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Partie 2

Dispositifs documentaires : strates de médiations et circulation des connaissances

Documentary devices: mediation strata and knowledge circulation
Dispositivos documentales: estratos de mediación y circulación del conocimiento
Viviane Couzinet

Résumés

L’entrée par l’article comme dispositif documentaire primaire permet d’examiner le rôle des dispositifs secondaires tels que Open Edition Journals, Persée et Cairn dans la mise en circulation de la science. Le réseau qu’ils constituent montre, dans les disciplines des sciences humaines et sociales un partage des prestations documentaires, ces dernières étant calquées sur celles habituellement portées par les praticiens de la documentation. Au-delà de l’objectif poursuivis de valorisation du patrimoine documentaire par la numérisation on peut percevoir une médiation symbolique qui se fonde sur des pratiques et des valeurs partagées.

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Texte intégral

1En sciences de l’information et de la communication (SIC), le concept de dispositif est souvent mobilisé dans les recherches et étroitement lié à la médiation. Une synthèse en a été proposée pour le domaine de la communication des organisations par V. Appel et T. Heller en 2010. Ils en définissent trois types, l’un qui se focalise sur les dispositifs comme éléments en relation dans une logique d’analyse des agencements, l’autre ajoutant la médiation et qui se penche sur les dispositifs socio-signifiants dans des approches socio-techniques ou sémio-techniques dans une logique analytique et enfin, en incluant une idéologie, le troisième envisage le dispositif comme agencement politique dans une logique critique. En information-documentation, autre domaine des SIC, il a été distingué dispositif documentaire primaire et dispositif documentaire secondaire et souligné leur composante humaine, technique, politique et leur insertion dans un contexte. Dans ces diverses partitions il s’agit de « prendre en compte le poids des ressources matérielles et techniques, mais aussi l’intervention des acteurs qui mettent en place et contrôlent ses ressources » (Jeanneret, 2005a). Dispositifs et médiation sont aussi souvent associés dans les expressions « dispositif de médiation » ou « dispositif médiateur ».

2Au préalable (2005b), Y. Jeanneret avait posé trois dimensions à l’acte de médiation « son substrat technique (quels dispositifs ?), ses procédures politiques et professionnelles (quels acteurs, quels métiers, quels lieux ?) son sens culturel et social (quelles valeurs, quels principes ? ». Là encore, dispositif et médiation sont reliés. Un ensemble d’autres travaux a examiné l’étendue spatiale du dispositif. Il peut en effet avoir une amplitude mondiale et assurer des médiations visant le partage des savoirs (Couzinet, 2019) ou visant l’universalité du rayonnement culturel d’une institution (Fraysse, 2019). L’entrée dans ces divers travaux se situe du côté du dispositif vu comme objet technique. Il est décrit, observé dans sa mise en œuvre et dans son fonctionnement, immergé dans une situation qui permet d’appréhender et de mettre en lumière les enjeux qui le sous-tendent.

3Néanmoins si le travail empirique et de réflexion l’associe à la médiation, le sujet nous parait loin d’être épuisé. Que fait le dispositif à la médiation ? et inversement que fait la médiation au dispositif et plus particulièrement au dispositif qui nous occupe ici le dispositif documentaire désormais numérique ? Ces questions, auxquelles nous tentons de répondre, s’appuient sur le cas des revues utilisées par les chercheurs. Il s’agit donc de mettre au jour la manière dont médiation et dispositif se combinent, se croisent, se soutiennent et se multiplient dans un projet singulier ou collectif au sein de la documentation. Autrement dit, il s’agit de saisir comment des dispositifs documentaires sont déployés en strates de médiation dans le but affiché de permettre la circulation des connaissances mais visent aussi à promouvoir des institutions et des acteurs. Cette réflexion qui s’appuie sur des exemples de revues scientifiques, de portails ou plateformes qui permettent l’accès aux articles, s’intéresse à l’évolution de la mise en circulation des connaissances.

Dispositif, médiation et documentation

Dispositif

4En SIC la notion de dispositif recouvre un aspect technique, instrumental et humain. Du point de vue technique et instrumental il est un agencement d’éléments dans un système, sous-tendu par une intention (Meunier, 1999). Il a donc une finalité qui l’inscrit dans un projet et a une mission à accomplir. Il dépend le plus souvent de normes propres à un métier ou à une profession que celles-ci soient officialisées par des organismes normalisateurs ou acceptées et reproduites tacitement par un groupe social. Du point de vue humain il répond à des enjeux liés au contexte dans lequel il se situe et il donne « forme aux rapports de communication » (Meunier, 1999). En conséquence il est inséparable de son environnement et des savoir-faire des acteurs. Il est aussi un cadre d’actions, structuré par des caractéristiques qui tissent un réseau de relations et de contraintes dans l’objectif de faciliter les interactions. Il a ainsi une fonction stratégique dominante (Foucault, 1977). Il est alors possible d’observer son fonctionnement, de chercher à percevoir le projet qui le sous-tend, de mettre en lumière les interactions et les compétences qui le portent ou le font évoluer parfois bien au-delà de l’objectif visé au départ. Il y a en effet sur un terme plus ou moins long et du fait de l’immersion dans un environnement, avec ses limites et ses évolutions, des adaptations, des réussites et des échecs.

5La combinaison entre techniques, instruments, acteurs et situation conduit à développer des recherches descriptives et comparatives. L’analyse des compétences nécessaires, des effets attendus ou non, des obstacles à leur fonctionnement et de ce qui se joue dans leur mise en place et dans des mondes différents s’attache aussi à percevoir les liens sociaux qui s’établissent ou se confortent. Il a pu être établi par exemple que le Répertoire bibliographique universel mis en place par P. Otlet dans la première moitié du xxe siècle a permis de faire évoluer les normes de représentation des documents après des négociations internationales. Le projet de partager tous les savoirs du monde n’a pas eu l’envergure souhaitée mais l’idée de partage universel a depuis fait son chemin. Le projet de départ, favoriser la paix, s’est transformé en projet commercial avec l’appui de la technique et le développement des objets technologiques. Par ailleurs mettre en commun des modalités d’écriture afin de faciliter les échanges de données documentaires a amené à s’accorder sur leur uniformisation et a fait évoluer les savoir-faire en matière d’information (Couzinet, 2019).

Médiation

6Le terme de médiation conserve, en SIC, plusieurs de ses valeurs d’origine. Il recouvre une « image topologique (le médium, c’est le milieu entre deux points), il peut comporter l’idée d’intermédiaire (la communication passe par des objets et des agents), de compromis (le social procède d’une entente), de travail (la culture procède de transformations) » (Jeanneret, 2005b). On considère que la médiation a pour objet de réduire un « manque, un écart » (Davallon, 2003), elle vise à permettre l’appropriation intellectuelle dans une situation précise. Dans le domaine de la culture scientifique, par exemple, elle instaure une relation entre le monde de la science et tous les publics. Elle rend ainsi l’échange possible.

7Nous proposons de passer ici par la médiation pour analyser les dispositifs qui contribuent à la mise en circulation des recherches. Le développement des outils et des machines technologiques s’est fondé, en effet, sur l’utopie de la disparition des intermédiaires alors qu’on assiste à leur multiplication (Jeanneret, 2005). L’originalité de notre travail repose sur son approche documentaire. Il s’agit d’éclairer la manière dont les interactions sont mises en forme dans des dispositifs dont l’objectif est de permettre l’appropriation par des chercheurs des connaissances produites par d’autres chercheurs. Il s’agit donc de se centrer sur la médiation scientifique ce qui nous conduit à poser notre distinction entre information, connaissance et savoirs.

8Envisagée dans sa dimension sociale la notion d’information se réfère à un contenu sémantique qui a besoin d’être activé au cours d’un processus communicationnel entre un producteur et un usager. Ce processus est enclenché par l’utilité de l’information pour agir (Meyriat, 1981). Par la mise en relation entre ce qui a été produit et ce que peut en tirer l’usager il transforme en connaissances les acquis de ce dernier. Cette transformation suppose donc « un travail productif des sujets sur eux-mêmes pour s’approprier des idées ou des méthodes » (Jeanneret, 2011). Plusieurs niveaux peuvent figurer dans ce processus. Par exemple l’article proposé par une revue apporte les connaissances construites par son auteur, elles-mêmes fondées sur un ensemble d’informations mises à profit dans la démarche scientifique, analysées, complétées grâce aux connaissances déjà acquises. L’information portée par l’article est alors une « connaissance transmise » ou encore « communiquée ou communicable » (Meyriat, 1983), « un contenu de la communication à partir du moment où les acteurs de celle-ci lui reconnaissent un sens, lui attribuent une forme mentale intelligible » (Meyriat, 1983). Il y a ainsi un recouvrement partiel, mais non une équivalence, des notions de connaissance et d’information. La notion de savoir quant à elle se rapporte à « un ensemble organisé de connaissances cumulées et durables » (Meyriat, 1981) que possède une personne ou des formes de connaissance qui sont reconnues par une société (Jeanneret, 2011).

9L’information circule à travers un document, un ensemble documentaire - une documentation - qui assure la médiation entre ce que veut dire l’auteur émetteur et ce que recherche l’usager récepteur. Il est question ici de prendre l’objet concret document comme point de départ et premier dispositif de médiation et de discuter ce qui est mis en œuvre pour y accéder. Notre propos le situe donc dans son rôle d’intermédiaire facilitateur de l’interaction entre chercheurs dans le monde clos de la recherche.

Documentation

10Le terme documentation est polysémique. Selon J. Meyriat (1981) il désigne « d’abord un ensemble de documents intentionnellement constitué » il « désigne aussi l’activité qui permet de construire cet objet » et il précise qu’il s’agit de « la technique ou l’ensemble des techniques mis en œuvre pour rassembler, classer, exploiter… des documents » et enfin « il désigne l’ensemble de connaissances qui en justifient la pratique ». C’est le deuxième sens qui, dans un premier temps, nous intéresse ici.

  • 1 La liste d’autorité matière qui a remplacé la liste de vedettes matières dans la plupart des biblio (...)

11Les dispositifs documentaires sont consacrés à l’activité de documentation et plus particulièrement à l’activité de recherche d’information. On peut dire que ce sont des objets techniques qui permettent de se documenter. Il peut s’agir de mode de classement c’est-à-dire de disposition sur un ensemble de rayonnages dans un lieu, une salle ou un bâtiment tout entier. Mais c’est aussi une simple liste dans un ordre préétabli sur un site électronique. Ce peut être également une organisation des contenus informatifs suivant un lexique qui les désignent. Appelés « vedettes matières », « autorités matières »1, ou encore « descripteurs » lorsqu’ils proviennent d’un thésaurus, ils sont assujettis à des normes internationales de construction et à des prescriptions d’utilisation.

12L’utilisation de ces outils, intermédiaires qui tentent d’orienter les usagers pour trouver des réponses à leurs questions par l’identification d’un espace de mise à disposition ou l’identification de leurs contenus, combinés notamment par des opérateurs booléens, sont une des étapes de la recherche documentaire qu’elle soit manuelle, dans des fichiers anciens de bibliothèques par exemple, ou numérique sur un site spécifique proposant des résumés et du texte intégral. Ces classements et lexiques sont des entrées dans des collections proposées aux usagers pour faciliter l’accès aux documents. Ils sont des dispositifs mis en place par des praticiens de la documentation qui se chargent souvent de leur élaboration, de leur actualisation et de la formation à leur utilisation. La préoccupation étant d’initier à l’autonomie informative.

13Ils s’appuient sur des logiciels spécifiques et donc sur les machines et réseaux qui permettent de les mettre en œuvre ainsi que sur les compétences d’un acteur spécialiste de l’information. Analyse et indexation recouvrent les tâches qui sont confiées à ce dernier. La position occupée le place comme spécialiste du document et de l’information et donc comme intermédiaire entre le document et son usager. Le rôle imparti est alors d’organiser et de participer à la mise en circulation des connaissances. On perçoit que cette mission repose sur un dispositif, ou un ensemble de dispositifs, que l’on peut qualifier de dispositifs documentaires pour lesquels nous devons préciser le mode d’approche que nous développons ici.

Dispositifs documentaires

Une approche documentologique

14L’approche que nous privilégions est documentologique. Autrement dit il s’agit, en entrant par les dispositifs, de réaliser des observations sur eux et sur les médiations comme lecture de phénomènes documentaires. La recherche d’information justifie l’activité documentaire, son observation et la production des connaissances auxquelles elle donne lieu s’inscrivent dans ce que J. Meyriat définit comme étant la documentologie, l’étude du « système techno-social primaire de production et de diffusion de l’information, en mettant l’accent sur le document, support matériel qui permet cette diffusion » (Meyriat, 1981).

  • 2 « Livre (Biblion ou Document ou Gramme) est le terme conventionnel employé ici pour exprimer toute (...)
  • 3 52e section SIC. Le Comité consultatif des universités deviendra Conseil supérieur des universités (...)

15Dans une recherche de stabilisation du vocabulaire et de précision des actes documentaires P. Otlet avait posé la documentologie comme étude du document. Il employait cette désignation comme synonyme de bibliologie, en donnant un sens large a biblion2 dans son Traité de documentation (1934). Près de cinquante années plus tard, un groupe de chercheurs rassemblés sur la thématique « l’écrit et le document » autour de R. Estivals et de J. Meyriat pour construire les bases de la discipline SIC nouvellement créée au sein du Comité consultatif des universités3, énonce les fondements de la bibliologie comme science de l’écrit. Cette évolution de science du livre à science de l’écrit amène à se pencher sur la notion de document pour préciser ce qu’elle recouvre en documentologie.

  • 4 Briet (S.), 1951. Qu’est-ce que la documentation ? Paris : Edit.

16C’est donc dans le prolongement du Traité d’Otlet que la documentologie trouve sa définition. Dans un travail d’élaboration du concept de document dans son approche sociale, J. Meyriat pose que la documentologie se centre sur le document et sa fabrique (Meyriat 1981). Elle part de l’écriture. Le point de vue choisi est celui de la fonction informative située dans un environnement qui lui donne son sens et qui met en lumière les influences qu’elle subit. Elle étudie également la forme et la structure du document en ne perdant pas de vue les acteurs immergés dans des situations. Actuellement, en reprenant la partition élaborée par cet auteur entre « document par intention », le plus souvent écrit, et « document par attribution », c’est-à-dire tout objet concret élevé au rang de document par une recherche d’information, la documentologie en appréhende toutes les sortes dans ce sens extensif donné par J. Meyriat. Ainsi un objet non produit pour informer peut être considéré comme un document, donc documentarisé, à partir du moment où il est interrogé pour répondre à une demande d’information. Cette extension de sens, déjà évoquée par Suzanne Briet (1951)4, est affinée et consolidée dans le texte de référence de J. Meyriat : Document, documentation, documentologie (1981), (Couzinet, 2015).

17La documentologie observe alors ce qui se passe en amont du document, comment il est fabriqué. En aval, un autre champ scientifique se centre sur le travail sur l’information. Les recherches partent de la demande et s’inscrivent dans une démarche utilitaire. Ce champ désigné par « informatologie » analyse le système techno-social, constitué d’humains, de techniques et d’objets concrets, qui a pour objectif d’obtenir de l’information grâce à des éléments intermédiaires. Ce système est dit secondaire. Il s’agit donc d’étudier la fonction informative située dans un environnement qui lui donne son sens et celui des influences et des contraintes qu’elle subit (Couzinet, 2019). À partir de cette séparation entre documentologie et informatologie deux types de dispositifs ont été proposés : dispositif documentaire primaire et dispositif documentaire secondaire.

Dispositifs documentaires primaires

18Les informations sont portées par les documents, objets concrets constitués d’un support et d’informations. Ces deux éléments sont étroitement liés dans la mesure où, dans la plupart des cas, le support exerce une contrainte sur le contenu. Il y a par exemple une différence entre une information rapportée par un texte provenant d’un journal et cette même information rapportée par un magazine ou encore mise en image dans un portfolio. Elle a à voir avec un projet éditorial qui mobilise des auteurs, des moyens techniques et financiers, des savoir-faire, un espace de fabrication, un lectorat attendu. Premier système techno-social, un objet identifié comme document est considéré en information-communication comme un dispositif documentaire primaire.

19Cependant cette terminologie est propre à la discipline. On peut, par exemple, retrouver chez les historiens le document qualifié de primaire sous l’appellation « source », bien que celle-ci se rapproche aussi de corpus, sans la recouvrir totalement. On la trouve également sous l’appellation de « document de première main » là aussi sans la recouvrir entièrement. La première main désignant le document premier celui qui sert à fabriquer l’histoire, terminologie proche aussi de source, et le document de deuxième main celui qui, à partir du document de première main décrit, commente, analyse, en un mot tire des informations nécessaires à l’écriture de l’histoire. En SIC tous deux sont des documents primaires. En histoire comme en science de l’information le travail sur le document suppose une critique interne et externe visant à en préciser l’intérêt, la validité et les conditions d’exploitation.

20Ainsi le document, qu’il soit intentionnel ou attribué, est un dispositif documentaire, par son essence, que l’on peut qualifier de primaire dans le sens où il mobilise des humains (auteurs des informations) des machines (qui ont permis initialement de le produire puis de l’éditer), des procédures (ensemble de techniques d’écriture), comporte l’information utile (qui permet de répondre aux questions de leurs lecteurs). C’est un dispositif cognitif porteur d’informations transformables en connaissances c’est-à-dire susceptibles de modifier une action. On peut analyser sa fabrication. Comprendre un dispositif c’est mettre au jour la « nature du lien qui peut exister entre ces éléments hétérogènes » (Foucault, 1977). Inséré dans la circulation de l’information il peut être dépendant de l’autre catégorie : les dispositifs documentaires secondaires.

Dispositifs documentaires secondaires

21Les documents secondaires sont l’œuvre des documentalistes qui « extrayant l’information du support fourni par un système primaire et en la traitant pour elle-même, en la représentant de façon symbolique » (Meyriat, 1985) font connaître son existence dans un fonds documentaire. Un catalogue de bibliothèque, une banque de données, une liste bibliographique sur une plateforme sont des exemples qui, à travers le temps, répondent à la définition de documents secondaires. Comme les documents primaires ce sont des dispositifs. Ils mobilisent aussi des humains, mais ici ce sont des praticiens de l’information, des machines capables de traiter des procédures insérées dans des logiciels spécifiques aptes à traiter de grandes quantités de données, des classifications et des langages documentaires, et permettent de repérer et d’accéder au document primaire. Ce dispositif secondaire complète le dispositif primaire. Il propose des ensembles de références, plus ou moins développées en fonction du groupe d’usager auquel il s’adresse, qui suivent, avec des adaptations possibles, des normes internationales d’écriture afin de permettre les échanges.

22L’existence de dispositifs documentaires secondaires se justifie par le développement, qui nous intéresse ici, de l’information scientifique. Cependant le catalogue systématique des manuscrits de la bibliothèque d’Alexandrie de Calimaque (iiie siècle avant JC) est considéré par certains auteurs comme le premier répertoire bibliographique (Couzinet, 2011). Les premières bibliographies (Couzinet, Fraysse, 2019) sont déjà des dispositifs secondaires. L’activité documentaire est ici essentielle. Comme porteur d’information le document doit être activé par celui qui cherche des réponses à ses questions, car l’usage fait le document. Il existe donc des stocks de textes intentionnellement produits pour informer mais qui restent en dormance s’ils ne sont pas utilisés (Couzinet, 2015). Pour devenir des documents dans lesquels puiser ils doivent être identifiés par les lecteurs. Permettre cette identification repose sur le travail du praticien de l’information car « il crée une valeur ajoutée, que l’on pourrait caractériser comme l’information sur l’information. Il fabrique des instruments que l’on appelle secondaires parce qu’ils fournissent à l’utilisateur non pas l’information dont il a besoin, mais l’information nécessaire pour accéder à cette dernière » (Meyriat, 1985). On perçoit alors l’importance de son rôle « la pratique documentaire renforce la condition d’un objet comme document et, bien qu’il n’y ait pas de garanties que cette appropriation ait lieu, elle est influencée par le message documentaire » (Ortega, Saldanha, 2017). Un dispositif documentaire secondaire est alors un dispositif cognitif porteur d’informations permettant l’accès à d’autres informations transformables en connaissances pour agir.

23Cette partition, qui vient de la pratique professionnelle, entre en résonnance avec la partition scientifique entre documentologie et informatologie. Le dispositif documentaire primaire relève de la documentologie et le dispositif documentaire secondaire relève de l’informatologie. Cependant si cette partition est commode, elle dépend, comme souvent en recherche, du regard que l’on porte sur les phénomènes observés ce qui permet de soulever des hybridations (Couzinet, 2009). Située dans le champ de la documentologie, notre réflexion part du dispositif documentaire primaire et discute la place qu’occupe, ou veut occuper, le dispositif documentaire secondaire, tels que nous les avons définis tous deux. Comment les dispositifs documentaires secondaires se situent-ils dans la mise en circulation des connaissances ? Comment ces dispositifs s’agencent-ils entre eux ? Que nous disent-ils de la médiation de la recherche ?

Strates de médiation et circulation des connaissances

Le document comme strate de médiation

24Si on analyse le dispositif documentaire en se focalisant sur l’article scientifique, c’est à dire un article dont la nature est de « transmettre des connaissances durablement utiles à celui qui les reçoit en accroissant sa capacité de résoudre des problèmes grâce à un savoir constitué à cet effet » (Meyriat, 1980), il est un dispositif documentaire primaire situé dans l’ensemble formé par la revue. Il est inséré dans un numéro qui peut être thématique ou non et comporter d’autres articles hors thème, parfois désigné par varia. Le paratexte auctorial est composé d’un titre, d’un ou des noms du ou des auteurs, de son (ou de leur) statut et de son (ou de leur) appartenance institutionnelle, de mots clés et d’un résumé quelquefois en plusieurs langues, de notes, de références bibliographiques et éventuellement d’annexes. Ces éléments sont présents que l’on examine la version imprimée ou la version numérique, même si l’article est publié dans une revue exclusivement numérique. Toutefois le numérique donne la possibilité de multiplier les annexes, enrichissant ainsi la version proposée.

  • 5 Document UNESCO/NS/177, 1962.
  • 6 NF 41-003 Présentation des articles de périodiques. Norme française homologuée, janvier 1974.
  • 7 NF44-004 Recommandations aux auteurs des articles scientifiques et techniques pour la rédaction des (...)
  • 8 On retrouve également cette structure dans les appels à communication de certains colloques, notamm (...)

25Quelle que soit la version, l’écriture de la science dépend de règles de fonctionnement établies à l’échelle mondiale par des normes qui découlent du Code du bon usage en matière de publications scientifiques5 publié en 1962 (Couzinet, 2000). Ces normes sont traduites dans les divers pays. Pour la France les articles sont concernés par une norme de l’Association française de normalisation (AFNOR) homologuée depuis 19746 qui décline une typologie, une structure et un contenu, et la rédaction des résumés par une autre norme homologuée dès 19847. Toutes les disciplines sont concernées comme le montrent les « recommandations aux auteurs » présentées par les revues8. Par ailleurs leur respect entre dans la construction de l’appartenance au monde de la recherche, à son habitus. Il est un des signes de reconnaissance par le groupe.

26Certaines particularités disciplinaires, comme en littérature la traduction commentée d’œuvres littéraires ou en droit les commentaires d’actes juridiques par exemple, ne sont pas fondées sur des normes institutionnalisées mais sur des règles tacites intégrées par le groupe de chercheurs. Acquis par la pratique elles font partie de l’apprentissage de la recherche et sont l’habitus scientifique qui permet l’insertion dans le groupe (Bourdieu, 1975).

27L’article scientifique ne se plie pas au support numérique, c’est le support numérique qui l’adopte. L’article sur support numérique ne déroge pas aux règles de l’écriture de la science, l’habitus prime sur le support qui véhicule la recherche. Il est alors le médiateur d’un mode d’écriture propre au monde auquel il appartient, qui rapporte les travaux entrepris dans une mise en forme apte à montrer leur intérêt, la rigueur de leur méthode, leur inscription dans des investigations antérieures, la progression qu’ils en proposent mais aussi les limites de leur portée. Qualifiés d’ésotériques pour le commun des lecteurs (Jacobi, 1992) ils assurent la médiation des recherches dans le monde clos des chercheurs. Cependant il peut y avoir des déplacements de paratexte pour des raisons esthétiques ou pratiques, comme des notes en marge face à leur appel, mais ceci aussi n’est pas propre aux revues électroniques. Schéma et schématisation par exemple avait adopté ce type de présentation, dès sa naissance en 1976.

28L’article est aussi l’objet de négociations sur son contenu comme l’ont montré B. Latour et S. Woolgar (1979) dans l’échange permanent entre le chercheur qui analyse des résultats obtenus par des observations conduites à la paillasse ou par des relevés de terrain, ses coéquipiers et le responsable de l’équipe dans laquelle il travaille et son directeur de laboratoire. Il est également objet de révisions demandées par le comité de lecture désigné par la revue.

  • 9 Dépôt légal, conditions de vente au numéro ou d’abonnement, éditeur, N° ISSN…

29A ce dispositif primaire s’ajoute, en effet, le dispositif documentaire, lui aussi primaire, de la revue. Portée par un projet éditorial, rappelé à chaque numéro édité ou en page d’accueil de son site, cette dernière s’inscrit dans un domaine ou un sous domaine de recherche inséré dans une ou plusieurs disciplines et vise un lectorat qui est précisé. Composée d’un comité de rédaction qui vérifie l’adéquation des propositions d’articles avec le projet éditorial, répartit les évaluations, organise les numéros, veille à l’évolution des thématiques, elle est appuyée par un comité scientifique international qui garantit l’intérêt des livraisons. Outre les mentions légales9 la liste des banques de données dans laquelle la revue est indexée et les plateformes dans lesquelles elle est disponible sont mentionnées. Les recommandations aux auteurs pour la rédaction des articles et la liste des numéros parus complètent le tout. Parfois, la version imprimée ou le site propre signalent les titres d’autres revues de l’éditeur marquant ainsi l’appartenance à une collection éditoriale.

30S’intéresser à l’article comme dispositif c’est alors prendre en compte la revue qui le porte. L’un et l’autre sont soumis à des interactions qui les construisent comme intermédiaires entre des travaux scientifiques et des chercheurs-auteurs qui souhaitent les diffuser pour faciliter leur circulation dans le monde de la recherche et d’autres chercheurs, auteurs potentiels. Ces deux dispositifs primaires sont imbriqués, subissent et imposent leurs propres contraintes. Ils sont dépendants dans la mesure ou l’un ne peut exister sans l’autre. Il y a donc dès le dispositif documentaire primaire de mise en circulation de la science deux strates de médiations interdépendantes.

Des dispositifs documentaires comme multiplication de strates de médiation

31Si l’on peut faire remonter aux années 1960 la structuration de l’article scientifique, dans la même période l’alimentation des banques de données d’information scientifique et technique s’est heurtée à la disparité de l’écriture scientifique. Les professionnels de l’information éprouvaient des difficultés à représenter les contenus des articles. À cela s’ajoutaient les coûts engendrés par ce travail à un moment où la production et la diffusion de l’information s’amplifiaient et s’industrialisaient. Le dispositif documentaire secondaire est donc sensible à l’évolution des techniques et aux progrès technologiques.

32Les banques de données extérieures à la bibliothèque, pour lesquelles un abonnement doit être souscrit, proposent des ensembles de références sur un domaine. Résultat du travail des praticiens elles présentent, dans un ordre défini, des métadonnées adaptées aux besoins informatifs de groupes d’usagers. Leur particularité est que si elles permettent de connaitre l’existence de réponses potentielles à une question, ces réponses ne sont pas obligatoirement disponibles sur place. Elles nécessitent l’adhésion à un réseau de prêt entre bibliothèques.

33Ces deux dispositifs secondaires découlent d’un travail conjoint entre le praticien de l’information et les usagers. La sélection et la souscription à des titres de revues, limitée par des exigences budgétaires, des disponibilités de locaux, des financements attribués à la documentation pour la recherche, revient à la collaboration usager/praticien, ce dernier mettant aussi en œuvre des dispositifs d’accès, et résulte d’un choix. On peut dire que le dispositif documentaire secondaire s’appuie sur un dispositif collaboratif d’acquisitions.

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  • 11 https://journals.openedition.org
  • 12 Il émane du CNRS, l’Ecole des hautes études en sciences sociales et l’Université d’Avignon et des P (...)
  • 13 Les unités mixtes de service sont des unités associant des universités et le CNRS et proposent des (...)
  • 14 Persée (UMS 3602) est porté par l’Ecole normale supérieure de Lyon (ENS), Le centre national de la (...)
  • 15 Il couvre les parutions à partir du xixe siècle.
  • 16 https://persee.fr

34A la fin des années 1990, en France, des portails donnent aux revues la possibilité de figurer sur un espace numérique qui peut se rajouter ou se substituer au site de la revue ou au site proposé par son éditeur. Il y a ainsi une multiplication d’intermédiaires. Par exemple, rechercher sur le réseau numérique un article paru dans Etudes de communication10, revue éditée par l’Université de Lille peut passer par plusieurs chemins. Il peut être disponible en texte intégral, et depuis 2017 sur le portail Open Edition Journals11, créé en 1999 sous l’appellation revues.org12 qui émane du Centre pour l’édition électronique ouverte (CLEO) et qui rassemble des revues de lettres et de sciences humaines et sociales (LSHS) ayant souhaité bénéficier d’une édition électronique. Unité mixte de recherche13 cette plateforme propose aussi l’édition de livres, de carnets de recherche (hypothèses.org) et sous la rubrique Calenda des manifestations scientifiques. Mais l’article paru dans la revue Etudes de communication peut aussi être accessible par le portail Persée14 qui depuis 2003, se consacre aux revues de SHS et de sciences de la terre et de l’environnement dans l’objectif d’en préserver la collection. A ce titre il prend en charge la numérisation des numéros depuis l’origine15. Il offre des services complémentaires comme la création de corpus numériques et participe à des projets de recherche16. Il a également un partenariat avec la plateforme canadienne Erudit qui diffuse les revues canadiennes.

  • 17 Notamment le magazine Sciences humaines et l’encyclopédie de poche Que sais-je ?
  • 18 Belin, De Boeck, La Découverte et Erès.

35Ces deux dispositifs sont complémentaires et ont chacun comme mission principale de valoriser les revues. L’un prend en charge l’actualité de la recherche, l’autre a une mission patrimoniale. Depuis 2005 Il est encore possible de passer par une autre plateforme intitulée CAIRN qui avec son sous-titre chercher, repérer, avancer propose des revues de SHS mais également des magazines spécialisés, des encyclopédies de poche et des ouvrages de recherche17. Fondée en Belgique par des éditeurs18 elle a été rejointe en 2006 par la Bibliothèque nationale de France et en 2014 par les Presses universitaires de France. Elle présente la particularité de proposer des dossiers de synthèse sur l’actualité sociale qu’elle lie à des publications de chercheurs de son catalogue. Par ailleurs, depuis 2014, à travers CAIRN international edition elle offre la possibilité de valoriser les numéros en affichant les sommaires, titres, résumés et mots clés en anglais ainsi que les articles lorsque leur traduction a été prise en charge par la revue.

36S’il s’agit bien de dispositifs documentaires, il est difficile de les classer dans la catégorie primaire ou secondaire car ils fournissent à la fois le texte intégral des articles et le moyen d’y accéder. Outre les données habituelles de paratexte auctorial et de paratexte éditorial (nom de la revue, numéro, pagination de l’article, représentation de la référence) ils présentent l’ensemble de la collection. Ils rajoutent une page de garde, mentionnant le portail et rappelant les droits d’auteur et des éléments du droit de copie, qui peut être suivie d’une page de titre. Il s’agit bien, alors, de valoriser la revue tout en prenant en charge des prestations complémentaires qui relèvent de l’activité des praticiens de l’information dans les laboratoires : annonces de manifestations scientifiques, conservation des collections issues de la recherche, gestion des carnets de recherches en cours, constitution de dossiers de synthèse liant actualité de la recherche et évènements de la société civile. Issus de l’université et du CNRS Open Edition et Persée visent un destinataire qui appartient à leur monde. CAIRN vise un destinataire d’un monde plus large, intéressé par le catalogue des éditeurs qu’il rassemble, les magazines spécialisés et les encyclopédies, un lectorat ouvert sur des questions d’actualité par les dossiers réalisés par des journalistes mais qui donnent aussi la parole aux chercheurs. Chacun en fonction de la place qu’il occupe, ou veut occuper dans la recherche, assure des médiations : médiations de la production scientifique récente, médiation du patrimoine de la recherche, ouverture sur le monde y compris à l’international. La recherche de l’article s’inscrit alors dans des strates de dispositifs secondaires que l’on pourrait encore multiplier en prenant le chemin des archives ouvertes institutionnelles dans lesquelles le chercheur participe au dispositif en effectuant lui-même le dépôt de sa production.

La circulation des connaissances

37La mise en circulation des connaissances est le cadre d’action des divers dispositifs. La partition dispositif documentaire primaire et dispositif documentaire secondaire est brouillée par l’accès à l’article. Mais ce qui importe dans un dispositif documentaire c’est de pouvoir établir la part de chacun. Si la revue a été qualifiée de dispositif primaire elle aussi n’en comporte pas moins d’éléments secondaires comme des analyses de livres. Cependant dans le cas des plateformes décrites il faudrait mesurer la part de chacun pour déterminer une dominante. Si l’on se réfère aux sous-titres ou aux intentions affichées, pour Persée « valorisation du patrimoine scientifique » et pour Open Edition « édition électronique ouverte », pour CAIRN « chercher, représenter, avancer » et présenter des catalogues des éditeurs, il s’agit bien de dispositifs secondaires.

38Les partenariats établis entre les trois plateformes sont visibles par les adresses fournies pour accéder au texte complet disponible sur l’une ou sur l’autre. On est donc en présence d’une médiation des connaissances complémentaire et répartie. Elle s’appuie sur un réseau de dispositifs qui offrent des prestations traditionnellement portées par les praticiens de la documentation : conservation des collections, valorisation des activités de recherche ici à travers les carnets, offres de manifestations et appels à articles et à communications, diffusion sélective d‘information, orientation vers le site du texte intégral, dossiers de synthèse.

39Favoriser les usages scientifiques du patrimoine documentaire de la recherche suppose également de favoriser l’ouverture à l’international. Outre l’accès possible par le réseau internet, Persée propose un lien avec Erudit et CAIRN propose une mise en visibilité par une inscription dans CAIRN International. Cependant ceci est encore fragile. Les revues n’ayant pas toujours les moyens de faire traduire leurs articles, pour CAIRN international, la version en anglais peut être indisponible.

40On voit donc que la configuration de ces plateformes est hybride, calquée sur l’activité de documentation mais avec des moyens beaucoup plus puissants que ceux habituellement dévolus aux services de documentation des laboratoires. Ce rassemblement de moyens s’inscrit dans le projet d’apporter des infrastructures et des prestations à un ensemble de disciplines, les sciences humaines et sociales, dont les budgets de recherche sont étroits mais pour lesquelles la documentation est vitale. Ce qui est mis en œuvre pour accéder aux documents est alors un facilitateur de l’interaction entre chercheurs par l’intermédiaire de la valorisation des collections de revues.

41On peut y voir aussi une mise en lumière de la production scientifique des SHS souvent minimisée dans les évaluations mondiales de la recherche, comme la classification de Shanghai. Indirectement les chercheurs sont aussi rendus visibles. Dans cet ordre d’idée, Persée affiche avoir des liens avec Google Scholar. Précisons que l’indexation par des moteurs de recherche n’a pas remplacé l’indexation par des grands organismes documentaires, les sites moissonnés ayant effectué le travail. Il peut aussi y avoir une confusion des usagers qui assimilent les classements établis par des éditeurs aux classements d’organismes scientifiques indépendants. Il a été prouvé en effet que des éditeurs établissent des classements sur les revues qu’ils éditent et vont même jusqu’à demander à leur comité de lecture d’inviter les auteurs à citer des articles parus dans leurs collections. La confusion s’étend aussi au classement par le nombre de consultations sans analyse de ces dernières. Le dispositif documentaire secondaire est alors aussi un dispositif marketing dans l’industrialisation de la science et la course aux subventions qui est une des conséquences des classements. Ainsi il a été montré que les indices calculés à partir de la production d’articles étaient falsifiables (Reedjik, Moed, 2006).

42On peut y voir également une inversion des pratiques documentaires. Si les praticiens de l’information pouvaient faire valoir leur expertise en matière de document et participer au choix des abonnements aux revues ou à l’orientation des usagers notamment vers de nouvelles publications, sur les plateformes, ce sont les revues qui sollicitent directement leur intégration au dispositif. Le dispositif est alors utilisé pour mettre en valeur la revue. Si le dispositif est médiateur il s’agit alors de valorisation par le dispositif et non plus d’orientation documentaire.

Conclusion

43L’approche par la documentologie, de l’article de recherche comme dispositif permet de mettre en lumière les interactions, les moyens techniques, les travaux et les négociations qui servent à le fabriquer. La mise en circulation de la science à travers des dispositifs institutionnels, qui appartiennent au même monde que les chercheurs (OpenEdition, Persée), ou par un dispositif d’éditeurs (CAIRN) montre en SHS le partage des prestations documentaires (conservation des collections, réalisation de dossiers de synthèse, orientation vers le texte intégral…) qui s’effectue dans un réseau de liens tissés dans l’objectif commun de valoriser la production scientifique. Ce faisant ils donnent aussi, parfois avec difficulté, les moyens d’ouvertures à l’international ou vers d’autres publics. Il apparait alors que la médiation de la recherche se fonde sur un « ensemble de valeurs, de pratiques partagées, de lieux de mémoire » (Jeanneret, 2005b) ce tiers symbolique dont les enjeux ne sont pas toujours perceptibles à première vue.

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Notes

1 La liste d’autorité matière qui a remplacé la liste de vedettes matières dans la plupart des bibliothèques françaises, et en particulier en lecture publique est RAMAU (Répertoire d’autorité matières alphabétique unifié)

2 « Livre (Biblion ou Document ou Gramme) est le terme conventionnel employé ici pour exprimer toute espèce de documents » (Otlet, 1934, 9).

3 52e section SIC. Le Comité consultatif des universités deviendra Conseil supérieur des universités puis Conseil national des universités. La 52e section sera remplacée par la 71e en 1983.

4 Briet (S.), 1951. Qu’est-ce que la documentation ? Paris : Edit.

5 Document UNESCO/NS/177, 1962.

6 NF 41-003 Présentation des articles de périodiques. Norme française homologuée, janvier 1974.

7 NF44-004 Recommandations aux auteurs des articles scientifiques et techniques pour la rédaction des résumés, Norme française homologuée, décembre 1984.

8 On retrouve également cette structure dans les appels à communication de certains colloques, notamment en sciences de l’information et de la communication y compris à l’étranger.

9 Dépôt légal, conditions de vente au numéro ou d’abonnement, éditeur, N° ISSN…

10 Etudes de communication, sous-titrée langages, information, médiation est publiée par le Groupe d’études et de recherches interdisciplinaire en information et communication (Université de Lille 3).

11 https://journals.openedition.org

12 Il émane du CNRS, l’Ecole des hautes études en sciences sociales et l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse.

13 Les unités mixtes de service sont des unités associant des universités et le CNRS et proposent des outils de travail aux chercheurs.

14 Persée (UMS 3602) est porté par l’Ecole normale supérieure de Lyon (ENS), Le centre national de la recherche scientifique (CNRS), l’Université de Lyon avec le soutien du Ministère de l’enseignement supérieur de la recherche et de l’innovation.

15 Il couvre les parutions à partir du xixe siècle.

16 https://persee.fr

17 Notamment le magazine Sciences humaines et l’encyclopédie de poche Que sais-je ?

18 Belin, De Boeck, La Découverte et Erès.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Viviane Couzinet, « Dispositifs documentaires : strates de médiations et circulation des connaissances »Sciences de la société [En ligne], 107 | 2021, mis en ligne le 25 août 2023, consulté le 19 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/sds/13010 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/sds.13010

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Auteur

Viviane Couzinet

Professeur émérite en Sciences de l’information et de la communication, Université Toulouse III-Paul Sabatier, IUT, Laboratoire d’études et de recherches appliquées en sciences sociales (LERASS), Equipe Médiations en information-communication spécialisée MICS, axe Patrimoines et médiations, 115 B Route de Narbonne, BP 67 701, F 31077 Toulouse cedex4, viviane.couzinet@iut-tlse3.fr

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Droits d’auteur

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