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introduction, ville, enfant

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introduction, city, child
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Texte intégral

1Quand on veut évoquer la présence des enfants dans la ville, certaines images reviennent assez rapidement en mémoire, notamment les photographies de Robert Doisneau ou de Willy Ronis, témoins privilégiés d’un Paris sans doute révolu, celui des années 1950, immortalisant des enfants heureux s’amusant dans un terrain vague ou dans les rues. Elles renvoient également à ces autres enfants de la même époque, en pleine liberté, que l’on pouvait trouver dans Le petit Nicolas ou dans Quick et Flupke.

2La peinture de la Renaissance a également représenté des enfants dans des villes fortes qui affirmaient leur puissance naissante. Pieter Brueghel l’Ancien, en 1560, a laissé ce tableau intitulé Jeux d’enfants1 dans lequel 91 jeux peuvent être répertoriés. Rue et place totalement occupées par des enfants turbulents et joueurs, une sorte de ville récréative… Dans Les Misérables de Victor Hugo, des enfants des rues sont décrits, occupant l’éléphant de la Bastille, et entraînés par Gavroche :

  • 2 Victor Hugo, Les Misérables. Tome 4, livre 6, 1862.

Ô utilité inattendue de l’inutile ! […] Le môme avait été accepté par le colosse […] Il semblait que le vieux mastodonte misérable, envahi par la vermine et l’oubli, couvert de verrues, de moisissures et d’ulcères, chancelant, vermoulu, abandonné, condamné, espèce de mendiant colossal […] avait eu pitié de cet autre mendiant2.

  • 3 Thierry Paquot, « Les aires de jeux, un monde pour les tout-petits », Diversité, n° 170, 2012, p. 5 (...)

3Cependant, à côté de toutes ces images appartenant à la littérature et à l’art en général, il y a d’autres images, plus contemporaines celles-là, celles de « piteuses “aires de jeux” », véritables « parkings à enfants par classe d’âge”3 », pour reprendre les propos du philosophe de l’urbain Thierry Paquot, souvent logées dans le coin d’un parc quand elles ne sont pas glissées derrière un immeuble, près du local à poubelles. Ces aménagements citadins questionnent véritablement sur la place de l’enfant en ville lorsque le tout sécuritaire semble annihiler le divertissement et la liberté de circuler. L’assignation à résidence est déjà une sorte d’interdiction d’habiter l’espace urbain.

Illustration 1 : Aire de jeu dans un parc à Arras (© Meunier).

Illustration 2 : Aire de jeu à Bruxelles, dans le quartier d’Ixelle (© Meunier).

4Dans un article publié en 1979 dans le n° 2 de la revue Urbi, Philippe Ariès, historien spécialiste de l’enfance, affirmait que la ville d’Ancien Régime avait disparu au profit de l’agglomération avec la croissance industrielle du milieu du xixe siècle. Cette même transformation avait progressivement fait disparaître l’enfant des rues. Il écrivait :

  • 4 Philippe Ariès, « L’enfant et la rue. De la ville à l’antiville », Urbi, n° 2, 1979, p. 3.

Elle a bien existé, cette ville où les enfants vivaient et circulaient, les uns hors de leurs familles, les autres sans. […] Cette ville, nous l’avons perdue ; quand et pourquoi ? Ce qui l’a remplacée n’est pas une autre ville, c’est la non-ville, l’anti-ville, la ville intégralement privatisée4.

  • 5 La ville & l'enfant, Paris, Centre national d’art et culture Georges Pompidou, 1977.

5« Mais où est passé l’éléphant de la Bastille ? » se demandaient Guy Hocquenghem et René Schérer en 1977 dans le catalogue réalisé par le Centre Pompidou5 pour l’exposition intitulée déjà La ville & l’enfant. C’est encore la question que nous pourrions poser aujourd’hui. Si les adolescents semblent s’approprier la ville, le plus souvent en bandes, quelle est la place faite aux enfants dans les aires urbaines ? Comment les enfants habitent-ils la ville ? Quelles représentations de la ville sont données à lire aux enfants ?

  • 6 Marie-Josée Chombart de Lauwe, « Dans la ville, des enfants », Autrement, n° 10, septembre 1971.
  • 7 Marie-José Chombart de Lauwe, « L’enfant et ses besoins culturels dans la cité contemporaine », dan (...)

6En 1971, la sociologue Marie-José Chombart de Lauwe6 assurait que, dans la presse pour la jeunesse, la ville représentait le quart des cadres choisis par les auteurs comme lieux d’évolution de leurs personnages. Chombart de Lauwe ajoutait que dans les années 1970 « la nature sauvage ou cultivée est vraiment présentée comme le cadre normal de l’enfance dans le domaine scolaire et dans celui des loisirs7 ».

7Pourtant, la « nature » pour les enfants est bien en ville dans ces années-là, comme certaines productions télévisuelles en témoignent. Here come the Double Deckers (en français L’autobus à impériale), par exemple, une série produite par la BBC et ABC en 1971 et diffusée par l’ORTF en 1972, met en scène six enfants qui se sont approprié un vieux hangar désaffecté dans lequel trône un autobus à impériale dont les jeunes héros ont fait leur QG. L’espace ainsi accaparé est devenu leur terrain d’aventure, leur aire de jeu et de création. Malheureusement, un méchant promoteur, M. Beaumont, veut raser l’endroit pour en faire un parking.

8Les travaux des historiens et urbanistes montrent en effet que cette fin des années 1960 et ce début des années 1970 est un tournant. Parkings, garages, grands ensembles, partout la ville mute pour accueillir toujours plus d’automobiles. Le parc automobile français a augmenté de 10 % par an entre 1950 (2,3 millions d’autos) et 1970 (13,7 millions). En 1971, Jean Poulit, chef de la division de la circulation et de l’exploitation du SETRA (Service d’études techniques des routes et autoroutes), à qui le gouvernement français a confié la lourde tâche « d’adapter les villes françaises à l’automobile », rend public le programme qui s’imposera aux grandes villes de province : construction de parkings souterrains ou en élévation, construction d’un réseau autoroutier largement dimensionné, implantation de transports collectifs en site propre, et aménagement d’un secteur piétonnier dans les voies commerciales et historiques des hypercentres.

9Les productions culturelles auxquelles j’ai fait référence expriment, à leur manière, un droit à la ville auxquels les enfants pourraient prétendre. Ce Droit à la ville, le philosophe Henri Lefebvre l’exprime dès 1967 dans son ouvrage resté célèbre. Contre le développement d’une ville où le « tout automobile » et la consommation de masse règnent en maîtres, il écrit :

  • 8 Henri Lefebvre, Le droit à la ville, Paris, Anthropos, 1967, p. 95.

Les besoins sociaux ont un fondement anthropologique ; opposés et complémentaires, ils comprennent le besoin de sécurité et celui d’ouverture, le besoin de certitude et le besoin d’aventure, celui d’organisation du travail et celui de jeu, les besoins de prévisibilité et d’imprévu, d’unité et de différence, d’isolement et de rencontre, d’échanges et d’investissements, d’indépendance et de communication, d’immédiateté et de perspective à long terme8.

  • 9 Ibid., p. 99.
  • 10 Le premier aménagement d'un woonerf a lieu à Emmerhout aux Pays-Bas, en 1968, et est dû à l'urbanis (...)

10Dans ce but, le philosophe préconise une transformation des démarches et des instruments intellectuels pour penser la ville. Parmi eux, il met en avant ce qu’il nomme la transduction, c’est-à-dire, la construction d’un objet possible « à partir d’informations portant sur la réalité ainsi que d’une problématique posée par cette réalité9 ». Et la réalité de ce début des années 1970 montre que la ville-automobile met en danger l’enfant et qu’elle ne lui laisse qu’une place minime pour le mettre en sécurité. J’en veux pour preuve ce mouvement populaire néerlandais, « Stop de Kindermoord », qui fait descendre dans la rue parents et enfants pour protester contre le nombre élevé de décès d’enfants dus à des accidents de voitures : 500 enfants morts la seule année 1971 sur les 3 300 accidentés de la route aux Pays-Bas. Ce mouvement accentue le développement de woonerf10 un peu partout dans le nord de l’Europe au début des années 1970. Les woonerf (littéralement en néerlandais « cour résidentielle ») sont des aménagements de rue, des zones d’habitation conviviale et de circulation partagée. Le succès des woonerf est tel qu’il se traduit aux Pays-Bas par l’adoption d’une loi en 1976. Celle-ci reconnaît la priorité des piétons et des cyclistes et limite la vitesse des voitures dans ces espaces.

  • 11 L’original est paru en Hongrie en 1906.

11Avant les années 1970, de leur côté, les rares productions culturelles qui évoquaient l’enfant dans la ville insistaient sur la grande liberté et la grande mobilité des jeunes, que ce soit dans Le ballon rouge d’Albert Lamorisse en 1956 ou dans Les 400 coups de François Truffaut en 1959. Après 1970, l’enfant ne s’aventure plus trop seul dans les rues. Le seul itinéraire qui semble lui être réservé est celui qui le conduit du domicile à l’école. La ville cesse d’être un terrain de jeux et d’aventure. Il faut alors attendre les années 2000 pour voir apparaître quelques changements. En 2000, Gaëtan Dorémus raconte les péripéties d’un enfant qui part de chez lui pour se rendre à l’école mais qui va quelque peu s’égarer dans la ville, prendre le temps de la découvrir et de s’y amuser, et finalement arriver en retard. Deux petits romans me semblent également à signaler. Cabane en péril ! de Jean-Claude Lalumière, en 2019, raconte l’histoire d’une bande de copains qui entendent résister aux promoteurs qui veulent rayer de la carte leur cabane établie dans un terrain vague, rappelant dans les grandes lignes le sujet d’un classique de la littérature de jeunesse, Les gars de la rue Paul de Ferenc Molnar, paru en France en 193111. Dans La nuit des géographes de Gilles Baum, toujours en 2019, trois enfants partent à la découverte de nouveaux territoires urbains : la ville, la nuit.

  • 12 Colin Ward, The Child in the City, Londres, Penguin Books, 1978.
  • 13 Thierry Paquot, « Préface » dans : Colin Ward, L’enfant dans la ville, Paris, Eterotopia, 2020, p.  (...)

12Ces quelques exemples ne sont pas des hapax, ils proposent une certaine représentation des liens qui unissent l’enfant à la ville, ténus parfois, plus forts d’autres fois. Ils mettent en lumière deux moments clés dans les rapports ville / enfant : 1970 d’abord, 2000 ensuite. Dans la préface qu’il consacre en 2020 à la réédition de L’enfant dans la ville, publié en 1978 par Colin Ward12, Thierry Paquot précise que « les ouvrages consacrés aux enfants dans les villes sont rares13 ». Là encore, les années 1970 paraissent constituer un tournant.

13En effet, les années qui font suite à mai 1968 ouvrent un large champ d’expérimentations et d’intérêt pour l’enfant de la part des sciences sociales et de la psychologie dans les pays anglosaxons, réflexions stimulées avec l’après-guerre, entre autres, par les travaux de Jean Piaget. Le Royaume-Uni, à travers l’Economic and Social Research Council14, lance une vaste enquête sur les 17 000 bébés nés en Angleterre, en Écosse, au Pays de Galles et en Irlande du Nord, durant une semaine d’avril 1970. L’échantillon est étudié et analysé par des psychologues, des médecins et des sociologues, au fil d’une étude qui se poursuit jusqu’à nos jours dans le cadre du British Cohort Study15. L’Université de Stanford entreprend à partir de 1972 des études expérimentales sur les enfants et les jeunes. C’est le début de ce qu’on va appeler les Children Studies outre-Manche et outre-Atlantique. Un nouveau souffle est donné au début des années 1990 depuis l’Université de New York, au Brooklyn College. Celui-ci est le premier à proposer une approche croisée et pluridisciplinaire sur l’enfant et le jeune. Un département de « sociologie des enfants » y est même créé. Les arts, les sciences sociales, l’histoire, la géographie, la littérature, la biologie, l’urbanisme s’unissent pour faire de l’enfant un sujet, un « grand sujet » fédérateur.

  • 16 Francesco Tonucci, La cittá dei bambini. Un modo nuovo di pensare la cittá, Rome, Zeroseiup, 1991.

14C’est dans ce contexte qu’il faut situer l’expérience originale réalisée en 1991 par Francesco Tonucci16 à Fano, dans le nord de l’Italie. Cet enseignant et chercheur en psychologie créé dans sa ville natale le projet de « Città dei Bambini ». Ce projet a pour premier objectif de permettre aux enfants de sortir de chez eux seuls ou avec des amis « pour vivre l’expérience fondamentale de l’exploration, de l’aventure et du jeu ». À Fano, les enfants deviennent des acteurs de leur ville en participant à des groupes de parole. L’expérience fait des émules et aujourd’hui plus de 200 villes de par le monde accordent aux enfants une place dans la manière de fabriquer la ville.

  • 17 Sonia Lehman-Frisch et Jeanne Vivet, « Géographies des enfants et des jeunes », Carnets de géograph (...)
  • 18 Kevin Lynch, The Image of the City, Cambridge, MIT Press, 1960.
  • 19 Peter Gould et Rodney White, Mental Maps, Harmondsworth, Pelican Books, 1974.

15Dans un dossier consacré aux géographies des enfants et des jeunes, publié dans Les carnets de géographes en 2011, Sonia Lehman-Frisch et Jeanne Vivet17 rappellent qu’en France, ce courant de la géographie s’est développé autour de chercheurs tels qu’Antoine Bailly, Jean-Paul Guérin, Hervé Gumuchian ou Bertrand Debarbieux, s’inspirant de la psychologie cognitive et de la notion d’espace vécu. Pour ces géographes, l’espace est une construction mentale, individuelle et collective. Ils s’appuient donc sur les représentations mentales des enfants en ayant recours, le plus souvent, à la technique des cartes mentales développées aux États-Unis par Kevin Lynch18, Peter Gould et Rodney White19.

16À partir des années 2000, quelques sociologues et géographes français se concentrent plus spécifiquement sur le rapport des enfants et des jeunes à la ville en s’intéressant aux « enfants des rues » (je pense au travail de Stéphane Tessier en 2005), aux compétences spatiales des enfants (je me réfère aux travaux de Thierry Ramadier et Sandrine Depeau) ou encore aux manières dont les enfants habitent ou cohabitent dans la ville (Sonia Lehman-Frisch, Jean-Yves Authier).

  • 20 Thierry Paquot (dir.), La ville récréative. Enfants joueurs et écoles buissonnières, Gollion, Infol (...)

17Somme toute, et malgré le développement récent des études de l’enfance, les enfants semblent rester encore les grands oubliés de la ville. C’est tout au moins ce qu’a été amené à conclure Thierry Paquot, au terme d’une série de trois années de conférences organisées à Dunkerque et portant sur la place des enfants dans la ville en 2015. Ce cycle de conférences a donné lieu à une exposition à la Halle aux sucres de Dunkerque et à la publication d’un ouvrage, La ville récréative20, en 2015.

  • 21 Carole Gayet-Viaud, Clément Rivière, Philippe Simay (dir.), « Les enfants dans la ville », Métropol (...)
  • 22 Judith Rich Harris, Pourquoi nos enfants deviennent ce qu'ils sont, Paris, Robert Laffont, 1998.

18La même année, la revue en ligne Métropolitiques21 consacre un numéro entier aux enfants dans la ville. Le numéro est dirigé par deux sociologues, Carole Gayet-Viaud et Clément Rivière, et un philosophe de la ville et de l’architecture, Philippe Simay. Le constat est le même : « Les études urbaines se sont encore peu intéressées aux enfants ». Pourtant, tous reconnaissent, à la suite de la psychologue américaine Judith Harris, que les enfants ont leurs propres spécificités, différentes de celles des adultes, qui leur valent d’être des acteurs à part entière de la ville. Harris écrit en 1998, « Un des objectifs de l’enfant est d’être un enfant accompli. Les enfants ne sont pas des membres incompétents de la société des adultes ; ils sont des membres compétents de leur propre société, qui a ses propres modèles et sa propre culture22. »

19Les ateliers qui sont à l’origine de la publication de ce dossier ont été imaginés à la fois par l’association de chercheurs sur l’enfance Afreloce et par l’équipe de recherches tourangelle InTRu. Cinq journées d’études, portant chacune sur un thème lié à la ville et l’enfant, ont réuni des chercheurs de septembre 2021 à mai 2022. Le présent dossier recueille seize articles et quatre témoignages, issus notamment de ces ateliers de l’Afreloce et questionnant le rapport des enfants à la ville. Littéraires, historiens, sociologues, géographes, philosophes, architectes, urbanistes se sont intéressés ici aux représentations de la ville à destination des enfants (1), à celles des enfants dans la ville (2) mais également à leurs pratiques dans une ville considérée comme un espace vécu (3). Nous avons également tenu à faire figurer quelques témoignages d’expériences en guise de conclusion (4), afin de donner aux lecteurs le goût de poursuivre les aventures.

1. La ville racontée pour les enfants : la ville de papier

20Les villes représentées dans les albums pour enfants sont très stéréotypées et intègrent un grand nombre de topiques liées à l’urbanité : hauteur, densité et diversité du bâti, intensité de l’activité, diversité de la population. À ces topiques d’urbanité se mêlent parfois des topiques culturelles. Il transparaît très souvent dans les albums européens une sorte de nostalgie d’une enfance perdue, une sorte d’héritage romantique qui placerait la ville moderne, dangereuse, polluée, en opposition à la campagne, pleine de libertés. Ce qui nous est donné à voir, le plus souvent dans les albums ibériques, ce ne sont pas des villes entières mais des quartiers dans lesquels semblent se recréer ou se chercher des relations de proximité sociale proche de l’idéal rural. C’est ce que montre l’article d’Ana Margarida Ramos à partir d’un album portugais, A Cidade. Celui-ci entend expliquer aux jeunes lecteurs que le Centre Culturel de Belem, que l’on doit aux architectes Manuel Salgado et Vittorio Gregotti, est une « ville dans la ville » à hauteur d’enfants. Patricia Mauclair, en analysant un corpus d’albums espagnols, s’interroge sur les représentations de la ville espagnole dans ces albums. Dans un pays qui compte un bon nombre de villes labélisées « Ville amie des enfants », les représentations seraient-elles toujours aussi stéréotypées et l’enfant aurait-il acquis dans ces villes de papier plus de liberté ?

21La Corée du Sud a connu, dans les années 1990, un véritable boum économique qui s’est traduit à la fois par une hyperurbanisation et par un développement de l’édition jeunesse. Séoul, qui est considérée comme le « miroir de la croissance », a souvent été prise comme modèle dans les albums pour enfants coréens. Carine Devillon s’interroge, à partir d’un corpus important, sur les usages de la ville par les enfants et montre qu’il existe une dichotomie récurrente entre les quartiers traditionnels dans lesquels les enfants courent les rues et les quartiers modernes dus à l’urbanisation récente, où les enfants sont absents ou en souffrance.

22En Côte d’Ivoire, la ville représentée est le plus souvent le quartier européen. La ville est le symbole de la modernité. Les quartiers qui sont évoqués sont des quartiers aisés tels que celui de Cocody à Abidjan. La représentation de la ville, omniprésente à partir des années 2000, est en lien avec le respect de l’environnement. Nadia Dangui affirme en conclusion que « la ville n’est pas vraiment un lieu mais une manière de vivre » dans les albums ivoiriens.

23Quittant un moment le monde de l’enfance pour aller vers celui de la pré-adolescence et de l’adolescence, Martine Motard-Noar analyse les représentations de l’urbain dans deux séries de bande dessinée, Titeuf de Zep et Lou ! de Julien Neel. Dans ces deux séries, la ville est omniprésente comme « décor actant ». Elle participe de la construction des aventures des deux héros. Au fil des deux séries, le « dehors de la ville » apparaît progressivement, ouvrant sur des moments de découverte de la nature, d’initiation, et d’éducation et amenant progressivement les personnages vers l’adolescence.

  • 23 Augustin Berque, Écoumène. Introduction à l’étude des milieux humains, Paris, Belin, 2000.

24Étudiant Le chant du troll, roman graphique écrit par Pierre Bottero et Gilles Francescano, Florie Maurin montre que cette fantasy urbaine met en relation son héroïne, Léna, adolescente solitaire, avec sa ville. À mesure que la ville se fissure, laissant place à une végétation invasive, Léna s’intègre dans l’urbain entre en contact avec les autres. Une sorte de rapport médial se met en place, pour reprendre cette notion développée par Augustin Berque23.

25Tout se passe, dans la littérature dessinée pour la jeunesse, comme si l’enfant, repoussé par la ville moderne hyper-urbanisée, trouvait peu à peu sa place dans l’urbain à l’adolescence, avant d’en devenir un acteur majeur en devenant adulte.

2. La représentation des enfants dans la ville

26La grande majorité des albums qui se déroulent dans la ville racontent des parcours d’enfants ou d’adultes. Ces albums ne montrent que très rarement des enfants qui se déplacent seuls dans la ville, comme on peut le découvrir dans Tu rentres à la maison de Claude Carré et Natali Fortier ou encore Amigos do Peito (Amis sincères) de Claudio Thebas et Violeta Lopiz. Le plus souvent, il s’agit du chemin qui mène l’enfant de son domicile à l’école ou le contraire. Parfois, c’est à travers les aires qui leur sont réservées que les enfants apparaissent.

  • 24 Marc Breveglieri, « Une brèche critique dans la “ville garantie” ? Espaces intercalaires et archite (...)
  • 25 Michel Lussault, Hyper-lieux. Les nouvelles géographies de la mondialisation, Paris, Seuil, 2017.

27Ces « réserves à enfants », comme l’étudie Florence Gaiotti à travers un corpus d’albums publiés en France entre 1967 et 2022, sont isolées du reste de l’espace urbain et constituent des lieux dans lesquels les enfants développent un certain nombre de liens interpersonnels. Ils sont vécus comme des enclaves, des hétérotopies dans la ville elle-même. Lorsque les parents sont présents, ce sont des « lieux garantis » : j’emprunte ici la formulation de Marc Breveglieri24. Lorsque les parents sont absents, comme dans l’album Les rois du parc, les aires de jeu deviennent des lieux de pouvoir entre démocratie et dictature. Le lieu est alors « géopolitisé ». Ces « réserves » sont parfois même transformées en hyperlieux25, transportant les jeunes héros dans d’autres lieux imaginaires.

28À partir de trois albums récents, Maria de Los Angeles Hernandez Gomez nous emmène découvrir les lieux de « migrance » dans la ville. Dans les schémas narratifs identiques qui structurent ces albums, la ville est une étape de ces jeunes héros en migration, à la recherche de ré-ancrage territorial. La ville, pour ces enfants-là, c’est le campement, la zone de concentration temporaire.

29Quelques rares albums mentionnent l’existence de non-lieux investis par une bande d’enfants, à l’instar de l’album Le repaire d’Emma Adbage. Des écoliers investissent un trou, en dehors de l’école, à l’abri du regard des adultes. Évidemment, le trou est très vite interdit aux enfants qui, justement, vont y construire leur cabane. Le non-lieu est un lieu de transgression comme le montre Eléonore Hamaide. La transgression est le thème d’un ouvrage récent de Marion Duval. Dans Toi-même, deux sœurs attendent leurs parents à la sortie du gymnase. L’une d’entre elle trouve le temps long et décide de transgresser l’interdit pour retourner seule à la maison. L’orage menace, le long de son chemin, et quelques silhouettes inquiétantes ponctuent son itinéraire. Les deux sœurs arrivent finalement en même temps à la maison. La dernière image de l’album est une vue oblique du quartier. On constate alors que la maison et le gymnase sont distants d’une centaine de mètres. L’album interroge la libre circulation des enfants en ville et se fait l’écho d’un bon nombre de recherches contemporaines en sociologie et en géographie.

30Pour conclure cette deuxième partie, Cheyenne Olivier s’intéresse à la représentation des enfants pauvres dans les villes et au rôle que joue la ville pour eux et leur famille. La ville attire mais accueille mal. Pour reprendre les mots de l’autrice, la ville est à la fois un objet passif de désir et un objet actif de désirabilité.

3. La ville vécue par les enfants : la ville habitée

  • 26 Clément Rivière, Leurs enfants dans la ville. Enquête auprès de parents à Paris et à Milan, Lyon, P (...)

31Le sociologue Clément Rivière, dans un rapport récent publié aux Presses universitaires de Lyon26, interroge la façon dont les parents, au quotidien, accompagnent leurs enfants dans la découverte de la ville, à Paris comme à Milan.

  • 27 Ibid., p. 15.

J’ai interrogé les parents sur leurs souvenirs d’enfance, et beaucoup ont en mémoire un usage plus intensif des espaces publics urbains à l’âge qu’ont leurs enfants. Tout un ensemble de recherches, de travaux de géographes, d’historiens mettent en lumière une diminution de la durée passée par les enfants dans l’espace public et une diminution de leur rayon de mobilité autonome, sur les trois dernières décennies du xxe siècle et le début du xxie siècle. Il s’agit là d’une tendance qui s’accentue27.

  • 28 Arlette Farge, « L’enfant dans l’espace public au xviiie siècle », dans : Marie-Françoise Levy (dir (...)
  • 29 Spencer Cahill, « Childhood and public life : reaffirming biographical divisions », Social Problems(...)

32Les travaux d’Arlette Farge28 montrent que « la vie se fabrique dans la rue » au xviiie siècle. Les maisons, précaires et insalubres, des classes populaires, étaient ouvertes sur le dehors. Il n’existait pas alors de séparation entre le travail et les loisirs, la vie affective ou le badinage. Ariès affirme que c’est à partir du xixe siècle que « l’enfant a été retiré de la rue et enfermé dans un espace désurbanisé, à la maison ou à l’école, rendues l’une et l’autre imperméables aux rumeurs du dehors ». Constatant les effets de cette poussée sécuritaire, le sociologue Spencer Cahill29 affirme en 1970 que les enfants des villes sont ainsi « séquestrés pour leur propre bien ». L’article de Delphine Pietu, en s’intéressant aux témoignages écrits et aux représentations graphiques des enfants dans la ville à la Belle Époque, essaie de définir à quel moment précis les enfants ont été comme chassés de la rue. Si leur omniprésence dans la rue est encore évidente au milieu du xixe, à partir de la fin de ce siècle et de manière progressive, l’enfant des classes bourgeoises est assigné à surveillance. Des lieux sont sanctuarisés pour lui et son éviction de la rue devient la norme.

33Nadja Monnet nuance les propos d’Ariès en faisant remarquer que toutes les jeunesses ne disparaissent pas des villes. Les adolescents y gardent une place : et pourtant ils sont étrangement absents des débats menés sur la ville actuelle. En fait, les jeunes sont présents dans de nombreux espaces partagés, à l’écart de la circulation automobile. C’est le cas des rues piétonnes ou des plateformes ou dalles au milieu des grands immeubles ou encore des centres commerciaux (comme le soulignent les romans de Charles Robinson, par exemple Dans les cités, Seuil, 2011). Dans ces différents espaces, on observe très souvent une territorialisation par les jeunes en fonction des tranches d’âge.

34Adélaïde Rezende de Souza et Lucia Rabello de Castro ont travaillé sur les enfants des favelas de Rio de Janeiro. Elles montrent que la favela est un quartier dans lequel les enfants évoluent librement. Ils choisissent d’être dans les rues où ils peuvent exercer une plus grande autonomie sur leur vie en apprenant à connaître et à maîtriser les codes sociaux locaux et en développant leur connaissance de cet espace public.

35Du côté de Tunis, Olfa Ben Medien et Ameni Hraghi ont travaillé sur la présence des enfants dans deux quartiers de Tunis : Sidi Hsine, un quartier informel et très populaire ; Ennasr, un quartier périphérique résidentiel assez aisé. Le contraste est flagrant. Dans le premier, les enfants sont dans les rues, dans des espaces publics intergénérationnels, placés sous le regard et la surveillance discrète de leurs aînés. Dans le second, les enfants subissent le sort des enfants de la bourgeoisie rencontrés par Delphine Piétu dans le Paris du xixe siècle. Ils sont écartés de l’espace public et « parqués » dans des espaces sanctuarisés.

36Nathalie Audas, Théa Manola et Sandrine Depeau travaillent depuis de nombreuses années sur un programme nommé MOBI’KIDS. Elles interrogent le « rapport affectif à la ville » et les manières dont se construit cette affectivité à partir d’une quarantaine de parcours commentés réalisés avec des enfants de 9-10 ans au cours de trajets école-domicile réalisés à Rennes centre et à Orgères, en périphérie. Les résultats présentés permettent de décrire les expériences sensibles des enfants et la diversité des formes attentionnelles, ainsi que le rôle de ces formes dans l’expérience autonome des espaces de la ville. Nous nous devons d’avoir une pensée émue pour Sandrine Depeau qui nous a quittés brutalement en mai dernier. Son travail sur les itinéraires des enfants dans la ville et leur intégration dans l’espace urbain constitue une référence importante pour notre présente publication. Nous lui dédions donc ce dossier.

4. Témoignages

37Pour clore ce dossier, nous avons tenu à ajouter quelques témoignages précieux. Tout d’abord, nous remercions Thierry Paquot qui nous a fait l’amitié d’être le parrain et le grand témoin des ateliers de l’Afreloce consacrés à « La Ville et l’Enfant ». Dans son dernier ouvrage, Pays de l’enfance, il joue avec le concept de « ville créative » imaginé par le géographe américain Richard Florida, une ville réunissant les 3 T (talent, tolérance et technologie), une ville dans laquelle l’enfant trouverait sa place. Le philosophe voit dans l’enfant un « chercheur d’hors », un petit-d’homme ou d’humain dont la soif de connaissance s’étancherait dans la rue, dans les cours buissonnières, dans les forêts, dans les classes-promenades, dans une ville rendue accessible à tous, ouverte et toute verte.

38Annalisa Lollo a eu la générosité de partager avec nous une expérience d’aménagement urbain avec des enfants qu’elle a encadrée à Encagnane, quartier d’Aix-en-Provence. Une classe a été invitée à réfléchir à l’aménagement du parvis de l’école en relation avec les riverains, les élus, une équipe d’architectes et d’urbanistes. Cette expérience de participation des enfants à l’aménagement urbain est un des axes importants du travail des CAUE (Conseils d’architecture, d’urbanisme et d’environnement), organismes publics au service des collectivités. Lydia Pagès, architecte au CAUE d’Indre-et-Loire, explique ce rôle d’accompagnement auprès des collectivités locales et présente des actions menées avec des élèves d’Indre-et-Loire.

39Enfin Thomas Champion, animateur et formateur aux CEMÉA (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active), est interrogé sur son expérience de coordonnateur des terrains d’aventure en Centre-Val de Loire. Les terrains d’aventure sont nés dans les années 1970 et ont à peu près tous disparu à la fin des années 1980, souvent pour des raisons liées aux normes et à leur contrôle. Le premier nouveau terrain d’aventure a rouvert à Angers en 2019 à l’initiative des CEMÉA. Il s’agit ici de faire sortir les jeunes des maisons, de leur faire lâcher les consoles vidéos et les smartphones, pour se retrouver en extérieur autour de projets communs de construction.

40Le contenu de ce dossier est riche et multiforme. Il constitue une image assez fidèle de la grande variété des chercheurs qui s’intéressent à l’enfant et à son intégration dans les aires urbaines toujours plus étendues et plus nombreuses. L’événement du confinement généralisé suite à la pandémie de covid-19 a probablement accéléré les recherches en littérature, psychologie, sociologie, anthropologie, géographie, histoire ou en art. D’autres voies sont encore à défricher, d’autres expériences à partager, d’autres témoignages à transcrire. Notre ambition aura sans doute été de donner l’envie à d’autres chercheurs de continuer la route et de donner aux enfants toute l’attention qu’ils méritent.

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Notes

1 https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Jeux_d%27enfants_(Brueghel) - /media/Fichier:Pieter_Bruegel_the_Elder_-_Children’s_Games_-_Google_Art_Project.jpg.

2 Victor Hugo, Les Misérables. Tome 4, livre 6, 1862.

3 Thierry Paquot, « Les aires de jeux, un monde pour les tout-petits », Diversité, n° 170, 2012, p. 58-63, DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.3406/diver.2012.3634.

4 Philippe Ariès, « L’enfant et la rue. De la ville à l’antiville », Urbi, n° 2, 1979, p. 3.

5 La ville & l'enfant, Paris, Centre national d’art et culture Georges Pompidou, 1977.

6 Marie-Josée Chombart de Lauwe, « Dans la ville, des enfants », Autrement, n° 10, septembre 1971.

7 Marie-José Chombart de Lauwe, « L’enfant et ses besoins culturels dans la cité contemporaine », dans : Images de la culture, Paris, Payot, coll. « Petite bibliothèque Payot », 1970.

8 Henri Lefebvre, Le droit à la ville, Paris, Anthropos, 1967, p. 95.

9 Ibid., p. 99.

10 Le premier aménagement d'un woonerf a lieu à Emmerhout aux Pays-Bas, en 1968, et est dû à l'urbaniste néerlandais Nicolaas Abraham de Boer (1924-2016). Le modèle se développe un peu partout en Europe dans les années 1970 (Allemagne, Suède, Danemark, Royaume-Uni, France) pour ralentir et stagner au cours des années 1980, en raison, en particulier, de la crise du logement mais également du désir de séparer espaces privés et espaces publics dans les nouveaux développements résidentiels.

11 L’original est paru en Hongrie en 1906.

12 Colin Ward, The Child in the City, Londres, Penguin Books, 1978.

13 Thierry Paquot, « Préface » dans : Colin Ward, L’enfant dans la ville, Paris, Eterotopia, 2020, p. 7.

14 https://www.ukri.org/councils/esrc/.

15 https://cls.ucl.ac.uk/cls-studies/1970-british-cohort-study/.

16 Francesco Tonucci, La cittá dei bambini. Un modo nuovo di pensare la cittá, Rome, Zeroseiup, 1991.

17 Sonia Lehman-Frisch et Jeanne Vivet, « Géographies des enfants et des jeunes », Carnets de géographes [en ligne], n° 3, 2011, DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/cdg.2074.

18 Kevin Lynch, The Image of the City, Cambridge, MIT Press, 1960.

19 Peter Gould et Rodney White, Mental Maps, Harmondsworth, Pelican Books, 1974.

20 Thierry Paquot (dir.), La ville récréative. Enfants joueurs et écoles buissonnières, Gollion, Infolio, 2015.

21 Carole Gayet-Viaud, Clément Rivière, Philippe Simay (dir.), « Les enfants dans la ville », Métropolitiques [en ligne], 2015, URL : https://metropolitiques.eu/Les-enfants-dans-la-ville.html.

22 Judith Rich Harris, Pourquoi nos enfants deviennent ce qu'ils sont, Paris, Robert Laffont, 1998.

23 Augustin Berque, Écoumène. Introduction à l’étude des milieux humains, Paris, Belin, 2000.

24 Marc Breveglieri, « Une brèche critique dans la “ville garantie” ? Espaces intercalaires et architectures d’usage » dans : Elena Cogato Lanza, Luca Pattaroni, Mischa Pinaud et Barbara Tirone (dir.), De la différence urbaine. Le quartier des Grottes/Genève, Genève, Métis Presse, 2013, p. 209-213.

25 Michel Lussault, Hyper-lieux. Les nouvelles géographies de la mondialisation, Paris, Seuil, 2017.

26 Clément Rivière, Leurs enfants dans la ville. Enquête auprès de parents à Paris et à Milan, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 2021.

27 Ibid., p. 15.

28 Arlette Farge, « L’enfant dans l’espace public au xviiie siècle », dans : Marie-Françoise Levy (dir.), L'enfant, la famille et la Révolution française. Plon, 1989, p. 43-52. Voir aussi, dans la collection « Petites conférences » de Bayard, Arlette Farge, L’enfant dans la ville, 2005.

29 Spencer Cahill, « Childhood and public life : reaffirming biographical divisions », Social Problems, vol. 37, n° 3, 1990, p. 390-402.

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Table des illustrations

Légende Illustration 1 : Aire de jeu dans un parc à Arras (© Meunier).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/strenae/docannexe/image/10336/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 333k
Légende Illustration 2 : Aire de jeu à Bruxelles, dans le quartier d’Ixelle (© Meunier).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/strenae/docannexe/image/10336/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 386k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Christophe Meunier, « La ville et l’enfant. Images, récits, espace »Strenæ [En ligne], 23 | 2023, mis en ligne le 03 février 2024, consulté le 22 avril 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/strenae/10336 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/strenae.10336

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Auteur

Christophe Meunier

Docteur en Géographie – Université d’Orléans
Laboratoire InTRu – Université de Tours

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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