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AccueilNuméros79L’astrofuturisme et au-delàDubaï sur orbite

L’astrofuturisme et au-delà

Dubaï sur orbite

Le musée du futur comme dispositif visionnaire
Dubai in orbit : the Museum of the Future as a visionary device
Laure Assaf
p. 54-69

Résumés

Inauguré à Dubaï en 2022, le musée du Futur est un musée sans œuvres ni collections. Plongeant le visiteur au sein de scénarios spéculatifs, son objectif affiché est de susciter l’optimisme envers l’avenir. Si les défis exposés sont bien ceux annoncés par les sciences contemporaines – réchauffement climatique, extinction de masse, diminution des ressources – les solutions proposées relèvent toutes de l’innovation technologique, secteur central d’investissement pour le gouvernement émirien. Dans un contexte marqué par la préparation de l’ère post-pétrole, le futur apparaît ainsi comme quelque chose à créer plutôt qu’à prédire, et le musée comme un lieu où s’éprouvent les « visions » des dirigeants.

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Texte intégral

Dubaï sur orbiteAfficher l’image
Crédits : Zofia Jelowicka, 2023 - HEAR
  • 1 Le récit de la visite du musée est fondé sur des observations menées lors de deux visites, en févri (...)

1« Les mondes que vous allez rencontrer ne sont pas des prédictions : ce sont des défis. Votre rôle est de les explorer, et d’en revenir avec des découvertes qui peuvent aider le présent. » Aya, la jeune femme qui s’adresse ainsi aux visiteurs, est un personnage virtuel servant de guide au sein du musée du Futur, inauguré le 22 février 2022 à Dubaï (une date choisie pour son palindrome). Elle apparaît sur l’écran d’une salle aux murs gris métallique baignés de lumière bleue : c’est là que débute la visite, dans une obscurité qui contraste avec la lumière naturelle du hall d’entrée1.

2« Votre voyage débute dans un lieu et à une époque très spéciaux », poursuit Aya : « le spatioport Mohammed bin Rashid, février 2071 ». L’année choisie pour ce scénario spéculatif est celle du centenaire de la formation des Émirats arabes unis. Le spatioport fictif porte le nom de l’émir actuel de Dubaï, Premier ministre et Vice-Président du pays, et acteur central de la conception du musée. Ses citations calligraphiées en ornent la façade ellipsoïde, et c’est à travers elles que la lumière pénètre dans le bâtiment.

3Une porte s’ouvre vers un ascenseur en forme de navette spatiale ; la voix de la capitaine annonce que nous quittons la Terre. Un compte à rebours se fait entendre, suivi des bruits mécaniques du décollage. Sur les écrans hublots qui tapissent les cloisons, la ville de Dubaï – dans une version futuriste mais reconnaissable – s’éloigne progressivement. Aux gratte-ciels succèdent la ligne côtière et les îles artificielles qui la bordent, célèbres pour être visibles depuis l’espace. Soudain les sons s’atténuent, laissant place au silence : n’apparaissent plus que la courbe du globe terrestre et le ciel étoilé. Enfin surgit la station spatiale, accompagnée d’une musique triomphale. « Bienvenue dans l’espace ! », s’exclame l’employé du musée qui nous accueille à l’étage.

4Le musée du Futur projette les visiteurs dans un voyage à contretemps, à travers trois étages immersifs qui déploient des futurs possibles avant de revenir au monde contemporain. Le parcours débute dans un lointain à la fois temporel et géographique : une station spatiale émirienne en orbite à six cents kilomètres de la Terre, dans une cinquantaine d’années. Il redescend ensuite sur notre planète, toujours en 2071, où l’humanité y adapte génétiquement les espèces végétales et animales pour faire face au désastre écologique qui a eu lieu, et trouve refuge dans les techniques traditionnelles de méditation pour échapper à l’envahissement technologique. La visite s’achève sur un futur proche fait de voitures sans conducteur, de matériaux architecturaux organiques et de robots de compagnie développés dans le monde d’aujourd’hui par les entreprises partenaires du musée.

  • 2 La notion de musée encyclopédique ou musée universel a en effet été mobilisée, depuis le début des (...)
  • 3 Voir : https://museumofthefuture.ae/
  • 4 Si le musée du futur est un projet spécifiquement dubaïote, le discours qui l’entoure fait écho au  (...)

5« Il y a des choses en ce monde que vous ne trouverez dans aucune encyclopédie, simplement parce qu’elles n’existent pas… encore. » Cette annonce, en forme de clin d’œil au modèle occidental du musée encyclopédique qui alimente depuis vingt ans de nombreux débats2, ouvre l’une des vidéos promotionnelles du musée du Futur3. Celui-ci se donne en effet comme une expérience d’un nouveau genre. Musée sans œuvres ni collections, ses contenus sont en majorité des « environnements » conçus comme temporaires, qui matérialisent des possibles. Il se situe en même temps au cœur du projet économique et politique dubaïote : physiquement, par sa localisation au milieu du centre d’affaires de Dubaï (DIFC) et son architecture spectaculaire qui l’inscrivent parmi les monuments de la ville ; symboliquement, par la présence centrale de l’Émir dans toutes les étapes de la création du musée ; et discursivement, par la manière dont s’y incarne le tournant vers l’économie post-pétrole et le rapport spécifique au futur du gouvernement émirien4.

  • 5 Tandis que les futures studies sont un champ universitaire, le foresight en est la version appliqué (...)

6Quel futur se déploie et s’éprouve au sein du musée ? Ce dernier ne s’appuie sur aucun des domaines traditionnellement associés au dispositif muséal – histoire, arts, sciences de la nature, archéologie ou encore anthropologie. Il est en revanche adossé à des champs récemment institutionnalisés, ceux du foresight et des études des futures studies5, au croisement entre discipline universitaire et pratique professionnelle. Ces champs se sont construits par contraste avec les sciences prédictives : ils conçoivent le futur comme un ensemble de possibles à explorer et récemment, façonner, plutôt qu’a prédire. Or cette approche résonne singulièrement avec les modes de gouvernance privilégiés par l’État émirien, dont les plans de développement prennent la forme de « visions » performatives initiées par les Émirs. Un aphorisme de Mohammed bin Rashid Al Maktoum, « Voir le futur, créer le futur », souvent présenté comme le slogan du musée, illustre cette orientation. Le musée du Futur peut ainsi être lu comme un dispositif visionnaire au service du projet politique dubaïote.

7Le présent article alterne récit de la visite en encadrés et analyse du discours et des dispositifs muséographiques afin d’examiner cet alignement singulier – non dénué de contradictions – entre le champ contemporain du foresight et les « régimes d’historicité » (Hartog 2003) dominants aux Émirats arabes unis. Il montre comment les outils mis en œuvre au sein du musée du Futur – à l’intersection du design et des futures studies – cherchent à susciter l’adhésion moins à un futur spécifique qu’à des orientations particulières, optimistes et technologistes, quant à l’avenir, tout en projetant Dubaï comme le lieu où se fabrique le monde de demain.

Musée du Futur, chapitre 1 : La station spatiale orbitale « OSS Hope »

  • 6 Le nom Hope (Espoir), Amal en arabe, fait référence à une sonde spatiale lancée par les Émirats ara (...)

À la sortie de l’ascenseur, Aya, notre guide, annonce que nous venons de débarquer sur la station spatiale orbitale émirienne OSS Hope6. Plus exactement, nous arrivons dans son centre de recrutement, invités à rejoindre la « communauté de pionniers » qui l’habite. Rassemblés autour d’une large maquette mobile de la station, nous découvrons le projet central auquel ces pionniers se consacrent : une ceinture photovoltaïque autour de la Lune, qui capte l’énergie solaire pour la renvoyer vers la Terre par l’intermédiaire de réflecteurs satellites. En 2071, le projet est en cours de finalisation. Lorsqu’il sera activé, il fournira une énergie propre et renouvelable suffisante pour combler les besoins terrestres.

Les dispositifs interactifs et les objets exposés contribuent à bâtir, par touches, ce monde du futur. La salle suivante nous plonge dans la vie à bord de la station spatiale. Un mur entier fait figure de baie vitrée avec vue sur la courbure terrestre, agrémentée de coordonnées et d’informations comme sur un tableau de bord. Accrochés au mur ou présentés sous une vitrine se trouvent les divers artefacts créés par les « pionniers » à partir de matériaux collectés dans l’espace, du stylo plume anti-gravité au bras bionique. De courtes vidéos, figurant des vlogs (vidéo-blogs) transmis par les scientifiques de la station spatiale, laissent entrevoir une communauté plurielle en termes de nationalités, d’ethnicités et de langues (ou plutôt d’accents, puisque toutes sont en anglais), une diversité qui rappelle celle de la population actuelle de Dubaï. Certaines sont humoristiques : une astronaute explique comment collecter de l’eau potable à partir de météorites et compare différents crus à la manière d’une œnologue. D’autres, poétiques : une musicienne s’interroge sur ce que cela signifie de jouer d’un instrument dans l’espace, mentionnant au passage que sa guitare en bois est un objet précieux : les arbres ont quasi disparu de la surface de la Terre. Au détour d’une autre vidéo, une scientifique sud-américaine en direct de l’Amazonie décrit la forêt en feu et la planète en proie à de violents conflits. Elle suggère qu’ils sont dus à la pénurie de ressources énergétiques : le projet de ceinture photovoltaïque, en faisant de l’énergie solaire un bien commun à toutes les nations, permettra donc enfin une coexistence pacifique sur Terre.

Faire expérience du futur

8Le monde futur mis en scène par le musée débute donc par une solution technologique, et extra-planétaire, à un problème majeur : celui de la production énergétique, et en particulier de l’épuisement des ressources pétrolières. La question a évidemment une résonance particulière à Dubaï, dont le développement spectaculaire dans la deuxième moitié du xxe siècle a été financé grâce à la rente pétrolière. Moins bien doté en hydrocarbures que l’émirat voisin d’Abu Dhabi, cependant, Dubaï a diversifié son économie au cours des dernières décennies et investi les secteurs du commerce, des transports, de la finance, de l’immobilier ou encore du tourisme. Le musée participe de fait à cet effort de diversification. Dans le futur de 2071 qu’il projette, les Émirats continuent à approvisionner la planète en énergie – mais une énergie solaire, propre et renouvelable. Ce récit peut être interprété comme un « imaginaire sociotechnique », c’est-à-dire une « vision collective d’un futur désirable » et du type de société atteignable grâce aux avancées scientifiques et technologiques (Jasanoff 2015 : 4).

  • 7 Sur la différence entre le probable, le plausible et le possible, voir Dunne & Raby 2013.

9Ce projet constitue la prémisse du monde futur proposé aux visiteurs. Au-delà de ce cadre narratif, le parcours ne comporte que peu de texte ou d’explications : un « flou intentionnel » (McGetrick 2022a) assumé par ses concepteurs. La construction de ce futur passe d’abord par l’environnement sonore et visuel. L’obscurité des salles, les tables dynamiques où évoluent les formes lumineuses des planètes, les écrans numériques qui dissèquent des technologies mystérieuses ou encore l’exposition d’objets qui n’existent pas (mais sont des simulations de ceux qui pourraient exister un jour) créent une forme familière d’enchantement, commune aux représentations du cosmos. Ces dispositifs suscitent parfois la confusion du public : dans la plupart des interactions observées entre visiteurs et employés du musée, ces derniers devaient fréquemment préciser que rien de ce qui est exposé n’est « réel » – mais simplement une simulation d’un futur possible. Si ce dernier est plausible – l’univers de la station orbitale a été élaboré en consultant des experts de la NASA (McKelvey 2022) – il n’est pas probable : les technologies évoquées ne renvoient à aucun projet en cours7.

  • 8 Koolhaas a produit de nombreux écrits sur Dubaï et son cabinet d’architecture, OMA, a dessiné plusi (...)

10Les dispositifs employés pour matérialiser des possibles apparaissent curieusement low tech, dans un contexte où le gouvernement dubaïote a fortement investi les nouvelles technologies – multipliant les plans stratégiques pour développer les technologies blockchain ou encore le Métavers. Le choix est assumé : lors de ses interventions publiques, le directeur artistique du musée, Brendan McGetrick (2022a), évoque le caractère souvent frustrant et décevant d’un médium « futuriste » comme la réalité virtuelle – qui ne serait pas encore à la hauteur des attentes qu’elle suscite chez les usagers. Le musée s’appuie ainsi délibérément sur des supports classiques tels que les décors et la mise en scène, jugés plus accessibles à un grand nombre de publics. McGetrick est un designer et commissaire d’exposition américain qui a débuté sa carrière auprès de l’architecte théoricien Rem Koolhaas8 et a rejoint le musée du Futur en 2019. Il souligne la primauté du scénario spéculatif dans la conception des étages du musée : l’important est moins le contenu des expositions que la cohérence du contexte dans lequel sont projetés les visiteurs. Le musée du Futur n’est donc ni une galerie de prototypes ni un musée de science-fiction. Il se présente comme une « expérience » du futur ou, plus exactement, de futurs possibles, au sein desquels les visiteurs sont invités à évoluer. Quel est alors l’effet recherché de cette expérience ?

Musée du Futur, chapitre 2 : L’Institut HEAL

Un étage plus bas, à l’entrée du couloir, une fenêtre virtuelle s’ouvre sur Dubaï en 2071. La skyline est familière, augmentée simplement de quelques tours aux architectures extravagantes, et de places plantées d’arbres et ornées de fontaines. Différence plus notable, le ciel est peuplé de drones et autres véhicules volants.
Redescendus sur Terre, nous sommes conviés à explorer comment « guérir » la planète, « avec l’aide de l’intelligence artificielle et du biodesign ». La forêt amazonienne est de nouveau invoquée comme un exemple d’écosystème exceptionnel, mais brisé par des années de déforestation, d’incendies et d’agriculture intensive : en somme, un environnement à sauver. Les salles qui suivent présentent les outils technologiques qui contribueront à ce salut. Parmis elles, un « laboratoire » dont les murs sont couverts de hublots de tailles variées derrière lesquels des embryons de plantes se développent, met en scène la manière dont diverses espèces végétales pourront être génétiquement modifiées afin de les rendre plus résistantes au changement climatique, ou de les adapter à de nouveaux environnements.
C’est à cet étage que se trouve la salle phare du musée. La « bibliothèque » offre en effet une vue spectaculaire : des rangées de bocaux de verre renferment des hologrammes de diverses espèces animales et végétales. Les barres métalliques qui les soutiennent se fondent dans l’obscurité de la salle, donnant l’impression d’organismes suspendus dans les airs, tandis que l’éclairage parcourt le spectre lumineux en un effet arc-en-ciel. La salle simule une banque ADN où serait stocké le code génétique de milliers d’espèces : une arche de Noé des temps futurs.

Cultiver l’optimisme par l’affect

  • 9 La Fondation publie sur son site un « glossaire arabe pour les terminologies du futur », qui propos (...)

11La conception du musée comme expérience du futur s’appuie sur des notions à la croisée du monde du design et des futures studies : celles de « design spéculatif » (Dunne et Raby 2013), de « design fiction » (Bleecker 2009 ; Sterling 2013) ou encore de « futur expérientiel » (Candy et Dunagan 2017). Ces concepts sont tous cités par une autre figure-clé du projet : l’Américain Noah Raford, qui se présente comme un futuriste et spécialiste du foresight. Après avoir soutenu une thèse en planification urbaine au MIT portant sur les scénarios participatifs (2011), Raford travaille comme conseiller auprès du bureau du Premier ministre émirien. À partir de 2016 et jusqu’en 2022, il occupe le poste de Chef des opérations et « Futuriste en chef » à la Dubai Future Foundation, l’institution gouvernementale qui préside à la création du musée. Fondée en 2016, elle comporte de multiples volets : recherche, éducation, accélérateur d’entreprises, régulation ou encore diffusion des savoirs, avec notamment un programme qui traduit vers l’arabe le « langage de l’innovation »9. Directement associée au pouvoir exécutif dubaïote, la Dubai Future Foundation est rapidement devenue une institution centrale. C’est à travers elle que sont décidées les grandes orientations économiques de l’émirat, notamment celles concernant les nouvelles technologies. Un dispositif particulier de régulation (regulatory sandbox) lui permet en outre de superviser des activités pour lesquelles il n’existe pas encore de cadre légal.

  • 10 L’OCDE possède par exemple une Strategic Foresight Unit ; le Programme des Nations Unies pour le dé (...)

12Le vocabulaire des futures and foresight occupe ainsi une place de choix au sein du gouvernement émirien. Alors qu’en 2013 des futuristes notaient les difficultés de ce champ à s’établir comme discipline universitaire et comme profession (Hines & Gold 2013), la décennie suivante semble avoir réalisé ces objectifs. Il existe en effet un nombre croissant de parcours universitaires qui lui sont dédiés, et la plupart des organisations internationales et des grandes entreprises multinationales se sont dotées de départements de foresight10. La Dubai Future Foundation comporte une « académie » à travers laquelle cours et ateliers sont proposés aux résidents des Émirats, en particulier aux jeunes, par des futuristes du monde entier.

  • 11 Le choix du masculin reflète le fait qu’un peu moins des deux tiers des intervenants sont des homme (...)

13En octobre 2022, le musée a accueili le Dubai Future Forum, regroupant 85 intervenants et plus de 400 participants, des écrivains de science-fiction aux astronautes en passant par des chercheurs, consultants, et décideurs politiques11. Cet événement sert la « vision » annoncée par le site de la Fondation : faire de Dubaï une « ville leader » du futur, ici en y rassemblant les professionnels qui l’étudient, l’inventent, ou participent à le faire advenir.

14Mais l’ambition affichée par les concepteurs du musée va au-delà de la visibilité internationale de Dubaï. Si les futures studies et le foresight constituent des champs distincts – les premières favorisent l’exploration et l’expérimentation, avec un horizon large ; le second a pour objectif de prendre des décisions dans le présent – ils partagent des fondements semblables. Ils s’appuient en effet sur l’idée que le monde contemporain est marqué par une incertitude radicale et des transformations rapides. Dans ce contexte, les prédictions s’avèrent insuffisantes, en raison de leur court terme et de leur orientation vers un futur unique. Se préparer au futur impliquerait, à l’inverse, la prise en compte de scénarios multiples et de tendances profondes (megatrends) qui, en informant nos choix présents, permettrait de se diriger vers un futur désirable. En somme, ces champs invitent à repenser notre rapport à la temporalité.

15En même temps que la Dubai Future Foundation consacre l’institutionnalisation du champ du foresight aux Émirats, ses concepteurs affichent leur volonté de promouvoir une « culture du futur », notamment auprès de la jeunesse (Assaf 2020). Cette dynamique se retrouve dans d’autres secteurs comme celui de l’aérospatiale : d’abord impopulaire auprès des jeunes Émiriens, d’importantes campagnes médiatiques l’ont changé, avec succès, en un domaine attractif. C’est dans le façonnement de cette culture du futur qu’intervient le musée. En ce sens, il rejoint l’une des fonctions classiques des musées : il est une interface didactique avec le public, qui vise ici à rendre accessible une certaine vision du futur. Raford comme McGetrick, en effet, soulignent la volonté de ne pas limiter le public à une minorité intéressée par les nouvelles technologies : il s’agit à l’inverse de s’adresser au plus grand nombre.

  • 12 Raford Noah, « Dubai, Museums, Innovations, & the Future » (conférence), Meet the Media Guru ; Fond (...)
  • 13 Raford Noah, « Hopeful Futuremaking at Scale. The Dubai Future Story » (conférence), Global Art For (...)

16L’objectif, explique ainsi Raford, est de donner à « toucher » et « sentir » ce que pourrait être le futur, afin que les visiteurs l’appréhendent de manière « physique » et « viscérale12 ». La muséographie s’appuie ainsi largement – jusque dans les adjectifs utilisés – sur des propositions récentes dans le domaine du design. La notion de futur expérientiel (experiential future), définie par les futuristes Stuart Candy et Jake Dunagan (2017), dépeint la manière dont le design peut être employé pour sortir le futur de l’abstraction. Les artefacts présentés au public deviennent ainsi des interfaces d’interaction avec un futur possible, conçu en amont ; ils sont en somme la matérialisation d’un scénario spéculatif. De façon similaire, l’artiste et designer Julian Bleecker (2009), faisant le constat de ce que les innovations scientifiques doivent à la science-fiction, propose la notion parallèle de « design fiction » comme outil exploratoire. Celle-ci repose sur un « prototype diégétique » (Sterling 2013) – en d’autres termes, la conception d’un objet ou d’une technologie qui n’existe pas (encore) dans notre monde, mais pourrait exister dans celui proposé au visiteur. Ces différentes formes de mise en présence du futur par le design sont vues comme un outil puissant à la fois pour stimuler l’imagination spéculative et pour mobiliser les publics. En plongeant les visiteurs du musée dans un environnement futur pleinement réalisé, les scénarios mis en œuvre sont, pour Raford, « plus intéressants, exaltants et riches en informations qu’un rapport d’expert13 » ou que l’exposition d’une série d’objets. Pour les concepteurs de ces méthodes comme pour ceux du musée, ces environnements se doivent aussi de rester ouverts : Raford cite la célèbre compagnie britannique de théâtre immersif Punchdrunk pour évoquer la manière dont les visiteurs sont libres de suivre les fils de ces scénarios, comme ils peuvent aussi simplement se promener en leur sein.

17Au-delà de ces notes d’intention, force est de constater que c’est d’abord l’émotion esthétique, et visuelle, qui est mobilisée tout au long du parcours muséal. Le chapitre 3 (appelé al-wāḥa, « l’oasis ») est le seul à mettre en scène d’autre formes d’expériences sensorielles – notamment tactiles et olfactives. Il est aussi le moins directement inscrit dans le scénario spéculatif du musée. Avec une architecture qui emprunte au hammam et des salles organisées autour de diverses techniques méditatives, il est décrit comme un lieu de bien-être individuel, permettant aux humains du futur de se déconnecter des technologies et de se « reconnecter » avec leurs sens.

18Il est pourtant nécessaire de prendre au sérieux les discours des concepteurs du musée. Ceux-ci sont explicites quant à l’enjeu de façonner les subjectivités des visiteurs. Les imaginaires sociotechniques projettent en effet non seulement une vision « du type de société que l’innovation peut faire advenir », mais aussi « du type de société nécessaire pour que cette innovation ait lieu » (Tutton 2021 : 418). En ce sens, le musée du Futur se donne comme un espace qui cherche à affecter les visiteurs, afin de cultiver en eux des dispositions spécifiques quant à l’avenir. McGetrick (2022b) théorise ainsi le musée comme une expérience qui va au-delà de « l’immersion » pour devenir « expansive » : ce qui compte serait moins le réalisme des environnements créés que les effets qu’ils produisent sur le public. Le musée aspire ainsi à « transformer des visiteurs passifs en une communauté engagée dans la création d’un avenir meilleur ». L’objectif est moins de « bâtir le musée du Futur » que de « contribuer à créer les gens du futur » (McGetrick 2022b).

19Or ce qui caractérise ce public transformé par l’expérience muséale, c’est avant tout l’optimisme envers l’avenir. Raford organise régulièrement ses conférences autour de l’opposition entre deux types d’affects orientés vers le futur : la peur et l’espoir. Il associe la première à une réticence au changement qui serait le résultat des inégalités produites par les grandes mutations économiques, sociales et politiques du xxe siècle. Ce discours englobe à la fois la montée des populismes, de la xénophobie et de l’extrémisme religieux, qu’il analyse comme des réactions violentes de la part des laissés pour compte de la globalisation. À l’inverse, l’espoir est décrit comme un affect positif et un moteur de changement. Le rôle du musée serait donc d’aiguiller le public dans cette direction : en conduisant les visiteurs à imaginer la place qu’ils pourraient occuper dans un avenir désirable, il aiderait à cultiver l’optimisme nécessaire pour faire advenir un monde meilleur. Ce discours explique en partie l’accent mis sur l’esthétique des salles : plus que la projection dans des scénarios futurs, ce sont les émotions que ces derniers créent chez les visiteurs qui sont valorisées.

20Une telle perspective se retrouve dans le récit général qui encadre les expositions. Alors que les grandes menaces qui pèsent sur la planète – l’extinction de masse des espèces animales, la déforestation et les grands incendies, le réchauffement climatique – y sont évoquées, elles le sont toujours par le biais des solutions technologiques qui permettront non de les éviter, mais de les compenser : sauvegarder les espèces en stockant leur ADN, numériser l’écosystème forestier pour pouvoir le comprendre et le reproduire, utiliser le biodesign pour adapter et modifier les plantes afin qu’elles survivent.

Musée du Futur, chapitre 4 : Tomorrow Today (Demain aujourd’hui)

  • 14 En anglais CSP (Concentrated Solar Power), le terme renvoie à une technologie particulière qui util (...)

La dernière salle du musée nous rapproche à la fois dans l’espace et dans le temps. Son ancrage à Dubaï et dans le présent est sensible jusque dans l’atmosphère sensorielle. Alors que les autres étages sont des successions de salles obscures, celui-ci est un espace ouvert baigné de lumière naturelle. Loin des « futurs expérientiels », il emploie un style muséographique classique : des séries d’objets sont exposées aux côtés de notices explicatives qui retracent leur potentiel pour le monde de demain. Une petite dizaine de kiosques s’y répartissent organisés selon des questions en prise avec les problèmes contemporains : Comment alimentera-t-on le futur en énergie ? Comment les drones vont-ils changer nos vies ? À quel point nos maisons seront-elles intelligentes ? Comment voyagera-t-on ? Comment peut-on améliorer nos corps ? Les robots peuvent-ils apprendre de la nature ? Les visiteurs naviguent d’un kiosque à l’autre, s’arrêtant parfois pour lire. Mais l’objet qui concentre les regards – et les photographies – est une Audi AI:ME : un prototype de véhicule autonome, électrique et compact, conçu par la célèbre marque automobile. Les objets exposés ici ne sont plus des simulations, mais des prototypes. Des cartels détaillés indiquent le nom de l’entreprise qui les sponsorise ou du designer qui les a conçus, contribuant à les ancrer dans notre réalité. Leur relation avec le futur est aussi plus immédiate, composée d’échéances précises. Un kiosque réalisé par DEWA (Dubai Water and Electricity Authority) annonce ainsi que la plus grande centrale solaire à concentration14 au monde se trouve actuellement à Dubaï, où elle contribuera au projet d’atteindre 25 % d’énergie propre d’ici 2030. Un peu plus loin, la section sponsorisée par la RTA (Roads and Transport Authority) évoque la promesse qu’à la même date, un quart des transports urbains seront autonomes.
Une vidéo intitulée « Nourrir 10 milliards » est signée du réalisateur australien Liam Young, qui se définit comme un « architecte spéculatif ». La projection inclut des extraits de son film Planet City, qui imagine avec onirisme une ville s’étendant en hauteur et hébergeant l’ensemble de la population mondiale. Ces images alternent avec des interviews d’entrepreneurs de « l’agriculture moderne » des fermes urbaines aux cultures hydroponiques verticales, en passant par la conception de chair de poisson synthétique.

21Dans les mois suivant l’inauguration du musée, une partie de ces entreprises ont signé des accords avec des institutions émiriennes : la « plus large ferme verticale » au monde a été inaugurée à Abu Dhabi en février 2023, et deux autres ont vu le jour à Dubaï.

22Le futur rendu désirable n’est donc pas n’importe quel futur : il repose sur l’innovation technologique. Les scénarios spéculatifs présentés dans le musée ont en effet pour caractéristique commune d’être des récits « techno-optimistes », dans le sens où ils lient la capacité à faire advenir un monde meilleur à l’innovation technologique. Surtout, en reconnaissant l’inéluctabilité de la catastrophe, le musée dépeint comme évidentes, et également inéluctables, les réponses qu’il propose. Bien que ses concepteurs s’en distancent, il est difficile de ne pas percevoir une résonance entre ces représentations et les imaginaires du futur promus aujourd’hui par les grands entrepreneurs de la Silicon Valley. La centralité donnée à la colonisation de l’espace en est un trait essentiel : pour le milliardaire états-unien Elon Musk, par exemple, la Terre est condamnée à un déclin inéluctable, et c’est l’ailleurs (temporel et spatial) qui permettra de résoudre les problèmes de l’ici et maintenant – par contraste avec des discours alternatifs fondés sur la nécessité de « maintenir et réparer » notre planète ou d’affronter ses problèmes dans le présent (Tutton 2021).

23Dans le cadre du musée dubaïote, ce déplacement dans le temps et l’espace permet de proposer une image positive du futur sans s’encombrer des détails qui permettraient d’y arriver : l’idée que la solution se trouve dans l’innovation technologique est une prémisse et non un objectif. Par la même occasion, Dubaï est présenté comme un émirat à l’avant-garde de cette innovation radicale.

Un futur déjà présent : Dubaï comme lieu de l’innovation

24Parmi les citations de l’Émir qui composent la façade du musée du Futur, l’une résume efficacement le « régime d’historicité » particulier adopté par l’exécutif dubaïote – et, au-delà, par le gouvernement fédéral émirien – depuis les années 2000, et plus particulièrement après la crise économique de 2008‑2010 : « Le futur appartient à ceux qui peuvent l’imaginer, le concevoir et l’exécuter. Le futur n’est pas à attendre ; il est à créer et bâtir aujourd’hui. »

25Le futur n’y est plus perçu comme quelque chose à prédire ou anticiper, mais à faire advenir. Une telle perspective contraste avec le projet de modernisation qui avait guidé les politiques de développement dans les premières décennies de la fédération : il s’agissait alors de rattraper ce que l’on concevait comme un retard perçu sur les pays développés. Implicite au sein des discours officiels contemporains se trouve l’idée que les Émirats auraient désormais atteint, voire dépassé, la modernité occidentale qui leur a longtemps servi de modèle. Cette orientation est énoncée explicitement par Raford au cours de l’une des conférences déjà citées (voir la note no 12) : la situation actuelle, explique-t-il, est différente de la période de construction du pays, où les Émirats pouvaient aller chercher des exemples de système éducatif au Royaume-Uni, des consultants culturels en Italie ou un système de soins aux États-Unis. Nous serions aujourd’hui face à des défis qui « n’ont pas de réponse », et pour lesquels « nous devons inventer nous-mêmes les solutions ». Dans un contexte où l’épuisement des combustibles fossiles est à la fois certain mais impossible à prédire avec précision, le futur apparaît ainsi comme un inconnu à façonner plutôt qu’à prévoir ou découvrir (Assaf 2020).

26Le musée du Futur peut donc être lu comme le résultat d’une résonance singulière entre la manière dont le futur est conçu par les spécialistes du foresight, et sa place au sein du régime d’historicité officiel aux Émirats arabes unis – produit de l’histoire (post-)coloniale du pays et de son orientation actuelle vers la diversification économique et la préparation de l’après-pétrole.

  • 15 Par « nouvelle économie », Sharon Zukin désigne la réorganisation du capital au tournant du xxie si (...)

27Dans ce contexte, le musée du Futur vise à consacrer Dubaï comme le lieu où se créent les nouveaux modèles du xxie siècle. Or le « complexe de l’innovation », et l’assemblage d’institutions, d’espaces et d’acteurs qui le caractérisent, sont au centre de la « nouvelle économie » globale (Zukin 2020)15. Les grandes villes sont en compétition pour attirer les entreprises qui participent à ce complexe et, par voie de conséquence, les emplois et profits qu’elles génèrent. À Dubaï, où le code du travail et la fiscalité sont déjà très favorables aux entreprises, l’accent est mis non seulement sur les capacités d’investissement de l’émirat, mais sur la flexibilité des régulations. En soulignant l’implication du gouvernement dubaïote dans ce futur souhaité, le musée et l’institution dont il fait partie assurent les entrepreneurs et investisseurs potentiels qu’ils y trouveront un soutien.

  • 16 Cette citation figure aussi sur la page principale du site internet du musée, voir
    en ligne : https (...)

28Dubaï apparaît dès lors, au sein du parcours muséal et dans les discours officiels, comme une ville-laboratoire où se fabrique le futur – un vocabulaire qui rappelle celui, courant, de la « table rase » (Koolhaas 2007) ou de la « frontière » (Günel 2019 : 48‑51) pour désigner les villes de la région. Les municipalités et les gouvernements des pays du Golfe ont souvent repris à leur compte ce vocabulaire exotisant : Neom, le récent projet saoudien de ville nouvelle au bord de la mer Rouge, joue ainsi très nettement sur cet imaginaire de la frontière tout à la fois géographique, architecturale et technologique. Le bâtiment du musée du Futur, lui aussi, matérialise cet avenir déjà présent en le spatialisant et en l’inscrivant dans la ville. La conception du musée par le cabinet d’architectes Killa Design à l’aide d’outils de modélisation 3D (BIM, building information modeling) et le processus d’assemblage de la façade assisté par des robots ont été largement documentés dans les médias locaux et internationaux comme des exemples de son architecture futuriste. Avant même que les visiteurs ne pénètrent dans le musée, le bâtiment est fait pour susciter la fascination et le désir de prendre part au futur qu’il représente. Si cette logique est commune aux architectures monumentales, elle n’est pas dépourvue d’effets (Laszczkowski 2011). Le fait que la couverture médiatique internationale de l’inauguration du musée ait régulièrement repris – de manière non critique – une phrase de l’Émir le qualifiant de « plus beau bâtiment sur Terre16 » en constitue sans doute une preuve.

29Dès sa conception, et les premiers échafaudages qui ont fait surgir son étrange forme ovale au sein de la skyline de Dubaï, le musée du Futur vise donc à créer l’émerveillement – et, ce faisant, l’adhésion à l’avenir technologiste qu’il propose. Il n’est pas surprenant, à ce titre, que ses premières salles mobilisent une autre frontière, celle de l’exploration spatiale. En mettant en avant un domaine prompt à activer l’imaginaire, et dans lequel le gouvernement émirien a fortement investi, les Émirats se placent ainsi littéralement sur orbite parmi les grandes nations. L’ouverture du musée du Futur en 2022 a en effet accompagné la tenue de l’exposition universelle à Dubaï, dont le thème officiel était « Connecter les esprits, créer le futur ». Le rôle des expositions universelles comme vitrines de la modernité et du progrès technologique a été bien étudié ; son organisation consacre la centralité de Dubaï dans la production du futur.

30Le projet de façonner des subjectivités orientées positivement vers l’avenir s’incarne jusque dans les transformations récentes des politiques migratoires, dans un pays où la naturalisation était très peu pratiquée et où n’existait pas, jusqu’à très récemment, de forme de résidence permanente. Les nouveaux visas de longue durée (golden visas), mis en place à partir de 2019, sont explicitement destinés à certaines catégories professionnelles, dont la désignation emprunte au vocabulaire de l’innovation (investisseurs, entrepreneurs, talents exceptionnels, scientifiques, etc.). Ces réformes participent d’un discours plus large au sein duquel les dirigeants émiriens présentent le pays comme un havre de paix et de tolérance, au sein d’une région marquée par les conflits et la violence politique et religieuse – on y retrouve l’opposition binaire entre espoir et peur mobilisée par les concepteurs du musée. En affichant la mission de cultiver l’optimisme envers l’avenir, le musée du Futur rejoint donc une autre fonction commune aux grands musées nationaux : celle de légitimer le projet politique de l’État qui le construit.

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Bibliographie

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« “Bienvenue dans le futur”. Images performatives du développement urbain aux Émirats arabes unis », Les Cahiers d’EMAM, no 33.

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Notes

1 Le récit de la visite du musée est fondé sur des observations menées lors de deux visites, en février et août 2022.

2 La notion de musée encyclopédique ou musée universel a en effet été mobilisée, depuis le début des années 2000, par les conservateurs et directeurs de grands musées européens et nord-américains face aux demandes croissantes de restitutions d’objets. Ces demandes se sont articulées, à l’inverse, autour d’une critique du caractère universaliste de ces grands musées et d’une remise en cause de leur ambition à exposer la diversité des cultures (Fleming 2014).

3 Voir : https://museumofthefuture.ae/

4 Si le musée du futur est un projet spécifiquement dubaïote, le discours qui l’entoure fait écho au discours officiel à l’échelle fédérale. La distribution des pouvoirs et les rivalités entre les émirats de Dubaï et Abu Dhabi (dont la capitale éponyme est celle des Émirats arabes unis) sont trop complexes pour être abordées dans cet article centré sur le contexte de Dubaï.

5 Tandis que les futures studies sont un champ universitaire, le foresight en est la version appliquée au sein des organisations et entreprises. On y accole souvent l’adjectif strategic foresight. J’ai fait le choix de conserver le terme anglais car l’équivalent français, la prospective, renvoie à une tradition européenne distincte.

6 Le nom Hope (Espoir), Amal en arabe, fait référence à une sonde spatiale lancée par les Émirats arabes unis en juillet 2020. Celle-ci atteint l’orbite de Mars en 2021 – l’année des cinquante ans de la fédération – et consacre l’entrée des Émirats dans le domaine de l’exploration spatiale.

7 Sur la différence entre le probable, le plausible et le possible, voir Dunne & Raby 2013.

8 Koolhaas a produit de nombreux écrits sur Dubaï et son cabinet d’architecture, OMA, a dessiné plusieurs projets pour la ville émirienne depuis le milieu des années 2000. Le premier à avoir vu le jour est le bâtiment Concrete, dans le quartier d’art Al Serkal, en 2017.

9 La Fondation publie sur son site un « glossaire arabe pour les terminologies du futur », qui propose la traduction de l’anglais vers l’arabe de termes tels que firewall, blockchain, ou encore artificial intelligence. Voir en ligne : https://arabicglossary.dubaifuture.ae/

10 L’OCDE possède par exemple une Strategic Foresight Unit ; le Programme des Nations Unies pour le développement publie en 2018 un Foresight Manual (Singapour, UNDP Global Centre for Public Service Excellence).

11 Le choix du masculin reflète le fait qu’un peu moins des deux tiers des intervenants sont des hommes, même si des efforts visibles ont été faits à la fois envers la parité de genre et la diversité des personnalités invitées, qui représentent des départements et associations futuristes un peu partout dans le monde. Parmi les grands noms ayant participé au Forum se trouve par exemple l’écrivaine african-futurist Nnedi Okorafor.

12 Raford Noah, « Dubai, Museums, Innovations, & the Future » (conférence), Meet the Media Guru ; Fondazione Cariplo, Milan, 28 septembre 2018. En ligne : https://www.youtube.com/watch?v=788-WNKDWXQ&ab_channel=nraford

13 Raford Noah, « Hopeful Futuremaking at Scale. The Dubai Future Story » (conférence), Global Art Forum, Dubaï, 23 juillet 2018. En ligne : https://www.youtube.com/watch?v=IOn6-gjedS8&ab_channel=nraford

14 En anglais CSP (Concentrated Solar Power), le terme renvoie à une technologie particulière qui utilise des miroirs dynamiques concentrant les rayons du soleil afin de chauffer un fluide. Elle permet essentiellement de prolonger la production d’électricité au-delà du temps d’irradiation.

15 Par « nouvelle économie », Sharon Zukin désigne la réorganisation du capital au tournant du xxie siècle ; un produit à la fois du passage aux technologies numériques et des crises financières, qui se traduit notamment par l’expansion spectaculaire d’un petit nombre de grandes entreprises spécialisées dans la technologie (Amazon, Apple, Google, Facebook, etc.). Cette réorganisation a aussi des conséquences directes sur les modes d’organisation du travail (plus précaire, avec notamment l’augmentation des travailleurs indépendants) et sur les espaces urbains (où les espaces de co-working, les incubateurs d’entreprises ou encore les accélérateurs de start-ups deviennent centraux).

16 Cette citation figure aussi sur la page principale du site internet du musée, voir
en ligne : https://museumofthefuture.ae/

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Pour citer cet article

Référence papier

Laure Assaf, « Dubaï sur orbite »Terrain, 79 | 2023, 54-69.

Référence électronique

Laure Assaf, « Dubaï sur orbite »Terrain [En ligne], 79 | 2023, mis en ligne le 06 novembre 2023, consulté le 29 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/terrain/25786 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/terrain.25786

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Auteur

Laure Assaf

New York University, Abu Dhabi

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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