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Les stations de sports d’hiver dans les Pyrénées occidentales : trajectoires historiques et politiques publiques (1945-2020)

Winter Sports Resorts in the Western Pyrenees: Historical Trajectories and Public Policies (1945-2020)
Estaciones de esqui en los Pirineos Occidentales: trayectorias históricas y políticas públicas (1945-2020)
Laurent Jalabert
p. 25-39

Résumés

Dans ces espaces de l’ouest, les sports d’hiver qui ont aujourd’hui un demi-siècle ou plus d’existence, sont bien implantés sur un modèle qui oscille entre celui du tourisme de masse et d’activité de loisirs de proximité pour les habitants des vallées ou des villes de l’environnement proche (Pau, Tarbes, Bayonne). Les trajectoires historiques montrent qu’à l’issue de ce processus, l’intervention publique, notamment des élus, appuyés par l’État, y a été décisive et le reste aujourd’hui. Il s’agit d’un processus de développement qui reste très imprégné d’une culture politique keynésienne.

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Notes de l’auteur

Cet article est un aperçu des enquêtes menées dans le cadre du projet TCV-PYR/FEDER à l’université de Pau et des Pays de l’Adour (laboratoire ITEM) en lien avec les universités Toulouse – Jean Jaurès, Perpignan Via Domitia et les services de l’inventaire des régions Nouvelle-Aquitaine et Occitanie.

Texte intégral

  • 1 À cheval sur la Haute-Garonne (Les Agudes) et les Hautes-Pyrénées (Peyresourde).
  • 2 À l’origine composée de deux stations de chaque côté du col, La Mongie à l’est et Barèges à l’ouest
  • 3 Michel Chadefaud et Gilbert Dalla Rosa (1978).
  • 4 Mais on ne concurrence pas encore Luchon et Font-Romeu (Bouneau, 2016 ; Hagimont, 2017).
  • 5 Cela est perceptible par exemple à Cauterets, archives départementales des Hautes-Pyrénées (AD65), (...)

1La partie occidentale des Pyrénées (Pyrénées-Atlantiques et Hautes-Pyrénées) compte 18 stations de sports d’hiver, 12 de ski alpin (Peyragude 1, Val-Louron, Saint-Lary, Piau-Engaly, Grand-Tourmalet 2, Luz-Ardiden, Gèdre/Gavarnie, Hautacam, Cauterets, Gourette, Artouste, La Pierre-Saint-Martin) et 6 de ski nordique (Nistos/Cap-de-Neste, Campan-Payolle, Val d’Azun, Issarbe, Somport, Irraty 3). C’est entre 1900 et 1905, qu’apparaissent les pionniers du ski à l’ouest de la chaîne, le plus souvent autour des stations thermales. Fonctions de loisirs pour les populations urbaines environnantes aisées (marche, descente, randonnée, saut à ski, et autres sports de glisse, la luge, le bobsleigh, le patinage…), premières compétitions sportives et plus rarement fonctions utilitaires au sein de la paysannerie de montagne les mois d’hiver pour desservir les zones isolées coexistent alors. L’essor des stations de sports d’hiver ne se déploie qu’après la Seconde Guerre mondiale même si quelques remontées mécaniques émergent dès les années 1930 à Barèges par exemple (funiculaire de L’Ayré ou Lienz en 1936 4). Les premiers véritables projets naissent après 1945, surtout dans les années 1950 puis dans les années 1960. Les collectivités locales en sont à l’origine, l’État jouent ensuite un effet d’accélérateur jusqu’au milieu des années 1970 sous le contrôle du service d’études et d’aménagement touristique de la montagne (SEATM ; Hagimont, 2017). Ce volontarisme est cependant modeste par rapport à celui des Alpes, sans doute en raison des réticences de certaines populations notamment dans les zones pastorales 5, et surtout d’un manque d’investissements privés. À partir des années 1980-1990, seules des stations de ski de fond apparaissent à l’ouest de la chaîne.

  • 6 Sur le concept de « trajectoires historiques », outre les travaux de F. Hartog sur les régimes d’hi (...)
  • 7 Par « histoire proche », nous entendons une histoire incluant les 25 dernières années, celle pour l (...)

2Comment ces trajectoires historiques, reprises sur un temps court de l’historien (un demi-siècle 6) au sein d’une histoire proche complexe 7, appliquées aux zones de l’ouest de la chaîne pour la période des années 1945 à nos jours, se développent-elles ? Par trajectoires, on comprend des évolutions historiques impliquant,

des sinuosités, incurvations, ruptures, retours en arrière imposés à l’individu [ou à des groupes ou des collectivités] par les contingences du quotidien, les hasards ou les déterminismes sociaux. La notion de trajectoire est susceptible d’apparaître en filigrane de la description/narration des phénomènes humains, passés, présents ou imaginaires.

(Collectif, 2014.)

  • 8 Ces concepts sont largement évoqués par l’historiographie autour des loisirs/cultures de masse de l (...)
  • 9 Sur les importants débats autour des ruptures chronologiques de la période, cf. Sirinelli, 2012 ; B (...)
  • 10 Dans le sens d’une histoire politique classique autour de la notion des politiques publiques telles (...)
  • 11 Que l’on limitera aux collectivités territoriales, dans un sens restrictif, prises dans leurs conte (...)

3Ce concept, au départ appliqué par les historiens aux individus ou aux groupes sociaux (Sirinelli, 2005) est aujourd’hui repris plus largement à des expériences sociales, collectives, ici au travers de l’analyse des politiques d’aménagement d’un espace montagnard. Il est utilisé pour comprendre les évolutions des stations de sports d’hiver comme expériences de politiques publiques servant au développement de régions de montagne après 1945, le tout en vue de générer un développement territorial s’appuyant sur le déploiement d’une culture de loisirs de masse alors en plein essor 8. L’objectif de cet article vise à déterminer des périodisations autour de l’évolution de ces stations dans cette temporalité des années 1945 à nos jours, et plus particulièrement depuis la fin des années 1950 9. En second lieu, il s’évertue à réfléchir aux rôles des acteurs décisionnels, au sens politique du terme 10, au sein de ces trajectoires. Pour autant, l’article – compte tenu de l’ampleur de la chronologie et de l’espace limité de la publication en elle-même – ne prend pas en compte tous les acteurs dans leur complexité (rapports entre jeux de pouvoirs, évolutions diachroniques ou exhaustivité des interventions entre le pouvoir central, ses administrations, les pouvoirs locaux dans leurs diversités et leurs évolutions entre pouvoirs soumis à la centralisation, puis acteurs de la décentralisation…) [Jalabert, 2015]. Ce texte insiste donc sur le rôle décisionnel des pouvoirs locaux 11, leurs politiques spécifiques et leurs limites dans l’histoire du développement de ces stations de sports d’hiver sans en arriver à des conclusions définitives, les études menées jusqu’alors sur l’objet ayant encore laissé bien des questionnements en jachère, ou mal approfondis par la recherche historique, au regard des sources multiples disponibles malgré des travaux prometteurs (Hagimont, 2017).

I – La revitalisation de la villégiature à l’ouest des Pyrénées par les sports d’hiver de 1945 aux années 1960 : un enjeu politique local

1. Villages-stations et stations d’altitude dans l’ouest des Pyrénées

  • 12 À Cauterets, des membres du ski-club cauterésien achètent en 1949 deux fils à neige démontables qu’ (...)
  • 13 Saint-Lary n’est pas une ville thermale mais l’équipement hydroélectrique de la vallée appuyé par l (...)

4Les stations de ski pyrénéennes se sont développées comme leurs homologues des autres massifs français à partir de stations de villégiature, pour la plupart depuis les stations thermales (Bagnères-de-Bigorre/La Mongie, Barèges, Cauterets-Le Lys, Luz-Saint-Sauveur/Luz-Ardiden, Eaux-Bonnes/Gourette, Laruns/Eaux-Chaudes/Artouste) [Chadefaud et Dalla Rosa, 1978]. Les premières initiatives sont privées. À Barèges, par exemple, les premiers téléskis sont créés par des entrepreneurs qui les revendront à la commune en 1963 12. Mais ce sont les maires dans la grande majorité des cas qui prennent l’initiative de construire des remontées mécaniques au cœur des stations thermales ou à proximité de celles-ci (téléphériques, trains à crémaillère, etc.) en direction de champs de neige environnants propices à la pratique des sports d’hiver. L’objectif est de conserver le cœur de ville (ou village) comme point de départ de la station afin de développer une clientèle de villégiature hivernale, qui fait le pendant de son homologue estivale. Des projets de construction de téléphérique naissent à Cauterets dès 1945 afin de relier le village au cirque du Lys (Bayac, 2020) ou à Saint-Lary en 1953 en direction du Plat-d’Adet 13.

  • 14 Le premier téléski y est inauguré en 1945.

5La création de stations d’altitude est une seconde alternative qui apparaît si des routes préexistantes peuvent être aménagées. Les grands cols pyrénéens sont utilisés dès les années 1950 aux Eaux-Bonnes/Gourette par le col d’Aubisque ; à Bagnères-de-Bigorre/Campan/La Mongie par le col du Tourmalet 14 ; ou à Bagnères-de-Bigorre/Campan/Payolle par le col d’Aspin ; plus tardivement à Laruns/Eaux-Chaudes/Artouste par le col du Pourtalet. Dans ces stations, éloignées de la ville-mère de plusieurs kilomètres, s’y développe une politique d’urbanisation des sites selon le modèle de la station alpine. C’est le cas à Gourette où la mairie des Eaux-Bonnes dès 1950 crée une voirie, des systèmes d’adduction d’eau et un premier plan d’urbanisme plus quelques bâtiments (Bessou, 2017). Les remontées mécaniques y sont de statuts variables : un fil neige financé par des hôteliers, deux téléskis émanant d’entrepreneurs palois et une télécabine communale (Arripe, 1996). D’autres sites émergent aussi, à La Pierre Saint-Martin (commune d’Arette) à la fin des années 1950 (Bessou, 2017), à Peyresourde (commune de Germ) dans les années 1960 (Hagimont, 2017). Le lien avec le bourg centre est plus distant. Les sports d’hiver y sont considérés comme une activité économique visant à initier un développement territorial.

6L’histoire du ski de loisirs pyrénéen dans l’ouest de la chaîne se développe donc en cette fin des années 1950 autour de situations différentes. Il s’inscrit assez naturellement dans la continuité de l’histoire de la villégiature pyrénéenne. Il y est d’abord considéré comme un complément d’autres activités, perçu comme une alternative au caractère saisonnier et fragile de l’activité thermale. Puis le but est d’initier un vrai développement économique.

2. Un processus d’émergence très déterminé par les élus locaux

7Dans ces Pyrénées occidentales, le poids des édiles, sans être exclusif (Hagimont, 2017), est central (à Saint-Lary avec Vincent Mir, à Arette avec Jean-Marie Lonne-Peyret ou à Cauterets avec le docteur Thierry). Ces interventions émergent dans la continuité d’idées portées par quelques personnalités fortes des territoires, passionnées de montagne, pyrénéistes, guides, moniteurs de ski, animateurs d’associations sportives, parfois instituteurs qui trouvent une écoute des élus. Ces prémisses de l’aménagement se déroulent dans les années 1950 et débouchent sur les premières réalisations au début des années 1960.

8À Saint-Lary, autour de Vincent Mir, émerge un bel exemple de ce processus (Bernard, 2017). Promu maire par les comités de Libération en 1944, élu en 1947, il défend une politique de grands travaux pour son territoire, accompagnant l’aménagement hydroélectrique du massif du Néouvielle porté par EDF (barrage du Cap-de-Long). Outre les revenus financiers liés à la construction, la population communale est multipliée par 2,5 dès 1948, une opportunité pour un développement local qu’il convient de pérenniser. En 1953, un instituteur, Barrère, suggère à V. Mir que la « montagne de Counques », au pied du pic Lumière, offre des possibilités intéressantes pour le développement d’une station de ski sur le modèle alpin. Les terrains sont cependant la propriété de la mairie de la commune voisine de Soulan. V. Mir convainc son collègue de lui céder via un bail emphytéotique de 99 ans les espaces. Il présente au conseil municipal le 10 juin 1953 son projet de construction d’une station de ski sur le Plat-d’Adet, reliée par téléphérique à Saint-Lary. L’aventure est lancée. Malgré les réserves du SEATM, le sous-préfet de Bagnères-de-Bigorre valide le dossier le 11 janvier 1954. Le téléphérique qui relie le village (870 m) au Pic-Lumière (1 670 m) est porté à l’étude. Le plan d’aménagement de la station est approuvé en 1956, le téléphérique est inauguré en décembre 1957, à la veille des vacances, le champ de neige ouvre ses portes aux premiers skieurs.

Figure 1 – Gare d’arrivée du téléphérique du Pic-Lumière en fonction en 2020, Saint-Lary

Figure 1 – Gare d’arrivée du téléphérique du Pic-Lumière en fonction en 2020, Saint-Lary

Source : Jalabert

  • 15 Site écarté par les élus car trop éloigné de la ville-centre et qui aurait nécessité un projet d’ur (...)
  • 16 AM Cauterets, registre de délibérations du conseil municipal (1956-1970), p. 32. L’ensemble des don (...)
  • 17 Prévu pour 4 millions de francs de l’époque, il en coûtera le double, plaçant la commune dans une s (...)

9Le même processus est perceptible à Cauterets mais la démarche est plus laborieuse. Dès 1937, un projet d’aménagement d’un espace pour les sports d’hiver est envisagé au cirque du Lys via un téléphérique par « une commission municipale » présidée par Charles Thierry, médecin. Séduit par l’exemple de Saint-Gervais dans les Alpes, devenu maire à la Libération, il relance le projet tandis que le ski-club local envisage l’essor de la zone du Marcadau 15. Le maire se doit cependant préalablement de lever un premier obstacle, obtenir le soutien des éleveurs. La zone est en effet gérée par la commission syndicale de Saint-Savin qui voit d’un mauvais œil la construction de remontées mécaniques dans les pâturages. En outre, le conseil municipal s’interroge sur le coût de l’entreprise et renâcle après les premières études sur un risque d’endettement. Après plusieurs mois de discussions, le 10 mai 1957, la commission syndicale de la vallée de Saint-Savin accepte de louer les terrains nécessaires à la construction du téléphérique pour une durée de 18 années 16. Dans la foulée, le projet de station de ski est enfin approuvé par les élus puis par la sous-préfecture d’Argelès-Gazost. Le financement est assuré par le biais d’un prêt conjoint du conseil général, de la Caisse des dépôts et du Crédit agricole de Tarbes, acteur majeur du développement du ski dans ce département (Jalabert, 2020). Ce montage financier, validé par le conseil municipal le 21 décembre 1958, est refusé par la commission « Montagne » de la préfecture. Le maire ne renonce pas et un second dossier de financement est finalement validé en 1960. Devant le retard pris par les travaux 17, un second site est mis en chantier au Pont-d’Espagne, exploité par un télésiège en 1962 pour y générer des activités deux saisons, l’excursion au lac de Gaube étant très prisée par les curistes l’été. Le 14 février 1964, le téléphérique du Lys est enfin inauguré, près de 20 ans après le lancement du projet par la municipalité, ainsi que deux téléskis, le tout sous régie municipale. Cauterets dispose de deux sites, celui du Pont-d’Espagne sera cependant vite limité par la création du Parc national des Pyrénées (1967). Le processus est bien laborieux, révélateur de la difficulté de voir naître le ski de loisirs autour de projets d’envergure.

  • 18 À Gourette, Pierre Camdessoucens, maire initiateur de la construction de la première « télébenne » (...)
  • 19 « Enquête montagne, rapport général », chambre d’agriculture des Basses-Pyrénées, p. 194-195 (dispo (...)
  • 20 Les archives consultées à la mairie des Eaux-Bonnes ne sont pas cotées.
  • 21 À une époque où le pouvoir des préfets est très fort, les élus subissent ici une injonction. Dans c (...)

10Cette dynamique présentée pour deux communes se retrouve ailleurs (Gourette, Arette, Bagnères-de-Bigorre, Barèges, etc.). Il est loin d’être un long fleuve tranquille 18. Tous les acteurs ne sont pas systématiquement d’accord. L’enquête montagne de 1965, diligentée par la chambre d’agriculture des Basses-Pyrénées, s’interroge sur l’essor du tourisme hivernal. « Les possibilités de développement semblent en fait limitées » notent les rédacteurs qui évoquent le nombre réduit de sites et une qualité de neige médiocre. En outre, la clientèle potentielle leur paraît limitée 19. Ce rapport conclut « qu’aucun miracle ne doit être attendu ». De plus, après la création du Parc national des Pyrénées en 1967, il devient délicat de créer de nouveaux centres sportifs, notamment d’urbaniser de nouveaux sites alors en projets (Gavarnie, Luz-Ardiden, Artouste) ou même de déployer de nouvelles remontées mécaniques (vallée du Marcadau depuis le Pont-d’Espagne à Cauterets). La fragilité financière est telle que dans les Basses-Pyrénées, Gourette et Arette basculent entre les mains du conseil général. En effet, à Gourette, initiée en 1956, la télébenne municipale n’est achevée qu’en 1961 (Arripe et Bessou 20). Le préfet constatant l’endettement communal (1,1 million de francs) impose qu’il devienne propriété du département. Il en est de même pour les terrains en 1963. Le conseil général, à la demande du préfet, crée cette année-là l’EPSA (Établissement public des stations d’altitude), organisme qui prend aussi en charge la gestion de la station d’Arette 21.

11Les initiatives publiques locales sont donc déterminantes dans cette partie des Pyrénées pour comprendre l’essor des stations de sports d’hiver qui s’initie entre la Seconde Guerre mondiale et le début des années 1960. Cette première période se déroule dans une relative euphorie, mais qu’il convient cependant de relativiser compte tenu de la lenteur de certains projets ou encore de l’existence de forces de résistance qui restent à mieux analyser. Sur les bases des premières réalisations, le processus se poursuit.

II – Le mirage de l’or blanc (des années 1960 aux années 1980) : des devenirs contrastés

12Une fois les initiatives engagées, les premières stations se développent tandis que de nouvelles continuent d’apparaître dans les années 1970 (Luz-Ardiden, Gavarnie, Piau-Engaly, Hautacam, Val-Louron). Elles connaissent des trajectoires assez différentes, pour l’essentiel en raison de leur potentiel naturel, mais aussi de par les différents moyens dont elles disposent. D’un point de vue chronologique, deux temps émergent ici : celui de l’équipement tant en remontées mécaniques que de point de vue des constructions immobilières (jusqu’au milieu des années 1970) et celui de l’affermissement, plus difficile (dans les années 1980).

1. Un développement rapide dans les années 1960

  • 22 AD65, série N, 1966, vol. Certains conseillers généraux ont visité la Savoie quelques semaines plus (...)

13La première phase se déroule dans la continuité de l’ère précédente, les autorités publiques portent une aide décisive. Ainsi, le conseil général des Hautes-Pyrénées, lors d’une session extraordinaire le 7 octobre 1966, crée un fonds d’aides aux collectivités pour l’équipement de la montagne (FACEM), doté de 11 millions de francs à allouer pour les dix années à venir. La délibération précise que la somme a pour but le « développement harmonieux des stations de ski sur le modèle alpin 22 ». Le déploiement des pistes et des remontées mécaniques sur les champs de neige est la condition première du succès. On aménage rapidement les domaines (Hagimont, 2017) car les premiers équipements sont rapidement saturés. Saint-Lary l’illustre. Entre 1957 et 1960, le nombre de skieurs a doublé. Le téléphérique est jugé insuffisant. V. Mir, conscient de l’importance croissante de l’automobile, veut construire une route au-delà de la commune de Soulan, jusqu’aux remontées mécaniques, ce que facilite la fusion des deux communes, Saint-Lary et Soulan, en 1963. La construction d’une route permet l’urbanisation au pied des pistes et la mise en œuvre d’une station d’altitude dans les secteurs du Plat d’Adet et d’Espiaube dès 1964. Grâce au relai de la promotion immobilière et l’aide du conseil général, le dossier progresse rapidement. La croissance démographique communale est la traduction de cette politique (Saint-Lary passe de 414 habitants en 1946 à 687 en 1968, puis 921 en 1982 et 1 108 en 1990). La station devient un phare pyrénéen. La Mongie (Bérot, 2012), Gourette (Arripe, 1997) et Barèges offrent des cas tout à fait comparables à une époque où les initiatives municipales se combinent étroitement avec les premières réalisations immobilières et l’essor de vrais domaines d’altitude, fréquentés aussi bien pendant les vacances scolaires que pendant les week-ends (Chadefaud et Dalla Rosa, 1978). Le succès est cependant à modérer selon la taille des domaines et des stations. La Mongie apparaît au sommet de la hiérarchie, allant même jusqu’à accueillir une épreuve de la coupe du monde de ski alpin en 1985.

Figure 2a – Le cœur de station à La Mongie/Grand Tourmalet

Figure 2a – Le cœur de station à La Mongie/Grand Tourmalet

Source : Jalabert

Figure 2b – Le cœur de station à Gourette

Figure 2b – Le cœur de station à Gourette

Source : Jalabert

  • 23 Cette période, essentielle, est peu développée dans cet article. Les travaux du programme TCV-PYR, (...)

14Sa liaison avec Barèges le long du col du Tourmalet en 1975 en fait le plus grand domaine des Pyrénées même si les relations entre les deux régies sont houleuses 23. Ces développements dans les Hautes-Pyrénées sont aussi liés aux aides du FACEM entre 1966 et 1971 (Barèges, 1,4 million de francs ; La Mongie, 0,75 million de francs ; Peyresourde, 0,68 million de francs ; Saint-Lary, 0,88 million de francs ; Cauterets, 0,12 million de francs), politique renouvelée dans les cinq années suivantes où ces stations reçoivent 85 % des subventions contre 15 % pour les plus récentes, notamment Gavarnie et Hautacam.

Figure 3 – L’architecture originelle de la station à Piau-Engaly

Figure 3 – L’architecture originelle de la station à Piau-Engaly

Source : Jalabert

15Car en effet, les dernières stations émergent à la fin des années 1960 et au début des années 1970. La plus importante est la construction de la station de Piau-Engaly (Edelman, 2003) voulue par le maire d’Aragnouet, M. Pichon. Le premier téléski y voit le jour en 1970 et les premiers bâtiments y apparaissent à partir de 1972 avec des constructions qui s’y poursuivront jusqu’en 1985. Au cœur d’un cirque bien enneigé, les immeubles en anneaux épousent les courbes de niveau du relief et s’intègrent pleinement au paysage. La station est administrée par une régie municipale jusqu’en 1984 puis une SEM qui récupérera aussi la gestion des remontées mécaniques en 1991.

  • 24 Les installations entre le bourg et les pistes sont démontées et l’accès ne se fait plus qu’en voit (...)
  • 25 Limitée à un champ de neige et un restaurant, elle est cédée à la CCI des Hautes-Pyrénées en 1983 p (...)
  • 26 Cet espace est original dans sa création car il s’agit d’une initiative collective de revitalisatio (...)
  • 27 Délibération du conseil général, 1re session, 1978.

16À la même époque naissent Gavarnie-Espécière en 1971 sur le site du col de Boucharo 24 ; Hautacam en 1972 créée par un industriel du BPT Jean Labouly 25 ; Luz-Ardiden, dépendante du SIVOM du pays Toy autour de Luz-Saint-Sauveur qui est inaugurée en 1974 ; et enfin, Val-Louron initiée par la commune des communes du Louron, ouverte en 1977 et inaugurée en 1980 26. Ces créations viennent compléter l’offre existante mais elles ne font plus consensus. L’expérience du FACEM est partiellement renouvelée mais avec un regard très critique en 1978. Les élus départementaux regrettent notamment les constructions de la route de Superbarèges qui débouche sur un simple parking sans urbanisation et celle « du col de Boucharo à Gavarnie « qui est un cul de sac et ne sert à rien 27 ». Devenu le FACET (fonds d’aide aux stations touristiques thermales et de sports d’hiver), il n’a plus pour objet d’aider les seules stations mais les vallées dans leur ensemble, signe d’une inflexion qui révèlent des tensions politiques au sein de l’assemblée départementale.

2. Une stabilisation difficile dans les années 1980, un développement hétérogène

17Les années 1980 sont donc plus délicates. Outre certaines périodes difficiles pour l’enneigement (1978 par exemple), les modernisations de structures qui atteignent la vingtaine d’années pour certaines sont coûteuses pour des collectivités qui manquent de moyens (Aventur, 1984). L’endettement est un recours indispensable comme l’illustre le cas de Cauterets. Les constructions de nouvelles remontées mécaniques passent par des crédits contractés auprès de la Caisse des dépôts ou de la caisse régionale du Crédit agricole de Tarbes (Bayac, 2020). À Artouste, qui a ouvert ses portes en 1969 sous gestion municipale, la récurrence des déficits annuels d’exploitation bloque l’investissement et conduit au basculement vers la gestion départementale en 1978 via l’EPSA. Grâce à cette bouffée d’oxygène, en 1981, une télécabine depuis le lac de Fabrèges remplace le vieux téléphérique de la Compagnie des chemins de fer du Midi et le Petit Train pour accéder directement au stade de neige, ce qui permet de développer une petite urbanisation.

Figure 4a – Arrivée de la télécabine à Artouste

Figure 4a – Arrivée de la télécabine à Artouste

Source : Jalabert

Figure 4b – L’urbanisation à Fabrège

Figure 4b – L’urbanisation à Fabrège

Source : Jalabert

  • 28 « Le tourisme en Béarn, horizon 1985 », ESCAEP, 1976.

18Les mairies ou départements peinent cependant à gérer les domaines et les investisseurs manquent pour initier de nouveaux projets d’urbanisme. Certains continuent cependant à investir, notamment Saint-Lary qui construit des thermes en 1988 dans le village pour développer une activité estivale. Mais les projets immobiliers se raréfient dans les années 1980, comme l’illustre le cas de Gourette où s’arrêtent les dernières constructions d’ampleur (Bessou, 2017). Des développements sont bloqués, souvent en raison de questions environnementales. C’est le cas à Saint-Lary avec l’échec du projet d’extension autour du lac de l’Oule conçu en 1970 (4 000 lits à 2 000 m d’altitude). Si l’étude préalable est validée en 1972 par le SEATM à Chambéry, le projet définitif est différé par l’antenne du SEATM-Pyrénées et la DATAR avant son abandon définitif en 1977 (Aventur, 1984). Dans les Pyrénées-Atlantiques, selon une enquête menée en 1976 à la demande du département, les possibilités de développement des trois stations sont maigres 28. Les deux pistes envisagées à l’époque vers le col d’Aubisque à Gourette et vers le « Soussouéou » à Artouste sont dans l’impasse du fait de querelles entre le département et les municipalités des Eaux-Bonnes et de Laruns.

  • 29 Ce modèle est celui retenu par les services culturels et architecturaux des régions de montagne. «  (...)
  • 30 La station s’établit sur les plans de l’architecte Jean-Marc Vialle entre 1975 et 1985.
  • 31 Bien au contraire, c’est le village historique de Loudenvielle qui se redéveloppe depuis une quinza (...)

19Ces développements laborieux expliquent que le modèle architectural des quatre générations des stations alpines établi par les services de l’inventaire de la région Rhône-Alpes 29 appliqué à l’ouest pyrénéen est peu opérant. Le modèle des villages-stations de la première génération (type Megève) « implantés en fond de vallée ou sur un col, au centre du domaine skiable, d’où partent les remontées mécaniques et où aboutissent les pistes » (Delorme, 2014) ne fonctionne qu’imparfaitement, dans le sens où les pistes ne viennent pas jusqu’aux villages, trop bas en altitude. Pour autant, ce modèle peut s’appliquer à Cauterets, Saint-Lary et Barèges, des remontées mécaniques partent bien du cœur de ville et desservent des champs de neige (Bayac, 2020). Pour autant, « l’attente » trop longue du skieur devant les téléphériques (Cauterets, Saint-Lary) en montre les limites. Les élus réagissent par la construction de routes rapprochant les villages des champs de neige (Espiaube/Plat-d’Adet à Saint-Lary, Cambasque à Cauterets). Les espaces qui s’apparentent aux stations alpines de deuxième génération (Sestrières, Courchevel) se développent sur les bases de préconstructions embryonnaires des années 1950 (Gourette). Le plan neige est un point d’appui à cet essor mais rarement un préalable. Il s’agit, selon le modèle de Courchevel qui séduit les visiteurs pyrénéens, d’investir des terrains vierges de tout habitat permanent afin de les aménager en y contrôlant l’urbanisation pour y déployer de nouvelles activités économiques liées aux sports d’hiver (tourisme). Le but est de sortir ces zones de montagnes d’un marasme économique croissant. C’est le mirage de l’or blanc. Le plan de la majorité de ces stations est relativement classique : 1) acheminement/parking en aval avec une domination des infrastructures routières ; 2) front de neige entouré d’immeubles en cœur de station avec commerces et restaurations, et un déploiement inégal selon les lieux de lotissements de chalets alentours ou parfois d’immeubles ; 3) grenouillère/domaine skiable en amont. Ce plan est particulièrement visible au Plat-d’Adet, La Mongie, La Pierre-Saint-Martin et Val-Louron. Le modèle de la station intégrée (troisième génération, type les Arcs, Flaine) est absent dans l’ouest de la chaîne si l’on considère celle-ci comme « un prototype de développement urbain » déployé avec l’appui du secteur privé. Piau-Engaly fait figure d’exception mais l’investisseur public y joue toujours un rôle central 30. Des projets nombreux sont envisagés par les services de l’État mais n’aboutissent pas, souvent faute de capitaux, par exemple dans la vallée d’Ossau dans la zone du Soussouéou où une plainte des défenseurs de l’environnement conduit à un échec définitif (Chadefaud et Dalla Rosa). Le modèle des stations-villages (quatrième génération) qui apparaît à la fin des années 1970, sur l’exemple de Valmorel, n’existe pas. À cette époque, on ne construit plus de nouvelle station. La dernière-née, Val-Louron à Loudenvielle, conserve le modèle de la station d’altitude même si le village de chalets à l’entrée pourrait faire penser que ce modèle aurait pu s’y créer 31 ; ou à Campan-Payolle pour le ski nordique. Les deux stations ne prennent guère leur envol.

Figure 5 – Val-Louron, un village station ?

Figure 5 – Val-Louron, un village station ?

Source : Jalabert, plan à l'entrée de la station de Val-Louron

  • 32 Les recours judiciaires contre ces projets sont nombreux et l’étude des archives des tribunaux admi (...)

20Le modèle architectural des quatre générations alpines visible à la fin des années 1980 ne résiste pas, non à une spécificité topographique qui aurait pu l’empêcher (les espaces vierges et enneigés existent, y compris à des hautes altitudes) mais davantage à un manque d’investisseurs privés et sans doute à des forces de résistances qui émanent des populations locales qu’il convient encore d’étudier 32 et à des réglementations spécifiques. Les trajectoires sont bien différentes. À partir de cette période, le développement des stations de sport d’hiver est bloqué.

III – Les stations de sports d’hiver à l’ouest de la chaîne depuis 1990 : hétérogénéités de situations et fragilités de gouvernance

21Depuis les années 1990, les stations de sports d’hiver de l’ouest de la chaîne vivent une phase plus complexe. Si certaines s’affirment au sein d’un marché tendu, la plupart ont des difficultés à trouver un équilibre financier.

1. La nécessité d’investir

  • 33 « L’avenir des stations de ski des Pyrénées : un redressement nécessaire, des choix inévitables », (...)

22Comme le note dans une analyse rétrospective la Cour des comptes, « la nécessité de rester compétitif sur un marché très concurrentiel implique de lourds investissements dont le financement et la rentabilité sont souvent très incertains 33 ». Or, les stations manquent de moyens propres. De plus, en France, les remontées mécaniques ne sont pas éligibles aux subventions européennes. Or, la modernisation des domaines est devenue indispensable d’autant que la concurrence espagnole est devenue plus agressive avec le développement des domaines aragonais de Formigal (col du Pourtalet), Candanchu et Astun (col du Somport).

  • 34 Certains domaines subissent aussi les conséquences d’aléas inattendus. En 1987, l’effondrement d’un (...)

23Les stations françaises doivent donc investir pour rénover des remontées mécaniques vieillissantes mais aussi pour s’équiper en usines et canons à neige artificielle afin de garantir des saisons complètes. Quelques collectivités territoriales (Hautacam, Artouste, Luz-Ardiden…) ont souvent des difficultés à l’assumer. À Artouste, la télécabine construite en 1981 n’est remplacée qu’en 2016, après presque 35 années de fonctionnement. Certaines remontées mécaniques comme le télésiège de l’Ours ou les téléskis des Perdrix (1967) ou celui de Séous (1969) sont toujours en fonctionnement en 2020. Le caractère vieillissant de ces remontées mécaniques ne répond plus aux exigences de la clientèle, autre que locale. Dans d’autres stations, le matériel est par contre régulièrement rénové. À Barèges, cinq télésièges sont changés depuis 2000. Les appareils, plus modernes, de plus grandes capacités, plus rapides, inclus désormais dans le domaine du Grand Tourmalet, offrent des dynamiques incontestablement plus attractives. Les trajectoires des stations divergent nettement 34.

  • 35 La Dépêche du Midi, 10/01/2019.

24Les stations s’équipent aussi en usines à neige artificielle à partir des années 1990. Si trois domaines ne manquent généralement pas de neige (Cauterets, Piau-Engaly et Gavarnie), d’autres sites du fait de leur altitude en moyenne montagne et/ou de leur exposition (Artouste, Hautacam, Val-Louron) sont soumis à des années complexes. Les Noël sans neige ont tendance à se multiplier (1989, 2000-2001, 2019). La majorité des stations choisit logiquement d’équiper les bas de domaine pour assurer les « retours stations » skis aux pieds. Certaines années, sans canon, les ouvertures n’auraient pu se faire. En 2019, au début du mois de janvier, Saint-Lary n’a ouvert que cinq pistes, toutes avec de la neige artificielle, Peyragude assure une ouverture de 80 % de son domaine avec l’appui de ses deux usines à neige 35, Gourette et Artouste restent fermées. Les situations sont surtout inégales car l’équipement est long à se dessiner, comme à Hautacam. Les conclusions des experts du GIEC en 2018 sur l’enneigement du massif imposent l’évidence aux directeurs de stations : renforcer les usines à neige, même si cela génère de nouvelles menaces sur les équilibres financiers et écologiques, est une nécessité pour s’inscrire dans la durée.

2. Des équilibres financiers impossibles ?

  • 36 Rapport cité.

25Or, bien des stations sont en mauvaise santé financière, situation dénoncée par la Cour régionale des comptes Aquitaine/Poitou-Charentes en 2011 pour les trois stations des Pyrénées-Atlantiques et plus largement pour toute la chaîne en 2015 par la Cour des comptes 36. Les taux d’endettement y sont vertigineux. À Peyragudes, la somme des investissements crée un endettement cumulé de 20 millions d’€ en 2014 ! Certaines connaissent même des déficits d’exploitation quasi annuels depuis leur création, comme Artouste ou encore Hautacam et Luz-Ardiden.

  • 37 Le chiffre d’affaires est très inégal en raison des aléas climatiques : en 2005-2006, 13,7 millions (...)

26Au début des années 1990, la plupart sont dans le rouge, notamment Barèges qui accumule les déficits annuels. Le rapprochement avec La Mongie est à cette époque devenu une nécessité. Il est effectif en 1998 avec une association puis une fusion qui provoque la création de la station du Tourmalet. Les deux régies municipales se regroupent en 2000 et un syndicat intercommunal est créé entre Barèges et Bagnères-de-Bigorre/Campan (la régie intercommunale Campan-Tourmalet). Après plusieurs années difficiles entre 2005 et 2008 37, l’opération est un succès car elle a permis d’investir 46 millions d’€ dans les remontées entre 2000 et 2012. Le domaine est devenu le plus grand des Pyrénées françaises avec 100 km de pistes, a enregistré 600 000 journées de ski en 2014 pour 15,2 millions d’€ de chiffres d’affaires. Les collectivités investissent à nouveau 50 millions d’€ de 2013 à 2020 pour agrandir le domaine de 260 à 360 ha, l’équivalent de la station espagnole de Baqueira-Beret, l’une de ses grandes concurrentes.

  • 38 La disparition brutale (suicide) du maire de Luz, en 2002, qui faisait partie des fondateurs de la (...)
  • 39 La commune, en 2019, doit rembourser 8 millions d’€ de ses investissements du milieu des années 200 (...)
  • 40 « Un projet de rapprochement des stations. Un projet de rapprochement des territoires », Lettre d’i (...)
  • 41 Les banques (Caisse d’épargne Midi-Pyrénées et Crédit agricole Pyrénées-Gascogne) refusent le rééch (...)
  • 42 La Dépêche du Midi, 01/10/2020.

27Cette fusion réussie ne doit pas masquer des trajectoires opposées. C’est le cas de Luz-Ardiden 38 où avec un chiffre d’affaires annuel moyen de 3 millions d’€ dans les années 2000, il avait été envisagé de renouveler des équipements vieillissants (estimation : 4,1 à 9,1 millions d’€), mais aussi de relier le domaine skiable avec le bourg (22 à 25 millions d’€). Le taux d’endettement du SIVOM du pays Toy qui gère la station est tel, depuis sa création, qu’il est en 2013 dans la quasi impossibilité de rembourser la dette, plaçant la station au bord de la faillite 39. Chaque élection municipale, le domaine skiable est l’objet de toutes les querelles. Un projet de fusion avec Cauterets est envisagé sur des plans datant de la fin des années 1970. Alors que les premières études de terrain sont réengagées en 2005, le processus n’est relancé qu’en juillet 2011 40. Estimé en 2013 entre 21 et 27 millions d’€, il n’est finalement approuvé qu’en 2018 sous la pression des banques 41, de la région, du département et de l’État, après de vastes discussions pour un coût de 30 millions d’€. Au-delà de la simple liaison des deux domaines, l’objectif est de disposer d’une gestion unique notamment pour absorber les dettes de Luz-Ardiden. La communauté des communes, avec l’aide du département, doit injecter 2 millions d’€ pour les meilleures années, parfois davantage, pour équilibrer les comptes. À Cauterets, la situation est aussi complexe avec une dette cumulée de 14 millions d’€ en 2019. La création de l’organisme unique de gestion des domaines prévu pour remplacer ceux de Luz-Ardiden (SIVOM de l’Ardiden) et de Cauterets (EPIC espace Cauterets) est en 2019 différée suite aux recours déposés par diverses associations. Certains contribuables de Cauterets trouvent un relai au sein du conseil municipal, craignant que l’endettement de son voisin ne retombe sur la fiscalité locale. Des associations de protection de l’environnement invoquent une construction qui vient menacer des espèces protégées (Grand Tétras et Lagopède). Finalement, l’organisme créé, le SICLA (Syndicat intercommunal des domaines skiables de Cauterets-Luz-Ardiden) est une transformation du SIVOM de l’Ardiden qui permet de renégocier le montant de la dette par des échéances allégées, mais qui n’engage en rien Cauterets qui n’y siège que de façon consultative. Le projet n’a finalement pas survécu aux élections municipales de 2020 et a été abandonné par la nouvelle majorité cauterésienne qui privilégie un projet de reconstruction d’une télécabine vers le site du Cambasque (site abandonné quelques années plus tôt suite à une avalanche 42) [fig. 6]. La fusion est de nouveau différée. Cet exemple est particulièrement révélateur de la difficulté à adapter certaines stations aux contraintes du marché du fait d’équilibres financiers précaires et de mésententes entre élus.

Figure 6 – Télécabine du Cambasque en friche à Cauterets

Figure 6 – Télécabine du Cambasque en friche à Cauterets

Source : Jalabert, 2018

  • 43 Les Échos, 26/01/2000.
  • 44 Cela est en partie lié au choix du conseil général, alors présidé par Fr. Bayrou en 2000, de ne pas (...)
  • 45 Rapport de la CRC Aquitaine, « L’établissement public des stations d’altitude des Pyrénées-Atlantiq (...)

28Dans les Pyrénées-Atlantiques, les stations y sont toujours gérées par l’EPSA. De 1991 à 1995, les déficits des trois domaines imposent selon la Cour régionale des comptes d’Aquitaine (1995) « une remise en ordre financière et comptable de l’EPSA » qu’éponge annuellement le département. En 1999, une clarification du rôle des deux instances est établie : le conseil général sera en charge de l’investissement et l’EPSA assurera l’exploitation des stations. Le premier investit 60 millions d’€ entre 2000 et 2014, dont 35 millions d’€ pour la seule station de Gourette entre 2001 et 2004. L’objectif de modernisation est assuré par la collectivité afin de garantir une offre concurrentielle. Ces investissements sont théoriquement remboursés par l’EPSA sous forme d’une redevance annuelle. Artouste est cependant sacrifiée par l’assemblée départementale, « handicapée par le classement d’une partie de son domaine skiable et une décision du tribunal administratif de Pau qui bloque à 800 lits son offre d’hébergement à Fabrèges 43 ». En 2004, la commune de Laruns récupère le domaine 44 pour le concéder en délégation de service public à une filiale de la Lyonnaise des eaux, Altiservice, créée en 1990 pour gérer Saint-Lary. Un second rapport de la Cour régionale des comptes 45 signale cependant que les équilibres de l’EPSA sont toujours dépendants de résultats irréguliers. Certaines mauvaises années, comme en 2006-2007 et 2007-2008, le département reste contraint de combler le déficit d’exploitation. Le nouveau montage ne garantit pas la rentabilité des domaines. L’EPSA, trouve cependant une bouffée d’oxygène depuis qu’il exploite en 2013 le « petit train de la Rhune » au Pays basque, structure touristique très fréquentée l’été à forte valeur ajouté. L’argent public du département autorise la difficile sauvegarde des stations.

3. De nouveaux modes de gestion

  • 46 Les Échos, 11/03/2015.
  • 47 Cet aspect n’est pas abordé dans cet article mais bien des stations connaissent de lourdes difficul (...)

29Les conséquences de la précarité financière se retrouvent dans une restructuration des modes de gestion. Les régies municipales ou départementales, exsangues, doivent trouver des solutions alternatives. Ainsi, sept stations des Hautes-Pyrénées et des Pyrénées-Atlantiques ont constitué la société d’économie mixte, N’Py, en 2004 (30 salariés au départ) chargée de centraliser les achats, d’assurer la promotion et de mener la formation des agents depuis son siège lourdais. La SEM élargit ses compétences et commercialise via Internet forfaits, hébergement et services. Elle réalise 20 % des ventes des stations 46. En 2015 est créé la SAS N’PY Resa, société d’actions simplifiée au capital de 1,9 millions d’€. C’est en 2019 le premier groupe pour la gestion des stations des Pyrénées (55 % des parts de marché). Ses actionnaires décident d’investir le champ de l’immobilier afin de résoudre le problème du vieillissement des structures en créant la « Foncière pyrénéenne », un premier hôtel ouvre à Piau-Engaly en 2018-2019 (Hostel Skylodge). Pour renforcer son capital, elle choisit de faire entrer parmi les actionnaires, pour 7 % la région Occitanie et 7 % la Banque des territoires, deux acteurs qui pourraient à terme devenir majoritaires, tout particulièrement la région qui, de fait, devient investisseur du ski pyrénéen. L’objectif affiché est d’intégrer de nouvelles stations dans le groupe. NP’Y salarie jusqu’à 1 200 personnes et pourrait attirer de nouveaux actionnaires (région Nouvelle-Aquitaine). Pour autant, si N’PY est bien gestionnaire de la commercialisation et intègre à petit pas la difficile question immobilière si importante dans bien des stations 47, l’organisme ne résout pas le problème de l’investissement.

Figure 7 – Le Skilodge de N'PY à Piau-Engaly

Figure 7 – Le Skilodge de N'PY à Piau-Engaly

Source : Jalabert

  • 48 La République des Pyrénées, 23/11/2017.

30Principale concurrente de N’PY, Altiservice, filiale créée par la Lyonnaise des eaux, reprise par Suez en 2012 (devenue Engie), gère deux domaines à l’ouest de la chaîne, Saint-Lary et Artouste, avec des résultats opposés. Pour cette dernière, l’investisseur cherche à préserver sa présence dans la vallée d’Ossau où sa filiale, la SHEM, doit être mise en concurrence sur le marché des concessions hydroélectriques. L’exploitant verse des redevances sur les investissements et le chiffre d’affaires aux deux mairies, propriétaires des domaines. À Saint-Lary, le maire Jean-Henri Mir concède au journal Les Échos que « Jamais Saint-Lary n’aurait pu investir autant et se diversifier. Notre chiffre d’affaires a doublé depuis 2000 parce que le syndicat intercommunal et Altiservice ont investi 60 millions d’€ à parité. Et quand il n’y a pas eu de neige en 2006-2007, le délégataire a payé le déficit de 8 millions d’€. » Mais le groupe est de plus en plus frileux. Après Luchon en 2012 et Guzet-Neige en 2017, c’est Artouste qui rompt en 2018 son partenariat. En novembre 2017, Altiservice annonce en effet que la station ne sera ouverte que pendant les vacances scolaires de Noël et de février si l’enneigement le permet, soit cinq semaines, en raison du déficit constant. L’espace skiable connaît lors de la saison précédente un déficit de 1,2 million d’€, pour un chiffre d’affaires de 0,8 million d’€ 48. L’absence d’investissement pérenne d’Altiservice dans la station, cumulé à ce retrait, pousse la municipalité à en reprendre le contrôle seule. Suez, devenue Engie, recapitalise le groupe à hauteur de 9 millions d’€ avant de s’en distancier en 2019, en vendant 80 % du capital à BTP Impact Local, société gérée par Mirovala, filiale de la BPCE (groupe bancaire Natixis). Le devenir d’Altiservice est posé, la délégation de service public de Saint-Lary expire en 2024, deux ans après celle de Font-Romeu (2022).

31La période qui court depuis le début des années 1990 est donc très contrastée dans les Pyrénées occidentales. Les logiques diffèrent selon les stations de sports d’hiver, qui toutes restent dépendantes de l’intervention des collectivités territoriales, garantes pour la plupart de l’investissement et donc de la mise en conformité et de la modernisation des domaines. Quant à la gestion des espaces, elle découle de délégations de services publics, passe difficilement par le secteur privé et se traduit par la création de SEM, du type N’PY, une fois encore sous la houlette des collectivités territoriales. La trajectoire de ce début de siècle se situe bien dans celle des années précédentes, une dépendance constante et croissante par rapport aux pouvoirs publics qui sont les garants de l’entretien, de la gestion et du développement des sports d’hiver, une activité de montagne sous perfusion.

Conclusion

  • 49 Cf. le bilan de la saison 2018-2019 dans le Béarn dans La République des Pyrénées, 05/04/2019.
  • 50 Visible sur le site internet de la commune d’Aragnouet, mairie-aragnouet.fr, rubrique « Actualité »

32La situation des stations de sports d’hiver dans les Pyrénées occidentales est hétérogène alors que la crise du covid-19 depuis deux saisons vient perturber leur fonctionnement. Les aléas climatiques qui ont ici été toujours marqués modifient ces dernières années le rythme des saisons sportives avec des ouvertures retardées 49, des qualités de neige très changeantes et des variations de températures brutales avec de très fortes chutes de neige souvent tardives, suivies d’épisodes venteux ou de radoucissements soudains aux conséquences environnementales parfois complexes (glissements de terrain, avalanches, crus…). Autant d’aléas plus fréquents qui génèrent pour les collectivités de lourdes charges imprévues, tant dans les domaines que pour l’entretien de leur accès. En ce début de xxie siècle, dans cette partie du massif, la situation est donc tendue. Elle est aussi très inégale comme le relèvent les trajectoires présentées, variables d’un domaine à l’autre. Quelques stations sont, de par des investissements réguliers et des modes de gestion adaptés au contexte du nouveau siècle qui répondent aux attentes de la clientèle, et surtout de par leur position (altitude, exposition), dans une posture qui leur donne une certaine solidité : Grand Tourmalet, Saint-Lary ou encore Piau-Engaly et Peyragudes. Ces stations apparaissent comme des espaces touristiques majeurs de l’ouest pyrénéen qui évoluent au gré des années en cherchant à s’adapter au contexte. Les acteurs publics y occupent un rôle central en lien avec les investisseurs privés, souvent immobiliers. Le cas de Piau-Engaly où se déploie depuis 2019 un nouveau projet de requalification de la station (Natura Piau) est unique 50. Les trajectoires sont en phase avec le marché.

  • 51 En 2016-2017 par exemple, le déficit est à Gourette de 0,6 million d’€ et à La Pierre-Saint-Martin (...)

33Ailleurs, les situations y sont incertaines. Dans bien des cas, les stations de sports d’hiver sont très dépendantes d’un investissement public qui garantit en partie leur modernisation, et surtout de collectivités obligées de compenser par des injections régulières des situations d’exploitation critiques. C’est le cas à La Pierre-Saint-Martin ou Gourette 51 où le conseil départemental vient d’investir 30 millions d’€ supplémentaires, tout comme Cauterets qui a fait le choix d’un repli sur soi, voire même Gavarnie qui, compte tenu de sa situation au sein du Parc national, a dû se résoudre à se cantonner à l’exploitation d’un stade de neige. Ces domaines qui aspirent toujours à être des stations de sports d’hiver ouvertes au tourisme de masse, pour perdurer, devront répondre rapidement à des situations d’incertitude.

  • 52 À Gourette sont comptabilisés 500 saisonniers dont 80 % sont issus de la vallée d’Ossau (100 saison (...)

34Enfin, un troisième type de station est plus directement menacé. C’est le cas d’Artouste, Luz-Ardiden, Hautacam ou encore Val-Louron, toutes en basse ou moyenne altitudes. De créations parmi les plus récentes et avec un endettement important qui les prive de toute possibilité ou presque de rebond, les trois premières sont régulièrement menacées de fermeture et limitent d’ailleurs les périodes d’ouverture, comme Hautacam, seulement ouverte les week-ends, mercredi et vacances d’hiver. La précarité de ces sites laisse apparaître un devenir incertain. Pour autant, les élus tentent de reprendre la main et revendiquent une continuité de « mission de service public ». Artouste a remunicipalisé la gestion, affichant ouvertement la carte de station de proximité, pour un public local, avec des tarifs attractifs. Une réappropriation qui vient aussi questionner l’impact économique des sports d’hiver qui représentent dans la vallée d’Ossau environ 500 emplois directs ou indirects, souvent saisonniers 52.

35Dans ces espaces de l’ouest, les sports d’hiver qui ont aujourd’hui un demi-siècle ou plus d’existence, sont bien implantés sur un modèle qui oscille entre celui du tourisme de masse et d’activité de loisirs de proximité pour les habitants des vallées ou des villes de l’environnement proche (Pau, Tarbes, Bayonne). Les trajectoires historiques montrent qu’à l’issue de ce processus, l’intervention publique, notamment des élus appuyés par l’État, y a été décisive et le reste aujourd’hui. Il s’agit d’un processus de développement qui reste très imprégné d’une culture politique keynésienne, celle d’un engagement des élus au service du développement de territoires en difficulté, peu en lien avec l’esprit du nouveau siècle mais qui autorise la sauvegarde d’un emploi local fragile. Face aux transformations environnementales qui s’annoncent, ce sont désormais de nouveaux enjeux qui s’ajoutent à ces trajectoires.

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Notes

1 À cheval sur la Haute-Garonne (Les Agudes) et les Hautes-Pyrénées (Peyresourde).

2 À l’origine composée de deux stations de chaque côté du col, La Mongie à l’est et Barèges à l’ouest.

3 Michel Chadefaud et Gilbert Dalla Rosa (1978).

4 Mais on ne concurrence pas encore Luchon et Font-Romeu (Bouneau, 2016 ; Hagimont, 2017).

5 Cela est perceptible par exemple à Cauterets, archives départementales des Hautes-Pyrénées (AD65), 1D9 (1936-1958), registre de délibérations, commission syndicale de la vallée de Saint-Savin.

6 Sur le concept de « trajectoires historiques », outre les travaux de F. Hartog sur les régimes d’historicité, nous renvoyons aux récents débats féconds relayés par l’école canadienne (Collectif, 2014).

7 Par « histoire proche », nous entendons une histoire incluant les 25 dernières années, celle pour laquelle les sources habituelles de l’historien, les archives publiques, sont souvent limitées par les restrictions législatives. Le corpus s’appuie sur les archives consultées dans le cadre du TCV-PYR, les fonds publics des Archives nationales, archives départementales des Hautes-Pyrénées et Pyrénées-Atlantiques (pour l’essentiel série W), archives communales (Cauterets, Eaux-Bonnes, Arette notamment), et autres rapports publics accessibles (rapports publics de la Cour des comptes par exemple), la presse quotidienne ou spécialisée et enfin quelques témoignages écrits. Les fonds sont cités en note.

8 Ces concepts sont largement évoqués par l’historiographie autour des loisirs/cultures de masse de la seconde moitié du xxe siècle (Rioux et Sirinelli, 2002).

9 Sur les importants débats autour des ruptures chronologiques de la période, cf. Sirinelli, 2012 ; Bantigny, 2013 ; Vigreux, 2018.

10 Dans le sens d’une histoire politique classique autour de la notion des politiques publiques telles que présentées par les politologues et juristes et reprises par les historiens (Berstein et Milza, 1998 ; Berstein, 1999).

11 Que l’on limitera aux collectivités territoriales, dans un sens restrictif, prises dans leurs contextes au gré des législations.

12 À Cauterets, des membres du ski-club cauterésien achètent en 1949 deux fils à neige démontables qu’ils installent selon l’enneigement au pont d’Espagne ou dans la commune. Ils créent une société d’exploitation, la SOREMECA (Société des remontées mécaniques de Cauterets) [Flurin et Bouyrie, 1999].

13 Saint-Lary n’est pas une ville thermale mais l’équipement hydroélectrique de la vallée appuyé par le maire génère alors un important afflux de capitaux sur place (Bernard, 2017).

14 Le premier téléski y est inauguré en 1945.

15 Site écarté par les élus car trop éloigné de la ville-centre et qui aurait nécessité un projet d’urbanisme. En outre, les hôteliers – dont la clientèle est surtout liée au thermalisme – craignent de perdre une opportunité majeure (Bayac, 2020).

16 AM Cauterets, registre de délibérations du conseil municipal (1956-1970), p. 32. L’ensemble des données sont repris à cette source.

17 Prévu pour 4 millions de francs de l’époque, il en coûtera le double, plaçant la commune dans une situation d’endettement dès le début de l’exploitation du domaine.

18 À Gourette, Pierre Camdessoucens, maire initiateur de la construction de la première « télébenne » dont la première pierre est posée par le préfet en 1957, démissionne face aux retards accumulés et au mécontentement de ses administrés (L’Éclair des Pyrénées, 19/06/1959).

19 « Enquête montagne, rapport général », chambre d’agriculture des Basses-Pyrénées, p. 194-195 (disponible au laboratoire ITEM, UPPA, non-coté).

20 Les archives consultées à la mairie des Eaux-Bonnes ne sont pas cotées.

21 À une époque où le pouvoir des préfets est très fort, les élus subissent ici une injonction. Dans ce département, les préfets jusqu’à la décentralisation sont des acteurs majeurs.

22 AD65, série N, 1966, vol. Certains conseillers généraux ont visité la Savoie quelques semaines plus tôt, très séduits par Courchevel et La Plagne notamment (cf. session du 11/03/1966).

23 Cette période, essentielle, est peu développée dans cet article. Les travaux du programme TCV-PYR, en cours, permettront de mieux reconstruire les processus de cette urbanisation de montagne. On pourra signaler l’échec de création d’un projet de « station de grand standing, Aygues-Cluses » dans les Hautes-Pyrénées, reliée à Barèges et La Mongie, envisagée par le conseil général en 1970, AD65, délibérations du CG, 1970, 1re session. On pourra, pour Gourette, se référer aux fonds très riches aux AD64, 73W ; 489W, 501W ; 502W, 580W.

24 Les installations entre le bourg et les pistes sont démontées et l’accès ne se fait plus qu’en voiture.

25 Limitée à un champ de neige et un restaurant, elle est cédée à la CCI des Hautes-Pyrénées en 1983 puis à la communauté des communes en 1993.

26 Cet espace est original dans sa création car il s’agit d’une initiative collective de revitalisation de la vallée (Aventur, 1986).

27 Délibération du conseil général, 1re session, 1978.

28 « Le tourisme en Béarn, horizon 1985 », ESCAEP, 1976.

29 Ce modèle est celui retenu par les services culturels et architecturaux des régions de montagne. « L’histoire des stations de sports d’hiver », Les Carnets de l’inventaire, RAA, mise à jour 16/04/2014 ; Delorme, 2014 ; Desmurs, 2018.

30 La station s’établit sur les plans de l’architecte Jean-Marc Vialle entre 1975 et 1985.

31 Bien au contraire, c’est le village historique de Loudenvielle qui se redéveloppe depuis une quinzaine d’années autour du thermo-ludisme et avec une nouvelle jonction vers la station voisine et plus attractive de Peyragudes (construction d’un télésiège type village/station inauguré lors de la saison 2019-2020).

32 Les recours judiciaires contre ces projets sont nombreux et l’étude des archives des tribunaux administratifs serait intéressante. La place du Parc national est aussi à questionner.

33 « L’avenir des stations de ski des Pyrénées : un redressement nécessaire, des choix inévitables », 2015, rapport, synthèse de divers rapports des cours régionales des comptes, ccomptes.fr.

34 Certains domaines subissent aussi les conséquences d’aléas inattendus. En 1987, l’effondrement d’un télésiège à Luz-Ardiden (5 morts, 39 blessés) ; à Gourette, une avalanche en 2015 entraîne la fermeture d’un télésiège (non-remplacé) ; à La Pierre-Saint-Martin, l’incendie d’un télésiège en 2018 conduit à une fermeture d’une partie de la station pour une saison. Ces accidents imposent des investissements imprévus et un travail de communication conséquent pour maintenir une image positive.

35 La Dépêche du Midi, 10/01/2019.

36 Rapport cité.

37 Le chiffre d’affaires est très inégal en raison des aléas climatiques : en 2005-2006, 13,7 millions d’€ ; 8,7 millions d’€ en 2006-2007 ; 10,6 millions d’€ en 2007-2008. Cours régionale des comptes Midi-Pyrénées, Toulouse, 05/05/2014.

38 La disparition brutale (suicide) du maire de Luz, en 2002, qui faisait partie des fondateurs de la station, a créé un profond malaise dans tout le secteur.

39 La commune, en 2019, doit rembourser 8 millions d’€ de ses investissements du milieu des années 2000. Or, la fréquentation du site est en chute libre, environ 50 % en 20 ans (Capital, 29/05/2019).

40 « Un projet de rapprochement des stations. Un projet de rapprochement des territoires », Lettre d’information 1 des communes de Cauterets et Luz, 2012.

41 Les banques (Caisse d’épargne Midi-Pyrénées et Crédit agricole Pyrénées-Gascogne) refusent le rééchelonnement de la dette de Luz, considérant que le manque de projets empêchait toute transformation de la fréquentation. L’équipe municipale élue en 2014, pourtant opposée au projet lors de son élection s’y résigne. Cf. La Nouvelle République des Pyrénées, 12/07/2019.

42 La Dépêche du Midi, 01/10/2020.

43 Les Échos, 26/01/2000.

44 Cela est en partie lié au choix du conseil général, alors présidé par Fr. Bayrou en 2000, de ne pas inclure Artouste dans son plan d’investissement, Les Échos, 26 /01/2000.

45 Rapport de la CRC Aquitaine, « L’établissement public des stations d’altitude des Pyrénées-Atlantiques (EPSA) », 19/05/2011.

46 Les Échos, 11/03/2015.

47 Cet aspect n’est pas abordé dans cet article mais bien des stations connaissent de lourdes difficultés, notamment Gourette ou l’esplanade du Valentin, au cœur de la grenouillère, et font l’objet de nombreuses controverses juridiques. Les parkings souterrains sont notamment en partie fermés en 2019, compliquant l’accès au site pour des locataires. Les travaux de sécurisation sans issue, les propriétaires privés refusent de financer, le conseil départemental considère que cela ne relève pas de ses compétences.

48 La République des Pyrénées, 23/11/2017.

49 Cf. le bilan de la saison 2018-2019 dans le Béarn dans La République des Pyrénées, 05/04/2019.

50 Visible sur le site internet de la commune d’Aragnouet, mairie-aragnouet.fr, rubrique « Actualité ».

51 En 2016-2017 par exemple, le déficit est à Gourette de 0,6 million d’€ et à La Pierre-Saint-Martin de 0,4 million d’€.

52 À Gourette sont comptabilisés 500 saisonniers dont 80 % sont issus de la vallée d’Ossau (100 saisonniers directement pour le domaine en lui-même). La République des Pyrénées, 09/02/2020.

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Table des illustrations

Titre Figure 1 – Gare d’arrivée du téléphérique du Pic-Lumière en fonction en 2020, Saint-Lary
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Titre Figure 2a – Le cœur de station à La Mongie/Grand Tourmalet
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Titre Figure 2b – Le cœur de station à Gourette
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Titre Figure 3 – L’architecture originelle de la station à Piau-Engaly
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Titre Figure 4a – Arrivée de la télécabine à Artouste
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Titre Figure 4b – L’urbanisation à Fabrège
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Titre Figure 5 – Val-Louron, un village station ?
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Titre Figure 6 – Télécabine du Cambasque en friche à Cauterets
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Titre Figure 7 – Le Skilodge de N'PY à Piau-Engaly
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Pour citer cet article

Référence papier

Laurent Jalabert, « Les stations de sports d’hiver dans les Pyrénées occidentales : trajectoires historiques et politiques publiques (1945-2020) »Sud-Ouest européen, 51 | 2021, 25-39.

Référence électronique

Laurent Jalabert, « Les stations de sports d’hiver dans les Pyrénées occidentales : trajectoires historiques et politiques publiques (1945-2020) »Sud-Ouest européen [En ligne], 51 | 2021, mis en ligne le 28 janvier 2022, consulté le 18 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/7441 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/soe.7441

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Auteur

Laurent Jalabert

Professeur d’histoire contemporaine, ITEM (UR3002), université de Pau et des Pays de l’Adour, laurent.jalabert@univ-pau.fr

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