Navigation – Plan du site

AccueilNuméros52Les installations agricoles dans ...

Les installations agricoles dans le Haut-Vicdessos : une analyse par le prisme du buen vivir

Agricultural installations in Haut-Vicdessos: A study through the lens of buen vivir
Las instalaciones agrícolas en el alto-Vicdessos: un análisis a través del prisma del buen vivir
Corinne Eychenne, Laurence Barthe et Camille Noûs
p. 87-101

Résumés

Dans une période d’intense interpellation médiatique mais aussi scientifique sur le devenir de l’agriculture, son rôle dans les territoires, mais aussi les conditions de vie des agriculteurs, cet article propose, à partir d’une enquête qualitative conduite auprès d’une vingtaine d’agriculteurs de la vallée pyrénéenne du Vicdessos, une analyse de leur rapport à leurs propres conditions d’existence. Rapport sensible au métier, au territoire, rapport négocié aux autres et positionnement assumé dans la trajectoire de développement d’un territoire montagnard contraignant constituent les ressorts d’une forme de bien vivre. Le bien vivre est ici abordé à travers la notion de buen vivir mobilisée par les communautés locales mais aussi des groupes de recherche en Amérique latine pour appréhender les caractéristiques et les ressorts des conditions de vie des populations dans une perspective de coexistence homme/nature et de remise en question du paradigme du développement.

Haut de page

Texte intégral

  • 1 Au nom de la terre, d’E. Bergeon, en 2019 ; Petit paysan, de H. Charuel en 2017.
  • 2 Voir le rapport réalisé en 2020 par le député Olivier Damaisin à la demande du Premier ministre (Id (...)
  • 3 Voir notamment les controverses autour de l’étude de la Mutualité sociale agricole en 2017, affirma (...)
  • 4 En 2019, l’État a créé la cellule de gendarmerie Demeter, chargée de « lutter contre l’agribashing (...)
  • 5 En février 2022, la justice administrative a considéré que la partie de l’activité de la cellule De (...)

1« Malaise dans l’agriculture française » (La vie des idées, 22/03/2019), « Dépression et burn-out plus fréquents chez les agriculteurs » (Agrimutuel, 22/02/2019), « Pourquoi tant de suicides chez les agriculteurs » (The Conversation, 07/07/2021) : la question de la souffrance des agriculteurs est régulièrement évoquée dans les médias, mais aussi plus récemment dans certaines œuvres de fiction qui ont rencontré un large public 1. Elle fait aussi l’objet de recommandations de la représentation nationale, Sénat et Assemblée ayant proposé ces toutes dernières années plusieurs rapports sur la prévention du suicide en agriculture 2. Parmi les éléments d’explication convoqués figurent notamment la question des revenus 3, de l’isolement, de la quantité et de la pénibilité du travail, mais aussi de la dévalorisation sociale des agriculteurs au sein de la société. Dans ce contexte, le terme d’agribashing, porté par le syndicalisme majoritaire, a envahi le champ médiatique et politique 4 dès l’été 2019. L’emploi de ce néologisme tend à occulter une grande partie des difficultés réelles vécues par certains agriculteurs au profit d’un discours de victimisation ayant pour objectif de disqualifier les tentatives de mise en débat du modèle de production agricole dit « conventionnel » (pesticides, bien-être animal, etc.) 5.

2Partant du constat d’une agriculture prise en étau entre une demande sociale forte mais vectrice de fantasmes pour une agriculture en rupture avec le modèle conventionnel, une longue tendance à l’alignement du travail agricole sur les normes entrepreneuriales et salariales en dépit de la spécificité du métier et des aspirations des agriculteurs, et une réponse quelque peu victimaire de la part du syndicalisme majoritaire, cet article propose de suivre, sur un terrain encore discret, les modalités concrètes d’appréhension de leurs conditions de vie par des agriculteurs en quête de bien vivre.

  • 6 Le programme INSTAGRI (installation agricole dans le Vicdessos) est mené par une équipe pluridiscip (...)

3Vue par la recherche, la question des conditions de vie des agriculteurs est généralement traitée sous l’angle des difficultés voire des souffrances spécifiques liées à cette activité, en insistant sur un certain nombre de facteurs de vigilance : revenus, quantité et conditions de travail, isolement, sens du métier, valeurs, etc. (Hervieu, 2013) que nous traiterons dans la première partie de cet article. Grâce à la mobilisation d’une méthodologie qualitative, nous proposons ensuite d’analyser le regard que portent les agriculteurs sur leurs propres conditions de vie à partir des résultats obtenus dans le cadre d’un programme de recherche consacré à l’installation agricole dans une vallée des Pyrénées ariégeoises 6. À rebours des représentations dominantes, cette étude nous conduit à identifier ce qui rend heureux les agriculteurs de ces montagnes malgré la difficulté apparente de leurs conditions objectives d’existence. Les éléments de compréhension issus de l’analyse des discours et des pratiques de ces agriculteurs nous incitent à proposer en conclusion de cet article une grille de lecture alternative, mobilisant le concept de bien-vivre développé par la recherche latino-américaine (buen vivir) et convoqué aujourd’hui en France pour redéfinir les indicateurs de la qualité de vie.

I – Aux origines de la souffrance des agriculteurs

4Pour qui s’intéresse aux conditions de vie des agriculteurs, il est plus facile de trouver des travaux consacrés aux difficultés auxquelles ils doivent faire face qu’aux plaisirs suscités par le métier. En mai 2019, le ministère de l’Agriculture a coordonné un ouvrage consacré aux transformations des emplois et des activités en agriculture. Dans son chapitre relatif aux conditions de travail des agriculteurs, il précise qu’« en dépit d’importants progrès depuis un demi-siècle, leur quotidien (contraintes horaires, risques physiques, chimiques et biologiques, faible rémunération, endettement) ainsi que le contexte lié à leur activité (isolement, imbrication des sphères privée et professionnelle, pression sociale, normes genrées) sont à l’origine de problèmes de santé spécifiques » (Forget et al., 2019). En toute logique, la grille d’analyse des conditions de travail proposée dans l’ouvrage ne mobilise donc que des critères renvoyant à des dimensions négatives de l’activité : intensité du travail, exigences émotionnelles, manque d’autonomie, rapports sociaux complexes, manque de reconnaissance-faible rémunération, contraintes physiques, contraintes horaires-organisation du temps de travail.

  • 7 Les agriculteurs constituent en effet une catégorie particulièrement à risque en matière de suicide (...)

5En 2014, la revue Études rurales a consacré un numéro spécial aux souffrances paysannes dans lequel plusieurs articles sont consacrés au suicide 7. À travers le recours à des méthodes qualitatives, les différents auteurs s’accordent pour mettre à distance la vision de sens commun selon laquelle la question des revenus serait un déterminant de premier plan dans le passage à l’acte des agriculteurs (Deffontaines, 2014 ; Jacques-Jouvenot, 2014). De la même manière, et de façon peut-être contre-intuitive compte tenu du discours dominant sur le travail agricole, la question de la quantité ou de la pénibilité du travail n’apparaissent pas véritablement comme des sources de souffrance pour les agriculteurs. Les plus grandes difficultés semblent plutôt avoir pour origine les évolutions du métier lui-même, avec un déplacement du cœur du métier de plus en plus éloigné des compétences techniques et du travail physique, avec un renforcement des activités de gestion procédurale, administrative, comptable voire managériale.

6Or, la relation avec le vivant est bien l’une des caractéristiques principales du métier d’agriculteur et cette relation se prête mal aux rationalisations technico-économiques. Michèle Salmona (1994) a ainsi montré que le métier d’éleveur repose sur des savoirs et savoir-faire spécifiques comme la tolérance à la répétition ; la prise en compte du rythme des animaux et donc une capacité à ne rien faire, attendre, patienter ; la capacité à accepter l’altérité et par incidence l’aléa ; la mise en œuvre d’interactions qui passent par le corps et la sensorialité (ouïe, odorat, toucher) ; la conscience de la dimension métaphysique de l’activité, liée à la capacité à travailler avec la vie et la mort. Ces compétences, i.e. la capacité à prendre soin de ses animaux, forment le cœur de l’image et de l’identité sociales des éleveurs (Jacques-Jouvenot, 2014). La question de la quantité de travail est une notion récente en agriculture :

Jusque dans les années 1960, […] le travail agricole a un statut spécifique. C’est une valeur forte qui structure les rapports sociaux et une composante de l’identité de paysan ; « être au travail » définit l’existence sociale et le statut dont on va jouir au sein de la collectivité. Le travail bien fait participe de la renommée : sa quantification n’existe pas ; seules les habiletés, la force physique et le sens du travail bien fait sont repérés socialement.
(Rault, 2005)

  • 8 Voir notamment les travaux du RMT « Travail en élevage », coordonné par Sophie Chauvat (Idele).
  • 9 Hors travail d’astreinte non-reportable et hors travail de saison. On considère qu’il s’agit du tem (...)
  • 10 1 200 h et plus par an et par personne.

7La modernisation agricole a introduit des changements majeurs dans les conditions d’exercice du métier d’agriculteur et dans la valorisation sociale des compétences à mobiliser. La mécanisation et la robotisation ont éloigné l’homme du vivant animal ou végétal. La rationalisation du travail a été envisagée comme un progrès social permettant de rapprocher les conditions de vie des agriculteurs de celles des autres travailleurs de la société. D’une façon générale, les différentes méthodes élaborées par le monde de la recherche développement (Idele, INRAE, organismes de développement agricole 8) depuis les années 1980 pour intégrer la question du travail dans l’activité de conseil en élevage reposent sur la quantification de la durée et de la répartition du travail dans l’année, dans une logique d’optimisation. Malgré une reconnaissance de la diversité des formes de rationalité des éleveurs (Fiorelli, 2010), ces différents travaux sont le plus souvent porteurs d’une vision visant à maximiser le temps disponible calculé 9. « Les analyses soulignent que les marges de manœuvre élevées 10 s’expliquent par des stratégies explicites d’organisation s’appuyant sur la simplification des conduites, l’automatisation, l’accroissement de la puissance des machines et la délégation du travail » (Dedieu, 2012). Ainsi, face à la diminution constante du nombre de chefs d’exploitation depuis 60 ans et l’agrandissement des tailles d’exploitation, la question de l’amélioration des conditions de travail est envisagée sous l’angle de formes d’organisation individuelles ou collectives parmi lesquelles la simplification des tâches et la délégation du travail à travers le salariat ou le recours à des prestataires extérieurs sont considérées comme particulièrement innovantes (André, 2019). En rapprochant de plus en plus le métier d’agriculteur de celui de chef d’entreprise, toutes ces évolutions induisent de profonds bouleversements, non seulement dans le rapport au travail, mais également dans la construction des identités sociales.

8Plusieurs auteurs mettent ainsi en évidence les difficultés qui résultent d’une mise en tension entre l’organisation prescrite (notamment par les organismes de développement) et l’organisation réelle du travail (Deffontaines, 2014 ; Rault, 2005) ou plus largement entre un supposé modèle de la « bonne » exploitation agricole et la vie réelle des agriculteurs. Ceux-ci se trouvent donc confrontés à « une impossible réalisation de soi » (Deffontaines, 2014) du fait des normes multiples qui s’imposent à eux mais également du fait d’injonctions sociales (optimiser leur temps de travail, dissocier vie professionnelle et vie personnelle, prendre des congés, rationaliser leur activité) qui souvent ne correspondent pas aux ressorts de leur entrée dans le métier : passion des bêtes (Salmona, 1994), recherche d’autonomie (Jacques-Jouvenot, 2014), inscription dans une histoire familiale et patrimoniale (Deffontaines, 2014), mobilisation de compétences physiques et pratiques pour des jeunes en situation d’échec scolaire (Fiorelli, 2010).

9Sommés de devenir des chefs d’entreprise et de bons gestionnaires, les agriculteurs évoquent davantage des problèmes de charge mentale que de pénibilité physique. Confrontés à la « paperasse » de la PAC, à l’inquiétude liée aux niveaux de remboursement des investissements, aux responsabilités liées à l’embauche de salariés, les agriculteurs en souffrance se trouvent souvent obligés de sous-traiter les compétences désormais stratégiques de leur métier, soit en externe auprès de conseillers d’entreprise, soit en interne puisque ce sont le plus souvent les femmes « qui gèrent les papiers ». Il y a donc bien une inversion de la valeur travail avec la fin du « labeur paysan » (Barthez, 1986) qui se double souvent, dans les exploitations encore menées par un couple, par un renversement de la valeur des compétences réparties dans la division sexuée du travail (Rault, 2005). Plus largement, les compétences de gestion désormais considérées comme essentielles à l’exercice du métier sont de celles qui s’acquièrent à l’école (Jacques-Jouvenot, 2014), ce qui rompt les canaux traditionnels de transmission des savoirs et surtout des savoir-faire par l’héritage et l’apprentissage auprès des pairs, généralement dans le cadre familial (Salmona, 1994). Malgré ses évolutions récentes, notamment vers les formes sociétaires voire l’agriculture de firme, l’agriculture française reste très largement une affaire de famille, tant dans la transmission du patrimoine et des savoir-faire que dans l’organisation des collectifs de travail (Hervieu, 2013). Les évolutions du métier d’agriculteur conduisent fréquemment à des mises en tension familiales inter et intragénérationnelles. Pour les agriculteurs héritiers, l’inscription dans une trajectoire familiale impose de prendre en considération, ou de rompre, avec des règles héritées du passé qui souvent ne sont pas conformes aux injonctions d’optimisation et de rationalisation portées par le monde du développement agricole ou par les pairs eux-mêmes prescripteurs de normes. « Jouer avec ces règles a un coût psychologique, tant pour celui qui transmet que pour celui qui reçoit » (Deffontaines, 2014). La dimension familiale du travail agricole (que ce soit avec les parents ou en couple) conduit également à la non-dissociation des différentes sphères de socialisation qui peut alimenter la souffrance des agriculteurs puisque les rapports de domination irriguent alors tous les domaines de la vie sociale. Pour ceux dont le ou la conjoint(e) travaille à l’extérieur de l’exploitation, l’injonction à la dissociation entre vie personnelle et vie professionnelle est particulièrement prégnante et peut conduire à faire des choix de rationalisation du travail qui ne correspondent pas à la vision que les agriculteurs portent eux-mêmes sur le travail « bien fait ». En effet, « ce que les enquêtes sur les conditions de travail définissent comme une “emprise délétère” sur la vie constitue une caractéristique fondamentale du travail agricole. Tous les spécialistes s’accordent en effet sur cette intime intrication, dans l’agriculture, des temps et des lieux de travail et de vie » (Célérier, 2014). Dans le domaine de l’élevage notamment, qui dans ses fondements suppose une attention constante aux animaux, la délégation d’une partie des soins aux animaux, si elle permet effectivement de se libérer du travail d’astreinte pour dégager du temps libre en famille, peut être vécue par certains comme une forme de renoncement à ce qui fait le cœur de leur métier. En corollaire aujourd’hui encore, la persistance du célibat en élevage trouve en partie son origine dans les difficultés à harmoniser besoins et temporalités différentes au sein des couples.

10Une dernière dimension sociale est évoquée par différents auteurs travaillant sur la souffrance au travail des agriculteurs : il s’agit de leur isolement social, en lien avec leur mise en minorité non seulement dans l’espace national mais également dans l’espace rural lui-même (Darré, 1985). Deffontaines (2014) montre ainsi comment les spécificités de leur rapport au travail et au temps rendent par exemple de plus en plus difficile leur intégration dans les activités récréatives locales dont les horaires sont généralement calés sur les temporalités des autres habitants des campagnes (exemple des sports collectifs ou des associations). De façon plus aiguë encore, les critiques dont ils peuvent faire l’objet du fait de leurs pratiques peuvent conduire à une perte de sens de leur activité, de leur rôle social et donc à des formes de mésestime de soi.

11Ainsi, ce que mettent en évidence les différents travaux que nous avons ici mobilisés, c’est que la souffrance au travail des agriculteurs est bien davantage liée à des conflits de valeur et de sens qu’à des questions de revenu ou de pénibilité du travail.

L’analyse de cas interroge donc le caractère monolithique des revendications de réduction du temps de travail des éleveurs, telles qu’intégrées par l’encadrement agricole et les zootechniciens ; le fondement de ces revendications, une vision des temps séparés de travail, en famille, de loisir et une vision comptable du temps de travail ; une vision du travail qui ne tient pas compte du plaisir au travail ; mais aussi la pertinence des approches normatives du travail telles que la qualification des équivalents temps complet ou l’estimation du temps disponible qui s’inspirent de la durée légale du travail salarié comme miroir du rapport au temps des éleveurs.
(Fiorelli, 2010)

  • 11 Comme le prévoyait déjà le traité de Rome en 1957 (art. 39).

12La vision promue par la modernisation agricole et les services de développement, au nom d’une volonté de rapprochement des conditions de vie des agriculteurs avec le reste de la population 11, a ainsi développé une vision entrepreneuriale de l’activité agricole qui heurte de plein fouet les représentations que les agriculteurs ont de leur métier et des compétences qui lui sont essentielles. Elle a également entraîné une remise en cause de certains équilibres familiaux et sociaux, et modifié le regard que les agriculteurs pouvaient porter sur leur propre valeur personnelle. Cette volonté de rationalisation tend à oublier que « le travail ne sert pas qu’à produire et à gagner de l’argent, il permet de se sentir vivant, de se construire en tant qu’homme » (Fiorelli, 2010).

II – L’équilibre de vie des agriculteurs-éleveurs du Vicdessos

  • 12 Dix communes au début du programme, sept aujourd’hui après la création de la commune nouvelle de Va (...)
  • 13 Il y a en revanche très peu de logements vacants (4 %).
  • 14 Programme AFPYR, financé par la région Occitanie : afpyr. hypotheses.org.

13Les résultats que nous allons présenter ici sont issus des entretiens menés auprès d’agriculteurs dans le cadre du programme de recherche INSTAGRI, consacré à l’installation agricole en montagne. Ce programme s’inscrit dans le cadre de l’observatoire Hommes-Milieux (OHM) Pyrénées-Haut-Vicdessos qui présente pour nous un grand intérêt heuristique en raison, d’une part, de son échelle d’action 12 qui rend possible une étude exhaustive de l’agriculture sur le territoire, et qui nous permet, grâce à son inscription dans la durée, d’envisager un suivi fin des trajectoires des agriculteurs sur une dizaine d’années. La vallée du Vicdessos est un très ancien territoire industriel dont le déclin a été achevé avec la fermeture de l’usine Péchiney d’Auzat en 2003. Au niveau démographique, à l’instar de l’ensemble des Pyrénées centrales, le maximum démographique a été atteint en 1846 avec près de 10 000 habitants, la diminution a ensuite été intense et rapide : 5 000 habitants en 1900, 2 000 en 1968, et 1 300 en 2016. À l’heure actuelle, les deux tiers des logements du territoire sont des résidences secondaires 13 (INSEE, 2016), issues le plus souvent d’héritages familiaux. Dans les études consacrées à la qualité de vie dans les territoires (Insee, 2014 ; CGET, 2014), la vallée du Vicdessos apparaît donc comme un territoire très rural, fragile et vieillissant, avec des difficultés d’accès aux services. Au niveau agricole aussi la déprise a été importante. Les paysages ouverts et cultivés en terrasse des versants d’une montagne densément peuplée et largement pluractive ont laissé place à la broussaille et à la forêt (Davasse, 2012). Au recensement de 2010 (Agreste), les dix communes de la zone d’étude ne comptaient plus que 34 exploitations, quatre communes ayant vu disparaître leur dernière exploitation entre les années 1960 et 1990. Pourtant, dès les années 1970-1980 et de façon plus soutenue depuis 2010, la vallée du Vicdessos attire de nouveaux agriculteurs qui s’installent hors cadre familial, généralement dans les espaces délaissés par les exploitations en place. Cette dynamique d’installation fait écho à des observations menées dans le cadre d’un précédent programme consacré aux associations foncières pastorales (AFP 14), dans le cadre duquel nous nous étions également intéressés aux profils et aux trajectoires personnelles et professionnelles des éleveurs de montagne dans le cadre ou hors cadre familial. Dans les deux programmes, nous avons rencontré des agriculteurs heureux des conditions d’exercice de leur métier quand bien même celles-ci ne s’avéraient pas conformes aux standards professionnels dominants. Nous avons donc choisi d’approfondir la question du regard que portent les agriculteurs sur leurs propres conditions d’existence à partir d’entretiens semi-directifs approfondis menés auprès de l’ensemble des personnes de la zone d’étude ayant une activité agricole, qu’elle constitue ou non leur activité principale. Entre 2018 et 2020, nous avons ainsi rencontré 26 agriculteurs, 20 à titre principal et 6 pluriactifs, installés entre 1973 et 2017 (fig. 1). Les deux tiers de ces installations se sont réalisés hors cadre familial, par des personnes généralement extérieures à la vallée.

Figure 1 – Année d’installation des agriculteurs enquêtés

Figure 1 – Année d’installation des agriculteurs enquêtés

Source : enquêtes INSTAGRI, 2018

Réalisation : collectif INSTAGRI

Figure 2 – Les productions des exploitations enquêtées

Figure 2 – Les productions des exploitations enquêtées

Source : enquêtes INSTAGRI, 2018

Réalisation : collectif INSTAGRI

14Le Vicdessos est traditionnellement un territoire d’élevage ovin (et secondairement bovin), on retrouve donc logiquement des brebis dans la moitié des exploitations enquêtées, des vaches dans seulement quatre exploitations. En comparaison avec d’autres vallées pyrénéennes, notre zone d’étude se distingue surtout par une grande diversité voire originalité des productions : cinq exploitations élèvent des chèvres de race rustique pyrénéenne pour la viande et/ou pour le lait (fromages et savons), il s’agit exclusivement d’installations récentes hors cadre familial ; l’échantillon comprend également six apiculteurs, une éleveuse de lamas, des producteurs de plantes aromatiques, un éleveur de canards, un éleveur de chiens et un centre équestre (fig. 2). La vente directe ou en circuit court de tout ou partie de la production est pratiquée par une très grande majorité des agriculteurs rencontrés (21/26).

  • 15 Sauf bien sûr pour le seul agriculteur de l’échantillon qui n’a aucune activité d’élevage (pluriact (...)

15La vallée du Vicdessos réunit donc majoritairement des agriculteurs généralement qualifiés d’alternatifs dans la littérature et le langage courant, qui cohabitent cependant avec des élevages plus traditionnels avec transmission du patrimoine familial. Pourtant, alors que la plupart des travaux évoqués dans la première partie de cet article parviennent à distinguer différents types d’agriculteurs en fonction de leur rapport au travail et au métier, l’un des premiers résultats majeurs de notre étude est la relative convergence des regards que les agriculteurs que nous avons rencontrés portent sur leurs propres conditions de vie, en dépit de la diversité de leurs profils et de leurs trajectoires. Pour chacun d’entre eux, le fait de s’installer agriculteur en montagne relève d’un choix fort et revendiqué qui repose sur trois dimensions étroitement imbriquées : la volonté de vivre en montagne, la recherche d’autonomie et le rapport aux animaux 15.

16La dimension géographique est singulièrement absente des travaux relatifs au métier d’agriculteur alors qu’elle apparaît comme centrale dans notre zone d’étude. Plus que l’espace agricole en lui-même, c’est bien la montagne qui ressort comme cadre structurant du projet d’installation et d’élaboration du projet de vie. Bien que la question du choix du lieu ne se pose pas de la même manière pour les installations dans le cadre familial que pour les autres, pour tous, la montagne renvoie à un lieu de vie qui permet la recherche d’une harmonie avec la nature, y compris dans ce qu’elle peut avoir d’apparemment hostile. Les difficultés liées à la vie et à l’exercice du métier en montagne sont plutôt envisagées comme la possibilité d’une connexion ou d’une reconnexion avec le milieu naturel, physique et biologique, à travers la nécessaire adaptation à ses caractéristiques, ses rythmes, son imprévisibilité. Le rapport à la montagne s’exprime à la fois dans les activités agricoles et dans les activités généralement qualifiées de loisir (chasse, marche) à travers une connaissance fine du territoire qui passe par un véritable arpentage nécessitant temps, patience et apprentissage.

17Cette « nature » recherchée et trouvée en montagne est marquée par la présence humaine : toutes et tous lisent dans les paysages et les écosystèmes actuels les traces des activités humaines passées, surtout agricoles. Étonnamment, l’ancienne présence industrielle n’est que rarement abordée, soit pour expliquer les évolutions démographiques de la vallée, soit, dans le discours des plus anciens, pour évoquer brièvement le souvenir des effluents toxiques disséminés dans le milieu qui donnaient lieu pourtant à indemnisation des animaux et ont suscité de fortes mobilisations dans les années 1950-1960. Cette nature trouvée en montagne n’a rien d’une quelconque wilderness mais correspond bien davantage à une nature héritée dans laquelle se fond harmonieusement l’agriculture. L’hybridation entre nature et culture semble aller de soi dans les témoignages, le paradoxe apparent d’évoquer des espaces « naturels » tout en remarquant partout la présence humaine ne semblant pas perturber nos interlocuteurs. Ils partagent l’idée qu’il n’y a ni lieu strictement artificiel, ni lieu entièrement « sauvage » mais un continuum de naturalités où éléments humains et non-humains prennent plus ou moins le dessus sur les autres, et que ces espaces de montagne tendent vers une nature en symbiose avec les activités humaines (Maris, 2018). Une symbiose que toutes et tous semblent vouloir maintenir et espèrent, fréquemment, faire revivre. En témoignent les propos fréquents sur les « terrasses » à présent couvertes de friches sur la « propreté » du paysage passé, accompagnés parfois de photographies anciennes pour nous montrer cette sorte de montagne idéale passée.

18Le choix de la montagne répond également à une volonté d’autonomie voire d’isolement, en tout cas de rupture au regard d’un mode de vie urbain. La plupart des agriculteurs rencontrés ne sont d’ailleurs pas à la recherche d’une intégration dans des réseaux de sociabilité locale ou professionnelle. Il s’agit de mettre à distance la ville, avec ce qu’elle implique de rapport à la vitesse et à la consommation. Ainsi, alors pourtant qu’ils sont assez nombreux à avoir connu des trajectoires de vie très variées, incluant des expériences urbaines, tous les agriculteurs rencontrés considèrent que le niveau des services présents sur le territoire est suffisant puisqu’ils ont accès aux services qui leur paraissent essentiels au quotidien : école et collège, médecins, alimentation, station-service, bureau de tabac.

  • 16 Sur l’intrication indémêlable du travail et du non-travail, voir les observations réalisées dans un (...)

19De façon explicite dans les discours des personnes installées hors cadre familial, de façon plus implicite pour les autres, l’installation agricole est envisagée comme un moyen de réaliser un projet de vie global, pour lequel la montagne apparaît comme un cadre particulièrement adapté. Le cadre social de référence est d’abord formé par le couple ou la cellule nucléaire lorsqu’il y a des enfants ou des projets d’enfants. La question du cadre dans lequel on souhaite voir ses enfants grandir apparaît d’ailleurs comme l’un des éléments structurant le choix du lieu de vie et de l’activité. L’installation elle-même se fait à deux et le projet familial repose moins qu’ailleurs sur la division et la hiérarchisation genrées du travail soulignées par plusieurs auteurs. Les femmes sont cheffes ou cocheffes d’exploitation pour plus de la moitié des fermes ; pour plusieurs des nouvelles installations, ce sont les hommes qui sont conjoints collaborateurs. Peu d’exemples aussi sur notre territoire d’étude de la fameuse « pluriactivité des ménages » qui concerneraient actuellement près de la moitié des conjoints d’exploitations (MAA, 2019) et dont les effets peuvent être ambigus entre sécurisation du revenu et tensions entre vie privée et vie professionnelle. L’inscription de l’activité agricole dans un projet de vie global qui engage toute la famille contredit d’ailleurs l’impératif de distinction des temps de vie : travail et loisir n’apparaissent pas ici comme des catégories opérantes. Il ne s’agit pas de renouer avec la vie de labeur des paysans d’antan mais bien de considérer que les limites sont floues, poreuses et finalement dénuées de sens 16.

  • 17 Excepté bien sûr pour la garde des troupeaux confié au berger en estive.

20La question de la qualité des conditions de travail prend donc ici une tout autre forme que dans la littérature évoquée en première partie. La double passion, pour la montagne et pour les animaux, entraîne une propension à supporter, voire rechercher, le travail physique et le travail d’astreinte lié à l’élevage. Pour la plupart des agriculteurs rencontrés, la dimension physique du métier, fût-elle éprouvante, n’est pas envisagée en termes de pénibilité mais comme un élément indispensable à leur équilibre mental et physique, un lien fort à la matérialité et au milieu. De la même manière, le temps consacré aux animaux (soins, garde, traite, etc.) ne fait que très rarement l’objet de tentatives de réduction, d’optimisation, de rationalisation ou de délégation 17. La « passion des bêtes » rapproche ces agriculteurs des modes d’agir traditionnels en élevage évoqués en première partie, consolidés par une survalorisation des savoirs profanes par rapport aux savoirs savants. Les compétences sont acquises par transmission, que ce soit au sein de la famille ou par apprentissage auprès de pairs reconnus comme personnes ressources, puis par l’expérience accumulée. Cela n’empêche pas pour autant certaines formes d’innovation, notamment dans le choix des productions (chèvres, lamas, abeilles, plantes aromatiques, safran…), la valorisation des produits (fromage, savon, laine, tisanes…) et les modes de commercialisation (avec le recours à Internet notamment). En matière de productions végétales, contrairement aux élevages de zones plus favorisées, l’engagement se fait moins dans la production de fourrage, le plus souvent acheté à l’extérieur, que dans la reconquête des espaces en déprise ou la mise en culture par exemple pour le producteur de safran. Là encore, l’exercice du métier passe par un engagement du corps puisque la mécanisation est le plus souvent impossible, et par une référence aux paysages et aux ressources du passé : reconquête des terrasses et des prairies de fauche. À tous les niveaux, présence aux bêtes, engagement physique, inscription dans l’histoire des systèmes agropastoraux de montagne, fierté vis-à-vis de la qualité des produits, l’activité des agriculteurs que nous avons rencontrés est porteuse de sens et participe de la construction d’une identité professionnelle partagée et valorisée.

Figure 3 – Les associations foncières pastorales et les groupements pastoraux sur le territoire d’étude

Figure 3 – Les associations foncières pastorales et les groupements pastoraux sur le territoire d’étude

Source : Fédération pastorale de l’Ariège

Réalisation : collectif INSTAGRI

  • 18 À l’exception des apiculteurs, tous spécialisés, et du producteurs de safran par ailleurs pluriacti (...)
  • 19 Les AFP permettent de regrouper, parfois sans leur accord, les terrains de propriétaires privés et (...)

21Ce rapport au travail s’inscrit également dans une logique paysanne, économe et prudente. Tous les agriculteurs rencontrés développent des logiques d’investissement modérées et progressives que ce soit pour le cheptel, les bâtiments ou le matériel. Ils ne cherchent pas non plus à développer des formes collectives d’investissement ou d’organisation : l’entraide existe en cas de besoin majeur mais on ne rencontre pas de coopératives d’utilisation de matériel agricole (CUMA) sur le territoire, ni de réseaux professionnels organisés y compris dans le domaine de la vente en circuits courts. Les agriculteurs du territoire se tiennent donc à distance des indicateurs technico-économiques classiques fondés sur des critères de productivité. Plus que le niveau de production ou l’accumulation de patrimoine, ils sont à la recherche d’autonomie et de flexibilité, qui s’exprime également à travers la mise en œuvre de systèmes diversifiés notamment de polyélevages 18 ou polyproductions (lait transformé/ viande, élevages/ plantes aromatiques). Cette prudence est facilitée par des modalités d’accès au foncier elles-mêmes économes. Certains font le choix de s’installer dans des productions ne nécessitant pas ou peu de foncier (abeilles, safran, plantes aromatiques). Les exploitations d’élevage pastoral, pour leur part, se déploient le plus souvent sur les espaces en déprise, grâce à la mobilisation d’outils de restructuration foncière telles les associations foncières pastorales (AFP 19). La constitution d’AFP repose généralement sur un engagement fort des élus communaux, de même que d’autres formes de mises à disposition de foncier hors AFP que l’on rencontre sur le territoire d’étude, en lien par exemple avec les chantiers d’ouverture paysagère soutenus par le parc naturel régional (PNR) des Pyrénées ariégeoises. Ainsi, sur les 18 éleveurs pastoraux, 11 exploitent majoritairement des surfaces constituées en AFP ou ayant bénéficié de projets d’ouverture paysagère. À cela s’ajoutent les droits d’usage sur les estives communales ou domaniales pour les 11 éleveurs qui transhument (fig. 3). Ces opportunités ne doivent pas donner l’image d’une montagne vide et disponible pour l’installation, la pression foncière et les conflits qui lui sont liés existent ici comme ailleurs, notamment depuis la réforme de la PAC de 2015 qui a renforcé les aides à la surface en zone de montagne. Les zones de montagne cependant bénéficient d’une longue tradition de gestion collective de l’espace remobilisable dans le cadre de l’action des collectivités locales pour favoriser l’agriculture sur le territoire et permettre aux porteurs de projet d’accéder au foncier à moindre coût.

  • 20 La PAC apporte plus d’un million d’€ par an sur le territoire.

22Cette logique économe permet aux agriculteurs que nous avons rencontrés de s’estimer globalement satisfaits de leur niveau de revenu puisqu’il leur permet de vivre selon leurs besoins. Les aides de la politique agricole commune (PAC) jouent un rôle majeur dans l’élaboration des revenus 20, tout du moins pour les éleveurs pastoraux (les aides étant majoritairement attribuées à l’hectare, les apiculteurs ou producteurs végétaux sur de petites surfaces ne sont pas ou très peu aidés). La question de la part élevée des montants de la PAC dans les revenus des agriculteurs n’est pas spécifique à notre terrain d’étude, mais la réforme de la PAC de 2015 a conduit à une importante redistribution en faveur de l’élevage et des zones de montagne. Les éleveurs de montagne ont donc vu leurs montants d’aides largement réévalués, ce qui a conforté le revenu des agriculteurs plutôt alternatifs au modèle conventionnel, jusqu’alors grands perdants de la PAC. C’est peut-être la raison pour laquelle nous n’avons pas ressenti de rejet de la PAC et de la « paperasse » associée, que certains auteurs ont identifié dans leurs enquêtes comme un dirty work. Nous avons même été surpris par le fort niveau d’expertise en la matière de certains d’entre eux. Dans les entretiens, la PAC a donc été abordée assez naturellement, sans réserve, comme une aide au revenu indispensable mais méritée au regard des conditions d’exercice de leur métier et des services rendus à la société. Plusieurs réserves cependant ont été formulées : les impacts négatifs de la nouvelle PAC sur les dynamiques collectives en estive d’une part (voir Eychenne, 2021) et le manque de soutien aux productions mobilisant peu de foncier ou à certains modes de production pastoraux très extensifs de l’autre.

23Si la question du revenu en lui-même n’apparaît donc pas comme un problème, d’autres éléments relatifs aux conditions matérielles d’existence peuvent être source de difficultés, au premier rang desquels la question de l’habitat. En effet, comme nous l’avons évoqué précédemment, la vallée du Vicdessos est particulièrement prisée par les résidents secondaires, laissant peu de logements disponibles à la location ou à l’achat. Par ailleurs, la mise à disposition de foncier à travers les AFP ne s’accompagne pas d’une mise à disposition de logements. Les nouveaux agriculteurs, jeunes ou moins jeunes, se trouvent donc contraints de « bricoler » entre logements communaux, logements sociaux en fond de vallée ou habitat précaire en attendant de pouvoir acheter ou construire. Cette précarité est généralement bien vécue en début de parcours, parce qu’envisagée comme temporaire, mais elle peut être source de souffrance lorsque la situation ne se résout pas. La présence massive de résidents secondaires est également source de conflits importants avec les agriculteurs. Nombre d’entre eux sont originaires du territoire, certains sont propriétaires sur les AFP sans avoir nécessairement été favorables à leur constitution, d’autres ont choisi la vallée comme lieu de ressourcement. Ils sont porteurs d’une certaine vision de la place de l’agriculture sur le territoire, héritée de leurs propres expériences d’enfance, de ce qu’on leur a raconté, de leur imaginaire (voir Guisepelli, 2005), souvent très éloignée de la réalité vécue et revendiquée par les agriculteurs. Point de trace ici des accusations de pollution ou de maltraitance animale relevées par certains auteurs travaillant sur des systèmes plus intensifs, mais une injonction à produire un « beau » paysage, sans nuisances, tout en étant redevable à tous d’une installation réalisée sur les terres des autres via l’AFP. Les agriculteurs rencontrés témoignent ainsi d’une forte conflictualité avec les résidents secondaires, voire avec les élus prescripteurs de normes, mais aussi parfois entre éleveurs mis en concurrence dans l’accès au foncier collectif.

24L’analyse des parcours d’installation des agriculteurs dans le Vicdessos révèle ainsi une approche sensible de leurs conditions de vie qui vient à rebours des analyses dominantes pointant une accumulation de difficultés génératrice d’un certain mal être. Comment alors qualifier ces conditions de vie, de quelles lectures du rapport à soi, aux autres, au monde sont-elles porteuses ?

III – Le buen vivir, un concept approprié pour analyser les conditions de vie des agriculteurs du Vicdessos

  • 21 Rapport commandité par le président de la République, Nicolas Sarkozy, pour déterminer de nouveaux (...)

25Depuis le début du xxie siècle, un nouveau débat alimenté par des travaux scientifiques et d’expertise est apparu autour des indicateurs, des principes et des valeurs permettant de qualifier et caractériser les conditions de vie et plus largement l’état du développement des sociétés dans le monde. Si le questionnement critique de la notion de développement est ancien (Sachs, 1980 ; Rist, 1996) et a été nourri par l’apparition de nouveaux qualificatifs (local dans les années 1970, durable à l’orée des années 1990), le concept reste un référent solide des cadres d’analyse des dynamiques sociales, économiques, culturelles, environnementales et des politiques publiques y compris celles relevant de l’aménagement des territoires. En écho aux évolutions globales et aux enjeux qu’elles font émerger, plusieurs rapports et études ont proposé de renouveler les critères d’appréciation du développement en élargissant les dimensions d’analyse et en pointant de nouvelles finalités ou perspectives : les notions de bien-être, de qualité de vie ont ainsi fait leur apparition dans les grilles de compréhension du développement des sociétés contemporaines. Le rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi publié en 2009 21 constitue en France un tournant dans la mise en visibilité scientifique, experte et politique de la notion de bien-être et de qualité de vie. Commandité par la présidence de la République dans le cadre de la crise économique de 2008, il vient porter interrogations et propositions sur les critères d’appréciation objectifs et subjectifs des réalités socio-économiques et environnementales, de la manière dont elles sont vécues et activées par les populations dans une perspective temporelle intégrant la question de la soutenabilité (transition sociale et écologique). Ce rapport place au cœur de son analyse la notion de bien-être, définie de façon transversale par une série de huit dimensions qui vont des conditions de vie matérielle à la participation à la vie politique, en intégrant l’insécurité physique et économique, l’environnement (état présent et à venir). Il met davantage en avant la dimension individuelle du bien-être et privilégie des indicateurs quantitatifs pour tenter de caractériser le dépassement des grilles de lecture fondées sur la croissance. Ce travail a donné lieu à une multiplication de travaux et études expertes conduits à différentes échelles (nationale, régionale et locale) et mobilisant citoyens, experts, professionnels des collectivités territoriales, chercheurs en quête de méthodes d’objectivation des principes et ressorts du bien-être territorial. L’Insee (2014) et le CGET (Observatoire des territoires, 2014) ont ainsi en 2014 publié des rapports qui visent à prendre la mesure territoriale de la qualité de vie en privilégiant une approche multidimensionnelle appuyée sur des indicateurs disponibles et mesurables dans le temps. La qualité de vie est ainsi déclinée par territoires de vie, intercommunalités en croisant deux entrées principales : les profils démographiques, sociaux des populations et les cadres de vie (densité, accès aux équipements et services avec une référence forte aux catégorisations statistiques de l’urbain et du rural). Le résultat se lit à travers une cartographie de configurations hétérogènes de qualité de vie positionnant ainsi notre territoire d’étude du Vicdessos dans les catégories d’espaces isolés, peu urbanisés, hors de l’influence des grands pôles selon l’approche de l’Insee ou comme territoire de population assez âgée et peu favorisée, dans des territoires peu denses notamment de montagne selon l’approche du CGET. À l’instar des approches sur les conditions de vie des agriculteurs évoquées en première partie qui se révèlent éloignées des approches vécues par les éleveurs enquêtés, les études récentes sur la qualité de vie dans les territoires semblent ignorer elles aussi la réalité vécue des habitants des territoires. Si le Vicdessos, territoire de montagne, marqué par une forte désindustrialisation depuis la fin du xxe siècle et une chute des activités agricoles, peut être qualifié d’espace isolé, peu favorisé, les éleveurs qui s’y sont installés et y vivent aujourd’hui expriment une lecture toute autre de leurs conditions de vie, de leurs rapports à l’activité, à leur territoire et au monde que semble mieux traduire la notion de bien-vivre territorial.

26Cette notion, venue d’Amérique latine par l’expression de buen vivir nous semble la plus appropriée pour mettre en perspective le rapport à leurs conditions de vie des éleveurs rencontrés dans la vallée du Vicdessos. Le buen vivir ne constitue pas à proprement parler un nouveau paradigme, il est né comme un référent de luttes de populations autochtones, marginales dans différents pays d’Amérique du Sud (Équateur, Bolivie) confrontées aux effets destructeurs socialement, économiquement et écologiquement de modèles d’exploitation des ressources fondés sur une logique extractiviste pilotée par le système capitaliste international dans des pays aux systèmes démocratiques fragiles. Ces mouvements ont bénéficié du soutien d’ONG européennes. Les langues indigènes qui n’utilisent pas la notion de développement évoquent le suma gamaña (aymara) et le sumak kawsay (quechua) qui signifient vivre en plénitude, vivre bien en intégrant des notions de coexistence et d’harmonie entre humains et avec la nature. Eduardo Gudynas et Alberto Acosta (2011), deux grands théoriciens du buen vivir, le définissent comme une « occasion de construire une autre société basée sur la coexistence des êtres humains avec la nature, dans la diversité et l’harmonie, à partir de la reconnaissance des différentes valeurs culturelles présentes dans chaque pays et dans le monde ». En tant que discours alternatif à celui du développement, il résulte d’une combinaison particulière entre certains principes éthiques de l’ancienne culture andine (défendus par les mouvements indigènes) et les contributions contemporaines de certains courants intellectuels critiques. Selon A. Acosta (2014), « le point d’ancrage historique du buen vivir se situe certes dans le monde indigène ; mais il peut aussi se nourrir d’autres principes philosophiques : aristotélicien, marxiste, écologique, féministe, coopérativiste, humaniste ». Inscrits dans les approches critiques du développement et la volonté de dépasser son opposition classique entre l’homme et la nature, les travaux sur le buen vivir font l’objet de différentes approches académiques et politiques qui sont clairement résumées par Victor Audubert (2017) qui identifie trois courants. D’abord le courant « culturaliste et indigéniste » qui apparaît comme le courant le plus radical avec un rejet de la modernité et de la colonisation du savoir par la société occidentale et qui insiste sur la dimension spirituelle, ancestrale du buen vivir, incarné par un auteur comme Arturo Escobar (anthropologue colombien). Un deuxième courant « écologiste et postdéveloppementaliste », inscrit dans l’écologie politique et le postmodernisme, porte d’abord une contestation de la notion de développement et met en avant le caractère évolutif du buen vivir, son caractère interculturel en faisant une alternative pour l’ensemble de la planète. Alberto Acosta (économiste équatorien), Eduardo Gudynas (chercheur urugayen spécialiste de l’écologie et de l’extractivisme) sont les auteurs marquants de cette approche. Enfin, un troisième courant « écomarxiste et étatiste » rassemblant des intellectuels venus du socialisme comme René Ramirez (économiste), Paul Ariès en France, mobilisent cette notion pour réactualiser l’utopie socialiste en y intégrant la question de la protection de la nature, la reconnaissance des droits indigènes au service de l’amélioration des conditions de vie des personnes. Ces différentes approches ont malgré tout en commun de questionner de front le paradigme du développement et de poser les socles de nouveaux principes permettant d’apprécier les dimensions et les qualifications de l’organisation sociale et du rapport au monde des sociétés qui nous semblent adaptés pour qualifier les conditions de vie des éleveurs rencontrés dans le Vicdessos. Trois grands principes peuvent être identifiés dans les travaux des chercheurs sud-américains, en particulier ceux de Gudynas et Acosta, posant les contours du buen vivir comme une construction d’un équilibre entre tous les aspects de la vie :

  • un rapport à la nature marqué par la logique de la coexistence et non de la subordination en référence aux cultures indigènes qui revendiquent leurs liens profonds à la Terre Mère et sacralisent la nature, approche qui peut s’inscrire aujourd’hui dans la reconnaissance des droits de la nature et des non-humains ;

  • une remise en cause radicale du développement comme vision linéaire et positiviste du monde comme de l’histoire qui passe par la reconnaissance des liens de solidarité et réciprocité entre habitants pour la maîtrise des conditions de vie dans le respect des différentes valeurs culturelles et la satisfaction des besoins de base ;

  • un rapport au territoire qui part du local pour se raccorder au global dans une logique de reconnaissance de l’universel comme réalité plurielle, c’est-à-dire la reconnaissance des différences et des complémentarités entre les savoirs, les organisations politiques.

27Comme le constatent Julien Vanhulst et Adrian E. Belling (2013), les débats récents autour du bien-vivre viennent enrichir le débat sur les alternatives au développement et les notions, indicateurs permettant de qualifier les transitions en cours. Se différenciant des travaux précédemment évoqués sur le bien-être et la qualité de vie, la réflexion sur le bien-vivre met en avant une perspective d’analyse centrale autour de la relation société-nature appréhendée en termes d’équilibre, qui impacte les responsabilités des individus, les liens sociaux, les formes d’engagement, les modes d’habiter et les finalités des activités de production. Ces apports de la notion de bien-vivre constituent un cadre pertinent d’interprétation des trajectoires et modes de vie des agriculteurs de la vallée du Vicdessos. Ainsi, les pratiques et valeurs des agriculteurs-éleveurs présentés dans la deuxième partie de l’article permettent de témoigner des traits majeurs d’une forme de bien-vivre représentée dans la figure 4.

Figure 4 – Les dimensions du « bien vivre » des agriculteurs du Vicdessos

Figure 4 – Les dimensions du « bien vivre » des agriculteurs du Vicdessos

Réalisation : collectif INSTAGRI

Figure 5 – Une image du « bien vivre » en élevage dans le Vicdessos

Figure 5 – Une image du « bien vivre » en élevage dans le Vicdessos

Source : Eychenne, Auzat, 2018

28Les agriculteurs rencontrés, s’ils ne parlent pas directement de bien-vivre, s’inscrivent dans des logiques de rupture par rapport aux modèles de développement dominants : cette rupture est davantage choisie lorsqu’elle s’inscrit dans un parcours d’installation où l’on vient d’ailleurs mais elle est vécue par tous en lien direct avec les caractéristiques et configurations du milieu montagnard dans sa globalité (physique, climatique) qui imposent une logique forte voire exigeante d’adaptation et donc de recherche d’équilibre avec le milieu. Par leurs modes d’exercice de l’activité agricole (occupation de l’espace, techniques de travail, modes de valorisation), par leurs rapports à l’espace, à la nature, au temps (histoire de la vallée) et aux autres, la logique de l’autonomie, de la coexistence s’impose car il s’agit pour chacun et chacune d’être à sa place dans un environnement connu comme contraint et où il s’agit de vivre de façon relativement autonome et économe afin de maintenir sa place tout en s’inscrivant dans des logiques d’échanges, d’ouvertures au monde (par les réseaux sociaux, amicaux familiaux, la vente de produits, le partage de connaissances techniques). Cette coexistence homme-nature, homme-montagne n’est cependant pas exempte de tensions, de conflits ou de paradoxes autour de l’appropriation des places, des solidarités locales imposées et des représentations de la nature.

29Loin des problèmes réels mais surmédiatisés d’une partie de la profession agricole gagnée par des signes multiples de fragilité sociale et économique voire de détresse, notre travail de recherche mené sur les installations agricoles dans une vallée de la montagne pyrénéenne révèle ainsi une lecture plus nuancée des modes de vie contemporains des agriculteurs. Il ne s’agit pas de verser dans une vision idyllique d’un monde paysan qui aurait transcendé les défis économiques, sociaux et environnementaux qui marquent l’activité agricole, mais de questionner les formes particulières de rapport au métier et au territoire qui se nouent dans les pratiques observées. La difficulté apparente des conditions d’exercice du métier, la nécessité d’adaptation constante non seulement au milieu, mais également aux attentes des autres acteurs du territoire, notamment pour l’accès au foncier, les incertitudes liées aux dispositifs de soutien public et les difficultés liées à la présence des prédateurs n’empêchent pas les agriculteurs de la vallée du Vicdessos de construire des trajectoires d’adaptation et de régulation qui permettent de parler de bien-vivre au sens d’être à sa place, celle qu’on a choisie, et de s’y maintenir à travers la construction permanente d’un équilibre entre soi, la nature et les autres habitants permanents ou temporaires de la montagne.

Ce travail a été réalisé dans le cadre du LabEx DRIIHM – OHM Pyrénées-Haut-Vicdessos, portant la référence ANR-11-LABX-0010. Il a bénéficié d’aides de l’État gérées par l’Agence nationale de la recherche, au titre du programme « Investissements d’avenir », avec la référence ANR-11-LABX-0010.

Haut de page

Bibliographie

Acosta A., Le buen vivir. Pour imaginer d’autres mondes, trad. par Barailles Marion, Utopia, Paris, 2014.

André J., Les dispositifs d’action collective en élevage ovin : émergence et fonctionnement, mémoire de master GTDL-TR, université Toulouse – Jean Jaurès, 2019.

Audubert V., « La notion de vivir bien en Bolivie et en Équateur, réelle alternative au paradigme de la modernité ? », Cahiers des Amériques latines, no 85, 2017, journals.openedition.org/cal/8287, DOI : 10.4000/cal.8287.

Barthe L. et Eychenne C., « Les associations foncières pastorales : un dispositif de gouvernance concrète du foncier dans les territoires de montagne », Echogéo, no 43, 2018, journals.openedition.org/echogeo/15228, DOI : 10.4000/echogeo.15228.

Célérier S., « La belle vie désespérée des agriculteurs », Études rurales, no 193, 2014, journals.openedition.org/etudesrurales/9998, DOI : 10.4000/etudesrurales.9998.

CGET, Qualité de vie, habitants, territoires, rapport de l’Observatoire des territoires, 2014.

Darré J.-P., La parole et la technique, l’univers de pensée des éleveurs du Ternois, L’Harmattan, coll. « Alternatives paysannes », Paris, 1985.

Davasse B., Briffaud S., Carré J., Henry D. et Rodriguez J.-Fr., « L’observation environnementale au prisme du paysage. Dynamiques paysagères, actions territoriales et représentations socio-spatiales contemporaines dans le territoire de l’OHM Pyrénées-Haut-Vicdessos », Sud-Ouest Européen, no 33, 2012, journals.openedition.org/soe/226, DOI : 10.4000/soe.226.

Dedieu B. et Servière G., « Vingt ans de recherche-développement sur le travail en élevage : acquis et perspectives », INRA Productions animales, no 25, 2012, p. 85-100.

Deffontaines N., « La souffrance sociale chez les agriculteurs », Études rurales, no 193, 2014, journals.openedition.org/etudesrurales/9988, DOI : 10.4000/etudesrurales.9988.

Eychenne C., « Les gestionnaires collectifs d’espaces pastoraux entre reconnaissance et fragilisation : un angle mort de la politique agricole commune ? », dans Joye J.-Fr. (dir.), Les communaux au xxie siècle. Une propriété collective entre histoire et modernité, Presses universitaires Savoie Mont Blanc, 2021, p. 547-568.

Fiorelli C., Dedieu B. et Porcher J., « Un cadre d’analyse des compromis adoptés par les éleveurs pour organiser leur travail », Cahiers agricultures, no 19, 2010, p. 383-390, DOI : 10.1684/agr.2010.0424.

Gudynas E., « Buen Vivir », Décroissance : vocabulaire pour une nouvelle ère, Le Passager clandestin, Neuvy-en-Champagne, 2015, p. 429‐435.

Gudynas E. et Acosta A., « El buen vivir o la disolución de la idea del progreso », dans Rojas M. (dir.), La medición del progreso y el bienestar: Propuestas desde América Latina, Foro Consultivo Científico y Tecnológico de México, 2011, p. 103.

Guisepelli E., « Les représentations sociales du paysage comme outils de connaissance préalable à l’action. L’exemple des Alpes du nord », Cybergeo: European Journal of Geography, 2005, journals.openedition.org/cybergeo/3352.

Hervieu B. et Purseigle Fr., Sociologie des mondes agricoles, Armand Colin, coll. « U », Paris, 2013.

Insee, « Une approche de la qualité de vie dans les Territoires », INSEE Première, no 1519, 2014.

Jacques-Jouvenot D., « Une hypothèse inattendue à propos du suicide des éleveurs : leur rapport aux savoirs professionnels », Études rurales, no 193, 2014, journals.openedition.org/etudesrurales/10006, DOI :10.4000/etudesrurales.10006.

Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Amenagement du territoire, Actif’agri : transformations des emplois et des activités en agriculture, La Documentation française, Paris, 2019.

Observatoire des territoires, Qualité de vie, habitants, territoires, CGET-Observatoire des Territoires, s.l., 2014.

Rault G., « Approche sociologique du travail en élevage et questions sur le conseil agricole », Séminaire AFPF, élevage, prairies, travail, 2005, p. 29-35.

Rist G., Le développement. Histoire d’une croyance occidentale, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, Paris, 1996.

Sachs I., Stratégies de l’écodéveloppement, Éditions de l’Atelier, coll. « Développement et Civilisations », Ivry-sur-Seine, 1980.

Salmona M., Les paysans français, le travail, les métiers, la transmission des savoirs, L’Harmattan, Paris, 1994.

Stiglitz J. E., Sen A. K. et Fitoussi J.-P., Rapport de la commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social, présidence de la République/ministère de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi, Paris, 2009.

Haut de page

Notes

1 Au nom de la terre, d’E. Bergeon, en 2019 ; Petit paysan, de H. Charuel en 2017.

2 Voir le rapport réalisé en 2020 par le député Olivier Damaisin à la demande du Premier ministre (Identification et accompagnement des agriculteurs en difficulté et prévention du suicide) et le rapport réalisé par les sénateurs Henri Cabanel et Françoise Férat en 2021 (Suicides en agriculture : mieux prévenir, identifier et accompagner les situations de détresse).

3 Voir notamment les controverses autour de l’étude de la Mutualité sociale agricole en 2017, affirmant que 30 % des agriculteurs gagnaient moins de 350 € par mois.

4 En 2019, l’État a créé la cellule de gendarmerie Demeter, chargée de « lutter contre l’agribashing et les intrusions dans les exploitations agricoles ». Dans les deux rapports suscités, le terme est utilisé en l’état et l’agribashing considéré comme un facteur aggravant du suicide des agriculteurs.

5 En février 2022, la justice administrative a considéré que la partie de l’activité de la cellule Demeter visant à prévenir les actions de nature idéologique était illégale. Le gouvernement a fait appel.

6 Le programme INSTAGRI (installation agricole dans le Vicdessos) est mené par une équipe pluridisciplinaire regroupant sept chercheurs de l’UMR LISST-Dynamiques rurales et du laboratoire FRAMESPA (géographes, historiens, sociologues). Il s’inscrit dans le cadre de de l’observatoire Hommes-Milieux (OHM) Pyrénées-Haut-Vicdessos : ohmpyr.univ-tlse2.fr/presentation_ohm_pyr.php.

7 Les agriculteurs constituent en effet une catégorie particulièrement à risque en matière de suicide, à l’origine notamment de la mise en œuvre dès 2011 d’un plan d’action national de prévention du suicide dans le monde agricole, piloté par la Mutualité sociale agricole.

8 Voir notamment les travaux du RMT « Travail en élevage », coordonné par Sophie Chauvat (Idele).

9 Hors travail d’astreinte non-reportable et hors travail de saison. On considère qu’il s’agit du temps disponible pour les tâches non-comptabilisées et/ou non-prévues (flexibilité) et les activités privées. Ce temps disponible calculé varie de 0 à 1 800 h par an (méthode bilan travail développée par Dedieu et al. depuis 1984).

10 1 200 h et plus par an et par personne.

11 Comme le prévoyait déjà le traité de Rome en 1957 (art. 39).

12 Dix communes au début du programme, sept aujourd’hui après la création de la commune nouvelle de Val-de-Sos le 01/01/2019.

13 Il y a en revanche très peu de logements vacants (4 %).

14 Programme AFPYR, financé par la région Occitanie : afpyr. hypotheses.org.

15 Sauf bien sûr pour le seul agriculteur de l’échantillon qui n’a aucune activité d’élevage (pluriactif producteur de safran).

16 Sur l’intrication indémêlable du travail et du non-travail, voir les observations réalisées dans une autre vallée ariégeoise, celle de Massat, par l’anthropologue Benjamin Dubertrand (2018).

17 Excepté bien sûr pour la garde des troupeaux confié au berger en estive.

18 À l’exception des apiculteurs, tous spécialisés, et du producteurs de safran par ailleurs pluriactif.

19 Les AFP permettent de regrouper, parfois sans leur accord, les terrains de propriétaires privés et publics afin de constituer une unité de gestion favorisant leur mise à disposition à bas coût pour conforter des exploitations existantes ou favoriser l’installation ; Barthe et Eychenne, 2018.

20 La PAC apporte plus d’un million d’€ par an sur le territoire.

21 Rapport commandité par le président de la République, Nicolas Sarkozy, pour déterminer de nouveaux indicateurs du progrès social plus pertinents et de nouveaux instruments de mesure afin d’objectiver la notion de bien-être des populations.

Haut de page

Table des illustrations

Titre Figure 1 – Année d’installation des agriculteurs enquêtés
Crédits Source : enquêtes INSTAGRI, 2018
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/8198/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 68k
Titre Figure 2 – Les productions des exploitations enquêtées
Crédits Source : enquêtes INSTAGRI, 2018
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/8198/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 61k
Titre Figure 3 – Les associations foncières pastorales et les groupements pastoraux sur le territoire d’étude
Crédits Source : Fédération pastorale de l’Ariège
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/8198/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 831k
Titre Figure 4 – Les dimensions du « bien vivre » des agriculteurs du Vicdessos
Crédits Réalisation : collectif INSTAGRI
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/8198/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 150k
Titre Figure 5 – Une image du « bien vivre » en élevage dans le Vicdessos
Crédits Source : Eychenne, Auzat, 2018
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/8198/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 644k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Corinne Eychenne, Laurence Barthe et Camille Noûs, « Les installations agricoles dans le Haut-Vicdessos : une analyse par le prisme du buen vivir »Sud-Ouest européen, 52 | 2021, 87-101.

Référence électronique

Corinne Eychenne, Laurence Barthe et Camille Noûs, « Les installations agricoles dans le Haut-Vicdessos : une analyse par le prisme du buen vivir »Sud-Ouest européen [En ligne], 52 | 2021, mis en ligne le 20 avril 2023, consulté le 22 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/8198 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/soe.8198

Haut de page

Auteurs

Corinne Eychenne

Maîtresse de conférences en géographie, UMR CNRS 5193 LISST-Dynamiques rurales, université Toulouse – Jean Jaurès, corinne.eychenne@univ-tlse2.fr

Articles du même auteur

Laurence Barthe

Maîtresse de conférences en géographie-aménagement, UMR CNRS 5193 LISST-Dynamiques rurales, université Toulouse – Jean Jaurès, laurence.barthe@univ-tlse2.fr

Articles du même auteur

Camille Noûs

Laboratoire Cogitamus, camille.nous@cogitamus.fr

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search