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Le ciel est à nous

Jeux de pigeons sur les toits de Beyrouth [portfolio]
Emma Aubin-Boltanski et Thierry Magniez

Résumés

Le bidonville de Hayy Gharbé, dans la banlieue sud de Beyrouth, est majoritairement habité depuis 2011 par des réfugiés originaires du nord de la Syrie. Ceux-ci sont passés en quelques années d’une économie de la violence à une autre. De la barbarie d’un régime de terreur enraciné depuis 1963 en Syrie au chaos généré par la guerre civile, en passant par la brutalité de l’État islamique, ils sont désormais aux prises avec la violence des voyous (zu’rân) et des hommes de main (qabadayât) qui règnent sur Hayy Gharbé. Pour survivre, ils doivent apprendre à construire et à renouveler des alliances toujours incertaines et précaires. Cet apprentissage social est analysé, en images, à travers le portrait d’un Aleppin, Muhammad, qui doit d’autant plus composer avec les zu’rân et les qabadayât du bidonville qu’il partage avec certains de ces hommes une passion pour le « jeu des pigeons ». Depuis les toits de Beyrouth, théâtres d’une violence arbitraire, ces oiseaux cristallisent les jeux de pouvoir du bidonville.

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Texte intégral

Fig. 1. Terrasse de Ghâlî, Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019

Fig. 1. Terrasse de Ghâlî, Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019

Photo : © Thierry Magniez

  • 1 Tous les noms ont été modifiés.
  • 2 Ici on retrouve la logique du sadr si bien décrite par Jean-Charles Depaule, « À propos des salles (...)

1« Si vous faites une photo de moi, je vous tue », a-t-il lancé lorsque nous avons débarqué sur son toit. Sur le cliché, on ne le voit donc pas (fig. 1). Mais il est bien là, hors champ, menaçant. Derrière lui se tiennent deux de ses gardes du corps. En bon maître des lieux, il est assis au « meilleur bout » de la terrasse, celui qui permet de contrôler du regard les pigeonniers et le gigantesque perchoir disposé à l’autre extrémité. Décrivons-le : il a une trentaine d’années. De grands yeux noirs, un look viril : cheveux mi-longs plaqués en arrière et barbe épaisse, façon hipster. Dans sa voix grave, on perçoit une ironie glaçante. Il fait peur et pourtant… Avec sa main gauche, qui pour l’heure enserre la pipe d’un narguilé, sa tête est le seul élément encore mobile de son immense corps inerte et flasque. On pourrait de prime abord penser qu’il adopte la prestance nonchalante d’un empereur romain sûr de sa puissance. Mais non, Ghâlî1 – c’est son surnom – est paraplégique depuis qu’il a reçu une rafale de kalachnikov dans le dos. Trois personnes lui font face. Leurs attitudes révèlent une hiérarchie et des positions sociales différenciées par rapport à leur hôte2. À gauche, l’un des favoris de Ghâlî, une petite frappe de 20 ans qui, comme son maître, fume le narguilé et arbore un sourire amusé. Affalé sur une chaise, le buste renversé en arrière et les jambes croisées, sa posture a quelque chose d’insolent. Elle contraste avec celle des deux autres. Le premier s’appelle Muhammad. C’est un réfugié syrien. Il regarde dans le vide. À côté de lui, Ali, un ami libanais, qui lui aussi paraît inquiet avec son front plissé et son sourire forcé. Tout dans leur langage corporel indique la soumission : bustes penchés en avant, coudes et mains sur les genoux, les pieds bien à plat. Ce sont eux qui nous ont conduits chez Ghâlî. Je pense que, comme moi, ils font un effort pour ne pas poser les yeux sur le fauteuil roulant de notre hôte, sur ses pieds tordus et gonflés, sur sa sonde urinaire. Il ne faut pas que le seigneur des lieux perde la face. Il pourrait devenir violent. Ils écoutent sans dire mot Ghâlî qui, en quelques formules incisives, leur démontre que s’il n’a plus le contrôle de son corps, en revanche, il sait tout d’eux et les domine : « Alors comment va le petit Ali qui pleure dans les funérailles ? » « Et comment va Muhammad le raté ? » C’est surtout à ce dernier que Ghâlî réserve ses attaques :

« Ben alors tu ne demandes pas des nouvelles du pigeon que je t’ai attrapé ? Tu veux le voir ? Il va très bien, je l’ai mis en couple et il vient d’avoir des petits. Tu voudrais peut-être que je te le rende ? N’y pense même pas le raté. »

2Tournant la tête vers moi, il lance d’un ton railleur : « Lui, vous pouvez le photographier, les étrangers aiment bien photographier les pauvres petits réfugiés, non ? »

Fig. 2. Muhammad surveillant ses pigeons, Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019

Fig. 2. Muhammad surveillant ses pigeons, Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019

Photo : © Thierry Magniez

  • 3 Kashshâsh dérive de la racine « K-Sh-Sh ». Le verbe kashsha signifie « chasser quelqu’un », « envo (...)
  • 4 Michel de Certeau, L’invention du quotidien, t. I Arts de faire, Paris, Gallimard, 1990, p. 140.

3Sur sa terrasse, son royaume, Muhammad est plus détendu (fig. 2). Tout est différent dans sa posture. Juché sur un réservoir d’eau, la tête renversée en arrière, il observe ses oiseaux. Cette photo a été prise en novembre 2018, le jour de notre première rencontre. En compagnie du photographe Thierry Magniez, j’entamais à peine une enquête sur les kashshâsh3, ou colombophiles, de Beyrouth. J’avais gravi avec difficulté et appréhension l’échelle métallique qui longeait une carcasse de béton brut où s’entassaient une dizaine de familles réfugiées syriennes. Mais, en débouchant sur la terrasse, j’ai physiquement ressenti un sentiment de liberté étourdissant. Des pigeons venaient de prendre leur envol. Parfaitement coordonnés, gracieux et puissants, ils s’éloignaient en traçant des cercles dans le ciel. Le contraste avec « en bas », la nasse urbaine – surpeuplée, sombre, menaçante et poisseuse – était saisissant. Brusquement libérée de l’emprise de la ville, j’avais la grisante impression d’être l’« Œil solaire » décrit par Michel de Certeau alors qu’élevé au sommet du World Trade Center il dominait Manhattan : je pouvais contrôler et posséder du regard le dédale urbain, ce monstre hirsute qui, quelques instants plus tôt, tenait mon corps dans ses serres. Tel Icare au-dessus des eaux je vivais « l’exaltation d’une pulsion scopique et gnostique4 ». Ce sentiment exaltant d’évasion et de puissance, les kashshâsh la vivent eux aussi, j’en suis intimement persuadée. C’est pour elle que, chaque jour, ils remontent sur leur terrasse.

Fig. 3. La préparation à la chasse, Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019

Fig. 3. La préparation à la chasse, Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019

Photo : © Thierry Magniez

4Quand j’ai surgi dans son domaine, Muhammad était en pleine action (fig. 3). La tête tournée vers le ciel, il faisait vriller sa fronde dans sa main droite. Je le revois le buste légèrement en arrière, prendre de l’élan et, d’un mouvement leste et vigoureux, propulser une orange pourrie en direction de ses pigeons. Puis il s’était immobilisé, tourné vers moi et, sans préambule, avait lancé d’un ton narquois : « C’est l’heure de partir à la chasse ! » Les yeux vifs, un grand front bombé, la peau tannée, un corps sec et nerveux, il exultait. Il était beau. Le contraste avec l’homme en visite chez Ghâlî était saisissant : ce soir-là, tout ce qui cinglait en lui de vif et d’ardent, cette légèreté joueuse et féroce, ce pas de roi qu’il avait sur sa terrasse au milieu de ses pigeons s’était volatilisé. Petit, maigre, les épaules voûtées, le regard apeuré, la démarche hésitante, il s’était transformé en lâji, en réfugié.

5Muhammad a fui Alep, sa ville natale, en 2014 avec sa jeune femme Fatima. Il est père de trois fillettes, toutes nées à Beyrouth. A-t-il combattu ? Que pense-t-il des événements qui ravagent son pays ? Il préfère esquiver ces questions. Et puis, dit-il, de toute façon, les dates s’embrouillent dans sa tête, il ne sait plus trop comment toute cette histoire a commencé, il n’y comprend rien, parce que la politique ce n’est pas son truc. Muhammad a peur et il a raison. Au Liban, lorsqu’on est pauvre et sans soutien, il vaut mieux se taire.

Fig. 4. Une venelle de Hayy Gharbé, Beyrouth, 2019

Fig. 4. Une venelle de Hayy Gharbé, Beyrouth, 2019

Hayy Gharbé, un bidonville de la banlieue sud de Beyrouth, accueille depuis le déclenchement de la guerre en Syrie des familles de réfugiés venues des campagnes d’Alep et de Raqqa.

Photo : © Thierry Magniez

6La périphérie de Beyrouth est émaillée de bidonvilles (fig. 4). Celui où Muhammad vit se trouve à la lisière de la banlieue sud, entre le camp de réfugiés de Sabra, intégré depuis longtemps à la ville, et la cité sportive. Il ne figure sur aucune carte, ses frontières sont mouvantes et ses habitations illégales. Personne ne s’accorde sur son nom : quand certains l’appellent Hayy Gharbé (le quartier de l’Ouest) ou Tariq Irsâl (la route d’Ersal), d’autres affirment que de nom il n’en a tout simplement pas. « Si tu demandes à un taxi de te conduire à la décharge derrière la cité sportive, il te conduira direct ici. Si tu dis “quartier de l’Ouest”, il ne comprendra pas », m’expliquait avec une pointe d’ironie désabusée un habitant. Par commodité, appelons-le Hayy Gharbé.

Fig. 5. Le bidonville de Hayy Gharbé, Beyrouth, 2019

Fig. 5. Le bidonville de Hayy Gharbé, Beyrouth, 2019

Avec l’arrivée massive des réfugiés, les habitations de fortune – murs de parpaings, toits de tôle recouverts de bâches en plastique – se sont multipliées à Hayy Gharbé.

Photo : © Thierry Magniez

  • 5 Au singulier, respectivement az’ar et qabaday.

7À l’origine habité par des chiites venus de la Bekaa et des doms (gitans du Moyen-Orient), il accueille depuis 2012 des milliers de réfugiés syriens (fig. 5). Ceux-ci sont généralement en situation illégale et totalement démunis. « Tu ne peux pas tomber plus bas qu’ici, et quand tu y es c’est presque impossible d’en sortir », disait Sabha une réfugiée originaire de Manbij (nord de la Syrie), avant de préciser : « Le pire, c’est dedans (juwwa), en haut (foq) c’est plus vivable. » « En haut » désigne la partie la plus élevée de Hayy Gharbé qui s’étire le long de la cité sportive et de l’autoroute du Sud. Le bidonville est construit sur une pente abrupte et, de fait, se risquer « dedans », pour rejoindre le marché de Sabra, s’apparente à la traversée d’un abîme : venelles étroites, culs-de-sac, monceaux d’ordures, rats, écheveaux de fils électriques de plus en plus denses… (fig. 6). Et ces bambins à demi nus, ventres gonflés, hagards, comme drogués. Mais ce n’était pas cela que Sabha avait en tête lorsqu’elle parlait du « pire ». À sa façon, elle me mettait en garde contre les zu’rân (voyous), les qabadayât (hommes de main)5 et autres matlubîn (recherchés) qui « dedans », à l’intérieur de la nasse, règnent sur des parcelles de territoire – un passage, une impasse ou encore une simple cour – et régulièrement font le coup de feu. Ghâlî est l’un d’eux.

Fig. 6. Bidonville de Hayy Gharbé, Beyrouth, 2019

Fig. 6. Bidonville de Hayy Gharbé, Beyrouth, 2019

Avec ses ruelles étroites et ses écheveaux de fils électriques, Hayy Gharbé s’apparente à une nasse. En surplomb, dix pigeons sont alignés sur un perchoir agrémenté de filets.

Photo : © Thierry Magniez

  • 6 Michael Johnson, All Honourable Men. The Social Origin of War in Lebanon, Londres, I.B. Tauris, 20 (...)
  • 7 Ibid.
  • 8 Ibid., p. 25.

8Les réfugiés installés à Hayy Gharbé sont majoritairement originaires du nord de la Syrie. Dans un laps de temps très court, ils sont passés d’une forme d’économie de la violence à une autre : de la barbarie d’un régime de terreur enraciné depuis 1970 en Syrie, au chaos généré par la guerre depuis 2011, de la brutalité de l’État islamique à, dans leur lieu d’exil, la violence des qabadayât et des zu’rân. Il revient au sociologue Michael Johnson d’avoir analysé le rôle des qabadayât dans le système clientéliste libanais6. Ces « leaders de la rue » contrôlent des territoires dans les quartiers populaires et sont bien souvent les hommes de main des zu’âma, leaders de plus grande envergure de la scène politique libanaise. Si besoin – en cas de troubles politiques notamment –, ils sont chargés d’encadrer et de mobiliser leurs clientèles au bénéfice de leurs patrons et des partis politiques auxquels ils sont liés. En échange de leurs services, ils bénéficient d’une quasi-impunité. La plupart d’entre eux tirent leur pouvoir de leur capacité à faire usage de la violence. De façon très subtile et détaillée, Johnson décrit les sentiments ambivalents que la population entretient avec ces hommes à la fois admirés et méprisés, rassurants et inquiétants, considérés en fonction des situations comme des Robin des Bois ou comme des voyous incontrôlables (zu’rân). Des entretiens que j’ai conduits sur le sujet à Hayy Gharbé, il ressort effectivement que le qabaday et le az’ar sont les deux facettes – la première positive et la seconde négative – d’un même opérateur de la violence. Le qabaday est le bandit qui certes suscite la peur, mais également une certaine admiration. Lorsqu’on interroge Ghâlî sur son surnom, qui en français signifie « coûteux », il explique qu’il lui a été donné par les gens du bidonville « en raison de sa grande valeur » : « On vient me chercher pour régler des conflits. Je compte beaucoup dans le cœur des gens. » On retrouve ici le « leader moral » ou le « bandit social » décrit par Johnson. C’est effectivement cela qui est attendu d’un qabaday : « Il est là pour résoudre des problèmes et pour aider parce qu’ici il n’y a pas de police », précise Sabha, avant de poursuivre sur un ton vindicatif : « Mais ce sont souvent des menteurs : ils prennent ton argent et ne font rien pour toi. En réalité, beaucoup ne sont que des zu’rân, des voleurs rien de plus. » Et de me donner un exemple : « Tu vois quand la fille de Khadidja a été enlevée, elle est allée voir Muhammad Droubi. Elle lui a donné de l’argent. L’autre a dit qu’il ferait tout pour retrouver la fille, qu’il en allait de son honneur. Mais il n’a rien fait. Il a simplement empoché l’argent. » Le qabaday ne protège que sa clientèle et les membres de sa communauté. Ceux qui restent en dehors de ces réseaux ont à subir l’autre facette du personnage, celle du az’ar et du « rançonneur des pauvres7 ». Le surnom de Ghâlî, en quelque sorte, relie ces deux dimensions : s’il a « une grande valeur » pour certains, pour ceux qui n’appartiennent pas à son cercle, en revanche, il peut « en coûter cher ». À ceci s’ajoute une instabilité permanente, le pouvoir des hommes forts de Hayy Gharbé n’étant jamais définitivement acquis. Plus ou moins liés aux leaders politiques des partis de la banlieue sud, le Amal et le Hezbollah, ces derniers leur garantissent une impunité tant qu’ils apportent des preuves de leur loyauté et de leur capacité à contrôler la rue. Se livrant une violente compétition, les qabadayât et les zu’rân luttent pour conserver leur puissance ou pour l’étendre. La plupart ont d’ailleurs acquis leur place et leur prestige en tuant ou en défaisant un rival8. Souvent « recherchés », beaucoup se cachent dans ce lieu où ni la police ni l’armée n’ose intervenir. De ce fait, ils sont eux-mêmes prisonniers de cette nasse urbaine censée les protéger. Dans ce territoire à la structure instable, les transactions sociales demandent un travail constant. Les espoirs de mobilité économique ou politique y étant quasi nuls, il s’agit avant tout d’assurer sa survie. Pour cela, que l’on soit un qabaday ou un réfugié syrien, il faut apprendre à construire et à renouveler des alliances toujours incertaines et précaires, il faut également apprendre à se défaire de liens d’amitié encombrants.

9Muhammad doit d’autant plus composer avec les zu’rân et les qabadayât du bidonville qu’il partage avec certains d’entre eux une passion irrépressible pour le « jeu des pigeons ». Plus qu’un jeu, il s’agit d’une joute qui consiste à faire tourner des pigeons mâles en escadrille au-dessus de son toit et à capturer les oiseaux des autres colombophiles du quartier. Continuons d’observer Muhammad en action. Sur sa terrasse, les mains crispées sur une longue perche à l’extrémité de laquelle il a attaché un bout de tissu, il observe attentivement le manège de ses volatiles (fig. 7).

Fig. 7. Guider le ballet des pigeons, Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019

Fig. 7. Guider le ballet des pigeons, Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019

Photo : © Thierry Magniez

10Ceux-ci forment maintenant une nuée de petits points noirs dans le ciel voilé, mais il est malgré tout capable de distinguer ses pigeons de ceux des autres. Lorsque l’essaim se rapproche de la terrasse, semble prêt à revenir « à la maison », il agite sa perche en sifflant pour l’éloigner. Parfois, il s’empare de sa fronde et propulse en direction des nuages un fruit pourri suffisamment mou et léger pour ne blesser personne dans la rue. Le lancer produit un claquement sec, suivi d’un sifflement. Ses oiseaux repoussés dans le ciel continuent d’évoluer en cercles serrés. À intervalles réguliers, ils se mélangent à d’autres groupes pour former des essaims parfois immenses, de plusieurs centaines d’oiseaux. Ces rassemblements convergents se défont au bout de quelques minutes : chaque troupe se reforme et reprend ses distances. Sur leurs terrasses, les kashshâshs suivent avec attention le ballet de leurs oiseaux. C’est au moment où les unités se séparent les unes des autres qu’il faut être le plus vigilant.

11Alors que sa troupe se détache du regroupement dans lequel elle s’était fondue depuis une bonne dizaine de minutes, Muhammad repère qu’elle « en a ramassé », comme il dit dans son jargon, c’est-à-dire qu’elle a réussi à attirer et à garder avec elle plusieurs volatiles « étrangers ». C’est le moment de battre le rappel. Il faut faire vite. Pour faire revenir ses soldats à plumes, il procède toujours de la même façon : il s’empare d’une pigeonne – les femelles ne volent jamais – et, sans ménagement, agite de bas en haut l’animal qui bat pathétiquement des ailes (fig. 8).

Fig. 8. Faire revenir les pigeons, Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019

Fig. 8. Faire revenir les pigeons, Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019

Photo : © Thierry Magniez

12Depuis le ciel, les mâles perçoivent le signal et entament leur descente. La plupart des « étrangers » qui s’étaient glissés parmi eux quittent alors la troupe pour rejoindre leurs terrasses. Mais un ou deux, parfois trois, « étourdis », suivent le mouvement. Les volatiles atterrissent par étapes : en rang serré, ils commencent par s’aligner le long d’un perchoir sur lequel des filets ont été suspendus (fig. 9).

Fig. 9. Un perchoir à Hayy Gharbé, Beyrouth, 2019

Fig. 9. Un perchoir à Hayy Gharbé, Beyrouth, 2019

Photo : © Thierry Magniez

13Le kashshâsh lance des poignées de graines sur le sol et, d’une voix ferme mais douce, émet de gutturaux ta‘ ta‘ (« viens, viens » en arabe). Les pigeons répondent précipitamment à l’appel : en désordre, dans un froissement d’ailes assourdissant et en émettant de bruyants roucoulements, ils se jettent sur la nourriture. Les « étrangers », quant à eux, paraissent hésiter entre la tentation de participer au repas et celle de reprendre leur envol. C’est à ce moment précis que le kashshâsh actionne son piège : en tirant sur une ficelle, il rabat les filets installés le long du promontoire (fig. 10).

Fig. 10. Le piège en action, Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019

Fig. 10. Le piège en action, Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019

Photo : © Thierry Magniez

  • 9 Vinciane Despret, Habiter en oiseau, Paris, Actes Sud, 2019, p. 119-121.
  • 10 Ibid.

14Parader, chanter la ritournelle, voler en traçant des lignes ou des cercles, se percher, arpenter le sol des terrasses, sont autant d’« actes de territorialisation » dans lesquels les oiseaux s’engagent. Des actes ou « processus de métamorphose » qui ne prennent sens que si on envisage le territoire comme une configuration spatiale non pas uniquement pérenne et stable, mais également en mouvement et en remodelage constant9. Deux actes de territorialisation des pigeons fascinent particulièrement les colombophiles : d’une part, leur aptitude à s’attacher à des endroits particuliers et, d’autre part, quand ils sont en vol, leur disposition à « faire troupe » et à marquer des distances avec les autres essaims. « Un pigeon intelligent et fort revient toujours chez lui », affirme Muhammad avant de poursuivre, « celui qui sort de son groupe et s’égare sur une autre terrasse est un débile. Si je le récupère, je lui tranche la gorge. » Le « en devenir perpétuel » du territoire, les réfugiés colombophiles l’expérimentent d’abord pour eux-mêmes. Exilés et, par conséquent, déterritorialisés, ils admirent la capacité de leurs oiseaux à se mouvoir dans l’espace, à faire des allers-retours et à revenir chez eux, à se construire des « chez eux », autant d’actes de territorialisation dont ils sont eux-mêmes privés. Désignant un pigeon qu’il affectionne particulièrement, Muhammad raconte : « Celui-ci disparaît parfois plusieurs jours et revient. Je sais où il va. Il retourne à Homs d’où il est originaire. » Imitant un oiseau en vol, les bras écartés, le cou tendu en avant, il poursuit : « Il cherche sa terrasse en volant très bas, il ne la trouve pas parce que tout est détruit là-bas et il revient ici. Sa maison est ici maintenant. » Contrairement aux oiseaux qui, par leurs chants, leurs arpentages rythmés et leurs parades, s’approprient l’espace10, Muhammad a dû apprendre à se conformer à son lieu d’exil en acceptant de ne jamais le conformer à lui. Une reterritorialisation partielle et passive en somme. Comme ailleurs dans le monde, mais de façon particulièrement aiguë à Hayy Gharbé, le réfugié est territorialisé sans jamais être autorisé à territorialiser. Ce lieu le possède, plus précisément il « l’oblige », il le tient parce qu’il n’a nulle part d’autre où aller, parce qu’il est en situation illégale et parce qu’il est pauvre. Le bidonville a fini par devenir « familier » à Muhammad – c’est ici qu’il vit depuis six ans et que ses trois filles sont nées –, mais il ne deviendra jamais « chez lui ». Cette règle est également valable pour le ciel. Des qabadayât et des zu’rân se sont chargés de la lui inculquer en usant de leurs armes. Ghâlî, Hussein S., Haydar D., à Hayy Gharbé, ces noms claquent comme des menaces. Les trois hommes, également colombophiles, règnent en maîtres absolus sur le ciel du bidonville, un territoire très convoité, régi par des règles et des rythmes précis, ainsi que par l’arbitraire de ces individus qui pour mieux exercer leur contrôle et susciter la peur savent se montrer imprévisibles : Robin des bois à leurs heures et petits malfrats de bas étage à d’autres.

15Les colombophiles divisent le ciel en deux : d’une part, l’espace réservé à la « chasse » (sayd) et, d’autre part, un territoire partagé appelé sulh ou « conciliation ». Généralement le terrain de chasse est situé au-delà du périmètre immédiat des voisins les plus proches. Avec Ali, Muhammad Yaakoub et Abou Haydar, trois colombophiles dont les terrasses sont situées à quelques mètres de chez lui, Muhammad est dans un rapport de sulh : s’il attrape leurs pigeons, il leur rend et réciproquement. Avec les kashshâsh de Sabra et de Chatila, les camps de réfugiés en contrebas du bidonville, c’est au contraire la « chasse » : « Nous avons des pigeons entre nous », explique Muhammad, ce qui signifie qu’avec ces hommes il y a un historique de contentieux liés au kashsh hamam (« jeu du pigeon »), le plus souvent des oiseaux « ramassés » et « non rendus ».

  • 11 Un parallèle peut être établi avec la configuration sociale décrite par Clifford Geertz (« Jeu d’e (...)
  • 12 Sur la question de l’humiliation et de l’honneur (ici ‘ird ou honneur sexuel) blessé, voir Emma Au (...)

16Ça, c’est la règle que les kashshâh aiment appeler « leur éthique » (akhlâq). Pour autant, elle n’oblige pas tous les joueurs de la même façon. Ghâlî, Hussein S. et Haydar D. affirment leur domination en introduisant une part d’arbitraire dans le jeu. « Avec Ghâlî, nous devrions être en territoire de sulh, mais quand il attrape des pigeons à moi et qu’ils lui plaisent, il les garde. De mon côté, je dois veiller à ne jamais ramasser les siens », explique Muhammad. Car se risquer sur ce terrain équivaudrait à faire perdre la face et une part de sa virilité au qabaday. Lorsqu’un pigeon « étourdi » se laisse « dérouter », la nouvelle se répand très vite. S’il veut le récupérer, son maître doit entamer des pourparlers humiliants : téléphoner, se rendre sur la terrasse du « gagnant », négocier la restitution du volatile. Ces démarches ne sont envisageables que si l’écart social entre les joueurs n’est pas trop important : si Ghâlî peut « ramasser » et garder un pigeon appartenant à Muhammad, celui-ci ne s’y risquerait pas, car les conséquences seraient bien trop lourdes11. « Aller sur le toit d’un autre diminue ton importance (ahamiyatak), touche ton honneur (‘ird) », poursuit Muhammad, en précisant : « Pour laver l’humiliation, certains égorgent les pigeons qui les ont trahis. » Et de conclure : « Ghâlî peut atteindre ma dignité, car il est chez lui, mais moi je n’ai pas le droit, car ici je ne suis pas chez moi12. »

17Muhammad a fini par intégrer cette part d’arbitraire sous le prétexte qu’il « n’est pas chez lui ». C’est un autre qabaday du quartier qui s’est chargé de lui apprendre qu’à aucun moment le ciel de Hayy Gharbé ne lui appartiendrait. Je n’ai jamais rencontré Hussein S. En revanche, j’ai vite appris à repérer sa terrasse aux allures de piste d’atterrissage : longue, bien ordonnée et éclairée par de puissants projecteurs pour faciliter la surveillance du ciel et le retour de ses oiseaux qu’il possède par centaines (fig. 11).

Fig. 11. Terrasse de Hussein S., Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019

Fig. 11. Terrasse de Hussein S., Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019

Photo : © Thierry Magniez

18Lorsque des coups de feu retentissent dans le bidonville, ils sont généralement attribués à cet homme connu pour avoir la gâchette facile. « Quand tu vas chez lui, tu n’es jamais sûr d’en sortir vivant », résume Ali en précisant : « surtout les étrangers ». Effectivement Hussein S. n’apprécie pas les étrangers et en particulier les réfugiés. Il a une façon bien à lui de le faire savoir. « Il aime prendre du bon temps tranquille », commence par expliquer Muhammad, « alors quand il fait voler ses pigeons, il veut le ciel pour lui tout seul, il ne veut pas que les Syriens encombrent son territoire. Si tu ne fais pas rentrer tes pigeons assez vite, c’est simple, il sort sa kalachnikov et les descend un par un. » La première fois que Hussein S. « s’est énervé » contre lui, il lui en a tué quinze, la deuxième douze. C’était en 2015, Muhammad venait tout juste de se constituer une escadrille de quarante pigeons, mais il n’avait pas encore compris les règles du jeu. Bien dressés, puissants, ses oiseaux « lui ramenaient à chaque fois des étourdis ». Ceux-ci étaient immédiatement relâchés, mais personne ne s’y trompait : leur propriétaire venait de subir un camouflet. « C’étaient de vrais qabadayât syriens », cette expression revient souvent lorsqu’il se remémore ses premiers soldats à plume. Elle résume bien l’enjeu du kashsh hamam pour cet homme brisé par la guerre et l’exil : remettre symboliquement en cause les hiérarchies sociales et les rôles assignés ; à travers ses pigeons, envisager la possibilité d’un renversement de situation et d’une dignité retrouvée. Un jeu dangereux lorsque l’adversaire est un Ghâlî ou un Hussein S.

Fig. 12. Les tatouages de Haydar D., Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019

Fig. 12. Les tatouages de Haydar D., Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019

Photo : © Thierry Magniez

19Avec Haydar D., le troisième homme fort du quartier, l’arbitraire de la violence atteint un degré supplémentaire (fig. 12). Dans le bidonville, les Syriens s’accordent pour ne voir en lui qu’un az’ar. La cinquantaine, comme Ghâlî, l’homme a un corps marqué : des cicatrices, des traces de torture et des mutilations qui forment un tableau complété par des tatouages de dragons et de monstres chtoniens. Il exhibe ces marques comme autant de trophées : à elles seules, elles attestent de sa capacité à user de la violence, de son mépris du danger et de sa témérité sans limites. Haydar D. est né, a grandi et toujours vécu à Hayy Gharbé, le bidonville est son territoire. Il a fait du racket sa spécialité : régulièrement, avec sa bande, il organise un barrage devant sa maison, un lieu de passage entre Hayy Gharbé et le camp de Sabra, pour « taxer » les Syriens, plus précisément ceux « qu’il ne connaît pas » c’est-à-dire des réfugiés sans « dos », sans protection. À sa façon, il rappelle aux nouveaux venus que ce territoire ne leur appartient pas, ce qui n’est pas sans déplaire aux qabadayât du quartier. Ceux-ci le laissent donc faire. Cependant, il lui arrive d’aller trop loin. Il est alors rappelé à l’ordre par plus fort que lui, en particulier lorsqu’il s’en prend « par erreur » aux « obligés » d’un homme fort du bidonville. Pour Muhammad, ce voyou imprévisible représente un danger d’autant plus grand qu’il est, comme lui, accroc aux pigeons. Pour assouvir sa passion, il n’hésite pas à extorquer des pigeons sur les terrasses des réfugiés.

20En novembre 2019, je reviens à Hayy Gharbé après une absence de deux mois, Muhammad m’annonce qu’il n’a plus de pigeons. Haydar D. vient de lui voler ses plus beaux spécimens après l’avoir violemment molesté. Suite à cet incident, il a donné ceux qui lui restaient à un jeune dom du quartier. Le jeu devenait trop dangereux : « Ma femme m’a supplié d’arrêter, les voisins également. » Mais on ne renonce pas facilement au jeu du pigeon : « Cette passion des plumes, je l’ai dans le sang », explique Muhammad avant de préciser un peu embarrassé : « En réalité, c’est une pulsion, je ne peux pas m’en empêcher. » Sur sa terrasse, avec l’aide d’un ami, il a construit un pigeonnier clandestin à l’intérieur d’un mur creux, une cache sombre sans fenêtre ni éclairage où il a installé trois couples qui se sont reproduits (fig. 13).

Fig. 13. Muhammad et ses oisillons, Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019

Fig. 13. Muhammad et ses oisillons, Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019

Photo : © Thierry Magniez

21Un matin, à l’aube, il m’invite à voir ses premiers oisillons. Petit à petit, il reconstitue son escadrille. « Quand tu reviendras en juin prochain, je la ferai voler », annonce-t-il. Puis, le regard tourné vers le ciel, il m’avoue son rêve : « Ce que j’aimerais c’est élever un faucon. Je lui ferais bouffer des pigeons tous les jours et je le lâcherais au moment où Hussein S. fait tourner sa troupe. Mon faucon tuerait ses pigeons un à un. » Je lui demande s’il n’a pas peur d’y laisser la peau. Il hausse les épaules et prononce cette phrase énigmatique : « Pour moi toutes les voies sont bloquées, il ne me reste plus que le ciel. »

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Notes

1 Tous les noms ont été modifiés.

2 Ici on retrouve la logique du sadr si bien décrite par Jean-Charles Depaule, « À propos des salles de réception dans l’Orient arabe », in Rabia Bekkar, Jean-Claude David & Hannah Davis Taïeb (dir.), Espaces publics, paroles publiques au Maghreb et au Machrek, Paris, L’Harmattan, p. 15-26.

3 Kashshâsh dérive de la racine « K-Sh-Sh ». Le verbe kashsha signifie « chasser quelqu’un », « envoyer promener ».

4 Michel de Certeau, L’invention du quotidien, t. I Arts de faire, Paris, Gallimard, 1990, p. 140.

5 Au singulier, respectivement az’ar et qabaday.

6 Michael Johnson, All Honourable Men. The Social Origin of War in Lebanon, Londres, I.B. Tauris, 2002, p. 48-50.

7 Ibid.

8 Ibid., p. 25.

9 Vinciane Despret, Habiter en oiseau, Paris, Actes Sud, 2019, p. 119-121.

10 Ibid.

11 Un parallèle peut être établi avec la configuration sociale décrite par Clifford Geertz (« Jeu d’enfer. Notes sur le combat de coqs balinais », Le Débat no 7, p. 86-146) à propos des combats de coqs à Bali, un jeu auquel tout le monde ne participe pas de la même façon.

12 Sur la question de l’humiliation et de l’honneur (ici ‘ird ou honneur sexuel) blessé, voir Emma Aubin-Boltanski, « Des oiseaux pour se raconter et rêver. Ethnographie d’une passion colombophile (Liban) », Ethnologie française t. LI, no 2, 2021.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Terrasse de Ghâlî, Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019
Crédits Photo : © Thierry Magniez
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Titre Fig. 2. Muhammad surveillant ses pigeons, Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019
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Titre Fig. 3. La préparation à la chasse, Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019
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Titre Fig. 4. Une venelle de Hayy Gharbé, Beyrouth, 2019
Légende Hayy Gharbé, un bidonville de la banlieue sud de Beyrouth, accueille depuis le déclenchement de la guerre en Syrie des familles de réfugiés venues des campagnes d’Alep et de Raqqa.
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Titre Fig. 5. Le bidonville de Hayy Gharbé, Beyrouth, 2019
Légende Avec l’arrivée massive des réfugiés, les habitations de fortune – murs de parpaings, toits de tôle recouverts de bâches en plastique – se sont multipliées à Hayy Gharbé.
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Titre Fig. 6. Bidonville de Hayy Gharbé, Beyrouth, 2019
Légende Avec ses ruelles étroites et ses écheveaux de fils électriques, Hayy Gharbé s’apparente à une nasse. En surplomb, dix pigeons sont alignés sur un perchoir agrémenté de filets.
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Titre Fig. 7. Guider le ballet des pigeons, Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019
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Titre Fig. 8. Faire revenir les pigeons, Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019
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Titre Fig. 9. Un perchoir à Hayy Gharbé, Beyrouth, 2019
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Titre Fig. 10. Le piège en action, Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019
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Titre Fig. 11. Terrasse de Hussein S., Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019
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Titre Fig. 12. Les tatouages de Haydar D., Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019
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Titre Fig. 13. Muhammad et ses oisillons, Beyrouth, Hayy Gharbé, 2019
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Pour citer cet article

Référence électronique

Emma Aubin-Boltanski et Thierry Magniez, « Le ciel est à nous »Terrain [En ligne], 74 | 2021, mis en ligne le 02 avril 2021, consulté le 19 avril 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/terrain/21449 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/terrain.21449

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Auteurs

Emma Aubin-Boltanski

Centre d’études en sciences sociales du religieux

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