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La transition touristique en moyenne montagne. Quelle stratégie de développement pour la station de Cauterets demain ?

Touristic Transition in Medium Altitude Mountains. Which Development Strategy for Cauterets’ Resort Tomorrow?
La transición turística en media montaña. ¿Qué estrategia de desarrollo para la estación de Cauterets mañana?
Olivier Bessy
p. 79-95

Résumés

Les stations de ski implantées en moyenne montagne se trouvent aujourd’hui à un tournant en matière de choix de développement car elles sont devenues extrêmement vulnérables et leur futur est incertain. Dans ce contexte, l’analyse des tensions économiques, culturelles et environnementales à l’œuvre permet d’éclairer la nécessaire transition touristique de ces aménagements. La station de Cauterets est ici prise en exemple car elle constitue un laboratoire significatif de cette problématique. Nous montrerons d’abord comment elle est passée d’une simple stratégie d’adaptation à un projet de liaison entre Cauterets et Luz-Ardiden. Puis nous analyserons en quoi cette liaison téléportée a fait l’objet d’une controverse au sein de l’écosystème d’acteurs. Enfin, nous nous interrogerons sur la position de repli annoncée par la nouvelle municipalité élue en juin 2020, en ouvrant de nouveaux horizons récréatifs dans la construction de la destination touristique hivernale de Cauterets.

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Texte intégral

Un tournant en matière de développement des stations de ski

1Profitant de l’opulence des Trente Glorieuses (1945-1975), les stations de ski se sont développées sur une logique économique de rentabilité. « L’or blanc » justifiait alors les moyens investis et les modes d’aménagement privilégiés. Or, de nombreux travaux scientifiques réalisés depuis une quinzaine d’années (Achin et George, 2013 ; Bourdeau, 2007 et 2019 ; Clarimont et Vlès, 2008 ; Marcelpoil et Bourdières, 2006 ; Marcelpoil, François et Perrin-Bensahel, 2010 ; Vlès, 2014 et 2018 ; Vlès et Hatt, 2019) questionnent ce modèle. Ils montrent que des mutations économiques, culturelles et climatiques nous incitent fortement à changer de paradigme.

2Ces auteurs remettent en cause également l’unité spatiale de la station qui concentre sur un périmètre restreint toutes les activités rendant son impact économique très limité et pas si rentable au regard du rapport investissements réalisés/recettes dégagées. Ils analysent aussi les obstacles à la reconversion. De façon simultanée, les chercheurs sur l’évolution du climat alertent les acteurs politiques et économiques en charge des stations de ski sur la baisse de l’enneigement en moyenne montagne. Mais il n’est jamais aisé de changer de modèle de référence, d’accepter la « destruction créatrice » (Shumpeter, 1951) provoquée par le développement d’innovations. De plus, les résistances au changement sont compréhensibles lorsqu’on les rapporte à l’histoire des hommes engagés sur ces territoires, à des infrastructures lourdes et coûteuses et à l’absence d’une économie de substitution.

3Cependant, nous sommes aujourd’hui à un tournant en matière de choix de développement des stations de ski car ces dernières sont devenues extrêmement vulnérables et leur existence est menacée. Dans ce contexte, notre question de recherche pose le problème de l’avenir hivernal des stations de ski dans un contexte de transition touristique qui place les territoires de moyenne montagne en tension économique, culturelle et environnementale. L’objectif sera ici de montrer qu’il est devenu vital de penser différemment la station de demain que ce soit au niveau de son périmètre, de son offre d’activités comme de sa gouvernance, en sortant de la logique du court terme et en élaborant une stratégie innovante de développement à moyen terme. Nous définirons la transition avec Maurice Godelier (1991) comme :

une phase de l’évolution d’une société où celle-ci rencontre de plus en plus de difficultés (internes et/ou externes) à reproduire le système économique et social sur lequel elle se fonde et commence à se réorganiser, plus ou moins vite, plus ou moins violemment, sur la base d’un système qui finalement devient à son tour la forme générale des conditions nouvelles d’existence.

4Cette définition générale s’adapte parfaitement bien à la transition touristique dans la mesure où ce secteur d’activités doit aujourd’hui faire évoluer son modèle de développement en lien avec l’ensemble des mutations que connaissent aujourd’hui les territoires et qui influencent les besoins des consommateurs.

5Notre terrain d’investigation portera sur la station de Cauterets implantée dans les Hautes-Pyrénées, au fort potentiel touristique et aujourd’hui confrontée à un véritable choix en matière de stratégie de développement. Nous montrerons dans un premier temps comment elle a développé une simple stratégie d’adaptation priorisant le ski. Puis nous analyserons en quoi le projet de liaison Cauterets/Luz-Ardiden, fait l’objet d’une controverse car s’il peut être envisagé comme une innovation territoriale, il interroge la capacité des décideurs à s’inscrire dans la nécessaire transition écologique et touristique du territoire. Enfin, dans une dernière partie et après avoir examiné le projet de la nouvelle municipalité, nous proposerons une stratégie plus innovante ouvrant de nouveaux horizons récréatifs dans la construction de la destination touristique hivernale de Cauterets pour demain.

Tableau 1 – Fréquentation et chiffre d’affaire (en millions d’euros) du domaine du Lys de 2008 à 2019

Tableau 1 – Fréquentation et chiffre d’affaire (en millions d’euros) du domaine du Lys de 2008 à 2019

Source : bulletin municipal de Cauterets

6La démarche méthodologique choisie repose sur une approche qualitative basée sur des immersions et des observations sur le terrain mais aussi sur la passation d’entretiens semi-directifs auprès des principaux acteurs concernés par le développement touristique de Cauterets et plus spécifiquement par le projet de liaison.

I – Diagnostic de l’offre et de la demande touristique hivernale cauterésienne

7Implantée à 900 m d’altitude, la commune de Cauterets s’étend sur 156,8 km2. Elle fait partie depuis 2017 de la communauté de communes Pyrénées Vallée des Gaves (CCPVG) qui regroupe 46 communes. Elle dispose de nombreux atouts sur le plan touristique (histoire, environnement, patrimoine…) mais montre des signes d’essoufflement en période hivernale. L’offre touristique hivernale est regroupée au sein d’« Espace Cauterets » qui comprend deux pôles : la station de ski du Lys et le site du Pont-d’Espagne. À cela s’ajoute une activité thermale historique.

1. La diminution de la fréquentation du domaine du Lys

8Créée en 1964, la station est implantée entre 1 730 m et 2 450 m d’altitude au cœur d’un cirque orienté au nord qui bénéficie d’un enneigement exceptionnel. Elle propose 23 pistes balisées et comprend aussi un espace débutant nommé Yéti Park, une piste de luge et un Freestyle Park. Mais la station du Lys apparaît comme un domaine suspendu en altitude au-dessus du village sans possibilité de retour à ski. C’est un espace skiable limité en superficie (700 ha), comprenant seulement 36 km de pistes et peu de possibilités de diversification. Globalement, la fréquentation du domaine du Lys a baissé durant la décennie 2010, passant de 350 000 journées skieurs en 2008-2009 à 304 261 en 2018-2019. En revanche, le chiffre d’affaires a progressé durant la même période, passant de 6,5 millions d’euros en 2008-2009 à 8,5 millions en 2018-2019 grâce à une bonne gestion du domaine et à l’augmentation du prix du forfait.

2. La fréquentation capricieuse du Pont-d’Espagne

  • 1 Il dispose d’un petit domaine alpin adapté pour les débutants (deux pistes vertes, deux téléskis et (...)
  • 2 36 km de pistes de ski de fond comprenant une rouge, trois bleues et une verte y sont tracés sur le (...)

9Situé à 1 500 m d’altitude, le Pont-d’Espagne est un haut lieu touristique classé « Grand Site Occitanie ». Il fait partie du Parc national des Pyrénées (PNP) et bénéficie ainsi de l’attrait d’un site naturel préservé. Il est particulièrement complémentaire du cirque du Lys car il offre des possibilités de ski de piste plus sauvages 1 ainsi que des activités nordiques 2 et de randonnée à pied et à ski très diversifiées.

10Mais ce site présente quelques faiblesses notamment au niveau de ses aménagements limités par les fortes contraintes environnementales imposées par le PNP et de son enneigement de plus en plus aléatoire. La baisse de 5 % du nombre d’entrées entre l’année 2018 et 2019 mais aussi les fluctuations du chiffre d’affaires entre 2008 et 2019 révèlent une fréquentation capricieuse du site en hiver notamment pour le ski alpin et le ski nordique.

  • 3 Réalisée par le cabinet Contours en 2010 dans le cadre de la pré-étude pour les deux projets de lia (...)

11L’analyse comparative 3 réalisée en 2010 avec les autres stations pyrénéennes positionne Cauterets en sixième position pour le chiffre d’affaires des remontées mécaniques (fig. 2), en onzième position pour le nombre de kilomètres de piste (fig. 3) et en huitième position pour le nombre de journées skieurs (fig. 4), loin derrière les grandes stations pyrénéennes. Cette situation ne s’améliore pas durant la décennie 2010 qui se caractérise par une diminution de la fréquentation hivernale liée au ski alpin.

3. La requalification et la progression du thermalisme

  • 4 Les curistes restent trois semaines à Cauterets. Les chiffres des entrées sont donc obtenus en mult (...)

12L’offre thermale est importante et a su évoluer du médical (thermes de César et des Griffons) vers le bien-être avec Les Bains du Rocher qui offrent des prestations variées autour de la détente, du bien-être et du ludisme dans un cadre de qualité. La fréquentation globale des thermes a progressé de 149 852 entrées en 2009 à 215 818 en 2019 (tableau 3) grâce à une bonne complémentarité entre cure médicale et prestations de bien-être. Les chiffres des établissements médicaux sont en légère baisse : de 6 039 à 5 875 clients soit de 126 819 à 123 375 journées 4. Dans le même temps, ceux des Bains-du-Rocher triplent, évoluant de 23 033 à 92 443 entrées. Reste que les curistes représentent la manne financière la plus élevée encore aujourd’hui car la durée de leur séjour (21 jours) les amène à consommer davantage d’hébergements et de services payants sur place.

Tableau 2 – Fréquentation hivernale et chiffre d’affaires (en millions d’euros) du site du Pont-d’Espagne de 2008 à 2019

2008-2009

2014-2015

2015-2016

2016-2017

2017-2018

2018-2019

Journées skieurs

10 100

9 600

Journées fondeurs

7 800

7 500

Total

17 900

17 100

Autres entrées

297 100

280 000

Total global

315 000

300 000

Chiffre d’Affaires

420 539

322 722

237 256

420 095

451 552

460 116

Source : bulletin municipal de Cauterets

Tableau 3 – Volume et nature de la fréquentation des thermes

2009

2013

2014

2019

Curistes clients/entrées (1)

6 039/126 819

5 825/122 325

5 869/123 249

5 875/123 375

Bains du Rocher Entrées

23 033

72 986

69 413

92 443

Total entrées

149 852

195 311

192 662

215 818

(1) Les entrées sont obtenues en multipliant le nombre de clients par 21 jours de cure

Source : OT de Cauterets

13Ce volume élevé de fréquentation contribue à en faire un pôle touristique structurant en cœur de village et complémentaire des activités de montagne.

  • 5 L’office de tourisme recense 30 000 lits répartis dans 12 hôtels, 2 villages vacances, 4 résidences (...)
  • 6 Les résidences secondaires représentent 90 % du parc immobilier sur la commune, ce qui est extrêmem (...)
  • 7 Il s’agit d’une expression imagée pour rendre compte des lits non-mis sur le marché de l’offre d’hé (...)

14De plus, Cauterets jouit d’un parc important d’hébergement 5 et possède de nombreux commerces liés à son héritage touristique structuré autour du thermalisme (Chadefaud, 1988). Autant d’actifs importants qu’il convient de valoriser pour stabiliser la population résidente, éviter un accroissement des résidences secondaires en grand nombre déjà 6, une augmentation des lits froids 7 et une fermeture des commerces.

15Un diagnostic préoccupant qui incite à interroger l’avenir hivernal de Cauterets.

II – Une stratégie d’adaptation au service du ski

16Entre 2010 et 2020, l’équipe municipale s’est emparée de la transition touristique en cherchant à s’adapter à l’érosion de la demande, aux nouvelles conditions climatiques et à la concurrence accrue. Elle a développé prioritairement une stratégie d’adaptation au service du ski.

1. La reconfiguration de l’offre ski sur le domaine du Lys

17Elle s’est réalisée à travers l’élargissement des pistes bleues, l’amélioration de l’espace débutant et une stratégie de diversification de l’activité ski avec la création d’un snow park. On peut noter également des progrès en matière de fabrication de neige artificielle grâce à un captage de l’eau plus efficace qui garantit l’enneigement en bas de station. Enfin, une amélioration des services de restauration est réalisée en juin 2015 en augmentant les possibilités de se restaurer sur place et en intégrant la gestion de ces établissements dans « Espace Cauterets » sous l’appellation « Cauterets Restauration » afin que leur ouverture coïncide avec celle du site et réponde mieux aux besoins des skieurs désireux de déjeuner en altitude.

18Adaptation technique favorisant l’accessibilité, adaptation culturelle promouvant la diversification et adaptation économique valorisant le site, se conjuguent au cirque du Lys pour tenter de stabiliser les flux de clientèles dans une période de décroissance de l’activité.

2. Les améliorations réalisées au Pont-d’Espagne

19Elles ont été pensées dans le but de conforter l’activité d’initiation au ski sur le plateau du Clot en projetant la mise en place d’un canon à neige mobile alimenté par le gave et le remplacement des deux téléskis par deux tapis. Ces projets ne verront pas le jour car refusés par le PNP afin de préserver les lieux. Plus globalement, un appel d’offres intitulé « Diagnostic et programme d’actions pour améliorer l’accueil du public et l’offre été/hiver du site du Pont-d’Espagne à Cauterets » a été lancé en 2018. Il s’inscrit dans la politique de la CCPVG qui fait l’objet d’un plan de paysage en cours qui doit identifier des objectifs partagés de qualité paysagère et un plan d’actions. Le périmètre est celui directement en lien avec le Pont-d’Espagne : val Jéret, vallée de Gaube, vallée du Marcadau. Il est resté infructueux car les propositions des deux cabinets en compétition reposaient sur des visions totalement différentes en matière d’aménagement des lieux et donc difficilement exploitables.

20Reste que les différentes adaptations techniques réalisées sur ces deux sites sont limitées. La station du Lys présente un périmètre restreint et non-extensible et le Pont-d’Espagne se caractérise par des contraintes réglementaires fortes imposées par le Parc national des Pyrénées. Le « solutionnisme » technologique qui privilégie des formes mineures d’adaptation et encourage le statut quo a ses limites. Le maintien de la viabilité de l’activité hivernale de Cauterets impose d’envisager d’autres pistes.

3. Le projet d’aménagement d’une liaison entre Cauterets et Luz-Ardiden

21C’est le projet phare qui a mobilisé entre 2010 et 2020 toutes les énergies locales afin d’assurer, grâce au ski, une activité économique hivernale à Cauterets.

Historique du projet

22À la fin des années 2000, le constat est fait par l’équipe municipale de Cauterets nouvellement élue en 2008 autour de Michel Aubry « qu’il faut se moderniser et évoluer pour exister dans un contexte de plus en plus tendu ». Un premier projet rédigé par le cabinet Contours propose deux remontées : « La première vise à relier le village de Luz-Saint-Sauveur à la station de Luz-Ardiden en se substituant à l’accès routier. La seconde relie les deux stations de Cauterets et de Luz. » Le dossier avance doucement en raison de changements politiques au sein du SIVOM gestionnaire de Luz-Ardiden et des problèmes d’inondations que connaîsse la vallée des Gaves. Au milieu de la décennie 2010, le projet défendu se résume alors seulement à la liaison Cautertets/Luz-Ardiden.

Figure 1 – Plan du projet de liaison Cauterets/Luz-Ardiden

Figure 1 – Plan du projet de liaison Cauterets/Luz-Ardiden

23Au début de l’année 2018, la situation s’est dégradée à Luz et à Cauterets. Dans le bulletin municipal paru fin 2018, Michel Aubry, maire de Cauterets, s’exprime :

Il devient urgent d’agir. Le projet de liaison doit se transformer en un projet de liaison-fusion entre les deux stations afin de sortir le SIVOM de l’Ardiden de l’ornière financière dans laquelle il se trouve. Il se nommera le SICLA (Syndicat intercommunal Cauterets Luz-Ardiden). Une fois la structure porteuse du projet définie, nous serons en mesure de déposer le dossier UTN autour de la fin de l’année et de mettre en œuvre le projet.

24Ce sera chose faite au début de l’année 2020.

Descriptif du projet

25L’idée centrale est d’élargir l’offre ski en optimisant l’existant plutôt qu’en créant un nouveau domaine (fig. 1).

Enjeux du projet

  • 8 Ils sont précisés dans un document interne édité à la fin des années 2000 en lien avec le cabinet C (...)

26Ce sont les enjeux économiques 8 qui sont les plus explicités par la pré-étude pour justifier ce projet de liaison. Les auteurs insistent sur la nécessité de conforter l’économie touristique fragile des stations de Cauterets (6 500 000 € de CA) et surtout Luz (3 030 000 € de CA) [fig. 2]. Ce projet générerait selon eux :

un effet démultiplicateur sur l’économie des deux stations et l’économie locale annuelle. La projection prévoit un volume de 400 emplois pour cette nouvelle station. Le regroupement permettrait selon une estimation d’arriver à 12 000 000 d’€ de CA au total, ce qui placerait la nouvelle station en troisième position dans la chaîne pyrénéenne.

(Fig. 2)

Figure 2 – Classement des stations Hautes-Pyrénées par CA 2008-2009

Figure 2 – Classement des stations Hautes-Pyrénées par CA 2008-2009

Source : Cabinet Contours, 2010

27Pour expliquer l’effet démultiplicateur, ils mettent en évidence le fait que la liaison permettrait d’atteindre la taille critique de 100 km de pistes pour une station, ce qui lui permettrait d’impacter efficacement son territoire d’inscription, d’augmenter son attractivité et d’améliorer la visibilité des deux stations (fig. 3).

Figure 3 – Classement des stations pyrénéennes en fonction des kilomètres de pistes

Figure 3 – Classement des stations pyrénéennes en fonction des kilomètres de pistes

Source : Cabinet Contours, 2010

  • 9 L’augmentation plus importante que le cumul des deux résultats pour le nombre de journées skieurs c (...)

28La nouvelle station regroupant Cauterets et Luz-Ardiden pourrait se retrouver alors en seconde position pour la fréquentation avec 650 000 journées skieurs à l’année ce qui est plus que le simple cumul (350 000 pour Cauterets et 220 000 pour Luz9 , fig. 4).

Figure 4 – Classement des stations pyrénéennes en nombre de journées skieurs en 2008-2009

Figure 4 – Classement des stations pyrénéennes en nombre de journées skieurs en 2008-2009

Source : Cabinet Contours, 2010

29Toujours selon Contours :

  • 10 Cauterets est bien plus riche que Luz grâce à un tissu économique plus développé lié à son histoire (...)

La liaison contribuerait à mutualiser les atouts complémentaires des deux vallées : les lits touristiques en plus grand nombre pour Cauterets et le domaine skiable plus étendu pour Luz avec pour conséquence un apport de nouvelles clientèles hébergées à Cauterets pour Luz, une fiabilisation de l’offre de ski à Cauterets par la venue de nouveaux clients hébergés à Luz et le remplissage des lits cauterésiens par une augmentation globale de la clientèle. Elle améliorerait ainsi l’équilibre et la solidarité entre deux territoires aux ressources économiques et naturelles déséquilibrées 10.

30Les enjeux environnementaux sont aussi abordés mais de manière plus succincte. Il est précisé que : « la liaison favoriserait une diminution des émissions de CO2 en montagne en favorisant l’accès à Luz par un autre moyen que la route, ainsi qu’une concentration des hébergements dans les vallées habitées ». Mais aucune précision n’est apportée sur le nombre de personnes concernées. De plus, la route desservant la station côté Luz est maintenue, ce qui limite considérablement la plus-value écologique.

31L’enjeu territorial est évoqué également en considérant que ce projet

dépasse la simple liaison mais se veut être un projet de liaison-fusion imbriquant fortement chacune des deux communes, valorisant le périmètre plus large du pays de la vallée des Gaves et privilégiant le principe d’une coopération préservant les intérêts particuliers de chacune des vallées. [Il vise aussi] à construire une nouvelle destination Pyrénées et s’inscrit plus globalement en cohérence avec la politique de massif menée à l’échelle régionale (pôle touristique, grand site…).

32Cependant, les deux arguments restent déclaratifs et insuffisamment explicites.

33Certes, les enjeux mis en avant dès le début par les défenseurs de la liaison résonnent avec les difficultés rencontrées par les deux stations, à savoir l’érosion de la demande pour le ski et le renforcement de la concurrence entre domaines skiables. Mais ce projet reste trop pensé comme une simple solution technique adaptée à la situation locale afin de sauver l’activité ski.

III – Un projet de liaison controversé

34En dépit des arguments développés par la pré-étude, le projet de liaison fait l’objet d’une controverse car il ne rassemble pas tous les acteurs locaux, certains s’interrogeant sur la capacité de ce dernier à s’inscrire dans la nécessaire transition écologique et touristique de la vallée.

1. Un écosystème d’acteurs en tension

35Comme dans tout projet de développement, différents acteurs sont concernés et ne partagent pas, en fonction d’intérêts divergents, les mêmes positions (Crozier et Friedberg, 1977).

Les acteurs favorables

36Ils sont représentés par les acteurs politiques au pouvoir qui l’assimilent à un levier de développement territorial et les acteurs économiques qui y voient une réelle opportunité financière. Ces acteurs s’évertuent à fournir aux différentes parties prenantes tous les éléments de garantie sur un dossier sensible pour l’avenir de Cauterets mais aussi de Luz-Ardiden. Des études techniques, territoriales, marketing, juridiques et financières sont menées à partir de l’année 2005 en partenariat avec l’organisme DIANEGE associé à AMIDEV, bureau d’étude en environnement, aux cabinets DCA ingénieur conseil, Contours et KPMG, mais aussi aux services des deux communes, du SICLA et de la CCPVG.

Les acteurs observateurs

37Ils s’incarnent à travers les acteurs environnementaux tels que le PNP, l’ONF et les commissions syndicales qui, sans s’opposer frontalement, s’interrogent sur le bien-fondé de ce projet par rapport à la transition environnementale en cours et plus particulièrement sur l’avenir du ski alpin confronté au réchauffement climatique. De nombreuses concertations ont été réalisées auprès de ces acteurs afin de présenter le projet, échanger et entamer les négociations.

Les acteurs résistants

  • 11 Cauterets Devenir est une association dont le slogan est « Notre héritage, leur avenir ». On peut l (...)

38Ils sont représentés par l’association Cauterets Devenir 11 qui milite durant la décennie 2010 contre ce projet pour des raisons à la fois économiques et écologiques. Le coût global est considéré comme beaucoup trop élevé et les impacts sur l’environnement particulièrement défavorables. Cette dynamique de rejet s’illustre dans les banderoles déployées dans la vallée des Gaves sur lesquelles il est écrit : « Non à la liaison Cauterets-Luz », ainsi que sur les forums internet qui regorgent de débats contradictoires sur ce sujet entre habitants et entre locaux et extérieurs.

39Acteurs favorables, acteurs observateurs et acteurs résistants interagissent dans l’écosystème local attisant la controverse et retardant la décision finale.

Figure 5 – Implantation de la ligne Cauterets/Luz-Ardiden

Figure 5 – Implantation de la ligne Cauterets/Luz-Ardiden

2. Le dossier final UTN Cauterets/Luz-Ardiden

40Le dossier UTN est déposé en février 2020 dans le cadre du SCoT auprès de la CCPVG. Il s’inscrit dans les projets d’aménagement touristique de ce nouveau territoire politique riche en grands sites et stations de ski. Il identifie les caractéristiques techniques du projet définitif qui sont les suivantes : télécabine de huit places, longueur de 3 314 m, dénivelé de 1 194 m, durée du parcours 9 min, 18 pylônes et 78 cabines. Il précise que « le projet s’inscrit dans une stratégie de développement durable d’un territoire élargi qui place Cauterets au cœur d’un nouveau périmètre intervallée structuré par un écosystème d’acteurs diversifié ». Le dossier UTN vise à répondre principalement aux questions environnementales, urbanistiques et économiques posées par ce projet et à proposer une nouvelle gouvernance.

  • 12 En effet, les lieux sont déjà urbanisés au départ et à l’arrivée et la ligne de la télécabine survo (...)

41Sur le plan environnemental, tout d’abord, l’étude du site d’implantation (gare de départ et d’arrivée, tracé de la télécabine…) et des différents impacts sur l’environnement concerné (paysage, habitats naturels, faune, flore…) ainsi que sur les activités humaines traditionnelles (pastoralisme…) conclut à « de faibles et temporaires incidences 12 ». De même, les risques naturels « s’avèrent faibles dans la mesure où plusieurs tracés ont été proposés afin d’éviter les zones d’instabilité des sols et d’exposition aux chutes de blocs en optimisant le tracé définitif sur la base d’évaluations géotechniques des bases d’implantation des pylônes ».

42Sur le plan urbanistique, ensuite, l’étude justifie le choix de l’implantation de la gare de départ dans le bourg de Cauterets à proximité du départ de la télécabine du Lys sans pour autant être contigüe. Elle est présentée : « comme un véritable centre d’accueil, une solution de compromis qui cumule de nombreux avantages tels que la minimisation des impacts fonciers, la mutualisation des services (point information, caisses, sanitaires…) et des parcs de stationnement ». Concernant la gare d’arrivée, il est prévu : « une nouvelle porte d’entrée sur le domaine skiable de Luz-Ardiden en privilégiant des critères tant fonctionnels que paysagers ».

  • 13 « Le coût total du projet se monte à 20 035 000 €, intégrant la réalisation de la télécabine, les t (...)

43Sur le plan économique, le dossier UTN vise également à démontrer « l’équilibre financier de la liaison » en exposant le coût et le financement du projet et en mettant en perspective ces données avec les effets directs pour la nouvelle station et les effets induits pour le territoire 13.

Tableau 4 – Indicateurs pour les deux stations

2014-2018

Remontées Mécaniques Km/p/H

Rang *

Pistes Km

ha

CA TTC €

Rang*

Journées skieurs Nombre

Rang *

Cauterets

7 379

5

36

72

7 250 000 €

7

305 000

7

Luz-Ardiden

3 936

10

62

124

3 030 000 €

12

163 000

11

Cauterets et Luz-Ardiden

11 315

2

98

196

10 280 000 €

4

458 000

3

* Le rang correspond au classement au sein des 12 plus grandes stations pyrénéennes (cf. fig. 1, 2 et 3).

Source : dossier UTN, 2020

  • 14 Selon ces nouveaux calculs, la nouvelle station passerait à la première ou deuxième place au coude (...)

44L’équilibre financier est assuré, selon le projet, par une augmentation du chiffre d’affaires provoquée par la mise en service de la liaison et ses conséquences économiques et marketing générant un afflux de clientèles. D’après les chiffres réactualisés (moyenne entre 2014 et 2018, cf. tableau 4), le chiffre d’affaires cumulé des stations de Cauterets (7 250 000 €) et de Luz (3 030 000 €) passerait ainsi de 10 280 000 € à 15 000 000 d’€ environ pour la nouvelle station. Cette augmentation du chiffre d’affaires est liée à l’afflux supplémentaire, provoquant une augmentation du nombre de journées skieurs estimée par l’étude à 50 000 14.

45Sur le plan de la gouvernance, enfin, le dossier UTN propose une nouvelle structure autour du SICLA dont la mission première sera de respecter l’histoire, l’identité et les intérêts de chaque vallée. Il jouera le rôle d’organisation institutionnelle et opérationnelle commune basée sur des conventions de sens (objectifs communs) et de partage des dépenses financières.

46Les arguments développés et les chiffres annoncés dans ce dossier UTN visent à offrir toutes garanties aux différents acteurs concernés par ce projet. Cependant, révèlent-ils une perspective sérieuse ou sont-ils assimilables à un vœu pieu ?

3. Un projet entre innovation territoriale et inadéquation aux exigences de la transition

47Ce projet de liaison est présenté par les acteurs au pouvoir comme dépassant l’idée d’un ascenseur synonyme de simple adaptation technique à une diminution de l’activité ski à Cauterets et Luz-Ardiden. Il propose selon eux « une restructuration globale de l’offre ski et concerne un territoire élargi porteur d’un projet de développement concerté pour l’avenir ».

Une innovation territoriale

  • 15 D’après Godet, Durance et Mousli (2010) : « L’innovation territoriale peut être définie comme une r (...)

48Il présente selon nous une forme d’« innovation territoriale 15 » entendue comme une nouvelle structuration et valorisation de la vallée des Gaves à partir de la mise en œuvre d’un processus collectif qui amène les différents acteurs publics et privés locaux à travailler ensemble sur la problématique de la pérennité de deux stations de ski confrontées à une vulnérabilité touristique hivernale croissante.

  • 16 Les politiques publiques d’aménagement sont progressivement passées en 50 ans « d’un pilotage par l (...)

49Cette innovation territoriale s’inscrit dans les nouvelles politiques publiques d’aménagements priorisant une forme de pilotage par et pour le territoire 16 et intégrant une intelligence territoriale collective, synonyme de gouvernance partenariale (Bessy, 2019 et 2020).

  • 17 Extrait des conclusions et recommandations d’un rapport de la Cour des comptes, chambre régionale, (...)

50Cette stratégie de développement répond en partie aux recommandations de la Cour des comptes en date de 2014 17 :

La pérennité des stations de ski est conditionnée à la nécessité d’atteindre une taille critique […]. Seule une meilleure anticipation des évolutions en cours peut permettre d’éviter une fermeture brutale des stations les plus vulnérables et l’effondrement d’un pan entier de l’économie des territoires de montagne. Il est impératif que le soutien public soit désormais réservé aux collectivités qui acceptent de se restructurer et de repenser leur modèle économique. Le contribuable public peut soutenir des stations de ski qui sont dans l’incapacité structurelle d’assurer leur équilibre d’exploitation. Dans le massif pyrénéen, ce travail nécessite la participation de l’ensemble des acteurs de la montagne, publics et privés, à l’élaboration d’un projet de territoire concerté.

  • 18 Francis Guiard est alors directeur d’Espaces Cauterets et de l’office de tourisme de Cauterets.

51Francis Guiard 18, qui en est l’instigateur principal, déclare à ce sujet début 2020 : « Je suis très heureux et très fier d’être allé au bout du montage de ce projet qui, selon moi, donne à Cauterets un avenir dans un contexte montagnard de plus en plus concurrentiel et incertain. C’est un projet de territoire partagé par la grande majorité des acteurs locaux. »

Une inadéquation aux exigences de la transition

52Ce projet n’en reste pas moins critiquable car il ne répond pas suffisamment aux exigences de la transition touristique fortement corrélée aux mutations économiques, socioculturelles et environnementales actuelles.

53Sur le plan économique : il ne tient pas suffisamment compte de la baisse croissante des financements publics, de la crise économique actuelle, de la diminution des départs aux sports d’hiver (de 10 % à 7 % d’après Atout France, 2019) et de l’érosion particulière de la demande pour le ski alpin (Bourdeau, 2019).

54Sur le plan socioculturel : un manque de concertation est évoqué par la population locale aux différentes étapes du projet qui va à l’encontre de l’implication citoyenne aujourd’hui revendiquée. Pour un habitant : « La décision se prend seulement entre décideurs politiques et bureaux d’études. » De plus, « un interventionnisme de l’État » est souligné dans la mesure où ce dernier ne souhaite pas avoir sur les bras la station de Luz-Ardiden dans le cas où elle serait obligée de déposer le bilan. « C’est un projet trop dépendant de la sphère politique » déclare un autre habitant.

  • 19 Les prévisions de climatologues révèlent qu’en 50 ans, le manteau neigeux pyrénéen a diminué de moi (...)

55Sur le plan environnemental : la vulnérabilité des deux stations n’est pas suffisamment intégrée dans le projet en lien avec le dérèglement climatique en cours qui provoque la diminution continue de la ressource en neige 19, a fortiori pour celles implantées en moyenne montagne (Vlès, 2018). C’est d’autant plus crucial pour les Pyrénées car à altitude égale, ce massif est particulièrement sensible à la raréfaction de la neige en raison de sa position géographique et de sa particularité climatique liée à l’effet de foehn en provenance d’Espagne. L’étude dirigée par Hervé Le Treut sur les Impacts des changement climatiques en Aquitaine parue en 2014 le montre bien.

56À ces facteurs vient se rajouter aujourd’hui la catastrophe provoquée par l’épidémie du covid qui est un véritable accélérateur de la transition en cours (Latour, 2021) qui aurait certainement condamné le projet, tôt ou tard.

57Finalement, le projet de liaison Cauterets/Luz-Ardiden ne problématise pas la question de la transition de manière assez pertinente. Il reste globalement trop centré sur la station et trop axé sur le tout ski. Il reproduit, en fait, le modèle de développement et d’exploitation devenu aujourd’hui obsolète dans les territoires de moyenne montagne car trop basé sur la rationalité technique et la rentabilité économique. Il n’est pas assez pensé dans une temporalité quatre saisons. Il ne propose pas un véritable changement de paradigme.

  • 20 Au sens de déconnectée de son environnement.
  • 21 L’étude s’intitule : « Les clients face aux préoccupations environnementales en montagne/image perç (...)

58Or, les différents travaux scientifiques montrent qu’il convient d’interroger en priorité le territoire et non la station encore trop souvent considérée aujourd’hui comme le point de polarisation dominant car « c’est le territoire qui fait la station et non l’inverse » (Bourdeau, 2019). Il s’agit, en fait, de penser la station de demain non plus comme une entité touristique unipolaire et endocentrée 20 mais au contraire comme un élément intégré dans l’écosystème local, en privilégiant une approche territoriale élargie et interdépendante (Vlès et Hatt, 2019). Le temps est venu aussi de mieux répondre aux mutations de la demande car les attentes des touristes qui fréquentent la montagne ainsi que leurs habitudes de consommation ont évolué. Ils recherchent davantage d’authenticité, d’esthétisme, de ressourcement (Bessy et Lahaye, 2017). Selon une étude du CSA publiée fin 2019 : « pour 48 % d’entre eux, le choix du lieu est déterminé par les activités hors ski ». Ils sont aussi de plus en plus sensibles au respect de l’environnement et estiment que le ski est condamné car il coûte trop cher et pollue beaucoup trop la montagne. D’après une autre étude réalisée par G2A Consulting : « 35% d’entre eux considèrent que les stations ne sont pas respectueuses de l’environnement avec une image négative des enneigeurs, des remontées mécaniques et du transport 21. »

59Cette nouvelle orientation est encouragée par la Cour des Comptes qui dans son rapport de 2014 précise : « il est vital aujourd’hui de mettre en œuvre une véritable stratégie de développement territorial qui ne soit plus exclusivement centrée sur le ski alpin, en particulier en moyenne montagne ».

IV – Quel avenir pour Cauterets demain ?

60La transition touristique de plus en plus sensible dans les territoires de moyenne montagne oblige les décideurs politiques à réfléchir au meilleur scénario de développement pour leur commune aujourd’hui, en dépassant les modes de pensée et de fonctionnement qui ont prévalu jusqu’ici. Le projet présenté par la nouvelle équipe municipale de Cauterets arrivée aux affaires en juin 2020 s’inscrit-il dans cette orientation ?

1. Une stratégie de repli territorial

  • 22 Ces élections provoquent un changement de majorité sur la base d’un projet de développement différe (...)

61Fidèle à ses prises de position au sein de l’association Cauterets Devenir ces dernières années, le nouveau maire Jean-Pierre Florence élu en juin 2020 22 confirme en août l’arrêt du projet de liaison entre Cauterets et Luz-Ardiden : « la construction de la liaison ne fait pas partie des projets de la nouvelle municipalité. De plus, l’ensemble des six communes composant le SICLA élargi ne sont pas capables, même regroupées, de financer ce projet dont le coût est estimé entre 20 et 30 millions d’euros » (La Semaine des Pyrénées, 20/08/2020).

62Cette déclaration nous est confirmée lors d’un entretien en mairie début septembre 2020 :

ce projet de liaison est trop coûteux, trop tourné vers l’extérieur et trop dommageable pour l’environnement. [Trop coûteux car] le coût financier est sous-estimé dans la mesure où il faut rajouter 10 millions d’euros aux 20 millions annoncés en raison de coûts supplémentaires associés à la gare d’arrivée de Luz et non-pris en compte dans l’estimation annoncée. [Trop tourné vers l’extérieur car] les temps sont difficiles et il convient de se recentrer davantage sur nos propres problèmes et intérêts. Ce projet nous échappe, il est entièrement téléguidé par la renégociation des annuités de remboursement de la dette du SIVOM historique de Luz-Ardiden. Ce n’est pas à Cauterets d’aider Luz mais à la CCPVG qui est davantage habilitée à le faire. [Trop dommageable pour l’environnement car l’empreinte écologique de cette liaison] est particulièrement forte sur le versant où la remontée sera construite. Le déboisement de la forêt du Lisey, qui est une zone protégée, pose souci sans parler de l’instabilité du terrain sur lequel doit s’implanter la nouvelle télécabine liée à son origine morainique.

  • 23 Il s’agit de la première télécabine construite en 1976 et qui permettait d’accéder au cirque du Lys (...)

63Si ces arguments sont recevables, en revanche la nouvelle stratégie proposée questionne. Interrogé sur son projet pour Cauterets demain, le maire nous déclare : « Nous préférons rénover la station existante en la remettant en valeur afin de sécuriser la pratique du ski. Nous souhaitons réhabiliter l’ancienne télécabine du Courbet afin de pouvoir rejoindre la station depuis Cambasque 23. » La justification est double : pouvoir pallier une panne éventuelle de la télécabine du Lys et mieux répartir le stationnement. Reste que le très faible nombre de jours de panne par an rend le premier argument caduc. Le bon fonctionnement de cette télécabine est assuré à 99 % d’après les constructeurs. De plus, des pistes ne peuvent pas être tracées de part et d’autre de cette remontée en raison du caractère avalancheux de l’endroit et du manque de neige à cette altitude. Le second argument est tout aussi discutable dans la mesure où si les possibilités de stationnement sont insuffisantes aujourd’hui à proximité de la gare de télécabine, d’autres pourraient être créées pas très loin.

64Plus significativement, cette stratégie nous semble contradictoire avec les arguments écologiques mis en avant contre la liaison. En effet, elle obligerait les usagers à prendre leur voiture pour se rendre au départ de cette télécabine. C’est un retour en arrière à une époque où on cherche à limiter les déplacements carbonés. Elle engendre également des investissements financiers non-négligeables pour la commune sans amener de valeur ajoutée touristique, car elle privilégie une nouvelle fois l’activité ski sur un domaine limité en potentiel. Pour comprendre cette position, il faut s’intéresser à la trajectoire sociale et professionnelle des élus de la nouvelle équipe municipale. Il s’agit principalement de Cauterésiens de souche qui sont nés, ont grandi et travaillé au village, à l’image du maire, ancien moniteur de ski à l’ESF (École de ski français) et directeur de l’école du ski de la station de 1990 à 2000. Il porte en lui l’histoire et l’identité de Cauterets structurée autour de la station de ski.

65Certes, l’objectif d’aller vers une stratégie quatre saisons est évoqué dans le discours mais il reste flou dans l’esprit des élus. Il est précisé par le nouveau directeur de l’OT, Dorian Noyer. Interrogé récemment, il nous déclare :

Je souhaite diversifier l’offre touristique en développant notamment le VTT car la configuration locale s’y prête et en jouant sur deux modalités : la modalité familiale (country slow) et assistée électriquement en obtenant l’autorisation de pouvoir en faire en zone cœur du Parc national des Pyrénées et la modalité élite (descente) sur le spot du Lys car il offre un vrai potentiel en matière de dénivelé.

66Mais, ainsi formulée, cette proposition peut-elle constituer à elle toute seule un projet de développement quatre saisons ?

2. Une stratégie d’ouverture territoriale

67La préconisation que nous faisons pour Cauterets repose sur la nécessité de construire une destination touristique de montagne plus globale favorisant la découverte du territoire dans ses dimensions environnementales, culturelles et humaines. L’idée est aussi de privilégier un développement articulé sur plusieurs échelles territoriales, celle de la commune, celle des deux vallées et celle encore plus large du périmètre de la CCPVG. Elle ne peut être envisagée que dans le cadre d’une nouvelle gouvernance davantage partenariale qui favorise les coopérations intersectorielles et interterritoriales obligeant les acteurs à partager un projet commun et à travailler ensemble. Nous aborderons seulement ici la première échelle.

La construction d’une nouvelle destination touristique

68L’idée est de concevoir une nouvelle destination touristique illustrée par un positionnement marketing qui soit cohérent avec l’histoire et l’identité de Cauterets. Il pourrait être défini comme : « une montagne sereine au cœur d’une nature préservée et source de bien-être » afin de prendre en compte les ressources naturelles et culturelles dominantes du territoire et d’en faire le vecteur d’identification et d’accroche pour les touristes. L’objectif est ici de valoriser touristiquement la vallée de Cauterets en déclinant le positionnement choisi sur tous les lieux de pratique afin de mettre en désir le territoire et pas seulement la station. Cette démarche repose sur une multipolarité touristique représentée par plusieurs microterritoires travaillés comme des univers de pratiques, redéployés dans la totalité de l’espace village et pensés dans une temporalité quatre saisons. Plusieurs portes d’entrées et formes d’itinérances pourraient dans cet esprit être proposées aux visiteurs.

69Au sein du territoire communal de Cauterets se trouvent 160 km de sentiers pédestres balisés, 50 lacs, de nombreuses cascades, 5 refuges et 30 sommets à 3 000 m et plus. En cœur de village se trouvent du patrimoine architectural, des établissements thermaux, une piscine, une patinoire. Cauterets dispose de plusieurs espaces touristiques plus ou moins aménagés et accessibles en hiver : la station du Lys et le lieu-dit Cambasque, le site du Pont-d’Espagne, le vallon de la Fruitière ainsi que la forêt du Lisey et son sentier d’interprétation, le patrimoine historique du village. Certes, le degré d’attractivité de ces différents sites n’est pas le même mais l’idée est de proposer une offre à la fois globale, plurielle et complémentaire visant à satisfaire différents types de clientèle, à différents moments de la journée et en toute saison.

70Il convient alors de ne plus se polariser uniquement sur la station du Lys qui devient un élément parmi d’autres de l’écosystème local, même si elle attire plus de monde, mais de valoriser l’ensemble des autres sites en améliorant leur offre.

Les nouveaux fondements de la destination cauterésienne

  • 24 Cauterets a toujours lutté contre le développement d’une industrie hydroélectrique afin de protéger (...)

71Dans cette démarche, il importe d’identifier la ressource initiale majeure de la vallée de Cauterets en lien avec ses richesses naturelles et culturelles pour les transformer en une ressource territoriale (Gumuchian et Pecqueur, 2007) via la création d’univers de pratique innovants. Ces derniers pourraient être travaillés pour faciliter l’accessibilité des visiteurs et intensifier leur expérience vécue grâce à une hybridation sport, patrimoine et environnement naturel (Bessy, 2020). L’eau ressource historique et protégée 24 de la vallée, à la fois source de bien-être (thermes) et de sensibilité esthétique (torrents, cascades, lacs…) apparaît comme l’élément fédérateur à mettre en tourisme sur les différents sites, en hiver comme en été. Les pratiques récréatives de nature (randonnées à pied, en raquette et à ski, balades en traîneaux à chiens, initiation au biathlon, trail, fatbike, VTT…) sont une première piste qui nous semble particulièrement pertinente à explorer en lien avec le potentiel local, une demande sociale grandissante et des impacts structurants pour les territoires (Bessy, 2020 ; Corneloup, 2011 ; Clivaz et Lagenbach, 2017). Si des prestataires proposent déjà ce type d’activités, ils sont aujourd’hui beaucoup trop éclatés pour offrir une alternative visible et structurante. D’où la nécessité de réagencer leur spatialité à partir d’aménagements plus diffus, de sortir de leurs saisonnalités restreintes et d’inventer une nouvelle gouvernance afin de remettre le tourisme de montagne en mouvement (Bourdeau, 2019). L’engouement pour les stations trail (Bessy et Pabion Mouries, 2017 ; Buron et Bessy, 2020) et les stations sports de nature (Bessy, 2020) montrent la voie.

72De même, les pratiques favorisant la reconnexion à soi (bien-être et détente par les activités de remise en forme, aquagym, bains nordiques, sauna, relaxation, yoga…) en cohérence avec la demande croissante pour une activité thermale pourvoyeuse de bien-être prennent à Cauterets une dimension historique particulière qu’il serait bien d’approfondir. Une nouvelle offre combinant ces activités est à travailler.

73Enfin, la richesse du patrimoine local est aussi à mieux prendre en compte dans la construction de la destination en fabriquant de multiples circuits de découverte. La création d’événements identitaires et participatifs pourrait contribuer à renforcer cette nouvelle dynamique territoriale (Bessy, 2014).

Quelques pistes concrètes

74Des réflexions sont ainsi à mener à propos d’une mise en tourisme adaptée du Pont-d’Espagne en synergie avec les exigences environnementales propres à ce site. La construction d’un univers touristique autour d’une nature préservée est à définir. L’étude réalisée en 2018 et qui n’a pas débouché est à relancer en définissant mieux le cahier des charges.

75C’est le cas aussi de Cambasque qui mérite une véritable réhabilitation intégrant le démontage des installations de l’ancienne télécabine du Courbet et envisageant un aménagement adapté en direction d’Iléou.

  • 25 Pour la première fois, la route de la Fruitière a été ouverte en date du 6 février 2021. En randonn (...)

76Véritable joyau local, le vallon de la Fruitière fermé en hiver aux voitures doit aussi faire l’objet de projections afin de devenir davantage accessible aux amateurs de sensations sauvages. Son ouverture permettrait au chalet-refuge d’être en activité et participerait à créer un nouveau pôle de découverte et de pratiques de la montagne dans un environnement exceptionnel. Une réflexion sur le rôle joué demain par les refuges s’inscrit dans cette nouvelle stratégie car ils ne sont plus simplement des lieux de passage mais sont devenus des destinations à part entière 25. La vallée de Cauterets dénommée parfois « le petit Canada des Pyrénées » possède des atouts remarquables pour donner du sens à cette nouvelle stratégie de positionnement et de diversification de l’offre à condition qu’elle soit pensée et mise en œuvre collectivement, ce qui n’est pas suffisamment le cas aujourd’hui. Elle doit être pensée aussi dans une temporalité quatre saisons où les activités hivernales et estivales se chevauchent et se complètent. Elle participe, au final, au développement d’un « tourisme transmoderne » (Corneloup, 2011 ; Bessy, 2020) qui innove en hybridant les formes touristiques modernes liées au ski avec les formes modernes d’un marketing territorial centré sur les pratiques récréatives de nature, de détente et de découverte du patrimoine dans le respect de l’environnement et des habitants.

V – Inventer une nouvelle relation à la montagne

77Cette stratégie a-t-elle une chance de voir le jour à Cauterets ? Le mythe aménagiste de la station qui sauve la montagne et qui a fait ses preuves selon Knafou (1991) et Corneloup (2020) semble être encore aujourd’hui dominant, en dépit de la nécessaire transition. Tout changement de paradigme nécessite une bascule culturelle qui prend toujours du temps pour atténuer les résistances. Seules quelques stations sont entrées en « résilience » (Vlès, 2020), principalement dans les Pyrénées-Orientales (Formiguères, Puigmal…), plus sensibles au réchauffement climatique. Se lancer vraiment dans le chantier de la transition touristique serait pour Cauterets une vraie opportunité et un réel avantage concurrentiel.

78Or, ce dernier est enclenché avec beaucoup d’hésitations et de contradictions dans la station de Cauterets. L’arrêt du projet de liaison pouvait laisser penser que la nouvelle équipe municipale ne souhaitait pas tomber dans une course à l’armement synonyme de fuite en avant. Mais la stratégie de repli territorial et de polarisation sur le ski proposée ne nous paraît pas répondre aux exigences de la transition touristique.

79Pourtant, la situation actuelle des territoires de moyenne montagne impose d’avoir une autre vision, de problématiser différemment la question et surtout de créer une dynamique collective de réflexion regroupant tous les acteurs concernés autour d’experts. Le temps est venu d’inventer de nouveaux modèles de développement pour la station de demain, plus en phase avec les immenses bouleversements économiques, culturels et écologiques que nous connaissons. Dans cet esprit, il importe de créer des dynamiques territoriales viables, vivables à l’année au-delà des vacances scolaires hivernales et de se garder de toute généralisation pour bien distinguer les situations très disparates dans lesquelles se trouvent les territoires de montagne.

80Le devenir de Cauterets s’inscrit dans la construction d’une destination touristique plus large qui passe par une offre innovante sur son propre territoire au-delà de la station de ski, mais aussi par une politique concertée à l’échelle du territoire de la vallée des Gaves et notamment avec Luz-Ardiden. Cette stratégie pourrait sans doute favoriser une meilleure transition touristique au sein d’un monde concurrentiel et incertain où les tensions entre acteurs sont fortes et les équilibres économiques, sociaux et environnementaux difficiles à trouver.

  • 26 La Dépêche du 07/02/2021 titre : « Un dimanche de folie à Cauterets au Pont-d’Espagne ». Selon ce j (...)

81Gageons que la forte contrainte de non-ouverture des remontées mécaniques durant cet hiver liée au contexte sanitaire ne débouche pas sur une forme d’« Apocalypse snow » mais se transforme au contraire en une véritable opportunité pour reconsidérer le fonctionnement des stations. Et si elle permettait de faire l’expérience d’une relation différente à la montagne, avec des activités plus douces, plus respectueuses de l’environnement en espérant que cette réflexion se poursuive dans le temps (Bessy, Sud-Ouest, 26/01/2021). La fréquentation importante de la montagne cauterésienne pendant les vacances de février 2021, du Pont-d’Espagne à la vallée de la Fruitière, montre que la demande est en train de changer et qu’il faut envisager une nouvelle offre. En effet, malgré la non-possibilité de faire du ski alpin, beaucoup de personnes sont venues à Cauterets 26 mais aussi à Luz-Saint-Sauveur.

82Tout autant que le covid, la raréfaction de la neige devrait nous inciter à changer de paradigme en acceptant son indisponibilité (Rosa, 2020) et en inventant un nouveau rapport à la montagne plus en résonance avec la beauté de ses paysages, la richesse de ses aménités et l’altérité de ses habitants.

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Notes

1 Il dispose d’un petit domaine alpin adapté pour les débutants (deux pistes vertes, deux téléskis et un télésiège) et d’une zone boisée où sont tracées deux pistes bleues.

2 36 km de pistes de ski de fond comprenant une rouge, trois bleues et une verte y sont tracés sur les plateaux du Clot et du Cayan.

3 Réalisée par le cabinet Contours en 2010 dans le cadre de la pré-étude pour les deux projets de liaison.

4 Les curistes restent trois semaines à Cauterets. Les chiffres des entrées sont donc obtenus en multipliant les clients comptabilisés par 21 jours.

5 L’office de tourisme recense 30 000 lits répartis dans 12 hôtels, 2 villages vacances, 4 résidences de tourisme et 8 campings.

6 Les résidences secondaires représentent 90 % du parc immobilier sur la commune, ce qui est extrêmement élevé et pose problème par rapport à l’activité économique de la commune sur l’ensemble de l’année car ce taux pénalise l’économie présentielle.

7 Il s’agit d’une expression imagée pour rendre compte des lits non-mis sur le marché de l’offre d’hébergements.

8 Ils sont précisés dans un document interne édité à la fin des années 2000 en lien avec le cabinet Contours.

9 L’augmentation plus importante que le cumul des deux résultats pour le nombre de journées skieurs comme pour le chiffre d’affaires est liée à l’effet de synergie entre les deux stations et à l’accroissement du capital notoriété qui augmente en retour la fréquentation.

10 Cauterets est bien plus riche que Luz grâce à un tissu économique plus développé lié à son histoire de station thermale.

11 Cauterets Devenir est une association dont le slogan est « Notre héritage, leur avenir ». On peut lire dans l’article 2 qui précise ses finalités : « Elle vise à la protection du cadre de vie, du patrimoine et de l’environnement, à la réflexion et l’intervention sur le développement urbain, économique et social et à offrir une perspective humaniste de développement supportable et acceptable. » Il est précisé aussi très concrètement : « qu’elle s’oppose au projet de liaison Cauterets-Luz pour sauvegarder les sites naturels du Lisey et de Riou » et qu’elle souhaite que la commune conserve « la maîtrise de son économie vitale et des outils stratégiques ». Elle est animée par Jean-Pierre Florence et ses amis avant qu’il devienne maire.

12 En effet, les lieux sont déjà urbanisés au départ et à l’arrivée et la ligne de la télécabine survole les forêts domaniales de l’Ayré et du Lisey à caractère naturel. Le caractère temporaire renvoie au temps des travaux essentiellement pour la construction des pylônes, cf. rapport UTN février 2020

13 « Le coût total du projet se monte à 20 035 000 €, intégrant la réalisation de la télécabine, les travaux de terrassement et de sécurisation de la ligne ainsi que les aménagements des deux gares de départ et d’arrivée. Le financement est assuré par une subvention de 2 000 000 d’€ (10 % du coût) et un emprunt de 18 000 000 d’€ sur la base de 25-30 ans, avec une échéance annuelle de remboursement de 70 000 € et un coût de fonctionnement annuel estimé à 530 000 euros, soit un besoin annuel à financer égal à 1 230 000 € » (Dossier UTN).

14 Selon ces nouveaux calculs, la nouvelle station passerait à la première ou deuxième place au coude à coude avec le Grand Tourmalet.

15 D’après Godet, Durance et Mousli (2010) : « L’innovation territoriale peut être définie comme une réponse nouvelle à une problématique ou un besoin identifié collectivement dans un territoire, en vue d’apporter une amélioration du bien-être des habitants et de favoriser un développement local durable. Elle crée les conditions de l’expression d’une intelligence collective et territoriale qui engendre l’implication des acteurs locaux et améliore les coopérations entre eux. Elle se différencie de l’innovation sociale qui induit du changement positif pour la société, les individus et les collectifs dans leur vie quotidienne. Elle répond davantage à une aspiration sociale dans un objectif d’intérêt général. Elle peut avoir une composante technologique, organisationnelle ou autre ». Dans l’esprit des auteurs, les deux peuvent par contre être associées.

16 Les politiques publiques d’aménagement sont progressivement passées en 50 ans « d’un pilotage par l’offre » qui priorise les standards architecturaux non-intégrés dans l’environnement et le développement local, à « un pilotage par la demande » qui s’adapte davantage aux besoin des usagers mais en oubliant encore le territoire, à « un pilotage par et pour le territoire » qui répond à une stratégie politique de développement et de valorisation du territoire concerné par l’aménagement (Bessy, 2019).

17 Extrait des conclusions et recommandations d’un rapport de la Cour des comptes, chambre régionale, concernant les stations pyrénéennes en date du 7 juillet 2014 .

18 Francis Guiard est alors directeur d’Espaces Cauterets et de l’office de tourisme de Cauterets.

19 Les prévisions de climatologues révèlent qu’en 50 ans, le manteau neigeux pyrénéen a diminué de moitié. Dans les années 1960, il était de 60 cm à 1 500 m d’altitude, il est aujourd’hui de 30 cm. La durée d’enneigement est également en forte baisse : 100 jours d’enneigement moyen, toujours à 1 500 m contre 140 jours il y a 50 ans. Et les prévisions pour 2030 et a fortiori 2050 sont alarmantes.

20 Au sens de déconnectée de son environnement.

21 L’étude s’intitule : « Les clients face aux préoccupations environnementales en montagne/image perçue et adaptation des pratiques ». Elle porte sur un panel représentatif des Français qui fréquent les sports d’hiver (1 000 répondants sur la période décembre 2019-mars 2020).

22 Ces élections provoquent un changement de majorité sur la base d’un projet de développement différent pour la commune de Cauterets dans lequel est précisé l’abandon du projet de liaison entre Cauterets et Luz-Ardiden.

23 Il s’agit de la première télécabine construite en 1976 et qui permettait d’accéder au cirque du Lys depuis Cambasque en complément du téléphérique de l’époque qui, lui, desservait la station depuis le village. La montée à Cambasque se faisait alors en voiture depuis Cauterets. Elle ne fonctionnait plus depuis 2015 en raison d’une avalanche.

24 Cauterets a toujours lutté contre le développement d’une industrie hydroélectrique afin de protéger ses sources thermales.

25 Pour la première fois, la route de la Fruitière a été ouverte en date du 6 février 2021. En randonnée, le jeudi 18 février, nous comptabilisions 150 voitures sur le parking à 13 h et croisions une foule de personnes sur le sentier.

26 La Dépêche du 07/02/2021 titre : « Un dimanche de folie à Cauterets au Pont-d’Espagne ». Selon ce journal : « Plus de 5 000 personnes ont pris d’assaut le Pont-d’Espagne pour s’adonner aux joies de la randonnée sur neige, en raquette ou en ski de fond, faire de la luge ou encore s’initier au biathlon. » Le jeudi 18 février, tous les parkings de Cauterets et de ses principaux sites étaient pleins (Pont-d’Espagne, La Fruitière, La Rayère, Cambasque, centre-ville…) et une foule importante se promenait dans le centre du village entre 17 h et 18 h.

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Table des illustrations

Titre Tableau 1 – Fréquentation et chiffre d’affaire (en millions d’euros) du domaine du Lys de 2008 à 2019
Crédits Source : bulletin municipal de Cauterets
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/7599/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 152k
Titre Figure 1 – Plan du projet de liaison Cauterets/Luz-Ardiden
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/7599/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 356k
Titre Figure 2 – Classement des stations Hautes-Pyrénées par CA 2008-2009
Crédits Source : Cabinet Contours, 2010
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/7599/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 96k
Titre Figure 3 – Classement des stations pyrénéennes en fonction des kilomètres de pistes
Crédits Source : Cabinet Contours, 2010
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/7599/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 100k
Titre Figure 4 – Classement des stations pyrénéennes en nombre de journées skieurs en 2008-2009
Crédits Source : Cabinet Contours, 2010
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/7599/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 96k
Titre Figure 5 – Implantation de la ligne Cauterets/Luz-Ardiden
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/7599/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 556k
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Pour citer cet article

Référence papier

Olivier Bessy, « La transition touristique en moyenne montagne. Quelle stratégie de développement pour la station de Cauterets demain ? »Sud-Ouest européen, 51 | 2021, 79-95.

Référence électronique

Olivier Bessy, « La transition touristique en moyenne montagne. Quelle stratégie de développement pour la station de Cauterets demain ? »Sud-Ouest européen [En ligne], 51 | 2021, mis en ligne le 03 février 2022, consulté le 20 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/7599 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/soe.7599

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Auteur

Olivier Bessy

Sociologue des sports, des loisirs et du tourime, professeur à l’université de Pau et des Pays de l’Adour, directeur du master Tourisme et chercheur au laboratoire Transition énergétique et environnemental (TREE), UMR/CNRS/6031, olivier.bessy@univ-pau.fr

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Droits d’auteur

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