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La valorisation des produits : un facteur clé pour la pérennisation des systèmes d’élevages agropastoraux utilisant les espaces ouverts de montagne en vallée d’Aspe ?

Adding value to products: a key factor for the sustainability of agropastoral livestock systems using open mountain areas in the Aspe valley?
Valorización de los productos: ¿un factor clave para la sostenibilidad de los sistemas ganaderos agropastorales que utilizan espacios abiertos de montaña en el valle de Aspe?
Jean Beudou et Cécile Aguerre
p. 81-95

Résumés

La vallée d’Aspe est un territoire de montagne profondément marqué, dans son histoire et son paysage, par l’influence de l’agropastoralisme. Ce système agropastoral, dominé aujourd’hui par l’élevage de brebis laitière mais restant diversifié, a profondément évolué du début du xxe siècle jusqu’à aujourd’hui, du fait essentiellement du processus de modernisation agricole et de l’exode rural. Il reste de nos jours vivant et dynamique, mais néanmoins fragile. Si la valorisation des produits (lait, fromage, viande) apparaît comme centrale et perfectible pour que ce mode d’agriculture, garant de l’existence des espaces ouverts de montagne, reste viable dans le futur, d’autres enjeux (main d’œuvre, aide de la politique agricole commune) sont aujourd’hui d’une toute aussi grande importance.

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Texte intégral

Introduction

1Le projet Interreg-Sudoe Open2Preserve, dans lequel la chambre d’agriculture des Pyrénées-Atlantiques était partenaire, avait pour objectif de développer un modèle de gestion durable des espaces ouverts de montagne, fondé sur une combinaison optimale du feu et du pâturage dirigé. Dans le territoire des Pyrénées-Atlantiques, ce modèle est encore bien vivant, porté notamment par des filières d’élevage agropastorales dynamiques, avec en tête la filière brebis laitière. Dans ce cadre, l’action 2 du projet nous invitait à analyser les stratégies de valorisation particulières des produits portées par les filières d’élevage valorisant ces espaces agropastoraux. Nous proposons pour cela de nous centrer sur un territoire restreint des Pyrénées-Atlantiques, la vallée d’Aspe, autour de la filière ovins lait principalement, mais en ne se limitant pas à cette dernière pour embrasser la diversité des systèmes présents. Nous nous demanderons alors à quoi tient la durabilité de ces systèmes d’élevage agropastoraux utilisant de manière différente les espaces ouverts de montagne, et comment celle-ci pourrait être remise en question ou consolidée dans le futur. Si la valorisation des produits issus de l’élevage est centrale, nous montrerons qu’elle reste toutefois un déterminant parmi d’autres de la durabilité de ce système agropastoral.

2Ce travail s’appuie essentiellement sur un diagnostic agraire réalisé par une étudiante d’AgroParisTech (Robson, 2021). Un diagnostic agraire s’inscrit dans la démarche de l’agriculture comparée (Cochet, Devienne et Dufumier, 2007) et vise à caractériser et comprendre l’évolution de l’agriculture d’un territoire. Il combine étude du paysage, approche historique consistant à mener des entretiens avec d’anciens agriculteurs, et analyses d’exploitations agricoles existantes (Cochet, Devienne et Dufumier, 2007). Dans ce travail, 20 entretiens historiques ont été menés et 43 études de systèmes de production (Robson, 2021). Cette méthode permet alors d’interroger, du moins en partie, la durabilité (durabilité écologique, sociale et économique) des systèmes d’élevage, compris comme des systèmes socio-écologiques complexes en lien avec un territoire et non uniquement comme des systèmes biotechniques (Dedieu, Faverdin, Dourmad et al., 2008).

3Après une description du paysage agropastoral actuel de la vallée d’Aspe, nous montrerons en quoi les espaces ouverts de montagne restent majeurs pour les systèmes d’élevage, toutefois à des degrés divers. Nous décrirons ensuite les évolutions du système agropastoral ces 100 dernières années, évolutions qui ont au fur et à mesure conduit à une différenciation de l’utilisation des espaces pastoraux. Nous nous interrogerons ensuite sur les déterminants de la performance économique des systèmes d’élevage utilisant les espaces ouverts de montagne, en se centrant sur la valorisation des produits. Enfin, à la lumière des évolutions historiques et de la situation actuelle, nous discuterons de l’avenir et de la durabilité de ces systèmes agropastoraux dans leur ensemble.

I – La Vallée d’Aspe : un paysage particulier façonné par l’agropastoralisme

1. La vallée d’Aspe, au cœur du Béarn dans les Pyrénées-Atlantiques

4La vallée d’Aspe, située dans le département des Pyrénées-Atlantiques, est une des trois vallées de la montagne béarnaise, entre la vallée de Barétous à l’ouest et la vallée d’Ossau à l’est. Elle s’étend du pont d’Escot, à la frontière de l’aire urbaine d’Oloron-Sainte-Marie, jusqu’au col du Somport (frontière avec l’Espagne). Les contours de la vallée d’Aspe se confondent avec les limites administratives de l’ancien canton d’Accous, regroupant 13 communes, et aujourd’hui englobé dans la communauté des communes du Haut-Béarn. La vallée ainsi délimitée est un territoire d’une quarantaine de kilomètres de long sur une vingtaine de large, et dont l’altitude varie entre 400 m et 2 600 m.

2. Une organisation de l’espace caractéristique en trois strates

5Si la forêt est très présente et diversifiée de par l’étagement bioclimatique induit par le gradient altitudinal, elle reste « émiettée » (Labarthe, 1990). Si les conditions topographiques et climatiques ont historiquement influencé cet émiettement, c’est tout autant l’agropastoralisme qui a historiquement façonné l’espace valléen (Labarthe, 1990). Une étude de paysage montre aujourd’hui encore l’influence prégnante de l’agropastoralisme sur l’organisation spatiale et foncière de l’espace en différentes strates :

  • à l’étage collinéen, de 400 à 900 m environ, on trouve principalement des prairies privées, sur un relief relativement plat, accolées ou à proximité des sièges d’exploitations agricoles. Ces prairies sont mécanisables, fauchées en majorité, et généralement fertilisées, et sont donc les espaces les plus productifs ;

  • de 600 m à 1 500 m environ se situent les zones intermédiaires, avec bien souvent deux parties. Jusqu’à 1 000 m voire 1 200 m, on trouve encore des prairies privées, associées souvent à du bâti ancien (« granges ») de taille modeste. Ce bâti peut être soit entretenu et encore utilisé, soit en ruines car délaissé, ou encore reconverti en résidence secondaire. Au-dessus, souvent séparé par une bande forestière, on retrouve un espace non-clôturé et dépourvu de bâti : c’est le domaine communal. Ces zones intermédiaires, constituées de prairies ou de landes, sont aujourd’hui inégalement valorisées. De ce fait, c’est dans ces espaces que la forêt s’est développée ces dernières années.

Figure 1 – Situation de la vallée d’Aspe dans le département des Pyrénées-Atlantiques

Figure 1 – Situation de la vallée d’Aspe dans le département des Pyrénées-Atlantiques

Source : Carte Sting, Wikimedia Commons

6Enfin, au-dessus de 1 500 m, aux étages subalpin puis alpin, on trouve les estives, c’est-à-dire les landes et les pelouses d’altitude. On distingue les estives de basse-montagne vers 1 500 m, souvent dans la continuité des communaux, des estives de haute-montagne, à partir de 2 000 m, souvent séparées des zones intermédiaires par une bande forestière. Ces zones d’estives sont elles aussi valorisées par le pâturage des troupeaux durant la saison estivale. Des cabanes sont disséminées sur ces zones et sont utilisées par les bergers.

7La gestion foncière de l’espace, toujours d’actualité aujourd’hui, entre gestion privée et gestion communale (ou « en commun »), avec des règlements pastoraux encadrant son usage, est la base de la particularité du système agropastoral et la première cause de son influence sur les espaces ouverts de montagne. Comme l’indiquent Lazaro et Eychenne (2017), la perpétuation de ces droits d’usage pour les éleveurs pastoraux sur le massif des Pyrénées témoigne de « leur “absolu nécessité” pour maintenir des modes de gestion collectifs nécessaires à la valorisation des ressources spécifiques des pâturages d’altitude ». De plus, en Béarn et donc en vallée d’Aspe, ce sont les collectivités propriétaires des surfaces pastorales (communes ou commissions syndicales) qui conservent aujourd’hui ce rôle de gestionnaire, leur permettant « d’intégrer les questions pastorales dans une approche plus transversale et territoriale de la gestion des espaces d’altitude » (Eychenne, 2018), contrairement à l’est de la chaîne pyrénéenne où ce sont uniquement les éleveurs au travers de groupements pastoraux qui ont pris en charge cette gestion (Eychenne, 2018).

Figure 2 – Illustration de l’hétérogénéité paysagère dans le vallon de Lourdios-Ichère

Figure 2 – Illustration de l’hétérogénéité paysagère dans le vallon de Lourdios-Ichère

Source : Robson, 2021

3. Une relative hétérogénéité paysagère

8Si les différents types d’espaces ouverts de montagne décrits ci-dessus caractérisent encore, aux côtés de la forêt, la vallée d’Aspe, leur proportion est variable dans les différentes communes de la vallée. Ainsi, sur la partie la plus basse de la vallée autour des communes d’Escot et de Sarrance, les zones intermédiaires hautes et les estives peuvent être quasiment assimilées, tandis que les prairies relativement plates et fauchables se concentrent sur le village de Lourdios-Ichère. Le vallon de Bedous et les vallées adjacentes constituent la zone la plus propice à l’activité agricole, du fait de sa grande plaine alluviale. Les plateaux glaciaires de Lhers et Lescun se distinguent également par l’abondance de terrains relativement plats, mais à une altitude autour de 1 000 m. Ces deux zones (vallon de Bedous et plateaux glaciaires) bénéficient de zones intermédiaires encore utilisées en partie et d’estives de haute-montagne. Enfin, lorsqu’on monte vers le col du Somport et à partir du village de Cette-Eygun, on rentre dans une vallée très encaissée, avec des prairies mécanisables très rares, combinées à des zones intermédiaires en cours d’enfrichement voire d’afforestation, puis des estives de haute-montagne.

9Ainsi, cette hétérogénéité paysagère traduit un dynamisme agricole plus ou moins fort le long de la vallée, avec une activité d’élevage aujourd’hui concentrée dans les espaces les plus favorables : la plaine de Bedous, le vallon de Lourdios-Ichère, et les plateaux glaciaires de Lhers et Lescun. Les estives sont elles aussi encore bien valorisées par l’activité agricole, malgré quelques problématiques locales d’enfrichement arbustif. Par contre, les zones intermédiaires, et en particulier dans les zones les plus encaissées et les moins dynamiques, font l’objet d’un enfrichement très souvent bien avancé et amorcé depuis de nombreuses années.

II – Une évolution intimement liée entre systèmes d’élevage et espaces ouverts de montagne des années 1900 à aujourd’hui

10Nous proposons ici de décrire brièvement l’évolution de l’activité agricole, que l’on nomme système agropastoral, à partir du début du xxe siècle, pour bien comprendre les liens étroits entre évolutions des modes d’élevage et évolutions des espaces ouverts de montagne.

Figure 3 – Illustrations de l’hétérogénéité paysagère avec la plaine de Bedous (à gauche) et l’estive de Banasse (à droite) sur la commune de Borce

Figure 3 – Illustrations de l’hétérogénéité paysagère avec la plaine de Bedous (à gauche) et l’estive de Banasse (à droite) sur la commune de Borce

Source : Robson, 2021

1. Au début du xxe siècle : suivre la végétation au fil des saisons

11Si l’on revient au début du xxe siècle, la « ferme type » est une exploitation familiale en polyculture-élevage. La surface est très restreinte, n’excédant pas 3 ha, tandis que le cheptel est composé de quelques vaches (pas plus de cinq) et d’un petit troupeau de brebis (une cinquantaine) qui sont traites, accompagnées d’une basse-cour de quelques porcs. La famille comprend quatre à six actifs (Robson, 2021).

12Sur les terres en propriété autour de la maison se cultivent, sur une surface restreinte, des cultures destinées à l’alimentation humaine : blé, orge, et/ou pommes de terre. Les autres surfaces sont dédiées à l’alimentation des animaux, avec une utilisation de la ressource herbagère sur les trois étages décrits plus haut :

  • durant l’hiver, les vaches restent à l’étable, alimentées grâce aux stocks fourragers produits sur les prairies de fauche. Les brebis sont en transhumance hivernale de décembre à mai environ : elles partent vers les plaines béarnaises ou gersoises, dans les vignes bordelaises, voire dans la région toulousaine, accompagnées d’un membre de la famille ;

  • au printemps, dès que cela est possible, le bétail (vaches et brebis) est monté au quartier de granges, en zone intermédiaire. Dans ces zones, les prés de fauche privés sont mis en défens au maximum, en prévision de la fauche. Les animaux pâturent alors les communaux ;

  • les troupeaux partent en estive à partir de mai-juin, accompagnés des bergers qui logent dans les cabanes, regroupant plusieurs d’entre eux ;

  • ils redescendent en septembre, souvent lors des premières neiges, d’abord dans les zones intermédiaires puis ensuite à la ferme. Septembre-octobre est également la période de la fauche de la fougère dans les zones intermédiaires, à destination de la litière hivernale sur la ferme.

13Ainsi, on est vraiment dans un mode de valorisation « itinérant » de la ressource fourragère qui est quasi-généralisé sur la vallée : les troupeaux et les hommes suivent la végétation là où elle est disponible suivant les saisons. Lefebvre parle en ce sens de « nomadisme pastoral » (Lefebvre, 1928).

14Ce sont également ces ressources pastorales valorisées par les animaux qui sont à l’origine des revenus monétaires des agriculteurs. En effet, si l’intégralité des cultures et une partie du lait (notamment celui de vache) sont autoconsommées, les produits, surtout ceux issus des brebis, font l’objet d’échanges marchands : les fromages, les agneaux, mais aussi les peaux ou la laine.

15Outre le pâturage et la fauche, le brûlage pastoral, ou écobuage, est déjà utilisé, notamment sur les zones intermédiaires, et en particulier sur les zones à faible valeur fourragère.

2. Des débuts du xxe aux années 1980 : vers un système agropastoral en déclin ?

16Le xxe siècle est le théâtre de modifications radicales des systèmes agricoles : si la « modernisation agricole » ne s’est pas produite dans les mêmes conditions et avec la même radicalité que dans certains territoires français plus favorables à l’intensification des systèmes, il reste que les systèmes d’élevage de la vallée d’Aspe ont subi d’intenses modifications, qui ont rejailli directement sur l’utilisation des espaces ouverts de montagne, et dont nous retracerons ici les grandes lignes.

17La première mutation majeure est constituée par le déclin démographique. Initié dès le milieu du xixe siècle, il se poursuivra jusqu’aux années 1980 : dans l’ancien canton d’Accous, on passe de 8 000 habitants vers 1900 à moins de 3 000 habitants en 2017. Cet exode rural, amplifié par les deux guerres mondiales, aura des répercussions importantes sur les systèmes d’élevage.

18L’arrivée du processus de modernisation de l’agriculture marque également un tournant, en particulier à partir de 1950. La culture vivrière de céréales est tout d’abord délaissée, laissant place à la ressource fourragère. C’est également le début de la motomécanisation, avec l’arrivée des motofaucheuses dans les années 1960. Les politiques de désenclavement menées dans les années 1960-1970 permettent ensuite la construction de routes, engendrant l’arrivée des tracteurs avec matériel de fenaison, la construction de bâtiments d’élevage puis l’arrivée de la traite mécanisée, et l’approvisionnement en aliments et fourrages extérieurs. Enfin, du fait du changement d’alimentation, de l’arrivée de nouvelles races, mais aussi des débuts de la sélection génétique et de l’insémination artificielle, les animaux laitiers deviennent de plus en plus productifs. Si pour les vaches laitières les races frisonne et brune des Alpes en majorité se développent grandement et remplacent progressivement la race locale béarnaise, la race locale basco-béarnaise est conservée en brebis laitière, avec les débuts de la sélection sur cette race par le Centre départemental de l’élevage ovin à la fin des années 1970.

19Au niveau des systèmes d’élevage, la taille des troupeaux et les surfaces augmentent, tout comme la production, tandis que l’autonomie alimentaire des élevages décline avec une alimentation des troupeaux qui ne dépend plus seulement des ressources agropastorales locales. La spécialisation en élevages bovins lait livreurs (livrant le lait plutôt que le transformant en fromages sur la ferme) est en marche, même si le polyélevage résiste. Se développent également dans les chainons béarnais l’élevage de bovins allaitants (race blonde d’Aquitaine), soit spécialisé, soit mixte avec des ovins lait.

20Les conséquences sont fortes sur le système agropastoral, avec de moins en moins d’utilisations des ressources pastorales. La transhumance hivernale est quasi abandonnée, au profit d’une sédentarisation des troupeaux dans les bâtiments l’hiver. La mécanisation de la fenaison et la baisse de la main d’œuvre entraînent l’arrêt de la fauche dans les prés trop en pente, notamment ceux situés en zones intermédiaires, ainsi que l’arrêt d’une grande partie de la fauche de la fougère. Ainsi, le besoin d’usage de ces zones les plus difficiles à valoriser, majoritairement en zones intermédiaires, décroît au profit des surfaces les plus planes. Cela entraîne une tension foncière croissante sur les terres privées plus plates, favorisée également par le développement de résidences secondaires. La transhumance estivale évolue aussi grandement : d’une part, les troupeaux de vaches laitières ne transhument quasiment plus et, d’autre part, la baisse de la main d’œuvre favorise la mutualisation des troupeaux en estive, avec donc une baisse de la transformation fromagère en estive. La conséquence est une surveillance moindre des troupeaux, entrainant une moins bonne valorisation de ces surfaces pastorales.

3. Des années 1990 à aujourd’hui : un système agropastoral redynamisé mais fragile

21Les années 1990 marquent un tournant, avec l’émergence d’un cadre politique et institutionnel favorable au pastoralisme, en particulier à l’utilisation des estives. En premier lieu, la politique agricole commune (PAC) s’ouvre en effet aux problématiques de l’agriculture de montagne avec l’émergence d’aides spécifiques (aides à la surface, indemnité compensatoire de handicaps naturels, « prime à l’herbe »). De plus, une politique forte de modernisation de l’activité pastorale est engagée par les organismes locaux (notamment la chambre d’agriculture des Pyrénées-Atlantiques, le Centre départemental de l’élevage ovin ou encore l’Institution patrimoniale du Haut-Béarn), avec l’appui de financements de l’Union européenne et de cofinancements de l’État et/ou des collectivités. Ainsi, des investissements physiques (réfection et mise aux normes des cabanes, pistes, captages d’eau, équipements divers) et des soutiens logistiques et humains (mise en place de services d’héliportage et de muletage aidés, subventions pour les bergers salariés, mise en place de service d’animation pastorale) se combinent. L’émergence de cabanes relativement confortables permet la montée en estives en famille, modernisant ainsi le système agropastoral. Suite à cela, alors que l’utilisation des estives, notamment avec des animaux en production, était en déclin, un certain dynamisme se recrée, à la fois autour de la production fromagère en estives et autour de l’utilisation en tant que telle de ces espaces, qui bénéficie également d’une politique d’ouverture aux animaux d’éleveurs extérieurs à la vallée d’Aspe décidée par les communes de la vallée.

  • 1 Nous ne détaillerons pas ici les raisons de ce non-engagement, qui sont liées en majorité au fait q (...)

22Au-delà, il était aussi indispensable de mieux valoriser les produits, et notamment les fromages, qui restaient relativement méconnus dans toute leur diversité et leur spécificité : fromage de vache, fromage de brebis de printemps, fromage mixte vache-brebis (particularité de la zone) et fromage d’estives. La création de l’AOP Ossau-Iraty en 1980 aurait pu être un vecteur de reconnaissance pour le fromage au lait de brebis, mais peu de producteurs s’y sont engagés 1. De même, la création de la coopérative des fermiers basco-béarnais à Accous, si elle permet de soulager certains éleveurs de la vallée avec des problématiques de main d’œuvre en s’occupant de l’affinage des fromages, ne permet pas pour les éleveurs une valorisation importante de leurs produits. C’est davantage en 2009 la création d’une « marque d’estive » par l’Association des éleveurs des trois vallées béarnaises qui a permis une montée de la reconnaissance du fromage d’estive. Cette distinction a été intégrée par l’AOP Ossau-Iraty. Enfin, on assiste depuis quelques années à une multiplication des initiatives (foires, concours, magasins de producteurs…) par les acteurs valléens, conduisant à une meilleure reconnaissance du fromage.

  • 2 Ce chiffre prend en compte les très petites exploitations (retraités, double actifs…) : on serait à (...)

23Les systèmes bovins lait spécialisés, livrant du lait « standard », se sont retrouvés en difficulté dès les années 1980 du fait des crises laitières à répétition et d’un manque de compétitivité inhérent aux zones de montagne. On en retrouve aujourd’hui très peu. Les polyélevages transformant leur lait constituent toujours la majorité des exploitations, mais on assiste tout de même plutôt à une spécialisation vers l’élevage ovins lait, bénéficiant de la bonne dynamique de la filière. Enfin, on trouve de nombreux élevages spécialisés en bovins viande, pour certains double-actifs, ainsi que quelques éleveurs caprins fromagers. La fragilité du système se retrouve toutefois lorsqu’on regarde l’évolution du nombre d’agriculteurs : de près de 400 en 1970, on est passé à environ 170 en 2010 2.

24Ainsi, le système agropastoral est aujourd’hui bien vivant mais considérablement « simplifié » : si les prairies à proximité des sièges d’exploitation et les estives sont encore bien utilisées, y compris dans une logique de production, les zones intermédiaires voient leurs rôles amenuisés voire supprimés. Peu de systèmes les utilisent encore avec des animaux productifs : soit ces zones sont progressivement abandonnées, soit une logique d’entretien prédomine. Dans cette dernière, ce sont davantage les animaux improductifs (animaux taris, agnelles…) qui sont utilisés, avec une pression pastorale pas toujours suffisante pour éviter les enfrichements progressifs. L’écobuage est alors aujourd’hui central pour maintenir cette ouverture des milieux même si des moyens mécaniques, parfois innovants, mais beaucoup plus coûteux, commencent à être utilisés. La mise en place de commissions locales d’écobuage, en partenariat avec les autorités, a permis de sécuriser et de rationnaliser la pratique ces dernières années. Toutefois, l’écobuage se retrouve aussi confronté à son inefficacité face à certaines espèces (fougères aigles), mais aussi face aux controverses sociétales qui ne sont pas sans toucher la vallée d’Aspe.

III – Les systèmes d’élevage agropastoraux actuels : une utilisation contrastée des surfaces pastorales, des logiques de valorisation des produits différentes

25Compte tenu de l’extrême diversité des systèmes d’élevage présents en vallée d’Aspe sur au moins trois aspects : les structures d’exploitation, l’utilisation des espaces pastoraux, et les stratégies de valorisation des produits, seuls quatre types d’élevage modélisés (Robson, 2021) seront présentés ici. Ces quatre types représentent des exploitations typiques de la vallée d’Aspe mais ne sont toutefois pas représentatifs de la diversité des systèmes. Ils ont été choisis pour bien cerner les diverses logiques qui existent et les enjeux qui en découlent compte tenu du sujet traité ici. Les enjeux seront parfois élargis aux autres types d’exploitations pour le besoin du propos.

1. Des structures d’exploitation très diversifiées

26Les structures d’exploitation de la vallée d’Aspe modélisées ici divergent sur plusieurs données clefs : la surface, le nombre d’actifs, le(s) cheptel(s), et les produits (tableau 1), qui distinguent clairement les systèmes.

27Les races sont relativement homogènes : races locales en brebis laitières (basco-béarnaise) et en bovins viande (blonde d’Aquitaine) ; et races « de montagne » mais non-locales en vaches laitières (brune des Alpes, montbéliarde). Les productivités, qui restent certes variables, restent globalement en-dessous des moyennes des différentes races, compte tenu du contexte d’agriculture de montagne.

Tableau 1 – Structure d’exploitations de quatre exploitations « types » de la vallée d’Aspe modélisées

Tableau 1 – Structure d’exploitations de quatre exploitations « types » de la vallée d’Aspe modélisées

Source : Robson, 2021

2. De l’importance différente des espaces pastoraux dans l’alimentation des troupeaux

28Les systèmes décrits plus haut diffèrent de manière non négligeable selon l’importance prise par la ressource locale et pastorale dans les consommations fourragères des troupeaux. Ainsi, la consommation fourragère issue de ressources locales varie de 62 à 100 % (fig. 4). De même, la consommation fourragère issue de ressources pastorales (composée à la fois des estives et des zones intermédiaires) varie de 25 à 62 % (fig. 4).

Figure 4 – Ressources fourragères utilisées pour les troupeaux bovins et ovins, en % sur la matière sèche (MS) totale, suivant les systèmes d’élevage modélisés

Figure 4 – Ressources fourragères utilisées pour les troupeaux bovins et ovins, en % sur la matière sèche (MS) totale, suivant les systèmes d’élevage modélisés

Source : Robson, 2021

29On remarque d’emblée la spécificité du système « OL fromager pastoral ». Ce système compte de très petites surfaces privées, situées en totalité en zones intermédiaires, complétées par les surfaces communales en zones intermédiaires et en estives. Néanmoins, comme les terres en propriété ne sont pas mécanisables, tous les fourrages hivernaux (foin, regain) sont achetés. On est donc paradoxalement sur un système qui valorise le plus les ressources pastorales, tout en étant le moins autonome alimentairement. Cette autonomie faible est néanmoins à relativiser compte tenu du fait que les stocks fourragers peuvent être achetés localement, au moins en partie. Compte tenu des ressources disponibles modérées, le cheptel est réduit, et peu productif, dans une volonté d’être le plus économe possible. Le système n’est alors viable qu’en considérant la prise d’animaux en garde en estives, consistant à garder les brebis (environ 200) d’un autre éleveur durant la saison d’estive, tout en gardant le lait, en le transformant et en vendant les fromages, en échange de la prestation de garde.

30L’utilisation des estives est assez similaire pour les deux systèmes « OL + BL fromager » et « OL livreur + BA broutards ». Concernant les brebis, elles montent taries environ trois mois en estive, de fin juin à fin septembre. Les vaches laitières partent également en estive, mais uniquement celles qui ne produisent pas de lait, les vaches productives continuant à être traites sur la ferme dans la vallée.

Figure 5 – Valorisation du lait par litre de lait vendu (livré ou transformé), en €/l, suivant les systèmes d’élevage laitiers modélisés

Figure 5 – Valorisation du lait par litre de lait vendu (livré ou transformé), en €/l, suivant les systèmes d’élevage laitiers modélisés

Les références concernant le lait de brebis livré et le lait de vache livré représentent respectivement le prix moyen du lait de brebis AOP payé au producteur en 2021, et le prix moyen national du lait de vache lors du premier semestre 2021.

Source : Robson, 2021

  • 3 Ces zones intermédiaires pourraient être aussi considérées pour une partie comme des estives de bas (...)

31Par contre, les différences sont notables concernant l’utilisation des zones intermédiaires. Le cas du « OL + BL fromager » est significatif : les zones intermédiaires, qu’elles soient communales ou privées, ne sont plus utilisées, les animaux passant directement des prairies privées vers les estives au printemps et inversement à l’automne. Ce fonctionnement est représentatif de nombreuses fermes laitières aujourd’hui. Le système « OL livreur + BA broutard » utilise lui les zones intermédiaires avec les bovins allaitants, de juin à fin octobre. Le cas du « BA broutard » est spécifique : compte tenu que ce système se situe dans une zone plutôt basse dans la vallée, avec de grandes zones intermédiaires disponibles 3, les animaux les utilisent d’avril à octobre, soit partiellement (animaux rentrés le soir), soit en totalité.

32Ainsi, si l’on compare aux systèmes présents dans les années 1900, seul le système « OL fromager pastoral » se rapproche du système traditionnel de suivi de la végétation au fil des saisons (si l’on excepte la transhumance hivernale) : utilisation des zones intermédiaires au printemps et à l’automne, avant et après la montée en estive, et longue période d’estive sur plus de trois mois. Pour les autres systèmes, les estives restent bien valorisées, sous réserve qu’elles se cantonnent uniquement aux animaux improductifs (pour les troupeaux laitiers), retardant alors les dates de montée en estive. Par contre, les zones intermédiaires restent très peu valorisées par ces systèmes, sauf par les bovins allaitants ou les animaux laitiers improductifs, qui ont par définition des besoins alimentaires réduits. Ces derniers ont l’avantage de ne pas devoir forcément être surveillés et traits tous les jours au contraire des vaches laitières ou des brebis laitières en production. Cela explique la difficulté actuelle d’utiliser les quartiers de grange pour les animaux laitiers en production. Au-delà du pâturage par des animaux improductifs ou allaitants, qui reste parfois restreint, les zones intermédiaires, du moins celles qui ne sont pas déjà embroussaillées, sont alors entretenues par le feu.

33Par contre, hors des systèmes modélisés, il existe encore un nombre très restreint d’élevages qui valorisent les zones intermédiaires éloignées du siège d’exploitation avec des animaux laitiers en production, vaches et/ou brebis. Mais ils nécessitent une ou des granges entretenues et avec des installations de traite mécaniques à disposition. Suivant l’éloignement du siège d’exploitation, certains sont aussi dans la quasi-obligation d’habiter dans le quartier de grange : ils vivent alors (en famille) sur le siège d’exploitation en hiver, sur le quartier de granges au printemps et en estive l’été. Au-delà des habitations, les équipements sont aussi souvent multipliés.

3. Des stratégies de valorisation de produits divergentes pour les éleveurs laitiers

34Les stratégies de valorisation du lait, pour les producteurs laitiers, se distinguent d’abord entre laitiers et fromagers. Concernant les laitiers, le prix du lait de brebis en AOP Ossau-Iraty a l’avantage important de rester stable au cours d’une campagne, au contraire du lait de vache, et d’augmenter progressivement d’année en année. Il représente ainsi un facteur important dans le dynamisme de la filière ovins lait des Pyrénées-Atlantiques dans son ensemble. Toutefois, il reste identique en haute montagne ou dans le piémont, alors que les charges ne sont pas identiques. Tout l’intérêt des systèmes fromagers, majoritaires en vallée d’Aspe, est de se défaire, dans une certaine mesure, des prix imposés par les entreprises, expliquant alors des différences de valorisation importantes entre livreurs et fromagers.

Figure 6 – Prix observé des différents fromages vendus, pour les éleveurs rencontrés, en fonction des différents circuits de commercialisation

Figure 6 – Prix observé des différents fromages vendus, pour les éleveurs rencontrés, en fonction des différents circuits de commercialisation

Source : Robson, 2021

35On voit ainsi (fig. 5) que les valorisations du litre de lait dans les systèmes fromagers sont supérieures aux prix de vente du lait livré. Pour le lait de brebis, elles s’échelonnent entre 1,503 €/l et 3,051 €/l, soient des différences conséquentes. Pour le lait de vache, les valorisations fromagères sont plus de deux fois supérieures à celles du lait livré.

36Les différences de valorisation moyenne en lait de brebis s’expliquent en premier lieu par les circuits de commercialisation privilégiés pour chacun des produits, ainsi que par les prix pratiqués pour un même circuit de commercialisation. On peut distinguer trois grands types de commercialisation : les grossistes qui achètent des quantités de fromages importantes, mais à des prix faibles ; les crémiers-fromagers qui peuvent également acheter des quantités importantes mais à des prix plus élevés ; et la vente directe (ou en circuits courts) réalisée par les éleveurs eux-mêmes, que ce soit à la ferme, dans des marchés, des magasins de producteurs… C’est ce circuit de commercialisation qui permet de valoriser au mieux le fromage avec toutefois une charge de travail, qui plus est spécifique (commercialisation, communication), importante. Ces différents circuits sont parfois uniques mais se combinent très souvent à proportions variables. Il existe toutefois beaucoup de fermes en vallée d’Aspe qui restent quasiment dépendantes à 100 % des grossistes : le système « OL + BL fromager » vend 90 % de sa production aux grossistes. À l’opposé, le système « OL fromager pastoral » vend respectivement 70 % en vente directe et 30 % chez des crémiers.

  • 4 Ensemble des produits de la ferme, excepté les subventions de la politique agricole commune (PAC)

37Sur cette base, et si l’on regarde les prix de vente moyens pratiqués en vallée d’Aspe (fig. 6), on comprend les différences de valorisation, notamment pour le lait de brebis. Le prix du fromage de brebis de printemps peut ainsi varier de 10 €/kg (prix minimum grossiste) à 22 €/kg (prix maximum vente directe). De plus, au-delà des prix, la fabrication de fromages en estive, dont la valorisation est en moyenne en vente directe supérieure de plus de 2 €/kg à celle du fromage de printemps, permet d’accroître la valorisation ramenée au litre de lait. Ainsi, le système « OL fromager pastoral » bénéficie à la fois des prix de vente les plus élevés mais aussi d’une forte quantité de fromages produits en estive et donc encore mieux valorisés. En effet, pour ce système, 34 % du produit brut 4 est composé de la vente des fromages produits en estive.

38Notons quand même qu’une meilleure valorisation n’a rien d’évident. Pour prétendre à des prix élevés, il faut d’abord apporter le plus grand soin à la transformation et à l’affinage. Au-delà de la qualité en tant que telle, il faut aussi avoir une certaine « fibre commerciale » pour commercialiser en direct, qui n’est pas évidente pour un éleveur, et, dans un contexte de concurrence accrue, développer la communication (site internet, réseaux sociaux, mailing…). Les grossistes apportent également une certaine praticité et une certaine sécurité : de grosses quantités de fromages sont vendues en une seule fois, permettant une rentrée de trésorerie sécurisée et sécurisante, mais aussi un « vidage » des caves d’affinage.

Figure 7 – Valeur ajoutée nette (VAN) par actif travaillant sur la ferme, en €/actif, suivant les systèmes d’élevage modélisés

Figure 7 – Valeur ajoutée nette (VAN) par actif travaillant sur la ferme, en €/actif, suivant les systèmes d’élevage modélisés

Source : Robson, 2021

4. De la valorisation des produits au revenu : une relation pas toujours linéaire

39On a vu précédemment que les systèmes pastoraux pouvaient compenser une productivité plus faible, ainsi qu’une pénibilité et une charge de travail accrues compte tenu de l’utilisation des surfaces pastorales (surveillance des animaux à distance de l’exploitation, traite et fabrication en estives plus chronophage, transhumance) et de la transformation fromagère, par une valorisation accrue de leurs produits. Mais la valorisation des produits se traduit-elle directement sur le revenu de l’éleveur ?

  • 5 Les « biens détruits » regroupent à la fois les biens et services consommés mais aussi les déprécia (...)

40La valeur ajoutée nette (VAN) est alors une donnée instructive : elle permet de mesurer la quantité de richesse créée lors de l’activité d’élevage. Elle se calcule par la différence entre la valeur des biens produits et les valeurs des biens détruits 5 sur une année. L’intérêt est d’étudier la VAN par actif travaillant sur l’exploitation, pour mesurer la productivité physique de travail (fig. 7).

41En comparant la VAN/actif (fig. 7) à la valorisation du litre de lait (fig. 5), on remarque que le système « OL fromager pastoral » se retrouve pénalisé lorsqu’on raisonne sur cette variable. Ce dernier pâtit d’abord de charges, en particulier d’alimentation, plus importantes, étant donné que tous les fourrages sont achetés. Mais c’est davantage la charge de travail, et donc le nombre d’actifs plus important, qui pénalisent la VAN/actif. En effet, ce système est de taille réduite, et donc avec des investissements réduits. La traite se fait encore à la main au printemps, demandant un temps de travail supplémentaire conséquent. De plus, pour arriver aux niveaux de valorisation du lait perçus dans la figure 6, le temps dédié à la commercialisation des produits est lui aussi non-négligeable. Dans les autres systèmes, les charges, les investissements et le nombre d’actifs par rapport au système d’élevage restent relativement similaires : la différence cruciale sur la VAN se fait donc par la valorisation des produits.

42Précisons tout de même qu’au-delà des modélisations réalisées ici, la maîtrise des charges et des investissements reste un facteur clé d’amélioration de la VAN, mais on peut faire l’hypothèse que, dans ces systèmes fromagers spécifiques, c’est davantage la valorisation des produits qui est prépondérante.

43Par contre, il est à noter que le système « BA broutard » admet une VAN/actif nette négative : le fait que les produits soient non-différenciés par rapport à d’autres broutards, qui plus est dans un contexte où le prix du marché n’était pas favorable (2020), explique ce résultat.

  • 6 Mutualité sociale agricole. Pour information, dans la modélisation, le prélèvement MSA est calculé (...)

44Passons maintenant au revenu agricole net (RAN) qui est calculé en soustrayant à la valeur ajoutée nette la rémunération des facteurs de production (taxes foncières et fermage, cotisations et salaires du travail salarié, intérêts bancaires) et les cotisations MSA 6, et en y ajoutant les aides de la politique agricole commune. Notons un point de vigilance : le RAN/actif est une modalité d’appréhension du revenu agricole, mais il ne constitue en aucun cas une appréciation du revenu disponible des éleveurs. L’objet n’est pas ici de rentrer dans les détails de la comptabilité agricole, mais il faudrait alors retrancher les annuités, tout en ne prenant pas en compte les dépréciations de capitaux.

Figure 8 – Revenu agricole brut (RAN) par actif, montant des subventions de la PAC, et poids des subventions dans le RAN/actif (les % en rouge indiquent ce rapport), suivant les systèmes d’élevage modélisés

Figure 8 – Revenu agricole brut (RAN) par actif, montant des subventions de la PAC, et poids des subventions dans le RAN/actif (les % en rouge indiquent ce rapport), suivant les systèmes d’élevage modélisés

Source : Robson, 2021

45Même si les RAN/actif (fig. 8) dépendent inévitablement de la VAN/actif et donc de la valorisation des produits, il y a aussi des « inversions » entre RAN et VAN qui s’expliquent notamment par les aides de la PAC. Autrement dit, certains systèmes créent davantage de richesse du point de vue de la collectivité (VAN/actif) mais ils sont moins rentables du point de vue des exploitants (RAN/actif ; Devienne et Wybrecht, 2002, p. 369). Notons aussi que ces RAN/actif sont convenables mais restent relativement peu élevés.

5. Les aides : l’autre composante essentielle du revenu

46Tout d’abord, la figure 8 montre que les aides sont indispensables pour l’ensemble des systèmes avec un poids dans le RAN/actif qui reste différent. Les systèmes qui valorisent le mieux leurs produits ont peut-être un RAN/actif inférieur, mais ils sont les moins dépendants aux aides et donc potentiellement plus résilients face à cet aléa.

47On voit (fig. 8) par contre que le système « OL livreur + BA broutards » grimpe en termes de revenu du fait des aides qui représentent près des trois quarts du revenu. Le RAN/actif dépasse alors ceux des systèmes « OL + BL fromager » et « OL fromager pastoral » alors même que la VAN/actif est plus élevée sur ces systèmes. De même, pour le système « BA broutard », les aides permettent de rattraper le fait que la VAN/actif soit négative.

  • 7 Droits à paiement de base : aide versée en fonction des surfaces utilisées par l’exploitant, complé (...)
  • 8 Indemnité compensatoire de handicaps naturels : aide à l’hectare, plafonnée et dégressive, qui sout (...)

48Qu’est-ce qui explique cela ? Les aides de la PAC pour ces systèmes sont certes composées d’aides liées aux troupeaux et donc au nombre d’animaux (aide ovine et aide aux bovins allaitants ou laitiers) mais la majorité (DPB 7 et ICHN 8) sont composées d’aides dépendantes de la surface « utilisée ». Nous parlons ici de surface « utilisée » car elle regroupe à la fois les surfaces privées, en propriété ou en location, mais aussi, depuis 2015, les surfaces utilisées dans les espaces communs, zones intermédiaires et estives qui sont « rapatriées » dans le dossier individuel. Ces surfaces « rapatriées » dépendent en particulier du nombre d’animaux transhumants. Comme les systèmes « OL livreur + BA broutards » et « BA broutard » ont les surfaces privées les plus importantes, mais aussi les troupeaux les plus importants et donc des surfaces « rapatriées » plus élevées, les niveaux d’aides sont supérieurs, rattrapant une VAN/actif plus faible.

49Même si ce n’est pas flagrant dans les systèmes décrits, on touche ici à la problématique des possibles effets pervers de ce système de rapatriement des DPB, au sens où ces espaces deviennent une source de richesse de par les aides, fragilisant alors la dimension collective inhérente à ces espaces (Eychenne, 2018).

IV – Quel avenir pour les systèmes d’élevage agropastoraux et pour les espaces ouverts de montagne en vallée d’Aspe ?

1. La meilleure valorisation des produits : une incitation à l’utilisation des surfaces pastorales ?

50On a vu que le niveau de valorisation des produits fromagers est une composante essentielle mais non suffisante du revenu final des éleveurs, et donc de la performance économique du système agropastoral. Par ailleurs, dans les systèmes modélisés, le fromage d’estive, valorisé dans des circuits rémunérateurs (vente directe, crémiers), représente 15 à 35 % du produit but total : il représente alors une incitation économique notable pour poursuivre cette transformation. Le lien entre valorisation des produits et utilisation des espaces ouverts de montagne est donc très étroit. Mais cela n’est vrai que pour le fromage de brebis produit en estive qui certes, indirectement, en tant que produit « vitrine », rejaillit sur les autres produits fromagers.

51Toutefois, les fromages de vache ou mixtes, certes rarement produits en estive, mais composantes du système agropastoral dans sa complexité, n’ont aucune distinction particulière et leur valorisation reste faible quand on les compare à celles d’autres fromages sous signes officiels de qualité. De même, le fromage produit dans les zones intermédiaires, pour les quelques systèmes utilisant encore les zones intermédiaires avec des animaux en production, n’admet aucun signe distinctif, alors même que la production se fait dans des conditions de montagne particulières et difficiles.

52La problématique est similaire concernant l’élevage bovin allaitant : alors qu’il est un grand utilisateur de zones intermédiaires, en particulier sur des zones qui ne pourraient pas être valorisées par d’autres animaux (fougères aigles très hautes), les produits vendus sont des animaux « maigres » ou des veaux vendus au prix du marché « classique ». Pourtant, comme pour les animaux laitiers, leurs animaux ont une productivité beaucoup plus faible : leurs vaches sont d’un format plus petit par rapport au standard de la race blonde d’Aquitaine pour être adaptées à la valorisation de ces zones.

53Ainsi, excepté pour le fromage d’estive, il apparaît que les modes de valorisation actuels des autres produits fromagers ou carnés ne permettent pas d’encourager directement l’utilisation des zones intermédiaires, espaces ouverts les plus en danger actuellement, dans la mesure où ce qui est produit dans ces zones n’est en aucun cas différencié.

2. La main d’œuvre comme déterminant central de la durabilité du système agropastoral

  • 9 Il peut paraître contestable de raisonner la performance économique uniquement par le RAN/actif, no (...)

54On a vu précédemment que la valorisation des produits, ainsi que les aides de la politique agricole commune, étaient deux déterminants essentiels de la performance économique des systèmes d’élevage agropastoraux de la vallée d’Aspe, approchée ici par le RAN/actif 9. Ces deux vecteurs permettent de compenser en partie les difficultés inhérentes à ces systèmes d’élevage (productivité plus faible, charge de travail et pénibilité accrues notamment). Néanmoins, au-delà de la performance économique, on ne peut omettre la durabilité sociale de ces systèmes, qui est en question aujourd’hui, notamment sur la problématique de la main d’œuvre.

55En effet, il faut noter que, dans certaines fermes, la transformation et/ou l’affinage continuent à être réalisés par les parents des éleveurs, retraités et souvent âgés. On observe dans ce cadre une certaine remise en question des spécificités de la vallée d’Aspe, à la fois sur la mixité des troupeaux mais également sur le caractère fromager des élevages, qui sont très chronophages en main d’œuvre. En effet, certaines fermes ont commencé ces dernières années à arrêter la transformation fromagère, soit sur une période donnée, soit en totalité, et cela essentiellement pour des questions de main d’œuvre. Or, si un système hybride peut être bénéfique dans le sens d’un compromis entre diminution du temps de travail et valorisation du lait supérieure, il reste qu’en livrant le lait, la valorisation chute, questionnant alors la résilience du système d’élevage. La baisse de la main d’œuvre disponible questionne aussi les modes de commercialisation : si de la main d’œuvre n’est pas disponible pour vendre en circuits courts, et même si la reconnaissance des produits augmente encore, il est fort probable que la vente aux grossistes se poursuivra, sans augmentation de la valorisation ou très légèrement. Paradoxalement, la transformation du fromage en estive paraît aujourd’hui un peu plus sécurisée, compte tenu notamment des aides au gardiennage administrées par le FEADER et qui permettent de financer le gardiennage effectué par l’éleveur lui-même ou par un salarié pour la saison d’estives. Néanmoins, la traite en estives reste fragile, en particulier compte tenu de la difficulté pour trouver de la main d’œuvre formée. Au-delà de la saison d’estive, le salariat reste peu développé, même si une mutation s’observe ces dernières années.

56De même, outre la valorisation des produits, de nombreux éleveurs continuent d’entretenir certaines zones intermédiaires, notamment à la motofaucheuse par « fierté » et par attachement aux parcelles familiales et au territoire, hors de toute logique économique. Mais cet entretien n’est viable qu’en-deçà d’une charge de travail globale et n’est ainsi de plus en plus pas tenable.

3. L’émergence de systèmes « atypiques » : une voix possible ?

57Dans ce cadre, se développent dernièrement des systèmes « atypiques ». En effet, certains nouveaux installés, hors-cadre familial donc n’héritant pas de terres, sont confrontés à la pression foncière dans la vallée. Cette dernière est majeure sur les prairies mécanisables, poussée par l’agrandissement des troupeaux et donc par la hausse du besoin des stocks fourragers, mais aussi par certains effets d’aubaine créés par les aides de la PAC, étroitement dépendantes de la surface. Ainsi, ces jeunes agriculteurs s’orientent vers les zones où cette pression foncière est la moins forte : en particulier la partie privée des zones intermédiaires. Ainsi, le système « OL fromager pastoral » décrit plus haut concerne plutôt des profils de ce type, installés il y a quelques années. Dans la même logique, on voit également dans ces zones intermédiaires l’arrivée de troupeaux caprins lait fromagers, avec des chèvres de race locale pyrénéenne adaptées au pâturage de prairies et de landes , et une commercialisation en circuits courts. Ces systèmes ont en commun d’avoir de petites structures, avec une production assez restreinte, mais avec des volontés individuelles d’être sur des valorisations plus élevées que la moyenne, ce qui fait leur viabilité. Mais on est bien sur des volontés individuelles et non collectives de valorisation.

58On voit aussi des installations sur des filières moins communes dans la vallée, voire atypiques. Le bénéfice est alors pouvoir de profiter d’une valorisation élevée des produits, possible grâce à un effet de niche. Les ovins viande (du moins certaines races) peuvent représenter une espèce adaptée à la valorisation de ces surfaces et la viande peut représenter un produit intéressant, là aussi en circuits courts, dans un contexte peu concurrentiel. Certains complètent leur activité d’élevage par des productions de petits fruits, là aussi transformés et commercialisés en circuits courts. Enfin, des filières à la marge telles que le lait d’ânesse émergent : les ânes sont à la fois adaptés à la valorisation des ressources pastorales, et les savons au lait d’ânesse, s’ils sont transformés localement, permettent de créer une valeur ajoutée fort convenable et rémunératrice. Ces systèmes resteront probablement minoritaires, mais il reste qu’ils ont toute leur pertinence pour la logique qui nous intéresse ici, au côté des systèmes plus « traditionnels » décrits plus haut.

Conclusion

59On a montré ici les liens inextricables entre l’élevage agropastoral et les espaces ouverts de montagne. L’arrêt de l’activité d’élevage ou la diminution de son activité dans la vallée d’Aspe entraînerait immanquablement une fermeture des milieux, avec des conséquences directes sur le paysage, et donc potentiellement sur l’attrait touristique, ainsi que sur la biodiversité (Dumont et Dupraz [dir.], 2016). De plus, dans un contexte de changement climatique, l’embroussaillement pourrait aussi avoir des conséquences délétères non négligeables en termes de favorisation des incendies. À l’heure où l’activité d’élevage est contestée sur le versant environnemental (impact carbone, biodiversité…), et la vallée d’Aspe ne fait pas exception aux côtés d’autres espaces pastoraux avec des débats forts portant principalement sur la question des prédateurs ou de l’écobuage, il semble important de mettre en évidence cette relation étroite, souvent oubliée et invisibilisée. En effet, même s’il apparaît d’un côté que le pastoralisme « tend à être réhabilité » (Dumont et Dupraz [dir.], 2016), d’autres tendances témoignent d’une promotion d’une « nature sauvage » allant à l’encontre de l’activité agropastorale. Cette réhabilitation peut également être à double tranchant au sens où elle peut assigner les éleveurs à un « rôle d’entretien du patrimoine naturel et culturel » au détriment du « fondement même de leur identité professionnelle relatif à la dimension productive de leur activité » (Eychenne, 2018).

60À l’heure également où les consommateurs sont en recherche de produits sains, de qualité, et respectueux de l’environnement, les produits issus de ces systèmes agropastoraux ont une carte à jouer (Eychenne, 2018). La vallée d’Aspe, autant que les autres vallées béarnaises, a la chance, de par sa production laitière et fromagère majoritaire, de pouvoir s’astreindre en majorité des filières industrielles, contrairement à la majorité des systèmes d’élevages, souvent ovins viande, du massif pyrénéen (Eychenne, 2018). En ce sens, le travail autour du fromage de brebis d’estive a porté et porte ses fruits, mais les autres fromages (vache, mixte, greuil) restent insuffisamment connus et donc valorisés. De plus, si les producteurs fromagers peuvent jouer sur le prix de leurs produits pour compenser des coûts de production plus élevés, cette meilleure valorisation demande aussi d’autres ressources, notamment en termes de main d’œuvre. Dans la mesure où ce sont avant tout les signes distinctifs qui permettent de sensibiliser les consommateurs aux spécificités des modes de production, contribuant par là même à leur reconnaissance, il semble alors qu’une réflexion autour d’un signe distinctif (marque par exemple) pourrait être menée. Cette distinction pourrait permettre de regrouper à la fois les produits des systèmes « traditionnels » mais aussi les produits des systèmes atypiques émergents, autour de la pratique de l’agropastoralisme.

61Enfin, s’il apparaît que les aides de la PAC sont indispensables pour les systèmes d’élevage de la vallée d’Aspe, ces dernières ne permettent pas forcément toujours de favoriser l’utilisation des surfaces pastorales, notamment des zones intermédiaires. En ce sens, des aides spécifiques pourraient certainement être imaginées. Une autre manière de favoriser l’utilisation des zones intermédiaires serait peut-être de mener une politique d’aménagement dans ces zones : rénovation des granges, équipements… Les Associations foncières pastorales (AFP) regroupant plusieurs propriétaires privés ou publics sur un périmètre agropastoral constituent un outil de gestion collective tout à fait adapté pour valoriser ces zones. Mais elles restent aussi tributaires en grande partie de financements publics et d’une action ambitieuse et volontariste des collectivités. Il semble en tout cas clair que, dans le futur, la valorisation des produits issus de l’élevage ne contribuera pas seule à la durabilité des systèmes d’élevage agropastoraux et donc à l’utilisation des espaces ouverts de montagne par ces derniers.

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Bibliographie

Cochet H., Devienne S. et Dufumier M., « L’agriculture comparée : une discipline de synthèse ? », Économie rurale, nos 297-298, 2007, p. 93-106.

Dedieu B., Faverdin P., Dourmad J.-Y. et Gibon A., « Système d’élevage, un concept pour raisonner les transformations de l’élevage », INRA Productions animales, no 21, 2008, p. 45-58.

Devienne S. et Wybrecht B., « Analyser le fonctionnement d’une exploitation », Mémento de l’agronome, Paris, CIRAD-GRET-ministère des Affaires étrangères, 2002, p. 345-372.

Dumont B. et Dupraz P. (dir.), Rôles, impacts et services issus des élevages en Europe. Rapport de l’expertise scientifique collective, Paris, INRA, 2016, p. 735-741.

Eychenne C., « Le pastoralisme entre mythes et réalités : une nécessaire objectivation – l’exemple des Pyrénées », Géocarrefour, no 92, 2018.

Labarthe M.-Th., « L’espace forestier en vallée d’Aspe (Pyrénées-Atlantiques) : de l’écosystème pastoral à l’intégration étatique », Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, t. 61, fascicule 4, 1990, p. 475-499.

Lazaro L. et Eychenne C., « Adaptabilité et vulnérabilité des droits d’usage sur les estives pyrénéennes : nouvelles logiques d’action et nouveaux enjeux sur les communs pastoraux », 2017, hal-01627126.

Lefebvre T., « La transhumance dans les Basses-Pyrénées », Annales de géographie, t. 37, no 205, 1928, p. 35-60.

Robson C., Diagnostic agraire de la vallée d’Aspe – Valorisation des espaces ouverts de montagne, mémoire de fin d’études diplôme d’ingénieur, AgroParisTech, 2021.

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Notes

1 Nous ne détaillerons pas ici les raisons de ce non-engagement, qui sont liées en majorité au fait que les éleveurs considéraient que les fromages béarnais et basques, regroupés dans cette appellation, étaient très différents et que les industriels avaient un poids trop important dans l’appellation. Toutefois, aujourd’hui, de plus en plus de producteurs fermiers s’y engagent, encouragés par la distinction entre fromages laitiers et fromagers fermiers, en vigueur depuis 2003.

2 Ce chiffre prend en compte les très petites exploitations (retraités, double actifs…) : on serait à environ 90 exploitations « professionnelles ».

3 Ces zones intermédiaires pourraient être aussi considérées pour une partie comme des estives de basse altitude. La différence n’est ni évidente ni foncièrement pertinente.

4 Ensemble des produits de la ferme, excepté les subventions de la politique agricole commune (PAC)

5 Les « biens détruits » regroupent à la fois les biens et services consommés mais aussi les dépréciations de capital fixe qui correspondent à la valeur détruite par l’usure et le gain d’ancienneté du matériel et des équipements en propriété sur la ferme.

6 Mutualité sociale agricole. Pour information, dans la modélisation, le prélèvement MSA est calculé à hauteur de 30 % du revenu brut. Mais cela est variable entre exploitations.

7 Droits à paiement de base : aide versée en fonction des surfaces utilisées par l’exploitant, complétée par le paiement vert qui est fonction du montant des aides DPB et par le paiement redistributif qui dépend lui de la surface retenue en étant plafonné à 52 ha.

8 Indemnité compensatoire de handicaps naturels : aide à l’hectare, plafonnée et dégressive, qui soutient les agriculteurs installés dans des zones où les conditions de production sont plus difficiles qu’ailleurs (notamment en montagne).

9 Il peut paraître contestable de raisonner la performance économique uniquement par le RAN/actif, notamment puisque, comme indiqué plus haut, cette variable ne prend pas en compte les annuités. Néanmoins, le RAN/actif représente tout de même une approche de la rentabilité d’une exploitation (Devienne et Wybrecht, 2002).

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Table des illustrations

Titre Figure 1 – Situation de la vallée d’Aspe dans le département des Pyrénées-Atlantiques
Crédits Source : Carte Sting, Wikimedia Commons
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Titre Figure 2 – Illustration de l’hétérogénéité paysagère dans le vallon de Lourdios-Ichère
Crédits Source : Robson, 2021
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Fichier image/jpeg, 414k
Titre Figure 3 – Illustrations de l’hétérogénéité paysagère avec la plaine de Bedous (à gauche) et l’estive de Banasse (à droite) sur la commune de Borce
Crédits Source : Robson, 2021
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Titre Tableau 1 – Structure d’exploitations de quatre exploitations « types » de la vallée d’Aspe modélisées
Crédits Source : Robson, 2021
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Titre Figure 4 – Ressources fourragères utilisées pour les troupeaux bovins et ovins, en % sur la matière sèche (MS) totale, suivant les systèmes d’élevage modélisés
Crédits Source : Robson, 2021
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Titre Figure 5 – Valorisation du lait par litre de lait vendu (livré ou transformé), en €/l, suivant les systèmes d’élevage laitiers modélisés
Légende Les références concernant le lait de brebis livré et le lait de vache livré représentent respectivement le prix moyen du lait de brebis AOP payé au producteur en 2021, et le prix moyen national du lait de vache lors du premier semestre 2021.
Crédits Source : Robson, 2021
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Titre Figure 6 – Prix observé des différents fromages vendus, pour les éleveurs rencontrés, en fonction des différents circuits de commercialisation
Crédits Source : Robson, 2021
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Titre Figure 7 – Valeur ajoutée nette (VAN) par actif travaillant sur la ferme, en €/actif, suivant les systèmes d’élevage modélisés
Crédits Source : Robson, 2021
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Titre Figure 8 – Revenu agricole brut (RAN) par actif, montant des subventions de la PAC, et poids des subventions dans le RAN/actif (les % en rouge indiquent ce rapport), suivant les systèmes d’élevage modélisés
Crédits Source : Robson, 2021
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Pour citer cet article

Référence papier

Jean Beudou et Cécile Aguerre, « La valorisation des produits : un facteur clé pour la pérennisation des systèmes d’élevages agropastoraux utilisant les espaces ouverts de montagne en vallée d’Aspe ? »Sud-Ouest européen, 53 | 2022, 81-95.

Référence électronique

Jean Beudou et Cécile Aguerre, « La valorisation des produits : un facteur clé pour la pérennisation des systèmes d’élevages agropastoraux utilisant les espaces ouverts de montagne en vallée d’Aspe ? »Sud-Ouest européen [En ligne], 53 | 2022, mis en ligne le 01 mars 2024, consulté le 21 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/8925 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/soe.8925

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Auteurs

Jean Beudou

Chambre d’agriculture des Pyrénées-Atlantiques, j.beudou@pa.chambagri.fr.

Cécile Aguerre

Chambre d’agriculture des Pyrénées-Atlantiques, c.aguerre@communaute-paysbasque.fr.

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Droits d’auteur

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