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Dossier thématique
Partie 3 : La ville vécue par les enfants

« C’est les petits des grandes villes »

Les enfants des milieux populaires à Paris, de 1882 aux années 1920 : une belle époque ?
« C’est les petits des grandes villes ». Working-class children in Paris, from 1882 to the 1920’s: a good time?
Delphine Pietu

Résumés

Cette contribution propose d’étudier la place des enfants des milieux populaires à Paris, de la mise en place de l’instruction obligatoire en 1882 jusqu’aux années 1920. Les jeunes parisiens, en particulier les garçons, font l’objet d’un fort imaginaire au sein duquel le lien à la ville est omniprésent. Les images positives, largement véhiculées, les valorisent et parfois les instrumentalisent à des fins politiques et commerciales. Cependant, au quotidien, et même si les espaces extérieurs de la ville continuent d’occuper différentes fonctions et peuvent être sources d’opportunités, les contraintes pesant sur les jeunes citadins tendent à s’accentuer, notamment avec la volonté d’encadrement des adultes.

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Texte intégral

  • 1 Aristide Bruant, Dans la rue. Chansons et monologues, Paris, Flammarion, 1889.
  • 2 Parmi différents ouvrages, Daniel Roche, Le peuple de Paris. Essai sur la culture populaire au xvii (...)
  • 3 Alain Faure, Claire Lévy-Vroelant, Une chambre en ville : hôtels meublés et garnis de Paris 1860-19 (...)

1En 1889, Aristide Bruant chante « les petits des grandes villes », « la p’tit’ marmaill’ qui fourmille1 ». Les enfants des milieux populaires sont alors très présents dans les espaces extérieurs de la ville, où ils y ont une vie plus active que ceux des milieux aisés. Déjà au xviiie siècle, les enfants, comme les adultes, sont fréquemment dans la rue, espace social à la fois privé et public qui appartient à tous2. Cependant, une coupure entre le domicile et la rue est progressivement créée. Si la séparation entre espaces publics et privés se renforce, l’exiguïté et l’insalubrité de nombreux logements continuent d’alimenter une culture populaire tournée vers l’extérieur, prolongement du domicile3.

  • 4 Cette évolution est, notamment, perceptible dans les études des ouvrages suivants : Egle Becchi et (...)
  • 5 Daniel Courgeau, « La ville et l’enfant : aspects démographiques », dans : Marie-Claire Llopès, Cen (...)

2Au cours du xixe siècle, le regard sur les enfants change progressivement. On leur reconnaît des caractéristiques spécifiques entraînant notamment une législation et des dispositifs de prises en charge qui se veulent plus protecteurs4. Avec l’instauration de l’instruction obligatoire jusqu’à 13 ans en 1882, une homogénéisation relative de l’enfance survient et de nouvelles normes – et donc déviances – apparaissent autour de l’enfant écolier. Les temps et les lieux fréquentés sont conditionnés par le calendrier et le rythme scolaire, influençant les pratiques urbaines : arrivée et départ de l’école, activités scolaires en extérieur, encadrement périscolaire, temps de repos et de loisirs communs à tous... Notons qu’en dépit d’un contexte de politiques publiques natalistes, le nombre d’enfants a plutôt tendance à diminuer à Paris5.

3Pour retracer les expériences enfantines autant qu’analyser les regards qui s’y rapportent et les actions qu’elles suscitent, de nombreux supports sont à la disposition des historiens. Certains sont produits par les enfants eux-mêmes, d’autres leur sont spécifiquement destinés, quand certains s’adressent à tous les publics ou uniquement aux adultes. Aussi notre étude s’appuie-t-elle sur des sources variées : dessins d’écoliers, autobiographies, monographies sur Paris ou ses quartiers, sources administratives municipales et policières, presse quotidienne, publications philanthropiques, peintures, publicités, illustrations, photographies, romans, historiettes, chansons et jouets...

4Les enfants des milieux populaires, acteurs à part entière de la ville, jouissent d’une certaine capacité d’action sur leur environnement, même si les adultes, en particulier d’autres milieux sociaux, balisent de plus en plus ce qu’ils peuvent faire ou non et comment ils doivent le réaliser.

5Les jeunes parisiens font l’objet d’un fort imaginaire à travers un large panel de supports, au sein desquels le lien à la ville est omniprésent. Les images positives, largement véhiculées, valorisent et parfois instrumentalisent les enfants. Loin d’être passifs, ces derniers investissent les espaces extérieurs de la ville, les mobilisent. Ces lieux peuvent alors offrir des opportunités et être source d’émancipation (essentiellement pour les garçons). Pourtant, les contraintes pesant sur les jeunes citadins s’accentuent. L’encadrement des adultes tend à s’accroître et des lieux particuliers commencent à être définis pour leurs jeux.

Du Gamin aux gamins : un fort imaginaire, une image positive

  • 6 Jean-Jacques Yvorel, « De Delacroix à Poulbot, l’image du gamin de Paris », Revue d’histoire de l’e (...)

6Les enfants des milieux populaires parisiens renvoient à un fort imaginaire hérité de la première moitié du xixe siècle6. Ils se baladent, entre figures types et polymorphisme, sur de nombreux supports, et connaissent un tel succès qu’ils sont mobilisés à destination des adultes comme des enfants eux-mêmes.

Illustration 1 : Jean Parigot, Lettre de Gavroche à Guillaume, Paris, L. Marvis, 1915. Paris, Bibliothèque nationale de France.

Gamin de Paris et Gavroche, des figures empreintes de liberté

  • 7 Luce Abélès (dir.), Le Gamin de Paris, Catalogue d’exposition, Paris, Palais de Tokyo, Musée d’art (...)

7L’archétype du Gamin de Paris, véritable personnage de la production culturelle, est né durant la monarchie de Juillet7. Même si les images sont d’abord contrastées, une figure positive tend à s’imposer. Ainsi, jusqu’à la Première Guerre mondiale, le Gamin de Paris est familier. Parmi des variantes et situations rocambolesques, s’y retrouve l’enfant du peuple, vagabond, moqueur, frondeur et amateur de spectacles. Pour assouvir son besoin de liberté et sa curiosité, il déambule dans les rues. Connu de tous, c’est un joyeux flâneur et fin connaisseur de la ville. Une chanson tire ainsi le portrait d’« un vrai gamin de Paris » en 1893 :

  • 8 B. Lebreton, H. Moreau, Un vrai gamin de Paris, Paris, E. Meuriot, 1893.

Le cœur content, le nez au vent
En flânant j’aim’ faire un’ balade ;
D’Montarnapasse à Ménilmontant
Je me pay’ de la rigolade
Toujours joyeux, toujours en train
Je vais d’Montrouge à la Villette
Et je blagu’tout sur mon chemin
En savourant ma cigarette !8

  • 9 Maurice Brébant, La Manifestation !, C. Joubert, Paris, 1914 ; Georges Ourry, Gavroche dans la tran (...)
  • 10 Quentin Deluermoz, « Les gamins de Paris, combattants de la Commune (1871) », dans : Manon Pignot ( (...)

8Gavroche, né sous la plume de Victor Hugo, donne un visage à l’enfant des rues. Il est l’enfant de la ville de Paris, son incarnation vivante. Il est intrinsèquement libre – même s’il a perdu une part de la liberté de ses ancêtres – gouailleur, volontiers insolent. Son succès populaire est incontestable. Sculptures, gravures, estampes dépassent la simple illustration des Misérables. Comme le Gamin, Gavroche se retrouve dans des romans, sur les planches et dans les livrets des partitions avant la Grande Guerre, et s’éloigne de certains traits caractéristiques du personnage hugolien. Ainsi, sa composante révolutionnaire et insurrectionnelle disparaît au profit d’un sage républicanisme (ill. 1)9. Les jeunes parisiens, dont certains étaient encore récemment combattants de la Commune10, ne sont plus qu’un souvenir que l’on observe avec réprobation voire effroi. Gavroche – comme le Gamin – se normalise en fonction de ce que l’on attend désormais des enfants.

Dépasser le type : les multiples visages des enfants de Paris

9Les enfants déambulent sous d’autres visages et d’autres noms, en particulier dans la littérature jeunesse. La ville, ses rues et espaces non bâtis, offre un terrain d’aventures et de découvertes inépuisables auprès d’une autre famille : celle de la rue. Chez Léon Frapié ou Alfred Machard, les jeunes héros, en bande joyeuse, sont sympathiques, touchants, et vivent de grandes épopées urbaines.

  • 11 Sébastien Allard, Nadeije Laneyrie-Dagen, Emmanuel Pernoud, L’enfant dans la peinture, Paris, Citad (...)
  • 12 Emmanuel Pernoud, Paradis ordinaires. L’artiste au jardin public, Paris, Presses du réel, 2013.
  • 13 Marie Bashkirtseff, Mon Journal, t. XV, Montesson, Cercle des amis de Marie Bashkirtseff, 2005, p.  (...)
  • 14 Le musée d’Orsay, qui conserve l’œuvre, l’a récemment utilisée lors d’une campagne d’affichage pour (...)
  • 15 « Salon de 1884 », Le Gaulois-Salon, n° 653, supplément du 30/04/1884.
  • 16 Jean de la Tour, « Au salon des Champs-Élysées (peinture) », Le Petit Journal, 02/06/1891, p. 1.
  • 17 Henri Frantz, « Geoffroy, le peintre des enfants », Le Figaro illustré, mai 1901, p. 7, 9.

10Il en est de même dans la production picturale11, qui donne à voir différentes réalités des enfants parisiens dans leur rapport aux espaces extérieurs de la ville. Ils sont peints pour eux-mêmes dans des scènes d’une vie quotidienne plus ou moins fantasmée. Les enfants au parc – leurs promenades, leurs jeux, leurs nourrices – constituent l’un des thèmes iconographiques de la fin du xixe siècle12. Arrêtons-nous sur quelques représentations de peintres naturalistes reconnus par leurs pairs et la critique, qui saluent, au-delà des qualités artistiques, le choix du sujet. Marie Bashkirtseff se targue d’authenticité : « Je fais un gamin d’une douzaine d’années avec la blouse et le tablier, assis sur un banc et lisant une feuille illustrée, son panier vide à côté de lui... On voit cela continuellement dans les rues ici [...]. C’est un sujet très commun, très vrai, très journalier13 ». Son Meeting14 d’enfants en grande discussion près d’une palissade, exposé au Salon de 1884, est salué notamment « pour l’observation des gamins de Paris15 ». Les espiègles marmitons, pâtissiers, télégraphistes ou ramoneurs de Paul Chocarne-Moreau discutent, jouent, font des blagues dans la rue. Concernant une partie de billes présentée au Salon des Champs-Élysées, un chroniqueur évoque « une scène bien parisienne », « un petit tableau de la rue » et interroge « qui ne les a vus, ces deux gavroches jouant aux billes le long de quelque palissade bariolée d’affiches16 ? ». Jean Geoffroy, dit Géo, qui a habité les hauteurs de Belleville, représente avec une certaine tendresse les enfants au sein de leurs univers. En 1901, il renforce sa notoriété de peintre « parfait », « par excellence », « des enfants », « de vérité17 ». En particulier dans la rue et les fêtes foraines, ses enfants aux visages ronds apparaissent dans un tissu social développé et en interaction avec le monde qui les entoure. Il peint aussi bien l’esprit de fête et les bonheurs simples que la douleur et la misère. Le prolifique dessinateur Francisque Poulbot s’inspire des enfants de la butte Montmartre où il vit et contribue à diffuser l’image d’enfants attachants, drôles, affrontant les vicissitudes. Il les décrit ainsi :

  • 18 Cité dans Poulbot, n° 13, 2003, p. 2.

Des gosses joyeux et insouciants, des gosses qui pour peu qu’il y ait du soleil, le nez en l’air, la bouche blagueuse, la tignasse au vent galopaient dans l’herbe folle des raidillons, dans les rues, les venelles, les chantiers et les terrains vagues à la recherche d’une aventure. Des gosses qui jouaient au gendarme et au voleur, enlevaient des cerfs-volants qu’une saute de vent rabattait brusquement dans un arbre ou qui faisaient flotter dans le creux d’un ruisseau des canots de papier. Des gosses qui se battaient, s’embrassaient, criaient, chantaient plus fort que tous les bruits de Paris18.

  • 19 Joëlle Raineau (dir.), Fernand Pelez, 1848-1913, La parade des humbles, Paris, Paris-Musée, 2009.

11En parallèle, une iconographie misérabiliste – tout comme une production littéraire et une forte activité philanthropique – attire(nt) l’attention sur la condition d’enfants très pauvres. La présence de ces derniers dans une rue cruelle et inhospitalière est centrale dans ces représentations, en France comme en Belgique ou en Angleterre. Pensons ainsi au naturaliste Fernand Pelez et à ses petits vendeurs de citrons ou de violettes, terriblement seuls19.

12Le choix des artistes de représenter les enfants en extérieur autour de leurs activités ne les laissent pas paraître constamment sous la surveillance directe d’adultes. Autonomes, ils jouissent d’une certaine indépendance.

Des images fortement mobilisées

13La popularité des enfants de Paris est illustrée par l’évolution du vocabulaire. Un glissement apparaît dès la seconde partie du xixe siècle : « gavroche » devient à la fois nom commun et adjectif, quand « poulbot » est adoubé par la même antonomase. Ils invoquent un imaginaire largement partagé. Les jeunes parisiens de chair et d’os sont donc qualifiés en fonction de personnages positifs et attachants, marqués par leur origine populaire et la richesse de leur vie extérieure.

  • 20 Cité par Philippe Lejeune, Le Moi des demoiselles, Paris, Seuil, 1993, p. 283.
  • 21 Bulletin municipal officiel, n° 200, 30/08/1930, p. 3985.

14Les appropriations du Gamin ou de Gavroche dépassent les critères de genre, d’âge et de milieu social. En témoigne la poétesse Catherine Pozzi, issue d’un milieu bourgeois, qui s’identifie, selon le chapeau qu’elle coiffe, à un « gavroche » et « un gamin de Paris20 ». Par ailleurs, les collègues du conseiller municipal Émile Deslandres, issu du monde ouvrier, n’hésitent pas, pour lui rendre hommage, à saluer « sa tournure d’esprit foncièrement “Gamin de Paris”21 ».

15Les gamins, les gosses de la rue, de Paris, de Poulbot et autres gavroches, sujets de productions artistiques, ont un tel succès qu’ils constituent des arguments de vente. Ils sont alors des images très véhiculées, mobilisées pour promouvoir des produits qui ne sont pas spécifiquement destinés aux enfants, et visent à convaincre des adultes. Dans les dernières décennies du xixe siècle, les affichistes aux noms bien connus du grand public – Steinlen, Ogé, Bouisset – mobilisent des figures enfantines pleines de fraîcheur. Même les transgressions prêtent à sourire, comme quand une fillette conseille d’éviter les contrefaçons en écrivant sur les murs que deux garçons se battent en pleine rue pour un morceau de chocolat. De son côté, Poulbot met largement ses « gosses » au service de la bienfaisance ou de produits d’une grande diversité (alimentation, loterie, jeux, cycles, médicaments, grands magasins…).

  • 22 Ferdinand Bossuyl, Raoul Georges, Totor le gavroche, M. Labbé, Paris, 1916.
  • 23 Se référer aux travaux de Manon Pignot, en particulier, Allons enfants de la patrie : génération Gr (...)

16L’utilisation de ces images est également politique. Au début de la Grande Guerre, Gavroche et ses confrères, héritiers des images forgées à la suite des journées révolutionnaires du xixe siècle, représentent les jeunes combattants prêts à mourir pour la France : « sans hésiter l’môm’ s’engagea22 ». Ceux qui n’ont pas encore atteint l’âge d’aller au front sont mobilisés à l’arrière23. Ainsi, Géo et Poulbot mettent leurs enfants au service de l’élan patriotique. Ils promeuvent des actions ou des évènements dont les plus jeunes peuvent être destinataires voire pleinement acteurs, par exemple pour réaliser des collectes de fonds (ill. 2).

Illustration 2 : Francisque Poulbot, Pour que papa vienne en permission, s’il vous plaît, Devambez Imp., Paris, 1915. Paris, Bibliothèque nationale de France.

17Les enfants des milieux populaires, dans les espaces extérieurs urbains et en capacité d’agir, nourrissent les imaginaires et, plus encore, les investissent de façon plurielle au quotidien, qu’ils soient seuls ou en groupe.

Une appropriation de l’espace public

18Les enfants des milieux populaires s’approprient pleinement l’espace public. C’est un espace du quotidien, de proximité, dans lequel ils prennent des décisions les concernant, tant pour leurs activités que leur sociabilité.

Rue et terrain vague : vivre la ville au quotidien

19La rue, en tant qu’artère de la ville, est lieu de circulation. Sur le chemin de la classe, l’enfant devient écolier. Il en porte les attributs et change de statut social. En outre, la rue est un lieu d’information, pensons par exemple aux affiches, et d’échanges en tout genre. La rue se présente également pour certains comme un lieu de travail nomade, pour des activités parfois réprouvées : celles de livreurs, de marchands d’herbes comme sur les clichés d’Eugène Atget, de citrons ou de violettes chez Fernand Pelez, mendicité, prostitution...

  • 24 René Michaud, J’avais vingt ans. Un jeune ouvrier au début du siècle, Paris, Éditions syndicalistes (...)

20Parce que de nombreux appartements sont des taudis surpeuplés, dès le plus jeune âge les enfants se réfugient dehors où ils retrouvent des camarades, investissent les escaliers, jouent aux équilibristes, inventent des jeux au gré des opportunités et des saisons. Pour échapper à l’encadrement des adultes, certains font le mur, notamment du patronage qu’ils estiment destiné « aux mouflets », « la désobéissance [conduisant] vers... la liberté24 ». Ils flânent et se laissent guider par les curiosités urbaines qui sont des plaisirs simples et gratuits. Ces activités représentent une forme de liberté, une émancipation du regard des adultes et un apprentissage de l’indépendance.

  • 25 Archives du Vieux Montmartre, EC/14-18/1. D à 150.D. Voir M. Pignot, Allons enfants de la patrie, o (...)

21Les espaces laissés libres par la démilitarisation des fortifications sont de grandes surfaces éloignées de la circulation, où il est possible de se retrouver, s’amuser ou pique-niquer. Durant la Grande Guerre, les écoliers de Montmartre y jouent à la guerre avec une codification en fonction de l’âge et du genre. Les garçons défilent et combattent. Les gradés, plus âgés, donnent les ordres. Les filles, souvent absentes ou au second plan, sont cantonnées à des activités du care : en marge des activités guerrières, elles soignent les blessés et s’occupent des tout-petits. Les troupes sont passées en revue et défilent dans la rue25.

  • 26 E. Pernoud, Paradis ordinaires, op. cit., p. 46.

22D’autre part, une panoplie de jouets pensés pour un usage extérieur guide le jeu et matérialise les différences entre les milieux sociaux, les genres et les âges. Des concours extérieurs sont organisés par les adultes, tels les courses de cerceaux (ill. 3). Les jouets sportifs à roulettes – patins, trottinettes – permettent de gagner en vitesse et d’élargir l’amplitude des déplacements. Cependant, la cohabitation n’est pas toujours facile. Certains jeux – notamment de ballons26 ou les trottinettes – provoquent des tensions avec les autres parisiens.

  • 27 Fondée par Marcel Rol, l’agence Rol (1904-1937) est une agence photographique française qui se cons (...)

Illustration 3 : Agence Rol27, Championnats des cerceaux, une série garçonnets, Porte de Courcelles, 22 octobre 1911. Paris, Bibliothèque nationale de France.

Jeux et repos surveillés dans les espaces verts

23À l’image des œuvres de Bonnard, Edelfelt, Vuillard ou Valloton, le square incarne pour une partie des parisiens l’image du bien-être de l’enfant. Les espaces verts, parenthèses de nature dans la ville, sont des lieux de repos et de divertissement. Ils participent à un programme de régénération morale et physique de la population urbaine. Ils sont pensés comme des havres de paix esthétiques au service des pratiques récréatives. Les familles doivent notamment pouvoir y trouver des emplacements salubres et sûrs pour les ébats de leurs enfants. Des terrains dégagés sont propices au défoulement. Des fêtes et des concerts sont parfois organisés. Attractions payantes – théâtre Guignol, manèges, voitures attelées de chèvres – et vendeurs – de jouets, gourmandises, rafraîchissements – soulignent des différences sociales entre les publics et les usages, et ce d’autant plus que les loisirs de certains sont rendus possibles grâce au travail d’autres enfants (ill. 4).

Illustration 4 : Agence Rol, Voiture attelée de chèvre pour enfants, 1904-1908. Paris, Bibliothèque nationale de France.

  • 28 E. Pernoud, Paradis ordinaires, op. cit., p. 25.
  • 29 Julien Soarez, Le football dans Paris et ses banlieues (de la fin du xixe siècle à 1940). Un sport (...)

24Néanmoins, les espaces verts ne sont pas des lieux de liberté sans contraintes. Dans sa nouvelle Le rendez-vous, publiée en 1889, Guy de Maupassant qualifie ainsi le square de la Trinité de « cage à enfants28 ». Entre les grilles, les comportements sont régis par des règlements que des gardiens se chargent de faire appliquer. Les pelouses sont souvent interdites d’accès, alimentant un certain mécontentement. Le règlement est parfois adapté, en particulier pour les pratiques sportives29 et des emplacements sont identifiés sur des pelouses pour les jeux des familles.

Identité et appartenances

  • 30 Bulletin municipal officiel, n° 356, 30/12/1904, p. 4278.
  • 31 Robert Garric, Belleville, Paris, Bernard Grasset, 1928, p. 45.

25Par ailleurs, le quartier représente un espace d’appartenance fort, même si différentes dynamiques coexistent. On y retrouve une forme de convivialité entre des citadins qui se connaissent et partagent une expérience de vie similaire. Pour les écoliers de la rue Sainte-Isaure, le quartier est un lieu familier et accueillant, où ils sont connus. Ils se sentent et se qualifient de « Montmartrois ». Belleville a également une dynamique particulière. En 1904, la société de patronage Les petits Bellevillois est créée30. D’ailleurs, Robert Garric, homme de lettres et fondateur des équipes sociales, n’affirme-t-il pas « on est enfant de Belleville31 » ? Dès lors, le quartier apparaît comme un espace vécu et un repère affectif, en particulier dans certains arrondissements populaires récemment rattachés à Paris.

Illustration 5 : Agence Rol, Les scouts saluant la statue de Strasbourg sur la place de la Concorde, 1er décembre 1912. Paris, Bibliothèque nationale de France.

  • 32 Éclaireuses unionistes de France, La Préparation d'une éclaireuse (grade de petites bleues et aspir (...)
  • 33 Sur l’histoire de ces structures, Gérard Cholvy, Histoire des organisations et mouvements chrétiens (...)

26Dans l’espace public, les enfants font la démonstration de leur adhésion à différents groupes. Ils se mettent en scène, individuellement ou collectivement, et donnent à voir leurs attachements voire leurs engagements. Même si la rue se laïcise à partir de la fin des années 1870, le fait religieux reste visible, en particulier lors de grands évènements tels la communion. Communiantes et communiants défilent dans la rue vêtus d’une tenue très codifiée. Par ailleurs, les groupes de jeunesse organisée, scouts et autres éclaireurs des deux sexes, ne sont plus des enfants comme les autres. Ils sont unis par un costume, encadrés par des règles particulières, avec des activités et des usages de l’espace public qui les distinguent. Ainsi, un manuel d’éclaireuses énonce dès ses premières pages les signes de reconnaissance dont les subtilités échappent aux non-initiés : le salut, les insignes, etc32. Chez les garçons, les activités d’inspiration militaire (par exemple la salutation de la statue de Strasbourg sur la place de la Concorde en 1912 en présence d’un général, ill. 5, ou les exercices lors de la fête des sociétés de préparation militaire aux Tuileries en 1915) cèdent la place à des activités plus « pacifistes » dans l’entre-deux-guerres (comme la fête de gymnastique aux Tuileries en 1921)33. Dans la rue, certains défendent leurs convictions. Ainsi, les éclaireurs interpellent les passants lors de la semaine de bonté en 1927 (ill. 6).

Illustration 6 : Agence Rol, Semaine de bonté, les éclaireurs et les chiens sanitaires, 18 juin 1927. Paris, Bibliothèque nationale de France.

27Par ailleurs, les enfants participent à des évènements fédérateurs et s’affichent ainsi comme des membres à part entière de la communauté nationale. Les bataillons scolaires pour les enfants de 10-12 ans, instaurés en 1882, défilent le jour de l’inauguration de la statue de la place de la République le 14 juillet 1883. Pour le 14 juillet, qui allie patriotisme et réjouissances, les enfants revêtent leurs tenues de fête et se mêlent aux festivités du grand public (ill. 7) ou réservées au public enfantin (ex : courses en sac, aux œufs…).

28Cependant, cette relative liberté et capacité d’action en propre se heurte autant aux transformations du cadre urbain qu’à une volonté de plus en plus prégnante de contrôler les plus jeunes et leurs activités extérieures, en particulier lorsqu’ils ne sont pas sous la supervision d’un aîné ou d’un adulte.

Illustration 7 : Agence Rol, Bal populaire, 14 juillet 1912. Paris, Bibliothèque nationale de France.

Une volonté de contrôler et encadrer les activités urbaines des enfants

  • 34 Dominique Kalifa, L’encre et le sang. Récits de crimes et société à la Belle Époque, Paris, Fayard, (...)
  • 35 L’ordonnance de la préfecture de police du 25 juillet 1862 « concernant la sûreté, la liberté et la (...)

29La ville fascine autant qu’elle effraie34. La présence des enfants « libres » dans la rue suscite également sentiments et réactions ambivalents. Dans de nombreuses représentations, en particulier celles des milieux favorisés, le cadre urbain recèle de multiples dangers pour les enfants, particulièrement exposés en raison de leur âge. Par ailleurs, le cadre urbain n’est pas dénué de contraintes pour les amusements des enfants : la circulation automobile se développe, certains jeux sont interdits sur la voie publique35, les espaces verts sont régis par des règlements, les terrains vagues tendent à disparaître. Le cadre urbain n’est pas adapté au bon développement et à la sécurité des enfants qui ont besoin de grands espaces sains. Des lieux particuliers sont envisagés, notamment avec un début de réflexion sur des espaces ségrégants. Il convient autant de protéger les plus jeunes que d’assurer un contrôle sur leurs activités et les lieux qu’ils fréquentent.

Eloigner les enfants de la rue

  • 36 André Gueslin, D’ailleurs et de nulle part. Mendiants, vagabonds, clochards, SDF en France depuis l (...)

30Les milieux favorisés voient d’un mauvais œil la liberté dont jouissent les enfants du peuple. Le choc suscité par la présence d’enfants combattant dans les rangs communards n’est pas totalement dissipé. Les fantasmes et les craintes, alimentés par d’anciennes images (enfants vagabonds ou mendiants, personnes pauvres, classes laborieuses dangereuses36), se focalisent autour de potentielles atteintes morales. La rue corromprait. Les enfants, êtres en formation, y seraient livrés à eux-mêmes, exposés au vice, au mauvais exemple, à la tentation. Dans une moindre mesure, ils pourraient être victimes d’agressions ou d’accidents. Éloigner les enfants de la rue est alors un enjeu sécuritaire, sanitaire et social. De nombreuses associations philanthropiques mettent en garde contre les enfants sans surveillance. En opposition aux jeux de la rue, à l’oisiveté et à la paresse, il conviendrait de favoriser de nouveaux comportements à travers l’encadrement des enfants dans des structures dédiées. Il s’agit de protéger les enfants, comme la société tout entière.

  • 37 Paul Beurdeley, « Après l’école, le placement des enfants », La revue pédagogique, n° 15, mars 1895 (...)
  • 38 Delphine Piétu, « Lutter contre les “promenades irrégulières” des petits mendiants en les scolarisa (...)
  • 39 Bulletin municipal officiel, n° 330, 29/11/1880, p. 3595.
  • 40 H. S., « L’union sociale, œuvre de Charonne », L’Enfant, n° 98, mars 1903, p. 345-346.

31Paul Beurdeley, maire du XVIIIe arrondissement, estime que « l’enseignement obligatoire a tué le gamin de Paris37 ». L’école fonctionne ainsi comme un moyen efficace de l’extraire de la rue une grande partie de la journée. D’ailleurs, l’un des combats de philanthropes et de personnalités intéressées par la situation des plus jeunes, est de favoriser la scolarisation de la minorité d’enfants d’âge scolaire qui ne fréquente pas la classe pour cause de mendicité et de vagabondage (formes particulières de la déviance enfantine au croisement de la pauvreté et de la délinquance38). La question du temps passé hors de la classe se pose alors. Dès les années 1880, certaines écoles parisiennes possèdent des classes de garde dont la fréquentation diminuerait le temps passé dans la rue par les enfants du monde ouvrier39 ou ceux des familles les plus pauvres. De plus, les patronages d’initiatives privées, laïques ou confessionnelles se multiplient, notamment dans les milieux populaires pour « soustraire les écoliers aux dangers de la rue40 », le jeudi, le dimanche, les jours de congés et après la classe. Les bulletins des paroisses regorgent d’initiatives.

  • 41 Laura Lee Downs, Histoire des colonies de vacances de 1880 à nos jours, Paris, Perrin, 2009 ; Samue (...)
  • 42 Colonies de vacances pour les Enfants des Grandes Villes, Alençon, F. Guy, 1888.

32Les colonies de vacances naissant à la fin du xixe siècle pour s’épanouir au suivant sont à situer dans un mouvement général des œuvres de plein air, et plus largement de la médecine sociale et hygiénique41. La campagne paraît plus salubre que la ville : alors que les enfants s’ennuient dans la rue, ils s’amusent et font de nouveaux apprentissages au grand air42.

Créer davantage d’espaces verts

  • 43 Patrice Bourdelais (dir.), Les hygiénistes. Enjeux, modèles et pratiques (xviiie-xxe siècle), Paris (...)

33Des années 1880 au début des années 1900, les besoins des enfants ont été évoqués en faveur du maintien d’« espaces libres », terme regroupant aussi bien des lieux vastes comme les bois que d’autres de taille plus modeste. En ce temps phare de l’hygiénisme43, les spécialistes dénoncent l’insuffisance de grands parcs, en particulier en comparaison d’autres grandes villes internationales. Essentiels à la santé, ils apporteraient air, calme et apaisement.

  • 44 Archives de Paris, VO.NC 91, projet de création de champs de jeux scolaires.

34Dans les quartiers les plus anciens, la situation est complexifiée du fait d’un bâti déjà dense. Vers 1890, un projet de création de champs de jeux scolaires émerge. Des recherches commandées par la Direction de l’enseignement sont alors réalisées pour trouver un terrain où installer des zones de jeux pour les écoliers. Néanmoins, si différents espaces non bâtis ou lieux désaffectés sont envisagés dans des arrondissements populaires ou sur d’anciens bastions, le projet ne semble pas aboutir44.

  • 45 Espaces libres et jardins publics, n° 2, juillet 1911, p. 5.

35Sur les extérieurs de Paris, la réaffectation de l’espace libéré par la déclassification des fortifications entourant la ville ouvre un large débat. Certains suggèrent de ménager des espaces non bâtis dont les enfants seraient, entre autres publics, les bénéficiaires. La création de parcs et de jardins peut alors s’inscrire dans l’effort républicain de régénération nationale et de lutte contre la tuberculose. Pour les enfants, les bénéfices envisagés sont amplifiés. Comme certains conseillers municipaux et députés connus pour leur engagement en faveur des enfants dès le début du siècle– Jules Steeg, Ferdinand Buisson, Denys Cochin –, l’association Espaces libres et jardins publics plaide en faveur de la création d’une suite de terrains de jeux et de nouveaux parcs ou squares exclusivement consacrés à l’usage des enfants et des jeunes gens : « Les enfants, comme les jeunes animaux, ont besoin de jouer autant que de respirer et de se nourrir [...]. Donnons donc à jouer aux enfants et donnons-leur du terrain et des appareils pour jouer, afin de les soustraire au danger physique et moral de la rue45. » Il s’agit de faire sortir les enfants des rues pour leur proposer des espaces que l’on estime mieux adaptés à leurs besoins.

Ménager des emplacements spécifiques pour les enfants dans les espaces verts

  • 46 Eugène Hénard, Études sur les transformations de Paris. Fascicule 3. Les grands espaces libres, les (...)

36Dans le contexte d’une réflexion sur la place de chacun (piétons, automobilistes, vélocipédistes), la question de lieux pour les enfants et de leurs jeux dans les espaces verts est posée. Il s’agit notamment d’accéder à de plus grands espaces dans les lieux existants. Eugène Hénard, urbaniste et architecte, rapporte que pour augmenter la surface mise à la disposition des plus jeunes dans les squares, des pelouses sont supprimées46.

  • 47 Voir à ce sujet différents fonds aux archives de Paris (ex : VO.NC, VM90, 2380W, 99W).

37En 1909, le Champ-de-Mars semble être le premier équipé d’un bac à sable. Même si le service des promenades ne se montre guère enthousiaste – le sable paraît peu hygiénique et entraverait le bon fonctionnement du service en se disséminant47 –, les dépôts se poursuivent, parfois de façon très rudimentaire, en tas sans autre aménagement (ill. 8), dans un espace circonscrit au sol ou dans des bacs.

Illustration 8 : Agence Rol, Bois de Boulogne, enfants jouant dans un bac à sable, 13 mars 1914. Paris, Bibliothèque nationale de France.

  • 48 Archives de Paris, VM90 360, tas de sable ; 2380W 23, square Édouard Vaillant ; Bulletin municipal (...)

38L’association Nos bébés aux squares, soutenue par des médecins, œuvre peu avant la Grande Guerre en faveur de la création d’espaces séparés pour les plus jeunes dans les jardins publics : « Si nous laissons nos enfants dans les allées, ils sont constamment exposés à des accidents et à être dérangés dans leurs petits jeux par les personnes qui passent et nous ne pouvons les mettre sur les pelouses puisque cela est interdit48. » Plusieurs objectifs sont poursuivis : isoler les enfants du contact des adultes, les préserver de potentielles contagions, empêcher ceux qui sont mal surveillés de s’éloigner. En 1914, de premières expérimentations sont menées pour la période estivale. Encore une fois, l’administration parisienne se montre prudente : les installations seraient de nature à ruiner l’esthétisme des jardins.

  • 49 Martha Gutman, « The Physical spaces of childhood », dans : Paula S. Fass (dir.), The Routledge his (...)

39Les jeunes parisiens sont omniprésents dans les descriptions et les représentations de la capitale : qui imaginerait alors déambuler dans la ville sans y voir ses enfants ? Habituelle voire normale, cette présence est valorisée par certains milieux, combattue par d’autres. Au-delà de la réalité quotidienne, l’image d’enfants dans les rues est largement diffusée. Les jeunes parisiens investissent la production culturelle et les imaginaires et jouissent d’un fort capital symbolique. Dès lors, les enfants des milieux populaires sont renvoyés à une forme d’identité particulière spécifique à leur âge, leur genre et leur milieu social. Les images positives proposées aux plus jeunes peuvent constituer autant de modèles, de moyens de valider et valoriser des comportements, de légitimer leurs pratiques urbaines. Citadins à part entière, avec des activités collectives et d’autres spécifiques en fonction de leur âge, les enfants des milieux populaires investissent la ville et s’adaptent à un environnement qui leur offre de nombreuses opportunités. La rue, les espaces verts, les terrains vagues, sont des lieux de rencontre, de sociabilité, d’apprentissage, d’émancipation. Pourtant, des voix s’élèvent qui aimeraient que les enfants soient plus encadrés, plus surveillés, éloignés de la rue et des dangers qu’elle représenterait. En effet, en particulier dans les milieux les plus favorisés, les enfants et adolescents sans surveillance en extérieur ne sont pas sans générer une certaine anxiété. Dès lors, instaurer des espaces dédiés répond à un besoin exprimé par une partie de la population, qui plus est prescriptrice et dominatrice : besoin à lier au manque de lieux adaptés, sécurisés et surveillés pour les plus jeunes et leurs activités. Les enfants commencent à devenir un enjeu des politiques d’aménagement à la fin du xixe et au début du xxe siècle pour la création d’espaces verts ou pour l’aménagement de dispositifs particuliers, sans pour autant qu’ils soient consultés. La nouveauté consistant à faire des enfants les usagers uniques d’une parcelle se heurte à des réticences, loin de ce qui existe Outre-Atlantique49. En « sanctuarisant » des lieux pour les enfants sur l’espace de tous (et de personne), ces expérimentations posent la question de l’adaptation des espaces publics à tous les âges. Plus largement, elles questionnent la légitimité des plus jeunes à utiliser d’autres espaces que ceux qui leur sont dévolus. L’éviction des enfants de l’espace public est en marche.

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Notes

1 Aristide Bruant, Dans la rue. Chansons et monologues, Paris, Flammarion, 1889.

2 Parmi différents ouvrages, Daniel Roche, Le peuple de Paris. Essai sur la culture populaire au xviiie siècle, Paris, Fayard, 1998.

3 Alain Faure, Claire Lévy-Vroelant, Une chambre en ville : hôtels meublés et garnis de Paris 1860-1990, Paris, Créaphis, 2007.

4 Cette évolution est, notamment, perceptible dans les études des ouvrages suivants : Egle Becchi et Dominique Julia (dir.), Histoire de l’enfance en Occident du xviiie siècle à nos jours, Paris, Seuil, 1998 ; Marie-Sylvie Dupont-Bouchat, Éric Pierre (dir.), Enfance et justice au xixe siècle : essais d'histoire comparée de la protection de l'enfance, 1820-1914 : France, Belgique, Pays-Bas, Canada, Paris, Presses universitaires de France, 2001 ; Pascale Garnier, Ce dont les enfants sont capables : marcher, travailler, nager : xviiie, xixe, xxe siècles, Paris, Métailié, 1995 ; Jean-Noël Luc, L'invention du jeune enfant au xixe siècle. De la salle d'asile à l'école maternelle, Paris, Belin, 1997 ; Catherine Rollet, La politique à l’égard de la petite enfance sous la Troisième République, Paris, INED/PUF, 1990.

5 Daniel Courgeau, « La ville et l’enfant : aspects démographiques », dans : Marie-Claire Llopès, Centre de création industrielle (dir.), La ville et l’enfant, Paris, Centre Georges Pompidou, CCI, 1977, p. 36-44.

6 Jean-Jacques Yvorel, « De Delacroix à Poulbot, l’image du gamin de Paris », Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière » [en ligne], n° 4, 2002, p. 39-72, DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/rhei.52 ; Frédéric Chauvaud, « Gavroche et ses pairs : aspects de la violence politique du groupe enfantin en France au xixe siècle », Cultures et conflits [en ligne], n° 18, 1995, DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/conflits.463.

7 Luce Abélès (dir.), Le Gamin de Paris, Catalogue d’exposition, Paris, Palais de Tokyo, Musée d’art et d’essai, Réunion des Musées Nationaux, coll. « Cahiers-Musées d’art et d’essai », 1985, p. 3-6.

8 B. Lebreton, H. Moreau, Un vrai gamin de Paris, Paris, E. Meuriot, 1893.

9 Maurice Brébant, La Manifestation !, C. Joubert, Paris, 1914 ; Georges Ourry, Gavroche dans la tranchée. Monologue comique et héroïque, Paris, Marcel Labbé, 1915(?).

10 Quentin Deluermoz, « Les gamins de Paris, combattants de la Commune (1871) », dans : Manon Pignot (dir.), L’enfant-soldat, xixe-xxie siècle, Paris, Armand Colin, 2012.

11 Sébastien Allard, Nadeije Laneyrie-Dagen, Emmanuel Pernoud, L’enfant dans la peinture, Paris, Citadelles & Mazenod, 2011.

12 Emmanuel Pernoud, Paradis ordinaires. L’artiste au jardin public, Paris, Presses du réel, 2013.

13 Marie Bashkirtseff, Mon Journal, t. XV, Montesson, Cercle des amis de Marie Bashkirtseff, 2005, p. 63 et p. 232.

14 Le musée d’Orsay, qui conserve l’œuvre, l’a récemment utilisée lors d’une campagne d’affichage pour inciter les parents à emmener leurs enfants voir des « sales gosses ».

15 « Salon de 1884 », Le Gaulois-Salon, n° 653, supplément du 30/04/1884.

16 Jean de la Tour, « Au salon des Champs-Élysées (peinture) », Le Petit Journal, 02/06/1891, p. 1.

17 Henri Frantz, « Geoffroy, le peintre des enfants », Le Figaro illustré, mai 1901, p. 7, 9.

18 Cité dans Poulbot, n° 13, 2003, p. 2.

19 Joëlle Raineau (dir.), Fernand Pelez, 1848-1913, La parade des humbles, Paris, Paris-Musée, 2009.

20 Cité par Philippe Lejeune, Le Moi des demoiselles, Paris, Seuil, 1993, p. 283.

21 Bulletin municipal officiel, n° 200, 30/08/1930, p. 3985.

22 Ferdinand Bossuyl, Raoul Georges, Totor le gavroche, M. Labbé, Paris, 1916.

23 Se référer aux travaux de Manon Pignot, en particulier, Allons enfants de la patrie : génération Grande guerre, Paris, Seuil, 2012 et L’appel de la guerre. Des adolescents au combat 1914-1918, Paris, Anamosa, 2019.

24 René Michaud, J’avais vingt ans. Un jeune ouvrier au début du siècle, Paris, Éditions syndicalistes, 1967, p. 47.

25 Archives du Vieux Montmartre, EC/14-18/1. D à 150.D. Voir M. Pignot, Allons enfants de la patrie, op. cit.

26 E. Pernoud, Paradis ordinaires, op. cit., p. 46.

27 Fondée par Marcel Rol, l’agence Rol (1904-1937) est une agence photographique française qui se consacre principalement à l’actualité de façon générale (avec un intérêt particulier pour le sport) afin de répondre aux attentes de la presse quotidienne et illustrée. Le département des Estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France conserve un fonds en cours de numérisation, accessible sur Gallica.

28 E. Pernoud, Paradis ordinaires, op. cit., p. 25.

29 Julien Soarez, Le football dans Paris et ses banlieues (de la fin du xixe siècle à 1940). Un sport devenu spectacle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013, p. 127-132.

30 Bulletin municipal officiel, n° 356, 30/12/1904, p. 4278.

31 Robert Garric, Belleville, Paris, Bernard Grasset, 1928, p. 45.

32 Éclaireuses unionistes de France, La Préparation d'une éclaireuse (grade de petites bleues et aspirantes) : programmes officiels, Paris, 1920, p. 5-6.

33 Sur l’histoire de ces structures, Gérard Cholvy, Histoire des organisations et mouvements chrétiens de jeunesse en France (xixe-xxe siècle), Paris, Cerf, 1999 ; Arnaud Baubérot, L’invention d’un scoutisme chrétien. Les Éclaireurs unionistes de 1911 à 1921, Paris, Les bergers et les mages, 1997.

34 Dominique Kalifa, L’encre et le sang. Récits de crimes et société à la Belle Époque, Paris, Fayard, 1995 ; Jean-Claude Farcy, « La ville contemporaine (xixe-xxe siècles) est-elle criminogène ? », dans : Yannick Marec (dir.), Villes en crise ? Les politiques municipales face aux pathologies urbaines (fin xviiie-fin xxe siècle), Paris, Créaphis, 2005.

35 L’ordonnance de la préfecture de police du 25 juillet 1862 « concernant la sûreté, la liberté et la commodité de la circulation » interdit sur la voie publique « les jeux de palets, de tonneaux, de siam, de quilles, de volants, de toupies, sabots, bâtonnets, cerfs-volants et tous autres susceptibles de gêner la circulation et d’occasionner des accidents ».

36 André Gueslin, D’ailleurs et de nulle part. Mendiants, vagabonds, clochards, SDF en France depuis le Moyen Âge, Paris, Fayard, 2013 ; Louis Chevalier, Classes laborieuses, classes dangereuses à Paris pendant la première moitié du xixe siècle, Paris, Perrin, 2007.

37 Paul Beurdeley, « Après l’école, le placement des enfants », La revue pédagogique, n° 15, mars 1895, p. 205.

38 Delphine Piétu, « Lutter contre les “promenades irrégulières” des petits mendiants en les scolarisant », Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière » [en ligne], n° 16, 2014, p. 30-52, DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/rhei.3569.

39 Bulletin municipal officiel, n° 330, 29/11/1880, p. 3595.

40 H. S., « L’union sociale, œuvre de Charonne », L’Enfant, n° 98, mars 1903, p. 345-346.

41 Laura Lee Downs, Histoire des colonies de vacances de 1880 à nos jours, Paris, Perrin, 2009 ; Samuel Boussion, Mathias Gardet, Martine Ruchat, L'internationale des républiques d'enfants (1939-1955), Paris, Anamosa, 2020, 479 p.

42 Colonies de vacances pour les Enfants des Grandes Villes, Alençon, F. Guy, 1888.

43 Patrice Bourdelais (dir.), Les hygiénistes. Enjeux, modèles et pratiques (xviiie-xxe siècle), Paris, Belin, 2001 ; Marie Charvet, Les fortifications de Paris. De l’hygiénisme à l’urbanisme, 1880-1919, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005.

44 Archives de Paris, VO.NC 91, projet de création de champs de jeux scolaires.

45 Espaces libres et jardins publics, n° 2, juillet 1911, p. 5.

46 Eugène Hénard, Études sur les transformations de Paris. Fascicule 3. Les grands espaces libres, les parcs et jardins de Paris et de Londres, Paris, Librairies-imprimeries réunies, 1903, p. 73.

47 Voir à ce sujet différents fonds aux archives de Paris (ex : VO.NC, VM90, 2380W, 99W).

48 Archives de Paris, VM90 360, tas de sable ; 2380W 23, square Édouard Vaillant ; Bulletin municipal officiel, n° 185, 10/07/1914, p. 2884-2885.

49 Martha Gutman, « The Physical spaces of childhood », dans : Paula S. Fass (dir.), The Routledge history of childhood in the western world, Londres, New York, Routledge, 2013, p. 259.

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Table des illustrations

Légende Illustration 1 : Jean Parigot, Lettre de Gavroche à Guillaume, Paris, L. Marvis, 1915. Paris, Bibliothèque nationale de France.
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Légende Illustration 2 : Francisque Poulbot, Pour que papa vienne en permission, s’il vous plaît, Devambez Imp., Paris, 1915. Paris, Bibliothèque nationale de France.
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Légende Illustration 3 : Agence Rol27, Championnats des cerceaux, une série garçonnets, Porte de Courcelles, 22 octobre 1911. Paris, Bibliothèque nationale de France.
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Légende Illustration 4 : Agence Rol, Voiture attelée de chèvre pour enfants, 1904-1908. Paris, Bibliothèque nationale de France.
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Légende Illustration 5 : Agence Rol, Les scouts saluant la statue de Strasbourg sur la place de la Concorde, 1er décembre 1912. Paris, Bibliothèque nationale de France.
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Légende Illustration 6 : Agence Rol, Semaine de bonté, les éclaireurs et les chiens sanitaires, 18 juin 1927. Paris, Bibliothèque nationale de France.
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Légende Illustration 7 : Agence Rol, Bal populaire, 14 juillet 1912. Paris, Bibliothèque nationale de France.
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Légende Illustration 8 : Agence Rol, Bois de Boulogne, enfants jouant dans un bac à sable, 13 mars 1914. Paris, Bibliothèque nationale de France.
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Pour citer cet article

Référence électronique

Delphine Pietu, « « C’est les petits des grandes villes » »Strenæ [En ligne], 23 | 2023, mis en ligne le 31 janvier 2024, consulté le 19 juillet 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/strenae/10526 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/strenae.10526

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Auteur

Delphine Pietu

Université Paris Cité

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