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Quand la station de ski devient un « problème public » : de la diversification des activités à un après-tourisme comme horizon territorial dans les Pyrénées ? Exemple de la station d’Artouste en vallée d’Ossau

When the Ski Resort Becomes a “Public Problem”: From the Diversification of Activities to an “After-Tourism” as a Territorial Horizon in the Pyrenees? Example of the Artouste Resort in the Ossau Valley
Cuando la estación de esquí se convierte en un «problema público»: ¿de la diversificación de actividades a un posturismo como horizonte territorial en los Pirineos? Ejemplo de la estación de Artouste en el valle de Ossau
Glen Buron
p. 41-60

Résumés

La vulnérabilité du modèle de développement économique court-termiste des stations de moyenne montagne est désormais associée à un contexte socioculturel marqué par la rhétorique de l’incertitude et de la crise. Cette conjoncture multidimensionnelle conduit les consommateurs-touristes à modifier leurs pratiques et les acteurs socio-professionnels à prendre le chemin d’une transition touristique, annoncée dans les discours comme nécessaire, mais dont le contenu, les limites et le sens demeurent flous. S’appuyant sur l’exemple de la station d’Artouste, cet article se propose de livrer au débat des pistes de réflexion prospectives permettant d’alimenter l’action autour de la question du devenir touristique, non pas des stations, mais des territoires de montagne, au sein desquels la majorité des stations pyrénéennes tentent de survivre aujourd’hui.

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Texte intégral

  • 1 C’est-à-dire que « son aménagement n’a ni été financé et réalisé par un promoteur unique, ni été or (...)

1Le tourisme en montagne pyrénéenne s’est majoritairement structuré autour de pôles centralisateurs de flux et de pratiques représentés par des stations monofonctionnalisées autour du thermalisme, puis du ski. Contrairement aux stations alpines, la construction des stations pyrénéennes n’a pas suivi les modèles dit intégrés relevant de la diffusion de la théorie des pôles de croissance sur les territoires de montagne (Achin, 2015, p. 23). Elles relèvent souvent de processus de construction complexes et progressifs qui articulent certains principes de la station intégrée avec des dynamiques de construction locale relevant de logiques d’action politiques et institutionnelles singulières. C’est ainsi que la station de Gourette, par exemple, dans les Pyrénées-Atlantiques, peut être considérée comme une « station de deuxième génération faiblement intégrée 1 » (Hatt, 2011).

2Dans la représentation ordinaire, populaire, les stations sont souvent représentées par l’espace physique qu’elles délimitent, souvent composé d’un ou plusieurs ensemble immobiliers associés à un champ de neige et des remontées mécaniques qui en assurent la desserte. Une pratique y est dominante, celle du ski alpin. Une temporalité domine, celle des vacances et de la saison. La station se matérialise sous la forme d’un lieu qu’elle désigne et qui domine, et aujourd’hui fragilise l’offre d’une destination touristique à part entière. Elle circonscrit un ensemble de pratiques réglementées et limitées dans leurs expressions fonctionnelles et spatiales.

3Outil d’exploitation industrielle et rationnelle d’une ressource naturelle, la station a souvent permis de maintenir historiquement une dynamique territoriale endogène assurant aux habitants d’un même espace valléen la possibilité de continuer à y vivre et à y travailler. Le tourisme spécifique qui y a été associé, « initialement perçu comme une activité de substitution susceptible d’enrayer l’exode rural, s’est imposé rapidement comme un véritable secteur économique » (Hatt, 2011).

  • 2 En m’appuyant sur les travaux de Guy Di Méo, j’entendrai ici la superstructure comme participant «  (...)
  • 3 Dans un rapport daté de février 2015 et intitulé « L’avenir des stations de ski des Pyrénées : un r (...)

4La station se retrouve progressivement au cœur d’un territoire aux contours flous et tourné entièrement vers l’espace qu’elle mobilise. L’or blanc et la lucrativité que son exploitation promet fait au départ rêver les notables locaux. La station anime alors socialement et symboliquement la vie locale de la vallée à laquelle elle est administrativement rattachée, articulant des dimensions économiques, politiques et culturelles qui alimentent les processus de construction d’un territoire réduit à un périmètre d’exploitation économique. Elle devient une incorporation profonde, contenue dans l’instance idéologique de la superstructure 2 territoriale. Elle se transforme en un puissant marqueur symbolique, sorte de cristallisation idéelle de représentations et d’histoires vécues. Véritable réceptacle à passions, la station, au-delà de ses limites physiques, constitue ainsi, des prémisses de sa création à aujourd’hui, un espace immatériel au sein duquel s’expriment et s’affrontent des visions, des points de vue, des prises de position et des opinions. Elle permet de maintenir l’emploi en montagne pour les uns, car « sans station point de salut ». Elle est au contraire l’espace à déconstruire pour les autres, incapable de s’adapter aux évolutions conjoncturelles contemporaines 3 et symbole d’une ère taylo-fordo-keynesienne dépassée.

5Cet article propose l’étude d’une station du massif des Pyrénées, la station d’Artouste, à travers la lecture historique et monographique des processus de mobilisations sociales et des dynamiques conflictuelles qui ont accompagnés la fabrication territoriale de sa réalité spatiale.

Figure 1 –Localisation des stations de ski de la vallée d’Ossau, département des Pyrénées-Atlantiques (64)

Figure 1 –Localisation des stations de ski de la vallée d’Ossau, département des Pyrénées-Atlantiques (64)

La station d’Artouste, créée en 1967, est une des plus petites stations des Pyrénées françaises. Située à une cinquantaine de kilomètres au sud de Pau, elle propose une quinzaine de pistes de ski de différents niveaux, représentant 25 km praticables au total. Elle est avec la station Gourette (40 pistes représentant une quarantaine de kilomètres) l’une des deux stations de ski alpin située en vallée d’Ossau.

Elle a développé dans les années 1980 sa notoriété par la pratique d’un ski dit « sauvage », faisant la part belle aux possibilités de hors-piste associées à l’orientation topographique et géographique de son domaine skiable. Son snow-park a constitué dans les années 1980 un atout majeur dans le développement du free-style, la station utilisant les termes de « gliss station » pour communiquer par exemple. Cette dynamique s’est estompée progressivement, jusqu’à quasiment disparaître au cours des années 2010. Artouste est une station dont la construction est atypique : l’accès routier conduit les visiteurs jusqu’à un lac de barrage hydroélectrique, le lac de Fabrèges, situé à 1 250 m d’altitude environ. Une télécabine les conduit ensuite jusqu’à un front de neige situé à 1 900 m d’altitude. De ce front de neige, un court téléski permet aux skieurs de rejoindre un col, le col de la Sagette, puis de basculer, orientés alors vers le nord, sur le domaine skiable (fig. 2).

Figure 2 – Plan des pistes réalisés dans les années 1980, permettant de visualiser l’accès nord avec la télécabine jusqu’aux différents secteurs composant le domaine skiable orienté nord

Figure 2 – Plan des pistes réalisés dans les années 1980, permettant de visualiser l’accès nord avec la télécabine jusqu’aux différents secteurs composant le domaine skiable orienté nord

Source : ZOOKEEPER

6Si une station peut être appréhendée à travers son périmètre matériel, délimité par un mode d’exploitation fonctionnel et rationnalisé sous l’effet d’une pratique et de sa sécurisation, nous l’envisagerons comme une « arène publique ». Cette arène publique prend la forme d’une « arène sociale dont les acteurs visent des biens publics, se réfèrent à l’intérêt publics, définissent leurs problèmes comme publics et sentent, agissent et parlent en conséquence » (Céfaï, 2016). La station d’Artouste est donc étudiée de façon dynamique, comme une expérience en train de se faire, considérant que c’est par le jeu dynamique d’interactions entre chacune des scènes mobilisées autour de « l’arène publique Artouste » que se joue non pas son avenir mais celui de l’espace qu’elle représente et celui des territoires qui peuvent y être associés.

7L’objectif de cet article est donc d’explorer ce territoire local de production touristique (Vlès, 1996) qu’est la station, lorsque son existence est remise en question, parfois même menacée. Au-delà des injonctions expertes et des discours normalisant sur la « nécessaire adaptation », la « diversification » ou le prophétique « 4 saisons », je postule ici que chaque station relève d’une trajectoire spécifique façonnée par l’histoire souvent complexe de son évolution spatio-temporelle, et qu’il est nécessaire, pour envisager son avenir, et l’avenir du ou des territoires qui lui sont associés, d’étudier les dynamiques conflictuelles qui s’y rapportent, et qui lui ont souvent donné naissance. Chaque station, en tant que lieu de pratiques et de représentations, contribue à la fabrication d’un territoire touristique singulier, au sein duquel des dynamiques sociales et politiques s’expriment, en étroite interdépendance et tension les unes avec les autres. Les phénomènes de résistance au « nécessaire changement » ne peuvent être dépassés que par leur compréhension, impliquant leur identification et leur analyse.

8La problématique travaillée dans le cadre de cet article est donc celle du devenir touristique, non pas des stations, mais des territoires de montagne au sein desquels la majorité des stations pyrénéennes tentent de survivre aujourd’hui.

I – Artouste : un discours, le 4 saisons, une réalité, la diversification de son offre d’activité

9La station d’Artouste revendique aujourd’hui un statut de « station 4 saisons ». La diversification de ses activités est un élément central du discours porté par ses gestionnaires. S’appuyant sur la valorisation touristique d’un train d’altitude sur voie étroite (« le petit train d’Artouste ») lors de la saison d’été, la station a amorcé son entrée dans un processus de diversification de son offre de prestations commerciales. Une station de trail, franchise commerciale du groupe Rossignol, a été achetée en 2015 et développée. Une activité VTT downhill, implantée sur un bike park historique constitue également une pratique valorisée, bien que difficilement, sur une partie du domaine de la station. Depuis 2019, une activité de mountain kart est également proposée. Et l’année 2020 a vu l’installation face au pic du Midi d’Ossau d’un « Aventure Park », sur un espace situé à proximité du front de neige de la station en hiver et de la gare de départ du train lors de la saison estivale. La valorisation de la randonnée pédestre constitue également une opportunité pour la station, se positionnant comme point de départ de certains circuits identifiés et balisés.

Figure 3 – L’aventure park

Figure 3 – L’aventure park

Source : station d’Artouste et kindabreak

10La « saison d’hiver », entendue ici comme la temporalité rapportée à la période d’ouverture des remontées mécaniques de la station, a fait l’objet d’une entrée dans ce processus de diversification. La station d’Artouste s’inscrit dans un mode de diversification correspondant à une augmentation de l’offre touristique proposée au sein de son périmètre.

11Cette diversification de l’offre d’activité est portée exclusivement par le gestionnaire des remontées mécaniques, en charge de leur exploitation et de leur maintenance. Une interrogation demeure quant à la capacité de cette diversification de l’offre d’activités à devenir un levier susceptible d’influer la trajectoire d’évolution d’une station aujourd’hui vulnérable structurellement et économiquement parlant.

12À l’exemple de l’analyse réalisée autour de la capacité d’innovation du pôle d’excellence rural du Néouvielle (département des Hautes-Pyrénées), il est démontré qu’« invoquer n’est pas innover », et qu’

au lieu de modifier le fonctionnement du système initial du système politico-administratif de gouvernance local du tourisme et d’impulser une nouvelle organisation interne porteuse d’innovation, cette procédure d’excellence et de compétitivité des territoires a plutôt reproduit, dans le Néouvielle, un ordre traditionnel fait de coopérations, provoquant peu de perturbations et suscitant peu de réactions.

(Bessières, Clarimont et Vlès, 2016)

13Il n’existe à l’heure de la rédaction de cet article aucun écrit scientifique prenant comme objet d’étude la station d’Artouste. Il était donc nécessaire de proposer une première approche monographique de la dynamique sociohistorique de sa construction, à travers les trois grandes phases historiques qu’elle a traversées.

14La méthodologie employée et présentée dans une première partie permettra de proposer une base de réflexion quant à la problématique traversant la réflexion proposée dans cet article : si au-delà de la simple diversification des activités portée par un seul opérateur, l’adaptation des stations de moyenne montagne au tourisme 4 saisons semble davantage conditionnée par les modalités de sa mise en œuvre (Achin, 2015), la station d’Artouste est-elle concrètement engagée dans un processus d’adaptation face aux enjeux posés par la transition énergétique et environnementale en cours ? Si l’innovation organisationnelle est souvent un facteur clef de la stratégie de diversification des stations (Achin, Marcelpoil et Bernard, 2015), la station d’Artouste et son gestionnaire, en lien avec les dynamiques touristiques insufflées par l’échelle administrative communautaire en cours de déploiement, s’inscrit-elle dans une dynamique de changement à même de modifier sa trajectoire, et l’inscrire durablement dans un territoire touristique élargi aux modalités de gouvernance redéfinies ?

II – Présentation du dispositif méthodologique : pour une approche socio-historique de la trajectoire de la station d’Artouste

15Une triple entrée méthodologique a permis l’élaboration des pistes d’analyses proposées dans cet article :

  • un travail de lecture et de traitement thématique de la presse quotidienne départementale et nationale centrée sur la station d’Artouste ;

  • une série d’entretiens non-directifs réalisée auprès d’acteurs-ressources ;

  • la collecte et la synthèse d’indicateurs statistiques pertinents et relatifs au territoire administratif de la communauté de communes de la Vallée d’Ossau.

1. Approche de la station par l’analyse de la presse locale

16Postulant que « la station » est une expression matérielle et concrète des négociations et régulations des dynamiques conflictuelles qu’elle a fait naître et qu’elle continue à faire vivre, c’est par l’intermédiaire de l’analyse de la presse quotidienne que ces dynamiques ont été approchées. « Tout à la fois vecteur d’information et modeleur d’opinion, la presse régionale reflète tout autant qu’elle infléchit la dynamique conflictuelle en diffusant une certaine image de [la station] et en publicisant la controverse » (Clarimont, 2016).

17Si les articles de la presse quotidienne manquent souvent d’exhaustivité, voire d’objectivité dans le traitement des données qu’elle se propose de traiter, ils permettent néanmoins de dresser une chronologie des dynamiques de construction de la station. Certaines dates clefs, certains acteurs peuvent être de cette manière identifiés.

  • 4 Précisément le rapport de la Chambre régional des comptes d’Aquitaine daté du 12/09/2002 et relatan (...)
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18Ce travail d’analyse de la presse départementale et nationale a été renforcé par l’étude de différents documents ayant trait à l’exploitation économique et touristique de la station d’Artouste, avec les rapports de la chambre régionale des comptes d’Aquitaine 4, certaines publications et production d’acteurs politiques 5 et socioprofessionnels 6. Des sources bibliographiques ayant trait aux organisations associatives ont également fait l’objet d’un traitement 7.

19La période historique concernée par ce travail d’archive s’est étendue du 4 septembre 1969 au 26 novembre 2020. 2 197 articles ont été collectés selon une recherche des mots-clés « station » + « Artouste ». 149 articles distincts à l’heure de la rédaction de cet article ont fait l’objet d’une lecture et d’une analyse thématisée. Ce travail permanent de recherche est actualisé régulièrement.

2. Entretiens non-directifs

20En lien, un travail d’entretiens non-directifs a été réalisé avec 14 acteurs socioprofessionnels et politiques locaux. Chacun des acteurs rencontrés a été invité à s’exprimer librement autour de la thématique proposée. Le travail en cours et justifiant l’entretien a été présenté comme « une première tentative de monographie historique sur la station d’Artouste, en lien avec le développement touristique actuel en vallée d’Ossau ». Les entretiens réalisés ont permis de compléter et de préciser après objectivation du discours produit les éléments d’approche historique des dynamiques conflictuelles ayant présidé à la fabrication de « la station d’Artouste ». Il est à préciser que ce travail d’approche et d’analyse qualitative est intégré à une recherche doctorale en cours (Buron, en cours).

3. La collecte d’indicateurs statistiques

21Différentes sources de productions de données ont été utilisées et synthétisées afin de proposer un portrait objectif du territoire de la vallée d’Ossau. L’observatoire partenarial des Pyrénées-Atlantiques (Obs’64) et son système d’information géographique en ligne, des indicateurs issus de l’AUDAP et les bases de données de l’INSEE font également partis des sources consultées.

III – Artouste : de la station qui sauve la vallée…

22Le projet de station Artouste-Soussouéou prend forme au milieu des années 1960. Il se concrétise au cours des années 1966-1967, en haute vallée d’Ossau, sur le territoire de la commune de Laruns, dans le département des Pyrénées-Atlantiques.

23Sa trajectoire est marquée par trois grandes périodes historiques. La transition entre chacune de ces périodes révèle des temps de rupture, qualifiés chacun de « situation problématique ». Chaque situation problématique est entendue comme « un bouleversement possible et pressenti du cours des choses », un « ébranlement des repères de l’expérience collective » qui va devenir « l’enjeu d’un travail collectif d’identification et de reconnaissance, de catégorisation et de stabilisation qui la constituera comme problème public », en ce qu’il est susceptible d’un traitement par l’action publique (Céfaï, 2002, p. 65).

24Je proposerai ainsi une lecture de la trajectoire de la station d’Artouste à travers l’identification des dynamiques conflictuelles qui ont animé sa construction. L’objectif étant de caractériser son épaisseur territoriale, entendue comme l’articulation des espaces vécus et espaces sociaux qui fabriquent sa réalité sociospatiale (Di Méo, 1999), afin de proposer un mode de lecture de la station permettant, en conclusion, de questionner sa place au sein d’un périmètre territorial et touristique élargi. L’infrastructure, soit la réalité du tissu géographique et économique, sera étudiée en même temps que l’analyse de la superstructure, représentée par les instances politique et idéologique comprenant des valeurs, images, mythes et formes de pouvoirs qui régissent la société dans ses espaces (Di Méo, 2014).

25Au regard de son mode de gestion, soit du dispositif de contractualisation entre le propriétaire du foncier et des équipements associés, le projet de station à Artouste peut être dans un premier temps scindé en trois grandes périodes historiques et structurelles :

  • 1967-1981 : le champ de neige et les remontées mécaniques associées, propriétés de la commune de Laruns, sont en gestion directe soit exploitées par une régie municipale ;

  • 1981-2004 : l’exploitation des remontées mécaniques et des pistes passent sous l’exploitation du département des Pyrénées-Atlantiques par l’intermédiaire de l’établissement public des stations d’altitude (EPSA). La commune conserve la propriété du foncier et des équipements ;

  • 2005-2019 : par délégation de service public, l’exploitation est confiée à l’entreprise privée Altiservice.

26Le 1er avril 2019, la gestion estivale et hivernale de la station d’Artouste est reprise par la commune de Laruns sous la forme d’une régie communale. Cette quatrième période, récente, est ici considérée comme une phase de transition stratégique, structurelle et organisationnelle. Elle ne sera abordée qu’en conclusion de cet article.

27Le traitement des 2 197 articles d’archives du journal La République des Pyrénées fait apparaître les trois grandes périodes précédemment abordées. Le graphique ci-dessous présente la distribution annuelle de leur diffusion.

Les termes de « station d’Artouste », employés dans le cadre de ce travail de recherche, se doivent d’être questionnés. Le projet de « station d’Artouste-Soussouéou » est le projet initial de création de sa réalité matérielle. Néanmoins, le processus de territorialisation du projet n’a jamais vu le jour. Ainsi, « la station d’Artouste » est réduite aujourd’hui à un champ de neige situé en amont du vallon du Soussouéou, en liaison physique avec Fabrèges, hameau urbanisé partiellement qui n’a jamais pu recevoir l’infrastructure touristique prévue après l’abandon du projet d’urbanisation du vallon. Nous utiliserons néanmoins, par commodité et dans le texte, les termes de « station d’Artouste », mis au regard de ces quelques considérations sémantiques, qui feront l’objet d’un approfondissement ultérieur.

28Différentes dates mettent en avant une augmentation importante et abrupte du nombre d’articles consacrés à la station d’Artouste. Ces dates permettent de situer des temps de transition historique en lien avec l’apparition d’une situation problématique dont les enjeux liés à sa résolution augurent pour la station d’Artouste une transformation structurelle importante.

29Ces quelques dates permettent de préciser la chronologie d’évolution historique d’Artouste, selon trois périodes que nous proposons ici de détailler.

1. 1967-1981 : essor du projet de station Artouste-Soussouéou sur fond de « guerre » au Soussouéou

30Le projet d’ouverture de la station d’Artouste est initialement prévu au cours de l’hiver 1966. Suite à un retard de travaux dû à de mauvaises conditions météorologiques, Artouste est inaugurée le 15 décembre 1967 et ouvre un champ de neige marqué par « un enneigement abondant : 1 m en moyenne au Soussouéou et 4 m au sommet des pistes, lui assurant une ouverture jusqu’après Pâques » indique un article d’un quotidien local le 4 septembre 1967.

31Le projet de station est en 1967, et dès le départ, pensé comme une offre spatiale globale devant se déployer progressivement et articulant :

  • un accès par téléphérique à un front de neige ;

  • un champ de neige situé sur les deux versant d’un même relief et associés à des remontées mécaniques ;

  • un projet de station relais situé dans le vallon du Soussouéou, qualifié parfois comme la future agglomération d’Artouste ;

  • un complexe immobilier de 6 300 lits touristiques dans ce même vallon ;

  • une liaison physique entre cette station relais et la station voisine de Gourette, impliquant le creusement d’un tunnel dans la montagne, l’équipement du secteur Soussouéou-Pene Blanque et la création d’un téléphérique.

Figure 4 – Nombre d’articles « Station d’Artouste » par année entre le 1er janvier 1967 et le 1er décembre 2020

Figure 4 – Nombre d’articles « Station d’Artouste » par année entre le 1er janvier 1967 et le 1er décembre 2020

Source : archives La République des Pyrénées

32Les années entre 1967 et 1973 sont celles du développement de ce projet ambitieux, dont la gestion est entièrement communale. En effet, Laruns, contrairement à la commune voisine des Eaux-Bonnes qui porte foncièrement Gourette, émet la volonté de conserver la propriété de l’ensemble du foncier et des équipements dédiés au projet.

Figure 5 – Le premier logo du projet de station d’Artouste, 1969

Figure 5 – Le premier logo du projet de station d’Artouste, 1969

Source : auteur inconnu

Figure 6 – Le projet initial de la station Artouste-Soussouéou, en 1970, qui ne verra jamais le jour

Figure 6 – Le projet initial de la station Artouste-Soussouéou, en 1970, qui ne verra jamais le jour

Source : Pierre Novat, imprimerie du Midi, Perpignan

  • 8 Les quatre hôtels sont : Le Biscau (30 lits) dirigé par Jacques Laborde, l’Hôtel des Pyrénées (80 l (...)

33Le « centre de neige d’Artouste » est dans cette période dépourvu de toute construction immobilière à proximité directe. C’est le village de Gabas, situé à une dizaine de kilomètres en aval, qui propose une offre d’hébergement touristique. Quatre hôtels 8, construit et exploités par des propriétaires locaux, assurent une mise à disposition de 155 lits et la location de matériel pour la pratique du ski.

34La troisième saison hivernale (hiver 1969-1970) d’exploitation du champ de neige à Artouste voit la création d’un nouveau téléski sur le secteur Séous. La commune de Laruns investit. L’époque est dominée par une course à l’équipement en remontées mécaniques et l’aménagement de pistes pour la pratique du ski de descente. Les promesses lucratives et économiques liées à l’exploitation de la ressource en neige préfigurent la ruée vers l’or blanc.

35Le 13 décembre 1969, la commission interministérielle d’aménagement de la montagne (CIAM) rend un avis favorable au projet d’urbanisation. Le groupe Saint-Yriex et la SOFRA de Pau sont pressentis pour la construction « d’une station de 6 300 lits », ce qui « lève les inquiétudes qui planaient encore sur l’avenir d’Artouste ». Le projet de création d’un tunnel entre Fabrèges et le vallon du Soussouéou est évoqué pour septembre 1970, ainsi que l’implantation de 26 remontées. La réalité sera toute différente.

36Le 1er mars 1971, le secrétariat d’État valide la création du projet d’urbanisation : 7 300 lits sont évoqués, comprenant 6 000 lits touristiques et 1 300 lits réservés aux résidents.

37La CIAM donne son accord en 1973 quant à « sa participation à la réalisation des accès à la future station jusqu’à concurrence de deux millions de francs, c’est-à-dire un effort égal à celui consenti par les collectivités locales. 80 % de cette participation pourront être affectés au tunnel et 20 % à la route ».

38En parallèle, et face à la marche en avant du projet d’urbanisation du vallon du Soussouéou qui est voté en conseil municipal de Laruns en décembre 1973, une association qui prend le nom de comité de défense Soussouéou-Ossau (CDSO) se crée. Le comité regroupe une association, la Société pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le Sud-Ouest (SEPANSO) et des individus issus pour certains du milieu universitaire palois. Le 10 avril 1973 se tient une première réunion. Suite à la publication d’une plaquette publicitaire de promotion du projet d’urbanisation du vallon du Soussouéou par le promoteur palois Artouste SA, un texte paraît dans le journal écologiste et politique La Gueule ouverte. Dans ce texte, le promoteur est affublé des termes de « menteur, voleur et assassin ». Le promoteur, Artouste SA, attaque le CDSO pour diffamation. S’en suit un épisode judiciaire à rebondissement qui durera trois années. Le CDSO est en premier lieu condamné mais fait appel. La cour d’appel de Pau relaxe le CDSO puis la Cour de cassation de Toulouse brise l’arrêt de la cour d’appel de Pau. Finalement, le 14 octobre 1976, la cour d’appel de Toulouse rend un verdict qui fait gagner le promoteur dans son procès en diffamation contre le CDSO. Ce dernier est condamné à verser 1 franc symbolique à Artouste SA. Le CDSO déclarera alors par voie de presse le 11 décembre 1976 : « le promoteur a gagné la bataille mais nous avons gagné la guerre ».

  • 9 La loi du 2 mai 1930 est une loi française ayant pour objet de réorganiser la protection des monume (...)

39Car si Artouste SA remporte cette course d’endurance judiciaire, le projet d’urbanisation n’a lui toujours pas vu le jour. La mobilisation du CDSO, médiatisée au niveau national, a publicisé la question de l’urbanisation d’un espace naturel. L’attention publique couplée aux préoccupations grandissantes autour de l’écologie et de la qualité du cadre de vie suspend le vallon du Soussouéou, et son projet de « paquebot des neiges », selon les termes des membres du CDSO. Cet épisode d’affrontement judiciaire entre la commune de Laruns, par l’intermédiaire de son promoteur, et le CDSO préfigurait alors la demande qu’allait formuler le Comité national des unités touristiques nouvelles quant au classement du site au titre de la loi du 2 mai 1930 9. Ce classement rendra impossible tout projet d’urbanisation et d’intervention humaine sur le site.

40En parallèle de cet épisode judiciaire se joue une seconde réalité d’ordre économique. Le faible enneigement de l’hiver 1975 limite considérablement les recettes, les premières difficultés structurelles et économiques apparaissent.

41Les chiffres de fréquentation disponibles pour Artouste font état de 25 760 journées skieurs en 1975-1976, augmentés de 8 328 visiteurs « contemplatifs » (Chadefaud et Della Rosa, 1978). Pour comparaison, la station de Gourette présente sur la même période une fréquentation estimée à 370 000 journées skieurs.

42La capacité d’investissement et d’amortissement des équipements de la commune est questionnée. L’instance politique locale se tourne alors progressivement vers les services du département des Pyrénées-Atlantiques déjà à l’œuvre sur les deux stations béarnaises de Gourette et de La Pierre-Saint-Martin.

43Le 4 juillet 1978, le département propose une reprise de la gestion d’Artouste mais la municipalité décline les offres du département, ne souhaitant ni vendre les terrains supports de l’exploitation touristique, ni transférer la propriété des équipements, ni porter seule la responsabilité du déficit d’exploitation de l’activité et des infrastructures liées à la pratique du ski. Néanmoins, et à partir de mars 1981, un accord de partage des responsabilités financières semble trouvé (deux tiers du déficit d’exploitation assumé par le département contre un tiers par la commune de Laruns) ainsi que le projet de construction d’une télécabine de liaison en remplacement du téléphérique vieillissant. Un projet de construction de 400 lits à Gabas est également associé au transfert de gestion, Laruns s’engageant à une participation à hauteur de 400 000 francs. Il n’en reste pas moins qu’Artouste, lors de l’hiver 1981-1982, ferme ses portes pour la première fois de son histoire dans l’attente de la réorganisation de ses services d’exploitation.

2. 1982-2005 : réalités économiques et guerre juridiques enterrent l’hiver

44Cette seconde période est animée par un double mouvement : la construction d’une nouvelle télécabine permettant de relier Fabrèges au domaine skiable d’Artouste et une reprise de la lutte judiciaire pour la construction d’un projet immobilier permettant la création de lits touristiques.

  • 10 Espiadas, journal municipal de Laruns, janvier 2000.
  • 11 Espiadas, journal municipal de Laruns, janvier 2000.

45Une demande conjointe de la commune de Laruns et du conseil général est adressé en février 1982 aux services de l’État, « demandant l’autorisation de construire un nouvel appareil d’accès au site d’Artouste à partir de Fabrèges 10 ». En juillet 1982, le Comité national des unités touristiques nouvelles (créé en 1977) autorise la construction de la télécabine de Fabrèges « mais exige déjà le classement de la vallée du Soussouéou 11 ».

46En parallèle s’engage une nouvelle guerre juridique entre la SEPANSO et la commune de Laruns, par l’intermédiaire des différents projets d’urbanisation de Fabrèges.

47Car si le projet d’urbanisation du vallon du Soussouéou semble abandonné, et avec lui « l’agglomération d’Artouste » et sa liaison avec Gourette, 15 ans après l’ouverture de son domaine skiable, l’offre touristique d’hébergement associée au projet de station n’existe toujours pas.

  • 12 Les quatre résidences sont : Le Fario (60 appartements), L’Ours (120 appartements), Le Lac (60 appa (...)

48Une révision du plan d’occupation du sol partiel de la Haute vallée est approuvée par le conseil municipal de Laruns en janvier 1985. Le Comité national des UTN donne l’autorisation de construire à Fabrèges 2000 lits, « et réitère sa demande de classement du Soussouéou ». En novembre 1985, la zone d’aménagement concertée de Fabrèges est approuvée par le préfet des Pyrénées-Atlantiques. Mais la ZAC est rapidement attaquée par la SEPANSO par un recours en sursis à exécution. Le tribunal administratif de Pau, en avril puis juillet 1986, rejette la demande de sursis à exécution, puis rejette, sur le fond, les recours de la SEPANSO. Le chantier de construction immobilière démarre, et quatre résidences 12 sortent de terre dans les années 1988 et 1989 (soit plus de trente ans après l’ouverture du centre de neige d’Artouste !), représentant 250 appartements, soit un potentiel de 800 lits touristiques.

49En 1988, le partenariat entre la commune de Laruns et le Conseil Général est reconduit par un avenant à la convention de gestion jusqu’en 2008. La condition est financière, puisque la commune de Laruns doit s’acquitter d’une participation supérieure au déficit de fonctionnement représentée par la somme de 700 000 francs.

50Malgré le déficit économique chronique, le champ de neige s’agrandit, et un nouveau télésiège, le Grand Coq, voit le jour la même année. Le département participe financièrement à hauteur de 30% à l’investissement.

  • 13 Espiadas, journal municipal de Laruns, janvier 2000.

51En 1989, la guerre judiciaire émaillée d’une lutte juridique reprend concernant l’urbanisation de Fabrèges. « Sur appel de la SEPANSO, le Conseil d’État annule les arrêtés de ZAC du préfet et interdit la poursuite de l’urbanisation de Fabrèges » se basant « sur la loi montagne et notamment l’article L 145-5 du code de l’urbanisme qui ne permet pas l’application de la procédure UTN pour autoriser la ZAC de Fabrèges 13 ». Entre juin 1990 et mars 1995, une lutte juridique s’engage sur fond de conflictualités politiciennes. Elle questionne la légalité législative des permis de construire accordés puis la loi montagne. Les projets immobiliers sont stoppés à mesure qu’ils apparaissent. Un projet de centre de vacances de la Fédération des œuvres laïques, dont le permis de construire est déposé en juillet 1993, est finalement annulé en mars 1995.

52Quelques mois après, le 6 mai 1995, le vallon du Soussouéou est classé au titre de la loi du 2 mai 1930. Le champ de neige d’Artouste, relié par la télécabine aux quatre résidences de Fabrèges, se fige dans l’espace et le temps.

53Les investissements infrastructurels se poursuivent néanmoins : deux téléskis écoles sortent de terre (2 millions de francs) « sur les seuls deniers communaux, le conseil général n’ayant pas participé ».

54Ainsi, Artouste ne parvient pas à réaliser son processus de création spatiale, entendue comme la territorialisation programmée du projet d’aménagement programmé dès 1967. L’utopie touristique hivernale, soit la croyance basée sur la capacité de l’activité économique liée à l’exploitation du système productif localisé représenté par la station, s’effondre à mesure que le déficit financier lié à l’exploitation et la maintenance de l’aménagement général se creuse.

55Si l’exploitation estivale du train touristique demeure rentable, l’exploitation de la pratique exclusive du ski plombe les finances publiques, qu’elles soient communales ou départementales.

Tableau 1 – Évolution du résultat d’exploitation de l’EPSA entre 1999 et 2005

1999 (en €)

2000 (en €)

2001 (en €)

2002 (en €)

2003 (en €)

2004 (en €)

2005 (en €)

EPSA

– 800 000

– 875 095

– 257 919

+ 47 893

+ 286 276

+ 1 477 673

+ 773 524

Source : Chambre régionale des comptes d’Aquitaine, janvier 2007

Tableau 2 – Coûts de fonctionnement et d’investissement de la station d’Artouste

Tableau 2 – Coûts de fonctionnement et d’investissement de la station d’Artouste

Source : rapports d’activités de l’EPSA et cahiers de comptes communaux

56En décembre 1998, le département des Pyrénées-Atlantiques modifie les statuts de l’EPSA. Cette dernière, gestionnaire de Gourette et de La Pierre-Saint-Martin, n’est plus alors dédiée uniquement qu’à l’exploitation des domaines skiables. Le département des Pyrénées-Atlantiques acquiert alors la maîtrise d’ouvrage des équipements à mettre en œuvre au niveau des stations d’altitude.

57Au début de l’année 2000, le plan d’investissement départemental à destination des stations béarnaises écarte Artouste et la commune de Laruns, le projet de station n’ayant pu voir le jour, et le déficit d’exploitation chronique cumulé ne pouvant plus être assumé à grand renfort de subvention d’équilibre par le conseil général. Concrètement, le département réalise entre 2001 et 2005 des investissements à hauteur de 6,7 millions d’€ sur la station de La Pierre-Saint-Martin et de 35,8 millions d’€ sur la station de Gourette. Artouste, isolée, cherche déjà son repreneur.

58Le rapport d’activité de l’EPSA publié à l’automne 2004 concernant la station d’Artouste été-hiver et portant sur une période de cinq ans (1999-2003) présente un déficit moyen annuel de 524 132 €, avec un compte de résultat lié à l’exploitation hivernale faisant apparaître en 2003 un déficit de 486 848 €.

59Face au déficit chronique de la station, un diagnostic et une « étude de développement possible du site d’Artouste » sont menés par le cabinet Dianeige. Le rapport préconise, pour atteindre le seuil de rentabilité, de « dépasser le doublement de la fréquentation de la station en nombre de journées skieurs ». La moyenne à Artouste est alors d’environ 65 000 journées skieurs. Le rapport conclut que le seuil des 150 000 journées skieurs doit être atteint pour assurer l’équilibre financier. Couplé aux investissements nécessaires à réaliser pour absorber ce flux potentiel de skieurs, 7 millions d’€ doivent être engagés (mises aux normes d’exploitation, sécurité et enneigement naturel pour 4 millions d’€, rénovation des remontées mécaniques du secteur Séous à hauteur de 3 millions d’€). Le développement monofonctionnel d’un site dominé par un modèle de rationalisation économique court-termiste enterre les espoirs de sauvetage financier de la station. En 2003, c’est l’État, par l’intermédiaire du préfet, qui exige alors que la commune de Laruns et le conseil général mettent un terme au contrat qui les unis.

60La commune de Laruns signe le 8 décembre 2003 avec le département une convention d’exploitation à titre provisoire pour une durée d’un an qui prend la forme d’une prestation de service. Cette contractualisation, qui fait suite aux deux périodes d’exploitation par l’EPSA de la station d’Artouste (mars 1981 puis renouvellement en 1988), est « signée dans l’attente du résultat de la procédure de délégation de service public lancée par la commune ».

61Le 31 octobre 2004, conformément à la séance du conseil d’administration de l’EPSA du 23 avril 2004, les conventions d’exploitation entre cette dernière et la commune de Laruns sont définitivement résiliées.

62La recherche d’un délégataire pour la reprise de l’exploitation de la station d’Artouste se déroule à partir du 28 novembre 2003 et s’étale de l’examen des candidatures à la phase de négociations avec l’entreprise retenue lors de la seconde phase d’appel d’offres courant de l’année 2005.

Figure 7 – Manifestation des socioprofessionnels de la station d’Artouste, 1er mars 2005

Figure 7 – Manifestation des socioprofessionnels de la station d’Artouste, 1er mars 2005

Source : archives Ascension Torrent, Pyrénées Presse

63Cinq candidatures sont déposées fin 2003, quatre sont retenues et deux sociétés répondent finalement à l’appel d’offre (Altiservice et Connex). Seule l’entreprise de gestion des remontées mécaniques Altiservice propose une exploitation couplant la période estivale et hivernale. Mais la première négociation n’aboutit pas.

64Cette recherche avortée d’un nouveau gestionnaire est portée par l’équipe municipale alors en place, et fait face à une opposition active qui souhaite quant à elle exploiter la station sous la forme d’une régie directe (proposition du 2 novembre 2004). Le climat social et politique génère la mobilisation des acteurs socioprofessionnels.

65Sans repreneur, la station d’Artouste n’ouvre pas son domaine skiable l’hiver 2004. Une régie communale est créée pour assurer l’exploitation estivale du train touristique en 2005. Une mobilisation des socioprofessionnels de la station a lieu fin février 2005 à Laruns. Pour la deuxième fois de son histoire, Artouste ferme son domaine skiable et génère une dynamique sociale qui voit l’expression d’une volonté de maintien de l’existant.

66Après une seconde procédure de DSP, qui voit trois sociétés se positionner, Artouste sera finalement exploitée par Altiservice.

3. 2005-2019 : délégation de service public et amorce d’une transition indispensable ?

67La délégation de service public entre la commune de Laruns et l’entreprise Altiservice est signée en novembre 2005 pour une période de 18 ans. De nouveau, les termes de la contractualisation envisagent l’avenir du site à travers une reprise de l’urbanisation à Fabrèges et la fréquentation. Malgré les déficits chroniques d’exploitations, le combat demeure économique et politique et les chiffres pleuvent. De son côté, Altiservice s’engage sur le papier à prendre en charge 9 millions d’€ d’investissements à court terme et à augmenter significativement la fréquentation de la station. Les prévisions sont les suivantes : 44 000 journées skieurs en 2005, 50 000 en 2006, 64 000 en 2006, 70 000 en 2007, 74 000 en 2008. La commune de Laruns, dégagée de la charge des investissements, et en plus du versement d’une subvention d’équilibre à Altiservice (estimée à 120 000 € la première année), doit engager une seconde tranche de travaux à Fabrèges représentant 700 lits supplémentaires.

68La période dite de « bulle immobilière mondiale », constituée en France à partir des années 2002 et éclatant clairement en 2008, enterre à nouveau les espoirs immobiliers et touristiques à Fabrèges pour Artouste. Les prix flambent (une augmentation de 142 % du prix des maisons et des appartements est estimée en France entre 1997 et 2007). Malgré les derniers permis de construire obtenus en 2007 et 2008 par la commune de Laruns, les 12 000 m2 de shom demeurent vierges de toute capacité d’accueil. Les différents projets immobiliers portés par différents groupes investisseurs ne voient pas le jour.

Figure 8 – Évolution de la fréquentation de la station d’Artouste en hiver entre 2012 et 2018

Figure 8 – Évolution de la fréquentation de la station d’Artouste en hiver entre 2012 et 2018

Source : Buron, d’après Altiservice et office de tourisme de Laruns

69À partir du début des années 2000, la fréquentation de la station d’Artouste décline progressivement. En 2012, une grève des salariés d’Altiservice démarre le 26 juillet 2012. Un accord est finalement trouvé entre la direction de l’entreprise et les représentants des salariés.

70Puis c’est l’annonce en vallée d’Ossau de la fermeture partielle de la station d’Artouste au mois de janvier 2018, faite en novembre 2017 par l’ancien gestionnaire des remontées mécaniques, l’entreprise Altiservice, filiale du groupe Engie, pour le mois de janvier 2018, qui déclenche l’apparition d’une nouvelle « situation problématique ». Cette dernière contribue à médiatiser le contexte dans lequel s’inscrit depuis de nombreuses années la station d’Artouste en particulier et de nombreuses autres stations dans les Pyrénées.

71Le fonctionnement déficitaire et habituel de la station est à nouveau bouleversé.

72Cette nouvelle mobilisation est accompagnée par la diffusion d’une pétition signée du « collectif de la liaison Artouste-Gourette » (23 mai 2018). Ce collectif représente 9 associations de la haute vallée d’Ossau (associations de commerçants, professionnels de la neige et collectif d’habitants et de propriétaires). Un espace de réflexion s’ouvre et le collectif rédige en mars 2018 un document de projet intitulé « L’Artouste de demain » qui propose la création de cinq groupes de travail thématiques (« La vie à Fabrèges », « L’hébergement », « Activités hiver/été », « Communication » et « Comptes d’exploitation prévisionnel des sept prochaines années, analyse économique été/hiver, mutualisation »).

73En parallèle des mobilisations sociales, cette annonce réalisée en novembre 2017 augure les négociations alors en cours entre la municipalité de Laruns et l’entreprise Altiservice. Un protocole d’accord transactionnel est progressivement envisagé, et le conseil municipal du 8 février 2019 en valide définitivement les termes.

Monsieur le maire indique au conseil municipal qu’à l’issue de négociations menées avec la société Altiservice, il a été établi un protocole d’accord transactionnel dont les termes essentiels sont les suivants : résiliation anticipée de la convention de délégation de service public relative à la gestion, l’exploitation et le développement des remontées mécaniques et du domaine skiable de la station de ski d’Artouste conclue avec Altiservice au 1er avril 2019.

74Cette dernière étape marque profondément les esprits. Les remises en question répétées de la pertinence des modèles de développement des stations, les effets du réchauffement climatiques et le récent contexte sanitaire induisant la fermeture des remontées mécaniques conduisent à un retour de la question du territoire face à des pôles centralisateurs de flux ne permettant pas au territoire de maintenir son habitabilité.

75Le processus de création spatial du projet de station à Artouste n’a jamais vu le jour : l’urbanisation du vallon du Soussouéou et la liaison avec la station voisine de Gourette sont restés à l’état de projet tel qu’il avait été envisagé à la fin des années 1960.

76Les dynamiques conflictuelles, entre volonté d’urbanisation et défense des espaces naturels de montagne, n’ont pas entraîné sur les communes supports des stations une anticipation de l’injonction faite aux territoires de montagne à s’engager dans la voie de la transition touristique. Les communes supports, prisonnières d’une station qui ne fait plus territoire, tentent aujourd’hui d’entrevoir leur futur. À l’inverse, la récente réorganisation territoriale et le poids progressif des communautés de communes semblent en capacité de proposer des orientations stratégiques et touristiques durables.

Figure 9 – Mobilisation à Laruns et à Artouste

Figure 9 – Mobilisation à Laruns et à Artouste

On y observe l’appropriation symbolique de la station, « ne touche pas à ma station », et le lien idéologique encore puissant assimilant l’avenir de la station à l’avenir de la vallée. Nous sommes encore par cette forme d’expression dans le mythe de « la station qui sauve la vallée ».

Source : La République des Pyrénées, novembre 2017

IV – … à la vallée qui sauve la station ?

77En 1986, le bureau d’étude « Horwath et Horwath France », chargé du « diagnostic et de la définition d’une stratégie pour la station des Eaux-Bonnes », écrivait en page 1 de son rapport : « Globalement, le tourisme ossalois reste fragile dans ses divers secteurs (hivernal, thermal, estival) du fait de la faiblesse de la commercialisation/promotion, de la relative inorganisation/dispersion des efforts, des insuffisances de produits ou de leur faible valorisation. » Au sujet de la station de Gourette, le bureau d’étude poursuivait en page 2 : « La vétusté, l’hétérogénéité et l’inconfort de la plupart des hébergements nuisent aujourd’hui à l’image de la station et favorise l’évasion de la clientèle hors station. »

7834 ans après les constats du cabinet, la vallée d’Ossau continue de souffrir 1) d’une offre touristique dominée par les deux stations de Gourette et d’Artouste ; 2) porté par deux communes supports en grande difficulté structurelle ; 3) au sein d’une vallée en quête d’harmonisation de sa gouvernance touristique pour la définition d’une stratégie communautaire de développement partagé autour des sports et loisirs de nature notamment.

1. Une offre touristique dominée par les deux stations de Gourette et d’Artouste

7918 communes composent le territoire administratif de la vallée d’Ossau. La dynamique de développement touristique est dominée par ses deux pôles d’attractivité importants représentés par les stations d’Artouste (exploitation d’un train touristique en été et d’une station de ski en hiver) et de Gourette (station de ski). Ces deux pôles sont situés en haute vallée, soit au sud du territoire. Artouste est située sur le territoire administratif de la commune de Laruns ; Gourette sur le territoire administratif de la commune des Eaux-Bonnes.

Figure 10 – Évolution de la population en vallée d’Ossau entre 1831 et 2016

Figure 10 – Évolution de la population en vallée d’Ossau entre 1831 et 2016

Source : Insee

80Le territoire de la vallée d’Ossau connaît une érosion lente et très progressive de sa population, passant d’environ 16 000 habitants à la fin du xixe siècle à 9 818 habitants en 2016.

81La vallée présente un déséquilibre structurel important entre les deux communes supports des stations, Laruns et les Eaux-Bonnes et les 16 autres communes du territoire. Cela est dû entres autre à un solde naturel négatif (les naissances ne compensent pas les décès), particulièrement marqué sur la commune de Laruns (solde naturel entre 1999 et 2006 : – 60). Il apparaît également que le solde migratoire en vallée d’Ossau est légèrement positif (1999-2006), des communes ayant su se montrer attractives comme Louvie-Juzon, avec la création dans les années 2000 de zones urbanisables avec des lotissements.

82Le territoire de la vallée d’Ossau est ainsi marqué par une dynamique démographique plutôt homogène (solde naturel négatif sur quasiment l’ensemble des communes de la vallée) et caractérisé par des valeurs extrêmes concentrées en haut de vallée avec un solde naturel négatif et très élevé (– 60 à Laruns entre 2011 et 2016) et un bas de vallée qui tente quant à lui de maintenir une forme d’attractivité résidentielle.

83On constate également que la dynamique résidentielle et immobilière renseigne sur les effets spatiaux généré par un modèle de développement touristique unique focalisé sur la station : une polarisation géographique et économique de l’offre immobilière de tourisme sur les communes supports de la station est constatée, produisant un double effet : une perte d’attractivité résidentielle annuelle en haut de vallée et la production d’« interstices touristiques » sur le reste du territoire.

848 330 logements étaient recensés sur le territoire de la CCVO en 2006, dont 4 320 résidences principales, soit 51,8 % du nombre total de logements, quasiment 50 % de résidences secondaires, ce qui constitue une forme de vulnérabilité structurelle. Les hébergements touristiques sont au nombre de 505 logements de tourisme. Le nombre de lits varient entre 7 870 et 6 992 selon les sources consultées. 61 % de l’offre est concentrée sur 2 des 18 communes de la CCVO : Laruns (25 %) et les Eaux-Bonnes (36 %). De plus, concentrés sur le hameau de Fabrèges, le potentiel de 800 lits touristiques n’est pas mis en tourisme. Appartenant à des propriétaires « amoureux de la nature sauvage du site », ces résidences secondaires sont habitées quelques semaines par an, de façon saisonnière. Environ 90 % de cet hébergement est aujourd’hui constitué de lits froids, échappant à une potentielle mise en tourisme. Le « village de Fabrèges » n’est un village que de nom et ne permet pas de transformer les passages des visiteurs en séjours touristiques. La station n’est pas habitée, transformée en une destination « à la journée », phénomène renforcé par l’excursion proposée par le train, et qui génère des mouvements diffus ne permettant pas de créer un lieu animé et vécu.

2. Le revers de la médaille en or blanc : deux communes supports des stations en grande difficulté structurelle

85Les deux communes supports des stations se dépeuplent à mesure que le tourisme monofonctionnel se déploie. Le nombre de logements augmente, mais le nombre de résidences principales chute de façon relativement importante (40 % de résidences principales aux Eaux-Bonnes en 1982 à 6,8 % en 2016 par rapport à 75 % de résidences principales en 1982 à Laruns contre 37 % en 2016).

86C’est bien ici la question du maintien du caractère habitable de l’espace, du maintien par exemple des foyers sur le territoire (qui peut se traduire par exemple par un remplissage suffisant des écoles) qui doit être placé au cœur de notre problématique, et ce quelle que soit la stratégie de développement touristique visée en matière d’adaptation. D’un côté, le territoire de la vallée d’Ossau porte deux communes supports des stations engagées dans une volonté apparente de maintenir un mode production touristique basé pour l’une, sur l’exploitation de la neige (Gourette) pour l’autre, sur une volonté de diversification hivernale et de rentabilité estivale (train touristique) mais marqué par une difficulté à renouveler sa population, à en fixer de nouvelles ; et de l’autre, un territoire plus vaste, le territoire communautaire, qui tente de maintenir une forme d’attractivité résidentielle et économique, en s’appuyant notamment sur le déploiement d’une stratégie autour des sports et loisirs de nature, avec la récente commande d’un travail de diagnostic préalable pour la mise en place d’une stratégie de développement touristique à l’échelle valléenne, portée par l’instance politique communautaire.

Figure 11 – Évolution des populations des communes de Laruns et des Eaux-Bonnes entre 1968 et 2017

Figure 11 – Évolution des populations des communes de Laruns et des Eaux-Bonnes entre 1968 et 2017

Source : Observatoire 64 et Insee

3. Le tournant communautaire : les sports et loisirs de nature comme levier de redéfinition d’une stratégie et d’une gouvernance touristique

87En 2015, sous l’effet de la loi NOTRe, la compétence tourisme est transférée des communes vers les intercommunalités. Les communes en stations classées, dont la commune de Laruns, conservent alors la responsabilité de cette compétence et de son exercice.

88En avril 2018, le département des Pyrénées-Atlantiques lance un appel d’offre pour la définition de sa stratégie départementale des sports et loisirs de nature. Les premiers éléments du diagnostic menés soulignent le potentiel touristique évident de ces pratiques, en termes d’attractivité et de valorisation des destinations.

  • 14 « Diagnostic des sports de pleine nature en vallée d’Ossau », cabinet Alpa Conseil, mai 2018.

89En février puis mai 2018, la communauté de communes de la Vallée d’Ossau fait élaborer un « diagnostic des sports de pleine nature en vallée d’Ossau », précisant que « la définition d’un plan de gestion des sites outdoor ossalois est considérée comme un objectif prioritaire et constitue le socle de la stratégie de développement des activités de pleine nature présentée 14 ».

90En juillet 2019, le département diffuse un appel à projets « relatifs aux espaces, sites et itinéraires de pleine nature, à destination des communes et de leurs groupements », dans l’objectif de « concourir au développement des pratiques sportives et de loisirs en milieu naturel ». Se proposant de soutenir les investissements à hauteur de 30 %, le département incite alors les structures intercommunales à travailler autour des enjeux de développement identifiés sur leurs territoires.

91Le mise en œuvre de nouvelles modalités de coopération entre acteurs institutionnels semblent être à l’œuvre. Un des leviers activé est celui des pratiques sportives et de loisirs en nature. Il assure la construction d’un lien entre les échelles territoriales et politico-administratives départementales et communautaires. Pourtant, et à l’analyse des différents rapports et diagnostics issus des travaux des cabinets mandatés, la question touristique n’est pas abordée explicitement. La place des stations, et particulièrement la station d’Artouste, n’est pas appréhendée. La compétence tourisme échappant partiellement à la communauté de communes (la commune de Laruns conservant jusqu’alors le statut de station classée), un maillon de la chaîne de coopération semble provisoirement manquant. Le diagnostic présente simplement, dans son bilan, une « menace » de « couper les stations de la stratégie globale sports de pleine nature ». Cette dernière est pourtant engagée dans une stratégie visible de diversification de son offre d’activité, se positionnant, avec la pratique du VTT, du trail et de la randonnée, comme site potentiellement support de pratiques relevant des sports et loisirs de nature. Il est néanmoins rappelé dans le rapport de diagnostic que « le plan de gestion des activités de pleine nature intervient en complémentarité des équipements structurés, bénéficiant de modalité de gestion spécifique (voie verte, structures artificielles, offre outdoor hors ski alpin des stations de Gourette et d’Artouste) ».

Conclusion et ouvertures prospectives

92La question de la gouvernance de ces activités récréatives de nature et des nouvelles polarités qu’elles mettent en mouvement au sein d’un territoire redéfini collectivement demeure entière. C’est aujourd’hui de la rencontre entre deux logiques d’action différente que se jouera prochainement l’avenir du territoire touristique de la vallée d’Ossau. Avenir au sein duquel la station d’Artouste sera probablement amené, au-delà du discours, à se réinventer concrètement, en lien avec les enjeux posés par la transition énergétique et environnementale aux territoires de montagne.

93Le projet de station Artouste-Soussouéou, puis le projet de station d’Artouste, n’a pas achevé son processus de création spatiale. La domination de la superstructure et de ses instances politiques et idéologiques marquées par une conflictualité permanente et structurante n’a pas permis de matérialiser un tissu géographique et économique viable, soit une infrastructure équilibrant un projet de station territorialisée.

94L’exploitation de la ressource en neige à Artouste a généré la création d’une économie de rente dont les retombées se sont concentrées sur les communes supports des stations, économie de rente monopolisée par un fonctionnement économique cloisonné. L’avenir d’Artouste a semblé se jouer ailleurs que sur les espaces de pratiques ouvert par la station. Il s’est dissout dans des conflictualités politiques non-transformées en dynamiques sociales et territoriales et qui n’ont eu de cesse que de maintenir un ordre régi par un mode de fonctionnement basé sur la reproduction de la domination du système notabiliaire local. La spécialisation de l’activité touristique autour de l’exploitation monofonctionnelle du petit train d’Artouste et du ski a renforcé la vulnérabilité des communes supports des stations qui doivent désormais faire face, en plus des difficultés financières rencontrées, à un contexte de changement climatique qui n’a jamais fait l’objet d’une anticipation par les pouvoirs politiques locaux. La contradiction entre discours de durabilité, traduit par les termes polysémiques de « 4 saisons », et réalité des choix d’aménagements et d’investissement semble perdurer (Clarimont et Vlès, 2009).

95La fréquentation touristique et le chiffre d’affaire, s’ils sont des indicateurs informatifs, ne peuvent seuls suffire à orienter les choix stratégiques de développement touristique. Les retombées économiques directes à court terme générés par des flux de « touristes » non-maîtrisés par une offre structurée ne profitent que très peu à un territoire « aux abords du point vertigineux ». « Il ne s’agit plus désormais d’adapter le modèle initial, mais plutôt d’envisager sa refonte en fonction d’un changement radical de dessein » (Vlès, 2019).

96Le processus de réorganisation territoriale à l’échelle politique et administratif communautaire semble porteur d’une capacité à mettre en mouvement les acteurs sociopolitiques et économiques autour de nouvelles spatialités touristiques. La gouvernance touristique du territoire, en pleine transformation, peut permettre l’éclosion d’une vision partagée, articulant finement et consciemment, sur le long terme, la capacité d’une vallée à demeurer attractive d’un point de vue touristique mais également culturel et résidentiel. La fabrication d’un réseau de sites, d’itinéraires et de sentiers, de lieux de pratiques délocalisés, peut permettre la définition de nouvelles polarités hors stations et structurantes pour un mode de développement touristique soutenable et porteur de dynamisme économique et social.

97La récente fusion annoncée en février 2021 des offices de tourisme de la vallée (Gourette-Eaux-Bonnes, Artouste-Laruns et office de tourisme de la vallée d’Ossau) constitue probablement une possibilité offerte aux acteurs de s’engager dans une forme d’innovation organisationnelle à même d’engager le territoire de la vallée d’Ossau dans la définition et le partage d’une stratégie touristique globale de long terme. Reste à organiser le passage d’une gouvernance reproduisant un ordre basé sur la domination du système notabiliaire local et « reproduisant l’ancrage local d’opérations à rentabilité immédiate » (Clarimont et Vlès, 2009) à une gouvernance planifiée et partagée, régie par une stratégie touristique territorialisée à l’échelle d’un espace au sein duquel les places et fonctions de la station et sa commune support sont redéfinies.

98Localement, et concrètement, le territoire de la vallée d’Ossau regorge aujourd’hui d’initiatives locales venant densifier une offre touristique renouvelée, permettant de nourrir un horizon « après-touristique, sorte d’au-delà du tourisme, porté par un dépassement des frontières et des catégories habituelles visant l’exploration d’altérités négligées ou refoulées » (Bourdeau, 2018). Reste à dépasser les logiques d’action sociopolitiques et institutionnelles héritées d’une utopie touristique dépassée afin de projeter un territoire, ses habitants et futurs résidents dans un avenir créatif, habitable et partagé.

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Bibliographie

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Notes

1 C’est-à-dire que « son aménagement n’a ni été financé et réalisé par un promoteur unique, ni été orchestré par un architecte en chef » (Hatt, 2011).

2 En m’appuyant sur les travaux de Guy Di Méo, j’entendrai ici la superstructure comme participant « d’une abstraction, d’un monde idéel néanmoins transcrit, de manière visuelle, dans la matérialité des espaces. […] La superstructre regroupe de manière tout à fait fictive et virtuelle les idées, les valeurs, les images et les mythes, les formes de pouvoir qui régissent la société dans ses espaces. Elle convoque la mémoire, les représentations sociales, d’essence culturelle, qui animent les êtres humains dans leur rencontre inévitable et créatrice avec les lieux » (Di Méo, 2014, p. 47).

3 Dans un rapport daté de février 2015 et intitulé « L’avenir des stations de ski des Pyrénées : un redressement nécessaire, des choix inévitables », la Cour des comptes dresse un triple constat : « une érosion constante de leur fréquentation dans un environnement contraint », « des situations budgétaires et financières souvent tendues et les finances publiques locales fortement sollicitées » et « un modèle économique existant qui a atteint ses limites ».

4 Précisément le rapport de la Chambre régional des comptes d’Aquitaine daté du 12/09/2002 et relatant la période d’exploitation 1998-2001, et le rapport daté du 26/01/2007 et relatant la période d’exploitation 2001-2004.

5 Différents bulletins municipaux édités par les différentes équipes municipales de la commune de Laruns (entre les années 2000 et 2020), les courriers pour la période 2017-2019 rédigés par les conseillers municipaux d’opposition au sujet de la station d’Artouste et les interventions de conseillers départementaux en séance plénière et ayant trait au tourisme et à la montagne entre 2015 et 2020.

6 Rapport « L’Artouste de demain » rédigé par l’association Renouveau Val d’Ossau en date du mois de mars 2018.

7 Revue trimestrielle de la SEPANSO nos 145-146 ; « La chronique du terrain vague » publié en septembre 1971 par Bernard Charbonneau dans le no 11 de La Gueule ouverte ; le no 21 de juillet 1974 du mensuel La Gueule ouverte.

8 Les quatre hôtels sont : Le Biscau (30 lits) dirigé par Jacques Laborde, l’Hôtel des Pyrénées (80 lits) dirigé par Claude Ponsolle, l’Hôtel Pierre Vignau (30 lits) et l’Hôtel Berges (15 lits).

9 La loi du 2 mai 1930 est une loi française ayant pour objet de réorganiser la protection des monuments naturels et des sites de caractère artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque. Elle crée les sites naturels inscrits et sites naturels classés.

10 Espiadas, journal municipal de Laruns, janvier 2000.

11 Espiadas, journal municipal de Laruns, janvier 2000.

12 Les quatre résidences sont : Le Fario (60 appartements), L’Ours (120 appartements), Le Lac (60 appartements) et Vivaldi (30 appartements).

13 Espiadas, journal municipal de Laruns, janvier 2000.

14 « Diagnostic des sports de pleine nature en vallée d’Ossau », cabinet Alpa Conseil, mai 2018.

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Table des illustrations

Titre Figure 1 –Localisation des stations de ski de la vallée d’Ossau, département des Pyrénées-Atlantiques (64)
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Titre Figure 2 – Plan des pistes réalisés dans les années 1980, permettant de visualiser l’accès nord avec la télécabine jusqu’aux différents secteurs composant le domaine skiable orienté nord
Crédits Source : ZOOKEEPER
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Fichier image/jpeg, 256k
Titre Figure 3 – L’aventure park
Crédits Source : station d’Artouste et kindabreak
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Fichier image/jpeg, 220k
Titre Figure 4 – Nombre d’articles « Station d’Artouste » par année entre le 1er janvier 1967 et le 1er décembre 2020
Crédits Source : archives La République des Pyrénées
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Fichier image/jpeg, 112k
Titre Figure 5 – Le premier logo du projet de station d’Artouste, 1969
Crédits Source : auteur inconnu
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Titre Figure 6 – Le projet initial de la station Artouste-Soussouéou, en 1970, qui ne verra jamais le jour
Crédits Source : Pierre Novat, imprimerie du Midi, Perpignan
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Fichier image/jpeg, 548k
Titre Tableau 2 – Coûts de fonctionnement et d’investissement de la station d’Artouste
Crédits Source : rapports d’activités de l’EPSA et cahiers de comptes communaux
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Fichier image/jpeg, 468k
Titre Figure 7 – Manifestation des socioprofessionnels de la station d’Artouste, 1er mars 2005
Crédits Source : archives Ascension Torrent, Pyrénées Presse
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Fichier image/jpeg, 196k
Titre Figure 8 – Évolution de la fréquentation de la station d’Artouste en hiver entre 2012 et 2018
Crédits Source : Buron, d’après Altiservice et office de tourisme de Laruns
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Fichier image/jpeg, 112k
Titre Figure 9 – Mobilisation à Laruns et à Artouste
Légende On y observe l’appropriation symbolique de la station, « ne touche pas à ma station », et le lien idéologique encore puissant assimilant l’avenir de la station à l’avenir de la vallée. Nous sommes encore par cette forme d’expression dans le mythe de « la station qui sauve la vallée ».
Crédits Source : La République des Pyrénées, novembre 2017
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Titre Figure 10 – Évolution de la population en vallée d’Ossau entre 1831 et 2016
Crédits Source : Insee
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Titre Figure 11 – Évolution des populations des communes de Laruns et des Eaux-Bonnes entre 1968 et 2017
Crédits Source : Observatoire 64 et Insee
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/7469/img-12.jpg
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Pour citer cet article

Référence papier

Glen Buron, « Quand la station de ski devient un « problème public » : de la diversification des activités à un après-tourisme comme horizon territorial dans les Pyrénées ? Exemple de la station d’Artouste en vallée d’Ossau »Sud-Ouest européen, 51 | 2021, 41-60.

Référence électronique

Glen Buron, « Quand la station de ski devient un « problème public » : de la diversification des activités à un après-tourisme comme horizon territorial dans les Pyrénées ? Exemple de la station d’Artouste en vallée d’Ossau »Sud-Ouest européen [En ligne], 51 | 2021, mis en ligne le 28 janvier 2022, consulté le 20 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/7469 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/soe.7469

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Auteur

Glen Buron

Enseignant-chercheur en géographie sociale, UMR 6031 TREE (Transitions énergétiques et environnementales), université de Pau et des Pays de l’Adour, glen.buron@univ-pau.fr

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Droits d’auteur

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