Navigation – Plan du site

AccueilNuméros45Notes bibliographiquesVoyage vers Compostelle d’un pèle...

Notes bibliographiques

Voyage vers Compostelle d’un pèlerin géographe

F. Legouy
p. 187-188
Référence(s) :

A. Cazenave-Piarrot, Voyage vers Compostelle d’un pèlerin géographe, Le Cerf, Paris, 2015, 352 p.

Texte intégral

1Voici un livre surprenant et inoubliable pour celui qui se pose des questions sur ce « chemin de Compostelle » et au-delà sur la géographie des paysages, celle des perceptions et plus loin encore sur le sens du pèlerinage, de cet « itinéraire de l’âme vers Dieu » pour reprendre un titre de Saint-Bonaventure, voire sur le sens tout court de la vie.

2Car l’auteur, géographe de l’université de Toulouse a profité de ses premiers jours de retraite, l’anticipant même, pour partir sur les chemins de Saint-Jacques, el Camino, depuis son village Plaa de Casaou à Ossen, à proximité de Lourdes. Son voyage a duré quarante-quatre jours à partir du 20 août 2011. Il est donc arrivé le mardi 27 septembre de la même année, après pas moins de 1 000 km parcourus sous la chaleur, les orages de l’Espagne chaude et sèche de la Navarre, de la Rioja, de la Castille et la fraîcheur du mois de septembre de la Galice. Le livre est divisé en 44 étapes, chacune d’entre elles présente une description de l’étape, une réflexion sur cette même étape, ce qu’elle recèle d’intérêts, de découverte, de rencontres, de difficultés et un croquis représentant un paysage urbain ou rural, le tout en 352 pages.

3Ce pèlerinage auquel il nous convie est en définitive plusieurs livres en un seul. C’est d’abord un livre de géographe, car tout au long de son périple, l’auteur nous décrit et nous explique les paysages qu’il rencontre. Ces paysages sont décrits à la fois dans leurs caractéristiques physiques et humaines. Les termes utilisés, à l’aide de la langue espagnole pour nous les rendre plus vivants et plus tangibles, sont aussi illustrés par des mots provenant de la géographie agraire et de la géomorphologie. Alain Cazenave-Piarrot exprime ainsi sans complexe son goût de la géographie alliant le physique à l’humain et vitupérant contre les géographes trop exclusivement obnubilés par les ordinateurs… Un lexique situé à la fin de l’ouvrage en aide la compréhension. De même, une réflexion sur les centres des bourgs, bien soignés, et les marges périurbaines des villes, délaissées et souillées, anime à plusieurs reprises le livre au fur et à mesure que les banlieues des villes et les périphéries des bourgs sont traversées.

4Au-delà des paysages et des espaces urbains et ruraux espagnols, l’auteur nous fait découvrir une Espagne bien vivante avec des habitants qui, s’il faut le suivre dans sa pensée, n’ont pas toujours bon caractère et sourient peu, rient encore moins. Une Espagne inquiète qui, en 2011, est dans la crise économique et souffre d’un « système économique à bout de souffle », alors que les signes d’une désertification de l’espace rural et agricole sont manifestes. Tout au long de son parcours, les rencontres avec ces Espagnols nous rappellent que nombre d’entre eux ont beaucoup fréquenté la France dans leur vie professionnelle mais que rien ne vaut son pays natal. Une Espagne qui est encore parcourue par tout une cohorte de pèlerins cheminant vers Santiago.

5Ces rencontres diverses font partie de la logique jacquaire : un pèlerinage est à la fois un itinéraire individuel de dépouillement et de totale liberté où la pensée affective et rationnelle est confrontée à la solitude des grands espaces et permet un retour sur soi salutaire (l’auteur convie à plusieurs reprises les membres de sa famille, son histoire familiale dans son imagination jamais à court d’inspiration) et aussi un itinéraire vers les autres. Les autres, les Espagnols d’abord, mais aussi ces pèlerins rencontrés au hasard du chemin, dont il fuit souvent les jacasseries, et avec qui il partage expériences, moments pénibles lorsqu’il tombe à terre et se blesse au visage en cassant ses lunettes, et une aide charitable précieuse pour soigner les maux liés à une marche harassante, qui pousse les individus à se surpasser…

6Mais, cet itinéraire est encore davantage. C’est aussi un itinéraire intellectuel et spirituel. Notre géographe convoque nombre de références littéraires et spirituelles variées depuis Élisée Reclus, Bernard Charbonneau, Jacques Ellul, du moins dans son introduction, mais tout au long du livre, saint Augustin, sainte Thérèse de Lisieux, l’auteur de l’Ecclésiaste, Joseph Malègue, Georges Duby, Ernest Renan, Heidegger, Jean de la Fontaine, Bernanos, Platon, Aimery Picaud, Socrate, Châteaubriand et d’autres encore. Tous, sont invités à sa réflexion et à la nôtre, tellement on est pris à ce jeu d’« introspection-découverte » (Alain Cazenave-Piarrot se révèle ainsi très cultivé !). Car ce que nous fait découvrir cet éminent géographe, c’est que les paysages extérieurs sont en correspondance avec nos paysages intérieurs et réciproquement. Ils nous révèlent à nous-mêmes tout en nous rapprochant du genre humain. Rien ne vaut la marche, authentique parcours initiatique, pour découvrir ce vrai trésor…

7Les dernières étapes sont à cet égard lumineuses. Elles nous montrent un dialogue entre sa raison et sa foi, véritable « soliloque augustinien » pour faire le bilan de son pèlerinage et s’élever à la contemplation intérieure du véritable but recherché, de l’au-delà de la ligne horizontale de l’horizon. Laissons-lui le dernier mot de la fin : « En cheminant, j’ai rencontré une transcendance. […] La pratique du chemin, [...] ce n’est pas une course de fond, ni une destination de vacances, pas davantage le découpage en rondelles d’une randonnée de 1 000 km. C’est une voie au cours de laquelle le marcheur se dépouille de toutes les frusques sociales, pour se retrouver à l’image du “vêtu de vent”. J’ai pensé mourir en cheminant et, à chaque fois, j’ai vaincu le voile noir. Le chemin, c’est le dépassement de soi… » (p. 322-325).

Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

F. Legouy, « Voyage vers Compostelle d’un pèlerin géographe »Sud-Ouest européen, 45 | 2018, 187-188.

Référence électronique

F. Legouy, « Voyage vers Compostelle d’un pèlerin géographe »Sud-Ouest européen [En ligne], 45 | 2018, mis en ligne le 24 mai 2019, consulté le 11 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/soe/4423 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/soe.4423

Haut de page

Auteur

F. Legouy

Université de Paris VIII

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search