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Les usagers des refuges : terra incognita de la fréquentation de la montagne ? Étude sur les refuges des Pyrénées centrales en haute saison touristique

Shelter Users: terra incognita of Mountain Attendance? Study on Users of the Refuges of the Central Pyrenees During the Peak Tourist Season
Los usuarios de los refugios: ¿terra incognita de uso en la montaña? Estudio sobre los refugios en el Pirineo Central en temporada alta de turismo
Olivier Hoibian
p. 47-64

Résumés

Les enquêtes nationales sur les pratiques sportives des français recensent environ 6 % d’adeptes de la randonnée en montagne. Pour cette activité, les échantillons nationaux ne sont pas suffisants pour donner des indications détaillées. Pour avoir des données fiables, il faut donc réaliser des études spécifiques. Une enquête par questionnaire sur site a été réalisée pour l’ensemble des refuges de trois vallées des Pyrénées centrales durant deux étés successifs en 2015 et 2016. L’analyse des données recueillies permet de préciser les caractéristiques socio-démographiques et les références culturelles de la population qui fréquente les refuges de ces vallées. Cet article cherche à discuter de la persistance de la surreprésentation des catégories diplômées dans les activités de loisir de montagne durant les dernières décennies.

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Texte intégral

Introduction

  • 1 Une première cabane aurait été édifiée au sommet de l’aiguille du Goûter en 1858 suivi en 1863 par (...)
  • 2 Code du tourisme, art. L326-1 : Le refuge est « un établissement d’hébergement recevant du public, (...)

1En Europe, les premiers refuges ont été construits à partir de la fin du xviiie siècle avec les débuts de l’alpinisme symbolisé par l’ascension du mont Blanc en 1786 (Hoibian, 2008). Au départ, il s’agit d’abris « de fortune » utilisés par les premiers alpinistes et leurs guides, implantés dans des zones escarpées où l’homme n’a pas vocation à rester de manière permanente 1. Ils ont avant tout une fonction d’abri comme leur nom l’indique : un refuge permettant d’abord de « se mettre en sûreté» afin d’échapper aux dangers de la montagne liés principalement aux aléas météorologiques (froid, neige, orage, brouillard, etc.) mais aussi de profiter de cette étape pour se restaurer et se reposer avant de poursuivre sa route (Rey-Dubove et Rey, 1993). À cette époque, la fréquentation de la montagne pour les loisirs est réservée à une petite fraction des élites sociales et les « hébergements de montagne isolée 2 » restent longtemps d’un niveau de confort assez rudimentaire.

  • 3 La majorité des refuges est gardée pendant la période estivale et le nombre de ceux gardés égalemen (...)
  • 4 Cet accroissement global est à mettre en relation avec les véritables mutations intervenues dans le (...)
  • 5 Cette vaste catégorie des « marcheurs » comprend aussi la marche utilitaire pour se déplacer dans s (...)

2Depuis cette période pionnière, le tourisme en montagne s’est largement diffusé et le réseau des refuges s’est progressivement densifié pour s’implanter dans tous les chaînes de montagne. Au cours des dernières décennies, des améliorations notables ont été apportées du point de vue de leur confort et des conditions d’accueil 3. On recense aujourd’hui environ 250 refuges en France répartis sur l’ensemble des massifs. Pour le versant français des Pyrénées, on en comptabilise 41 dont 17 gérés par la Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM) et 4 par le parc national des Pyrénées (La Montagne et Alpinisme, no 2, 2015). Simultanément, depuis le début des années 1980, le phénomène d’expansion des loisirs physiques, pendant l’année ou durant les vacances, a pris une ampleur considérable. Les enquêtes nationales réalisées entre 1985 et 2013 indiquent une multiplication par 16 du nombre des français déclarant se livrer à une activité physique durant leurs temps libres (Mignon, 2015). Selon les dernières statistiques disponibles, ce sont pratiquement 90 % de Français, de 15 ans et plus, qui s’adonnent à des loisirs physiques, soient plus de 47 millions d’entre eux dont 65 % de manière régulière à raison d’au moins une fois par semaine 4. Les attentes qui dominent sont en priorité la recherche du bien-être et de la santé mais aussi les rencontres et la sociabilité familiale et amicale (Cléron, 2015). Ce sont principalement les activités en autonomie, hors des clubs traditionnels et en plein air qui profitent de cet accroissement. Dans ce vaste mouvement de généralisation des pratiques d’activités physiques, la marche à pied, sous toutes ses formes, arrive en tête du palmarès des loisirs plébiscités par les Français avec une progression de l’ordre de 12 % au cours des dix dernières années. Elle rassemble désormais plus de 68 % des Français soient environ 35 millions de pratiquants. La randonnée pédestre, considérée comme plus exigeante que la simple marche, concerne plus de 9 % des Français (soit 4,7 millions) avec une parité entre les hommes et les femmes. Pour ce qui concerne la randonnée en montagne, objet de cette étude, elle intéresse 6 % des Français de 15 ans et plus soit un effectif de l’ordre de 3,5 millions d’adeptes 5.

3Pourtant, durant cette même période, les organismes en charge de la gestion des refuges sont confrontés à une stagnation voire parfois à une érosion du nombre des nuitées. Ils cherchent désormais à redéfinir les contours de leur politique de promotion des refuges pour favoriser leur attractivité et s’interrogent sur les améliorations à apporter et sur les aménagements à réaliser pour mieux répondre aux attentes des « nouvelles clientèles ».

4Pourquoi l’engouement actuel pour les activités en « plein air » ne bénéficie-t-il pas davantage à la fréquentation de la montagne ? Faut-il accroître l’attractivité touristique des territoires de montagne et augmenter la fréquentation des refuges ? Une amélioration systématique du niveau de confort et une diversification des services offerts doivent-elles être envisagées en se rapprochant des normes des hébergements de fond de vallée ? Faut-il généraliser l’aménagement de douches chaudes dans tous les refuges ? Faut-il supprimer les dortoirs au profit des chambres individuelles ? Faut-il équiper tous les refuges en wifi ?

  • 6 Étude financée par la région Midi-Pyrénées. Rapport de recherche pour la région Midi-Pyrénées : Hoi (...)

5Dans ce moment décisif pour l’élaboration des stratégies d’aménagement et de promotion des refuges pour les prochaines décennies, ces questions sont au cœur des préoccupations des gestionnaires des refuges comme des gardiens mais aussi de l’ensemble des acteurs des territoires de montagne. Dans la conjoncture actuelle, le secteur du tourisme prend, en effet, une importance croissante dans l’économie des zones de montagne et participe au maintien des populations actives notamment des jeunes dans certains territoires menacés de désertification. Lorsqu’une vallée dispose de refuges dans le périmètre de son aire géographique, elle élargit, de fait, la palette de son offre touristique en matière d’activités proposées et bénéficie d’un surcroît de notoriété et d’attractivité auprès des adeptes des loisirs de montagne. Cependant, les usagers des refuges apparaissent comme une terra incognita de la connaissance sociologique. Les résultats des études nationales donnent des indications pertinentes sur les évolutions macrosociologiques globales (INSEE, Jeunesse et Sport, Atout France, etc.) mais leurs analyses restent très générales car les échantillons sont trop faibles pour mener des analyses précises sur les caractéristiques sociodémographiques des randonneurs en montagne et des usagers des refuges. Comme le souligne Christine Beaumont d’Atout France, actuellement « personne ne dispose de données précises sur la fréquentation et la composition du public des refuges » (La Montagne et Alpinisme, no 2, 2015). Pour essayer d’éclairer ce « point aveugle », en répondant aux nombreuses interrogations sur la fréquentation de ces hébergements isolés, une étude a été réalisée sur un échantillon de refuge des Pyrénées centrales en période de haute saison touristique estivale 6.

  • 7 Le terme de territoire est défini comme résultant d’un processus historique et culturel de construc (...)

6Tout en prenant en compte les pratiques, les représentations et les attentes des usagers des refuges, cette recherche a pour ambition de mieux comprendre les logiques sociales à l’œuvre dans la fréquentation de la montagne et des refuges des Pyrénées pour les loisirs. L’objet de cette étude consiste donc à analyser les processus de différenciation des usages des loisirs et du tourisme dans les vallées des Pyrénées centrales en s’intéressant plus particulièrement à la fréquentation des refuges. Sur le plan théorique, une définition ouverte de la culture, inspirée de l’anthropologie, a été adoptée (Cuches, 2004). Elle intègre les pratiques de loisir et de tourisme sportif dans son champ d’investigation (Cousin et Réau, 2006). La démarche se réfère aux travaux et aux débats au sein de la sociologie des pratiques culturelles (Coulangeon, 2016). Elle s’appuie sur la complémentarité de l’histoire, de la géographie sociale et de la sociologie pour analyser « l’ancrage des pratiques touristiques dans les trajectoires des territoires de montagne » (Vles, 2015 7). Dans cette perspective théorique, la randonnée, l’alpinisme, l’escalade, le parapente, le trail, etc., appartiennent à la sphère des pratiques culturelles et obéissent à des logiques sociales différenciées (Bourdieu, 1979). Les loisirs de montagne représentent des éléments constitutifs des styles de vie fondés sur l’incorporation dès l’enfance d’habitus hiérarchisant les goûts et les pratiques dans le domaine culturel comprenant les loisirs (Lahire, 2004). Comme le désir de fréquenter les musées, les théâtres, les concerts, etc., la sensibilité à la beauté des paysages, le goût de l’effort et les plaisirs procurés par la pratique des loisirs physiques en montagne ne sont pas nécessairement partagés au même degré par tous les individus. Il ne s’agit pas de représentations et de valeurs incorporées de manière universelle par toutes les catégories sociales. On peut alors formuler l’hypothèse que les usages de la montagne et des refuges pour les loisirs apparaissent socialement différenciés avec une forte présence des représentants fractions cultivées.

7Cependant, au cours de la période récente, certains théoriciens postmodernistes ont contesté de manière radicale le principe d’une structuration précoce des inclinations à agir en fonction des dispositions incorporées lors des socialisations familiales initiales. Ils défendent, au contraire, l’idée que les évolutions sociétales des dernières décennies ont conduit à une totale indétermination des styles de vie. Leurs analyses cherchent à montrer que, désormais, les processus de construction des identités sociales et culturelles se feraient de manière délibérée ou au gré des rencontres et des collectifs librement investis (Harvey, 1989 ; Featherstone, 1991 ; Slater, 1997). Les styles de vie échapperaient ainsi à toute détermination sociale et se caractériseraient par une omnivorie culturelle marquée par la multiplicité et l’éclectisme des pratiques et consommations culturelles (Peterson, 2004).

8Pour discuter cette question, l’étude réalisée s’attache donc à mesurer le degré d’hétérogénéité sociale et culturelle des usagers des refuges. Assiste-t-on à une diffusion sociale de la fréquentation des refuges avec une présence significative des représentants des classes populaires ou moyennes ou bien leur usage reste-t-il l’apanage des classes favorisées ?

9Cet article entend ainsi contribuer à une meilleure compréhension des logiques sociales à l’œuvre dans « les circuits actuels de production et de distribution des produits et des consommations culturelles » (Pinto, 2013). Il vise aussi à rendre compte des caractéristiques sociodémographiques des usagers des refuges, de leurs pratiques et de leurs attentes à l’égard de ces hébergements isolés de montagne.

Encadré 1 – Méthodologie

Face à un discours marketing, aujourd’hui dominant, évoquant la mise en tourisme des refuges, le ciblage de clientèle ou la commercialisation du produit, l’approche présentée dans cet article, entend garder une certaine distance critique. Il s’agit ainsi de se prémunir contre les effets des prophéties auto-réalisatrices incitant les publics des refuges, appréhendés uniquement comme des clients, à finir par se comporter comme tel. Afin d’identifier les logiques sociales à l’œuvre dans le domaine des activités touristique de montagne, le parti pris sémantique adopté à consister à recourir au concept d’usagers des refuges plutôt qu’à celui de clients. Les refuges relèvent en effet d’obligations de service auprès du public (abri-secours) et bénéficient de financements issus des cotisations des adhérents des clubs et des fédérations gestionnaires mais aussi de fonds publics émanant des impôts de chaque citoyen. Ils ne sont donc pas assimilables à des établissements commerciaux ordinaires.

Du point de vue de l’organisation de l’enquête, la population de randonneurs en montagne apparaît particulièrement difficile à appréhender d’un point de vue empirique. Cette activité relève principalement d’une pratique en autonomie, hors de toute structure d’encadrement et se déroule dans un espace naturel ouvert, la moyenne montagne, recelant de multiples chemins d’accès. Compte tenu de ces difficultés, les rares études réalisées ont toujours privilégié les approches compréhensives fondées sur quelques entretiens qualitatifs ou sur des enquêtes déclaratives recueillies sur les aires de stationnement (ODIT, 2009 ; Jousset, 2003 ; Brunet, Reveret et Steen, 2001).

La méthodologie adoptée pour cette étude a cherché à contourner ces biais par la réalisation d’une enquête in situ en s’appuyant sur le réseau des refuges des Pyrénées. Les refuges représentent en effet un repère important pour les randonneurs en montagne et constituent parfois l’objectif principal de l’excursion à la journée ou au moins une halte possible sur un itinéraire et un lieu d’hébergement pour des randonnées de plusieurs jours ou des courses d’alpinisme avec parfois un bivouac à proximité. L’une des hypothèses discutée dans cette étude porte sur une éventuelle différenciation sociale des publics selon le type de refuge en fonction des difficultés d’accès. La diversité des situations de ces hébergements de montagne a donc donné lieu à l’élaboration d’une classification intuitive distinguant les refuges de très haute montagne (accès nécessitant des compétences d’alpinistes), les refuges de haute montagne, les refuges de moyenne montagne et les refuges de proximité. Contrairement aux différents massifs des Alpes, les refuges de très haute montagne sont inexistants dans les Pyrénées *. L’enquête a donc porté sur les trois autres catégories refuges **. 12 refuges répondant à ces critères et situés dans trois départements de la zone centrale des Pyrénées (Ariège, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées) ont été sélectionnés.

Durant deux étés successifs, des équipes d’enquêteurs ont été réparties pendant deux journées consécutives sur l’ensemble des refuges d’une même vallée en haute saison touristique. Les journées de recueil des données ont été choisies de manière rigoureuse pour éviter tout biais lié à des écarts de compétences requises pour s’engager en montagne avec une météorologie incertaine. Le critère de deux journées consécutives de grand beau temps – annoncées depuis plusieurs jours – a été retenu en évitant les week-ends pour neutraliser tout effet lié aux rotations hebdomadaires de réservation d’hébergement touristique. La collecte des données empiriques a consisté en une double opération : simple comptage durant une même journée des passages à proximité des refuges et distribution simultanément d’un questionnaire aux randonneurs qui s’arrêtaient au refuge soit pour une simple halte soit pour passer la nuit en montagne.

L’enquête auprès des usagers et des randonneurs passant à proximité des refuges représente une photographie ponctuelle de la fréquentation des Pyrénées centrales au cœur de l’été par beau temps. Sans prétendre à l’exhaustivité, elle permet de conforter ou au contraire d’infirmer certaines affirmations subjectives circulant à propos des randonneurs en montagne et du public des refuges. Les résultats obtenus grâce au traitement de près de 700 questionnaires auprès des usagers des refuges (avec un taux de réponse proches de 80 %) et d’un recensement de plus de 1 800 randonneurs passant à proximité ***, fournissent un éclairage inédit qui peut être considéré comme socialement représentatif de ce groupe de pratiquants en période de haute saison touristique ****.

* Parmi les refuges de très haute montagne nécessitant la maîtrise des techniques d’alpinisme, on peut citer pour le massif du Mont-Blanc les refuges de l’Argentière, des Cosmiques, de Leschaux, etc.

** Il s’agit des refuges de proximité situés entre 1 h 30 et 2 h de marche des aires de stationnement, des refuges de moyenne montagne nécessitant de 2 h 30 à 3 h 30 de marche et enfin des refuges de haute montagne nécessitant environ 4 h d’ascension.

*** Brève interrogation des randonneurs passant à proximité de l’un de ces 12 refuges.

**** Dans l’exploitation des données recueillies, seuls les résultats des croisements statistiques significatifs au seuil de 5 % du Khi-2 ont été conservés.

Figure 1 – Les trois vallées des Pyrénées centrales retenues

Figure 1 – Les trois vallées des Pyrénées centrales retenues

Réalisation : Hoibian

Source : GEP

Tableau 1 – Refuges retenus pour les trois vallées des Pyrénées

Vallées

Refuge

Gestionnaire

Altitude

Durée

Classification

Cauterets

Estom

CSVSS

1 804 m

1 h 30

Proximité

Ilhéou

CSVSS

1 988 m

1 h 30

Proximité

Wallon

CSVSS

1 865 m

2 h 30

Moyenne montagne

Oulettes de Gaube

CAF

2 150 m

2 h 30

Moyenne montagne

Baysselance

CAF

2 651 m

3 h 30

Haute montagne

Luchon

Venasque

CAF

2 250 m

2 h 30

Moyenne montagne

Espingo

CAF

1 967 m

2 h 30

Moyenne montagne

Portillon

CAF

2 567 m

4 h 30

Haute montagne

Maupas

CAF

2 430 m

4 h 00

Haute montagne

Auzat

Bassiès

Commune d’Auzat

1 665 m

2 h 30

Moyenne montagne

Pinet

CAF

2 240 m

3 h 00

Moyenne montagne

Fourcat

CAF

2 445 m

4 h 00

Haute montagne

Source : Hoibian

I – Les caractéristiques démographiques des randonneurs en montagne et des usagers des refuges

1. Répartition selon les âges et les sexes

Figure 2 – Refuge de Bassiès dans la vallée d’Auzat

Figure 2 – Refuge de Bassiès dans la vallée d’Auzat

Source : Hoibian

  • 8 La randonnée pédestre présente une participation légèrement plus marquée des femmes (52 %) par rapp (...)
  • 9 Selon l’enquête réalisée en 2004 auprès des adhérents de la Fédération française des clubs alpins e (...)

10Les enseignements tirés du recensement à proximité des refuges montrent qu’environ un randonneur sur deux passant à proximité des refuges s’y arrête pour une simple halte ou pour passer la nuit en montagne. La composition de cette population des randonneurs en montagne est un peu plus masculine que celle des simples randonneurs pédestres avec 57 % d’hommes et 43 % de femmes 8. Cette présence masculine s’accentue pour ceux qui restent dormir en montagne au moins une nuit (65 %) et elle est un peu plus marquée pour le groupe des « randonneurs itinérants » restant au moins deux nuits consécutives en montagne (67 %). Elle devient nettement discriminante lorsqu’une course d’alpinisme est au programme (80 %) confirmant ainsi les résultats obtenus lors d’une enquête auprès des adhérents de la Fédération française des clubs alpins et de montagne 9.

11Pour ce qui concerne la répartition par âge, les résultats montrent que la randonnée en montagne appartient aux activités du second cycle de vie sportive avec 71 % de seniors de plus de 30 ans. L’âge moyen est proche de 46 ans, la tranche d’âge des 40-49 ans étant la plus représentée (22 %). Le score moyen des autres groupes par décennies se situe autour de 14 % (en ne tenant pas compte des groupes des moins de 10 ans et des plus de 70 ans aux effectifs logiquement plus réduits). Pour la population des usagers des refuges, l’âge moyen est un peu plus avancé (49 ans) mais l’écart reste très faible entre les divers groupes. Contrairement à une idée relativement répandue, la présence des enfants et des adolescents est loin d’être négligeable puisqu’elle représente 18 % des randonneurs lorsque l’on agrège les moins de 10 ans et les 10-19 ans. Ce groupe est sensiblement plus représenté parmi les randonneurs faisant une simple halte au refuge (25 %) mais sa présence reste néanmoins conséquente parmi ceux qui restent dormir en montagne avec un taux de 16 %. Une forme de socialisation des plus jeunes à la montagne est donc toujours assurée par les adultes principalement dans le cadre des transmissions familiales.

2. Répartition selon les origines géographiques et les formes de regroupement

12Les usagers des 12 refuges étudiés résident principalement en région Midi-Pyrénées (22 %) et dans la France de l’ouest avec 16 % pour l’Aquitaine et 29 % pour les autres régions de l’Ouest. Seuls 3 % sont originaires du Languedoc-Roussillon où la concurrence des Cévennes et des Alpes semblent très prégnante tandis que près de 11 % proviennent de la région parisienne. Pour les étrangers, ils représentent environ 18 % des usagers avec logiquement un très fort contingent de résidents en Espagne (40 %), les autres pays apparaissant très dispersés.

13Du point de vue de la répartition selon des modalités de regroupements des usagers, le questionnaire différenciait la situation des randonneurs en couples (avec ou sans enfant) de celle des familles au sens large (avec ou sans enfant). Il offrait également la possibilité de signaler si les usagers se déplaçaient seul, avec des amis ou avec un groupe constitué (club, tour opérateur, etc.). Les couples et les familles constituent la majorité (65 %) des randonneurs s’arrêtant dans les refuges. Les effectifs des couples et des familles avec enfant représentent un peu plus de 20 % des usagers des refuges.

3. Distribution selon les modalités de pratique de la montagne pour les usagers des refuges

14Parmi les usagers des refuges, un peu plus de 35 % y font une simple halte, accompagnée de la consommation d’une boisson ou d’un repas, avant de redescendre dans la vallée le jour même tandis que 65 % ont prévu de dormir en montagne. La très grande majorité d’entre eux profite de l’hébergement offert par le refuge lui-même et environ 15 % préfèrent le bivouac à proximité. Parmi les usagers des refuges, près de 70 % ont déjà dormi en refuge et sont donc déjà habitués de la sociabilité et des conditions de ce type d’hébergement. La proportion de ceux qui ont déjà vécu cette expérience originale est encore plus élevée parmi ceux qui ont prévu de dormir en montagne puisque 15 % d’entre eux vont réaliser cette expérience pour la première fois.

15Parmi ceux qui ont prévu de dormir en montagne pratiquement (60 %) vont redescendre le lendemain dans la vallée soit directement dans la journée (13 %), soit après avoir réalisé une autre activité depuis le refuge (36 %). Seulement 9 % prévoient de réaliser une course d’alpinisme le lendemain et 2 % viennent pour pêcher, pratiquer le parapente, la photographie de montagne, etc. Une proportion non-négligeable (40 %) d’entre eux se prépare à passer au moins deux nuits consécutives en montagne en pratiquant la randonnée itinérante.

4. Appréciations des usagers sur les refuges

16Les appréciations négatives concernent pour 60 % des usagers la promiscuité, les dortoirs et les ronfleurs. La promiscuité apparaît comme la critique la plus fréquente. Elle comprend notamment la gêne créée par le manque d’espace en cas d’affluence, les incivilités et les râleurs. Elle concerne davantage les refuges de moyenne montagne. Pour ce qui concerne les dortoirs, les récriminations portent notamment sur les difficultés à dormir du fait du bruit, des odeurs et des couchettes trop nombreuses dans les grands dortoirs. Cet argument heurte particulièrement les randonneurs à la journée et dans une moindre mesure les familles et les CPIS. Les autres critiques majeures portent sur le manque de confort et surtout d’hygiène. Contrairement à des idées souvent entendues, la demande de douche n’est pas prioritaire. Seul 11 % des usagers réclament des douches, essentiellement les randonneurs itinérants. Les attentes portent plutôt sur la mise à disposition de quelques lavabos isolés pour garantir la possibilité d’une toilette dans une certaine intimité.

17Enfin, la question des tarifs apparaît relativement secondaire pour ce public avec un score de 6 % seulement. Cependant, elle s’exprime davantage chez les étudiants et les randonneurs itinérants, catégorie pour lesquels des tarifs préférentiels seraient à la fois souhaités et incitatifs.

Figure 3 – Refuge de l’étang Pinet dans la vallée d’Auzat

Figure 3 – Refuge de l’étang Pinet dans la vallée d’Auzat

Source : Hoibian

18Les appréciations positives portées sur les refuges concernent d’abord leur fonction d’abri pour environ 50 % des usagers avec la possibilité de profiter d’un toit, d’être au sec, avec un sentiment de sécurité, d’avoir un lit, des sanitaires et éventuellement un repas chaud. La convivialité vient immédiatement ensuite pour 40 % des usagers qui désignent à la fois sous cette appellation le climat de relations amicales, l’ambiance, la chaleur humaine, l’accueil du gardien, les échanges et les rencontres, la simplicité, etc. Cette forme originale de sociabilité, particulièrement appréciée, est partagée par l’ensemble des catégories sociales. De manière moins marquée, est indiqué ensuite l’opportunité et le plaisir de dormir dans la nature, en montagne, sous les étoiles, face à des paysages exceptionnels pour environ 10 % des usagers. Enfin, l’aspect plus directement utilitaire de raccourcir les étapes, d’alléger le sac et de se rapprocher des sommets obtient un score relativement faible, de l’ordre de 5 % des personnes interrogées.

II – Les contours d’une typologie des refuges

1. Différenciation des refuges selon l’âge et le groupement des usagers

19Une typologie des refuges se dessine à partir des résultats des données sur les usagers des refuges. Elle concerne en premier lieu les variations de la fréquentation des refuges en fonction de l’âge des randonneurs. Les données recueillies auprès des usagers montrent une fréquentation plus marquée des refuges de haute montagne par la tranche d’âge des 20 ans à 39 ans. Ceux de moyenne montagne attirent davantage les usagers entre 40 ans et 59 ans tandis que les refuges de proximité semblent davantage prisés par les randonneurs les plus âgés mais aussi par les plus jeunes, notamment les enfants.

Tableau 2 – Pourcentages des classes âge fréquentant les trois types de refuges. Variation selon l’âge des randonneurs de la fréquentation des trois catégories de refuges

Tableau 2 – Pourcentages des classes âge fréquentant les trois types de refuges. Variation selon l’âge des randonneurs de la fréquentation des trois catégories de refuges

Les pourcentages sont calculés par rapport au nombre de réponses en colonne.

Source : Hoibian

Les valeurs en gris et rouge sont significativement surreprésentées et sous-représentées (au seuil de risque de 5 %).

20Du point de vue des pratiques associées à la randonnée, les adeptes des courses d’alpinisme privilégient logiquement les refuges de haute montagne, alors que les usagers qui entendent réaliser une randonnée le lendemain avant de redescendre dans la vallée choisissent davantage les refuges de moyenne montagne pour y passer la nuit. Les randonneurs itinérants se répartissent indifféremment entre les différents types de refuges tout en privilégiant plutôt les nuits en bivouac.

Tableau 3 – Répartition des regroupements selon la typologie des refuges. Croisement de la question « typo refuges » avec la question « familles regroupées »

Tableau 3 – Répartition des regroupements selon la typologie des refuges. Croisement de la question « typo refuges » avec la question « familles regroupées »

Les pourcentages sont calculés par rapport au nombre de réponses en ligne.

Les valeurs en gris et rouge sont significativement surreprésentées et sous-représentées (au seuil de risque de 5 %).

Réponses effectives : 566 ; Non-réponse(s) : 4 ; Taux de réponse : 99,3 %

p-value = < 0,01 ; Khi2 = 39,86 ; ddl = 6,00 (la relation est très significative)

Source : Hoibian

21Des différences apparaissent également selon la composition des groupes d’usagers. Les familles, notamment avec des enfants jeunes, fréquentent en priorité les refuges de proximité (73,5 %). Les familles avec des adolescents ou sans enfants se tournent plutôt vers les refuges de moyenne montagne. Les refuges de haute montagne accueillent davantage les personnes en groupes constitués, plus souvent titulaires d’une licence de la Fédération de randonnée pédestre, la Fédération de la montagne de l’escalade (FFME) ou du Club alpin français (FFCAM). Ils appartiennent plus fréquemment aux professions intermédiaires et aux ouvriers que les autres usagers et privilégient les pratiques en club dans leurs activités physiques régulières pendant l’année. Ces refuges de haute montagne sont à l’inverse très peu visités par les familles (sous-représentées).

22Les usagers qui réalisent des randonnées seuls sont plus souvent des hommes, célibataires ou divorcés. Dans leur pratique de la montagne, ils se répartissent de manière équivalente entre les différentes modalités de la randonnée. Comme les groupes constitués ou les amis qui randonnent entre eux, ils ont davantage l’expérience des nuits en refuges que les familles.

2. Différenciation marquée des trois catégories de refuges selon le sexe

  • 10 La comparaison des effectifs d’hommes et de femmes par un test de χ220 = 25,838 – χ2 α = 0,05. 1 (...)

23Des écarts de répartition se manifestent également en fonction du sexe avec une surreprésentation des femmes parmi les usagers des refuges de proximité et une moindre présence de leur part pour les refuges de haute montagne 10. Par contre, les différences s’estompent pour les refuges de moyenne montagne qui accueillent des représentants des deux sexes conformément au taux moyen des usagers des refuges (57 % et 43 %).

24L’interprétation des différences selon le sexe, pour expliquer la sous-représentation des femmes dans les refuges de haute et de très haute montagne, relève manifestement d’autres grilles de lecture que celle, assez intuitive, des différences des âges selon la difficulté d’accès des refuges. En effet, ces hébergements donnent souvent accès à des activités très différenciées selon les sexes comme la randonnée itinérante hors des sentiers balisés (HRP) ou l’alpinisme… où les hommes sont nettement plus nombreux. Ces écarts tiennent pour une part également à des évolutions sociétales comme l’augmentation de la monoparentalité et aux périodes de travail des hommes pendant les congés scolaires lorsque les femmes sont sans profession. On peut aussi faire référence aux rôles sociaux assignés davantage aux femmes concernant les relations aux jeunes enfants dans la construction des stéréotypes de genre. Les hommes arrivent sans doute davantage à s’en exonérer pour se livrer à des pratiques plus sportives même si les activités réunissant l’ensemble des membres de la famille sont plus valorisées aujourd’hui qu’elles ne l’étaient pour les générations précédentes (De Singly, 2005).

25L’objectivation de cette différenciation sociale de la fréquentation des refuges selon l’altitude représente un résultat notable de cette étude du point de vue de la connaissance des « randonneurs en montagne ». Ce résultat est riche d’enseignements pour les gardiens comme pour les organismes qui gèrent les refuges du point de vue de la définition des politiques d’accueil et de promotion de la fréquentation de ces hébergements de montagne selon les différentes catégories d’usagers.

Figure 4 – Typologie des refuges selon le profil des usagers

Figure 4 – Typologie des refuges selon le profil des usagers

Source : Hoibian

III – Les propriétés sociales des randonneurs usagers des refuges

26Si des variations ont pu être enregistrées concernant la fréquentation des différents types de refuge, les données recueillies n’indiquent, par contre, aucune différenciation statistiquement significative selon les propriétés sociales des randonneurs en montagne. Quelles informations nous apporte ce résultat important du point de vue des publics fréquentant les refuges ?

1. Les catégories professionnelles et sociales et le niveau de diplôme

27L’analyse des positions sociales à partir des différents indicateurs de la situation professionnelle des usagers doit permettre de répondre à la question de la démocratisation de la fréquentation des refuges. Il s’agit de comparer les résultats obtenus pour cette population de randonneurs aux données nationales collectées par l’INSEE. Pour respecter les conditions de comparaison nationale, l’échantillon utilisé ne comprend que les usagers résidants en France.

28La grande majorité des usagers des refuges des Pyrénées est composée d’actifs à plus de 70 %. Les retraités constituent environ 20 % de ce groupe et les étudiants moins de 10 %. Les chômeurs et les inactifs sont très peu représentés avec moins de 2 % des effectifs. Parmi les actifs, les salariés constituent de loin le principal contingent avec plus de 88 % d’entre eux contre 12 % pour les indépendants.

Tableau 4 – Répartition des usagers des refuges selon les CPS

Nb

% Usagers

% Population française

Écart %

CPIS

239

58

19,4

+ 38,6

Prof inter

91

22

16

+ 6

Employés

34

8

21

– 13

Artisants Commerçants Ent.

20

5

2,3

+ 2,7

Inactifs

14

3

19

– 16

Ouvriers

9

2

16

– 14

Agriculteurs

3

0,8

0,7

– 0,1

Étudiants

1

0,2

4,2

– 4

Total

411

100

100

Source : Hoibian

29L’éventail des catégories socioprofessionnelles représentées au sein des usagers des refuges est relativement étendu avec la présence de l’ensemble des grandes catégories de professions. Cependant, certaines apparaissent surreprésentées par rapport à l’ensemble de la population française. Il s’agit des artisans et commerçants (+ 2,7 %), des professions intermédiaires (+ 6 %) et surtout du groupe des cadres et professions intellectuelles (+ 38,6 %). Ces groupes obtiennent des scores nettement supérieurs par rapport à leur poids dans la population française telle qu’ils sont recensés par l’INSEE (2014).

30A contrario, un certain nombre de catégories sociales apparaissent sous-représentées comme les agriculteurs (– 0,1 %), les étudiants (– 4 %), les employés (– 13 %), les ouvriers (– 14 %) et les inactifs (– 16 %) par rapport à leur poids dans la société.

2. L’incidence du coût financier de la randonnée en montagne

  • 11 Le taux des non-départs est en effet passé de 34 % en 1992 à 49 % au plus fort de la récession écon (...)

31Pour rendre compte de ces disparités sociales, le coût financier de la pratique de la randonnée en montagne ne peut être ignoré du fait notamment des dépenses occasionnées par les déplacements, l’équipement de montagne et les prestations proposées par les refuges. Ainsi les étudiants et les inactifs s’avèrent nettement plus nombreux parmi ceux qui dorment en bivouac tandis que les ouvriers et les employés privilégient, davantage que les autres groupes sociaux, la randonnée à la journée nettement moins onéreuse. Ils appartiennent également aux catégories d’usagers qui se plaignent le plus des tarifs des refuges de même que les randonneurs itinérants. La dimension économique joue un rôle d’autant plus marqué que les usagers ont des revenus faibles et appartiennent aux catégories populaires. Cet effet s’est accentué avec le creusement des inégalités durant les dernières décennies et l’impact de la crise de 2008 avec une traduction tangible dans le recul des départs en vacances 11. Le coût du refuge peut néanmoins être pondéré par la possibilité d’utiliser la salle hors sac pour préparer son propre repas en évitant le prix de la demi-pension et celui de la nuitée en adoptant le bivouac à proximité.

3. Le poids décisif du niveau de formation

32Dans l’analyse sociologique du groupe des usagers des refuges le niveau de diplôme apparaît encore plus discriminant que le niveau des revenus. Par rapport aux données de l’INSEE concernant la population française, les écarts du groupe des usagers des refuges sont en effet encore plus significatifs en ce qui concerne le diplôme détenu. Les titulaires du bac se situent à 11 % de l’échantillon pour 19 % avec un bac + 2 et près de 60 % avec un bac + 3 et supérieur. Si l’on agrège les effectifs des titulaires du bac ou d’un diplôme supérieur, le score obtenu est de 87 % pour ce groupe des randonneurs en montagne résidant en France alors qu’il n’est que de 41 % pour l’ensemble des français. Cela représente un écart considérable de 46 points par rapport au niveau de formation de la population française. Pour ce qui concerne les titulaires d’un bac + 2 ou d’un diplôme supérieur, ils représentent 73 % des usagers des refuges contre 25 % pour le reste de la population soit un écart encore plus important de 48 %. À l’issue de cette enquête il apparaît donc très clairement que les randonneurs en montagne – usagers des refuges – se recrutent très majoritairement parmi les diplômés de l’enseignement supérieur.

Tableau 5 – Répartition des usagers des refuges selon les diplômes

Nb

%

Bac + 3 et plus

232

59

Bac + 2

76

19

Bac

44

11

Inf. bac

40

10

Aucun diplôme

4

1

Total

396

Source : Hoibian

4. Tel père, tel fils

33Par ailleurs, les analyses statistiques soulignent aussi une très forte corrélation entre la profession des usagers des refuges et la profession de leur père. Les liaisons les plus significatives s’observent pour les cadres et professions intellectuelles supérieures qui ont un père appartenant aux CPIS pour près de 70 % d’entre eux. Si elle reste significative, cette configuration est moins marquée pour les membres des professions intermédiaires dont les pères avaient eux aussi une profession intermédiaire (20 %) et pour les ouvriers (25 %) dont les pères étaient aussi ouvriers (Ihl, 2002).

5. L’effet majeur des socialisations familiales

34Des liaisons encore plus significatives concernent la profession du conjoint, étroitement corrélée à la profession de l’usager interrogé. En effet, 75,5 % des CPIS présentent une forme d’homogamie avec un conjoint appartenant à la même PCS. Ces différents indicateurs montrent ainsi un taux de reproduction des positions occupées dans la structure sociale très élevé d’une génération à l’autre. Indéniablement les usagers des refuges appartiennent dans leur grande majorité au groupe des héritiers (Bourdieu et Passeron, 1970). À ce titre, ils ont bénéficié d’une socialisation précoce aux dispositions esthétiques et éthiques de la culture légitime au sein du milieu familial. Ils ont ainsi de fortes probabilités d’avoir été sensibilisés dès l’enfance et l’adolescence à la pratique de la randonnée en montagne par leurs parents ou grands-parents.

Figure 5 – Refuge de Wallon-Marcadau dans la vallée de Cauterets

Figure 5 – Refuge de Wallon-Marcadau dans la vallée de Cauterets

Source : Hoibian

35Le statut socio-économique et culturel qui associe à la fois le niveau des revenus et le niveau d’étude apparaît donc très discriminant du point de vue de la fréquentation des refuges. Ces propriétés sociales trouvent d’ailleurs une forme de traduction dans les pratiques culturelles privilégiées par les usagers des refuges.

IV – Une homogénéité culturelle remarquable

36Si les usagers des refuges appartiennent à un éventail relativement large de catégories professionnelles et sociales, l’analyse des données recueillies montre néanmoins une grande homogénéité des pratiques culturelles et des représentations de la montagne.

1. Une vision partagée de l’univers de la montagne

37Ces références culturelles communes sont très largement partagées par l’ensemble des catégories socioprofessionnelles représentées au sein de ce groupe. Il n’y a pas de différence statistiquement significative dans les réponses sur les raisons qui attirent les usagers des refuges vers la montagne tant du point de vue des appartenances sociales que des classes d’âge, de sexe ou de niveau de diplôme. Ainsi, 90 % d’entre eux partagent une même sensibilité à la beauté des paysages tandis que le goût de l’effort réunit 64 % des répondants. Plus de 54 % évoquent leur intérêt pour la flore et la faune et 53 % apprécient particulièrement le calme de la montagne.

2. Le choix des pratiques culturelles durant les vacances

  • 12 « Le tourisme, un moyen important d’accès à la culture », Le 4 pages de la DGE, no 48, 2015.

38Les indicateurs de cette « homogénéité culturelle » sont corroborés par les activités culturelles complémentaires privilégiées par les usagers des refuges. Les visites de sites touristiques (notamment des villages historiques, des grottes, etc.) atteignent, en effet, des taux élevés sans présenter de disparités significatives entre les différentes catégories sociales au sein de cette population. Ces résultats traduisent des dispositions esthétiques et des goûts similaires pour les formes les plus légitimes des pratiques « cultivées » durant les loisirs, partagées par les usagers des refuges. Selon les chiffres du secrétariat au tourisme, 13,8 % des français ont visité un musée, une exposition ou un site touristique à l’occasion de leurs vacances en 2014. Parmi eux, 6,6 % ont assisté à un festival, à un concert ou à une autre manifestation culturelle 12. Selon une étude du CREDOC sur l’évolution de l’importance accordée aux animations festives et culturelles pendant les vacances, ce critère est cité en deuxième position par les vacanciers. Cet indicateur est en nette progression depuis l’enquête réalisée sur le même thème en 2004 avec un gain de neuf points en dix ans (CREDOC, 2015).

39L’enquête réalisée sur les randonneurs des Pyrénées révèle que les usagers des refuges sont nettement plus sensibles que la moyenne des Français à ces activités culturelles pour lesquelles ils apparaissent surreprésentés. Prêt de 42 % d’entre eux déclarent prévoir de visiter un site historique. Les souhaits de participer à un concert ou la visite d’un musée pendant l’été obtiennent des scores équivalents de l’ordre de 16 % d’entre eux.

3. Les activités culturelles dans le domaine des pratiques de loisirs physiques

40Cette « homogénéité culturelle » s’affiche également dans les loisirs physiques privilégiés par les usagers des refuges. Les enquêtes nationales réalisées sur la différenciation sociale des loisirs physiques indiquent, en effet, des variations importantes selon le niveau de revenus et surtout le niveau d’éducation (Defrance, 2011). Les dispositions esthétiques et le rapport au corps des usagers des refuges s’expriment dans leur inclination à privilégier certaines formes d’activités physiques plutôt que d’autres et avec des régularités et des intensités relativement élevées par rapport à la population française.

Les loisirs physiques privilégiés pendant les vacances

41Dans leurs projets concernant les activités de montagne estivales, 96 % des usagers des refuges ont prévu de réaliser d’autres randonnées avec une régularité moyenne de 3 à 4 randonnées durant l’été. L’intensité de ces marches se révèle assez soutenue puisque la durée moyenne journalière envisagée se situe autour de 6 h environ. En dehors de la randonnée en montagne, la moitié des usagers des refuges déclare avoir l’intention de pratiquer une activité physique de nature durant la période des vacances. L’alpinisme, l’escalade, le VTT et le canyonisme sont les plus fréquemment évoqués avec des scores situés entre 30 % et 36 %. Le rafting et la via ferrata se situent autour de 20 %. Le parapente et la spéléologie semblent plus confidentiels avec respectivement 14 % et 9 % des activités envisagées durant les vacances.

42Face à cette inclination à la multi-activité, la randonnée en montagne conserve néanmoins un statut privilégié pour les usagers des refuges. Un nombre infime d’entre eux (5 %) aurait ainsi renoncé à son séjour dans les Pyrénées s’il n’avait pu pratiquer une autre activité de nature que la randonnée.

Les loisirs physiques des randonneurs en montagne pendant l’année

43Dans le domaine des sciences sociales, la plupart des travaux publiés sur les pratiques de loisirs physiques souligne que les usages sont différenciés selon le choix des activités physiques ou de leurs modalités. Dans les sociétés développées et hiérarchisées, ces pratiques occupent une position cardinale dans les logiques à l’œuvre et constituent des sortes de marqueurs dans l’espace social. Ces activités constituent d’excellents analyseurs des logiques de « distinction culturelles » qui opposent entre elles les différentes fractions des classes sociales (Pociello, 1999). Les randonneurs, usagers des refuges, appartiennent manifestement aux catégories sociales largement acquises à la conviction des bienfaits de l’activité physiques pendant le temps libre durant l’ensemble de l’année. Malgré la diversité des professions représentées, 87 % d’entre eux déclarent s’y adonner de manière régulière à raison d’au moins une fois par semaine (avec un taux de réponse particulièrement élevé). Ce pourcentage ne dépasse pas 65 % pour l’ensemble de la population française.

44Le choix des activités pratiquées apparaît relativement ouvert avec un goût affirmé pour la multi-activité. Parmi les activités citées, la course à pied sous ses différentes modalités (jogging, footing, trail, etc.) arrive en tête, suivie par la marche (randonnée pédestre, randonnée en montagne, etc.) et le vélo pour des scores se situant respectivement autour de 30 %. La gymnastique dans ses différentes variantes réunit 22 % des déclarations tandis que la natation, le ski, le tennis et l’escalade obtiennent des résultats à peu près équivalents, de l’ordre de 10 % à 15 %. Le VTT, la danse, le yoga, les activités aquatiques se situent autour de 7 % alors que le golf et le combat restent marginaux. Les usagers des refuges qui se livrent à des activités physiques de manière régulière s’y adonnent majoritairement en dehors des clubs (58 %) comme dans le cas des pratiques des fractions les plus diplômées (Lefevre et Théry, 2011). Ils privilégient la pratique entre amis pour 34 % et pour 24 % en solitaire. Parmi ceux qui sont inscrits en club (42 %), une proportion assez faible fréquente une salle privée sans obligation de disposer d’une licence.

La randonnée pendant l’année : un indicateur culturel significatif

45Plus de 60 % des usagers des refuges déclarent s’adonner également à la randonnée pendant l’année. Ce résultat est d’autant plus remarquable que les enquêtes nationales indiquent que seuls 25 % des Français pratiquent la randonnée en dehors de la période des vacances. Les usagers des refuges appartiennent dans leur majorité à une population très investie dans cette activité. La fréquence moyenne des randonnées réalisées vient confirmer cette interprétation avec un score non-négligeable de trois à quatre randonnées par mois.

Figure 6 – Refuge d’Amitges dans le parc national d’Aigüestortes en Espagne

Figure 6 – Refuge d’Amitges dans le parc national d’Aigüestortes en Espagne

Source : Pierre Meyer photographies – Entrepyr

V – Nivellement de l’accès à une culture de masse ou maintien des discriminations sociales ?

46Contrairement à ce que certaines théories postmodernistes ont pu prétendre à propos des effets du nivellement de l’accès aux ressources culturelles par le développement d’une culture de masse, la diffusion des pratiques culturelles légitimes demeurent encore aujourd’hui l’apanage des catégories sociales dominantes. Dans les sociétés développées et hiérarchisées, la diffusion des pratiques culturelles au sein des différentes classes sociales reste très inégale comme on peut l’observer pour la fréquentation des musées, des théâtres, des concerts, etc. Ainsi, la massification de certaines pratiques culturelles comme les loisirs physiques, objectivée par l’accroissement notable du nombre des pratiquants, ne s’accompagne pas nécessairement d’une remise en question des logiques sociale de reproduction des inégalités.

47Dans un article publié en 2009, Philippe Coulangeon et Yannick Lemel constatent le maintien d’une forte différenciation sociale dans les pratiques culturelles et les loisirs physiques du temps libre, à partir de l’exploitation de l’enquête de l’INSEE sur « Les conditions de vie des ménages ». Une logique de cumul par la fréquence et le nombre des pratiques distingue les catégories sociales les plus diplômées et dotées d’un certain niveau de revenus, de la moindre implication dans ces activités des catégories peu diplômées et aux revenus modestes.

48Ainsi, l’émergence de l’omnivorie culturelle, interprétée par les postmodernistes comme un indicateur de la dilution des effets des socialisations familiales et du déterminisme social, apparaît en fait comme un nouveau marqueur de distinction des catégories aisées et cultivées.

49Parmi les trois profils identifiés par ces auteurs, le troisième groupe présente certains traits particuliers notamment un goût affirmé pour un même ensemble de pratiques cultivées relevant de la culture la plus légitime. Pour leurs loisirs physiques, les représentants de ce groupe apprécient particulièrement la randonnée, la gymnastique douce, le yoga et manifestent à l’inverse « un désintérêt affirmé pour les spectacles sportifs, le football, la pétanque ou le billard » (Coulangeon et Lemel, 2009). Les catégories les plus diplômées sont surreprésentées dans ce groupe composé principalement de cadres et de professions intellectuelles supérieures et des professions intermédiaires mais où les goûts des CPIS pour les pratiques cultivées et l’omnivorie culturelle dominent.

50Ce troisième groupe présente de grandes similitudes avec celui des randonneurs et des usagers des refuges de montagne telle qu’il ressort de l’enquête pyrénéenne. En effet, les adeptes de cette forme particulière de loisir se caractérisent par une grande homogénéité de leur représentation de la montagne et de la nature comme de leur goût pour les pratiques culturelles et la multiactivité. Elle est fondée sur la valorisation d’une certaine forme d’ascétisme dans l’affirmation du goût de l’effort et du plaisir différé mais aussi un intérêt marqué pour la connaissance de la nature et de la montagne et le jeu avec les éléments naturels… L’omnivorie culturelle caractérisant les randonneurs en montagne, adeptes à la fois des visites de sites patrimoniaux, de concert mais aussi de la multiactivité en matière d’activité physiques, apparaît en conformité avec la surreprésentation des diplômés du supérieur. Cependant, d’avantage que l’expression de stratégies visant au maintien d’un stricte entre soi, tout se passe en effet comme si les CPIS étaient en mesure de faire valoir leur propre conception de l’existence en suscitant l’adhésion des classes moyennes et de certains représentants populaires.

51Cette adhésion n’est rendue possible que par le partage de valeurs et de références culturelles communes, enregistrées par l’enquête empirique, lié sans doute aux effets des socialisations successives. Si les CPIS sont majoritaires parmi les usagers des refuges, les professions intermédiaires sont également surreprésentées par rapport à leur poids dans la population française. On observe ainsi une forme d’homologie entre les fractions diplômées de la classe dominante et les professions intermédiaires caractérisées par le goût pour « leurs vertus ascétiques et la bonne volonté culturelle » qui exprime très clairement « leurs aspirations à l’ascension à la position supérieure » (Bourdieu, 1979). La présence significative des représentants des professions intermédiaires et dans une moindre mesure des employés et des ouvriers, traduit ainsi les effets d’une forme de mimétisme à l’égard du style de vie des fractions qui leur sont immédiatement supérieures. Cet usage particulier du temps libre que représente la randonnée en montagne, par son coût économique mais aussi par son positionnement symbolique dans l’espace des styles de vie, reste l’objet d’une appropriation distinctive par les fractions cultivées de la classe dominante.

Figure 7 – Répartition des usagers des refuges dans l’espace social en France

Figure 7 – Répartition des usagers des refuges dans l’espace social en France

Source : Hoibian

Conclusion

52Au terme de cette analyse sociodémographique, les résultats obtenus permettent d’établir en premier lieu l’attachement des usagers à la singularité des hébergements isolés de montagne. Cette importance accordée à la sociabilité propre des refuges, favorisant la convivialité, les échanges, la découverte des autres, la chaleur humaine, est largement plébiscitée. Dans nos sociétés postindustrielles où il devient de plus en plus difficile de se rencontrer, cette spécificité leur apparaît comme essentielle et comme devant être préservée. Pour les usagers, elle constitue un trait fondamental de l’identité des refuges qui les distingue positivement de la restauration et de l’hôtellerie de plaine.

  • 13 D’où l’enjeu essentiel que représente la relance des politiques des classes vertes et des classes d (...)

53Parmi les autres enseignements de cette recherche, certains concernent les freins économiques mais aussi culturels à la fréquentation des refuges et de manière plus générale à la démocratisation de l’accès à la montagne. Les résultats montrent en effet une représentation de l’ensemble des catégories professionnelles et sociales parmi les usagers des refuges, confortant ainsi la thèse d’un certain élargissement de la fréquentation de la montagne et des refuges. Cette ouverture de l’éventail de la base sociale des adeptes des refuges tient sans doute aux effets des socialisations plurielles tout au long de l’existence au cours des dernières décennies. Le poids toujours prégnant des « héritiers » au sein de cette population vient cependant en relativiser les effets. Dans les représentations collectives l’univers de la montagne reste encore marqué par une image d’espace exigeant pouvant, dans certaines conditions, devenir hostile. Le goût pour la montagne, le désir et les valeurs liés à la fréquentation de cet espace ne vont pas de soi. Ils sont le résultat d’une sensibilisation d’autant plus efficace qu’elle opère de manière précoce, soit dans le cadre familial, soit dans le contexte éducatif – scolaire ou des organismes de jeunesse (colonie de vacances centre de loisirs, etc.13.). Comme le souligne Muriel Darmon, « le caractère continu de l’action de la société sur l’individu ne fait pas forcément disparaître le caractère primordial et surdéterminant de certaines instances ou de certains moments dans la construction des individus » (Darmon, 2007). Les écarts constatés par rapport à la population active tendent à relativiser l’idée de réelle démocratisation de l’accès à la randonnée en montagne. Les logiques sociales de maintien des écarts différentiels entre les groupes sociaux dans les pratiques culturelles sont, en effet, toujours à l’œuvre dans cet univers social. Les catégories aisées, les plus diplômés, sont en mesure d’imposer la norme de la légitimité culturelle en continuant à définir le « bon usage de la montagne » en fonction de leurs propres dispositions éthiques et esthétiques et de leur propre vision du monde.

  • 14 Elles devront notamment prendre en compte les autres formes d’hébergement disponibles : d’une part, (...)
  • 15 Créé dans le cadre du programme POCTEFA – Entrepyr II, il est installé dans les locaux de la facult (...)

54Cette étude présente un reflet fidèle de la fréquentation des refuges dans les Pyrénées centrales en haute saison touristique mais elle conserve un caractère ponctuel. Il est apparu nécessaire d’élargir la focale à l’échelle de l’ensemble du massif, tout en intégrant les périodes de basse saison touristique. Les questions à propos de l’avenir des refuges doivent, en effet, désormais être abordées de manière longitudinale mais aussi relationnelle en intégrant ces interrogations communes dans une réflexion plus globale sur les politiques de développement des territoires de montagne de part et d’autre des Pyrénées 14. Un Observatoire transfrontalier des refuges des Pyrénées a été créé pour répondre à cet objectif dans le cadre d’un programme européen 15.

55À partir de cette analyse des spécificités des publics révélées par cette enquête, les acteurs locaux, notamment les gardiens de refuges, les clubs gestionnaires, les collectivités territoriales, etc. sont, sans aucun doute, les mieux à même d’imaginer les solutions les plus pertinentes selon les différentes catégories d’usagers. Si les approches marketing peuvent avoir leur intérêt une fois les grandes orientations fixées, la compréhension des logiques sociales à l’œuvre dans les usages différenciés des loisirs apparaît décisive dans l’élaboration et la définition des politiques de développement touristique des territoires.

Je tiens à remercier tous ceux qui ont apporté leur soutien à ce programme de recherche. Je pense notamment à Alain Leplus, prématurément disparu, aux élus de la région Midi-Pyrénées, aux gardiens de refuge des Pyrénées et aux enquêteurs de terrain : Serge Vaucelle, Fleur Bonnemaison, Stéphane Souillot, Patrick Bassis, Marion Hoibian et les bénévoles de la FFCAM ainsi qu’aux experts de la revue SOE pour leurs remarques judicieuses.

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Notes

1 Une première cabane aurait été édifiée au sommet de l’aiguille du Goûter en 1858 suivi en 1863 par celle du col du Midi selon Sonnier, 1972. Dans les Pyrénées, en dehors des grottes aménagées par le comte Henry Russel au pied du Vignemale en 1881, le premier refuge aurait été installé à la Brèche de Tuquerouye en 1890 selon Béraldi, 1977.

2 Code du tourisme, art. L326-1 : Le refuge est « un établissement d’hébergement recevant du public, gardé ou non-gardé, situé en altitude dans un site isolé ».

3 La majorité des refuges est gardée pendant la période estivale et le nombre de ceux gardés également pendant l’hiver tend à augmenter ces dernières années avec le succès de la raquette et du ski de montagne.

4 Cet accroissement global est à mettre en relation avec les véritables mutations intervenues dans les modes de vie et les représentations collectives depuis les années 1980. La promotion des politiques d’éducation à la santé par l’amélioration des habitudes alimentaires et la lutte contre la sédentarité, impulsée sous le contrôle d’organismes publics comme l’INPES (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé), semble produire des effets tangibles. Selon les messages des dernières campagnes de l’INPES, il est recommandé de pratiquer au moins 45 minutes de marche active par jour.

5 Cette vaste catégorie des « marcheurs » comprend aussi la marche utilitaire pour se déplacer dans ses activités quotidienne (vers son lieu de travail, pour faire ses courses, etc.). Elle est suivie par la natation (21 millions) et le vélo (17,4 millions), Lefevre et Thiery, 2011.

6 Étude financée par la région Midi-Pyrénées. Rapport de recherche pour la région Midi-Pyrénées : Hoibian (dir.), 2016 (non-publié).

7 Le terme de territoire est défini comme résultant d’un processus historique et culturel de construction et d’appropriation évoluant dans le temps. Il associe « la matérialité sociale dans ses formes et dans ses espaces géographiques et les représentations et les pouvoirs qui les gouvernent » (Di Méo, 2001).

8 La randonnée pédestre présente une participation légèrement plus marquée des femmes (52 %) par rapport aux hommes (48 %) ; Thiery, 2013.

9 Selon l’enquête réalisée en 2004 auprès des adhérents de la Fédération française des clubs alpins et de montagne, 73,8 % des hommes font de l’alpinisme contre 26,2 % des femmes ; Hoibian, 2009, p. 93-110.

10 La comparaison des effectifs d’hommes et de femmes par un test de χ220 = 25,838 – χ2 α = 0,05. 11 ddl = 19,675) pour les 12 refuges conduit au risque (α = 0,05) à réfuter l’hypothèse nulle d’une égalité des nombres d’hommes et de femmes selon les refuges.

11 Le taux des non-départs est en effet passé de 34 % en 1992 à 49 % au plus fort de la récession économique et si le pourcentage des départs est remonté aujourd’hui autour de 60 %, il ne progresse plus désormais. Voir CREDOC, 2015.

12 « Le tourisme, un moyen important d’accès à la culture », Le 4 pages de la DGE, no 48, 2015.

13 D’où l’enjeu essentiel que représente la relance des politiques des classes vertes et des classes de neige qui ont connu un grand succès dans les années 1960-1970 mais sont aujourd’hui largement en déclin. Elles ont permis la sensibilisation d’une génération d’enfants issus des milieux sociaux différents – notamment populaire – qui n’avait pas d’autre occasion de découvrir la montagne. Les témoignages d’instituteurs attestent que certaines classes de neige duraient parfois un mois, favorisant une véritable imprégnation à l’environnent et à la vie en montagne… sans connexion Internet ni téléphone portable, situation difficilement imaginable aujourd’hui.

14 Elles devront notamment prendre en compte les autres formes d’hébergement disponibles : d’une part, le réseau des cabanes, relativement dense sur l’ensemble du massif des Pyrénées, mais aussi les possibilités de camping et de bivouac dans des espaces en libre accès ou aménagés.

15 Créé dans le cadre du programme POCTEFA – Entrepyr II, il est installé dans les locaux de la faculté des sciences du sport de l’université Paul-Sabatier de Toulouse, sous la direction d’Olivier Hoibian. Sa pérennisation permettra de mesurer les effets des actions réalisées en vue de la promotion de la montagne et des refuges en établissant des comparaisons entre les deux versants des Pyrénées.

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Table des illustrations

Titre Figure 1 – Les trois vallées des Pyrénées centrales retenues
Crédits Réalisation : Hoibian
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Titre Figure 2 – Refuge de Bassiès dans la vallée d’Auzat
Crédits Source : Hoibian
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Titre Figure 3 – Refuge de l’étang Pinet dans la vallée d’Auzat
Crédits Source : Hoibian
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Titre Tableau 2 – Pourcentages des classes âge fréquentant les trois types de refuges. Variation selon l’âge des randonneurs de la fréquentation des trois catégories de refuges
Légende Les pourcentages sont calculés par rapport au nombre de réponses en colonne.
Crédits Source : Hoibian
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Titre Tableau 3 – Répartition des regroupements selon la typologie des refuges. Croisement de la question « typo refuges » avec la question « familles regroupées »
Légende Les pourcentages sont calculés par rapport au nombre de réponses en ligne.
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Titre Figure 4 – Typologie des refuges selon le profil des usagers
Crédits Source : Hoibian
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Titre Figure 5 – Refuge de Wallon-Marcadau dans la vallée de Cauterets
Crédits Source : Hoibian
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Fichier image/jpeg, 212k
Titre Figure 6 – Refuge d’Amitges dans le parc national d’Aigüestortes en Espagne
Crédits Source : Pierre Meyer photographies – Entrepyr
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Fichier image/jpeg, 240k
Titre Figure 7 – Répartition des usagers des refuges dans l’espace social en France
Crédits Source : Hoibian
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Pour citer cet article

Référence papier

Olivier Hoibian, « Les usagers des refuges : terra incognita de la fréquentation de la montagne ? Étude sur les refuges des Pyrénées centrales en haute saison touristique »Sud-Ouest européen, 49 | 2020, 47-64.

Référence électronique

Olivier Hoibian, « Les usagers des refuges : terra incognita de la fréquentation de la montagne ? Étude sur les refuges des Pyrénées centrales en haute saison touristique »Sud-Ouest européen [En ligne], 49 | 2020, mis en ligne le 09 décembre 2020, consulté le 20 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/6751 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/soe.6751

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Auteur

Olivier Hoibian

Laboratoire FRAMESPA (UMR5136), université Toulouse ­ Jean Jaurès/faculté de sciences du sport, université Paul Sabatier, olivier.hoibian@wanadoo.fr

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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