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« Dordogne 2050 » : quand l’eau structure le projet de territoire

“Dordogne 2050”: When Water Dictates the Territory Projects
«Dordogne 2050»: Cuando aqua estructura el proyecto de territorio
Alexandre Brun, Bruno Coupry, Jean-Christophe Bureau et Llewella Maléfant
p. 93-108

Résumés

Le bassin versant de la Dordogne connaît d’importants bouleversements dont le réchauffement climatique pourrait accentuer les effets à long terme. Les enjeux sont nombreux pour ce territoire rural, largement tributaire d’activités économiques et sociales liées à l’eau (tourisme, hydro-électricité, agriculture…). C’est dans ce contexte que « Dordogne 2050 » a été lancé en 2018. À la différence des exercices de prospective réalisés ou en cours dans les bassins voisins, il s’agit moins de prolonger des tendances climatiques que d’esquisser un projet de territoire dont l’eau constitue l’ossature.

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Texte intégral

Introduction

  • 1 En 1974, le programme Man and Biosphere (MAB) donnait naissance aux réserves de biosphère. En 2018, (...)
  • 2 Le Monde, « Miracle à Bergerac. Des usagers, six présidents de conseil général et des fonctionnaire (...)

1En 2012, le conseil international de coordination du programme sur l’Homme et la Biosphère de l’UNESCO a inclus le bassin de la Dordogne dans le réseau mondial de réserves de biosphère 1. C’est le premier bassin versant au monde à faire l’objet d’une telle labellisation. Celle-ci couronne un processus de reconquête de l’eau amorcé 20 ans plus tôt. De la charte vallée de la Dordogne (février 1992) relayée par Le Monde 2 aux états généraux de Libourne (2001) puis de Bergerac (2012), les acteurs du bassin ont en effet su se mobiliser en faveur de la protection de la ressource en eau – même si le retour du saumon, la prévention des inondations ou la lutte contre les pollutions d’origine agricole sont des chantiers encore ouverts (EPIDOR, 1992 ; EPIDOR, 2012).

  • 3 Les projections sont incertaines puisqu’il y aurait une diminution pour les scénarios RCP 2.6 et 8. (...)
  • 4 Données DRIAS et Météo France traitées par Eaucéa pour Dordogne 2050 (mandataire : Bruno Coupry Eau (...)

2Orienté est (climat montagnard) ouest (climat océanique tempéré), le bassin connaît des évolutions significatives à commencer par l’augmentation de la température de l’air de 0,3 °C par décennie depuis 1980. Aucune tendance, en revanche, ne se dégage au sujet des précipitations 3. À l’horizon 2050, plusieurs facteurs risquent de compliquer la gestion des eaux superficielles et souterraines à commencer par les conséquences du réchauffement climatique sur l’écoulement des eaux. Par exemple, des assecs plus longs et plus nombreux sont à prévoir (Coupry, Brun, Bureau et al., 2019). L’élévation des températures de l’ordre de + 1 C° à + 2 C° sur tout le bassin aura aussi – mais dans quelle mesure exactement ? – des effets sur l’enneigement du puy de Sancy ou encore sur la répartition des espèces piscicoles que provoquera la diminution d’environ 1 mg/l du taux d’oxygène à saturation dissous dans l’eau 4. La réduction du nombre de jours de gel aura aussi tendance à favoriser les maladies des cultures. La végétation aussi sera impactée, en particulier les essences forestières, du fait des pics de températures, des épisodes de sécheresse, des maladies plus fréquentes et de nouveaux parasites.

  • 5 Parmi les cinq départements ayant l’indice de vieillissement le plus élevé en France, quatre appart (...)
  • 6 Il faut par exemple 1 h 55 (104 km) en voiture pour relier Sarrazac à Bouillac, deux communes de Do (...)
  • 7 En témoignent les articles de La Dépêche comme celui du 15 mars 2018 rapportant que le mouvement «  (...)

3Des facteurs démographiques, sociaux et économiques sont enfin à prendre en compte. Le vieillissement de la population, déjà marqué, pourrait s’accentuer à cause du relatif enclavement des petites villes 5. Les temps de parcours sont à cet égard beaucoup plus parlants que les distances dans cet environnement où alternent causses, vallées encaissées et plaines inondables 6. L’avenir des bourgs et des petites villes est donc suspendu aux stratégies d’entreprises comme les grands confituriers – moins dépendants des productions locales (fraises…) que par la passé – et aux décisions des pouvoirs publics de maintenir hôpitaux et gares (Souillac, Gourdon…). La semaine qui a suivi la publication du rapport Spinetta en février 2018 a été stressante de l’aveu d’élus locaux soucieux de garantir aux habitants et aux associations d’usagers que leurs gares seraient conservées 7.

  • 8 Les noyers consomment en moyenne 1 000 à 1 500 m3/ha d’où leur fort développement actuel dans les f (...)
  • 9 Entretien le 28 mars 2018 à Libourne auprès de Jean Galand, conseiller départemental de Gironde, ma (...)
  • 10 En Dordogne, trois grands barrages produisent de l’électricité pour EDF. Bergerac, Mauzac et Tuiliè (...)
  • 11 Étude cartographique Eaucéa, 2018.

4D’autres changements sont à prévoir tels que le développement probable des cultures irriguées (maïs bien sûr, mais aussi les fruits à coque comme la noix très en vogue mais consommatrice d’eau 8). La situation de la vigne est également préoccupante car la valeur seuil encadrant les cultures de la vigne du Bordelais va s’étendre à l’est d’environ 100 km et, à coup sûr, les vignerons du Saint-Émilionnais et du Bergeracois auront à diversifier leurs cépages et à modifier leurs pratiques culturales 9. Irrigueront-ils également leurs cultures ? Les barrages, déjà nombreux, le seront-ils davantage à l’avenir alors que la production des trois barrages EDF du Bergeracois a atteint 123 GWh en 2017, soit seulement 65 % d’une année habituelle de production à cause de la sécheresse 10… L’intensification possible des pratiques récréatives et touristiques, et l’urbanisation des campagnes comme c’est déjà le cas dans les palus de la basse Dordogne, sont également d’importants facteurs de transformation (Brun et Garcias, 2015). Enfin, des disputes pourraient opposer le Grand Bordeaux et les communes du bassin au sujet de la production d’eau potable, la situation de la métropole étant fragile en matière d’approvisionnement 11.

Figure 1 – La géographie du bassin versant de la Dordogne

Figure 1 – La géographie du bassin versant de la Dordogne

Source : EPIDOR, INSEE, IGN

  • 12 EPIDOR est l’établissement public territorial du bassin de la Dordogne. Son action relève d’une mis (...)
  • 13 À l’échelle du « bassin » Adour-Garonne, on dénombre quatre exercices de prospectives à savoir Garo (...)

5Dans ce contexte, l’établissement public territorial du bassin de la Dordogne (EPIDOR) soutenu par l’agence de l’eau Adour-Garonne, l’État et les collectivités territoriales ont décidé de lancer un exercice de prospective 12. Mais, à la différence des exercices réalisés ou en cours dans les bassins voisins, il s’agit moins de prolonger des tendances que d’esquisser un projet dont l’eau constitue l’ossature 13. La démarche « Dordogne 2050 » amorcée à l’automne 2017 s’inspire de celle du projet urbain – dans ce bassin pourtant très rural. Il est ainsi question de faire avec ce que l’on a (en termes de ressources territoriales) et d’accepter le principe de projet permanent. De telles approches ont déjà été expérimentées en France, par exemple en 2010 par le tandem d’architectes urbanistes Bernardo Secchi et Paola Viganò au sujet de la vallée de la Durance (Masboungi, 2013) et en Italie par Massimo Bastiani (2014).

Figure 2 – Un bassin, trois climats

Figure 2 – Un bassin, trois climats

Source : IGN, BD CARTHAGE, DRIA

Figure 3 – Historique du projet « Dordogne 2050 »

Figure 3 – Historique du projet « Dordogne 2050 »

Source : EPIDOR, Brun Alexandre

6« Dordogne 2050 » part du postulat que la question de l’eau est très majoritairement une conséquence de décisions multifactorielles plus qu’une problématique homogène soluble dans de grands projets d’adaptation de la ressource. Cette démarche est expérimentale à cette échelle mais le cadre imposé par le statut du bassin versant s’y prête (Unesco, 1996). Les réserves de biosphère sont :

  • 14 http://www.unesco.org/new/fr/natural-sciences/environment/ecological-sciences/biosphere-reserves/ ( (...)

des sites de soutien pour la science au service de la durabilité – des lieux spéciaux où tester des approches interdisciplinaires afin de comprendre et de gérer les changements et les interactions entre systèmes sociaux et écologiques, y compris la prévention des conflits et la gestion de la biodiversité 14.

7L’article propose de revenir sur la démarche de projet urbain dont s’inspire largement « Dordogne 2050 » et sur l’apport des programmes de recherche portant sur la relation eau-territoire. Après quoi, les enjeux du bassin versant, le dispositif méthodologique et les premières orientations sont tour à tour présentées.

I – « Dordogne 2050 » : une démarche de projet urbain élargie au grand territoire

8La démarche du projet urbain élargie au grand territoire a déjà été expérimentée en France et en Italie à l’échelle de sous bassins. « Dordogne 2050 » s’en inspire largement car l’objectif fixé dès les états généraux de 2012 est d’initier un projet de territoire avec l’eau comme support et non un plan plus ou moins « descendant » (c’est-à-dire résultant de stratégies nationales qui seraient déclinées localement) comparable à ceux déjà mis en œuvre dans les domaines de l’aménagement, des risques, du climat ou encore de l’eau. Compte tenu de la nature même de l’exercice et parce que l’eau n’est pas qu’une affaire d’eau (Orsenna, 2008), l’interdisciplinarité – chantier ouvert avec les programmes de recherche scientifique sur l’évolution de la relation société-nature – est également constitutive de la démarche.

1. La démarche du projet urbain

9La notion de projet urbain a émergé à partir de la fin des années 1970 en réponse à l’urbanisme fonctionnaliste (De Carlo, 2008). Aux plans statiques d’alors ont été opposés des « projets » soucieux de mieux prendre en compte les réalités géographiques, historiques et sociales des sites. Cette réforme a été menée concomitamment sur les plans théorique et pratique par des urbanistes qui, en écrivant sur leurs expériences ou en mettant en œuvre leurs réflexions, ont élaboré la démarche du projet urbain sur les deux plans en France, en Espagne et en Italie (Brun et Adisson, 2010). La production du projet s’appuie sur le diagnostic d’un site afin d’élaborer les récits de sa transformation. Capable d’hétérogénèse, cette démarche contextuelle a été présentée par certains urbanistes comme une alternative à la conjonction des logiques sectorielles et des produits immobiliers ou commerciaux (Mangin, 2004).

  • 15 Friches industrialo-portuaires, ferroviaires, aéroportuaires, routières, militaires, commerciales o (...)

10Le projet urbain, principalement porté à l’origine par des architectes-urbanistes français, espagnols et italiens, a accordé une place croissante à la nature sous l’influence du landscape urbanism (Corner, 2006). Abordant la transformation des paysages urbains de l’ère postfordiste, les projets qui s’apparentent à ce courant intéressent d’abord le sol ou urban field et ses divers éléments (topographie, hydrologie, etc.). Les échelles se sont également élargies au point d’embrasser de très vastes territoires 15. L’envergure des périmètres à l’étude, la complexification des jeux d’acteurs due à la décentralisation et au renforcement des pouvoirs intercommunaux et métropolitains, la volatilité des investisseurs et les moyens limités des collectivités, l’instabilité fiscale comme celle des règles et la judiciarisation de la société sont autant de facteurs qui expliquent que le projet devient – que cela soit voulu ou pas – « permanent », à la manière anglo-saxonne du planning by doing.

  • 16 Pour Chemetoff, c’est un instrument de planification relevant d’une démarche de projet urbain : « À (...)

11Dans ce contexte, le plan-guide tel que le définit Alexandre Chemetoff est devenu l’instrument privilégié des concepteurs pour matérialiser les projets urbains ou, plus largement, de territoire 16. Il procède selon une itération entre un état existant, une vision à terme et sa réalisation progressive. Il est conçu pour permettre d’ouvrir le débat et d’engager la négociation entre les habitants, les décideurs et les concepteurs :

C’est un plan très précis, redessiné régulièrement, tous les trois mois, en même temps que le projet avance. Il permet à chacun d’avoir une vision globale de l’impact des transformations provoquées par telle ou telle intervention sur tel ou tel site. C’est un outil de travail évolutif qui permet à tous les acteurs de la ville de partager un projet.

12L’intérêt du plan-guide réside en sa capacité à représenter les transformations d’un site dans un document qui offre une vision globale tout en étant adaptable, et ce tout au long de sa mise en œuvre, avec une idée-force abordée par Chemetoff au sujet du projet de l’île de Nantes : « Ce qui est sur place devient la matière même du projet » (Chemetoff, 2010, p. 43).

2. Le site et ceux qui l’habitent dictent le projet

13En 2012, la ville de Montpellier a lancé « Montpellier 2040 » dans le sillage de « Lyon 2010 » décidé en 1985 ou plus près de nous de « Bordeaux 2030 », de « Reims 2020 » et du « Grand Pari de l’agglomération parisienne » (2007). C’est le tandem Bernardo Secchi et Paola Viganò – déjà impliqué dans de pareils exercices à Paris et Bruxelles – qui a été sélectionné pour réaliser un plan-guide. Les architectes italiens, fidèles à leur méthode, ont arpenté le territoire et sont allés à la rencontre de ceux qui y vivent et travaillent (Hayet et Brun, 2018). Il s’agissait pour eux de « voir et faire voir aux autres comment la ville est faite, s’interroger sur la manière dont elle pourrait être faite » (Secchi et Viganò, 2013).

  • 17 En 2017, les architectes François Leclerc et Franck Boutté ont prolongé la réflexion de leurs prédé (...)

14Le diagnostic des architectes, plus social que technique, fait largement écho à ceux réalisés auparavant qui dénoncent notamment la nature domestiquée ou, pire, oubliée (Hayet et Brun, 2018). Leur conviction est qu’il faut faire avec ce qu’offre la nature, d’où l’idée de bâtir une « ville parc » qui prenne appui sur un système territorial articulant un parc des hauteurs (Lunaret, Montmaur, Coteau, Grèzes, Grammont) et un parc des vallées (Lez, Mosson, etc.) lui-même ouvert sur ce qui pourrait devenir, vers la mer, le grand parc de la lagune (Secchi et Viganò, 2013 17). Cette façon de procéder relève de ce que Viganò appelle les i. Il s’agit d’exploiter les dessins que le réseau hydrographique forme et les images que composent eau et territoire une fois mêlés. Les fleuves et leurs canaux sont, à titre d’exemple, l’armature de la North Western Metroplitan Area (Viganò dans Masboungi, 2013).

15Lors de l’étude de la vallée de la Durance, Viganò observe ce territoire comme un grand réservoir à différentes échelles : une réserve d’eau régionale, une réserve d’énergie renouvelable d’importance nationale et une réserve de biodiversité à l’échelle européenne. Pour elle,

la biodiversité territoriale est étroitement liée à des activités économiques et productives diffuses qui mettent en lumière une matrice générale constituée – là encore – de canaux et de champs cultivés allant au-delà de la pure notion de corridor écologique rapportée aux cours d’eau principaux (Masboungi, 2013, p. 88).

16Le plan-guide sert à révéler ces éléments et à les mettre en relation les uns avec les autres au point de composer un projet de territoire, amené à évoluer en fonction des enjeux.

17Bastiani (2014) va dans le même sens au sujet de la plaine alluviale du Tibre en Haute Ombrie menacée par l’urbanisation. L’architecte, coordonnateur de travaux de recherche sur les contrats de rivière en Italie, propose ainsi d’assoir son projet sur le développement d’une agriculture de haute qualité environnementale et à forte valeur ajoutée qui limitera l’expansion urbaine. Il conçoit les zones inondables comme un bien commun et considère que les politiques de l’eau sont un des leviers du projet de territoire.

  • 18 La notion d’acupuncture est empruntée à Lerner, 2014.

18En faisant le choix du projet de territoire, la maîtrise d’œuvre espère aussi éviter l’écueil d’une analyse qui s’enferme soit sur la problématique de la demande en eau soit sur celle de l’offre ; ce qui n’est manifestement pas commode dans le cadre des exercices de prospective sur l’eau et le climat (Simonet et Salles, 2014). L’expérience montre enfin que la notion de projet est familière aux élus locaux et aux aménageurs. Au total, il n’est donc pas seulement question de poursuivre des tendances climatiques afin d’élaborer un plan de gestion ou d’adaptation de la ressource comme dans la plupart des exercices de prospective mais de concevoir un projet inspiré de la démarche du projet urbain appliquée au grand territoire. L’équipe cherche, de site en site, à faire converger eau et territoire souvent opposés (Descroix et Lasserre, 2003) et préfère l’« acupuncture » aux chantiers pharaoniques de l’âge d’or de l’aménagement du territoire 18.

3. L’interdisciplinarité, un héritage des programmes sur l’eau et les territoires

19L’évolution des rapports sociétés-nature étant au fond le sujet principal de « Dordogne 2050 », l’interdisciplinarité est également constitutive de la démarche. C’est l’un des héritages des premiers grands programmes autrefois portés par le seul Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Au début des années 1980, le CNRS a en effet lancé les premiers PIREN (programmes interdisciplinaires de recherche sur l’environnement) : un « exemple d’interdisciplinarité » pour paraphraser Jollivet (2001). Plusieurs PIREN-grands fleuves ont ainsi vu le jour sur le Rhône, sur la Garonne, sur la plaine d’Alsace et, en 1989, sur la Seine (Billen, 2001). Outre qu’ils ont fédéré des équipes de différentes disciplines, l’étude des hydrosystèmes a peu à peu évolué vers l’analyse du rôle de l’eau dans la fabrique territoriale.

  • 19 Par exemples les programmes LITEAU (1998-2016) et concertation décision environnement (2008-2013). (...)
  • 20 « Eaux et Territoires » était porté par le ministère de l’Écologie, le CNRS et le CEMAGREF (devenu (...)

20En écho aux PIREN, des programmes aux « entrées » thématiques (risques, zones humides, littoral…) ont été mis en place « autour de grandes questions de politique publique afin de susciter la création des connaissances nécessaires à l’action […] : on parle à cet égard de recherche finalisée » (Lebreton et Vindimian, 2017, p. 1 19). Constatant la difficulté de concilier l’aménagement du territoire et une gestion durable de la ressource et, dans le contexte « nouveau » de la transposition en droit interne de la directive cadre sur l’eau, le programme « Eaux et Territoires » (2007-2015) voulait poursuivre le rassemblement et la structuration de la communauté scientifique éclatée entre plusieurs disciplines amorcée 30 ans plus tôt 20. Il s’agissait également de développer une culture partenariale entre les chercheurs et les gestionnaires locaux de façon à répondre à l’indéfinissable « demande sociale » (Goeldner-Gianella [dir.], 2016).

  • 21 Les chercheurs doivent-ils s’en accommoder ? Le débat a été rouvert, à juste raison, voici peu.
  • 22 Cf. compte-rendu du colloque Transition écologique : pour une interaction entre politiques publique (...)

21Ce programme a certes soulevé des interrogations sur la portée – et, disons-le, le bien-fondé – des partenariats entre les équipes de recherche et les acteurs locaux ainsi qu’au sein même des équipes, entre les chercheurs du public et les bureaux d’études qui peuvent confondre recherche et prestation de service : c’est la difficulté, ni nouvelle ni propre à ce programme, des recherches à finalité opérationnelle voulues par les bailleurs de fonds 21. « Eaux et Territoires », en revanche, a débouché sur des expérimentations instructives dans la mesure où elles confortaient une idée clé : les actions des gestionnaires de l’eau ont une influence limitée sur les stratégies des territoires mais les territoires mettent en œuvre des projets dans lesquels l’eau occupe une place de plus en plus importante 22. Forte de ce constat, la maîtrise d’œuvre – composée d’universitaires et de praticiens de différentes disciplines – a échafaudé une méthodologie en trois étapes à visée transformative avec principal outil le « plan-guide » et l’eau comme « support ».

II – Atlas, ateliers territoriaux et « plan-guide » : les trois jalons de la démarche

22À l’issue d’un appel d’offres lancé en juillet 2017, six équipes ont été auditionnées un mois plus tard par un jury composé des financeurs et d’EPIDOR. Le cahier des charges, élaboré les mois qui suivirent les états généraux de 2012, préconisait l’élaboration d’un projet de territoire à travers le prisme de l’eau. Chaque équipe candidate devait néanmoins en détailler le déroulé, préciser comment elle entendait analyser les enjeux et les faire partager. Il fallait également esquisser le processus permettant d’engager au plus tôt des actions locales destinées à démontrer les convergences entre les intérêts de l’eau et ceux des territoires. L’équipe retenue a plaidé pour trois étapes, présentées ici.

1. Première étape : élaborer un atlas des enjeux pour montrer l’interdépendance eau-territoire

23Localisée dans le Sud-Ouest européen, la Dordogne prend sa source dans le Massif central dans le puy de Sancy (1 886 m) à la croisée de la Dore, de la Dogne et du ruisseau du val d’Enfer. Elle parcourt 483 km avant de se jeter dans la Garonne et draine un bassin versant de 23 900 km2, soit à titre de comparaison un peu moins que celui de la Saône et du Doubs (29 900 km2). Six agglomérations sont réparties dans le bassin (Aurillac, Brive-La-Gaillarde, Tulle, Périgueux, Bergerac, Libourne). La ville la plus importante, Brive-la-Gaillarde, compte moins de 50 000 habitants (2016). C’est peu par rapport à Bordeaux, la métropole la plus proche (773 000 habitants en 2015). Le bassin est donc rural (97 % des surfaces totales en 2012), partagé entre les espaces naturels, les surfaces agricoles et viticoles et les zones boisées et forestières, tout en étant très aménagé. 30 usines des grandes chaînes (EDF et SHEM) pour 1 800 MW de puissance (95 % du bassin), 200 petits ouvrages hydroélectriques pour 90 MW (5 % du bassin) et plus de 2 000 autres obstacles sans usage hydroélectrique y sont localisés.

Figure 4 – Le tourisme : un levier pour le développement du bassin

Figure 4 – Le tourisme : un levier pour le développement du bassin

Source : UNESCO, EPIDOR, IGN

Figure 5 – La démographie sur le bassin

Figure 5 – La démographie sur le bassin

Source : INSEE, IGN

Figure 6 – La production hydroélectrique du bassin

Figure 6 – La production hydroélectrique du bassin

Source : IGN, BD Carthage, BD Topo, EPIDOR, Eaucéa, 2010

Tableau 1 – Les tendances et enjeux du bassin

Tendances

Enjeux

Hydrologie

Des petites rivières auront bientôt disparu

Le chevelu hydrographique le plus fin est menacé. De petites rivières à l’écoulement jusqu’à présent permanent sont périodiquement à sec d’après le réseau de mesure ONDE. L’enjeu est de garantir l’approvisionnement en eau potable, d’optimiser la gestion des eaux usées tout en maintenant un niveau suffisant pour limiter la perturbation des écosystèmes aquatiques et les activités humaines.

Climatologie

Moins de neige et de froid, des canicules plus fréquentes

La neige et le froid se feront plus rares, y compris en montagne et les canicules seront plus fréquentes mais probablement moins fortes qu’ailleurs (Garonne par exemple). L’enjeu consiste à accompagner les mutations des activités touristiques, agricoles et sociales en privilégiant la diversification et la reconversion.

Écologie

La diversité biologique autochtone : une érosion accrue

La réduction des habitats est causée par les activités humaines (remblaiement de zones humides, infrastructures qui coupent les continuités…) mais aussi l’évolution des débits, le réchauffement des eaux, la compétition interspécifique, de nouveaux risques épidémiologiques. L’enjeu est, en fonction des espèces et des sites, d’une part de conserver en les protégeant les habitats et d’autre part de compenser leur perte.

Démographie

De moins en moins d’habitants dans les territoires ruraux

Les villes moyennes comme Libourne et Bergerac ont vu leur population augmenter depuis le xviiie siècle tandis que les territoires les plus ruraux perdent des habitants que les nouveaux arrivants ne compensent pas. Outre le maintien des commerces, des services et des équipements publics, l’enjeu est de valoriser les services rendus par l’eau (paysages grandioses des vallées, etc.) de façon à conforter l’attractivité des petites villes et des villages.

Économie

Emploi, pauvreté, etc. : des territoires ruraux en crise

Les bastions industriels et l’agriculture résistent mal aux mutations économiques, d’où des fragilités sociales très préoccupantes (Saint-Foy-la-Grande par exemple). L’eau peut, parce qu’elle est menacée par elles, contribuer à régénérer des activités traditionnelles (industrie, agriculture).

Géographie

Une fracture territoriale qui s’accentue entre les métropoles et le reste du bassin

L’influence des métropoles, à commencer par celle de Bordeaux, est manifeste (emploi, foncier, etc.). Une fois dépassée leur aire d’influence, les territoires sont à la peine – y compris les villes, même si elles sont plus prospères que les campagnes. L’enjeu consiste à montrer en quoi la Dordogne et ses affluents sont des leviers d’avenir pour un tourisme renouvelé mais aussi, sous condition d’un nouveau contrat entre ville et campagne, pour pérenniser les dynamiques métropolitaines (espaces naturels, eau potable).

Source : Coupry, Brun, Bureau et al., 2019

24Le bassin de la Dordogne est aussi industriel (confiture, papier, etc.) malgré la fermeture de nombreuses manufactures souvent riveraines des cours d’eau. Le bassin est surtout réputé en Europe pour le tourisme car la nature comme le patrimoine culturel, architectural (grottes de Lascaux et gouffres spectaculaires, comme celui de Padirac dans le Lot, paysage viticole de Saint-Émilion, etc.) sont opportunément valorisés par les collectivités territoriales et une filière bien organisée. Aux sources, la station de ski et les thermes du Mont-Dore sont réputés. Plus en aval, la baignade, la pêche et les sports d’eaux vives, tributaires de la qualité des eaux superficielles, sont importants dans l’économie locale : par exemple 1 250 000 personnes pratiquent le canoë-kayak dans les vallées de la Vézère et de la Dordogne alors que le mascaret attire chaque automne une foule de surfeurs et de badauds à Saint-Pardon. La première séquence de travail d’une durée d’un an (décembre 2017-décembre 2018) a précisément cherché à établir un état des lieux du territoire, expliquer les trajectoires de développement existantes en rapport avec l’environnement et, enfin, présenter l’évolution tendancielle générale du bassin à l’horizon 2050 voire au-delà (2070 et 2100 pour certaines thématiques).

25Il s’agissait de brosser le tableau du bassin en montrant combien les usages de l’eau et du territoire sont interdépendants. Ainsi, la qualité et la disponibilité de l’eau dépendent des modes d’occupations des sols et des activités économiques localisées dans le bassin versant (voire à l’extérieur en raison des transferts d’eau alimentaire par exemple). À l’inverse, de multiples usages sont tributaires de l’eau (baignade, pêche, etc.). Le préalable est de conforter les connaissances relatives aux effets à court, moyen et long termes du réchauffement climatique en les matérialisant autant que possible en termes de durée des étiages, de températures des eaux superficielles.

26L’atlas, dès le départ préféré au rapport d’étude pour ses illustrations cartographiques compréhensibles par tous, a donc pour but d’identifier, de localiser et de hiérarchiser les enjeux en lien avec l’eau et le territoire à l’échelle du bassin versant. Le corpus combine l’examen de la « littérature grise » (rapports parlementaires, exercices régionaux de prospective…), l’analyse des statistiques disponibles, la synthèse d’articles scientifiques récents et, naturellement, la modélisation des données climatiques. Il repose également sur trois vagues d’entretiens semi-directifs réalisés en février, mars et avril 2018 auprès des personnels d’EPIDOR (techniciens, ingénieurs, animateurs de politiques publiques) et de « personnes-ressources » (élus locaux, techniciens des chambres d’agriculture, paysagistes et urbanistes des conseil d’architecture d’urbanisme et de l’environnement, représentants de l’Agence française pour la biodiversité…) en mesure de renseigner l’équipe.

27Au total, les enjeux sont variés et dépassent les seuls conflits d’usage de l’eau. Par exemple, la population du bassin sera moins nombreuse et pour moitié âgée de plus de 50 ans en 2050 si la tendance actuelle se poursuit. Ce constat de nature démographique n’est évidemment pas sans influencer un projet de territoire. D’autres enjeux renvoient à l’évolution de l’urbanisme (les consommations d’eau et d’énergie varient en fonction du type d’habitat). D’autres enfin sont indissociables de la ressource et intéressent les grands usages de l’eau (irrigation agricole, hydroélectricité mais aussi sports d’eau vive…).

2. Deuxième étape : des ateliers territoriaux précédés d’enquêtes de façon à connaître et hiérarchiser les enjeux

28La seconde séquence de travail est celle des ateliers. C’est l’occasion, de rappeler les engagements pris de façon collective lors des grands rendez-vous organisés par EPIDOR depuis sa création, de débattre, en les hiérarchisant notamment, des enjeux mis en relief dans l’atlas, de réveiller des initiatives « exemplaires » en sommeil ou inabouties faute de moyens ou de porteurs de projet ou encore d’imaginer des projets innovants aux plans social, technique ou scientifique. Il est ainsi prévu d’organiser huit ateliers d’au moins une journée chacun, de l’amont à l’aval au printemps 2019 (Mauriac, Égletons, Souillac, Périgueux, Firbeix, Aubeterre-sur-Dronne, Bergerac et Libourne sont pressentis après six mois de préparation). Ce découpage permet de couvrir le bassin, tout en débattant dans des territoires ayant leur propre culture, leurs intérêts et leurs enjeux.

  • 23 40 à 80 personnes sont attendues pour chaque atelier. À titre de comparaison, presque 100 personnes (...)
  • 24 La lassitude des participants est possible dans le secteur de Souillac (Lot) par exemple où le chef (...)
  • 25 Voir notamment l’article de Didier Rikner dans la Tribune de l’art en date du 3 janvier 2019 https: (...)

29L’organisation de ces ateliers est partagée entre le maître d’ouvrage (EPIDOR) qui a l’avantage d’avoir des antennes locales et de parfaitement connaître les acteurs de l’eau et le groupement à qui revient la tâche de préparer et d’animer les ateliers 23. Associations, entreprises, grands usagers, représentants des chambres consulaires, des organisations socioprofessionnelles et des territoires, déjà sollicités dans le cadre du grand débat voulu en décembre 2018 par le président de la République, sont conviés à y participer 24. Des projets d’aménagement, comme le contournement de Beynac, suscitent de vives controverses susceptibles de se déporter dans les ateliers 25. Là encore, l’équipe parie sur le fait que les participants feront la part des choses entre des « coups partis » et la construction collective d’une vision projectuelle.

Figure 7 – Le plan guide : exemple de représentation des projets sur le bassin

Figure 7 – Le plan guide : exemple de représentation des projets sur le bassin

Source : Équipe projet « Dordogne 2050 »

  • 26 https://www.dordogne2050.fr/

30Le groupement a par ailleurs pris soin de mettre en place deux enquêtes avec l’aide d’EPIDOR. La première en janvier 2018 et la seconde un an plus tard avaient pour objectifs de solliciter un panel d’acteurs élargi pour vérifier que les enjeux sont partagés préalablement aux ateliers, de distinguer les enjeux émergents de ceux qui persistent par rapport à 2012, d’interroger la résilience des activités sur le bassin et les étapes à franchir pour permettre leur adaptation à terme et, plus fondamentalement, de faire émerger des idées qui seraient à explorer et donner envie à certains usagers de participer aux ateliers. Ces deux enquêtes ont été mises en ligne sur un site dédié 26. Le premier questionnaire, qui portait principalement sur les problèmes d’eau, a recueilli 146 réponses avec une surreprésentation de profils liés à l’environnement et à la gestion de l’eau, probablement due aux modalités de publicité de l’enquête.

  • 27 Ce second questionnaire a été doublé, de sorte que le « grand public » puisse y répondre (questions (...)

31Le changement climatique a paradoxalement été peu cité parmi les évolutions à prendre en compte. Les gestionnaires insistent davantage sur le manque d’eau (sans doute autant lié à l’usage irrationnel de la ressource qu’aux effets du réchauffement climatique) et la perturbation du transport sédimentaire (qui reste mal connu). Et, si les répondants observent bien une tendance à l’amélioration au sujet de la pollution, beaucoup alertent sur la perte de biodiversité et le problème, manifestement sous-estimé de leur point de vue, des espèces envahissantes. Le deuxième questionnaire résulte largement de l’atlas ; il est par conséquent très étoffé et disons plus « pointu » que le précédent : au 1er février 2019, plus de 300 personnes y avait déjà répondu, alors que le spectre des répondants est beaucoup plus large grâce à un travail fait en amont en direction des acteurs économiques et sociaux 27.

3. Troisième étape : un « plan-guide » basé sur des projets situés et démonstrateurs

  • 28 Dans sa configuration actuelle le comité de pilotage comprend EPIDOR, l’AEAG, CGET et EDF. Un comit (...)

32À l’issue des ateliers, une douzaine de sites doivent être choisis au titre de « projets démonstrateurs » après l’arbitrage du comité de pilotage 28. Il s’agit pour l’équipe de donner à voir les projets susceptibles d’être mis en œuvre localement pour répondre aux enjeux. L’objectif est d’ouvrir des perspectives ; ce n’est donc pas fondamentalement de réaliser ces projets mais bien davantage de faire la preuve que des solutions existent à différentes échelles et dans des sites variés. Dans certains sites, les propositions de l’équipe sont pareilles à celles qu’une équipe d’urbanistes conduit au stade de l’avant-projet sommaire. Chaque projet fait ainsi l’objet d’un diagnostic, d’une préprogrammation, d’une estimation financière quand c’est possible et de pièces graphiques (plans de masse, coupes, perspectives…). Dans d’autres cas, le démonstrateur sert à matérialiser à partir d’un exemple concret les effets supposés de nouvelles dispositions de nature contractuelle ou réglementaire. Là, chaque projet renvoie aux textes en vigueur et suggère des changements techniques, juridiques, administratifs ou de gouvernance.

  • 29 Transforme est porté par Mathieu Bonnefond. Il met l’accent sur le concept de transaction et plus e (...)

33Chaque projet se doit d’être réaliste et il a son intérêt en tant que tel. L’idée n’est pas de mettre « bout à bout » les projets propres à chaque site : il faut les relier les uns aux autres afin de montrer que ce réseau de micro-projets fait émerger un projet de territoire à travers le prisme de l’eau. Par la suite, une fois l’exercice achevé en 2020, les collectivités compétentes en matière d’aménagement, les établissements publics mais aussi les associations pourront se saisir d’un ou plusieurs de ces projet ou en reporter l’idée sur un site qu’elles jugent plus pertinent. Des liaisons pourraient également être faites avec des programmes de recherche en cours parce que les calendriers des exercices sont parallèles et en raison des porosités recherchées de part et d’autres. C’est par exemple le cas avec le projet Transform issu de l’appel à projets de l’Agence française de la biodiversité sur l’action foncière au service de la préservation et de la restauration des milieux aquatiques 29.

III – Premières pistes de sites démonstrateurs

34Une vingtaine de sites démonstrateurs ont d’ores et déjà été émergés lors des entretiens réalisés. Des idées ont également germé au sein du groupement durant la réalisation de l’atlas (station d’épuration low cost-low flux, campings riverains évolutifs, ferme expérimentale d’altitude, reconversion d’ouvrages d’art, renaturation de petites rivières urbaines, etc.). Une fois réunis, les projets seront consolidés ou bien à l’inverse abandonnés après les ateliers territoriaux. Deux sont présentés ici, l’un dans le Bergeracois et l’autre dans les Palus, sans préjuger de la suite.

1. Le projet alimentaire territorial de Bergerac ou comment valoriser les produits de la terre et de l’eau

35Le premier site démonstrateur renvoie à la piste « bas intrants ». Il s’agit d’offrir des perspectives à la pêche professionnelle, qui doit s’accommoder d’espèces « nouvelles » encore difficiles à commercialiser (Silure glane) tout en valorisant le terroir grâce à la production maraîchère locale. Le but est donc d’associer deux filières possiblement « courtes » au titre d’un projet alimentaire territorial (PAT). Prévus dans la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt du 13 octobre 2014 (art. 39), les PAT s’appuient sur un état des lieux de la production agricole et alimentaire locale, du besoin alimentaire du bassin de vie et identifiant les atouts et contraintes socio-économiques et environnementales du territoire.

  • 30 http://agriculture.gouv.fr/comment-construire-son-projet-alimentaire-territorial (consultée le 24/0 (...)

36Les PAT répondent aux objectifs du plan régional d’agriculture durable et du programme national pour l’alimentation (PNA), et peuvent s’articuler avec d’autres outils de politique publique territoriale (SCoT, agenda 21 local, contrat de bassin, charte des PNR, contrat de ruralité, contrat de santé local, stratégie touristique, schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires, etc. Les PAT mobilisent des fonds publics ou privés et génèrent leurs propres ressources. Les appels à projets du PNA, les crédits des collectivités, du Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) sont des sources de financement possibles 30. En mutualisant leurs moyens, la trentaine d’agriculteurs et de pêcheurs impliqués seraient producteurs, transformateurs et distributeurs de produits « bio » à destination du marché local.

37Des tentatives probantes ont d’ailleurs été conduites et de nombreuses collectivités distribuent d’ores et déjà des produits. Le développement de ce marché concerne des sites de proximité à savoir, quatre collèges, cinq établissements publics, 30 écoles, cinq EHPAD, un hôpital, une cuisine collectivités, quatre lycées localisés dans la communauté d’agglomération de Bergerac, partie prenante du projet avec Agro Bio Périgord, la chambre départementale d’agriculture, l’association agréée interdépartementale des pêcheurs professionnels, deux associations d’insertions déjà engagées dans ce type de démarche. Le projet, encore en gestation, a pour but la création d’une centaine d’équivalents temps-plein. Il intéresse la production de légumes et de poisson, le stockage la transformation et la répartition (plusieurs points sont liés à l’insertion de personnes en difficulté) et la formation d’agriculteurs aux pratiques du maraîchage et de la pêche.

38Il s’appuie sur quatre terrains de 6 à 10 ha chacun. Le terrain des Nebouts à Prigonrieux occupe 10 ha : 3 ha sont déjà mis en production par l’association « question de culture » ; 7 ha seront affectés à différents « espaces tests ». Il s’agit d’un terrain prioritairement affecté à la formation de nouveaux agriculteurs. Le second terrain à Gardonne s’étend sur 8 ha. La priorité est le développement d’une activité agricole compatible avec les impératifs de protection d’une source d’eau potable. Le troisième terrain, à Lescat, est un ancien site militaire de plus de 6 ha comprenant plusieurs bâtiments. Il sera dédié à la production sous serre, au stockage, à la transformation des légumes ou du poisson voire à la distribution grâce à sa proximité avec un « toit », potentiel partenaire de vente des produits en ligne. Le dernier terrain est celui de Creysse. Il englobe 4 ha aux Galinoux et 4 ha à Saint-Lizier sur les bords de Dordogne, affectés à la production légumière.

2. Les Palus, l’autre poumon vert du Grand Bordeaux ?

39Sans préjuger alors de l’intérêt de la démarche, le site démonstrateur des Palus a déjà été exploré dans le cadre d’un diagnostic prospectif (Brun et Garcias, 2015). Les Palus sont d’anciens marais fluviomaritimes bordant la Dordogne aval en Gironde. Ils sont localisés à 30 km au nord de Bordeaux et s’étendent sur environ 120 km2. Ils connaissent des mutations importantes en raison de l’évolution de l’agriculture et du desserrement de l’agglomération bordelaise. Depuis 20 ans, un double processus de périurbanisation et de rurbanisation est à l’œuvre, du fait de la pénurie foncière ou encore de l’augmentation sensible des loyers dans la ville-centre. La quarantaine de communes de la basse Dordogne veulent tirer bénéfice de la métropolisation sans toutefois dénaturer les Palus. Dans ce secteur, à cheval sur cinq schémas de cohérence territoriale et plusieurs intercommunalités, la vallée représente un intégrateur des politiques sectorielles (eau) et territoriales (urbanisme) à condition toutefois que le projet profite au Grand Bordeaux comme aux localités des Palus.

40L’analyse multi-échelles révèle l’extraordinaire potentiel des Palus, futurs « poumons verts » du Grand Bordeaux, à condition toutefois de planifier une densification urbaine assumée à l’échelle d’un demi-cercle allant de Saint-André-de-Cubzac à Libourne en passant par une ligne symbolisée par la voie ferrée qui relie Bordeaux à Libourne. Ces éléments permettent d’esquisser un scénario volontariste. Celui-ci consiste, d’un côté, à valoriser le corridor de la Dordogne et en particulier les activités et le patrimoine de la rive droite et, d’un autre côté, à encourager le développement urbain durable dans ce demi-cercle au profit des terrains centraux et péricentraux déjà aménagés mais sous-exploités. L’optimisation des cadencements du TER et la création des petites gares accueillantes (à la place des actuelles haltes ferroviaires) représentent par ailleurs la seule alternative crédible à la voiture empruntée par plus de 90 % des actifs résidant dans les Palus : c’est pourquoi la mise en œuvre d’un tel scénario est intimement lié au chantier des mobilités engagé par ailleurs par la région et la SNCF. Ce scénario se heurte au risque d’inondation et aux fonctions hydrauliques encore dévolues aux Palus. Il est aussi conditionné par des facteurs externes, par exemple l’adaptation de la filière vitivinicole à l’évolution du marché mondial ou encore la situation du marché de l’immobilier. Il n’en reste pas moins que ce projet peut à la fois consolider le développement durable de Palus « recomposés » et greffer à la métropole le poumon vert dont elle aura nécessairement besoin dans le futur, en complément de celui d’Arcachon.

Conclusion

41Beaucoup de changements observés sur la ressource en eau sont sans précédent depuis des décennies voire des millénaires. Si le sud-ouest de la France a jusqu’à présent été davantage épargné que des régions du monde plus arides par les effets du changement climatique, la réserve de biosphère de Dordogne doit néanmoins – comme les bassins voisins – ajuster son modèle de développement aux changements à la fois climatiques mais aussi, on l’a vu, démographiques, économiques et sociaux. Voulu par l’agence de l’eau Adour-Garonne, les services déconcentrés de l’État, les collectivités territoriales et l’établissement public territorial de bassin EPIDOR, « Dordogne 2050 » n’est pas une étude de plus. Il a été imaginé, dès les états généraux de 2012, comme un projet de territoire. Parce qu’elle touche directement les usages, l’eau potable et la santé des écosystèmes, la gestion des étiages centralisera sans doute – comme dans la Garonne moyenne – l’attention de la plupart des acteurs.

42Cependant, dans la mosaïque de territoires que recouvre le bassin, d’autres enjeux que celui de la gestion des étiages sous-tendront l’exercice tels que l’évolution des pratiques agricoles, les contradictions autour de l’énergie, la réduction de la vulnérabilité des territoires aux inondations ou encore la protection des zones humides face aux pressions aménagistes : il faudra les identifier, en débattre lors d’ateliers et les hiérarchiser à travers le double prisme de l’attractivité et de la sauvegarde des milieux « naturels ». Un nouveau chantier s’ouvre donc : il s’agit de corriger les trajectoires des activités – souvent concurrentes – qui exercent le plus de pressions sur l’eau et les milieux aquatiques (agriculture, usages domestiques de l’eau, hydroélectricité). EPIDOR fait cependant le pari que c’est finalement moins aux experts qu’aux usagers eux-mêmes de faire les choix qui s’imposent. « Dordogne 2050 » veut éviter les pièges d’un exercice de prospective perçu comme étant déconnecté de la réalité ou bien condamné à se concentrer sur la gestion actuelle au prétexte qu’il manque des données régionales pour affiner un modèle fiable. C’est tout l’enjeu d’un projet de territoire que l’eau irrigue.

Les auteurs tiennent à remercier Roland Thieleke, directeur d’EPIDOR, Olivier Guerri, coordinateur scientifique et technique chargé de mission écosystèmes aquatiques à EPIDOR, les ingénieurs, les techniciens et les personnels administratifs de l’EPTB ainsi que ses partenaires, à commencer par l’agence de l’eau Adour-Garonne et le commissariat à l’aménagement, au développement et à la protection du Massif central sans lesquels cet exercice n’aurait pas pu être mis en place. Que soient aussi remerciés Guy Pustelnik, ancien directeur d’EPIDOR, les membres du groupement, Paul Garcias, architecte urbaniste et France Daupras (MC2), Stéphane Coursière, ingénieur d’études au CNRS pour ses conseils techniques et, naturellement, les élus ruraux, les membres des chambres d’agriculture ou encore les agents de l’État qui ont accepté de nous accorder du temps.

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Bibliographie

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Notes

1 En 1974, le programme Man and Biosphere (MAB) donnait naissance aux réserves de biosphère. En 2018, on dénombre 686 réserves de biosphère dont 20 transfrontières réparties dans 122 pays. https://www.mab-france.org/fr/ (consulté le 17/04/2018).

2 Le Monde, « Miracle à Bergerac. Des usagers, six présidents de conseil général et des fonctionnaires ont réussi un exploit inhabituel : se mettre d’accord sur l’aménagement écologique d’un cours d’eau, la Dordogne », 16/02/1992.

3 Les projections sont incertaines puisqu’il y aurait une diminution pour les scénarios RCP 2.6 et 8.5 entre 50 et 200°mm/an, et, au contraire, pour le scénario RCP 4.5, une augmentation sur une grande partie du bassin +°50°mm/an sauf sur certaines zones de montagnes où il y aura une diminution allant jusqu’à –°50°mm/an (Eaucéa à partir des scénarios du GIEC).

4 Données DRIAS et Météo France traitées par Eaucéa pour Dordogne 2050 (mandataire : Bruno Coupry Eaucéa ; responsable scientifique : Alexandre Brun).

5 Parmi les cinq départements ayant l’indice de vieillissement le plus élevé en France, quatre appartiennent au bassin versant de la Dordogne. En moyenne l’indice de vieillissement est de 74,1 en France, contre 116,11 dans les départements du bassin versant. Seuls la Gironde et le Puy-de-Dôme ont un indice inférieur à 100 (respectivement 75 et 88,7). INSEE, 2014.

6 Il faut par exemple 1 h 55 (104 km) en voiture pour relier Sarrazac à Bouillac, deux communes de Dordogne.

7 En témoignent les articles de La Dépêche comme celui du 15 mars 2018 rapportant que le mouvement « Tous ensemble pour les gares se mobilise et continue la lutte pour la conservation des services du rail en milieu rural, plus particulièrement pour Gourdon et Souillac ».

8 Les noyers consomment en moyenne 1 000 à 1 500 m3/ha d’où leur fort développement actuel dans les fonds de vallée plutôt que sur les coteaux.

9 Entretien le 28 mars 2018 à Libourne auprès de Jean Galand, conseiller départemental de Gironde, maire de La Lande-de-Fronsac et viticulteur, Serge Fourcaud, viticulteur à Bergerac, et Sylvie Chevallier, viticultrice à Monbazillac.

10 En Dordogne, trois grands barrages produisent de l’électricité pour EDF. Bergerac, Mauzac et Tuilières. Des ouvrages anciens mais fiables et durables qui nécessitent un entretien régulier et dont la production dépend des aléas du débit de la rivière. https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/dordogne/perigord/barrages-dordogne-annee-bonne-autre-non-1448051.html.

11 Étude cartographique Eaucéa, 2018.

12 EPIDOR est l’établissement public territorial du bassin de la Dordogne. Son action relève d’une mission d’intérêt général : agir pour une gestion durable de l’eau, des rivières et des milieux aquatiques. Il a été reconnu par arrêté du préfet coordonnateur du bassin Adour-Garonne en novembre 2006.

13 À l’échelle du « bassin » Adour-Garonne, on dénombre quatre exercices de prospectives à savoir Garonne 2050 (terminé), Adour 2050 et Dordogne 2050 (en cours) et Charente 2050 (en préparation).

14 http://www.unesco.org/new/fr/natural-sciences/environment/ecological-sciences/biosphere-reserves/ (consulté le 19/04/2018).

15 Friches industrialo-portuaires, ferroviaires, aéroportuaires, routières, militaires, commerciales ou encore hospitalières.

16 Pour Chemetoff, c’est un instrument de planification relevant d’une démarche de projet urbain : « À partir de l’état des lieux, nous proposons de mettre en place un plan de ville qui en fixe la forme, qui définit les conditions d’un partage et qui inscrit ce projet sur une grande échelle et dans le temps long. »

17 En 2017, les architectes François Leclerc et Franck Boutté ont prolongé la réflexion de leurs prédécesseurs à l’échelle du grand territoire à la demande du maire de Montpellier depuis 2014 et président de la métropole. L’idée d’un grand parc a ressurgit et, avec lui, des questionnements sur la place de l’eau : « Comment agrège-t-on des lieux autour des […] rivières ? Des rivières qui ont la capacité de disparaître et d’apparaître fortement et soudainement » s’interroge François Leclerc (Montpellier Méditerranée Métropole, 2017).

18 La notion d’acupuncture est empruntée à Lerner, 2014.

19 Par exemples les programmes LITEAU (1998-2016) et concertation décision environnement (2008-2013). Des programmes ont également été mis en place par la suite, à savoir le programme environnement, vie et sociétés du CNRS (PEVS-1 sur la période 1995-1998) avec environnement, sociétés et développement à long terme (ESDLT) et sociétés, environnement et actions de l’homme (SEAH) et le PEVS-2 à partir de 1999 jusqu’en 2003 (Jollivet, 2001 ; Viven et Muxart, 2011).

20 « Eaux et Territoires » était porté par le ministère de l’Écologie, le CNRS et le CEMAGREF (devenu IRSTEA). 12 projets ont été retenus à l’issue du premier appel à projets de recherche en 2008 ; sept l’ont été lors du second appel en 2010.

21 Les chercheurs doivent-ils s’en accommoder ? Le débat a été rouvert, à juste raison, voici peu.

22 Cf. compte-rendu du colloque Transition écologique : pour une interaction entre politiques publiques et recherches finalisées, ministère de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer, Paris, 2016.

23 40 à 80 personnes sont attendues pour chaque atelier. À titre de comparaison, presque 100 personnes étaient présentes au premier séminaire de restitution organisé par EPIDOR qui s’est tenu aux Eyzies en juillet 2018. Les ateliers territoriaux seront ultérieurement complétés par un ou deux ateliers « transversaux » portant sur la sensibilisation et la formation des plus jeunes aux problèmes de l’eau et sur la mise en place d’un tableau de bord ou d’un observatoire à l’échelle du bassin croisant les données sur l’eau à celles du territoires.

24 La lassitude des participants est possible dans le secteur de Souillac (Lot) par exemple où le chef de l’État s’est rendu le 18 janvier 2019 mais la nature des enjeux et le format sont très différents, ce qui limite ce risque.

25 Voir notamment l’article de Didier Rikner dans la Tribune de l’art en date du 3 janvier 2019 https://www.latribunedelart.com/la-deviation-de-beynac-les-signes-d-une-democratie-malade (consultée le 29/01/2019) ou plus récemment celui de Paul Leclerc, « Dordogne : les piles sont fournies » dans le Canard enchaîné du 23 janvier 2019.

26 https://www.dordogne2050.fr/

27 Ce second questionnaire a été doublé, de sorte que le « grand public » puisse y répondre (questions moins nombreuses et plus accessibles).

28 Dans sa configuration actuelle le comité de pilotage comprend EPIDOR, l’AEAG, CGET et EDF. Un comité technique regroupe maître d’ouvrage et maître d’œuvre. Ces deux comités sont à géométrie variable en fonction des enjeux.

29 Transforme est porté par Mathieu Bonnefond. Il met l’accent sur le concept de transaction et plus encore de transaction foncière (mutations immobilières, procédure de résolution de conflits hors tribunaux, mécanismes de négociation entre différents groupes d’acteurs, etc.). Il analyse les jeux de négociation autour d’un ou plusieurs problèmes à résoudre et d’en mesurer l’impact sur la production d’un ordre juridique localisé, formé par l’ensemble des règles négociées à l’échelle des territoires concernés. Il se place sur trois terrains : la vallée de la Dordogne, la Reyssouze dans l’Ain et le Cher.

30 http://agriculture.gouv.fr/comment-construire-son-projet-alimentaire-territorial (consultée le 24/04/2018).

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Table des illustrations

Titre Figure 1 – La géographie du bassin versant de la Dordogne
Crédits Source : EPIDOR, INSEE, IGN
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/5378/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 432k
Titre Figure 2 – Un bassin, trois climats
Crédits Source : IGN, BD CARTHAGE, DRIA
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/5378/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 384k
Titre Figure 3 – Historique du projet « Dordogne 2050 »
Crédits Source : EPIDOR, Brun Alexandre
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/5378/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 100k
Titre Figure 4 – Le tourisme : un levier pour le développement du bassin
Crédits Source : UNESCO, EPIDOR, IGN
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/5378/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 348k
Titre Figure 5 – La démographie sur le bassin
Crédits Source : INSEE, IGN
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/5378/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 300k
Titre Figure 6 – La production hydroélectrique du bassin
Crédits Source : IGN, BD Carthage, BD Topo, EPIDOR, Eaucéa, 2010
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/5378/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 416k
Titre Figure 7 – Le plan guide : exemple de représentation des projets sur le bassin
Crédits Source : Équipe projet « Dordogne 2050 »
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/docannexe/image/5378/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 413k
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Alexandre Brun, Bruno Coupry, Jean-Christophe Bureau et Llewella Maléfant, « « Dordogne 2050 » : quand l’eau structure le projet de territoire »Sud-Ouest européen, 47 | 2019, 93-108.

Référence électronique

Alexandre Brun, Bruno Coupry, Jean-Christophe Bureau et Llewella Maléfant, « « Dordogne 2050 » : quand l’eau structure le projet de territoire »Sud-Ouest européen [En ligne], 47 | 2019, mis en ligne le 10 octobre 2019, consulté le 20 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/5378 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/soe.5378

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Auteurs

Alexandre Brun

Maître de conférences HDR, université Paul-Valéry Montpellier III, alexandre.brun@univ-montp3.fr.

Bruno Coupry

Directeur, Eaucéa, eaucea@eaucea.fr.

Jean-Christophe Bureau

Professeur, AgroParisTech, département d’économie, jean-christophe.bureau@inra.fr.

Llewella Maléfant

Ingénieur d’études, UMR 5281 « ART-DEV » CNRS, Université Paul-Valéry Montpellier III, malefant.llewella@gmail.com.

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Droits d’auteur

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