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AccueilNuméros66Paul NougéRéécrire ou traduire Baudelaire

Paul Nougé

Réécrire ou traduire Baudelaire

L’expérience équivoque de Paul Nougé
Clément Dessy
p. 75-88

Texte intégral

  • 1 Voir Eigeldinger (Marc), «  André Breton, lecteur de Baudelaire  », dans Europe, vol. 70, n°  760 (...)
  • 2 Steinmetz (Jean-Luc), op. cit., p. 113.
  • 3 Breton (André), Manifeste du surréalisme, dans Œuvres complètes, éd. par Marguerite Bonnet, t. I, (...)

1Le surréalisme français a entretenu des sentiments ambigus à l’endroit de Charles Baudelaire1. Breton, qui aurait pourtant connu dans le détail le recueil des Fleurs du Mal2, ne cite pas toujours le poète au fronton de ses nombreux panthéons surréalistes. En voyant en lui un «  surréaliste dans la morale3  », Breton l’exclut implicitement du mouvement sur d’autres plans. À Baudelaire, Breton préfère nettement Rimbaud, et surtout, Lautréamont.

  • 4 Aron (Paul), «  Les Surréalistes belges, lecteurs de Lautréamont  », dans Les Lecteurs de Lautréa (...)
  • 5 Nougé (Paul), La Parole est à Baudelaire, dans L’Expérience continue, Lausanne, L’Âge d’homme, 19 (...)

2Or, Paul Nougé se distingue ici encore de son homologue parisien, comme il s’en distinguait déjà par une réticence à l’écriture automatique ou à toute forme de visibilité publique. Nougé prise certes Lautréamont4, mais il place également Baudelaire au cœur de ses réflexions poétiques. Dans L’Expérience continue, le recueil de textes de Nougé que Marcel Mariën a rassemblé, une section lui est ainsi dédiée, intitulée La Parole est à Baudelaire5. Celle-ci contient cinq poèmes, dont deux sonnets – La Géante et L’Amoureuse fidèle – et trois poèmes en prose – Le Cortège équivoque, Le Miroir et Le Galant Tireur. La mention d’une période de rédaction «  1930-1934  » vient clore cette section.

  • 6 Lettre de Marcel Mariën à Paul Nougé. 30 août 1946, AML, FSXLVII/194/41.

3L’intérêt connu de Nougé pour Baudelaire a même incité Mariën à envisager un projet éditorial qui lui soit entièrement consacré  : «  Ainsi j’ai pensé que l’on pourrait peut-être envisager dans le futur l’édition d’un petit volume réunissant tous les poèmes que vous avez faits d’après Baudelaire, suivis de Notes sur Baudelaire dont Souris ou Scutenaire a fait un jour devant moi allusion à l’existence. Je ne vous cache pas que mon intention est surtout égoïste6  ». Ces «  Notes sur Baudelaire  » ne nous sont malheureusement pas parvenues. Nougé émaille néanmoins ses écrits et son journal de nombreuses références qui permettent de cerner quelques contours de sa compréhension.

  • 7 Smolders (Olivier), Paul Nougé  : écriture et caractère, à l’école de la ruse, Bruxelles, Labor, (...)
  • 8 Michel (Geneviève), «  Copie non conforme  : altération et altérité dans La parole est à Baudelai (...)
  • 9 Gillain (Nathalie), «  Du Géant à l’échiquier. Paul Nougé au pied de la lettre  », dans Interfére (...)
  • 10 Smolders (Olivier), op. cit., p. 15. Michel Otten a mis au jour les principes d’une écriture qui (...)

4Les textes de La Parole est à Baudelaire sont en réalité issus de poèmes tirés des Fleurs du Mal et du Spleen de Paris. Deux d’entre eux conservent le titre de la version initiale – La Géante et Le Galant tireur –, tandis que les autres voient leur titre adapté  : L’Amoureuse fidèle est une variante de Un Fantôme. 1. Les Ténèbres, Le Cortège équivoque provient de Chacun sa chimère et, enfin, Le Miroir de Laquelle est la vraie  ? Olivier Smolders y décèle une «  manœuvre très particulière d’appropriation textuelle, le jeu des filiations y prenant des proportions inquiétantes, parfois jusqu’à superposer plusieurs labyrinthes référentiels dans lesquels le lecteur se perd7  ». Les tentatives de catégorisation n’ont pas manqué pour caractériser ces textes  : mystification, plagiat, détournement, paraphrase, pastiche, hommage… Geneviève Michel remarque pourtant à juste titre qu’il ne faut pas lire là une «  imposture8  ». Au sujet de La Géante, Nathalie Gillain note également que «  ni la catégorie du pastiche ni celle du plagiat ne permettent de rendre compte de la “nature” de la réécriture du poème9  ». Si leur analyse peut révéler quelques dimensions ludiques voire humoristiques, les textes de Nougé ne sont pas non plus des parodies de Baudelaire. Le terme de réécriture semble donc être celui qui les décrive le mieux, selon Michel et Gillain. La réécriture est un phénomène qui s’étend à travers tout l’œuvre de Nougé, des tracts de Correspondance à son roman érotique, Georgette10.

  • 11 Carte postale de Paul Nougé à André Souris, AML, ML 5039/55.
  • 12 Wangermée (Robert), André Souris et le complexe d’Orphée  : entre surréalisme et musique sérielle(...)
  • 13 Baudelaire (Charles)-Nougé, «  L’Amoureuse fidèle  », dans La Terre n’est pas une vallée de larme (...)

5Plusieurs des poèmes baudelairiens ont été produits dans des circonstances particulières. L’Amoureuse fidèle est envoyé à André Souris, avec la signature C.B. le 10 septembre 1930 au verso d’une carte postale qui montre un banc sur la digue d’Ostende balayé par la violente vague d’une tempête débordant la digue11. Souris a aussi conservé un manuscrit du Cortège équivoque, les deux textes étant peut-être destinés à une mise en musique12. Les quatre strophes de L’Amoureuse fidèle paraissent finalement dans La Terre n’est pas une vallée de larmes, recueil paru en 194513. Le poème y est entrecoupé de trois reproductions de Magritte, selon une disposition validée par Nougé, et avec la signature de «  Charles Baudelaire-Nougé  ». La Géante était de son côté destiné à accompagner un tableau homonyme de Magritte  : sa reprise à côté du tableau ne donne à lire que la signature de «  Baudelaire  », malgré un intense retravail du poème dans ses premiers quatrains. L’équivoque peut demeurer parfois si l’on ne prend la peine d’aller vérifier la version des Fleurs du Mal… La mystification n’est donc pas loin, même si elle ne constituerait pas l’intention première.

La contrainte et la «  fameuse centralisation du moi  »

  • 14 Mariën (Marcel), Entretien dans Bussy (Christian), «  P. N. ou la vie défendue  », Contre l’Oubli(...)

6Alors que le texte est considérablement modifié, La Géante de Nougé s’astreint à suivre la forme originale du sonnet, en alexandrin, conservant les mêmes rimes, le plus souvent avec les mêmes mots (excepté dans le dernier tercet où la rime diffère par rapport à la version des Fleurs du Mal). L’Amoureuse fidèle récupère aussi la forme initiale d’un sonnet en décasyllabes, mais en déstabilisant le premier vers de la deuxième strophe, vers dont Mariën rappelle qu’il fut qualifié de «  boiteux14  » (les «  Paysages bleus tout baignés de langueurs  »). Or, cette syllabe de trop dans ce vers semble si maladroite qu’elle ne peut qu’être intentionnelle. Il eût suffi à Nougé d’abandonner le «  tout  » superfétatoire pour rééquilibrer le vers. Dans le poème de Baudelaire, le vers situé au même emplacement mettait déjà à mal un système de césure en 4-6, installé dans la première strophe («  Je suis comme un + peintre qu’un Dieu moqueur  »). Conscient de cette subtilité, Nougé aurait agi de même près de la césure. Les deux vers de Nougé et de Baudelaire se répondent enfin dans le champ lexical de la peinture. Le ludisme de Nougé ainsi que sa maîtrise poussée de la métrique se révéleraient ici.

  • 15 Murat (Michel), La Langue des dieux modernes, Paris, Classiques-Garnier, p. 165-199.

7Les deux sonnets, presque totalement réécrits dans les premiers quatrains (à part la rime, comme on l’a dit, dans La Géante), constituent pour Nougé des prétextes à user de formes poétiques régulières. Il se rapproche dans ces poèmes de l’attitude de Paul Éluard, lui-même soupçonné d’un «  vers facile  » pourtant constamment soumis aux perturbations. Le vers d’Éluard a été décrit par Michel Murat comme une «  tradition sans la loi  », en ce qu’il conserve une mémoire de la tradition poétique, tout en la perturbant15.

  • 16 Michel (Geneviève), op. cit., p. 212.

8Geneviève Michel repère aussi dans l’intérêt de Nougé pour Baudelaire un «  éloge de la contrainte16  »  ; il y fait d’ailleurs référence lui-même  :

Éloge du malentendu.

Éloge de la contrainte, c’est-à-dire de la pudeur, du dandysme, des conventions mondaines (métaphysique des mœurs), mon attachement à Baudelaire que j’ai mis si longtemps à m’expliquer.

  • 17 Dans Bossuet (Yves) et al., La Partie fondue de l’iceberg, Bruxelles, Les Lèvres nues, 1979, p. 6 (...)

Éloge du mensonge17.

9La citation renvoie implicitement à plusieurs textes de Baudelaire, comme «  L’Amour du mensonge  » (des Fleurs du Mal) ou «  L’Éloge du maquillage  » (dans Le Peintre de la vie moderne). La valeur donnée à l’artificialité peut aussi expliquer l’intérêt de Nougé pour Oscar Wilde.

10La lecture de Baudelaire se situe en fait à un niveau autoréflexif  : elle invite Nougé à réfléchir à sa propre pratique d’écriture. Les références que l’on peut glaner dans son journal vont dans ce sens. En 1942, le poète semble s’imposer à Nougé comme une figure tutélaire presque inquiétante :

  • 18 Nougé (Paul), Journal (1941-1950) suivi de Notes sur les échecs, Bruxelles, Didier Devillez, 1995 (...)

(Léonard, Baudelaire, quelques autres – grands morts, grands mots, – signes commodes ou encombrants de mon algèbre mentale18.)

  • 19 Ibid., p. 67 [20 février 1942].

11Ce «  grand mort  », jugé «  encombrant  », au côté de Vinci, était déjà cité quelques jours plus tôt comme un de ces «  grands noms “qui bloquent” [sa] pensée  » avec Valéry et Paulhan. Il ajoute  : «  Dissiper ces fantômes19.  »

12Plus tôt encore, à la date du 17 juin 1941, occupé à lire Lautréamont de Gaston Bachelard (1939), il le cite textuellement (sans y renvoyer)  :

  • 20 Ibid., p. 20.

On pourrait classer les poètes en deux groupes, suivant qu’ils vivent dans un temps vertical, intime, interne, comme Baudelaire, ou dans un temps franchement métamorphosant, vif comme une flèche qui court aux bornes de l’horizon  ; tels seraient Lautréamont, Éluard, chacun traduisant à sa manière la vie de la métamorphose20.

13Cette verticalité du temps baudelairien ne semble pas peu évoquer la façon dont Nougé conçoit son œuvre personnelle, faite d’intensité contractée, de réduction des formes. Nougé s’extrait de la durée jusqu’à transformer sa pratique de la littérature en une expérience de solitude et d’anonymat, en un refus de la carrière littéraire et de la publication. Rappelons-nous ce mot «  pudeur  » appliqué à Baudelaire dans une citation précédente.

  • 21 Ibid., p. 19.
  • 22 Baudelaire (Charles), Œuvres complètes, éd. par Claude Pichois, t. I, Paris, Gallimard, Bibliothè (...)

14En juin 1941, Nougé est occupé à lire avec attention les écrits personnels de Baudelaire comme les Fusées21. Il renvoie aussi à deux reprises à une formule qui ouvre Mon cœur mis à nu  : «  De la vaporisation et de la centralisation du Moi. Tout est là22  ». Ces deux mouvements, qui correspondent à des étapes matérielles et non spirituelles de l’écriture, sont habituellement perçus comme des clés pour comprendre la composition de l’œuvre baudelairienne. La centralisation renvoie, en ce qui concerne Nougé, à une discipline d’écriture et à une expérience intérieure. À la date du 19 février 1942, on peut lire  :

(Reprendre à tout prix ces notes, – par hygiène.

La fameuse «  centralisation du moi  » de Baudelaire.

Et cette obligation quotidienne, cette habitude de la plume, me semble maintenant la seule sauvegarde de mon pouvoir d’écrire encore.)

  • 23 Nougé (Paul), Journal (1941-1950) suivi de Notes sur les échecs, op. cit., p. 66.

(Se relire, autre indispensable obligation, surmonter ce dégoût, cet absurde mépris23.)

15Le 11 février 1943, Nougé relie encore cette centralisation à une idée de discipline et d’intériorité  :

  • 24 Ibid., p. 117.

(À toute force, recommencer d’écrire. Mais seulement puis-je trouver un point de contact avec moi-même, créer une manière de centre attractif, ordonner, polariser la multitude intérieure. La fameuse centralisation du moi de Baudelaire24.)

16Baudelaire permet à Nougé un paradoxal retour au soi écrivant  : la centralisation du moi le renvoie à la perception qu’il a de lui-même en tant qu’écrivain, absorbé sur lui-même plutôt que s’étendant sur le monde.

Du Baudelaire sans baudelairisme

  • 25 Michel (Geneviève), op. cit., p. 214.

17Geneviève Michel identifie une tendance à la «  banalisation lexicale  » dans les réécritures baudelairiennes de Nougé  : Nougé transposerait La Géante d’«  un cadre imaginaire à un cadre réaliste et banal25  ». Cette compréhension me semble pouvoir être nuancée  : la perception d’une «  banalité  » ou d’un «  réalisme  » pourrait n’être que l’apparente conséquence d’une actualisation de l’écriture et de l’abandon d’un ancrage des textes dans le XIXe siècle.

18Dans Le Cortège équivoque, Nougé passe du passé simple au présent. Il supprime aussi certaines répétitions et lisse une énumération poétique en polysyndète en la remplaçant par une description métaphorique («  dans une grande plaine poudreuse, sans chemins, sans gazon, sans un chardon, sans une ortie  » devient «  dans une infinie plaine poudreuse, grise comme le ciel et que nul chemin ne traverse [l’on chercherait en vain l’ombre d’un arbre, ou simplement quelque chardon, un murmure d’eau vive ou le reflet d’une mare]  »). La version de Nougé abandonne la majuscule allégorique de «  l’irrésistible Indifférence  » et renonce à plusieurs indices de type parnassien, antique («  fourniment d’un fantassin romain  ») et mythologique (la «  Chimère  » remplacée par une «  bête monstrueuse  »)… ainsi qu’à un terme typiquement baudelairien (disparition du mot «  spleenétique  »). Il rend également le ton narratif plus familier et donne plus de place à la conscience du narrateur (grâce à une série d’éléments modalisés sous forme d’opinions).

19Ce poème en prose de Nougé se rapproche d’un fragment narratif, voire d’une nouvelle  : la voix du poète-narrateur se fait davantage parole vive que lyrique. Nougé y supprime un grand nombre des éléments qui définissaient le caractère poétique de la prose baudelairienne. La question se pose donc de savoir si Nougé n’a pas cherché dans sa réécriture à réactualiser le genre du poème en prose, par rapport à l’époque où Baudelaire, qui proposait cette forme nouvelle, cherchait à lui donner un prestige que Nougé n’a plus besoin de défendre.

20Dans ses réécritures, c’est en quelque sorte le baudelairisme que Nougé révoque. La vision du monde de Baudelaire, placé sous le signe de l’antithèse ou de l’oxymore (songeons à «  Le Mort joyeux  » et même au titre des Fleurs du Mal) ainsi que de l’auto-affliction (cf. «  L’Héautontimorouménos  »), est considérablement recadrée. L’Amoureuse fidèle ne rend plus compte des antithèses telles qu’elles apparaissent dans Les Ténèbres. Là où un contraste opposait le poète, condamné à l’obscurité, peignant dans les ténèbres, à sa «  visiteuse […] noire et pourtant lumineuse  », Nougé laisse place à une confrontation de formes, de couleurs («  paysages bleus  ») et de lumière («  illuminant  », «  éclairs mystérieux  », «  splendeur  ») qui nuancent l’antithèse baudelairienne. On passe aussi d’une souffrance cannibale («  Je fais bouillir et je mange mon cœur  ») à une sorte d’exploration de l’inconscient («  J’exorcise la trouble profondeur  »).

21Dans La Géante, Baudelaire évoque l’attirance du poète (passée ou fantasmée) pour une figure imaginaire, dont l’immense corps fait écho à la puissance de son désir. Les deux entités – le poète et la géante – sont clairement identifiables et se côtoient dans un paysage, dont le caractère onirique semble la condition de leur rencontre. Dans la version de Nougé, les différents espaces s’entremêlent de façon ambiguë  : ceux-ci participent à la fois du rêve et du réel, entre «  le monde bas  », le «  milieu de ma vie  » et «  mes songes  ». Toujours objet de désir, la géante autorise elle-même un passage entre éveil et rêve («  Je m’endors tendrement à l’ombre de ses seins / Sans rêve que celui où son rêve me plonge.  »), au point que le poète et la géante semblent moins discernables l’un de l’autre, la géante «  s’étend[ant] au travers de [ses] songes  ». Comme l’illustrait la suppression de la majuscule dans Le Cortège équivoque, Nougé se défait des allégories au profit de métaphores plus hermétiques.

  • 26 Gillain (Nathalie), op. cit., p. 125.

22Enfin, la misogynie de Baudelaire se trouve annihilée dans Le Galant tireur. Dans le texte d’origine, un tireur est moqué par sa femme alors qu’il manque plusieurs fois sa cible, qui est une poupée. Cette femme «  délicieuse et exécrable  », à qui le poète doit pourtant «  tant de plaisirs, tant de douleurs, et peut-être aussi une grande partie de son génie  », attise sa haine. Tentant à nouveau sa chance, il lui avoue l’imaginer à la place de la poupée et touche alors la cible d’un seul coup. «  Ah  ! mon cher ange, combien je vous remercie de mon adresse  !  », la remercie-t-il. Nougé, quant à lui, ne décrit plus la femme que comme «  délicieuse  ». Exeunt les «  douleurs  », seuls restent les «  plaisirs  » et la dette du «  génie  ». Nougé supprime aussi la phrase suivante – «  Tuer ce monstre-là, n’est-ce pas l’occupation la plus ordinaire et la plus légitime de chacun  ?  » – qui fait allusion à la haine du tireur. La femme chez Nougé ne se «  moqu[e]  » plus, mais elle «  ri[t] très doucement  ». Le poème, pourtant à part cela presque identique, ajoute encore une phrase en toute fin  : «  Et comme le temps était beau, ils poursuivirent leur promenade.  » L’ironie misogyne le cède chez Nougé à une atmosphère, un peu absurde, où la «  chère femme  » se prête de bon cœur au jeu d’être la cible et les deux reprennent ensuite une charmante balade après l’épisode. Parvenant à cette conclusion par un autre biais, Nathalie Gillain a raison de parler «  de falsification ou de dénaturation26  »  : ainsi en va-t-il du baudelairisme lorsque la parole est à Nougé.

L’ombre du latin

  • 27 Baudelaire (Charles), Hymne à Françoise, version de Paul Nougé, avec un dessin de Jane Graverol, (...)

23La Parole est à Baudelaire n’inclut pas un ultime poème baudelairien, publié par Mariën avec une illustration de Jane Graverol, dans Le Fait accompli en décembre 1968, après la mort de Nougé. L’édition du poème et son illustration sont l’unique contenu de cette publication imprimée sur une large feuille deux fois pliée. Le poème en question est l’Hymne à Françoise27, qui n’est autre qu’une traduction du poème LX des Fleurs du Mal entièrement écrit en latin : Franciscae meae laudes.

  • 28 Ibid.
  • 29 Baudelaire (Charles), Vers latins, Paris, Mercure de France, 1933.

24Dans une note éditoriale, Mariën indique que ce poème aurait dû figurer dans L’Expérience continue. Il avait d’ailleurs «  [prié] l’auteur d’en arrêter une forme définitive, mais cette demande resta sans suite28  ». Mariën précise que «  le manuscrit de cette traduction […] se présente sous la forme de onze fiches de carton léger  », chacune comportant, en haut, une strophe du poème initial en latin, en bas, une traduction par Jules Mouquet, parue dans une anthologie de Vers latins de Baudelaire en 193329 et, entre les deux, la strophe au crayon telle qu’adaptée par Nougé.

25Mariën prend soin de renseigner les «  diverses variantes  » qui existent dans les brouillons de Nougé. Il signale enfin avoir pris la liberté de rétablir, une ponctuation réduite au minimum en se basant sur le poème original de Baudelaire. Ce choix interroge néanmoins puisque les poèmes qui composent La Parole est à Baudelaire avaient déjà vu leur ponctuation réduite par rapport aux versions baudelairiennes sans qu’il soit question de la rétablir. Dans tous les cas, la publication du Fait accompli se présente dans les atours d’une trouvaille, d’un fragment de manuscrit retrouvé.

  • 30 Saminadayar-Perrin (Corinne), «  Baudelaire poète latin  », dans Romantisme, 2001, n°  113, L’Ant (...)
  • 31 Ibid., p. 92.

26Plusieurs poèmes des Fleurs du mal portent des intitulés latins, mais Franciscae meae laudes est le seul poème qui soit entièrement écrit en latin. Collégien, Baudelaire, qui s’était distingué en cette matière, consignait déjà de nombreux textes en latin dans ses cahiers30. Comme le démontre Corinne Saminadayar-Perrin, la connaissance du latin a laissé des traces profondes dans son écriture poétique, Baudelaire «  considér[ant] qu’il existe une affinité mystérieuse, voire mystique, entre les langues latine et française31  ». Saminadayar-Perrin rappelle les fréquentes réminiscences étymologiques dans son emploi des mots («  Et les vastes éclairs de son esprit lucide  » de «  Bénédiction  » réactive ce souvenir latin de lucidus) ou ses traductions de vers anciens, de Lucain ou d’Ovide, par exemple, réintégrées sans signalement dans ses textes.

  • 32 Vaillant (Alain), Baudelaire, poète comique, Rennes, PU Rennes, 2007, p. 15.
  • 33 Voir Romains (Jules), Les Hommes de bonne volonté, t. 1, Paris, Laffont, coll. «  Bouquins  », 19 (...)

27Baudelaire ferait de sa poésie un palimpseste où la «  latinité clandestine  » agit en sous-main32. Alain Vaillant a raison de s’intéresser aux considérations que Jules Romains mit dans la bouche d’un de ses personnages, dans Les Amours enfantines (1932)  : Jallez, admirateur de Baudelaire, explique à son interlocuteur que  : «  Tout l’espace du vers [de Baudelaire] est occupé, bondé immédiatement. Il n’y a plus la moindre absence de sens. […] Le vers crève de signification lumineuse33.  » Or, cette densité ne serait due qu’à la maîtrise du latin. Il ajoute  : «  En d’autres termes, je me demande très sérieusement si Baudelaire n’est pas le premier qui ait retrouvé dans les temps modernes une certaine intensité admirable dont on ne peut pas avoir l’idée si l’on n’a pas comme toi et moi fait du latin jusqu’à l’os.  »

  • 34 Nougé (Paul), «  Exprimer  », dans Histoire de ne pas rire, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1980, p. 62- (...)

28Cette latinité de l’œuvre baudelairienne est sans doute connue de Nougé, qui exploite cette profondeur de sens, multipliant lui-même les strates dans ses interprétations. Dans un bref article intitulé «  Exprimer34  », portant sur une citation de Baudelaire, issue des projets de préface à la deuxième édition des Fleurs du mal, il déjoue la lecture habituelle, celle du «  sens faible  » d’exprimer, en revenant sur son étymologie. Ce sens habituel d’exprimer ne ferait de la poésie qu’un «  moyen de communication  » de sensations préexistantes, un «  appareil enregistreur  », déniant la capacité de la poésie à «  produire  ». Ainsi, explique-t-il  : «  si l’on se garde de prendre exprimer pour traduire, et si l’on va au sens fort de “dégager”, de presser dehors comme l’on exprime le jus d’un fruit, toute la phrase n’en prend pas un sens plus sûr  ». Il décide donc de «  rétablir ainsi Baudelaire  » en remplaçant «  exprimer  » par «  engendrer  » comme suit  :

  • 35 Ibid. Je souligne.

Que la poésie se rattache aux arts de la peinture, de la cuisine et du cosmétique par la possibilité d’engendrer toute sensation de suavité ou d’amertume, de béatitude ou d’horreur, par l’accouplement de tel substantif avec tel adjectif, analogue ou contraire35

29Ce «  rétablissement  » de Baudelaire s’apparente à une traduction réactualisant un sens supposé perdu pour des lecteurs ignorant du latin. Le jeu pratiqué ici n’est pas peu ludique  : il relit Baudelaire selon les règles établies par ce dernier. Nougé conclut en poursuivant ses allusions aux étymologies latines. Il pressent que «  la vigueur de cette phrase  » retraduite «  menacerait quelque rapprochement avec la première (car «  évoquer  » ne va pas sans équivoque  : on évoque un souvenir)  : “De la langue et de l’écriture prises comme opérations magiques, sorcellerie évocatoire.”  » Cette deuxième citation, issue des Fusées, remotive la voix, vox, dans évoquer (et équivoque)  : «  la langue et l’écriture  » comme «  sorcellerie évocatoire  » deviendraient des incantations, pouvant produire et changer la vie.

  • 36 Nougé (Paul), Notes sur les échecs, Bruxelles, Les Lèvres nues, 1969, p. 65.

30La question de la traduction lie ailleurs Nougé à Baudelaire. Il s’agit d’une référence anecdotique – mais l’est-elle après tout  ? – qui se trouve dans «  Notes sur les échecs  », où Nougé évoque la traduction par Baudelaire de la nouvelle d’Edgar Allan Poe, Double assassinat dans la rue Morgue. À la suite d’une phrase de la nouvelle traduite, «  Que l’on suppose le jeu réduit à quatre dames…  », Nougé ajoute  : «  Il serait particulièrement agréable de croire à l’exactitude littérale de la traduction de Baudelaire36.  » Or, en anglais, le jeu de dames se nomme draughts et les dames y sont en fait des kings  : le texte de Poe réduit donc le jeu à quatre rois et non à quatre dames. Cette plaisanterie un peu lubrique ironise en outre sur la possibilité d’un choix par Baudelaire, qui, en l’espèce, n’en disposait guère, puisqu’il s’est contenté de respecter les appellations usuelles du jeu.

  • 37 Vaillant (Alain), «  Le cas Baudelaire  : esquisse d’une poétique de la camaraderie littéraire  » (...)

31Le poème Franciscae meae laudes comporte aussi une dimension irrévérencieuse. Elle se révèle à qui veut bien prêter attention au préambule donné à ces vers dans l’édition de 1857. Prisant la «  langue de la dernière décadence latine  », pour sa «  mysticité  », la rendant «  singulièrement propre à exprimer la passion telle que l’a comprise et sentie le monde poétique moderne  », Baudelaire prétend dénigrer «  Catulle et sa bande, poètes brutaux et purement épidermiques, [qui] n’ont connu que le pôle sensualité  ». Si le poème se donne des airs de prière (laudes), Catulle peut (et doit) aussi servir de grille de lecture. Le poète ajoute  : «  Les mots, pris dans une acception nouvelle, révèlent la maladresse charmante du barbare du nord agenouillé devant la beauté romaine. Le calembour lui-même, quand il traverse ces pédantesques bégaiements, ne joue-t-il pas la grâce sauvage et baroque de l’enfance37  ?  » Un des vers – Quod debile, confirmasti. […] Recte me semper guberna – peut en effet être traduit par «  ce qui est faible, tu l’as affermi […] gouverne-moi toujours droit  », où l’allusion de guberna au gouvernail se fait transparente.

32Si la traduction de Nougé ne rend pas explicite cette grivoiserie, elle n’en met pas moins l’accent sur l’érotisme du poème  :

  • 38 Baudelaire (Charles), Œuvres complètes, op. cit., p. 61-62.
  • 39 Traduction de Jules Mouquet, dans Baudelaire (Charles), Vers latins, op. cit., p. 83-89.
  • 40 Version de la traduction, telle qu’issue des brouillons de Nougé (AML, FS 47/161/5), c’est-à-dire (...)

Franciscae meae laudes38

Louanges de ma Françoise39

Hymne à Françoise40

Novis te cantabo chordis,

O novelletum quod ludis
In solitudine cordis.


Esto sertis implicata,
O femina delicata,
Per quam solvuntur peccata  !

Sicut beneficum Lethe,
Hauriam oscula de te,
Quæ imbuta es magnete.

Quum vitiorum tempestas
Turbabat omnes semitas,
Apparuisti, Deitas,

Velut stella salutaris
In naufragiis amaris…..
Suspendam cor tuis aris  !

Piscina plena virtutis,
Fons æternæ juventutis,
Labris vocem redde mutis  !


Quod erat spurcum, cremasti  ;
Quod rudius, exæquasti  ;
Quod debile, confirmasti.

In fame mea taberna,
In nocte mea lucerna,
Recte me semper guberna.


Adde nunc vires viribus,
Dulce balneum suavibus
Unguentatum odoribus  !

Meos circa lumbos mica,
O castitatis lorica,
Aqua tincta seraphica  ;

Patera gemmis corusca,
Panis salsus, mollis esca,
Divinum vinum, Francisca  !

Je te chanterai sur des cordes nouvelles,

O ma bichette qui te joues

Dans la solitude de mon cœur.

Sois parée de guirlandes,

O femme délicieuse

Par qui les péchés sont remis  !

Comme d’un bienfaisant Léthé,

Je puiserai des baisers de toi

Qui es imprégnée d’aimant.

Quand la tempête des vices

Troublait toutes les routes,

Tu m’es apparue, Déité,

Comme une étoile salutaire

Dans les naufrages amers…

– Je suspendrai mon cœur à tes autels  !

Piscine pleine de vertus,

Fontaine d’éternelle jouvence,

Rends la voix à mes lèvres muettes  !

Ce qui était vil, tu l’as brûlé  ;

Rude, tu l’as aplani  ;

Débile, tu l’as affermi.

Dans la faim mon auberge,

Dans la nuit ma lampe,

Guide-moi toujours comme il faut.

Ajoute maintenant des forces à mes forces,

Doux bain parfumé

De suaves odeurs  !

Brille autour de mes reins,

O ceinture de chasteté,

Trempée d’eau séraphique  ;

Coupe étincelante de pierreries,

Pain relevé de sel, mets délicat,

Vin divin, Françoise  !

Je te chanterai sur des cordes nouvelles

O neuve qui te joues

Dans la solitude du cœur.

Sois enlacée de guirlandes,

O femme délicieuse

Par qui les péchés sont remis

Comme en un bénéfique Léthé,

Je puiserai en toi des baisers

Toi, tout imprégnée de vertu magnétique

Alors que la tempête vicieuse

Brouillait toutes les pistes

Tu m’apparus, Merveille,

Comme une étoile salutaire

Au cœur des naufrages amers…

Je suspendrai mon cœur à tes autels.

Cuve débordante de vertus

Fontaine de jeunesse éternelle

Rends la voix à mes lèvres muettes.

Ce qui était infâme, tu l’as brûlé  ;

Grossier, tu l’as affiné  ;

Faible, tu l’as fortifié.

Dans la famine mon auberge

Dans la nuit ma lumière

Guide-moi toujours selon le bien

Multiplie maintenant mes forces

Doux bain parfumé

De puissantes odeurs

Soutiens mes reins

O armure de chasteté

Trempée dans une eau angélique

Coupe étincelante de pierreries

Pain spirituel, nourriture exquise

Vin merveilleux, Françoise  !

33Deitas et divinum quittent le champ religieux au profit de merveille et merveilleux. Par rapport à Mouquet, Nougé accentue l’érotisme et la subversion  : parée devient enlacée  ; la tempête des vices devient vicieuse  ; la faim devient une famine, meilleur synonyme de désir  ; les suaves odeurs deviennent puissantes (une variante relevée par Mariën indiquait balsamiques)… La troisième strophe évoque la séduction «  magnétique  » du corps dans lequel le poète puise des baisers «  bénéfiques  », plutôt que de juste les recevoir par un sentiment pur de «  bienveillance  ». Là où, dans l’avant-dernière strophe, Mouquet traduit une «  ceinture de chasteté  », la version de Nougé opte pour une polysémique «  armure de chasteté  » devant «  soutenir  » ses reins. La dimension érotique ne dérive toutefois pas vers le lubrisme  : pour le terme salsus, Nougé adopte un autre sens que Mouquet – «  spirituel  » au lieu de «  salé  » – s’orientant cette fois vers un sens plus abstrait et métaphorique. Ainsi procède-t-il aussi lorsqu’il calque sur le latin novelletum le substantif neuve, qu’il préfère à l’approximative bichette de Mouquet. Sans que l’on ressente la moindre ironie, la retraduction opère le transfert des louanges à un hymne.

34La plume de Nougé garde une mémoire de l’écriture de Baudelaire, mais elle n’hésite pas à dénaturer son esprit et ses images. Nougé semble relire les textes de Baudelaire, comme si c’était ses propres brouillons, qu’il s’agit de reprendre. Nougé ne cherchait guère la réincarnation  : c’est une entreprise de déconstruction de la notion même d’auteur qu’il poursuit. En signant plusieurs de ces textes Baudelaire-Nougé, telle L’Amoureuse fidèle, il remet en mouvement les formes figées par le nom d’un «  grand mort  » (ou par la mort d’un «  grand nom  »). Toutefois, ne pourrait-on aussi percevoir, dans les réécritures de Nougé, une réponse à ce fameux souci du moderne, qui consistait pour Baudelaire à réactualiser l’art, à le sortir de l’imitation du passé, pour le remettre au diapason du «  transitoire  » et du «  fugitif  » contemporain  ? La Parole est à Baudelaire n’en menacerait pas quelque équivoque.

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Notes

1 Voir Eigeldinger (Marc), «  André Breton, lecteur de Baudelaire  », dans Europe, vol. 70, n°  760, 1er août 1992, p. 111-121  ; Steinmetz (Jean-Luc), «  Baudelaire - André Breton, esquisse  », dans L’Année Baudelaire, vol. 24, 2020, p. 113-122.

2 Steinmetz (Jean-Luc), op. cit., p. 113.

3 Breton (André), Manifeste du surréalisme, dans Œuvres complètes, éd. par Marguerite Bonnet, t. I, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1988, p. 329.

4 Aron (Paul), «  Les Surréalistes belges, lecteurs de Lautréamont  », dans Les Lecteurs de Lautréamont, Cahiers Lautréamont, 1998, p. 9-22  ; Michel (Geneviève), «  Nougé et Lautréamont  : le “cas” du Disque Vert  », dans La Littérature Maldoror, sous la dir. de Paul Aron, Jean-Pierre Bertrand et Pascal Durand, Tusson, Du Lérot, 2005, p. 261-274.

5 Nougé (Paul), La Parole est à Baudelaire, dans L’Expérience continue, Lausanne, L’Âge d’homme, 1981, p. 351-361. Toute citation ultérieure aux poèmes baudelairiens dans cet article renverra à cette référence.

6 Lettre de Marcel Mariën à Paul Nougé. 30 août 1946, AML, FSXLVII/194/41.

7 Smolders (Olivier), Paul Nougé  : écriture et caractère, à l’école de la ruse, Bruxelles, Labor, 1995, p. 17.

8 Michel (Geneviève), «  Copie non conforme  : altération et altérité dans La parole est à Baudelaire de Paul Nougé  », dans L’Écriture fragmentaire, Ricard Ripoll (éd.), PU Perpignan, 2002, p. 209-223.

9 Gillain (Nathalie), «  Du Géant à l’échiquier. Paul Nougé au pied de la lettre  », dans Interférences littéraires, nouvelle série, n°  2, «  Iconographies de l’écrivain  », s. dir. Nausicaa Dewez & David Martens, mai 2009, p. 124 (p.  113-137).

10 Smolders (Olivier), op. cit., p. 15. Michel Otten a mis au jour les principes d’une écriture qui recourt volontiers au cache-cache des citations d’œuvres canoniques, cf. Otten (Michel), «  Les stratégies de Paul Nougé dans Un portrait d’après nature  », Textyles, n° 8, 1991.

11 Carte postale de Paul Nougé à André Souris, AML, ML 5039/55.

12 Wangermée (Robert), André Souris et le complexe d’Orphée  : entre surréalisme et musique sérielle, Liège, Mardaga, 1995, p. 146.

13 Baudelaire (Charles)-Nougé, «  L’Amoureuse fidèle  », dans La Terre n’est pas une vallée de larmes, Bruxelles, éditions de la Boétie, 1945, n. p.

14 Mariën (Marcel), Entretien dans Bussy (Christian), «  P. N. ou la vie défendue  », Contre l’Oubli, RTB, 1968. Tapuscrit conservé aux AML, FSXLVII/189/99, p. 4.

15 Murat (Michel), La Langue des dieux modernes, Paris, Classiques-Garnier, p. 165-199.

16 Michel (Geneviève), op. cit., p. 212.

17 Dans Bossuet (Yves) et al., La Partie fondue de l’iceberg, Bruxelles, Les Lèvres nues, 1979, p. 61. Cité dans Michel (Geneviève), op. cit., p. 212.

18 Nougé (Paul), Journal (1941-1950) suivi de Notes sur les échecs, Bruxelles, Didier Devillez, 1995, p. 69 [24 février 1942]. Rappelons que les phrases entre parenthèses du Journal sont de Nougé, les autres sont reprises aux notes de Bachelard sur Lautréamont.

19 Ibid., p. 67 [20 février 1942].

20 Ibid., p. 20.

21 Ibid., p. 19.

22 Baudelaire (Charles), Œuvres complètes, éd. par Claude Pichois, t. I, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1975, p. 676.

23 Nougé (Paul), Journal (1941-1950) suivi de Notes sur les échecs, op. cit., p. 66.

24 Ibid., p. 117.

25 Michel (Geneviève), op. cit., p. 214.

26 Gillain (Nathalie), op. cit., p. 125.

27 Baudelaire (Charles), Hymne à Françoise, version de Paul Nougé, avec un dessin de Jane Graverol, dans Le Fait accompli, n°  14, décembre 1968.

28 Ibid.

29 Baudelaire (Charles), Vers latins, Paris, Mercure de France, 1933.

30 Saminadayar-Perrin (Corinne), «  Baudelaire poète latin  », dans Romantisme, 2001, n°  113, L’Antiquité, p. 87-103.

31 Ibid., p. 92.

32 Vaillant (Alain), Baudelaire, poète comique, Rennes, PU Rennes, 2007, p. 15.

33 Voir Romains (Jules), Les Hommes de bonne volonté, t. 1, Paris, Laffont, coll. «  Bouquins  », 1988, p. 332-334. Cité dans Vaillant (Alain), op. cit., p. 17.

34 Nougé (Paul), «  Exprimer  », dans Histoire de ne pas rire, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1980, p. 62-63.

35 Ibid. Je souligne.

36 Nougé (Paul), Notes sur les échecs, Bruxelles, Les Lèvres nues, 1969, p. 65.

37 Vaillant (Alain), «  Le cas Baudelaire  : esquisse d’une poétique de la camaraderie littéraire  », dans Vaillant (Alain) et Vérilhac (Yoan), Vie de bohème et petite presse du xixesiècle  : sociabilité littéraire ou solidarité journalistique  ?, Nanterre, PU Paris Nanterre, 2018, p. 172.

38 Baudelaire (Charles), Œuvres complètes, op. cit., p. 61-62.

39 Traduction de Jules Mouquet, dans Baudelaire (Charles), Vers latins, op. cit., p. 83-89.

40 Version de la traduction, telle qu’issue des brouillons de Nougé (AML, FS 47/161/5), c’est-à-dire sans la révision de la ponctuation par Mariën.

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Pour citer cet article

Référence papier

Clément Dessy, « Réécrire ou traduire Baudelaire »Textyles, 66 | 2024, 75-88.

Référence électronique

Clément Dessy, « Réécrire ou traduire Baudelaire »Textyles [En ligne], 66 | 2024, mis en ligne le 16 avril 2024, consulté le 19 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/textyles/6620 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/textyles.6620

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Auteur

Clément Dessy

Université libre de Bruxelles - FNRS

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