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Reconstitution de l’évolution de la dynamique hydrosédimentaire d’un gave pyrénéen (torrent du Bastan, bassin du gave de Pau, Hautes-Pyrénées) : approche croisée géohistorique et hydrogéomorphologique

Reconstruction of the Evolution of the Hydro-Sedimentary Dynamics of a Pyrenean Stream (Bastan Stream, gave de Pau Basin, Hautes-Pyrénées): Geohistorical and Hydrogeomorphological Combined Approach
Reconstrucción de la evolución de la dinámica hidrosedimentaria de un dado pirenaico (torrente de Bastan, cuenca del gave de Pau, Hautes-Pyrénées): enfoque cruzado geohistórico e hidrogeomorfológico
Johann Blanpied, Jean-Marc Antoine, Jean-Michel Carozza et Philippe Valette
p. 29-46

Résumés

On étudie ici l’évolution de la dynamique hydrosédimentaire du Bastan depuis la fin du petit âge glaciaire par des méthodes géohistoriques et hydrogéomorphologiques. L’objectif est, à la lumière de la crue de juin 2013, de quantifier les ajustements morphologiques de la bande active, comprendre l’évolution de la connectivité sédimentaire dans le bassin puis de hiérarchiser le poids des facteurs de contrôle. L’activité torrentielle et la production sédimentaire du bassin versant du Bastan semblent s’être aujourd’hui réduites comparativement à la fin du petit âge glaciaire, comme le montrent les dynamiques contrastées des crues basse fréquence haute magnitude (BFHM) de 1897 et 2013. Cependant, le dynamisme et l’impact morphogène de ces crues en fond de vallée restent aujourd’hui sensibles.

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Texte intégral

Introduction

1Les crues torrentielles sont un des aléas les plus dévastateurs en zone de montagne, comme l’a montré la crue exceptionnelle des 18-19 juin 2013 dans les Pyrénées centrales en impactant des maisons individuelles, des routes, des campings, un abattoir, etc. Ces évènements hydrologiques provoquent un transport solide très important et peuvent être à l’origine d’un élargissement de la bande active dans les fonds de vallées. La crue de juin 2013 fait écho aux grandes crues historiques qui sont survenues dans des contextes socio-environnementaux très différents. Ces aléas, de par leur occurrence, leur intensité et leur dynamique, mettent en exergue les interactions entre les sociétés et leur environnement (Despin, 1998). Selon Franchomme, Servain-Courant et Sajaloli (2014), l’objectif principal des approches géohistoriques est d’étudier « les rapports dialectiques entre l’évolution des milieux naturels et l’évolution des sociétés humaines en permettant de confronter les échelles spatiales et temporelles ». À travers la reconstitution des dynamiques et trajectoires des socio-écosystèmes, cette approche permet de replacer le bassin versant et le système fluvial et/ou torrentiel dans une évolution conjointe entre déterminants naturels et sociaux (Valette et Carozza, 2010). En comparaison des systèmes fluviaux de plaine, les systèmes torrentiels sont plus réactifs d’un point de vue hydrologique et présentent des temps de réponse géomorphologique plus brefs aux variations climatiques de moyen et long terme, aux variations des modes d’occupation du sol, ainsi qu’aux aménagements des talwegs et des versants.

2Même si le long terme est de plus en plus pris en considération dans les politiques de gestion intégrée des cours d’eau, la gestion locale des systèmes fluviaux, notamment torrentiels, se focalise sur une échelle de temps plus courte (Kondolf, Peigay et Landon, 2002). De surcroît, ces politiques publiques et/ou décisions d’aménagements répondent fréquemment à la survenance d’un évènement majeur (crue, avalanche), à une problématique de gestion des ressources (agriculture, captage…) et/ou une crise socio-environnementale (crise érosive, pollution de l’eau…). Dans certains bassins versants montagnards, l’étroitesse des fonds de vallées et la rareté de la ressource foncière conduit à une cohabitation concurrentielle entre la zone de mobilité du torrent et les installations humaines. C’est un espace où doivent être conciliées la gestion écologique du cours d’eau, l’expansion des activités humaines et la gestion du risque naturel.

3La dynamique spatiotemporelle d’évolution des plaines alluviales et des fonds de vallées est souvent négligée dans les plans d’aménagement du territoire (Bravard, Provansal, Arnaud-Fassetta et al., 2008), surtout dans le contexte d’extinction relative du risque torrentiel enregistré au cours du xxe siècle. L’objectif commun du géomorphologue et du géohistorien est d’analyser les évolutions paysagères résultant d’une mutation sociétale d’échelle temporelle plus longue (au moins un siècle), qui ne coïncide pas toujours avec la temporalité des gestionnaires du cours d’eau (Kirby et Whipple, 2012). Dans la partie centrale des Pyrénées françaises, aucune étude n’a encore été réalisée sur l’évolution hydrogéomorphologique des bandes actives qui pourrait venir en appui aux politiques publiques. Pourtant, le contexte géohistorique s’y prête puisqu’une dynamique globale de fermeture des paysages, localement très rapide, est enregistrée au détriment des milieux agropastoraux (Carré, 2010). Cette reconquête végétale peut être spontanée comme liée aux campagnes de reboisement RTM qui ont fait suite à la forte récurrence d’évènements majeurs au xixe siècle (avalanches et crues torrentielles ; Métailié, 2006 ; Antoine, 2009). Dès la fin du xviiie siècle, les ingénieurs des Ponts et Chaussées ont identifié la « dégradation de la montagne » dans les massifs alpins et pyrénéens comme cause de l’engravement des lits fluviaux d’une part et de la hausse de la fréquence et de l’intensité des crues torrentielles d’autre part (Métailié, 2006), suggérant ainsi une activité morphogénique plus importante à cette période.

Figure 1 – Carte de localisation et carte du bassin versant du Bastan

Figure 1 – Carte de localisation et carte du bassin versant du Bastan

Source : Blanpied, Antoine, Carozza et Valette à partir des MNT 250 m et 5 m de l’IGN

4L’hypothèse de départ de ce travail est donc qu’à l’instar des torrents ou rivières torrentielles des Pyrénées centrales espagnoles et des Alpes, le Bastan a lui aussi connu, sur le temps long, une période de contraction de sa bande active, interrompue par une nouvelle phase d’élargissement lors des crues basse fréquence haute magnitude (BFHM), comme l’a montré la crue de juin 2013. Notre terrain d’étude, la vallée du Bastan, surnommée « la vallée aux catastrophes » (Métailié, 1993a), a connu deux crues centennales en un peu plus d’un siècle (1897 et 2013) mais ces deux évènements se sont produit dans des contextes socio-environnementaux bien différents. L’objectif de cette étude est de coupler les méthodes géohistoriques et hydrogéomorphologiques pour identifier et comprendre l’évolution de la dynamique hydrosédimentaire depuis la fin du petit âge glaciaire (PAG, fin du xixe siècle) et ses facteurs de contrôle. Pour cela, les dynamiques des deux crues centennales du Bastan seront comparées sur la base de données anciennes et actuelles et mises en perspective de leurs contextes socio-environnementaux, de manière à quantifier les ajustements morphologiques de la bande active et d’en déduire le poids des variables de contrôle.

I – Site d’étude

5« La vallée du Bastan est assurément de beaucoup la plus torrentielle de la chaîne pyrénéenne » affirme de Gorsse (1900). Le bassin versant du Bastan, d’une surface de 101 km2, est un des plus grands bassins secondaires des Pyrénées centrales. Il s’inscrit dans la zone structurale de la « haute chaîne primaire » qui correspond à l’axe morphologique des hautes crêtes de la chaîne. Ses altitudes s’échelonnent entre 3 091 m au pic du Néouvielle et 658 m à la confluence avec le gave de Pau. Orientée d’est en ouest, la vallée du Bastan est marquée par une forte dissymétrie entre sa rive gauche (ombrée, exposée au nord) et sa rive droite (soulane exposée au sud) [fig. 1]. L’ombrée, constituée par les masses granitiques du massif du Néouvielle dont les crêtes s’érigent à plus de 6 km du collecteur principal de la vallée, le Bastan. Les vastes bassins de réception se décomposent en ombilics occupés par des lacs et des verrous rocheux successifs. Ils forment des tributaires puissants qui s’écoulent dans les formations détritiques d’auges glaciaires (torrents de Bolou, de la Glère et Dets Coubous). Le versant nord, dominé par le pic du Midi de Bigorre (2 876 m) au nord-est et par la crête schisteuse du massif du Tourmalet à l’est, s’organise en sous-bassins de petites tailles mais à fortes pentes. Situées à moins de 2 km du Bastan, dans la partie en amont de Barèges, les crêtes sont sculptées dans la série métamorphique schisto-calcaire du Dévonien qui entre en contact avec une série détritique de grès calcareux du Namurien et de silt argileux du Dévonien dans la partie moyenne et basse du versant. 67 % de la superficie du bassin est recouverte par des formations glaciaires héritées : moraine latérale, remblaiement glaciaires (moraines de fond, dépôts fluvioglaciaires, dépôts glaciolacustres…), mais également des formations postglaciaires essentiellement issues de la dégradation des parois : formations de versants, cônes d’éboulis et d’avalanches, cônes de déjection, formations alluviales. Ces formations superficielles détritiques ont été d’une importance majeure dans la fourniture sédimentaire de la crue de juin 2013 et plus précisément celles situées dans le fond de vallée du collecteur principal (Blanpied, Carozza et Antoine, 2018).

6Le village de Barèges (1 230 m d’altitude) reçoit en moyenne 1 250 mm de précipitations par an. Le climat subocéanique est soumis majoritairement aux perturbations d’ouest-nord-ouest mais également aux débordements des perturbations d’ouest-sud-ouest. Ces deux configurations synoptiques sont un mécanisme de déclenchement des crues torrentielles sur le Bastan. Cependant, les crues majeures proviennent généralement d’une conjonction de facteurs, comme des précipitations antécédentes abondantes (saturation des sols et gonflement des débits), une fonte nivale massive et brutale exacerbée par d’intenses et brutales précipitations comme la crue de juin 2013 (Sturma, Antoine, Becerra et al., 2017).

II – Méthodologie

1. Constitution du corpus documentaire

7Le corpus documentaire s’est constitué à partir de photographies anciennes obliques montrant les versants soumis à une érosion superficielle, les torrents actifs, des crues majeures ou autres paysages clés de la compréhension de la dynamique hydrosédimentaire. Elles sont issues des travaux géohistoriques sur les risques naturels dans les Pyrénées et son piémont du laboratoire GEODE (Peltier, 2005 ; Métailié, 1986, 1993 et 2006 ; Antoine, 1992 et 2011), de la base de données du laboratoire (bipt.univ-tlse2.fr), de collections mises à disposition sur internet (fonds Delcampe, fonds Campagne) et des archives départementales des Hautes-Pyrénées et de la Haute-Garonne (fond RTM). Ces archives iconographiques ont été localisées afin de mettre en place une démarche de comparaison photographique. L’analyse qualitative de ces rephotographies permet d’analyser les dynamiques paysagères (évolution de l’occupation du sol, recolonisation végétale spontanée) et les dynamiques hydrosédimentaires (évolution de la largeur des chenaux, de la charge grossière). En complément, des récits de catastrophes et des rapports d’expertises de projets, de photographies et plans de travaux (anciennes administrations des Eaux et Forêts et des Ponts et Chaussées, service RTM), publiés ou conservés aux archives départementales, ont également été analysés pour comparer les dynamiques de crues et la production sédimentaire des versants. L’activité de ces services a connu son paroxysme dans les Pyrénées à la fin du xixe siècle. En revanche, des lacunes apparaissent dans ces archives, notamment celles du service RTM, à partir des coupes budgétaires après la Première Guerre mondiale.

8Au cours de la période étudiée, la richesse des fonds d’archives dépend des vicissitudes historiques, géographiques et techniques (Valette et Carozza, 2010). Le développement du thermalisme pyrénéen à l’échelle nationale et européenne s’est effectué à partir du xviiie siècle (Briffaud, 1994). Il s’est accompagné du climatisme et du pyrénéisme pour faire passer les Pyrénées centrales d’un territoire à la marge à un des hauts lieux de villégiature en France. À partir de cette période, l’histoire et la géographie de la vallée sont donc renseignées par les sources littéraires et iconographiques (récits de curistes célèbres, guides des voyageurs, monographies d’érudits locaux…). Toutes ces archives textuelles et iconographiques sont également utilisées de manière qualitative. Les sources iconographiques à vocation touristique permettent de se faire une idée des dynamiques pendant la période de l’entre-deux-guerres. Depuis Fabre (1797) et Surell (1841), en passant par les thèses des forestiers de la fin du xixe siècle (De Gorsse, 1900 ; Fabre, 1902), de nombreux travaux de chercheurs et d’ingénieurs ont décrit la « dégradation des montagnes ». Plus récemment, cette question a été notamment reprise par Métailié (1986, 1993b et 2006) ou encore Lanusse (1988) à propos des aménagements de correction/protection, ainsi que Favier (2004) pour les relations entre thermalisme et risques naturels à Barèges.

9Pour la comparaison de la dynamique et de l’extension des deux crues, nous nous basons sur la reconstitution des champs d’expansion de la crue de 1897 sur trois tronçons cartographiés dans le rapport de la Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne (CACG) en 1996. Cette reconstitution a été réalisée à partir des récits et des photographies de la crue de l’inspecteur des Eaux et Forêts (Campagne, 1902). Pour la crue de 2013, les rapports et photographies postcrue des services de l’État et des gestionnaires, le fond photographique constitué par le laboratoire GEODE (cruespyr2013.canalblog.com) et les orthophographies IGN ont été utilisés. Par ailleurs, les annuaires statistiques de France (gallica.bnf.fr), les bases de données de population (Ldh/EHESS/Cassini jusqu’en 1999 puis Insee à partir de 2006) et la base de données en ligne RTM ont été utilisés pour reconstituer respectivement la démographie et la fréquence des crues à l’échelle du bassin versant. De plus, l’évolution du taux de boisement du bassin versant du Bastan a été reconstruite sur trois dates (1920, 1959 et 2012) à partir de la « Monographie de la vallée de Barèges » (Rondou 1900-1934), de la vectorisation des formations forestières d’après la photographie aérienne du parc naturel des Pyrénées de 1959 puis de la BD Corine Land Cover 2012. Afin de comparer l’évolution du taux de boisement entre le bassin-versant du Bastan et le reste des Pyrénées centrales, des données issues de recensements agricoles, d’inventaires forestiers nationaux (contenant les informations de la couverture forestière départementale issue de la statistique forestière de 1878, de l’enquête DAUBREE 1904-1908, du cadastre 1862, 1908, 1948, 1961…) à l’échelle départementale ont également été mobilisées. Pour finir, l’évolution de l’occupation du sol du fond de vallée du Bastan a été reconstituée entre 1835 et 2013 à partir du cadastre napoléonien de 1835, de photographies aériennes, d’orthophotographies et de la BD Corine Land Cover de 2012. Cette dernière carte a été réalisée dans le cadre du projet Dynhapyr par F. Aussaguel, cartographe au département de géographie de l’université Toulouse ­– Jean Jaurès.

2. Quantification de l’évolution des largeurs de la bande active

10La quantification des ajustements morphologiques de la bande active s’appuie sur un ensemble d’orthophotographies et de photographies aériennes de 1954 à 2016 réalisées par l’IGN puis sur le cadastre napoléonien de 1835 (AD65). La bande active se définit comme l’emprise des chenaux en eau et des bancs de galets non-végétalisés remaniés lors des crues morphogènes supérieures à la crue décennale (Osterkamp et Hedman, 1982 ; Rundle, 1985 ; Bravard et Petit, 1997 ; Fort, Arnaud-Fasseta, Cossart et al., 2002 ; Brousse, Arnaud-Fasseta et Cordier, 2011). Le géoréférencement du cadastre napoléonien et la vectorisation de la bande active ont été réalisés par F. Aussaguel. La première série complète de photographies aériennes sur le tronçon étudié date de 1954, soit deux ans après la crue de 1952. Les orthophotographies de 2001, 2010, 2013 et 2016 ont été acquises directement auprès de l’IGN. Pour les photographies aériennes de 1954, 1983 et 1994, le géoréférencement a été réalisé sous ArcGis à l’aide de la méthode polynomiale de troisième ordre. En effet, en zone de montagne, le géoréférencement est complexe en raison du relief escarpé. Chaque photographie aérienne a été géoréférencée en utilisant au minimum une dizaine de points de contrôle avec une concentration accrue dans les fonds de vallée et bas de versants dans le but d’améliorer la qualité du géoréférencement des secteurs proches du cours d’eau. L’erreur quadratique moyenne est comprise entre 4,4 m et 2,4 m et la densité de points d’amer entre 0,65 et 0,58 point/km2. L’importance de certains résidus est à minorer car ils représentent une moyenne. En réalité, les résidus sont plus importants sur les versants et plus faibles dans le fond de vallée.

11L’emprise de ce travail s’étend de la confluence avec le torrent Dets Coubous, au bas de la station Grand Tourmalet, jusqu’à la confluence avec le gave de Pau à Luz-Saint-Sauveur (tronçon de 12 km, fig. 1). La surface totale de la bande active a été mesurée dans un premier temps puis sa largeur a ensuite été estimée le long de 226 transects, espacés de 50 m et perpendiculaires à la bande active.

III – Approche comparative des deux crues majeures : juillet 1897 et juin 2013

12Une crue majeure est un évènement qui met en lumière, certes de manière exacerbée et temporaire, les paroxysmes de la dynamique torrentielle et l’(in)efficacité de la connectivité sédimentaire du bassin versant. À plus de 100 ans d’écart, les deux crues centennales de 1897 et 2013 (CACG, 1996 ; DREAL, 2013) ont dévasté la vallée. Leur comparaison, tant à l’échelle du bassin qu’à l’échelle du site, est la base de notre analyse pour comprendre le contexte d’occurrence et la dynamique torrentielle d’un tel évènement surtout dans un bassin non-monitoré.

1. Les situations météorologiques

13La crue du 3 juillet 1897 a été une crue généralisée sur les Pyrénées centrales. Une perturbation orageuse de « type océanique pyrénéen » (Pardé, 1935) a généré une lame d’eau de 212 mm entre le 1er et le 3 juillet sur le pic du Midi (Fabre, 1902). Les débits de pointes, estimés à 140 m3.s−1 (CACG, 1996), furent atteints suite à un épisode orageux entre 4 h et 12 h le matin du 3 juillet, accompagné d’un vent chaud et violent (130 mm en 8 h à Barèges, RTM ; 132 mm au pic du Midi, CACG, 1996). Cet évènement a fait suite à « un printemps neigeux et froid : accumulation d’une couche de neige exceptionnelle en haute montagne » (RTM, AD65) entre début mai et mi-juin 1897. De plus, des bouchons de neige, de débris, de bois et de sédiments des avalanches de l’hiver 1897 (avalanche du Midaou le 31 janvier 1897), mais également de l’hiver 1895 qui fut très productif en avalanches (un des plus actifs depuis la fin du PAG), étaient encore présents dans certains couloirs en juillet 1897.

14Comparées aux apports pluviométriques de la crue de juillet 1897, les précipitations de juin 2013 semblent moins importantes et moins soudaines dans le bassin du Bastan. Il a été mesuré 103 mm de précipitations à Barèges en 48 h et 131 mm à Luz-Saint-Sauveur. Ces précipitations proviennent d’une perturbation océanique de sud-ouest qui a débordé sur les crêtes françaises encore abondamment enneigées pour un mois de juin (cumul neigeux le plus élevé depuis 1972 dans les Pyrénées). Si les cumuls pluviométriques n’ont pas été exceptionnels sur le piémont et dans les fonds de vallées, ils ont été importants en haute montagne (183 mm en 48 h à Gavarnie, à proximité de la crête franco-espagnole). Dans le bassin versant du Bastan, ce flux de sud-ouest a logiquement été plus intense dans les grands sous-bassins versants enneigés de la rive gauche du Bastan que ceux de la rive droite. Ce flux chaud de secteur sud (limite pluie-neige supérieure à 3 000 m) a fait suite à un mois de mai très froid (le plus froid depuis 1984) qui avait induit la formation de congères en amont et de bouchons de neige dans le Bastan au débouché des couloirs avalancheux. Par ailleurs, la crue d’octobre 2012, très morphogène dans le gave de Gavarnie et de Cauterets, avait charrié les gammes granulométriques les plus fines et fragilisé le pavage du Bastan. Mais c’est surtout la fonte nivale très intense dans la semaine précédant la crue qui a fortement gonflé les débits. La contribution de la fonte nivale est estimée à 40 % du volume de la crue dans le val d’Aran et la Garonne amont (DREAL Midi-Pyrénées ; Sturma, Antoine, Becerra et al., 2017 ; Victoriano, García-Silvestre, Furdada et al., 2016).

15L’intensité et la soudaineté de l’évènement pluviométrique ont été donc plus importantes en 1897 qu’en 2013 et font du 3 juillet 1897 un évènement rare, d’une période de retour estimée à 200 ans (CACG, 1996). Ainsi, les deux situations synoptiques qui ont engendré les deux évènements diffèrent à la fois par leur intensité et la répartition des précipitations mais aussi par leur contexte météorologique de survenue.

2. Dynamique torrentielle et transport solide

16L’étude sédimentologique des dépôts de crue de 1897 et l’analyse des photographies anciennes de Campagne (1902) par le CACG (1996) démontrent le passage d’une dynamique torrentielle de crue liquide hyperconcentrée au début de la crue à une dynamique de lave torrentielle au moment du pic de crue du 3 juillet 1897. Le torrent du Rioulet, déjà corrigé par les services RTM depuis 1862 (Dellon, 1900), a généré une crue aux apports sédimentaires limités en 1897 alors que les torrents de Saint-Laur, de l’Hourou, du Pontis en rive gauche et le torrent du Lis en rive droite ont produit d’intenses laves torrentielles (BD RTM ; Campagne, 1902). Ces laves, ajoutées aux apports solides fournis par les glissements de terrains latéraux i.e. le sapement du bas du versant des Artigalas, expliquent d’une part le débit solide important de la crue de 1897 et, d’autre part, la tendance à exhausser le lit du torrent d’environ 2 m à certains endroits comme à Betpouey (fig. 2), en amont du pont de Sers ou à hauteur de la confluence entre le Bastan et le Bastan de Sers (CACG, 1996). Les informations manquent sur la dynamique torrentielle en amont de Barèges et notamment dans le torrent Dets Coubous. En revanche, les récits indiquent que l’affluent de rive gauche, le Bolou, n’a pas connu de crue importante en 1897.

Figure 2 – Comparaison des crues de juillet 1897 et juin 2013

Figure 2 – Comparaison des crues de juillet 1897 et juin 2013

Source : récits et photographies de la crue de juillet 1897 (Campagne, 1902) ; photographie du versant de l’Ayre (Blanpied, Antoine, Carozza et Valette) ; photographie de la crue à Betpouey (Burens, juillet 2013) ; photographie de l’hôtel en amont de l’hôpital militaire (RTM, juin 2013).

17À l’inverse, les grands affluents de rive gauche, i.e. les torrents Dets Coubous, du Bolou et de la Glère ont alimenté le Bastan avec des crues torrentielles à charriage dominant en juin 2013. L’évènement pluviométrique s’étant concentré sur ces grands bassins de réception amont, par ailleurs fortement enneigés, il est logique que les apports liquides aient été importants et l’érosion marquée dans les formations superficielles non-enneigées en aval, à proximité de la confluence avec le Bastan. Néanmoins, les torrents historiquement producteurs de laves torrentielles n’ont pas participé à la constitution de la charge solide du Bastan. L’étude de la connectivité sédimentaire de cette crue dans Blanpied, Carozza et Antoine (2018) a montré une déconnexion des têtes de bassins et des dépôts du domaine glaciaire et périglaciaire. La connectivité sédimentaire efficace entre le versant et le chenal s’est réalisée principalement entre les formations superficielles de bas de versant de moyenne et basse vallée, adjacents au collecteur principal.

18D’après les photographies de la crue de juin 2013 du laboratoire GEODE, la crue de juin 2013 du Bastan est une crue torrentielle à dominante liquide qui a eu tendance à inciser le chenal de plus de 2 m dans la traversée de Barèges, à Betpouey (GeoDiag, 2014), ainsi que, d’après nos propres observations terrains, sur la plaine de Tournaboup.

3. Extension des crues

19À l’échelle du tronçon, les récits et les sources iconographiques de Campagne (1902) documentent relativement bien la crue de juillet 1897. Ces informations ont été recoupées par la CACG en 1996 afin de réaliser des cartographies d’estimation des « champs d’expansion de la crue » (terme utilisé par la CACG) ou bande active. En comparant avec l’extension de la crue de 2013, il apparaît de grandes similitudes en fond de vallée entre les crues de 1897 et 2013 (fig. 3) même si les contextes d’apport de versants et des tributaires latéraux sont différents.

Figure 3 – Comparaison entre l’extension de la crue de juillet 1897 et celle de juin 2013

Figure 3 – Comparaison entre l’extension de la crue de juillet 1897 et celle de juin 2013

Source : Blanpied, Antoine, Carozza et Valette à partir des données CACG, 1996 et des orthophotographie IGN de 2010 et 2013 de l’IGN

©IGN 2020 – Photo Aérienne IGN – Autorisation N° 222036

20En amont de Barèges, huit maisons entre la digue Louvois et l’hôpital militaire ont été détruites. Seul un hôtel s’est réinstallé et a été sapé ensuite par la crue de 2013 avant d’être préventivement détruit. Les fondations de l’hôpital militaire ont été affouillées d’au moins 2 m lors de chacune des deux crues (fig. 2). Deux glissements de terrains, induits par un sapement du bas de versant, se sont produits lors des crues à hauteur du versant des Artigalas (à l’aval de Barèges) et en bas de versant des Artiguettes (entre Betpouey et Barèges) [fig. 1]. Par ailleurs, en aval de Barèges ainsi que dans la plaine d’Esterre, des petits quartiers résidentiels et des campings se sont installés dans les années 1970 et ont été impactés en 2013 avec le même élargissement du Bastan qu’en 1897 (fig. 3). La figure 3 montre l’extension de la bande active lors des deux crues sur les trois tronçons. La largeur moyenne est de 60,5 m pour la crue de 1897 et de 65,1 m pour celle de 2013. La cartographie de 1897 n’est qu’indicative car elle a été réalisée sur la base de photographies obliques prises du sol. Cependant, la largeur moyenne de l’extension des deux crues semble être du même ordre de grandeur.

21L’espacement temporel entre ces deux crues étudiées, le développement d’aménagements à proximité du chenal, l’extension de la ripisylve pendant la période de calme hydrologique de la seconde partie du xxe siècle ainsi que la fragilité de la mémoire humaine (Antoine, 1989) ont oblitéré le souvenir de la crue de 1897. Ces facteurs mettent également en lumière le manque de connaissance et/ou la négligence vis-à-vis de la mobilité d’un cours d’eau, qui plus est torrentiel, face aux contraintes d’aménagement d’un espace montagnard en fond de vallée. Malgré des contextes météorologiques différents, ces deux crues présentent logiquement, au vue de la morphologie et des contraintes topographiques du fond de vallée, une dynamique d’expansion similaire sur le collecteur principal. Cependant, la différence de réponse des tributaires dans la constitution de la charge liquide et solide du Bastan, pose la question de l’évolution de la dynamique hydrosédimentaire et du rôle des contextes socio-environnementaux dans lesquels sont intervenues ces crues.

IV – Géohistoire du risque de crue dans la vallée de Barèges

22Afin de prendre la mesure des grandes lignes de l’évolution géohistorique de ce bassin, une synthèse a été réalisée (fig. 4). L’objectif est ici d’étudier les processus naturels, les pratiques sociales et leurs interactions pour, d’une part, retracer l’évolution de la dynamique hydrosédimentaire et, d’autre part, étudier les spécificités de l’évolution du contexte socio-environnemental de la vallée du Bastan.

1. De la fin du xviiie siècle jusqu’au milieu du xixe siècle : processus de « dégradation des montagnes » et prise de conscience progressive de son impact

23Au cours de cette période, le bassin du Bastan a connu une croissance démographique rapide, à l’image des Pyrénées en général dont la population a quasi doublé durant la première moitié du xixe siècle. Le maximum a été atteint lors du recensement de 1846 avec plus de 4 600 habitants dans la vallée (fig. 4). Durant ces années, la taille des cheptels a été également très élevée et la pression de la société agrosylvopastorale sur les versants, les sols et les ressources a été alors poussée à l’extrême. Le défrichement local et la surexploitation des sols sont relatés dans la plupart des publications de l’époque, qu’elles émanent d’érudits, de politiques, d’agents de l’État ou encore des premiers touristes, retranscrits dans le Guide du voyageur aux bains en 1819 (Favier, 2004) : « La vallée devient étroite, nue et triste : plus de bosquets, plus de prairies tout est éboulement et débris » ; « Le lit encombré par les ruines des montagnes » ; « Forêt de sapin et hêtre au-dessus de Betpouey et Viella et forêt de pin de montagne dans les vallées d’Ets Coubous et de la Glère mais en 1900, il ne reste que de rares vestiges » (Campagne, 1902, ouvrage de l’inspecteur des Eaux et Forêts). Métailié (2006) évoque les discours de l’époque condamnant les « pratiques archaïques » et « l’incurie pastorale » dans la dégradation des Pyrénées. Si le phénomène avalancheux est ancien, le déboisement a localement engendré la formation de ravines sur les versants qui ont érodé et se sont incisées dans les dépôts glaciaires de versants (De Gorsse, 1900). Ces ravines sont devenues des couloirs à laves torrentielles provoquant une augmentation de la fréquence des laves torrentielles au cours du xixe siècle : « Le Rioulet affecte Barèges tous les ans » (De Gorsse, 1900). Ces apports majeurs de versants ont fortement contribué à l’augmentation des débits solides du chenal du Bastan. Le terme d’engravement, même s’il est stigmatisé comme le « mal » des montagnes à l’époque, revient régulièrement dans les archives et les récits : « Avalanches et ravins décharnent les flancs et obstruent le fond de l’apport de leurs décombres » (Rondou, 1900-1934). L’abondance de ces apports sédimentaires de versants ainsi que la disponibilité du matériel dans le chenal en fond de vallée démontrent, à cette époque, une connectivité sédimentaire particulièrement efficace.

24Parallèlement, la demande touristique a explosé à Barèges et à Saint-Sauveur. La construction de nouveaux établissements thermaux, respectivement en 1857 et 1861 et de la route thermale des Pyrénées reliant les grandes stations thermales entre elles à partir de 1859 en témoigne. Le développement de cette activité a été un vecteur de fabrication de vulnérabilité matérielle et humaine en fond de vallée. De plus, la surexploitation des sols et le défrichement, symbole de progrès au xviiie siècle, sont devenus les symboles d’une société décadente et sont considérés comme une des causes de l’accroissement des risques naturels. À partir des années 1850, la sortie du petit âge glaciaire a marqué le début d’une période humide avec une forte récurrence d’évènements avalancheux, de crues et de laves torrentielles sur le Bastan (fig. 4). C’est également une période où les grands fleuves français ont connu des inondations majeures (crues de la Loire en 1846, 1856 et 1866, du Rhône en 1856, de l’Isère en 1859 et de la Garonne en 1875). Dès le xviiie siècle, les ingénieurs du roi avaient identifié la dégradation des versants comme étant la cause du déchaînement de la torrentialité sur certains versants montagnards, de l’engravement des lits fluviotorrentiels et de l’augmentation de la fréquence des évènements destructeurs. Mais le pouvoir central n’avait pas légiféré en conséquence. La venue de Napoléon III à Barèges en 1859 finit de le convaincre à l’idée du reboisement (Métailié, 2006). Par l’intermédiaire d’une commission réunie à Saint-Sauveur le 31 août 1859, il y adhère définitivement (Favier, 2004).

2. Du milieu xixe siècle au début xxe siècle : avènement de la restauration des terrains en montagne et évolution du contexte socio-économique

25C’est ainsi qu’avec la mise en place des lois RTM de 1860, 1864 puis de 1882 (fig. 4), le paysage de certains versants barègeois a subi de grandes modifications jusqu’à la Première Guerre mondiale. Campagne (1902) et Lanusse (1988) ont décrit les aménagements et projets de corrections avalancheuses et torrentielles dans le bassin où la surface reboisée atteint 368 ha. L’objectif de ces opérations a d’abord été de poursuivre la gestion du risque avalancheux entrepris depuis le début du xviiie siècle. Le sommet des versants réputés générateurs ont été équipés de dispositifs paravalanches (pieux et râteliers sur le versant du Capet) et les ravines les plus actives ont été corrigées à l’aide de seuils, ou de banquettes (couloir du Theil, du Midaou, du Hount Nègre). La correction torrentielle a été menée uniquement dans le torrent du Rioulet où 30 barrages en pierre sèches ont été construits entre 1860 et 1897. Dans la gestion des risques naturels, une catastrophe est souvent l’élément déclencheur à la mise en place d’intervention. La crue de 1897, qui est survenue en période paroxysmique de l’érosion des versants, a permis de recentrer les interventions RTM sur la gestion du risque torrentiel, notamment dans les autres ravins torrentiels tels ceux de Pontis et de Saint-Laur (entre 1903 et 1915). Dans le but de fixer le profil en long, d’éviter le surcreusement et l’expansion des ravines puis de limiter les sapements de berges, des seuils en pierres sèches, des murs de soutènement, des drains et des banquettes ont été construits. Quelques curages en amont de seuils ont été effectués dans les années suivantes avant que ces ravines ne trouvent un nouvel équilibre.

26À l’échelle des Pyrénées centrales, cette période de crise torrentielle est synchrone de l’amorce du grand déclin démographique dû à la crise socio-économique des sociétés agrosylvopastorales traditionnelles. Cependant, ce déclin démographique semble avoir été atténué dans la vallée du Bastan (fig. 4). Cela s’explique d’une part par la forte tradition agropastorale de la vallée puis par le développement de l’activité thermale sur la seconde moitié du xixe siècle. Le thermalisme, en plus d’avoir entraîné l’accroissement des enjeux (humains et économiques) vulnérables face au risque torrentiel, a participé au développement de la volonté de valoriser le paysage environnant par l’intermédiaire de promenades, d’excursions vers des lacs, des cascades ou points de vue aux alentours des stations thermales. Si certains guides, poètes ou autres écrivains ont décrit les paysages majestueux, l’aspect sauvage et décharné de paysages en partie déforestés a été une image de Barèges largement relayée par les guides touristiques : « Pays très frais et attachant. Le charme, seulement, est court. Nous approchons de Barèges, la végétation a cessé… Barèges est là. Aimez-vous les paysages désolés ? » (Lacour, 1897).

Figure 4 – Synthèse chronologique du contexte géohistorique du bassin versant du Bastan

Figure 4 – Synthèse chronologique du contexte géohistorique du bassin versant du Bastan

Source : Blanpied, Antoine, Carozza et Valette

27La période allant de 1860 à la Première Guerre mondiale est donc une période charnière au cours de laquelle se croisent des dynamiques opposées : au déclin de la société agrosylvopastorale traditionnelle et à l’exode rural (certes moins important que la dynamique régionale) répondent le développement du tourisme thermal sur fond de crise torrentielle.

3. xxe siècle : diminution progressive de la dynamique torrentielle et évolution contemporaine des paysages

28La première moitié du xxe siècle a été une période moins humide où la fréquence des crues torrentielles a diminué progressivement. Quelques crues dans les années 1930 ont été identifiées mais leurs impacts morphogènes sur le Bastan sont restés très localisés. Sur les versants, si des avalanches importantes se sont écoulées dans la première moitié du xxe siècle, l’intensité et la fréquence des laves torrentielles ont diminué fortement jusqu’à disparaître totalement suite aux aménagements RTM (fig. 4). À partir de l’évolution du taux de boisement et des comparaisons photographiques, il semblerait que la vallée ait subi une évolution lente des paysages sur la première partie du xxe siècle. Contrairement à l’Ariège où l’augmentation du taux de boisement atteint 20 % depuis 1878 mais surtout de 25 % depuis les années 1960, les Hautes-Pyrénées enregistrent une augmentation plus modeste de seulement 10 % depuis les années 1960 (6 % pour la Haute-Garonne depuis les années 1960). Sur cette même période, le taux de boisement du bassin versant du Bastan semble augmenter de manière encore plus faible, 3 % seulement. En comparant la surface forestière actuelle à celle de l’inventaire de Rondou en 1920, il semble qu’elle fut plus étendue de 8 % en 1920. Quoiqu’il en soit, cette diminution entre 1920 et 2012 est à nuancer, et on s’attachera davantage à la faible évolution entre 1960 et 2012 qui est à mettre en relation avec les impacts probables de la création de la station de ski à partir des années 1940, de l’urbanisation en fond de vallée (fig. 5) et du maintien d’une tradition agropastorale. L’appellation d’origine contrôlée puis l’appellation d’origine protégée « Mouton de Barèges-Gavarnie », décernées respectivement en 2003 et 2008, attestent de l’ancrage de cette tradition. À partir de couplage photographique et Henry (2012), il est observé une reconquête des anciennes terres cultivées par l’herbe au xxe siècle dans la vallée du Bastan. Dans le fond de vallée, la comparaison de l’occupation du sol entre le cadastre napoléonien et les photographies aériennes et orthophotographies de 1953, 1983, 2010 et 2013 met en évidence l’augmentation importante des surfaces urbanisées (bâti, voies de communication, surface asphaltée…) au détriment des prairies et des terres cultivées (fig. 5). En effet, les terres cultivées disparaissent totalement entre 1953 et 1983 alors que le taux d’occupation des prairies a été divisé par deux passants de 66 % en 1835 à 33 % en 2013. Par ailleurs, la surface boisée de fond de vallée a faiblement augmenté (3 à 12 %) entre 1835 et 1953, notamment vers Viella puis s’est stabilisée jusqu’à aujourd’hui.

Figure 5 – A : évolution du taux de boisement des Hautes-Pyrénées, de la Haute-Garonne, de l’Ariège et du bassin versant du Bastan ; B : évolution des types d’occupation du sol sur le fond de vallée du bassin du Bastan

Figure 5 – A : évolution du taux de boisement des Hautes-Pyrénées, de la Haute-Garonne, de l’Ariège et du bassin versant du Bastan ; B : évolution des types d’occupation du sol sur le fond de vallée du bassin du Bastan

Source : données issues du cadastre napoléonien de 1835, des photographies aériennes de l’IGN de 1953 et 1983 et les orthophotographies de l’IGN de 2010 et 2013

29Alors que le massif pyrénéen s’est vidé de sa population au moment des vagues d’exode rural de la fin du xixe siècle et du milieu du xxe, le bassin du Bastan a été moins touché. L’attrait du tourisme hivernal, estival et thermal, couplé à la survie des activités agropastorales, a maintenu une certaine pression sur la ressource forestière. De plus, les altitudes élevées des têtes de bassin ont limité la reconquête forestière des hauts versants. En fond de vallée, l’urbanisation a progressé. Sur la partie basse des versants, le pâturage s’est maintenu en prenant la place des terres cultivées. La fermeture du paysage par reboisement spontané suite à une déprise agropastorale a bien eu lieu mais semble localisée aux zones les plus pentues et éloignées dans la vallée du Bastan (Henry, 2012). Les masses forestières présentent malgré tout une tendance générale à la densification. Par ailleurs, les vallées des Hautes-Pyrénées, contrairement par exemple aux vallées ariégeoises, n’ont jamais été très industrialisées ou proto-industrialisées (Peltier, 2005). Le prélèvement ligneux a été d’une manière générale beaucoup moins important et il n’y a pas eu ici d’effet suite à l’arrêt brutal de la pression de l’industrie métallurgique sur les massifs forestiers. À partir des années 1910 pour le Bastan, le système est entré dans une phase de résilience suite à la crise agropastorale et paysagère. Les zones sédimentaires sources se sont petit à petit déconnectées, principalement sous l’effet des corrections RTM. L’évolution de l’occupation du sol dans le bassin du Bastan au xxe siècle, pourtant reconnu comme une période de fermeture des paysages montagnards dans le massif pyrénéen, semblent avoir été assez lentes comparativement aux dynamiques régionales.

Figure 6 – Couples de photographies anciennes et actuelles de l’évolution du chenal au cours du xxe siècle

Figure 6 – Couples de photographies anciennes et actuelles de l’évolution du chenal au cours du xxe siècle

Source : photographies anciennes, DDT65 (fond Delcampe) ; photographie d’avril 2017, Blanpied, Antoine, Carozza et Valette

V – L’évolution hydrogéomorphologique des bandes actives et les facteurs de contrôle associés

1. La contraction des bandes actives

30La première moitié du xxe siècle est une période marquée par une moindre production d’archives et l’absence de photographies aériennes. Afin de pallier ce manque d’information, une campagne de rephotographie a été réalisée sur le Bastan (fig. 6) pour permettre d’exploiter les photographies obliques anciennes et les cartes postales. Ce travail permet d’appréhender qualitativement les tendances d’évolution de la géométrie du chenal au cours de la première moitié du xxe siècle. Les photographies actuelles ont été prises en 2017, soit quelques années après la crue de 2013 en pleine période d’ajustements du chenal et de recolonisation végétale progressive de la bande active. L’analyse des photographies anciennes suppose de les replacer dans leur contexte et d’identifier la proximité et l’intensité de la crue passée la plus proche. Sur le Bastan, on observe une géométrie similaire entre la première moitié du xxe siècle et aujourd’hui dans les périodes de relaxation postcrue de 1897 et 2013. Une dynamique d’incision, difficilement quantifiable, semble s’être mise en place d’après les photographies au pont de Sers et à hauteur de Betpouey. Cela confirme les observations faites lors de la crue de 2013 avec une incision de plus de 2 m dans la traversée de Barèges, à Betpouey (GeoDiag, 2014) ainsi que sur la plaine de Tournaboup d’après nos propres observations. La comparaison entre la crue de 1897 et 2013 menée par la CACG (1996) nous permet d’estimer que l’élargissement de la bande active après ces deux épisodes a été du même ordre de grandeur. La crue de 1897 sera donc notre référence pour quantifier l’évolution de la bande active sur le Bastan.

Figure 7 – Évolution de la largeur moyenne de la bande active du Bastan au cours du xxe siècle

Figure 7 – Évolution de la largeur moyenne de la bande active du Bastan au cours du xxe siècle

Source : Blanpied, Antoine, Carozza et Valette

Figure 8 – Évolution de la largeur de la bande active le long des 226 transects

Figure 8 – Évolution de la largeur de la bande active le long des 226 transects

Source : Blanpied, Antoine, Carozza et Valette

31L’analyse hydrogéomorphologique diachronique par comparaison du cadastre napoléonien, de photographies aériennes et d’orthophotographies révèle une contraction de la bande active de 15 m entre 1835 et 2010, entrecoupée de la crue de 1897 (fig. 7 et 8). À l’instar de la rétraction postcrue de 2013, de nombreux travaux avaient également été effectués après la crue de 1897, permettant de supposer qu’une rétraction brutale soit survenue sur la période 1897-1905. Globalement, la contraction de la bande active sur la période 1915-1930 jusqu’à 2010 est progressive et continue. Entre 1954 et 2010, soit la période de calme hydrologique (Antoine, 2009), la largeur moyenne de la bande active sur ce tronçon est passée de 15 m en 1954 à 9,8 m en 2010. D’après l’analyse, les crues de 1994, 1996 et 2001, référencées dans le BD RTM, n’ont eu aucun impact sur la géométrie du chenal. Cette période de contraction est ponctuée par l’élargissement de la bande active lors de la crue BFHM de juin 2013 avec un élargissement de 524 %. Alors qu’en amont, l’élargissement résulte d’une érosion de berges et de la plaine alluviale, à l’aval, notamment sur le cône alluvial de Luz, les processus de dépôts dominent.

32À partir de l’analyse des transects, il est possible d’identifier une contraction plus marquée dans la plaine d’Esterre, en aval de Barèges, ainsi que dans la plaine de Tournaboup (fig. 8). La diminution majeure et brutale de la largeur moyenne, de presque 30 m entre 2013 et 2016, s’explique avant tout par les nombreux travaux réalisés après la crue de 2013, comme la réfection de la route entre Luz-Saint-Sauveur et Barèges, dont la majeure partie se situe dans le lit majeur. De même, certaines parcelles érodées par le torrent ont été remblayées puis enherbées pour un retour rapide à l’usage agropastoral. La rétraction brutale de la bande active, suite à la crue de juin 2013, a dans un premier temps été uniquement d’origine anthropique, liée aux travaux de réaménagement du chenal et des berges. C’est seulement à partir de 2017-2018 que la végétation a commencé à reprendre ses droits dans la bande active après que les travaux postcrue aient été réalisés.

33En 2016, date de la dernière orthophotographie de l’analyse, les travaux n’étaient pas encore totalement achevés, ce qui laisse penser que la contraction pourrait s’accentuer encore pendant les prochaines années.

2. Les facteurs de contrôle

34De nombreuses études, réalisées depuis les années 1990 dans différents massifs montagneux, ont montré que les bandes actives torrentielles ont subi des changements notables depuis la fin du xixe siècle. La variabilité climatique, l’épuisement des stocks sédimentaires hérités du petit âge glaciaire (Arnaud-Fasseta et Fort, 2004), la diminution des surfaces à connectivité sédimentaire efficace, la réduction de la récurrence des crues BFHM (Arnaud-Fasseta et Fort, 2004) et l’abaissement des pics de crue (López-Moreno, Begueíra et García-Ruiz, 2006), sont identifiés comme les variables qui expliquent la dynamique de contraction des bandes actives. D’autres variables indirectes influencent également la dynamique hydrogéomorphologique comme le reboisement planifié ou spontané des versants suite à la déprise agropastorale et à la crise érosive du xixe siècle, les grands travaux hydrauliques et l’anthropisation accrue des fonds de vallée (Brousse, Arnaud-Fasseta et Cordier, 2011). Dans les Alpes du Nord et une partie des Alpes du Sud (affluents de la Moyenne Durance), les bandes actives ont subi une contraction régulière depuis la fin du PAG avec une accélération entre 1950 et 1970 (Bravard, 1989 ; Liébault et Taillefumier, 2000 ; Miramont, Jorda et Pichard, 1998). Liébault et Taillefumier (2000) soulignent l’importance du reboisement spontané puis des interventions RTM comme facteurs explicatifs de la réduction des débits solides et de l’activité hydrologique puis de la contraction et de l’incision dans le bassin de la Durance. Cependant, dans certaines vallées comme celles de l’Ubaye ou du Guil, la rétraction est observée mais de manière beaucoup plus irrégulière en raison de l’occurrence de crue BFHM et à la moindre influence des activités anthropiques sur le bassin (Arnaud-Fasseta et Fort, 2004 ; Flez et Garrite, 2006). Flez et Garitte considèrent le reboisement spontané comme la cause principale de la contraction, qui s’est accélérée dans l’Ubaye depuis les années 1950. Des travaux ont également été réalisés dans les Pyrénées centrales espagnoles qui identifient la déprise agropastorale, le reboisement spontané et la diminution de surface de zones actives au profit de la forêt comme cause directe de la réduction de l’activité hydrologique (baisse des pics de crue sur la seconde moitié du xxe siècle) [López-Moreno, Begueíra et García-Ruiz, 2006] et de la contraction des bandes actives (Beguería, López-Moreno, Gómez-Villar et al., 2006 ; García-Ruiz, White, Lasanta et al., 1997). Malgré les contraintes topographiques propres aux vallées montagnardes, la bande active du torrent du Bastan s’est élargie localement sur plus de 100 m lors des crues majeures de 1897 et 2013, les seules ayant eu un impact réellement morphogène au cours du xxe siècle. La bande active du Bastan ne fait pas exception. Elle a connu également une phase de contraction progressive et régulière entre 1954 et 2010 expliquée majoritairement par la variabilité hydroclimatique (Antoine, 2009) et la réduction de l’efficacité de la connectivité sédimentaire des versants.

35Les reboisements et corrections RTM des ravines torrentielles et avalancheuses ont réduit la surface des zones de production sédimentaire. Le changement de dynamique des crues extrêmes du Bastan, passant de torrent à laves torrentielles en 1897 (CACG, 1996) à torrent à crues torrentielles en 2013, confirme cette tendance. L’efficacité de la connectivité sédimentaire des versants au réseau hydrographique s’est considérablement réduite (Blanpied, Carozza et Antoine, 2018) avec la diminution de la récurrence de laves torrentielles dans le bassin. Le chenal, décrit comme « un lit obstrué des décombres des avalanches et des ravins » (Rondou, 1900-1934) au début du xxe siècle suite à son aggradation lors de la crue de 1897, a même eu tendance à s’inciser au cours de la crue de juin 2013. Le rôle de la recolonisation végétale spontanée des anciens terroirs de culture de versant ne doit pas être négligée dans la contraction des bandes actives surtout à partir des années 1960-1980.

36Par ailleurs, le croisement entre les différentes sources historiques (photographies, monographies, inventaires) et les données actuelles montre une faible évolution de l’occupation du sol depuis les années 1920. Cette particularité du Bastan vis-à-vis de la dynamique à l’échelle du massif tient à plusieurs facteurs : le développement du tourisme thermal au moment de l’entrée dans l’ère industrielle productiviste puis du tourisme de sport d’hiver pendant la Seconde Guerre mondiale ; le moindre impact de la crise industrielle de la métallurgie dans les Hautes-Pyrénées et de l’exode rural ; la forte tradition agropastorale du pays Toy. Dans le bassin du Bastan, la colonisation spontanée de la végétation suite à une déprise agropastorale n’est donc pas identifiée comme facteur de contrôle majeur de l’évolution hydrogéomorphologique de la bande active.

Conclusion

37Le Bastan a forgé son image de torrent dévastateur au cours de la crise socio-environnementale du xviiie et xixe siècles, période ponctuée notamment par la crue du 3 juillet 1897. Les interventions de reboisement, de correction torrentielle, des travaux hydrauliques ainsi que la variabilité climatique ont depuis contrôlé et atténué la dynamique torrentielle du Bastan. Si sa bande active s’est contractée de manière régulière dans la deuxième partie du xxe siècle, le système semble répondre aux crues majeures BFHM. La comparaison entre les crues centennales à travers des sources iconographiques et des récits a permis de reconstituer et de comparer dynamique passée et dynamique actuelle. La connectivité sédimentaire des versants, pourtant forte au xixe siècle, semble être aujourd’hui inefficace, mais l’extension de la crue en fond de vallée semble identique. La synthèse des divergences et des convergences entre les deux crues centennales ainsi que l’analyse de l’évolution hydrogéomorphologique des bandes actives mettent en exergue les réponses morphologiques du système torrentiel à l’évolution des paysages et plus globalement au changement de contexte socio-environnemental. L’apport du croisement entre hydrogéomorphologie et géohistoire renseigne également sur la rythmicité du risque torrentiel dans un système en constante adaptation et permet d’envisager une gestion sur le long terme. La rupture (Despin, 1998) engendrée par le passage d’une société agrosylvopastorale et politiquement autonome à l’échelle de la vallée et de la société villageoise (Soulet, 1987) à une société moderne à dominante touristique ouverte aux échanges extérieurs est reflétée dans l’évolution de la dynamique du Bastan. Si le risque était connu et l’expérience transmise de génération en génération dans la société agrosylvopastorale jusqu’au xixe siècle, la mutation récente de la société marque un changement dans la perception du risque. Depuis les lois RTM de 1860, 1864 et 1882, le pouvoir central est devenu un acteur à part entière en termes de gestion des risques naturels. Puis la vallée s’est ouverte à l’économie de services dans la seconde moitié du xxe siècle, alors qu’en parallèle survenait une période de calme hydrologique et de rétraction de la bande active : le fond de vallée est ainsi devenu un espace très concurrentiel. La pression foncière dans le fond de vallée et le renouvellement de la population ont conduit à la perte de la mémoire du risque et à un changement de perception du risque. Les grands travaux de développement, notamment touristique dans le cas du Bastan, se sont exonérés de la réalité des risques naturels (Bozonnet, 1992) et ont pour certains été impactés lors de la crue de 2013. La crue de 2013 a donc rappelé la vulnérabilité du fond de vallée du Bastan face aux crues majeures.

Cette étude a été réalisée dans le cadre du programme interdisciplinaire DYNHAPYR, financé par l’ancienne région Midi-Pyrénées (aujourd’hui Occitanie) et l’université Toulouse – Jean Jaurès. Elle fait partie d’un travail plus large mené dans le cadre d’une thèse de l’université Toulouse – Jean Jaurès sur la torrentialité dans les Pyrénées centrales.

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Table des illustrations

Titre Figure 1 – Carte de localisation et carte du bassin versant du Bastan
Crédits Source : Blanpied, Antoine, Carozza et Valette à partir des MNT 250 m et 5 m de l’IGN
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/6681/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 724k
Titre Figure 2 – Comparaison des crues de juillet 1897 et juin 2013
Crédits Source : récits et photographies de la crue de juillet 1897 (Campagne, 1902) ; photographie du versant de l’Ayre (Blanpied, Antoine, Carozza et Valette) ; photographie de la crue à Betpouey (Burens, juillet 2013) ; photographie de l’hôtel en amont de l’hôpital militaire (RTM, juin 2013).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/6681/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 560k
Titre Figure 3 – Comparaison entre l’extension de la crue de juillet 1897 et celle de juin 2013
Crédits Source : Blanpied, Antoine, Carozza et Valette à partir des données CACG, 1996 et des orthophotographie IGN de 2010 et 2013 de l’IGN
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/6681/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 964k
Titre Figure 4 – Synthèse chronologique du contexte géohistorique du bassin versant du Bastan
Crédits Source : Blanpied, Antoine, Carozza et Valette
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/6681/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 300k
Titre Figure 5 – A : évolution du taux de boisement des Hautes-Pyrénées, de la Haute-Garonne, de l’Ariège et du bassin versant du Bastan ; B : évolution des types d’occupation du sol sur le fond de vallée du bassin du Bastan
Crédits Source : données issues du cadastre napoléonien de 1835, des photographies aériennes de l’IGN de 1953 et 1983 et les orthophotographies de l’IGN de 2010 et 2013
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/6681/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 296k
Titre Figure 6 – Couples de photographies anciennes et actuelles de l’évolution du chenal au cours du xxe siècle
Crédits Source : photographies anciennes, DDT65 (fond Delcampe) ; photographie d’avril 2017, Blanpied, Antoine, Carozza et Valette
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/6681/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 488k
Titre Figure 7 – Évolution de la largeur moyenne de la bande active du Bastan au cours du xxe siècle
Crédits Source : Blanpied, Antoine, Carozza et Valette
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/6681/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 832k
Titre Figure 8 – Évolution de la largeur de la bande active le long des 226 transects
Crédits Source : Blanpied, Antoine, Carozza et Valette
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/6681/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 330k
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Pour citer cet article

Référence papier

Johann Blanpied, Jean-Marc Antoine, Jean-Michel Carozza et Philippe Valette, « Reconstitution de l’évolution de la dynamique hydrosédimentaire d’un gave pyrénéen (torrent du Bastan, bassin du gave de Pau, Hautes-Pyrénées) : approche croisée géohistorique et hydrogéomorphologique »Sud-Ouest européen, 49 | 2020, 29-46.

Référence électronique

Johann Blanpied, Jean-Marc Antoine, Jean-Michel Carozza et Philippe Valette, « Reconstitution de l’évolution de la dynamique hydrosédimentaire d’un gave pyrénéen (torrent du Bastan, bassin du gave de Pau, Hautes-Pyrénées) : approche croisée géohistorique et hydrogéomorphologique »Sud-Ouest européen [En ligne], 49 | 2020, mis en ligne le 27 novembre 2020, consulté le 20 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/6681 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/soe.6681

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Auteurs

Johann Blanpied

GEODE UMR 5602 CNRS, université Toulouse – Jean Jaurès, johann.blanpied@univ-tlse2.fr

Jean-Marc Antoine

GEODE UMR 5602 CNRS, université Toulouse – Jean Jaurès, antoine@univ-tlse2.fr

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Jean-Michel Carozza

LIENSS UMR 7266 CNRS, université de La Rochelle, jean-michel.carozza@univ-lr.fr

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Philippe Valette

GEODE UMR 5602 CNRS, université Toulouse – Jean Jaurès, philipe.valette@univ-tlse2.fr

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