil toute la journée mais le soir a été radieux. Sa maman donnait une soirée musicale qui fut réussie en tous points.  » Madame Nougé aurait d’ailleurs exercé une influence déterminante sur son fils  : «  La mère de Nougé était très intelligente, son langage était châtié, elle possédait de très hautes qualités morales que Nougé a prises sous son influence.  » (Bussy (Christian), op. cit., p. 5)

6 «  Choudat  » est le surnom amoureux que partagent les deux tourtereaux et qu’ils adjectivent selon les besoins.

7 «  Depuis que je t’aime, mon Paulet, je ne puis jouer, chanter la vie de notre cher Beethoven sans frémir, sans ressentir une profonde émotion où ton image est toujours mêlée.  » (29 décembre 1913)

8 Bussy (Christian), op. cit., p. 10.

9 Bussy (Christian), op. cit., p. 6.

10 Bussy (Christian), op. cit., p. 11. Selon Paulette, ce poème faisait partie de la pièce Le Dessous des cartes, or ce n’est pas le cas  : il s’agit du premier poème de Faits divers, l’une des petites pièces qui précédaient Le Dessous des cartes lors du Concert suivi d’un spectacle, comme on peut le lire sur le carton d’invitation publié dans Mariën (Marcel), L’Activité surréaliste en Belgique (1924-1950), Bruxelles, Lebeer Hossmann, coll. Le Fil rouge, 1979, p. 93. Sur ce carton, on remarque également que Paulette Deschamps et Marthe Beauvoisin participaient toutes deux à la pièce. C’est à cette occasion que Nougé rencontra sa deuxième épouse.

11 Bussy (Christian), op. cit., p. 3.

12 Nougé (Paul), Esquisse d’un hymne à Marthe Beauvoisin, Bruxelles, Les Lèvres nues, 1970, p. 16  : «  Il y a aussi Yvonne George que j’ai tant aimée / qui t’a appris à pisser dans les lavabos / avec qui tu regardais baiser la putain d’en face / Yvonne que tu as sucée / – moi aussi je l’ai sucée – / ô Yvonne / vieille bête / grande vie perdue  ».

13 AP  : Nougé (Paul), Au palais des images les spectres sont rois. Écrits anthumes 1922-1967, éd. G. Michel, Paris, Allia, 2017.

14 Wangermée (Robert), La Musique est dangereuse, Bruxelles, Didier Devillez, 2001, p. 124, note 10.

15 Nougé aurait voulu une récitation musicale qui amplifie le sens du texte, dans le même genre que le Pierrot lunaire de Schoenberg. (Wangermée (Robert), op. cit., p. 115-117)

16 Mariën (Marcel), op. cit., p. 177,183-184, 201 et 271.

17 Nougé (Paul), Les Cartes transparentes, Bruxelles, Les Lèvres nues, 1972. Claude Sluys a raconté cette expérience dans un entretien inédit avec Frans De Haes, dont l’enregistrement est conservé aux Archives et Musée de la littérature (MLPI 01947).

18 AP, p. 686-688. Les enregistrements des chansons écrites par Nougé ont malheureusement disparu. Une fois à Paris, Barbara lui en réclame d’autres, préférant celles de Nougé à celles que lui propose Raymond Queneau. Elle décide finalement d’écrire elle-même ses propres chansons. (Wangermée (Robert), op. cit., p. 193-196. Smolders (Olivier), Paul Nougé. Écriture et caractère. À l’école de la ruse, Bruxelles, Labor, coll. Archives du futur, p. 180-182. Michel (Geneviève), Paul Nougé. La poésie au cœur de la révolution, Bruxelles, PIE-Peter Lang, 2011, p. 363-373.)

19 Nougé (Paul), Journal (1941-1950), Bruxelles, Didier Devillez, 1995, p. 55.

20 Smolders (Olivier), op. cit., p. 80.

21 France (Anatole), Le Lys rouge, Paris, Calmann-Levy, 1894, p. 289.

22 Il semble qu’il s’agit de l’auteur, avec Pierre Mac Orlan, de La Glace à deux faces (Paris, Arthaud, 1957), ainsi que de photographies de Boris Vian. Reste à savoir comment ce photographe est entré en contact avec Claude Sluys.

23 «  Extraits de minutes de l’an trente  », dans L’Entrefaite, Bruxelles, Les Lèvres nues, 1987, p. 10-16.

24 Smolders (Olivier), op. cit., p. 72-73.

25 «  Je ne peux pas faire autrement  », disait-il. La plupart des femmes de ses amis devinrent ses maîtresses. (Bussy (Christian), op. cit., p. 10.)

26 Paulette raconte quelques détails touchants qui le démontrent (le jour où il la voit avec son nouveau mari et, bien plus tard, lors d’une rencontre fortuite, lorsqu’il constate qu’elle porte toujours la bague de fiançailles qu’il lui avait offerte. (Ibid., p. 10-11)) et qui confèrent une certaine perspective à leurs serments d’amour éternel.

27 Smolders (Olivier), op. cit., p. 42.

28 Cette remarque fait écho à la troisième strophe de la Chanson naïve de Paul Cornez.

29 Nougé (Paul), Journal, Bruxelles, Didier Devillez, 1995, p. 23. C’est moi qui souligne.

30 Michel (Geneviève), op. cit., p. 363-373.

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Pour citer cet article

Référence papier

Geneviève Michel, « Nougé avant Nougé  : les albums Paulette »Textyles, 66 | 2024, 89-106.

Référence électronique

Geneviève Michel, « Nougé avant Nougé  : les albums Paulette »Textyles [En ligne], 66 | 2024, mis en ligne le 16 avril 2024, consulté le 15 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/textyles/6622 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/textyles.6622

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Geneviève Michel

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