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La recherche par l'écrit
Dossier thématique

Genre et esclavage en contexte global : enseignements tirés des historiographies de l’Afrique et de ses diasporas

Nathan E. Marvin et Sarah J. Zimmerman
Traduction de Laurent Vannini
Cet article est une traduction de :
Gender and Slavery in Global Contexts: Lessons from Historiographies of Africa and its Diasporas [en]

Texte intégral

1Ce numéro montre dans quelle mesure la production scientifique consacrée au monde atlantique peut être utilisée pour rendre visibles les événements et les éléments contextuels qui ont façonné les normes et les identités de genre dans les sociétés esclavagistes au-delà du bassin atlantique. Pour reprendre la formulation d’Anjali Arondekar, toutes les contributions de ce numéro spécial « font le récit d’histoires d’esclavage distinctes, tout en maintenant une attention permanente à l’hégémonie épistémologique du modèle atlantique » (Arondekar 2016 : 153). Les articles sélectionnés contextualisent l’esclavage et ses résurgences au cours des périodes de promotion de l’abolition et de celles postérieures à son avènement en Sénégambie, dans l’archipel de Zanzibar, sur la côte méditerranéenne libyenne et dans les États du golfe Persique. Dans ces régions, l’esclavage et la traite des esclaves précédaient la colonisation européenne de la fin du xixe siècle et du début du xxe siècle. L’abolition de l’esclavage était un objectif commun, parfois négligé, par les États présents à la conférence de Berlin, où les puissances impériales, pleines de convoitise, planifièrent officiellement la colonisation de l’Afrique. Les modes de conceptualisation du genre, de la race et de la liberté, dérivés de l’expérience coloniale européenne dans le monde atlantique, ont été entremêlés à la logique complexe qui justifiait la conquête militaire du continent africain et la « gestion » de territoires au sein de l’ancien Empire ottoman. Les épistémologies coloniales de l’esclavage et de l’émancipation dans l’Atlantique ont été refaçonnées au cours de nouvelles vagues d’abolition et de colonialisme moderne en Afrique, en Méditerranée et dans l’océan Indien.

2Dans ce numéro spécial, nos autrices questionnent le caractère (il)lisible du genre et des héritages de l’esclavage, et décrivent la manière dont les épistémologies genrées de l’autorité et de la subordination ont perduré au-delà de l’abolition officielle de l’esclavage. Leurs méthodes confirment à quel point les sources primaires, les archives et le corpus de référence universitaire conditionnent la production et la circulation du savoir historique (Stoler, 2009 ; Trouillot, 2015). Katrina Yeaw et Kelly Brignac nous proposent d’analyser en profondeur ces sources et de pousser notre réflexion au-delà afin de mieux pouvoir appréhender les expériences vécues des femmes et des enfants esclavisé·es. L’article d’Elisabeth McMahon plaide en faveur de l’usage de matériaux photographiques, gouvernementaux et privés, pour ajouter de la complexité aux documents historiques écrits et aux silences engendrés par ces derniers dans les historiographies de l’esclavage et du travail en Afrique de l’Est. L’article de Jihan Safar fait preuve d’une méthodologie particulièrement novatrice, en étudiant la fiction contemporaine rédigée par des écrivaines comme outil d’exploration de la mémoire collective concernant les héritages de l’esclavage dans les États du Golfe. Pour reprendre l’expression de Marisa Fuentes, ces quatre autrices luttent toutes contre « le pouvoir archivistique afin de donner à entendre les expériences ou recouvrer les voix des populations esclavisées » et de leurs descendant⸱es (Fuentes 2016 : 78).

3Notre introduction met en valeur des aspects primordiaux, mais marginalisés des débats intellectuels concernant le genre et l’esclavage à l’échelle globale. En premier lieu, la production universitaire nord-américaine et, plus largement, celle du monde atlantique ont exercé une influence non négligeable sur les études consacrées à l’esclavage dans le monde. Les intellectuel·les féministes noir·es ont créé un champ pluridisciplinaire dans lequel le genre et la race constituent des axes critiques pour comprendre comment les corps sont devenus esclavagisables, ainsi que les formes continuelles de discrimination vécues par les populations descendantes d’esclaves dans le monde atlantique et au-delà. En deuxième lieu, nous mettons en lumière la recherche africaniste sur les femmes, le genre et l’abolition de l’esclavage. Ces débats historiographiques se concentrent sur les institutions familiales – la lignée, le foyer, le mariage – pour mieux comprendre les reconfigurations genrées de l’esclavage au cours de l’époque coloniale. L’abolition et la colonisation constituent ensemble des éléments essentiels à la pénétration des idéologies eurocentriques genrées en Afrique et ailleurs. Enfin, les études décoloniales et queers étant à l’avant-garde de la critique des idéologies hégémoniques de l’hétéronormativité, des genres binaires et de la sexualité procréative, nous concluons par une évaluation des orientations théoriques et des perspectives méthodologiques que les études queers africaines peuvent offrir à la recherche sur le genre et l’esclavage dans des contextes mondiaux plus larges.

Le genre et la race dans les études sur l’esclavage

4Dans ce numéro, nous privilégions une appréhension du genre comme catégorie d’analyse pour comparer et différencier les histoires globales de l’esclavage et leurs héritages. Selon Joan Scott, le genre est « le champ premier au sein ou au moyen duquel le pouvoir se déploie » (Scott 1988 : 45). Cependant, comme l’a fait remarquer Judith Butler, « le genre n’est pas toujours constitué de façon cohérente ni conséquente selon les différents contextes historiques, et […] le genre est partie prenante de dynamiques raciales, de classe, ethniques, sexuelles et régionales où se constituent discursivement les identités » (Butler 1990 : 3). En effet, à mesure que le genre trouvait une reconnaissance en tant que domaine de recherche de plus en plus essentiel, les universitaires ont attiré l’attention sur l’« intersectionnalité » comme cadre permettant d’étudier dans quelle mesure la catégorie du genre croise celle de la race, créant ainsi des formes complexes de discrimination et de privilège (Crenshaw 1989).

5Le genre fait son apparition à la fin des années 1980 comme catégorie d’analyse à l’intersection du post-structuralisme, du post-modernisme et de la troisième vague de féminisme, influencée par les féministes noir·es, queers et internationaux·les. Ces (re)cadrages théoriques ont convergé pour déstabiliser les binarités sexuelles et démanteler les postulats universalistes concernant la féminité. Un certain nombre d’universitaires ont critiqué l’« universalisme ethnocentrique » dans la production de l’idée de la « femme du tiers-monde » et les présupposés sur les relations de genre en dehors de l’« Occident » (Mohanty 2010). Oyèrónkẹ́ Oyěwùmí s’est fait l’écho de cette critique en appelant à séparer le genre de la biologie afin de mieux faire comprendre comment l’influence de l’« universalisme », véhiculée par le colonialisme et la globalisation, avait tendance à rendre uniformes et « naturelles » les binarités de genre et de sexe (Oyěwùmí 1997). Les chercheur⸱es en ont tenu compte pour dénaturaliser le genre et le dissocier de son « association unidimensionnelle moderne avec la différence sexuelle binaire » (Sinha 2012 : 358). Les épistémologies des féministes noir·es, par exemple, ont inspiré des approches pluridisciplinaires et des cadres de référence intersectionnels pour analyser en profondeur les imbrications dynamiques du genre avec d’autres catégories d’identité et de cadres d’oppression (McKittrick 2006 ; Hill Collins 2017). Les femmes universitaires noires ont été à l’avant-garde de l’utilisation de l’analyse intersectionnelle dans la production de connaissances historiques au sujet de l’esclavage et de ses conséquences en Amérique du Nord (White 1985 ; Hartman 1997 ; Hunter 1997).

6La menace et/ou l’usage d’une violence fondée sur le genre est un aspect amplement historicisé de l’esclavage. Dans le monde atlantique occidental, les violences sexuelles commises par les hommes blancs esclavagistes sur des femmes noires esclavisées étaient autrefois un stéréotype de genre et de race dans la littérature historique. Les traditions de protestation, de résistance et de rébellion des femmes noires ont soutenu les premières tentatives des historien⸱nes pour situer leur capacité d’action au cœur des oppressions violentes liées à l’esclavage (Gautier 1985 ; Beckles 1989 ; Bush 1990 ; Vidal 2019). La production scientifique ultérieure a historicisé la capacité d’action au quotidien des femmes noires esclavisées, soumettant pour la première fois l’autorité patriarcale à une analyse de genre pour attirer l’attention sur des formes variées de résistance et de solidarité (Brown 1996 ; Camp 2004). La recherche consacrée à la violence sexuelle s’est élargie pour inclure des configurations de genre minorées et des sexualités non hétéronormatives dans les sociétés esclavagistes et diasporiques africaines. Les femmes blanches esclavagistes ont également fait subir coercition et violences physiques et sexuelles aux hommes et aux femmes esclavisé·es (Hodes 1997 ; Glymph 2008 ; Jones-Rogers 2019). Avilir le corps des hommes noirs par le viol, les rapports sexuels forcés et les sévices sexuels était essentiel à la performance et au maintien tant de la masculinité que de la suprématie blanche dans les sociétés esclavagistes américaines (Vainfas 2014 ; Aidoo 2018 ; Foster 2019). Au-delà du monde atlantique occidental, la gamme des violences fondées sur le genre comprenait également la castration des hommes. Les eunuques esclaves procuraient des services sexuels non procréateurs aux hommes et aux femmes (Trabelsi 2014 ; Królikowska-Jedlińska 2020). Dans l’Empire ottoman, on privilégiait les eunuques « éthiopiens » pour occuper les fonctions de gardiens de sérail, ce qui a contribué à établir un lien culturel entre noirceur et statut non genré (Hathaway 2005 ; Arvas 2019).

7La sexualité procréative, le travail de reproduction et la maternité étaient essentiels au maintien de l’esclavage (Morgan 2004). Dans les empires européens de l’Atlantique et au-delà, la doctrine juridique établissait que le statut d’esclave se transmettait par voie matrilinéaire de la mère à l’enfant. Les universitaires ont étudié l’importance de ces dynamiques juridiques pour mettre les corps de femmes esclavisées au service de la marchandisation humaine, un processus lié à la racialisation transgénérationnelle. Les femmes esclavisées comprenaient les réalités du capitalisme racial et y résistaient (Morgan 2021). Les universitaires du monde atlantique examinèrent la manière dont les discours dominants produisaient des stéréotypes des corps esclavisés dans les archives historiques, réduisant leur existence à des détails n’ayant d’importance qu’au regard de leur valeur marchande. Face à ce constat, les universitaires ont défendu le statut de personne pour les individus esclavisés, étudiant leur vie entière à travers leurs expériences incarnées, familiales et de genre (Smallwood 2008 ; Brown 2009 ; Mustakeem 2016 ; Berry 2017 ; Hartman 2023). Les capacités reproductives des femmes et des filles esclavisées sont devenues des terrains d’expérimentation médicale et sociale (Schwartz 2010 ; Cooper Owens 2017). Les tentatives de surveillance et de contrôle de la capacité de reproduction des femmes esclavisées et de la manière dont elles éduquaient leurs enfants n’ont pas pris fin avec l’abolition. Les femmes émancipées ont été confrontées au programme moralisateur des réformateurs antiesclavagistes, qui prônaient la formation de familles nucléaires et la maternité chrétienne (Turner 2017). La capacité de procréer des femmes, mise en relation avec les catégories de la distinction raciale, en droit et en usage, est devenue une préoccupation centrale de la jurisprudence civile après l’abolition (Cottias 2007 ; 2010 ; Gross 2008).

  • 1 Enslave-ability, que l’on peut traduire littéralement par « esclavageabilité » soit, plus précisém (...)

8En tant que sujets de recherche universitaire, le corps, le genre et le travail de reproduction sont inextricablement liés à la race dans les sociétés esclavagistes du monde atlantique occidental. Dans les Amériques, la race est un prisme essentiel pour traiter historiquement de l’esclavage et des sociétés postérieures à l’abolition. La blackness et les origines subsahariennes déterminaient en grande partie la possibilité qu’avaient les personnes d’être réduites en esclavage1 et d’être identifiées comme descendantes d’esclaves (Fields 1990). L’utilisation de la race comme prisme d’analyse pour historiciser l’esclavage en dehors du monde atlantique occidental a suscité des discussions. Il est important de souligner que la différence raciale n’est pas une métonymie de la construction d’une binarité Blanc/Noir. Néanmoins, la blackness et la blanchité, lorsqu’elles sont étudiées en tant que discours incarnés, ouvrent des perspectives importantes pour analyser « l’esclavageabilité » et les héritages de l’esclavage au-delà du monde atlantique occidental.

9L’esclavage racial n’était ni une anomalie américaine ni une invention « occidentale ». La race est devenue un important prisme pour analyser « la distinction clé entre identité et pouvoir dans les lieux marqués » par l’esclavage et les traites d’esclaves (Pierre 2020). Les chercheur⸱es sur l’esclavage à l’époque moderne, par exemple, ont défendu l’idée que l’émergence d’opinions concernant la disposition supposée de populations entières à l’esclavage, en particulier au moment où la traite transrégionale d’esclaves se développait sur le continent africain, dans les Amériques, le bassin méditerranéen et l’océan Indien, peut elle-même être considérée comme une forme de racialisation (Perry et al. 2021 : 6). Les articles composant ce numéro montrent que la race était un facteur déterminant de l’« esclavageabilité » et de la lisibilité de la descendance servile en Afrique et dans les diasporas des mondes méditerranéens et de l’océan Indien. Au sein des mondes musulmans, des variantes locales de catégories physiques et religieuses sont apparues pour signifier la disposition à l’esclavage et/ou aux différents statuts de subordination. L’importance des distinctions raciales et des identités ancestrales africaines dans les esclavages nord-africains, transsahariens et de l’océan Indien est l’objet d’amples débats (Troutt Powell 2003 ; Lydon et Lecocq 2015 ; Gross-Wyrtzen 2022). Dans ces contextes diasporiques variés, la pertinence d’appliquer des concepts issus du monde atlantique, tels que les épistémologies de la blackness et du racisme anti-Noirs, est interrogée (McDougall 2002 ; Pierre 2012 ; Young & Weitzberg 2022). L’influence des catégories raciales indigènes (et des statuts d’esclave correspondants) sur les épistémologies coloniales de la différence raciale en Afrique et dans ses diasporas outre-Atlantique continue de nourrir des discussions constructives entre chercheur⸱es (Randrianja & Ellis 2009 ; Glassman 2011 ; Hall 2011).

10Dans les mondes musulmans africains et des diasporas africaines, la sexualité, la féminité, le concubinage et les ménages polygyniques sont des concepts clés permettant de cartographier les transformations pendant et après l’esclavage (Ennaji 1999 ; Zilfi 2010 ; El Hamel 2013 ; Hopper 2015). La lignée familiale et l’héritage ancestral sont toujours essentiels dans les diasporas méditerranéennes et de l’océan Indien pour identifier ou masquer une descendance servile dans les relations de subordination et les processus de marginalisation (voir Safar). Les travaux scientifiques récents qui se tournent de nouveau vers l’Afrique en adoptant le point de vue d’espaces diasporiques variés, soulignent la nécessité d’un cadre théorique plus large qui appréhende les systèmes de race et d’esclavage dans les diasporas africaines comme étant mutuellement construits avec ceux des zones de traite situées en Afrique. Dans celles-ci, les femmes locales jouaient fréquemment des rôles importants d’intermédiation et de contrôle, facilitant localement l’accès des hommes européens aux réseaux de traite et à la propriété sur des terres et des esclaves (Alpers 2009 ; Larson 2009 ; Ipsen 2015 ; Tisseau 2017 ; Clark et al. 2019 ; Johnson 2020). Les articles de ce numéro nous incitent ainsi à considérer la race comme une catégorie géographique et conceptuelle vaste, qui, en outre, est profondément liée aux notions d’« esclavageabilité » et de descendance servile dans les diasporas africaines à l’intérieur et au-delà du monde atlantique occidental.

Genrer les relations familiales en Afrique et dans ses diasporas après l’abolition

  • 2 En anthropologie, la parenté idiomatique (notion notamment théorisée par Suad Joseph) consiste à c (...)

11L’esclavage n’a pas pris fin de manière uniforme sur le continent africain ou dans ses diasporas. Dans la plupart des cas, il a été « restructuré sous forme de nouvelles significations et pratiques, toujours identifiées le plus souvent comme de “l’esclavage”, mais intégrées dans de nouveaux processus et institutions » (Rossi 2009 : 1). Ce numéro se penche sur ces « restructurations ». Les familles, les groupes de parenté, les liens conjugaux et les foyers représentent des institutions et des relations essentielles pour nous permettre de comprendre la refondation des formes de l’autorité et de la subordination après l’abolition, en Afrique et dans ses diasporas des mondes méditerranéens et de l’océan Indien. Souvent réduite à la dimension d’« études régionales », la production scientifique africaniste est reléguée aux marges des discussions universitaires habituelles concernant le genre et l’esclavage. Cependant, cette littérature africaniste sur le genre, l’esclavage et l’abolition a beaucoup à nous apprendre, car les impératifs abolitionnistes ont accompagné la conquête européenne du xixe siècle. Les interventions coloniales dans les traditions conjugales, maritales et de parenté (biologique, idiomatique2, fictive, adoptive, etc.) influencèrent les trajectoires de l’émancipation. Les acteurs coloniaux et indigènes utilisaient tous deux les grammaires familiales pour reformuler les obligations et les affiliations mutuelles dans le paysage postérieur à l’émancipation. Les articles de ce numéro montrent que les autorités coloniales ont instrumentalisé les relations familiales afin de préserver un accès à la main-d’œuvre, prolongeant de fait des conditions de travail similaires à celles de l’esclavage, et faire ainsi fructifier des entreprises commerciales et des projets de développement (Akurang-Parry 2002 ; Rossi 2015). Le colonialisme et l’abolition ont transformé les rapports d’esclavage en de nouvelles formes de subordination asymétriques de genre, refaçonnant l’esclavage pour l’époque contemporaine.

12Les femmes représentaient la majorité démographique dans toutes les sociétés esclavagistes africaines (Robertson & Klein 1997). Pour mieux comprendre cette constante, il est important de garder à l’esprit que « l’esclavage ne représentait pas un statut social unique, mais plusieurs » (Searing 1993 : 48). L’esclavage et les systèmes d’asservissement africains ont évolué en parallèle de la traite transatlantique des esclaves et de la colonisation européenne jusqu’à l’époque contemporaine (Klein 1998 ; Stilwell 2014 ; Lovejoy 2017). Au xixe siècle, la colonisation, la missionarisation et l’abolition constituaient des processus simultanés au moyen desquels les personnes recapturées, affranchies et libres ont établi, après leur émancipation, de nouvelles conceptions de la liberté, étroitement liées à la formation de nouvelles normes de genre et de traditions maritales. Les Africain⸱es diasporiques libres et affranchi·es étaient en quête d’un avenir de liberté tout en participant dans le même temps aux projets coloniaux et de missionarisation qui mettaient à mal l’autonomie et la souveraineté des Africain⸱es autochtones en Sierra Leone, au Liberia et au Gabon à l’époque contemporaine (Everill 2013 ; Jean-Baptiste 2014 ; Scanlan 2017). Même dans ces régions de liberté, les personnes affranchies ou émancipées proposaient une libération contractuelle et d’autres formes de travail contraint aux nouveaux membres de leurs communautés qui provenaient des régions voisines ou du Congo (Fett 2016 ; Anderson 2022).

13En dehors de ces formes d’abolitions expérimentées, les agents coloniaux hésitaient à s’ingérer dans les systèmes d’asservissement africains ou à les réglementer. Le colonialisme du xixe siècle se nourrissait des systèmes de servitude sous contrat et de travail forcé qui rattachaient les Africains autochtones, par le biais de liens familiaux, aux institutions coloniales à l’époque des abolitions (voir Brignac) (Zuccarelli 1962 ; Flory 2015 ; Peabody 2017). Le genre et les relations familiales jouaient un rôle essentiel dans la manière dont les fonctionnaires, leurs intermédiaires et les organisations concernées prenaient les décisions concernant l’accès des esclaves et des anciens esclaves à la liberté et à la prospérité durant l’époque coloniale. Dans de nombreux cas, les familles, les foyers et les groupes de parenté étendus incorporaient les personnes autrefois esclaves. Les propriétaires d’esclaves émancipaient les personnes esclavisées et/ou dissimulaient l’esclavage, restructurant les formes de subordination asymétriques au moyen des grammaires genrées et gérontocratiques des relations familiales (Getz & Clarke 2011).

14Le colonialisme a donné aux femmes africaines « un rôle politique secondaire dans le paysage de l’après-esclavage », réduisant leur pouvoir économique et politique (Scully & Paton 2005 : 3 ; Rodet 2014a). Dans la période postérieure à l’émancipation, les fonctionnaires coloniaux attribuèrent de nouvelles valeurs productives à des travaux liés aux sphères publique et domestique. Les systèmes de travail coloniaux réifiaient les différences de genre binaires et eurocentriques, et excluaient les femmes des formes de travail rémunéré, tout en s’appuyant sur leur labeur. Par exemple, les troupes militaires coloniales recrutaient et ségréguaient les esclaves émancipé⸱es en fonction de leur genre : les hommes devenaient des soldats et les femmes, leurs partenaires conjugales. Ces femmes fournissaient un travail domestique aux soldats et aux services auxiliaires des armées coloniales. Les foyers militaires coloniaux africains reproduisaient, reconstruisaient et re-genraient les formes de subordination asymétriques propres à l’esclavage domestique, avec l’aval des autorités militaires (Lamothe 2011 ; Moyd 2014 ; Zimmerman 2020). L’absence présumée des femmes dans l’économie coloniale postérieure à l’émancipation résultait de l’incapacité des responsables coloniaux et des premier·ères historien·nes du travail à voir le travail des femmes. Mais les femmes étaient partout dans l’économie coloniale, travaillant dans les industries agricoles, les métiers de l’artisanat, le commerce, l’éducation, ou en jouant un rôle essentiel dans les secteurs de travail dominés par les hommes (voir McMahon).

15À l’instar de l’imposition des régimes de travail « post-esclavagistes », la missionarisation chrétienne fut essentielle à la promotion colonialiste des conceptions eurocentriques du patriarcat, de la binarité de genre, et des structures familiales nucléaires hétéronormatives dans toute l’Afrique (Comaroff J. et J. 1991 ; Nzegwu 2006). Les missionnaires s’appuyaient sur d’ancien⸱nes esclaves émancipé⸱es et converti⸱es pour effectuer le travail agricole et artisanal. Il était attendu des nouvellement converti⸱es qu’iels se conforment aux pratiques culturelles et religieuses européennes, qu’iels fassent du prosélytisme et répandent les idéologies de la chrétienté eurocentrique auprès d’autres Africains (Wright 1993 ; Foster 2013 ; Nyanto 2016/7 ; Liebst 2021). Le mariage chrétien hétéronormatif a assimilé et a transformé les relations de subordination de genre, brouillant les distinctions entre esclavagistes/esclavisé·es et époux/épouse au sein de la génération qui a suivi l’émancipation (Scully 1997 ; Mann 2007 ; Stockreiter 2015). Le mariage devint tant pour les Africain⸱es que pour les autorités coloniales un terrain de contestation des traditions juridiques et socioculturelles, avec notamment le jugement des coutumes africaines par des autorités étrangères. Les anciens esclavagistes et les personnes autrefois esclavisé·es se jouaient des agents coloniaux et de leurs connaissances insuffisantes des traditions conjugales et de l’esclavage. Dans les tribunaux coloniaux naissants, les esclavagistes mobilisaient les cadres du mariage pour prolonger des rapports de subordination équivalents à ceux de l’esclavage, tandis que les personnes esclavisé·es utilisaient le divorce pour mettre juridiquement fin aux relations d’esclavage (voir Yeaw) (Roberts 2005 ; Burrill 2008 ; McMahon 2013 ; Rodet 2014b ; Brivio 2017).

16Durant l’époque de l’émancipation, les familles de l’élite africaine ont utilisé le mariage comme outil de mobilité et de légitimité sociale. Elles ont renforcé leur pouvoir politique et social par le biais de pratiques maritales discriminatoires, excluant d’autres classes et castes (voir Safar). Les élites ont adopté de nouvelles traditions, comme la mise à distance des femmes, les cérémonies de mariage chrétiennes, et le registre civil, pour établir une distinction entre leurs familles et l’esclavage ainsi que leurs ancêtres esclaves (Cooper 1994 ; Jones 2013 ; Becker 2015). Les populations africaines ont intégré les enfants esclavisés et autrefois esclaves dans leurs foyers, utilisant les cadres familiaux et des formes de subordination qui permettaient l’exploitation de ces jeunes personnes durant la période de promotion de l’abolition (Lawrance et Roberts 2012 ; Duke-Bryant 2019 ; Chapdelaine 2021). L’autorité gérontocratique sur la jeunesse, et par extension, sur le travail des enfants, était protégée et instrumentalisée par les autorités de l’État colonial durant les périodes de promotion et d’avènement de l’émancipation. La restructuration progressive des relations d’esclavage au cours de l’époque coloniale influença les rapports de genre des jeunes générations, ainsi que la manière dont les régimes coloniaux mobilisaient le travail des anciens esclaves et des enfants laissés à l’abandon (voir Brignac).

Méthodologies africaines queers et décoloniales dans les études sur l’esclavage à l’échelle globale

17La naturalisation de l’hétéronormativité et des identités de genre binaires est l’une des conséquences imprévues de l’historiographie africaniste sur la famille, l’abolition et le colonialisme. Mais une nouvelle vague de recherches universitaires utilise le genre et la sexualité pour questionner la production historique des catégories « coloniales » ou « universelles » de l’identité et des relations. Les réalités historiques de l’existence queer et de l’expression transgenre ont été pendant longtemps sous-représentées dans l’historiographie. Il existe quelques exceptions, dans lesquelles les chercheur⸱es montrent la mutabilité du genre et le désir de même sexe au cœur ou en dépit de l’oppression de l’esclavage (H. J. Spillers 2003 ; Snorton 2017). La dernière décennie a été marquée par l’essor saisissant d’une production universitaire qui privilégie une analyse queer, féministe et décoloniale afin de déstabiliser les catégories normatives du genre et de l’identité partout en Afrique et dans ses diasporas. Dans cette partie, nous invitons les spécialistes de l’esclavage à analyser en profondeur et à envisager nouvellement les sexualités et les identités normatives dans le passé et les archives.

  • 3 La pertinence universelle de cet acronyme occidental est contestée, mais inévitable dans les étude (...)

18Dans le champ des études africanistes queers, la notion de « queer » est synonyme d’identités et de sexualités LGBTQ+ incarnées3. En outre, le terme « queer » décrit un positionnement épistémologique qui interroge la stabilité, la colonialité et l’universalité des catégories occidentales et attire « l’attention sur l’ambiguïté et la fluidité des conceptualisations autochtones africaines de la sexualité et du genre » (Otu et Van Klinken 2023 : 513). Les formes de résistance autochtones aux traditions eurocentriques de l’ordre socioculturel (binarité de genre, patriarcat, hiérarchie raciale, etc.) pourraient être interprétées comme queers parce qu’elles remettent en question les ontologies coloniales normatives (Tallie 2019). Sylvia Tamale a utilisé le terme « colonialité » pour décrire un système idéologique hégémonique qui survécut au colonialisme officiel européen (Tamale 2020 : 6). Elle soutient qu’une praxis décoloniale est nécessaire pour identifier et critiquer les catégories polarisées du genre et les sexualités hiérarchisées (comme l’opposition entre masculinité et féminité), toujours pérennes, et qui ont accompagné les structures coloniales de l’inégalité.

19Keguro Macharia a fait observer qu’il y eut une semblable « perte de diversité érotique dans les espaces coloniaux » et a souligné à quel point, parmi les universitaires spécialistes des études africanistes et africaines-américaines, « l’hétéroparenté est constamment renforcée en tant que catégorie englobante » qui transcende toutes les autres différences intersectionnelles (Macharia 2019 : 28, 11). La fluidité du genre et les formes de sexualités variées ont existé bien avant le colonialisme en Afrique. Cependant, les archives en langues européennes montrent que les agents coloniaux contrôlaient les comportements sexuels des Africain⸱es et utilisaient leur autorité morale pour promouvoir les missions civilisatrices coloniales (M’Baye 2013 : 116-118). Les héritages du monde atlantique, et ses postulats genrés concernant la main-d’œuvre masculine noire esclavisée, se sont répandus dans l’Afrique coloniale et ont rendu les fonctionnaires coloniaux aveugles à la diversité des sexualités africaines (Bleys 1996). Dans l’imaginaire colonial, l’hétérosexualité hypermasculine est devenue si dominante que toute manifestation d’une masculinité efféminée, de désirs de même sexe ou de comportements homosexuels était considérée comme une anomalie (Otu 2022).

20Les expériences de relations sexuelles entre femmes et d’identités trans sont particulièrement sous-représentées dans les travaux universitaires, historiques et contemporains, consacrés aux sexualités africaines. Ce n’est que très récemment que les désirs de même sexe et les relations homosexuelles entre femmes ont suscité l’intérêt de la recherche. Les travaux de Neo Sinoxolo Musangi remettent en question la manière dont la famille et la parenté sont devenues les espaces emblématiques de l’hétéronormativité. Les mariages entre femmes bravent les postulats hétéronormatifs auréolant cette institution familiale (Musangi 2018 ; voir également Amadiume 1987 ; Achebe 2011). Serena Dankwa a avancé l’idée que l’importance accordée à la sexualité dans la réflexion concernant le désir de même sexe ou les relations homosexuelles nous a rendu⸱es aveugles à « l’institution méconnue du “mariage d’amitié” », qui fut conçue pour donner une forme officielle aux amitiés de même sexe entre adultes (Dankwa 2021 : 39). La transsexualité n’est pas un terme très répandu pour définir l’identité à travers le continent africain. De nombreuses transidentités et pratiques non conformes au genre sont souvent regroupées dans des catégories liées à l’homosexualité (Camminga 2018 : 821). Porter une plus grande attention aux sexualités féminines et aux transidentités enrichirait de manière significative l’étude de l’esclavage en Afrique et dans ses diasporas.

21En Afrique, les histoires queers restent, dans l’ensemble, fragmentaires et non archivées (De Araujo & Roy 2022). Cependant, « localiser » les personnes ou les communautés queers et « créer » des archives queers dans les travaux historiques consacrés à l’Afrique et aux diasporas africaines n’est pas une entreprise aisée ou dénuée de controverse. L’urgence de « découvrir » et d’écrire les histoires de genres et de sexualités minorées est motivée par les débats virulents et dangereux qui questionnent l’authenticité ou l’« africanité » de ces pratiques et identités. « Les tensions entre les exigences d’une historiographie critique et la nécessité d’une victoire politique ont engendré des accusations d’instrumentalisation des archives à des fins militantes » (Rao 2020 : 29 ; voir également Arondekar 2005 ; Macharia 2015). Des tensions similaires existent dans les tentatives d’accéder aux expériences et aux héritages de l’esclavage à travers la collecte d’histoires orales. Identifier et localiser des histoires d’esclaves pourraient avoir des conséquences négatives pour les descendants d’esclaves et d’esclavagistes (Klein 1989 ; Holsey 2008 ; Thioub 2012). En définitive, donner la priorité au genre dans l’étude des personnes marginalisées, qu’elles soient esclavisées ou queers, requiert de se confronter à l’autorité épistémologique propre aux archives coloniales.

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Notes

1 Enslave-ability, que l’on peut traduire littéralement par « esclavageabilité » soit, plus précisément, par « disposition à la mise en l’esclavage ».

2 En anthropologie, la parenté idiomatique (notion notamment théorisée par Suad Joseph) consiste à considérer les relations entre amis comme celles qui unissent les membres d’un réseau de parenté, tout particulièrement au Moyen-Orient.

3 La pertinence universelle de cet acronyme occidental est contestée, mais inévitable dans les études queers africaines.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Nathan E. Marvin et Sarah J. Zimmerman, « Genre et esclavage en contexte global : enseignements tirés des historiographies de l’Afrique et de ses diasporas »Esclavages & Post-esclavages [En ligne], 9 | 2024, mis en ligne le 15 mai 2024, consulté le 20 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/slaveries/9707 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/11o9s

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Auteurs

Nathan E. Marvin

Université de l’Arkansas, Little Rock (USA)

Sarah J. Zimmerman

Université Western Washington (USA)

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

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