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Paul Nougé

Paul Nougé et Guy Debord aux Lèvres-Nudistes1 (1954-1956)

Fabrice Flahutez
p. 37-48

Texte intégral

  • 1 L’expression est de Debord, qui écrit  : «  Ce sont d’ailleurs (les lèvres-nudistes) les seuls ty (...)

Paul Nougé dans son laboratoire

Paul Nougé dans son laboratoire

Photographie noir et blanc, ca. 1930, localisation inconnue. DR.

  • 2 Paulhan (Jean), «  La révolution surréaliste  », et «  Bleu 1, Rose 2…  », La Nouvelle Revue fran (...)

1L’aventure de Paul Nougé commence par bien des aspects avec celle d’André Breton. Contemporains l’un de l’autre à un an près, leurs débuts en écriture semblent déjà les relier. En effet, les tracts de la fragile revue Correspondance fondée par Nougé et le premier Manifeste du surréalisme de Breton sont tous deux commentés par Jean Paulhan dans la célèbre édition de La Nouvelle Revue française de février 19252. Qu’est-ce qui a bien pu inciter un ténor de l’intelligentsia parisienne comme Paulhan à les mettre dans le même sac  ? Les deux publications sont fort éloignées en termes de format éditorial, mais aussi en termes de contenu, si ce n’est qu’elles ont en commun une certaine attitude de défiance à l’égard du monde.

  • 3 Critique intéressante quand on sait qu’il signera également le tract «  Pas de quartiers dans la (...)
  • 4 Jacques Rivière, très malade (il meurt le 14 février 1925), laisse la direction de la revue à Pau (...)
  • 5 Nougé (Paul), «  L’armée du crime, tableau en manière de symbole  », La Révolution surréaliste, n (...)

2La revue belge Correspondance est composée de tracts. Celui du 20 février 1925 voit Paul Nougé déclarer se reconnaître dans la posture de Breton, avec pour horizon l’esprit de la contestation tout en reconnaissant déjà, et précocement peut-être, dans le feuillet suivant, la sclérose des partis communistes européens3. La revue montrait un ton résolument contestataire et faisait figure d’incongruité dans le paysage éditorial. À Paris, le Manifeste du surréalisme prônait, quant à lui, une même révolte contre l’ordre établi, la mise en cause du contrôle exercé par la raison et une certaine haine à l’égard de la littérature. La lucidité de Nougé et la radicalité de Breton sont sans doute à l’origine de ce rapprochement si rapide opéré par Jean Paulhan, le tout nouveau directeur de la principale revue d’Europe4. Ce concours de circonstances n’échappe pas à Breton toujours avide de nouvelles amitiés électives et dès 1927 La Révolution surréaliste accueille le poète belge par un audacieux poème-dessin intitulé «  L’armée du crime, tableau en manière de symbole  », métaphore dessinée d’une insurrection à venir. On pouvait y voir un groupe d’hommes debout et armé menaçant un bourgeois isolé, dont il faut faire la peau5. Le texte qui accompagne le dessin est un manifeste en soi.

Paul Nougé, « L’armée du crime, tableau en manière de symbole »

Paul Nougé, « L’armée du crime, tableau en manière de symbole »

La Révolution surréaliste, n° 9-10, 1er octobre 1927, p. 18.

  • 6 À noter quand même la blague de Magritte avec son Manifeste pour un surréalisme en plein soleil d (...)
  • 7 Voir notamment Smolders (Olivier), Paul Nougé. Écriture et caractère à l’école de la ruse, Bruxel (...)
  • 8 Il existe déjà une certaine littérature grise sur le sujet notamment pour une rapide contextualis (...)

3Ainsi naissait, au mitan des années 1920, le surréalisme belge, concomitant de celui de Paris, menant ensemble des destins liés par la rencontre fortuite de poètes ayant pour ambition de changer la vie et de transformer le monde. L’aventure commune des deux groupes sera extrêmement féconde en termes de publications et d’expositions, en termes de collaborations de tout type et d’échange d’idées sur plusieurs décennies6. Paul Nougé est à cet égard, une personnalité souvent critique, mais également une force de propositions de première importance dans les développements politiques, plastiques et poétiques du surréalisme international7. Mais Paul Nougé n’est ni l’homme de groupes, ni le fidèle à ornières d’une ligne de pensée. Au-delà du surréalisme, il est également un formidable passeur comme en témoigne son appétence pour ceux qui montraient un quelconque esprit d’émancipation. En d’autres termes, Nougé avait beau être surréaliste par l’étiquette qu’on lui avait si bien collée, il n’en était pas moins un vagabond poète ouvert aux rencontres les plus stimulantes ou les plus prometteuses. Nougé et ses amis entament donc des rencontres et rapprochements sans lendemain, et d’autres qui s’avèrent pleins de promesses. Nougé apparaît comme celui qui oscille sans encombre entre le surréalisme et d’autres groupes sans pour autant perdre la confiance ou tout du moins l’estime d’André Breton ou de Guy Debord, deux personnalités intransigeantes dans la qualité de leurs amitiés exclusives. Ce trait de caractère de Nougé est presque unique au regard de l’histoire mouvementée des avant-gardes, encline à jeter l’anathème sur les uns et les autres pour garder une forme de pureté d’action. En effet, un aspect peut-être moins connu fut la collaboration de Nougé avec l’Internationale Lettriste (IL) et notamment Guy Debord dans le cadre de certains numéros de la revue Les Lèvres nues8.

  • 9 Voir notamment Flahutez (Fabrice), Le Lettrisme historique était une avant-garde, Dijon, Les Pres (...)
  • 10 On retrouvera Nougé ici ou là quand même et notamment lorsqu’il publie une nouvelle dans la revue (...)

4L’IL est un groupe tout jeune, issu de la scission mouvementée avec le lettrisme fondé par Isidore Isou juste après la Libération et dans lequel Guy Debord avait commencé à faire ses armes. Mais Debord rompt définitivement avec Isou en octobre 1952 et fonde une dissidence portant le nom d’Internationale Lettriste. Il est important de dire que, déjà en juin 1952, Guy Debord avait subrepticement créé avec Gil J. Wolman à Bruxelles cette Internationale Lettriste qui entérinait un éloignement de fait du lettrisme historique porté par Isou9. La jeune IL se positionne donc contre le lettrisme d’Isou mais également contre le surréalisme tel qu’il s’est renouvelé après 1945. Nougé, qui fréquente alors ces jeunes gens turbulents, sait déjà qu’il lui sera difficile de garder son réseau d’amitiés indemne et que ce rapprochement scellera aussi, d’une certaine manière, la rupture ou la distance prise avec le groupe surréaliste parisien10.

  • 11 Le Bateau ivre. Numéro spécial du Centenaire, (Bulletin des amis de Rimbaud), n°  13, textes, des (...)
  • 12 Rimbaud (Arthur), La Chasse spirituelle, introduction de Pascal Pia, Paris, Mercure de France, 19 (...)

5Pour comprendre plus précisément le rapprochement de Nougé avec l’IL et son éloignement du surréalisme, il faut revenir à l’été 1954 lorsque la ville de Charleville, frontalière avec la Belgique, avait souhaité commémorer le centenaire de la naissance d’Arthur Rimbaud. Cet anniversaire n’était pas si aisé à fêter tant l’histoire avait retenu l’acrimonie du poète adolescent à l’égard de sa ville natale, noyée sous une perpétuelle grisaille sociale autant que climatique. L’on sait le mépris que le poète d’Une saison en enfer lui vouait  ; elle le lui rendit bien en fondant par deux fois le bronze qui lui avait été dédié sur la place publique, le centenaire ouvrant la possibilité qu’une troisième statue soit érigée en lieu et place des deux précédentes détruites. L’histoire prête presque à rire aujourd’hui tant les événements se succédèrent avec la régularité d’un métronome bien réglé. En voici les faits. Nous sommes en 1954 et le groupe surréaliste parisien prend prétexte d’une publication frauduleuse d’un soi-disant poème inédit de Rimbaud pour proposer d’intervenir et de chahuter les commémorations tant attendues comme ils l’avaient déjà fait le 23 octobre 1927, envoyant aux notables du coin un tract à l’acide intitulé Permettez  ! Il est évident qu’entre 1927 et 1954 l’histoire se répétait presque à l’identique comme si Charleville donnait le fouet à ses bourreaux par plaisir ou par inconséquence. En effet, les Éditions Messein font publier en 1954 sous la direction de Pierre Petitfils un court poème prétendument écrit par le poète carolopolitain (nom qu’on donne aux habitants de Charleville  !). Le texte est si étranger à l’univers de Rimbaud qu’il est aussitôt démasqué comme un faux  ; l’identité de son auteur, Paul Scarron, un poète du XVIIe siècle, est révélée par les surréalistes11. André Breton et ses amis pouvaient jubiler, car ils rejouaient ainsi deux fameux scandales. Celui de 1927 mais aussi celui qui avait secoué le groupe en 1949, lors de l’affaire de La Chasse spirituelle, faux poème de Rimbaud également et dont Breton avait décelé immédiatement l’imposture12. Entre les commémorations de 1927 et 1954 et cette fausse attribution de 1949, la coupe était pleine pour des surréalistes, qui avaient fait de Rimbaud leur totem d’inspiration.

  • 13 Voir notamment Debord (Guy), Œuvres, édition établie et annotée par Jean-Louis Rançon, en collabo (...)

6Cette mystification éditoriale par Pierre Petitfils sert donc de base pour une convergence des luttes souhaitées par le groupe surréaliste, qui entre en relation avec l’Internationale lettriste dès le mois d’août 1954. On sait par la revue Potlatch que Jean Schuster avait pris contact avec les lettristes dès le mois d’août et qu’un texte commun avait été rédigé au mois de septembre. Tout semblait être placé sous le signe de l’exaltation. Cependant, la signature collective du tract posait problème dans les rangs surréalistes car on reprochait aux lettristes une position marxiste, rédhibitoire, qui prétendait assigner la littérature et la poésie à l’idéologie politique. Incompréhension de part et d’autre puisque les surréalistes imaginaient une totale indépendance de la création à l’égard du politique, tandis que les lettristes étaient convaincus de l’impossibilité qu’il en soit ainsi dans une société basée sur la lutte des classes. En d’autres termes, les surréalistes croyaient encore transformer le monde et changer la vie quand les lettristes y voyaient une impossibilité tant que le système lui-même ne serait pas abattu. Le tract établi en commun fut l’objet d’une dernière rencontre le 3 octobre entre Jean-Louis Bédouin, Georges Goldfayn, Simon Hantaï, Gérard Legrand, Schuster et Toyen ainsi que les membres de l’IL pour négocier le texte final  ; en vain, les deux parties restant sur leur position. Ce qui mit le feu aux poudres fut la lecture, les jours qui suivirent la publication de Potlatch du 28 septembre 1954, d’une lettre d’autocritique d’un des membres de l’IL, sorte de mise en scène publique, consistant à reconnaître ses «  déviations  » sous la pression de la direction d’un pseudo Parti, en l’occurrence l’IL, entraînant la sanction d’exclusion. Cette publication corroborait et appuyait l’intuition surréaliste et mettait en relief un aspect très stalinien du fonctionnement de l’IL, rappelant les purges les plus atroces de l’URSS. Un lettriste faisant son autocritique avant d’être exclu du groupe ne pouvait être qu’une affreuse mascarade. Les surréalistes publièrent donc le tract «  Ça commence bien  !  » tandis qu’au verso était imprimée, sous le titre Les familiers du grand Truc, la réponse cinglante que les surréalistes adressaient aux lettristes. Ces derniers réagirent également dans les colonnes de Potlatch avec leur verve habituelle, teintée de mauvaise foi cette fois-ci, entérinant la rupture définitive avec le surréalisme13. Le chahut souhaité à Charleville tombait donc à l’eau pour cette fois à cause de cette joute inopinée entre les uns et les autres.

  • 14 Le déroulé de ces rencontres est détaillé par François Coadou dans Debord (Guy), Lettres à Marcel (...)
  • 15 L’Internationale lettriste publie dans La Carte d’après nature, dirigée par Magritte, un premier (...)
  • 16 Debord (Guy), Lettres à Marcel Mariën, op. cit., p. 29.

7Cette histoire aurait pu rester une anecdote commune aux groupes cités, si la personnalité de Nougé n’avait été, depuis le début, au centre des échanges. Presque quatre ans auparavant, Nougé avait pris contact avec Serge Berna du groupe lettriste pour le féliciter du scandale perpétré à Notre-Dame de Paris14. Ce premier contact allait se poursuivre au point de lancer une invitation à l’IL de collaborer d’abord à la revue éphémère La Carte d’après nature puis à la toute jeune revue Les Lèvres nues fondée par Nougé, Marcel Mariën et Jane Graverol en avril 195415. Bien que participant aux publications surréalistes en Belgique ou en France, Paul Nougé avait trouvé dans ces jeunes effarouchés lettristes une posture analogue à la sienne et se réjouissait de voir qu’une totale désinvolture à l’égard de la notion d’auteur ou d’ego rencontrait son propre rapport au monde. Nougé ne pouvait que trouver dans ces nouveaux amis parisiens une forme rafraîchissante de la révolte. Grâce à cette estime réciproque, les revues dont ils avaient la charge allaient collaborer sur le fond. Potlatch, n°  4 du 13 juillet 1954 citait Les Lèvres nues (n°  1), qui en retour citait la revue lettriste dans son n°  3 d’octobre 1954 (p.  36). Concours de circonstances, c’est justement fin octobre 1954 que Guy Debord prend connaissance des textes, assez confidentiels, de Nougé et c’est par ce biais qu’il entrevoit la possibilité d’une collaboration avec la revue bruxelloise16.

  • 17 Lettre de Debord à André Frankin datée du 8 décembre 1954 dans Debord (Guy), Correspondance. Volu (...)
  • 18 Les Lèvres nues, n°  4, janvier 1955. On y faisait référence au scandale lettriste de Notre-Dame (...)
  • 19 Debord (Guy), Correspondance. Volume 0, op. cit., p. 57.

8C’est enfin en novembre 1954 que Paul Nougé, de passage à Paris, rencontre Guy Debord et l’Internationale lettriste17 et que se cristallise leur «  amitié  » qui de peu, menace de s’arrêter après la publication du n°  4 des Lèvres nues jugé bien trop surréaliste et lettriste (groupe d’Isou) à leur goût18. Debord l’explique très clairement dans une lettre à André Frankin dès le 9 janvier 1955 et il faudra quelques mois pour que sa méfiance soit atténuée et que se poursuive la collaboration19. Entre des esprits intransigeants, les mises au point étaient courantes et l’ombre au tableau allait se régler par missives interposées. Paul Nougé n’ignorait sans doute pas la rupture des surréalistes avec l’IL au sujet de l’affaire Rimbaud, mais il n’a pas non plus désavoué son rapprochement avec ces derniers qui avaient le mérite à ses yeux d’être hostiles à toute compromission. Malgré la sévérité des jugements de l’IL et son ton péremptoire à l’égard des publications et des auteurs quels qu’ils soient, Nougé avait bien compris la nécessité, pour un temps au moins, de rassurer ses nouveaux amis sur la revue Les Lèvres nues comme publication non assujettie au surréalisme. La méfiance du début entre Nougé et Debord est caractéristique de ce genre de rapprochements opérés au sein des groupes d’avant-gardes, toujours sur le qui-vive envers une quelconque infiltration déstabilisante.

  • 20 Debord (Guy), «  Introduction à une critique de la géographie urbaine  », Les Lèvres nues, n°  6, (...)
  • 21 Debord cite un vers tiré de Breton (André), «  Le Revolver à cheveux blancs  », Œuvres complètes, (...)
  • 22 Debord reçoit notamment grâce à Marïen  : Paul Nougé, La Conférence de Charleroi, Bruxelles, le M (...)
  • 23 Sur le lien causal ou prospectif de Nougé sur Debord voir  : Coadou (François), «  Retour sur le (...)
  • 24 Flahutez (Fabrice), Danesi (Fabien), Guy (Emmanuel), La Fabrique du cinéma de Guy Debord, Arles, (...)
  • 25 Voir Nougé (Paul), «  La Publicité transfigurée  », repris dans L’Expérience continue, Lausanne, (...)

9Quelques semaines plus tard, Debord, ravi du n°  5 de Les Lèvres nues, donne son accord pour envoyer un texte important à paraître pour le numéro suivant et intitulé Introduction à une critique de la géographie urbaine20. La revue Les Lèvres nues accueille donc les contributions de Guy Debord et de quelques autres membres à partir du n°  6 de septembre 1955. Le ton employé par Debord est affirmé, direct et sûr. Debord y mène une critique acerbe de l’urbanisme d’un Baron Haussmann et pose les bases de la psychogéographie et de la dérive qui seront les points de focale de la future Internationale Situationniste. Il n’oublie curieusement pas de citer un vers de Breton malgré la rancœur récemment consommée et de saluer la contribution de Mariën au numéro précédent de la revue21. On pourrait cependant s’étonner de la relative précipitation des protagonistes à travailler ensemble, sachant que Nougé ne se cachait pas d’être dans l’orbite surréaliste malgré sa prise de distance de façade, tandis que Debord en était devenu le plus virulent pourfendeur. La confiance était bien là entre eux mais les archives et les lettres montrent qu’en coulisses les relations n’étaient parfois pas si rompues qu’on aurait pu le croire. Ce qui va véritablement rapprocher Debord de Nougé est la lecture de René Magritte ou les images défendues et La Conférence de Charleroi (1929), qu’il reçoit dans sa version publiée de 1946, textes qui lui permettent d’entrevoir, lorsqu’il en prend connaissance en novembre 1954, une sorte de convergence théorique22. Par ailleurs, on retrouvera dans l’œuvre de Nougé ce souci d’une irrévérence à l’égard de la création comme fin en soi et la volonté de faire mentir les images et les textes, annonçant d’une certaine manière la notion même de détournement telle qu’on la retrouvera chez Debord23. Paul Nougé utilise également la publicité comme substrat à sa pratique poétique  ; or, dans ce jeu sur les images et les slogans, il y a en gestation une grande part des réflexions que mènera Debord dans la fabrique de ses propres films24. On pourrait mettre en parallèle le dernier film de Debord, In girum imus nocte ecce et consumimur igni de 1978, avec les premiers «  textes  » de Nougé comme La Publicité transfigurée de 1926 pour voir combien ils partagent une communauté d’esprit avec un matériau poétique comme base d’une critique globale du réel25. Ce numéro 6 des Lèvres nues est donc une tentative réussie de mettre sur le papier ce rapprochement poético-théorique. La première contribution de Debord ne sera pas la seule et le tour d’essai ayant parfaitement comblé les attentes de son auteur, il est souhaité de poursuivre la collaboration éditoriale.

  • 26 Debord (Guy), Correspondance. Volume 0, op. cit., p. 80.
  • 27 Nougé (Paul) et Marïen (Marcel), «  Le parti pris de la lumière  », Les Lèvres nues, n°  2, août  (...)
  • 28 Nougé (Paul), «  Introduction au cinéma  », Histoire de ne pas rire, Petit-Rœulx (Belgique), Cist (...)

10Dans une lettre à Mariën d’octobre 1955, Debord envisage de permettre à la revue bruxelloise de publier le scénario de son premier film, Hurlement en faveur de Sade, qui avait fait scandale dès sa sortie en 195226. C’est, pourrait-on dire, une faveur au prestige symbolique fort que Debord consent à Nougé et Mariën, tant il les considère à la hauteur d’une critique radicale du médium cinématographique. Nougé s’était déjà fait remarquer pour son analyse acerbe de ce que la société avait fait de cette merveilleuse invention qu’était le cinéma. Debord suggère d’ailleurs une parenté de présentation de son scénario avec la pièce-performance-mise en scène de Mariën et Nougé, Le Parti pris de la lumière, qui anime par l’orientation de la lumière et de la voix intradiégétique les objets scéniques27. Hurlement en faveur de Sade était construit avec la même intentionnalité mais avec cette fois-ci une bande-son extradiégétique. On voit bien que Nougé et Debord entretenaient une même réflexion sur le médium cinématographique et tentaient de le pervertir pour en trouver les failles épistémiques. En 1925, Nougé en pose les bases critiques dans son Introduction au cinéma, que nous retrouverons dans celles qu’énoncera Debord trois décennies plus tard. «  Dans cette prodigieuse confusion où nous trouvons le cinéma, écrit Nougé, et quelles qu’en soient d’ailleurs les causes, allons-nous nous résoudre à considérer la partie comme perdue, et quitter tout espoir de le voir consentir enfin aux usages que nous souhaitons28  ?  »

  • 29 Les Lèvres nues, n°  7, décembre 1955, p. 18-23.
  • 30 Debord (Guy), Correspondance. Volume 0, op. cit., p. 174.

11C’est dans cet esprit que Les Lèvres nues publient en décembre 1955 le scénario du film, précédé de Grande fête de nuit de Guy Debord29. Ce numéro voit aussi deux autres signatures lettristes, à savoir Michèle Bernstein (récemment mariée avec Debord), avec un court texte intitulé Refus de discuter, qui entérinerait l’ascendant des idées sur l’amitié, au point de sacrifier la relation à autrui sur l’autel d’une nécessaire convergence des manières de voir et de penser, et celui de Jacques Fillon, Description raisonnée de Paris (itinéraire pour une nouvelle agence de voyage). Ce dernier texte d’une vingtaine de lignes semble cependant un prétexte à être présent dans la revue de Nougé et de Mariën tant il est une sorte de paratexte littéral et sans grand intérêt de ce que développe au même moment Debord autour de la psychogéographie. Le texte sera d’ailleurs désavoué peu de temps après par le situationniste auprès de Piero Simondon comme «  une sottise nettement anti-psychogéographique  »30. On peut ainsi affirmer que la revue Lèvres-nudiste offre une place inappréciable aux lettristes tendance Debord et leur ouvre un lectorat plus important tout autant qu’international.

  • 31 Debord (Guy Ernest), Wolman (Gil J.), «  Mode d’emploi du détournement  », Les Lèvres nues, n°  8 (...)
  • 32 Toutes les références du texte sont d’ailleurs assujetties à l’imaginaire du surréalisme internat (...)
  • 33 Nougé (Paul), «  Nouvelle géographie élémentaire  », dans Variétés, «  Le surréalisme en 1929  », (...)
  • 34 Nougé (Paul), «  La Publicité transfigurée  », op. cit., p. 291.

12En 1956, la parution de Mode d’emploi du détournement marque une inflexion notable vers les pratiques situationnistes en faisant le pari d’un dépassement du surréalisme et de «  l’ennuyeuse écriture automatique  »31. Même si l’idée générale du texte est de procéder, comme son titre l’indique, à des détournements, le travail sur le texte et l’image ne s’émancipera guère du précédent demi-siècle d’expériences tous azimuts que menèrent les dadaïstes et les surréalistes notamment32. La couverture de la revue arbore une carte de France dont les principales villes localisées portent des noms de villes algériennes, façon de renverser l’Algérie française en pleine crise par la France-algérienne pleine de promesse dans le contexte de décolonisation souhaitée autant par les lettristes que les Lèvres-nudistes. Ainsi Paris devient-il Alger tandis que Marseille laisse la place à Constantine et Lyon à Oran. La publication résolument anticoloniale et contre l’Algérie française étant belge, elle n’est pas soumise à la censure française sur le sujet. Cette posture décoloniale n’est pas sans rappeler la carte «  Le monde au temps des surréalistes  », publiée en juin 1929 dans Variétés, qui construisait une anamorphose des pays en fonction de leur intérêt d’un point de vue surréaliste. Nougé avait d’ailleurs contribué à ce numéro de Variétés par un texte dont on oublie souvent qu’il entrait en résonance déjà avec la sensibilité lettriste à l’égard du spatial. Nouvelle géographie élémentaire de Nougé est en effet une digression sur l’espace en tant que projet émancipateur, prospectif et de création de situations33. Mode d’emploi du détournement, publié en mai 1956, est un texte majeur de Debord et Nougé ne se trompe pas en y voyant certainement des liens étroits avec ce qu’il avait déjà esquissé depuis plusieurs décennies. En octobre 1925, dans La Publicité transfigurée, Paul Nougé mettait en garde quant à la manipulation de ces objets visuels porteuse d’une réelle dangerosité34. Debord en fera son arme la plus affûtée.

Couverture de la revue Les Lèvres nues, n° 8, mai 1956.

  • 35 Nougé (Paul), Histoire de ne pas rire, Bruxelles, Édition de la revue Les Lèvres nues, 1956. (Sur (...)
  • 36 Tous ces textes paraissent dans Les Lèvres nues, n°  9, novembre 1956.

13Les échanges épistolaires qui nous sont parvenus montrent à l’évidence une intense collaboration entre Nougé, Mariën, Graverol et les amis de Debord. Il y a à ce moment précis une étroite complicité théorique entre les deux groupes. En juillet 1956, Guy Debord félicite Marïen d’avoir réussi à réunir les textes d’Histoire de ne pas rire de Nougé35. On peut aisément dire aujourd’hui qu’avec la distance, se dégage de ces textes une grande parenté d’esprit avec ceux de Debord. Dans la foulée, au mois d’août, Debord envoie pour publication plusieurs textes dont Théorie de la dérive, suivi de Deux comptes-rendus de dérive, sans oublier les textes de Wolman Satisfait ou remboursé, Position du Continent Contrescarpe, enfin J’étais propre36. On peut considérer qu’il s’agit là de l’acmé de leur travail en commun, tant par la qualité des textes que par leur importance à l’égard de l’IS.

  • 37 La revue Internationale situationniste paraît de juin 1958 (n°  1) à septembre 1969 (n°  12). Ell (...)

14Ensuite, force est de constater qu’il n’y a plus vraiment autant d’émulation et en l’absence d’autres textes il ne reste que des conjectures, sans pour autant qu’on puisse établir avec certitude les raisons qui ont lentement mais sûrement entraîné le délitement des amitiés et des collaborations. L’hiver 1956 coïncide donc à la fin attendue de la collaboration des lettristes à la revue Les Lèvres nues. Même si épisodiquement Debord ou Michèle Bernstein continuent d’être en contact avec Mariën ou Nougé, on peut dire que les liens se distendent inexorablement et définitivement. Les lettristes sont engagés dans la création de l’Internationale situationniste dans les mois qui suivent et c’est cette énergie-là qui œuvrera à la publication de la propre revue du groupe dont on connaît bien la ligne éditoriale37. Sans doute faut-il y voir une volonté de faire cavalier seul et de renoncer aux réseaux d’amitiés tissés en Belgique. Nougé et Debord auront donc été des compagnons de route pendant quelques années, à l’écart du surréalisme et dans une effervescence créatrice dont on n’imagine, ni ne mesure encore, combien les situationnistes en furent redevables.

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Notes

1 L’expression est de Debord, qui écrit  : «  Ce sont d’ailleurs (les lèvres-nudistes) les seuls types sortables au nord de Paris.  » (Debord (Guy), Lettre à Gil, 7 octobre 1955, dans Correspondance, vol. «  0  », Paris, Arthème Fayard, 2010)

2 Paulhan (Jean), «  La révolution surréaliste  », et «  Bleu 1, Rose 2…  », La Nouvelle Revue française, n°  137, 1er février 1925, p. 255-256.

3 Critique intéressante quand on sait qu’il signera également le tract «  Pas de quartiers dans la Révolution  » en juin 1947 qui marque la naissance du surréalisme révolutionnaire d’obédience communiste assumée.

4 Jacques Rivière, très malade (il meurt le 14 février 1925), laisse la direction de la revue à Paulhan conformément aux directives de Gaston Gallimard.

5 Nougé (Paul), «  L’armée du crime, tableau en manière de symbole  », La Révolution surréaliste, n°  9-10, 1er octobre 1927, p. 18.

6 À noter quand même la blague de Magritte avec son Manifeste pour un surréalisme en plein soleil d’octobre 1946. Adressé à André Breton qui revenait d’exil et dans lequel il proposait de départager un bon d’un mauvais surréalisme, ni plus ni moins. Ce manifeste faisait figure d’affront inconséquent d’autant que les protagonistes bruxellois montraient une proximité avec le parti communiste belge. Cette mauvaise idée, (Nougé en était signataire par défaut ( ?)), avait eu pour conséquence de jeter un froid entre les Bruxellois et les Parisiens. Toute l’affaire est révélée par Joë Bousquet comme en témoigne une lettre de Breton à Hans Bellmer du 22 novembre 1946 (Vente lettres et manuscrits  : collection Christian Genet, lot 14, ADER, Drouot, jeudi 3 octobre 2019).

7 Voir notamment Smolders (Olivier), Paul Nougé. Écriture et caractère à l’école de la ruse, Bruxelles, Éditions Labor, 1995.

8 Il existe déjà une certaine littérature grise sur le sujet notamment pour une rapide contextualisation  : Duwa (Jérôme), Surréalistes et Situationnistes, vies parallèles, Paris, Dilecta, 2008  ; Schmitt (Michel P.), «  Les Lèvres nues. Une arrière-garde en devenir  », La Revue des revues, vol. 55, n°  1, 2016, p. 16-33. DOI  : 10.3917/rdr.055.0016. URL  : https://0-www-cairn-info.catalogue.libraries.london.ac.uk/revue-la-revue-des-revues-2016-1-page-16.htm (actif le 2 janvier 2024)

9 Voir notamment Flahutez (Fabrice), Le Lettrisme historique était une avant-garde, Dijon, Les Presses du Réel, p. 67-72.

10 On retrouvera Nougé ici ou là quand même et notamment lorsqu’il publie une nouvelle dans la revue surréaliste parisienne des années 1960  : Nougé (Paul), «  Carnet secret de Feldheim  », La Brèche, n°  7, décembre 1964, p. 3-7.

11 Le Bateau ivre. Numéro spécial du Centenaire, (Bulletin des amis de Rimbaud), n°  13, textes, dessins et documents inédits commentés par Pierre Petitfils, Paris, Éditions Messein, Henri Matarasso, septembre 1954.

12 Rimbaud (Arthur), La Chasse spirituelle, introduction de Pascal Pia, Paris, Mercure de France, 1949. Voir toute l’affaire dans Breton (André), «  Flagrant Délit  », La Clé des Champs, Œuvres complètes, t. III, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1999, p. 790-834.

13 Voir notamment Debord (Guy), Œuvres, édition établie et annotée par Jean-Louis Rançon, en collaboration avec Alice Debord, préface et introductions de Vincent Kaufmann, Paris, Gallimard, coll. «  Quarto  », 2006, p. 157-167.

14 Le déroulé de ces rencontres est détaillé par François Coadou dans Debord (Guy), Lettres à Marcel Mariën, Toulon, La Nerthe, 2015, p. 16-26.

15 L’Internationale lettriste publie dans La Carte d’après nature, dirigée par Magritte, un premier texte en réponse à l’enquête sur Quel sens donner au mot poésie  ? en janvier 1954, texte signé par Mohamed Dahou, Henry de Béarn, Guy-Ernest Debord, Gilles Ivain, Gaëtan M. Langlais, Gil J. Wolman  ; le second texte est publié en juin 1954 en réponse à l’enquête  : La pensée nous éclaire-t-elle, et nos actes, avec la même indifférence que le soleil, ou quel est notre espoir et quelle est sa valeur  ? Il est signé par Henry de Béarn, André Conord, Mohamed Dahou, Guy-Ernest Debord, Jacques Fillon, Patrick Straram, Gil J. Wolman. À noter que Breton est sollicité en avril 1954 pour La carte d’après nature et pour Les Lèvres nues, n°  3.

16 Debord (Guy), Lettres à Marcel Mariën, op. cit., p. 29.

17 Lettre de Debord à André Frankin datée du 8 décembre 1954 dans Debord (Guy), Correspondance. Volume 0, septembre 1951-juillet 1957  : complété des «  lettres retrouvées  » et de l’index général des noms cités, Paris, A. Fayard, 2010, p. 48.

18 Les Lèvres nues, n°  4, janvier 1955. On y faisait référence au scandale lettriste de Notre-Dame déjà condamné par Debord dans sa lettre à Mariën du 24 octobre 1954.

19 Debord (Guy), Correspondance. Volume 0, op. cit., p. 57.

20 Debord (Guy), «  Introduction à une critique de la géographie urbaine  », Les Lèvres nues, n°  6, septembre 1955, p. 11-15.

21 Debord cite un vers tiré de Breton (André), «  Le Revolver à cheveux blancs  », Œuvres complètes, t. II, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1988, p. 50.

22 Debord reçoit notamment grâce à Marïen  : Paul Nougé, La Conférence de Charleroi, Bruxelles, le Miroir infidèle, 1946 et Paul Nougé, René Magritte ou les images défendues, Bruxelles, Les Auteurs associés, 1943.

23 Sur le lien causal ou prospectif de Nougé sur Debord voir  : Coadou (François), «  Retour sur le détournement  », Situations, dérives, détournements  : statuts et usages de la littérature et des arts chez Guy Debord, François Coadou (dir.), Paris, Art book magazine - Limoges, ENSA, 2017, p. 55-66.

24 Flahutez (Fabrice), Danesi (Fabien), Guy (Emmanuel), La Fabrique du cinéma de Guy Debord, Arles, Actes Sud, 2013.

25 Voir Nougé (Paul), «  La Publicité transfigurée  », repris dans L’Expérience continue, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1981, p. 286-331 et Magritte (René), Nougé (Paul), Pour l’année 1928, la Maison Samuel nous présente quelques manteaux, Bruxelles, Maison Ch. Muller S. Samuel et Cie successeurs, 30 bd Bischoffsheim, automne 1927. Enfin  : Biron (Michel), «  Le refus de l’œuvre chez Paul Nougé  », Textyles [En ligne], n°  8, 1991, consulté le 2 janvier 2024.

26 Debord (Guy), Correspondance. Volume 0, op. cit., p. 80.

27 Nougé (Paul) et Marïen (Marcel), «  Le parti pris de la lumière  », Les Lèvres nues, n°  2, août 1954, p. 3-5.

28 Nougé (Paul), «  Introduction au cinéma  », Histoire de ne pas rire, Petit-Rœulx (Belgique), Cistre - Lausanne, Éditions l’Âge d’homme, 1980, p. 37.

29 Les Lèvres nues, n°  7, décembre 1955, p. 18-23.

30 Debord (Guy), Correspondance. Volume 0, op. cit., p. 174.

31 Debord (Guy Ernest), Wolman (Gil J.), «  Mode d’emploi du détournement  », Les Lèvres nues, n°  8, mai 1956, p. 2-9. (Par détournement, le sommaire de la revue attribue le texte à Aragon et Breton.)

32 Toutes les références du texte sont d’ailleurs assujetties à l’imaginaire du surréalisme international.

33 Nougé (Paul), «  Nouvelle géographie élémentaire  », dans Variétés, «  Le surréalisme en 1929  », n° Hors-série, Bruxelles, juin 1929, p. 16-17.

34 Nougé (Paul), «  La Publicité transfigurée  », op. cit., p. 291.

35 Nougé (Paul), Histoire de ne pas rire, Bruxelles, Édition de la revue Les Lèvres nues, 1956. (Sur la quatrième de couverture est inscrit  : «  Exégètes, pour y voir clair, rayez le mot surréalisme  »).

36 Tous ces textes paraissent dans Les Lèvres nues, n°  9, novembre 1956.

37 La revue Internationale situationniste paraît de juin 1958 (n°  1) à septembre 1969 (n°  12). Elle est rééditée en un volume par les éditions Champ Libre à Paris en 1975.

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Table des illustrations

Titre Paul Nougé dans son laboratoire
Légende Photographie noir et blanc, ca. 1930, localisation inconnue. DR.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/textyles/docannexe/image/6600/img-1.png
Fichier image/png, 352k
Titre Paul Nougé, « L’armée du crime, tableau en manière de symbole »
Légende La Révolution surréaliste, n° 9-10, 1er octobre 1927, p. 18.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/textyles/docannexe/image/6600/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 264k
Légende Couverture de la revue Les Lèvres nues, n° 8, mai 1956.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/textyles/docannexe/image/6600/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 282k
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Pour citer cet article

Référence papier

Fabrice Flahutez, « Paul Nougé et Guy Debord aux Lèvres-Nudistes (1954-1956) »Textyles, 66 | 2024, 37-48.

Référence électronique

Fabrice Flahutez, « Paul Nougé et Guy Debord aux Lèvres-Nudistes (1954-1956) »Textyles [En ligne], 66 | 2024, mis en ligne le 16 avril 2024, consulté le 14 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/textyles/6600 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/textyles.6600

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Auteur

Fabrice Flahutez

Université Jean Monnet (Saint-Étienne) – Institut Universitaire de France

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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