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« Or blanc » et promotion immobilière en territoire industriel : les Monts-d’Olmes (Ariège) de la diversification à la reconversion (des années 1960 à nos jours)

“White Gold” and Real Estate Development in an Industrial Area: The Monts-d’Olmes (Ariège), from Diversification to Reconversion (from the 1960s to Present Day)
El «oro blanco» y el desarrollo inmobiliario en una zona industrial: los Monts-d’Olmes (Ariège), de la diversificación a la reconversión (años 60 a la actualidad)
Steve Hagimont et Jean-Michel Minovez
p. 9-23

Résumés

La station de sports d’hiver des Monts-d’Olmes présente d’un côté une trajectoire originale : elle est pensée par des passionnés locaux de ski puis portée, dans les années 1960, par des industriels de la vallée soucieux de diversification. Son étude apporte d’un autre côté des éléments fondamentaux de connaissance sur l’aménagement des stations de moyenne montagne en général. Le fonctionnement quatre saisons est pensé d’emblée mais non réalisé. Les données d’enneigement sont initialement négligées car la promotion immobilière apparaît en fait comme la motivation déterminante. Le changement climatique accroît les difficultés d’exploitation, mais la désindustrialisation des années 2000 impose l’intervention des collectivités locales parce que la station est devenue vitale pour l’emploi local.

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Texte intégral

1La place secondaire des Pyrénées dans le paysage français des sports d’hiver fait souvent oublier la précocité des espoirs et des réalisations dans le massif et la variété des stations qui s’y sont structurées. Les différents modèles forgés en géographie et aménagement, dont le plus célèbre est celui des quatre « glénérations », ont conduit à décalquer sur l’ensemble de la France un schéma évolutionniste qui ne convenait en fait qu’imparfaitement, déjà, pour les seules Alpes du Nord (Préau, 1967 ; Cumin, 1970 ; Knafou, 1978 ; Vlès, 2015). D’autres approches, cherchant à se situer au plus près des attentes et des imaginaires des acteurs en présence ont montré les tâtonnements, les rapports de force, les contraintes commerciales, les imaginaires en concurrence et les rétroactions imprévues de l’environnement qui ont actualisé chaque aménagement. Ces approches montrent une histoire moins linéaire et assez éloignée de la « colonisation » parfois dépeinte (Larrique, 2006 ; Denning, 2014 ; Franco, 2019). Ce décentrement théorique et géographique permet par exemple de dénaturaliser la trajectoire touristique pyrénéenne et de voir que le massif présente deux aménagements pionniers à l’échelle nationale, avec Superbagnères et Font-Romeu, réunissant accès en chemin de fer, remontée mécanique pour les skieurs (à Superbagnères), hôtellerie luxueuse, commerces et équipements sportifs dès les hivers 1912-1913 et 1913-1914. De nombreux projets émergent ensuite qui se concrétisent surtout, comme dans les Alpes, après 1945 (Chadefaud, 1987 ; Hagimont, 2018).

  • 1 Nous remercions Lucas Destrem, chargé d’inventaire pour le PAH, Anaïs Comet, chargée d’inventaire p (...)

2L’un de ces projets paraît à la fois original, puisqu’il se construit au cœur d’un territoire majeur de l’industrie textile, et représentatif des difficultés générales des stations de moyenne altitude : il s’agit des Monts-d’Olmes, en Ariège. Situés sur une montagne peu élevée et peu étendue (massif de Tabe), entre 1 400 et 2 000 m d’altitude, son emplacement, sa promotion et son exploitation sont le produit des ambitions d’industriels qui prennent la suite de pionniers locaux de la pratique du ski (Minovez, 2012 ; Minovez et Jimenez, 2019). Une enquête exhaustive, menée en partenariat avec le Pays d’art et d’histoire du Pays des Pyrénées cathares, permet de recomposer cette histoire à partir de sources variées : nombreuses archives administratives locales et nationales, presse quotidienne et patronale et témoignages oraux 1. Deux questions liées viennent rapidement, à l’aperçu de la trajectoire de la station : pourquoi des industriels ont lancé une station de sports d’hiver et pourquoi l’ont-ils fait dans un tel site, certes proches de Toulouse et de Montpellier, mais au domaine skiable limité et à l’enneigement incertain ? Ce cas permet en fait d’interroger la prise en compte de la ressource naturelle dans l’aménagement et les motivations profondes de la promotion des stations de sports d’hiver. Les Monts-d’Olmes sont une mise en acte des rêves suscités par les grandes stations développées dans les Alpes. Ils donnent une profondeur historique aux difficultés d’exploitation présentes, en mettant en regard la variabilité de la ressource naturelle et des choix d’aménagement plutôt inscrits dans le court que dans le long terme. Nous reviendrons dans un premier temps sur les origines de cette station avant d’examiner l’évolution de sa gestion et l’accumulation de difficultés.

I – Aux origines industrielles d’une station de sports d’hiver

  • 2 AD09, 342W58 : statuts de l’APSPO.
  • 3 Entretien avec Aldo Vila mené par J.-M. Minovez, 17/12/2018 ; Barthe, 1993, p. 95 ; archives départ (...)
  • 4 AD09, 535W122 : lettre du commissaire au tourisme au préfet de l’Ariège, 02/08/1963.

3La pratique des sports d’hiver semble se développer en pays d’Olmes dans les années 1930 grâce à des jeunes revenant du service militaire chez les chasseurs alpins (Barthe, 1993, p. 94). Des ski-clubs naissent, impulsés par des industriels du pays d’Olmes comme René Dumons ou Antoine Ricalens. Des sortes de bricolage permettent de réaffecter un ancien baraquement de mineurs en refuge et de fabriquer un remonte-pente rudimentaire (vers 1938, lieu-dit Fangas-Moulzoune). Après la guerre, les inaugurations des téléphériques d’Ax au Saquet (1956) et de Saint-Lary au Pla-d’Adet (1957) stimulent les aspirations locales. Dans ces projets, l’urbanisation d’altitude est d’abord exclue pour concentrer les retombées en vallée, mais le succès des stations des Alpes du Nord vient montrer une autre voie. Dans celles-ci, créées en sites dits « vierges » ralliés par la route, la promotion immobilière d’altitude doit permettre de compenser les investissements en remontées mécaniques (Hagimont, 2017, p. 796-823). En pays d’Olmes, comme dans bien d’autres vallées, l’idée de station d’altitude infuse et les sportifs locaux rencontrent l’intérêt, inespéré, de l’industriel André Roudière en 1963. L’Association de promotion du ski en pays d’Olmes (APSPO) est alors créée sous la présidence de Roudière ; elle se donne pour mission de créer une station qui s’appellera « Monts-d’Olmes ». Des repérages dans le massif de Tabe conduisent à choisir la jasse des Pradeilles (1 400 m). Les fondateurs de l’APSPO, derrière Roudière, sont des notables locaux à l’exemple de l’industriel René Dumons, de Louis Barthe (directeur de fabrication, Lavelanet), de M. Teulier (banquier de Lavelanet) ou d’Henri Barbe (principal négociant en bois d’Ariège, habitant Saint-Paul-de-Jarrat, propriétaire d’une partie des terrains où doit s’établir la station 2). Cette liste donne un caractère plutôt bourgeois à cette station mais ne doit pas faire oublier les personnes qui ont œuvré depuis les années 1930 pour ce projet, comme le maçon Aldo Vila (1924-2019). Un premier projet d’aménagement est déposé en septembre 1963 3 – au moment où Ax revoit son projet de station de sports d’hiver et accepte une urbanisation d’altitude à Bonascre 4.

1. Les motivations : entre diversification économique et spéculation immobilière

  • 5 Voir les projets dans AD09, 342W58.

4Les premiers projets d’aménagement déposés en préfecture explicitent les motivations des promoteurs 5. Il s’agit, d’abord, de diversifier par le tourisme l’activité du pays d’Olmes, de créer des revenus et des emplois nouveaux en exploitant la ressource (« richesse ») neigeuse. Tandis que la modernisation agricole en cours rend « cette montagne du pays d’Olmes […] peu favorable à une activité agricole telle qu’on l’entend de nos jours », le tourisme et les sports d’hiver offrent de meilleures possibilités : « l’APSPO songe à faire valoir la vocation touristique du pays d’Olmes, à exploiter ses richesses […]. Les champs de neige sont l’une de ces richesses ». La montagne de Tabe peut « satisfaire aux besoins nouveaux des citadins, […] d’évasion, de plein air, de retour à la nature ». La création de la station est susceptible de créer un effet levier pour le territoire : l’afflux de visiteurs rejaillira sur tout le pays d’Olmes, les commerces en place auront de nouveaux clients, de nouveaux pourront ouvrir (articles de sports, artisanat) ; des résidences secondaires se multiplieront qui feront revivre des villages abandonnés ; les agriculteurs auront de nouveaux débouchés et pourront loger les touristes, les jeunes resteront au pays ; « et l’on verra comme dans les stations en plein renom, non seulement l’exode rural arrêté, mais l’homme de la ville ou de la plaine revenir travailler à la montagne ».

5Les espoirs sont immenses autour de cet « or blanc », catalysés par l’accélération de l’équipement hivernal des Alpes grâce à l’intervention financière et technique de l’État dans des sites qui offrent toutefois des conditions bien différentes aux sportifs et touristes. L’idée classique (Hagimont, 2017) selon laquelle le tourisme est la meilleure spécialisation, voire la seule pour la montagne dans l’économie moderne, est avancée jusque dans cette région industrielle. Les promoteurs s’appuient sur les projections de croissance spectaculaire de la fréquentation en montagne hivernale réalisées par l’INSEE, de l’ordre de 20 % par an. La demande est telle que toute offre est susceptible de rencontrer une demande, d’autant que les Pyrénées seraient déjà saturées.

6Un élément est primordial quoique fort banal à l’époque : les promoteurs sont persuadés que cette station à venir fonctionnera en été et en hiver et créera des emplois qui ne seront « pas saisonniers car le tourisme s’étale de plus en plus tout au long de l’année ». L’espoir est même, à l’instar du président du ski-club fuxéen en 1968, de créer grâce aux Monts-d’Olmes un effet d’entraînement pour le tourisme estival de tout le département autour d’une « route cathare » à venir (Huc-Dumas, 1968, p. 9 et suiv.).

7Les industriels du pays d’Olmes ajoutent des motivations spécifiques. Il s’agit, grâce au tourisme, de suppléer les éventuelles difficultés de l’activité textile du pays d’Olmes au cours d’années 1960 troublées (Minovez, 2012, p. 462-463). On lit ainsi dans le projet que « la réalisation de la station concourra […] à créer des emplois et débouchés nouveaux, ce qui permettra de surmonter plus aisément toute éventuelle récession dans l’industrie textile ». Elle répond également à des objectifs sociaux : offrir aux skieurs locaux un équipement de proximité. Point très important pour les industriels, les Monts-d’Olmes permettront en outre d’attirer et de fixer « les cadres et personnels qualifiés nécessaires à la croissance économique durable pour les industries de la région ». Cette station s’inscrit au total dans un vrai projet d’aménagement du territoire, pensé localement en lien étroit avec l’industrie.

2. La neige, grande absente des projets… L’intérêt est ailleurs ?

  • 6 AD09, 342W58 : avant-projet de la station des Monts-d’Olmes, 1964.

8Le domaine skiable et l’enneigement, les ressources de base d’une exploitation hivernale, sont les grands absents des études préalables. Le massif est réputé pour son enneigement, assuré pendant cinq mois, qui n’attendrait que d’être exploité, lit-on, et l’on se contente de relevés nivologiques sur deux saisons avant de conclure : « laissons de côté enneigement et étalement de cet enneigement 6 ». Cela paraît rapide pour un aménagement de cette ampleur, ce qui invite à se demander, au fond, ce que cherchaient vraiment les promoteurs, ici comme ailleurs : exploiter la neige ou autre chose ?

  • 7 Entretien avec René Labadie mené par J.-M. Minovez, 15/11/2018.
  • 8 Entretien avec Aldo Vila mené par J.-M. Minovez, 17/12/2018.

9Des témoignages ultérieurs apportent des éléments de réponse. Selon René Labadie, représentant en laine et en matériel textile qui a travaillé avec Roudière, ce dernier aurait voulu faire aussi bien qu’un industriel du textile de la province de Biella en l’Italie, Ermenegildo Zegna, qui a lancé en 1957 sa propre station, Bielmonte 7. Aldo Vila ajoute une perspective décisive : les profits immobiliers escomptés. Plusieurs témoignages avancent que Roudière n’avait pas de passion particulière pour les montagnes et le sport, au contraire de ses confrères Ricalens ou Dumons. Selon Vila, Roudière avait en revanche déjà fait de forts profits en achetant puis revendant des terrains en bord de mer. L’essor des stations de sports d’hiver l’invite à reproduire l’opération, en pays d’Olmes cette fois 8. Ce cas offre sans doute un élément majeur de compréhension de l’emballement autour des sports d’hiver dans les années 1960 et 1970 : la création de remontées mécaniques suffit à valoriser des terrains de pleine montagne par de fructueuses opérations immobilières, avec peu de risques, quel que soit, finalement, l’enneigement. On lotit puis bâtit à la demande, à faible coût, sur des terrains qui, eux-mêmes, avaient jusque-là peu de valeur économique. Tout le risque de l’opération se situe dans l’exploitation des remontées mécaniques.

3. Un aménagement polémique

10Pour aménager et exploiter les remontées et l’immobilier, deux sociétés sont formées. Le 11 septembre 1965 est créée la société anonyme Société des téléskis des Monts-d’Olmes (STMO) au capital de 600 000 francs souscrit par 208 particuliers. Les actionnaires financent 30 % de l’équipement, le reste venant d’un emprunt auprès des banques locales. La société prend le domaine skiable en concession et doit rétrocéder l’équipement à la commune de Montferrier au terme du contrat. Celle-ci reçoit pendant la durée d’exploitation 3 à 5 % des recettes (Barthe, 1993, p. 117-IX). L’urbanisation est, elle, prise en charge par la Société d’étude immobilière des Monts-d’Olmes (SEIMO), société en nom collectif créée en novembre 1965. Elle est détenue à 70 % par la Société ariégeoise immobilière Lavelanet SA, à 25 % par Roudière (gérant) et à 5 % par R. Savary. Elle acquiert le foncier (15 juillet 1966) et lotit les terrains. La société immobilière doit vendre les lots viabilisés, à charge pour les acquéreurs de les bâtir. La SEIMO reverse 10 % de ses bénéfices à la commune.

11Pour les études de viabilisation, d’urbanisation et d’architecture générale, la SEIMO missionne P. Biagioni, architecte de Montpellier, Jean-Marc Legrand (de Paris) qui est intervenu à Courchevel, Val-d’Isère et Tignes (références alpines qui donnent l’ambition des promoteurs des Monts-d’Olmes) et J. Sakarovitch, également de Paris (Huc-Dumas, 1968, p. 9 et suiv. ; Barthe, 1993, p. 117 et suiv.). En séparant la promotion immobilière de l’exploitation des remontées mécaniques, au contraire des préconisations des Ponts et Chaussées, Roudière semble avoir cherché à dissocier les risques, en concentrant les bénéfices sur la SEIMO et en faisant assumer les principaux écueils d’exploitation et l’endettement à une société anonyme.

  • 9 AD09, 342W58 : dossier Monts-d’Olmes dont délibérations du conseil municipal de Montferrier, 02/12/ (...)

12Le projet s’affine suite à la visite d’autres stations (comme La Plagne en 1966) mais ne fait pas de choix clair entre station de week-end ou de passage et station de séjour, ce qui change pourtant tout dans l’engagement financier et le modèle d’exploitation. Le domaine skiable, d’une superficie de 300 ha, aurait, selon ses promoteurs, une capacité instantanée de 8 000 skieurs, ce qui semble surestimé. Outre des téléskis, un télésiège devant fonctionner l’été et l’hiver pour relier le bas de la station aux abords du pic de Galinat (2 000 m) est immédiatement prévu. Il doit permettre d’accéder à la neige en haut du domaine au cas où son manque en bas empêcherait de prendre les téléskis. Il ne voit finalement le jour qu’en 2008. Une extension des pistes en versant sud est également envisagée au départ mais elle ne voit jamais le jour. L’emprise foncière est acquise par la commune de Montferrier auprès de l’exploitant forestier Barbe qui profite de sa position de force pour obtenir en échange d’excellentes forêts communales. Ces terrains sont ensuite concédés à la STMO 9.

Figure 1 – Urbanisme de la station des Monts-d’Olmes (1967-2008)

Figure 1 – Urbanisme de la station des Monts-d’Olmes (1967-2008)

Source : Anaïs Comet dans le cadre du projet FEDER TCV-PYR

  • 10 AD09, 342W58 : lettre du préfet d’Ariège au commissaire général au tourisme, 09/11/1964.

13L’aménagement est en fait polémique. Les échelons politiques et administratifs interfèrent et s’entremêlent aux réseaux de Roudière. La préfecture est ambivalente, soutenant dans un premier temps le projet avant de se montrer plus prudente. Dans une lettre au commissaire général au tourisme, en 1964, le préfet indique que tous les efforts du département se concentrent pour l’heure sur Le Saquet, « afin d’équiper une vraie station – et une seule – de classe nationale, et mieux internationale ». Pour les Monts-d’Olmes, il indique vouloir attendre que la route soit construite, que les premières remontées fonctionnent pour voir si les skieurs viennent. Au mieux, il pourra s’agir d’« une sous-station, destinée à satisfaire les besoins d’une clientèle très différente (débutants, scolaires, ouvriers) qui n’ont pas les moyens ou le temps de fréquenter une station de la classe du Saquet 10 ». D’après le repérage effectué en hélicoptère en 1964 par Vincent Cambau (Ponts et Chaussées) et Émile Allais (premier français champion du monde de ski de descente devenu conseiller technique), le site des Monts-d’Olmes ne permettrait qu’une « station d’intérêt local » dont les dépenses d’infrastructures (route principalement) sont à assumer par des « collectivités publiques », faute de perspectives de rentabilité pour le privé.

  • 11 AD09, 705W243 : lettre de Roudière au directeur départemental de l’équipement, 19/12/1966.

14La route d’accès, indispensable pour ce site sinon totalement isolé, illustre ces hésitations. Elle emprunte la piste forestière venant de la route du col de Montségur (avec nécessité d’élargir l’existant et de construire 4,7 km de route nouvelle). Un parking de 717 voitures, 42 cars et quelques emplacements le long des voies est prévu (non loin des 1 000 de Superbagnères qui est encore, alors, une référence pyrénéenne). Le SIVOM de la vallée du Touyre doit financer cette route (1,4 million de francs) mais les réticences de la préfecture et des Ponts et Chaussées bloquent toute aide de l’État. Or, suite à la visite en Ariège du ministre Roger Freyles les 9 et 10 juillet 1964, le ministère de l’Intérieur accorde une subvention, permettant d’emprunter le reste auprès de la Caisse des dépôts et consignations. Les réseaux nationaux de Roudière ont certainement joué à plein pour dépasser le blocage local. Les travaux débutent en 1965 mais sont toutefois perturbés. Roudière fustige alors l’administration et menace de quitter l’opération 11 tandis que l’ingénieur en chef de la construction accuse, lui, la Société des téléskis : elle a endommagé la piste en cours de construction pour faire venir les remontées mécaniques et a fait travailler l’entrepreneur de la route sur la station. Celle-ci est finalement ouverte en octobre 1967 mais ce retard fait échouer un projet de village vacances familles (VVF) qui se dirige vers Les Cabannes.

  • 12 AD09, 342W58 : lettre de Philip à Roudière, 05/04/1965.

15Les services compétents, en premier lieu le service d’études de la commission interministérielle pour l’aménagement touristique de la montagne (SEATM) créé en 1964 et qui marque la volonté de l’État de mieux contrôler la profusion d’équipements hivernaux, ne croient toujours pas aux Monts-d’Olmes. Dans un rapport rendu au début de l’année 1965, le SEATM estime que le site, à l’image des Pyrénées en général, n’est pas apte à recevoir des urbanisations d’altitude car le nombre de séjournants sera trop faible. Le directeur départemental de la construction d’Ariège, M. Peyre, est, lui aussi, très défavorable au projet. Il prône la construction de 500 lits au maximum pour une capacité de skieurs limitée à 1 000. Roudière trouve appui du côté du président de l’Union touristique et thermale d’Ariège, P. Philip, ingénieur des travaux publics de l’État, qui critique ces avis. Il regrette qu’après avoir abandonné les projets de domaines skiables non-urbanisés connectés aux bourgs de fonds de vallée, les Ponts et Chaussées rejettent désormais un projet de station d’altitude qui répond à leur modèle 12. Pour Roudière :

Le Directeur de la Construction […] n’a pas retenu qu’il y a des sans travail dans le pays d’Olmes, qu’il y a des hameaux qui se meurent et que la réalisation rapide des Monts-d’Olmes serait une survie pour certains, permettant d’ajouter une activité touristique complémentaire et indispensable à une industrie aussi cyclique que l’industrie textile. […] La direction départementale de la construction est synonyme de démolition, de découragement.

  • 13 AD09, 342W58 : lettre d’André Roudière au préfet, 21/05/1965. En capitales dans le texte.

16Roudière assure cependant que le projet se fera puisqu’après tout, « ceux qui subiront les préjudices sont UNIQUEMENT les promoteurs qui sont d’accord pour engager LEURS capitaux, car nous ne demandons rien au ministère de la Construction, seulement un peu de compréhension et de bonne volonté 13 ». Roudière omet la prise en charge de l’emprunt de la route par la collectivité, les subventions des ministères de l’Intérieur et de la Jeunesse et des Sports pour la route d’accès et le Centre montagnard de la jeunesse, sans compter la demande de crédits au plan pour l’équipement en remontées mécaniques.

  • 14 AD09, 225W93 : lettre de Roudière à Vincent Cambau, 13/09/1966.
  • 15 AD09, 356W23 : rapport de présentation sur la station des Monts-d’Olmes, DDE, 29/07/1981.

17Le SEATM pense simplement que les sports d’hiver ne seront pas rentables dans les Pyrénées, en raison de l’insuffisance des domaines skiables qui ne peuvent attirer des clientèles nombreuses et riches, seules à pouvoir rentabiliser l’urbanisation en altitude et du même coup les remontées mécaniques – à quelques sites près (Bésines-Carlit, Envalira, Peyresourde-Les Agudes, Tourmalet/Saint-Lary). Mais l’insistance paie. Le directeur-adjoint du SEATM, Vincent Cambau, vient à nouveau visiter le site en septembre 1966. Il est cette fois prêt à accepter le projet, sans doute suite au travail de persuasion mené par Roudière. Il demande simplement des données sur l’enneigement, absentes du dossier. Roudière l’assure : « L’enneigement est excellent », rappelant qu’il a existé un remonte-pente plus bas, aux mines de Fangas, « preuve incontestable de l’excellent enneigement dont jouit ce premier contrefort pyrénéen 14 ». Le 25 janvier 1967, le SEATM se prononce finalement pour une limitation de l’urbanisation à 2 000 lits sur 40 000 m2 de surfaces bâties dans des lots occupant 13 ha sur les 49 que couvre la station, avec un front de neige en grenouillère (pistes convergeant vers l’urbanisation, sur le modèle alpin 15).

  • 16 Entretiens menés par J.-M. Minovez avec Charles Authié (ancien mécanicien textile, pionnier du ski (...)

18La station a donc passé cette première étape, malgré les avis négatifs, grâce à Roudière, après que l’idée soit née de jeunes skieurs du pays d’Olmes qui se sont aventurés dans la montagne de Tabe pour pratiquer leur passion et identifier le meilleur site à aménager 16. André Roudière a vu cela et, dans un contexte général d’essor très fort des sports d’hiver, a senti l’opportunité de créer une véritable station dans le massif de Tabe – peut-être au profit du pays d’Olmes, certainement au sien.

II – Le temps de la gestion privée

  • 17 « Un hélicoptère travaille à la construction du nouveau téléski des Monts-d’Olmes », La Dépêche, 01 (...)

19Les quatre premiers téléskis ouvrent au public en janvier 1968. Les résultats de la première saison sont bons, avec 95 000 visiteurs journaliers contre 105 000 à Bonascre, 65 000 à Aulus-Latrappe 17. Pour s’afficher face à ses concurrentes ariégeoises, les Monts-d’Olmes jouent sur deux arguments : c’est la plus jeune des stations de sports d’hiver du département et c’est la seule « véritable station de sports d’hiver à l’image des réalisations alpines » (Huc-Dumas, 1968, p. 9 et suiv.). Le marketing ne cache pas, rétrospectivement, les limites de l’entreprise.

  • 18 AD09, 595W401 : SEIMO d’Olmes et Société ariégeoise immobilière et Cie, « Création d’un ensemble im (...)

20Les premières constructions, dont un hôtel deux étoiles A de 22 chambres, sont implantés en 1968 avec quatre nouveaux téléskis. Le plan de lotissement, approuvé en préfecture le 29 août 1969 18, prévoit 200 emplacements de chalets individuels et 100 autres pour des petits collectifs de deux à cinq niveaux, pour un total de 2 000 lits. S’ajoutent un centre de classes de neige ainsi que des maisons de jeunes et des chalets de comités d’entreprise. Le grand immeuble en front de neige, « Le Cristal », est conçu par les architectes Legrand et Sakarovitch (4,7 millions de francs de coût, 98 logements vendus en copropriété). Au total, l’aménagement de la station doit coûter 22 millions de francs (y compris 7 millions pour les chalets construits par les futurs propriétaires). Les acquéreurs de lot ont quatre ans pour bâtir, le terrain étant sinon rétrocédé à la société promotrice. L’architecture doit répondre à une série de prescriptions afin d’être en « harmonie avec le paysage » et de rappeler « les vieilles maisons de la région ». Les installations, malgré ces préconisations, ressemblent très fortement à ce que l’on trouve partout ailleurs. L’originalité de la station tient au faible nombre d’immeubles collectifs, au profit des chalets – parfois préfabriqués. La présence d’arbres répond aux décrets du 31 décembre 1958 et du 7 septembre 1959 sur les « espaces boisés à conserver » offrant un régime fiscal de faveur. La préfecture a veillé à la création de ces surfaces arborées en jugeant nécessaire de « protéger l’arbre et les peuplements pour maintenir l’aspect, le site et le mode de vie comme l’ont d’ailleurs voulu les promoteurs ». Cela ne peut pourtant masquer les dommages infligés à la forêt d’altitude originelle et aux continuités écologiques : la jasse des Pradeilles, petite zone ouverte à l’origine, devient le cœur de 300 ha de terrains défrichés et remodelés au fil des ans pour accueillir les chalets, immeubles, routes, parkings, remontées mécaniques, pistes de ski, pistes d’exploitation puis canons à neige. Des habitats fragiles, en zones humides, forêts, taillis et prairies permanentes, sont ainsi détruits.

Figure 2 – La station des Monts-d’Olmes et ses champs de neige

Figure 2 – La station des Monts-d’Olmes et ses champs de neige

Source : MIN-UT2J et Minovez

Figure 3 – Le Cristal et les ateliers de la station des Monts-d’Olmes

Figure 3 – Le Cristal et les ateliers de la station des Monts-d’Olmes

Source : MIN-UT2J et Minovez

Figure 4 – Le Cristal en front de neige avec chalets en fond

Figure 4 – Le Cristal en front de neige avec chalets en fond

Source : MIN-UT2J et Minovez

1. Des difficultés immédiates de gestion et d’enneigement de « la plus jeune des stations ariégeoises »

  • 19 « Schuss aux Monts-d’Olmes », Midi Auto Moto, 1969 ; « Nouvelles installations aux Monts-d’Olmes », (...)

21Le bâtiment Cristal ouvre lors de la troisième saison (1969-1970). Il est présenté comme un « immense paquebot des neiges », référence directe à La Plagne, mais qui souffre pourtant de la comparaison. Il y a alors neuf remonte-pentes, avec une capacité de 5 400 skieurs/h, tandis que des travaux de terrassement sont entrepris pour aplanir les pistes et réduire l’enneigement nécessaire 19. La station prend forme, mais les problèmes d’exploitation sont immédiats.

  • 20 Délibération du conseil municipal de Montferrier, 18/12/1968 ; La Dépêche, 12/12/1968, 27/02/1969 ; (...)
  • 21 La Dépêche, 09/12/1969.

22Dès la saison 1968-1969, la deuxième, les conditions d’accès sont difficiles faute de bon déneigement tandis que, globalement, la neige manque. La station accuse, cette saison-là, 280 000 francs de pertes. Le coût d’installation du télésiège ajourne sans cesse son installation, accentuant les problèmes d’exploitation 20. Début décembre 1969, à l’ouverture de la saison, après que la commune de Montferrier et le département se sont rejetés la responsabilité du déneigement de la route et les frais afférents, la station est à nouveau prise de vitesse par l’arrivée de la neige. Conclusion : un week-end terrible où « la station des Monts-d’Olmes ne s’est pas mise en évidence 21 ». 400 voitures se trouvent bloquées dans la montée, tandis qu’en haut les quelques centaines de visiteurs sont tombés sur une station qui n’est pas prête : les restaurants sont débordés et il n’y a pas assez à manger pour tout le monde. La Dépêche conclut que ce genre de problèmes d’organisation explique la préférence du public régional pour l’Andorre et les Alpes.

Figure 5 – Skieurs, front de neige et Cristal aux Monts-d’Olmes

Figure 5 – Skieurs, front de neige et Cristal aux Monts-d’Olmes

Source : MIN-UT2J et Minovez

Figure 6 – Hameau de chalets dans un paysage qui se veut alpin

Figure 6 – Hameau de chalets dans un paysage qui se veut alpin

Source : MIN-UT2J et Minovez

  • 22 La Dépêche, 22/10/1971 ; AD09, 295W89 : avant-projet de lotissement, 26/04/1968.
  • 23 « Les Monts-d’Olmes. Station pyrénéenne de sports d’hiver », Les Nouvelles industrielles et commerc (...)

23L’urbanisation se poursuit cependant. En 1971, des immeubles collectifs et une trentaine de chalets sortent de terre 22. On envisage de débuter les plantations de résineux « pour que les Monts-d’Olmes restent une véritable station-paysage où les constructions s’imbriqueront harmonieusement dans la nature sauvage face aux verts alpages 23 ». Il s’agit d’entretenir l’illusion d’une modernité respectueuse de la nature sauvage. La station atteint 13 téléskis en 1972-1973 pour 6 300 skieurs/h. Les pistes sont alors ensemencées pour stabiliser la neige. Deux chenillettes de damage sont acquises.

  • 24 La Dépêche, 22/01/1970 ; AD09, 225W93 : correspondances, 24/08/1973 et 14/10/1974.

24Tandis que l’animation fait défaut et que VVF se détourne à nouveau du site au profit de Bonascre, cette fois (1974 24), les difficultés s’amoncèlent. La saison 1974-1975 est catastrophique ; la neige n’arrive qu’en mars, heureusement en abondance ce qui permet de sauver en partie la situation. Les commerçants tentent d’obtenir des autorités le classement en zone sinistrée pour absence de neige, menaçant de dépôt de bilan. À l’argument qu’il n’existe pas de texte légal pour justifier une telle demande, ils rétorquent « qu’il doit en exister pour certaines catégories de Français, notamment les agriculteurs » :

  • 25 AD09, 225W93 : lettre du comité de la station des Monts-d’Olmes au préfet de région, 03/03/1975.

Il est vrai que ceux-ci ont des moyens particuliers, bien à eux, pour que soient créés des textes en leur faveur (flambées spectaculaires des voies ferrées, barrages gigantesques sur les routes, manifestations devant les préfectures, etc.). Nous, par contre, fidèles aux traditions du pays dans lequel nous vivons, berceau du catharisme, partisans de la non-violence, serons-nous qualifiés d’hérétiques et immolés sur le bûcher purificateur comme jadis les bonshommes de Montségur 25 ?

25André Saint-Paul, président du conseil général et député de l’Ariège, défend à l’Assemblée nationale des mesures exceptionnelles pour les professionnels des stations ariégeoises : exonérations d’impôts, subventions, prêts à taux réduit. L’absence de neige n’est finalement pas reconnue comme un cas de sinistre, d’autant que les professionnels ont pu faire face à leurs obligations. Le problème de l’enneigement est en tout cas posé dès l’origine et vient sanctionner une station qui est structurellement mal pensée.

2. La relance de l’urbanisation et la nécessité d’ouvrir de nouveaux lits touristiques (les années 1980)

  • 26 AD09, 356W28 : tableau dressé par l’antenne SEATM Pyrénées, juin 1977.

26À la fin des années 1970, les Monts-d’Olmes sont une des sept stations pyrénéennes gérées par des sociétés anonymes, tandis que vingt-trois autres le sont par des collectivités, et deux par des sociétés d’économie mixte à base départementale. Elle est d’une taille modeste qui la situe 26 :

  • au 3e rang ariégeois (sur 4) et 13e pyrénéen (sur 32) en termes de fréquentation ;

  • au 9e rang pyrénéen en termes de chiffre d’affaires des remontées mécaniques avec 1,2 million de francs (5,8 millions de francs) ;

  • au 11e rang en nombre de remontées mécaniques (13 mais aucun télésiège) ;

  • au 12e rang en termes d’emplois (23 dont 11 permanents) ;

  • au 16e rang des capacités d’hébergement (1 200 lits). Son taux de banalisation (proportion des lits disponibles à la location par rapport au total de lits dans la station) est le plus faible de la chaîne avec 41 %.

  • 27 AD09, 356W28 : lettre de Roudière au directeur départemental de l’équipement, 27/09/1980.

27Les appels à « relancer », à « redémarrer » la station se multiplient alors même que les Monts-d’Olmes n’ont que 12 ans d’activité. André Roudière, toujours à la tête de la SEIMO, propose de porter le bâti jusqu’aux 40 000 m2 autorisés en 1969 et de doubler cette surface constructible. À ce moment-là, 9 immeubles collectifs (dont le Cristal), 99 chalets et 32 emplacements de chalets non-bâtis ont été édifiés ou vendus ; 24 396 m2 sont donc occupés sur les 40 000 m2 autorisés initialement, 1 220 lits construits ou à venir sur les 2 000 prévus au départ 27.

  • 28 AD09, 356W26 : aménagement touristique de la montagne, réunion du 06/02/1979.
  • 29 AD09, 356W28 : rapport du chargé de mission du SEATM au préfet d’Ariège, 14/08/1980.
  • 30 AD09, 356W23 : rapport de la DDE d’Ariège, 29/07/1981.
  • 31 La Dépêche, 18/08/1969.
  • 32 AD09, 356W23 : rapport de la DDE d’Ariège, 29/07/1981.

28Diverses voix pointent alors les faiblesses structurelles de la station. Une réunion de travail en préfecture dégage un diagnostic pessimiste sur les stations ariégeoises en général, seule Ax-Le Saquet étant un motif de satisfaction. La conclusion, nette, est amenée à être répétée sans effet sérieux : « l’Ariège doit […] jouer une autre carte que celle du ski alpin […]. Le devenir du tourisme ariégeois passe peut-être plutôt par un tourisme estival et automnal. À cet effet, il faut inventer de nouveaux produits touristiques » et aller vers un étalement de la saison estivale. Mais il faut bien faire avec ce qui existe et l’on n’envisage pas de fermer des remontées mécaniques déficitaires 28. En 1980, le SEATM et la DDE sont sévères à l’égard des Monts-d’Olmes en particulier : même si le site est agréable et bénéficie de la proximité avec Montségur pour l’été, « l’équipement actuel de la station est médiocre 29 ». L’urbanisation a été réalisée petit à petit, au gré des acquisitions de lots, « ce qui donne à la station un caractère dispersé et inachevé sans point fort réel 30 », en dépit des arguments promotionnels initiaux 31. Il est conseillé d’aller vers une « restructuration urbanistique » en renforçant le front de neige 32, et de s’occuper du manque de publicité, d’animation pour les non-skieurs, de lits banalisés, d’équipements d’été et de commerces.

  • 33 AD09, 356W28 : avis des services d’urbanisme de l’Ariège au dossier UTN dressé en octobre 1980.
  • 34 AD09, 356W28 : CR de la réunion entre les services du département, de l’État et les acteurs locaux, (...)
  • 35 AD09, 356W28 : enquête sur la banalisation des lits, 1980 ; réunion du 15/04/1980 entre le maire de (...)

29La banalisation est centrale : les résidences secondaires et logements inoccupés créent un problème d’accueil touristique dans la station et fragilisent du même coup la rentabilité des remontées mécaniques, sous-utilisées. Ces pertes d’exploitation empêchent la construction de nouvelles remontées, en particulier de ce télésiège qui permettrait de résoudre le problème d’enneigement en pied de piste. Il faudrait aussi « répondre à l’attente d’une clientèle de plus en plus attentive à la qualité de l’environnement, en se rapprochant du caractère station-village » – ce nouvel archétype de l’aménagement en site « vierge » après le lancement de Valmorel en 1976 –, « et en protégeant les abords de la station 33 ». Des réflexions s’engagent aussi pour lancer un plan d’équipement touristique à l’échelle du territoire. La station doit être le produit d’appel du pays d’Olmes et l’on doit compléter l’offre en densifiant l’hébergement disponible et en mettant en valeur le château de Montségur ou le musée du textile et du peigne de Lavelanet 34. Quant à la diversification hivernale vers le ski de fond, elle butte sur les réticences du propriétaire des forêts voisines, Barbe, qui craint les dégradations sur ses pistes forestières et qui obtient, finalement, la mise à l’étude de tracés qui permettraient d’améliorer sa propre exploitation 35.

  • 36 AD09, 356W28 : chargé de mission SEATM au préfet, 14/08/1980.
  • 37 AD09, 356W28 : dossier UTN, octobre 1980.

30La relance de l’urbanisation passe d’abord par la construction d’un nouvel immeuble en front de neige et par une banalisation des lits existants. La société anonyme Merlin immobilier, qui s’est illustrée dans l’urbanisation de Saint-Jean-de-Monts (ensemble « Merlin plage »), sur les côtes aquitaine et languedocienne et, depuis 1977, en montagne aux Sept-Laux (Isère) et à Pyrénées 2000 (Pyrénées-Orientales), est la seule à répondre à l’appel d’offre. L’architecture des immeubles Merlin est généralement « médiocre », estime le SEATM, mais elle offre une possibilité de relance 36. L’essentiel de l’opération serait de quadrupler la capacité du Cristal par un immeuble le prolongeant, comprenant 368 appartements de 15 à 32 m2, en front de neige. On espère au départ se passer d’une procédure d’unité touristique nouvelle (UTN), prescrite nationalement depuis le décret du 24 août 1979 en cas de nouvelle construction en montagne, car l’opération de 12 250 m2 plancher rentre dans la surface initialement autorisée 37. Mais cette extension non-prévue au plan d’urbanisme initial ne peut en fait y échapper. Elle doit aussi s’accompagner d’un plan pluriannuel de développement touristique selon les dispositions de la directive sur l’aménagement de la montagne du 22 novembre 1977 pensé à l’échelle du pays d’Olmes et non seulement de la station.

  • 38 AD09, 356W23 : comités interministériels des UTN, 24/03/1981 et 16/06/1981 ; CR de la réunion du 18 (...)
  • 39 AD09, 356W23 : protocole de banalisation, 24/02/1982.

31Après un premier refus, le comité des UTN du 16 juin 1981 accepte le projet sous réserve que la banalisation des lits soit effectuée 38. La construction de l’immeuble front de neige par Merlin (coût : 4 millions de francs) est accompagnée d’un protocole de banalisation entre la commune, la Société des téléskis, l’agence de location touristique Lo-Vac et la SEIMO. La difficulté de mettre en place une centrale de réservation à l’échelle de la station fait préférer la délégation à Lo-Vac, qui reçoit mandat pour assurer la banalisation, la gestion et le remplissage des produits locatifs de la station en été et en hiver, soit les logements que doit construire Merlin immobilier dans l’immeuble front de neige et ceux que les propriétaires de la station aimeraient louer. Lo-Vac souhaite vendre dans ses 2 500 agences des produits complets comprenant appartement, forfaits de remontées mécaniques, école de ski, restauration et transport. La Société des téléskis doit, elle, réaliser le télésiège en recevant de la SEIMO un quart du prix de vente des terrains à Merlin, la SEIMO devant, pour sa part, développer une animation d’été 39. Les préconisations du comité UTN sont satisfaites.

  • 40 Archives nationales, 19980052/8 : échanges entre le ministre de l’Urbanisme et le préfet d’Ariège, (...)

32La banalisation butte toutefois sur un problème, rédhibitoire : l’hostilité des propriétaires de chalets et d’appartements à la location de leur bien puisqu’ils souhaitent pouvoir y venir quand ils le veulent et qu’ils ont peur des dégradations. Merlin ne semble pas non plus très disposé à accepter la clause de location lors des ventes. Cette banalisation étant la condition sine qua non pour l’urbanisation nouvelle, Merlin décide de proposer en 1983 un nouveau plan d’immeuble, en continuité du Cristal, qui se situe en-deçà du seuil de déclenchement UTN. L’immeuble est rapidement construit. Le plan pluriannuel de développement touristique n’avance pas réellement, bien que des études préalables sur l’extension du domaine, la diversification plurisaisonnière, l’architecture, les risques, l’insertion paysagère et l’impact agropastoral aient été prévues 40. Malgré un intense travail de concertation et de réflexion, rien n’a donc été réglé.

II – La reprise en main publique d’une station en déséquilibre structurel

1. Une ressource capricieuse : la multiplication des années sans neige

  • 41 Entretien avec Maryse Carbonnel (fille d’André Roudière et épouse de Jean-Pierre Carbonnel) mené pa (...)
  • 42 Détente consultants et FININDEV, « Étude sur les capacités financières et les conditions de rentabi (...)

33Le record d’affluence est atteint lors de la saison 1983-1984 avec 101 000 forfaits vendus. Mais les hivers sans neige se multiplient, tout particulièrement lors des hivers 1987-1988, 1988-1989 et 1989-1990 qui plongent bien des stations dans le rouge. Plus que dans d’autres secteurs économiques, la ressource rappelle qu’elle détermine la possibilité même de l’offre. Les collectivités publiques suppléent alors les carences privées mais les Pyrénées semblent dans une impasse à terme : elles ne peuvent égaler les grands aménagements alpins, seuls à avoir fait leurs preuves, et ne sont pas viables hors perfusion publique en raison de leur structure sportive et immobilière et des défauts d’enneigement. Plutôt qu’une réelle réflexion, c’est une course à l’enneigement artificiel qui débute avec une dizaine d’années de retard sur les Alpes et des capacités de financement et d’endettement restreintes. C’est dans ce contexte qu’aux Monts-d’Olmes, André Roudière décide de céder ses parts. La Société des téléskis est par la suite en péril avec un manque à gagner de 11 millions de francs en janvier 1990. Les emplois saisonniers sont en danger. Jean-Pierre Malecamp, devenu le principal actionnaire de la Société des téléskis, éponge ce déficit d’exploitation avec l’appui de l’assureur Jean-Pierre Carbonnel. Tous deux sont directement liés à Roudière puisqu’ils sont ses gendres 41. La saison 1992-1993 est à nouveau marquée par le manque de neige. En 1994-1995, le nombre de forfaits journaliers vendus est tombé à 79 000 (contre 243 211 à Ax, 111 389 à Guzet 42).

  • 43 AD09, 583W28 : détente consultants et FININDEV, « Étude sur les capacités financières et les condit (...)
  • 44 Le réchauffement climatique d’origine anthropique est un phénomène identifié depuis la fin du xixe  (...)

34La neige se fait attendre lors de la saison 1995-1996 et manque carrément lors des hivers 1996-1997 et 1997-1998 (17 000 et 28 000 journées-skieurs aux Monts-d’Olmes). Les chiffres d’affaires des stations pyrénéennes chutent alors de 20 à 50 % par rapport aux saisons précédentes. Suite à ce nouvel épisode calamiteux, le conseil général commande une étude sur les capacités financières et les conditions de rentabilité des stations d’Ariège pour décider de la stratégie et des investissements à venir 43. Le sous-investissement dans les domaines ariégeois depuis le milieu des années 1980 renforce les problèmes liés au manque d’enneigement. En 1998-1999, Ax-Bonascre, qui concentre près de 55 % du chiffre d’affaires des stations du département, est la seule station en équilibre mais elle est lourdement endettée et prévoit un plan d’investissement de 100 millions de francs sur cinq ans (1999-2004). Toutes les autres stations d’Ariège sont en difficulté, Mijanès et Ascou étant dans une situation particulièrement noire. Les Monts-d’Olmes, avec 11 % du chiffre d’affaires hivernal ariégeois, huit permanents, trente saisonniers, quatre dameuses, six restaurants et une discothèque, sont confrontés à des problèmes d’enneigement récurrents et à l’obsolescence de l’immobilier et de remontées mécaniques jamais renouvelées. Ils présentent une « image populaire, désuète, peu qualitative ». La station a un avantage indéniable : ses tarifs seraient les moins élevés de la chaîne mais l’offre de pistes noires et rouges (11 sur un total de 20 pistes) est trop importante pour le public familial qui la fréquente. La capacité d’hébergement sur site atteint désormais 2 171 lits, 9 000 avec le canton. Comme Mijanès, Ascou et dans une moindre mesure Guzet, les Monts-d’Olmes risquent la fermeture si les collectivités ne comblent pas les déficits en cas de nouvelle année sans neige, qui viendra. L’étude conclue en effet sur « la tendance à la baisse de l’enneigement, en liaison avec un phénomène de réchauffement général dont apparemment il semble qu’il soit scientifiquement acquis 44 ».

35Dans toutes les Pyrénées, désormais, de lourds investissements sont engagés, qui ne visent pas tant à prendre des parts de marché qu’à rester dans la course et éviter de fermer. L’immobilier qui se vend mal ne peut plus tirer les stations, il ne reste que l’endettement, potentiellement à fonds perdus. Il faudrait investir tout azimut : dans les domaines skiables, dans l’immobilier, dans l’animation ; or, les investissements consentis pour le ski ne laissent aucune marge ou presque pour lancer des produits innovants. La situation de nombre de stations pyrénéennes semble en fait inextricable. Elles sont prises dans un phénomène de dépendance au sentier emprunté (path dependence, une voie prise que l’on ne peut plus ensuite quitter ; Bruno et Palier, 2010) : il leur faut investir pour éviter l’obsolescence et la fermeture en cas de manque de neige alors que des emplois en dépendent et que des investissements énormes ont déjà été consentis ; en même temps, cet investissement accroît la vulnérabilité des stations. La possibilité d’abandonner les centres en déséquilibre structurel est évoquée dans l’étude commandée par le conseil général. Mais en raison de leur effet sur l’emploi, de leur rôle dans l’équilibre territorial et dans le maintien d’un peuplement en montagne, de l’absence d’alternative assurée, les collectivités ne peuvent s’y résoudre. La gestion intercommunale ou la départementalisation sont d’autres possibilités qui libèreraient les finances locales et répartiraient la charge de l’endettement sur des bases plus solides.

2. La collectivisation d’une exploitation déficitaire mais indispensable pour l’économie locale

  • 45 La Dépêche, 30/11/2001, 17/11/2005 ; délibération du conseil municipal de Montferrier, 19/01/1999.

36En janvier 1999, au terme de la concession et en vertu de la loi Montagne qui fait des remontées mécaniques un service public, la commune de Montferrier reprend la main sur les téléskis et investit pour la modernisation d’installations devenues obsolètes. Jean-Pierre Malecamp estimant la reprise des installations sous-estimée financièrement, un long contentieux judiciaire débute. Le plan quinquennal d’investissements lancé par la commune permet d’installer 40 canons à neige, de créer une retenue collinaire (à la place d’une zone humide) et d’engazonner les pistes centrales pour en faciliter l’enneigement artificiel et la praticabilité même en cas de faible couverture neigeuse 45. Cela représente 40 millions de francs d’investissement et un fort endettement public, tandis que la crise industrielle frappe le pays d’Olmes et assèche les capacités financières des collectivités du fait de la baisse des entrées de taxe professionnelle. Ce plan d’investissement repose sur un doublement du chiffre d’affaires à terme, ce qui est très optimiste dans un contexte général de stagnation du marché hivernal. Les habitants du pays d’Olmes semblent se désintéresser de leur station ; l’ancrage local, originellement fort, s’est distendu dans un contexte où une partie de l’industrie textile est en crise.

Figure 7 – Le télésiège avec, en fond, les chalets et l’ancien hôtel en front de neige

Figure 7 – Le télésiège avec, en fond, les chalets et l’ancien hôtel en front de neige

Source : MIN-UT2J et Minovez

  • 46 La Dépêche, 03/11 et 10-31/12/2007.

37Dès 2000, Montferrier ne s’estime pas assez solide et souhaite voir la communauté de communes du Pays d’Olmes reprendre l’exploitation car la pression sur les finances communales est trop forte. Ce transfert est effectif en novembre 2003 et permet d’installer le télésiège, inauguré en décembre 2007, et de conjurer l’absence de neige en bas de domaine 46. Les trois saisons qui suivent, faiblement enneigées, semblent confirmer que l’équipement était indispensable puisqu’il permet d’assurer une activité minimale. De nouveaux bâtiments sont projetés pour relancer la station, mais sans suite. Les tensions sont dès lors vives au sein de l’intercommunalité quant au coût de cette station et à l’avenir qu’il conviendrait de lui donner.

38Alors que l’enneigement devient de plus en plus aléatoire, l’exploitation du domaine skiable est transférée lors de la saison 2015-2016, à titre expérimental d’abord, à la Savasem (Ski alpin vallées d’Ax – société économique mixte), en délégation de service public (DSP). Le savoir-faire technique de la Savasem améliore l’exploitation, en particulier le rendement des canons à neige. La Savasem exploite déjà les remontées d’Ax et d’Ascou tout en intervenant sur des opérations de maintenance ailleurs dans la chaîne. Son capital regroupe la commune d’Ax, la communauté de communes de la vallée d’Ax et le département. Elle exploite chaque station avec un statut particulier afin de minimiser les risques. Pour Ax-Trois-Domaines, il s’agit d’un affermage : la commune d’Ax supporte les gros investissements et la Savasem lui verse un loyer au moins équivalent à cet effort communal tout en assumant les pertes d’exploitation. À Ascou, station structurellement déficitaire, la Savasem est en régie intéressée : elle exploite pour le compte de la communauté de commune propriétaire de laquelle elle reçoit une rétribution. Aux Monts-d’Olmes, sa rémunération est proportionnée aux résultats d’exploitation. Cela n’enlève pas, pour la collectivité locale, la responsabilité d’assumer les investissements de modernisation et l’essentiel des risques financiers, le délégataire ne s’engageant qu’à améliorer l’exploitation.

39La station compte aujourd’hui 2 200 lits et 13 remontées mécaniques (un télésiège quatre places, douze téléskis) pour une capacité de 11 638 skieurs par heure et une fréquentation qui oscille entre 60 000 et 100 000 journées-skieurs par an depuis bientôt quatre décennies. Son cinquantenaire, célébré à partir de janvier 2018, a bénéficié de l’aura procurée par la médaille d’or aux Jeux olympiques d’hiver de Perrine Laffont, skieuse sur bosses originaire du pays d’Olmes. La nature s’est néanmoins montrée, encore une fois, capricieuse puisqu’un éboulement sur la route d’accès a bloqué 2 000 personnes dans la station la nuit du 20 au 21 février 2018.

40Les Monts-d’Olmes, ouverts en janvier 1968, sont d’un côté un cas original puisque leur lancement est dû à l’action déterminée de particuliers et d’industriels du textile de Lavelanet, autour d’André Roudière, dans une stratégie de diversification économique d’une région industrielle avec comme modèle les grandes stations alpines aménagées au même moment en sites vierges. Les collectivités ont au départ une place plus réduite qu’ailleurs dans la chaîne. D’un autre côté, par bien des aspects, les Monts-d’Olmes concentrent nombre des difficultés caractéristiques des stations de moyenne altitude. L’enneigement, largement négligé lors de la création de la station, présente un problème majeur duquel découlent les problèmes de rentabilité des équipements – comme ailleurs. Lancée pour l’été et l’hiver, dans l’idée de servir à la mise en valeur touristique de tout le pays d’Olmes, la station n’a pu atteindre cet objectif vers lequel tendent toujours, pourtant, les espoirs locaux. Son exploitation est marquée par les difficultés immédiates liées à la mauvaise évaluation des capacités naturelles du site. La raison d’être de la station semble finalement immobilière, sauf qu’une fois les premiers lotissements effectués, il a fallu assumer un équipement largement déficitaire mais créateur d’emplois.

  • 47 Entretiens menés par J.-M. Minovez avec Marc Sanchez (maire de Lavelanet), 17/06/2018 ; Gérald Sgob (...)
  • 48 Entretien avec Jordane Malecamp (petite-fille d’André Roudière et cogérante de la SEIMO) mené par J (...)

41Nombre d’élus du pays d’Olmes, dont l’industrie a brutalement reculé dans les années 1990 et 2000, misent désormais sur le tourisme pour relancer l’activité économique. Les Monts-d’Olmes sont donc centraux dans leurs réflexions. Sont-ils un atout pour l’attractivité touristique, résidentielle et entrepreneuriale du territoire, ou un stigmate encombrant du passé industriel et d’un certain court-termisme des Trente Glorieuses, un fardeau dans les dépenses publiques qui empêche de se consacrer à autre chose ? Les réflexions battent en tout cas leur plein pour envisager la diversification de l’offre, une requalification paysagère, une mise en synergie avec les attraits touristiques locaux, une valorisation de l’environnement local 47. En dépit du réalisme dont font preuve les acteurs locaux quant à la gravité financière et climatique de la situation, certains veulent croire à une reprise de l’urbanisation, seule manière d’assurer de nouveaux revenus à la station et de permettre de se moderniser 48. Ici comme ailleurs perdure la tentation de la fuite en avant pour ne pas fermer, entretenue par le haut niveau d’endettement et la fragilité des emplois locaux – peut-être aussi par un optimisme technologique lié aux canons à neige autant que par réaction contre un sentiment d’impuissance. Dans un pays de montagne où tout semble échapper à l’action politique, une station reste un moyen pour les élus de montrer leur pouvoir de faire – au risque de l’absurde lorsque tout semble compromis par un environnement en déroute. Les archives permettent de comprendre comment l’impasse s’est construite, dès l’origine, avant même l’irruption du changement climatique. Elles ne montrent pas vraiment de porte de sortie qu’il appartiendra à la créativité des acteurs en présence de trouver.

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Minovez J.-M. et Jimenez J., Les Monts-d’Olmes. 80 ans de ski en pays cathare, film, université Toulouse – Jean Jaurès/Pays d’art et d’histoire du Pays des Pyrénées cathares, 2019.

Palier B., « Path Dependence (effet de dépendance au chemin emprunté) », dans Boussaguet L., Jacquot S. et Ravinet P., Dictionnaire des politiques publiques, Presses de Sciences Po, Paris, 2010, p. 411-419.

Préau P., « Essai d’une typologie des stations de sports d’hiver dans les Alpes du Nord », Revue de géographie alpine, t. 56, 1968, p. 127-140.

Vlès V., « Avant-propos. Les processus de transformation des trajectoires locales des stations et aires touristiques : des questions modélisables ? », Sud-Ouest Européen, no 39, 2015, p. 5-11.

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Notes

1 Nous remercions Lucas Destrem, chargé d’inventaire pour le PAH, Anaïs Comet, chargée d’inventaire pour la région Occitanie et l’université de Toulouse – Jean Jaurès dans le cadre du programme européen FEDER TCV-Pyr (2017-2020) et Marina Salby, animatrice de l’architecture et du patrimoine pour le Pays d’art et d’histoire des Pyrénées cathares.

2 AD09, 342W58 : statuts de l’APSPO.

3 Entretien avec Aldo Vila mené par J.-M. Minovez, 17/12/2018 ; Barthe, 1993, p. 95 ; archives départementales d’Ariège (AD09), 225W93 : lettre de Roudière au SEATM, 13/09/1966 ; AD09, 342W58 : dossier « Station des Monts-d’Olmes », 1963 ; cadastre sur geoportail.fr.

4 AD09, 535W122 : lettre du commissaire au tourisme au préfet de l’Ariège, 02/08/1963.

5 Voir les projets dans AD09, 342W58.

6 AD09, 342W58 : avant-projet de la station des Monts-d’Olmes, 1964.

7 Entretien avec René Labadie mené par J.-M. Minovez, 15/11/2018.

8 Entretien avec Aldo Vila mené par J.-M. Minovez, 17/12/2018.

9 AD09, 342W58 : dossier Monts-d’Olmes dont délibérations du conseil municipal de Montferrier, 02/12/1964, 15/05/1965 ; Barthe, 1993, p. 111-113.

10 AD09, 342W58 : lettre du préfet d’Ariège au commissaire général au tourisme, 09/11/1964.

11 AD09, 705W243 : lettre de Roudière au directeur départemental de l’équipement, 19/12/1966.

12 AD09, 342W58 : lettre de Philip à Roudière, 05/04/1965.

13 AD09, 342W58 : lettre d’André Roudière au préfet, 21/05/1965. En capitales dans le texte.

14 AD09, 225W93 : lettre de Roudière à Vincent Cambau, 13/09/1966.

15 AD09, 356W23 : rapport de présentation sur la station des Monts-d’Olmes, DDE, 29/07/1981.

16 Entretiens menés par J.-M. Minovez avec Charles Authié (ancien mécanicien textile, pionnier du ski à la mine du Fangas), 08/11/2018 ; Raoul Pigeon (cadre dirigeant chez Michel-Thierry), 13/11/2018 ; Georges Marcérou (ancien artisan-tisserand, vice-président du ski-club de Montferrier), 05/02/2019.

17 « Un hélicoptère travaille à la construction du nouveau téléski des Monts-d’Olmes », La Dépêche, 01/08/1968.

18 AD09, 595W401 : SEIMO d’Olmes et Société ariégeoise immobilière et Cie, « Création d’un ensemble immobilier. Règlement des servitudes d’intérêt général du lotissement », 24/06/1968.

19 « Schuss aux Monts-d’Olmes », Midi Auto Moto, 1969 ; « Nouvelles installations aux Monts-d’Olmes », « À l’assaut de la montagne », La Dépêche, 18/08/1969 et 24/11/1969.

20 Délibération du conseil municipal de Montferrier, 18/12/1968 ; La Dépêche, 12/12/1968, 27/02/1969 ; AD09, 225W93.

21 La Dépêche, 09/12/1969.

22 La Dépêche, 22/10/1971 ; AD09, 295W89 : avant-projet de lotissement, 26/04/1968.

23 « Les Monts-d’Olmes. Station pyrénéenne de sports d’hiver », Les Nouvelles industrielles et commerciales, no 155, 1970, p. 466-467.

24 La Dépêche, 22/01/1970 ; AD09, 225W93 : correspondances, 24/08/1973 et 14/10/1974.

25 AD09, 225W93 : lettre du comité de la station des Monts-d’Olmes au préfet de région, 03/03/1975.

26 AD09, 356W28 : tableau dressé par l’antenne SEATM Pyrénées, juin 1977.

27 AD09, 356W28 : lettre de Roudière au directeur départemental de l’équipement, 27/09/1980.

28 AD09, 356W26 : aménagement touristique de la montagne, réunion du 06/02/1979.

29 AD09, 356W28 : rapport du chargé de mission du SEATM au préfet d’Ariège, 14/08/1980.

30 AD09, 356W23 : rapport de la DDE d’Ariège, 29/07/1981.

31 La Dépêche, 18/08/1969.

32 AD09, 356W23 : rapport de la DDE d’Ariège, 29/07/1981.

33 AD09, 356W28 : avis des services d’urbanisme de l’Ariège au dossier UTN dressé en octobre 1980.

34 AD09, 356W28 : CR de la réunion entre les services du département, de l’État et les acteurs locaux, préfecture d’Ariège, 07/10/1980.

35 AD09, 356W28 : enquête sur la banalisation des lits, 1980 ; réunion du 15/04/1980 entre le maire de Montferrier, Verdier, Barbe et la préfecture.

36 AD09, 356W28 : chargé de mission SEATM au préfet, 14/08/1980.

37 AD09, 356W28 : dossier UTN, octobre 1980.

38 AD09, 356W23 : comités interministériels des UTN, 24/03/1981 et 16/06/1981 ; CR de la réunion du 18/11/1981, préfecture d’Ariège.

39 AD09, 356W23 : protocole de banalisation, 24/02/1982.

40 Archives nationales, 19980052/8 : échanges entre le ministre de l’Urbanisme et le préfet d’Ariège, 14/03/1984, 14/08/1984 ; avis de l’antenne de Toulouse du SEATM, 1984.

41 Entretien avec Maryse Carbonnel (fille d’André Roudière et épouse de Jean-Pierre Carbonnel) mené par J.-M. Minovez, 13/11/2018.

42 Détente consultants et FININDEV, « Étude sur les capacités financières et les conditions de rentabilité des stations de ski de l’Ariège », rapport imprimé, 2000.

43 AD09, 583W28 : détente consultants et FININDEV, « Étude sur les capacités financières et les conditions de rentabilité des stations de ski de l’Ariège », rapport imprimé, 2000.

44 Le réchauffement climatique d’origine anthropique est un phénomène identifié depuis la fin du xixe siècle, scientifiquement reconnu depuis 1979 et mesuré depuis 1995.

45 La Dépêche, 30/11/2001, 17/11/2005 ; délibération du conseil municipal de Montferrier, 19/01/1999.

46 La Dépêche, 03/11 et 10-31/12/2007.

47 Entretiens menés par J.-M. Minovez avec Marc Sanchez (maire de Lavelanet), 17/06/2018 ; Gérald Sgobbo (président de la communauté de communes du Pays d’Olmes), 17/06/2018.

48 Entretien avec Jordane Malecamp (petite-fille d’André Roudière et cogérante de la SEIMO) mené par J.-M. Minovez, 13/11/2018.

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Table des illustrations

Titre Figure 1 – Urbanisme de la station des Monts-d’Olmes (1967-2008)
Crédits Source : Anaïs Comet dans le cadre du projet FEDER TCV-PYR
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/7395/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 644k
Titre Figure 2 – La station des Monts-d’Olmes et ses champs de neige
Crédits Source : MIN-UT2J et Minovez
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/7395/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 372k
Titre Figure 3 – Le Cristal et les ateliers de la station des Monts-d’Olmes
Crédits Source : MIN-UT2J et Minovez
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/7395/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 168k
Titre Figure 4 – Le Cristal en front de neige avec chalets en fond
Crédits Source : MIN-UT2J et Minovez
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/7395/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 180k
Titre Figure 5 – Skieurs, front de neige et Cristal aux Monts-d’Olmes
Crédits Source : MIN-UT2J et Minovez
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/7395/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 144k
Titre Figure 6 – Hameau de chalets dans un paysage qui se veut alpin
Crédits Source : MIN-UT2J et Minovez
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/7395/img-6.jpg
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Titre Figure 7 – Le télésiège avec, en fond, les chalets et l’ancien hôtel en front de neige
Crédits Source : MIN-UT2J et Minovez
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Fichier image/jpeg, 159k
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Pour citer cet article

Référence papier

Steve Hagimont et Jean-Michel Minovez, « « Or blanc » et promotion immobilière en territoire industriel : les Monts-d’Olmes (Ariège) de la diversification à la reconversion (des années 1960 à nos jours) »Sud-Ouest européen, 51 | 2021, 9-23.

Référence électronique

Steve Hagimont et Jean-Michel Minovez, « « Or blanc » et promotion immobilière en territoire industriel : les Monts-d’Olmes (Ariège) de la diversification à la reconversion (des années 1960 à nos jours) »Sud-Ouest européen [En ligne], 51 | 2021, mis en ligne le 27 janvier 2022, consulté le 18 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/7395 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/soe.7395

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Auteurs

Steve Hagimont

Maître de conférences en histoire à l’université Paris-Saclay, steve.hagimont@uvsq.fr

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Jean-Michel Minovez

Professeur des universités en histoire à l’université Toulouse – Jean Jaurès, jean-michel.minovez@univ-tlse2.fr

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