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Comptes rendus

Emmanuelle Chapron, Livres d’école et littérature de jeunesse en France au xviiie siècle

Côme Simien
Référence(s) :

Emmanuelle Chapron, Livres d’école et littérature de jeunesse en France au xviiie siècle, Liverpool, Liverpool University Press, coll. Oxford University Studies in the Enlightenment, 2021, 401 p., EAN : 9781800348035.

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Géographique :

France
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Texte intégral

1Comment se sont constituées les premières « bibliothèques pour les enfants » ? L’expression, véritable clé de l’ouvrage d’Emmanuelle Chapron, désigne moins, ici, un lieu donné – une bibliothèque où l’on se rend – qu’un ensemble d’ouvrages destinés aux plus jeunes. De cette question en découlent d’autres : quels acteurs ont tenté de faire émerger des livres à lire pour les enfants ? L’Église ? L’État ? Les parents ? Les auteurs ? Le monde des imprimeurs-éditeurs ? À quelles fins et comment ? De quelle manière, ensuite, cette bibliothèque a-t-elle été utilisée ou détournée par ceux-là même à qui elle était destinée (les enfants, les parents, les institutions d’enseignement) ? On le comprend : le travail d’Emmanuelle Chapron vise moins à interroger le contenu des livres destinés aux plus jeunes (partie sans doute la mieux connue du sujet), que les pratiques sociales et culturelles entourant le livre lu et possiblement manipulé par des enfants. Bien sûr, comme l’auteure le rappelle dès l’introduction, la « littérature pour l’enfance » ne s’est véritablement imposée comme catégorie éditoriale qu’au xixe siècle... En France du moins, car cela fut en revanche un peu plus précoce en Angleterre et, disons-le tout de suite, les comparaisons régulièrement menées au fil des pages entre les situations européennes s’avèrent particulièrement riches pour l’analyse. Cela ne veut pas dire pour autant que nul livre ne se trouvait entre les mains des enfants du royaume de France. Mais lesquels et pourquoi ? C’est tout le défi de l’ouvrage que de remonter ainsi le temps, d’aller vers l’avant, l’avant de l’évidence, là où « le paysage perd de sa netteté », dans ce xviie siècle finissant et, surtout, ce xviiie siècle où régnait déjà, au milieu d’un évident « désordre des livres », un appétit (des appétits, plutôt) de changements pédagogiques, un souci de s’adapter aux âges de l’enfance, et, là, dans ce « désordre », de tenter d’identifier des dynamiques à l’œuvre et les pratiques du livre que cela impliquait.

2Car dynamiques il y avait, qui se sont déployées, au départ, sur un socle déjà-là, formé principalement par les structures éducatives, ces lieux et ces temps où l’enfant était mis au contact du livre : la petite école urbaine ou rurale, le collège des villes, deux niveaux essentiels de la scolarisation d’Ancien Régime qui font tour à tour l’objet de développements précis, informés et stimulants – neufs surtout, ce qui aurait pu sembler être une gageure, eu égard aux nombreuses études existantes sur ces sujets. Emmanuelle Chapron situe écoles et collèges dans ce qu’elle nomme « l’Ancien Régime du livre scolaire », décrit par le menu, de l’écolier lisant son pater noster au collégien noircissant ses copies ou les pages intérieures de ses dictionnaires latins. Description vivante, description attentive aux nuances (réflexion sur les lieux, par exemple, jusqu’à l’échelle micro, celle du bureau de l’élève). Et bien sûr que tout était différent entre écoles villageoises et établissements secondaires de renom : au corpus bigarré et populaire des petites écoles, une fois passés les abécédaires et les catéchismes, répondait la bibliothèque « dite », mise en cohérence sous forme de listes par les collèges (listes des livres à acquérir pour l’année, liste des livres offerts lors des remises annuelles de prix) ; à la quasi-absence d’ouvrages à lire autres que ceux amenés par les enfants d’une part, de premières « bibliothèques » où les collégiens pouvaient puiser des livres, d’autre part.

3Dans cet « Ancien Régime du livre scolaire », le rôle de l’Église était somme toute attendu (mise à l’écart des ouvrages hérétiques ou jugés immoraux, élaboration de livres spécifiquement dédiés aux écoliers – abécédaires, catéchismes – susceptibles de former des chrétiens). Mais, puisque l’enjeu de l’enquête menée par Emmanuelle Chapron n’est pas de s’en tenir aux discours et à l’existence des livres mais bien plutôt de cerner au plus près leurs usages, nous la suivons dans les fonds des épiciers de village ou des libraires urbains, pour y débusquer l’éventuelle présence de ces imprimés. Les livres composés sous le contrôle ecclésiastiques s’y trouvaient-ils ? Et ceux réclamés par les collèges ? Oui, dans les deux cas, et en nombre qui plus est. Il est vrai que des libraires (mais non point tous), montre Emmanuelle Chapron, se sont tôt voués à la commercialisation de ce type d’écrits. Tout au long du xviiie siècle, le livre pédagogique a façonné des identités marchandes. Certes, aucun libraire n’était encore spécialisé dans les seuls livres de classe, mais certains en revanche (souvent situés au plus près des collèges, dans le tissu urbain) s’adonnaient à ce commerce qu’ils regardaient comme leur « pain quotidien ». À lire les développements sur l’histoire des querelles entre marchands concurrents, à lire leurs quêtes de « privilèges » royaux pour être les seuls sur la place à commercialiser tel ou tel ouvrage, on comprend que ces ventes pouvaient être rentables – et on en saisit sans peine la raison : la capitale, par exemple, offrait une clientèle captive de quelques 3 à 4 000 collégiens par an, ce qui n’était pas rien. Avec une différence : là où les livres pour les petites écoles constituaient une « bagatelle », coûtant et rapportant assez peu (les plus petits libraires pouvaient donc se l’autoriser), les livres de collège voyaient leur place grandir dans les boutiques à mesure que le commerce du libraire croissait lui-même en importance. Du reste, là où les livres scolaires les plus ordinaires avaient une production largement locale, les ouvrages plus rares étaient imprimés à partir de quelques pôles privilégiés : Paris, Rouen, Limoges, Troyes, la Lorraine.

4Les livres promus par l’autorité ecclésiastiques étaient donc disponibles à l’achat. Soit. Il restait ensuite à les utiliser, ce que les enfants ont fait, d’évidence, puisque les pratiques pédagogiques de l’époque impliquaient la manipulation régulière de ces ouvrages. Mais – fécond pas de côté de l’enquête, sur un terrain plus anthropologique – ce que l’enfant apprenait dans la salle de classe, outre le contenu des livres, c’était aussi une familiarité avec l’objet livre, qui pouvait ensuite être réinvestie, ici dans le cadre liturgique, là dans des lectures plus ou moins buissonnières, ailleurs en gardant des troupeaux, enfin, dans le cadre des jeux propres aux sociabilités enfantines. Chemin faisant, ce détour par « l’Ancien Régime du livre scolaire » permet également de remettre en cause quelques certitudes historiographiques, comme par exemple celles qui concernaient les feuilles classiques utilisées dans les collèges, ces fins cahiers dans lesquels les textes latins étaient espacés d’un interligne double pour y numéroter les mots ou y noter la traduction. L’historiographie avait parié sur leur disparition au cours du xviiie siècle. Il n’en est rien. Comme l’écrit Emmanuelle Chapron, le poids des habitudes, des injonctions religieuses et des attentes sociales se sont cumulés pour produire des « canons de lecture résistants dans la durée ».

5Reste pourtant que ce monde-là n’était pas figé non plus, qu’il eut ses dynamiques propres – sans doute plus visibles et spectaculaires pour les collèges que pour les petites écoles de campagne. Sur fond de remise en cause du cours dicté, le besoin de livres allait grandissant au xviiie siècle. Dans le même temps, leur contenu se renouvelait, jusqu’au sein de ce qui aurait pu sembler le plus stable – le répertoire des instruments classiques (changement de présentation à l’intérieur du texte, avec des traductions françaises en regard du texte d’origine, explications de la vie de l’auteur et du texte en langue vernaculaire...). Mais le xviiie siècle fut surtout celui d’un déclin du latin et du grec dans les études secondaires au profit de la grammaire française, de la littérature moderne, de l’histoire, de la géographie, voire des sciences, avec ce que cela appelait de livres nouveaux dans les établissements. Il fut également celui de l’apparition de manuels pour les classes supérieures des collèges (philosophie, rhétorique). La seconde moitié du xviiie siècle, enfin, fut, dans le sillage de l’expulsion des Jésuites, le temps d’un rêve pédagogique : celui d’une première uniformisation des contenus de l’enseignement délivré par les collèges du royaume, par l’édification, pourquoi pas, d’un cours complet d’étude appelé à prévaloir dans chaque établissement, par l’unification aussi des textes mis entre les mains des collégiens. Cela, alors, put nourrir des expériences pédagogiques très concrètes, comme celles menées, quelques années durant, au sein de l’École royale militaire de Paris. Cet établissement dédié aux fils de la noblesse désargentée a laissé des sources rares, à commencer par une liste de 13 000 ouvrages achetés, puisque cette école fournissait tout à ses élèves, et profitait de cette logique intégrée pour tenter des choses : réduction de la place du latin (donc), mobilisation des sens, de la vue notamment, pour l’apprentissage de l’histoire et de la géographie, des savoirs – tels les mathématiques – orientés vers des finalités pratiques (militaires en l’espèce), écriture de manuels par les professeurs pour les disciplines peu ou pas enseignées jusque-là (allemand), etc. L’aventure tourna court (c’en était fini dès 1776), sans avoir été vaine pour autant. Elle aura inspiré et suscité des velléités d’imitation, eu égard à son prestige. Finalement, la concrétisation des espoirs d’uniformisation des livres vint de là où on ne l’attendait pas forcément, et de manière beaucoup plus partielle qu’on avait pu, un temps, l’espérer : des deux grandes congrégations enseignantes des années 1760-1780, les Doctrinaires et les Oratoriens, sur fond de circulation des enseignants d’un collège à l’autre et d’achats regroupés auprès d’un nombre réduits de librairies dans le royaume, afin de pouvoir négocier les prix des livres acquis puis distribués aux élèves.

6La question du renouveau pédagogique du xviiie siècle ne s’en trouve pas épuisée pour autant, à plus forte raison si l’on veut bien se souvenir que l’effervescence éducative propre au siècle des Lumières s’est traduite par une remise en cause du classicisme des études dispensées dans les collèges. Qu’ont fait alors aux livres le regard nouveau porté sur l’enfance au xviiie siècle, les attentes éducatives qui l’ont accompagné et le flot grossissant des expériences pédagogiques qui ont tenté de les concrétiser ? Qu’il y en ait eu – des conséquences – n’allait à vrai dire pas forcément de soi, souligne Emmanuelle Chapron, tant les penseurs de l’éducation ont, au xviiie siècle, cherché le « non livre » qui concrétiserait l’idéal d’une éducation passant par le corps, les sensations, les expériences, donc les promenades, l’observation, les exercices physiques, le dialogue. À bien les chercher, Emmanuelle Chapron identifie pourtant les contours distincts d’une « nouvelle librairie pédagogique », dont on comprend combien elle fut fille de la seconde moitié du xviiie siècle.

7Un triple mouvement se produisit alors, décisif pour l’avenir. Un déplacement du rapport aux livres et à la lecture, tout d’abord : plutôt que le par-cœur, la valorisation de la compréhension du texte lu, de la capacité à le reformuler avec ses propres mots, du plaisir pris à sa fréquentation. Ensuite, le réemploi de livres existants s’il en était qui permettaient de satisfaire ce nouveau rapport à la lecture (Robinson Crusoé et tous ses succédanés, par exemple). L’écriture, enfin, de nouveaux textes, adaptés (ou supposés tels) à l’enfance. Ce dernier mouvement fait évidemment l’objet d’une attention toute particulière de la part d’Emmanuelle Chapron. De ces nouveautés que l’on pensait connaître, bien des choses restaient à dire. Premièrement qu’elles furent inséparables de l’émergence de la figure de « l’enfant lecteur », figure justifiant que l’on produise des livres pour lui, figure aussi qui, dans une sorte de jeu de miroir stimulant pour la réflexion, s’est trouvée mise en scène par ces ouvrages mêmes (il devenait donc possible d’étudier cette figure littéraire pour comprendre ce qu’elle pouvait dire de la figure, bien réelle cette fois, de l’enfant lecteur). Deuxièmement, que ces nouveautés répondirent à un « appel des clientèles », celles d’abord qui habitaient les beaux appartements des villes et les demeures aristocratiques des campagnes, celles qui plaçaient leurs enfants puis leurs adolescents dans les collèges les plus prestigieux, celles qui faisaient venir chez elles des précepteurs réputés (Barruel, entre autres, pour le fils du prince de Saxe), celles enfin – pourquoi pas les mêmes du reste, tout cela n’étant pas toujours antinomique – qui faisaient instruire leurs filles et leurs fils dans les maisons de pension qui se multipliaient en ville ou dans leurs abords immédiats et qui formaient le terrain privilégié des expériences pédagogiques du xviiie siècle.

8Or, si nombre de ces nouveautés sont explicitement destinées à l’enseignement, les années 1760-1780 ont tout particulièrement été marquées par l’essor de lectures morales et récréatives. Certes, beaucoup ne connurent qu’un unique tirage et, même à la veille de la Révolution, les livres classiques demeuraient le « pain quotidien » des libraires. Dit autrement, le marché des nouveautés restait balbutiant. Cette « nouvelle librairie pédagogique » connut toutefois ses best-sellers, qui traversèrent la fin du siècle des Lumières et une partie du suivant, tels le Magasin des enfants de Marie Leprince de Beaumont et L’ami des enfants d’Arnaud Berquin, mais aussi (sujet moins connu) les livres d’étrennes, ces petits ouvrages à offrir aux enfants à chaque nouvelle année, soit autant de lectures récréatives à la mesure de l’insertion de la lecture – au sein de la meilleure société du moins – dans le territoire en pleine croissance des activités de loisir. Cette « nouvelle librairie pédagogique », certains auteurs y vouèrent toute leur carrière (Berquin), d’autres non (Barruel). Cette « nouvelle librairie pédagogique », enfin, eut sa géographie particulière, aux traits très accentués, et pour tout dire nouveaux. 80 % de ces nouveautés furent publiées à Paris, devenue la véritable « fourmilière du livre pédagogique ». Nouvelle, cette librairie l’était aussi par l’identité de ceux qui s’adonnaient à son commerce. Bien sûr, les grandes librairies des collèges en étaient des acteurs essentiels. Elles flairèrent tôt le filon commercial et ne souhaitèrent pas l’abandonner à la concurrence. Mais, justement, la concurrence fut là également : le propre de la « nouvelle librairie pédagogique » est d’avoir pris place au sein de boutiques qui étaient peu familières du livre d’éducation avant 1750. Le cas du libraire Royez en est un cas d’espèce, dont l’importance pour le propos du livre dépasse le statut de simple exemple : ce jeune (ce qui compte) librairie parisien, soucieux des modes littéraires et des débats d’actualité qui accompagnèrent les derniers soubresauts de l’Ancien Régime (patriotisme, réformes de l’État...), publia en 1787 ce qui apparaît comme un document pivôt dans l’archéologie du livre pour enfant entreprise par Emmanuelle Chapron : un Choix méthodiques de livres sur l’éducation, premier catalogue exclusivement dédié à des ouvrages voués aux plus jeunes et à leur formation, première ébauche donc de singularisation du livre pour enfant dans le monde de la librairie en même temps qu’authentique manifeste pédagogique inspiré des réflexions des Lumières (180 titres non pas classés par ordre alphabétique mais par regroupements thématiques). Reste enfin, parmi les acteurs de cette « nouvelle librairie pédagogique », les auteurs eux-mêmes, tant ils furent nombreux à tenter l’aventure de l’édition à compte d’auteur (autorisée depuis 1777) – avec une réussite très contrastée.

9À la veille du xixe siècle, conclut Emmanuelle Chapron, le livre d’éducation et le livre pour la jeunesse, sans avoir encore de contours stables, étaient du moins devenus des « catégories de la pratique », clairement distinctes au sein du monde de la librairie. Plus encore, l’ouvrage propose de distinguer (et on le suit bien volontiers), sur le seuil de l’époque contemporaine, l’existence de trois grands types de bibliothèques pour les plus jeunes : celles des écoles et des collèges (ouvertes à certains changements durant le xviiie siècle mais fortement structurées quoi qu’il en soit par des « classiques »), celle de la « nouvelle librairie pédagogique » (dont l’ampleur franchit une nouvelle étape avec la Révolution), celle enfin que l’on retrouvait entre les mains des collégiens dans leurs internats (achat des parents, et des collèges pourquoi pas, achats parfois des enfants eux-mêmes) ou celle qu’on leur remettait lors des prix de récompense en fin d’année scolaire. Cette dernière bibliothèque n’est pas la moins intéressante, en ce qu’elle fit office, propose Emmanuelle Chapron, de « point de jonction » entre les deux autres, et que c’est par elle, à bien des égards, que s’institutionnalisèrent les pratiques de la lecture récréative.

10Écriture limpide, souci des temporalités propres à chacun des objets étudiés, propos nuancés, réflexions régulières sur la portée des sources mobilisées, ce qu’elles peuvent dire, ce qu’elles autorisent comme conclusion : toutes ces choses font la force du livre d’Emmanuelle Chapron. Ce ne sont pas les seules. Pour mener à bien cette enquête, Emmanuelle Chapron a beaucoup lu, l’historiographie française et étrangère (allemande, italienne, anglaise, américaine...), tant sur l’histoire du livre que sur celle de l’éducation ou du commerce urbain. Elle a su intégrer à ses développements des réflexions tirées des sciences sociales. Point d’effet de mode ou de références obligées, ici, mais des apports réfléchis, remobilisés pour ce qu’ils pouvaient apporter à la démonstration. Elle a également vu un grand nombre d’archives, dans un corpus particulièrement diversifié qui force le respect par sa diversité comme par son abondance : registres de la Librairie, inventaires (de boutiques ou après décès), prospectus publicitaires, livres eux-mêmes (évidemment), étudiés jusque dans leurs marges, leur titre, leurs pages de couverture, copies d’élèves (documents si rares) pour comprendre quels ouvrages avaient permis aux écoliers de les composer, œuvres littéraires interrogées à nouveaux frais (Rétif de la Bretonne), essais-mémoires sur l’éducation (Mme de Genlis parmi d’autres), enquêtes (de l’abbé Grégoire, des municipalités cantonales des ans VI et VII de la République), correspondances (entre les familles et les collèges...), égo-documents, tout cela puisé non seulement aux Archives nationales et à la Bibliothèque nationale de France, mais encore dans maints dépôts départementaux (Rhône, Haute-Vienne, Bouches-du-Rhône, Marne...).

11La force de l’ouvrage c’est aussi – et c’est ce par quoi nous souhaiterions terminer –, d’être au moins autant une histoire du livre qu’une histoire de l’enfance. Magnifique plongée, alors, au plus près du vécu, vers ces bambins gribouillant avec leurs amis les pages de leurs livres, vers ces collégiens troquant leurs manuels classiques contre quelques confiseries aux marchands ambulants illégalement installés-là, devant les établissements scolaires (qui enrageaient bien sûr de cela), vers les pères achetant à distance, pour leurs fils internes, des ouvrages aux titres prometteurs (promesse, d’abord, de plaisante édification pour leur progéniture), vers ces mères lisant pour leurs filles au risque de l’assoupissement, vers ces livres qu’on offrait, ces pages qu’on signait, ces mots qu’on parcourait, qu’on laissait, cette habitude qu’on prenait de tourner des pages – de celles dont on se souvient longtemps. On referme ce livre, à notre tour, avec la conviction d’avoir lu un ouvrage qui fera longtemps référence.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Côme Simien, « Emmanuelle Chapron, Livres d’école et littérature de jeunesse en France au xviiie siècle »Strenæ [En ligne], 23 | 2023, mis en ligne le 31 janvier 2024, consulté le 20 juillet 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/strenae/10881 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/strenae.10881

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Auteur

Côme Simien

Université Paris 1 – Panthéon Sorbonne

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Droits d’auteur

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