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Varia

Texte, image et mise en page : aux origines de la bifurcation des familles A et L du Livre des sept sages en prose

Marco Maulu

Texte intégral

  • 1 Sur les origines du conte, on peut voir Perry 1959, p. 1-94. Un résumé des principales théories sur (...)
  • 2 Dans le RSS, p. 8, on observe à juste titre qu’« on ne sait toujours pas comment, ni sous quelque f (...)

1Dans cette contribution, je reviendrai sur la vexata quaestio de la bifurcation entre les groupes français en prose A et L du Livre des sept sages (LSS) afin d’éclairer davantage l’origine de la séparation entre ces deux branches à travers un nouvel examen de la tradition textuelle. Il est d’abord opportun de rappeler qu’avec sa propagation orientale et occidentale, ce texte constitue l’une des traditions médiévales plurilingues les plus complexes. Ce réseau de textes et de motifs narratifs représente en effet l’évolution du conte d’origine orientale, probablement indienne, intitulé Livre de Sindibād le Philosophe (Sindibād), qui se diffusa dans huit versions en Europe, et notamment en France, à partir du xiie siècle1. Les étapes du passage du Sindibād au LSS ne sont toujours pas éclaircies : au-delà des différences de détail, on se trouve en présence d’un vaste ensemble de variantes relevant d’un même archétype narratif ayant connu plusieurs adaptations. En dépit des nombreuses études parues sur cet ensemble de contes sapientiels enchâssés au sein d’un récit cadre, restent en fait des zones d’ombre concernant notamment le passage d’Orient en Occident et la filiation entre une version et l’autre2.

2L’intrigue, susceptible de variations plus ou moins importantes, est la suivante : un jeune prince, orphelin de mère, est envoyé par son père chez un ou plusieurs tuteurs pour être éduqué. De retour à la cour, l’enfant se tait car il a lu dans les astres qu’il mourra s’il parle avant le huitième jour de son retour dans la maison paternelle. La reine, belle-mère, ou l’une des épouses du sultan dans les variantes orientales, demande à son mari de lui permettre d’essayer de faire parler le prince. Cependant, la femme a un plan bien différent, car elle tente de séduire le jeune homme. Rejetée, elle accuse son beau-fils de viol et persuade le roi de le condamner à mort. Une fois l’ajournement obtenu, pendant sept jours un ou plusieurs sages racontent des histoires exemplaires visant à dénoncer la méchanceté des femmes et, par conséquent, à faire changer la décision de l’empereur. La reine raconte à son tour, mais pas dans toutes les versions, des exempla qui démontrent la fausseté des conseillers. Le huitième jour, le prince peut désormais parler et révéler ainsi l’intention de la femme, qui est finalement condamnée à mort. Le prince succède finalement à son père.

  • 3 Goedeke 1864-1865.
  • 4 Voir à ce sujet Campbell 1907, p. xxii-xiv et Paltrinieri 1992, p. 177-178.

3On peut souligner dans les versions occidentales la disparition du précepteur unique, Sindibād, au profit de sept sages, qui se chargent de l’éducation du prince et le défendent des attaques de sa marâtre. Toujours par rapport au Sindibād, dans le LSS le nombre des histoires est réduit environ de moitié : chaque sage ne raconte qu’un exemplum, suivi d’une réponse de la reine, alors que dans les versions orientales chaque sage narre deux contes successifs et la reine un seul. Des noms latins ont été progressivement attribués aux personnages du récit cadre, aux protagonistes des contes et aux titres de ces derniers3. De plus, le prince, anonyme dans la plupart des versions occidentales, est fils de Dioclétien mais, dans les différentes rédactions, on peut trouver les variantes du nom de lʼempereur Vespasianus, Marcomeris ou Pontianus, tandis que lʼenfant peut s'appeler Florentin, Dioclétien, Stefano ou Erasto. Les sages sont appelés Bancillas, Ancilles ou Anxilles, Lentulus, Malquidras ou Malquidrac, Cato, Jesse ou Jessé et Maxencius, Merons ou Merous. Dans le poème transmis par le ms. Bnf, fr. 1553 (K) et dans la version mixte en prose et en vers du ms. 620 de la Bibliothèque municipale de Chartres (D), la narration se déroule à Constantinople et, dans le Dolopathos de Jean de Haute-Seille, en Sicile4. Enfin, le groupe occidental n’a hérité que de quatre histoires du Sindibād : Aper, Canis, Senescalcus et Avis.

1. Le classement de Gaston Paris

  • 5 Paris 1876.
  • 6 Ibid., p. 1.
  • 7 Voir Ibid., tableau des « sigles employés pour les différents rédactions », page non numérotée.
  • 8 Keller 1836.
  • 9 Voir Smith 1912 et l’étude plus approfondie menée à partir des tirages de Smith retrouvés par Speer(...)
  • 10 Voir Le Roux de Lincy 1838. L’auteur publie le texte du ms. BnF, fr. 19166, appartenant au groupe L(...)
  • 11 Paris 1876, p. xvii. Voir en outre Smith 1912, p. xvii, RSS, p. 14 et Coco 2016, p. vi-xi.
  • 12 Voir le RSS, p. 14. La question de la dérivation de A d’un poème en vers perdu V a été analysée not (...)

4En 1876, Gaston Paris a publié un travail fondamental sur la tradition du LSS5. À cette époque, plusieurs versions appartenant aux branches orientale et occidentale étaient déjà connues ou éditées, mais les rapports entre une version et l’autre n’étaient pas toujours clairs. D’entrée de jeu, le philologue français a décidé d’exclure du corpus le Dolopathos latin de Jean de Haute-Seille à cause de ses particularités trop importantes et s'est concentré uniquement sur les Sept sages6. Le chercheur a fourni ensuite une liste de dix rédactions occidentales, auxquelles il donna les sigles suivants : A (version française en prose), C (version française en prose et en vers), D (version française dérimée), H (version latine, traduite en français au xve siècle), I (version italienne ou Erastus), K (poème en français), L (version française en prose), M (version française en prose dite Male marrastre), S (version latine courte insérée dans la Scala Coeli), V (rédaction en vers français, comprenant K, C et D)7. Dans son analyse, Paris souligne opportunément l’importance de  K, ainsi dénommé en raison du nom de son premier éditeur, Heinrich Adelbert Keller8. Une autre version extrêmement importante au sein de la tradition française, en vers et en prose, est C ; le codex 620 de la Bibliothèque municipale de Chartres, mutilé déjà avant la seconde guerre mondiale, fut malheureusement détruit durant le bombardement du 26 mai 1944, mais il est partiellement lisible grâce à une reproduction photographique faite avant ce funeste événement9. Quant aux textes en prose, le philologue français disposait également de l’édition publiée par Le Roux de Lincy (L) laquelle, en dépit du fait qu’elle ait été publiée en 1838, a le mérite d’avoir transmis tous les contes de cette branche et, en appendice, les contes finaux de A, qui divergent nettement de L10. Il faut également souligner le fait que, d’après les éditrices les plus récentes de K et C, Mary B. Speer et Yasmina Foehr-Janssens, plusieurs témoins de la tradition en prose française A contiennent des traces nettes de dérimage, notamment dans les quatre derniers récits Vidua, Roma, Inclusa et Vaticinium, une section appelée A2 par Gaston Paris11. La différence dans la sélection et dans la succession des contes permet cependant de conclure que le passage du vers à la prose ne fut pas réalisé à partir de la version K + C, mais d’après un poème peut-être plus ancien aujourd’hui perdu, à savoir le deperditus V, ainsi dénommé à partir de l’étude de Gaston Paris12.

  • 13 Je rappelle que d’après la bibliographie du Dictionnaire Etymologique de l’Ancien Français, entrée (...)

5Avant d’aborder de près le sujet de la bifurcation, il est nécessaire de rappeler en quoi consistent les différences entre A et L13 :

Narrateurs

A

L

Reine

Sage 1

Reine

Sage 2

Reine

Sage 3

Reine

Sage 4

Reine

Sage 5

Reine

Sage 6 (Jessé)

Reine

Sage 7

Prince

Arbor

Canis

Aper

Medicus

Gaza

Puteus

Senescalcus

Tentamina

Virgilius

Avis

Sapientes

Vidua

Roma

Inclusa

Vaticinium

Arbor

Canis

Aper

Medicus

Gaza

Puteus

Senescalcus

Tentamina

Virgilius

Avis

Sapientes

Noverca

Filia

– Discours de Merons à l’empereur

– Discours du prince (aucun conte)

– Combat judiciaire

  • 14 Sur la tradition de L, je me permets de renvoyer à Maulu 2016 et à Id. 2019.

6A présente 15 contes répartis entre la reine, le sage et le prince, qui narre Vaticinium peu avant la condamnation à mort de la reine. Les témoins transmettant A sont 29. La tradition textuelle de L est composée de 9 témoins ; surtout, L diffère de A à cause de la présence de 13 contes au lieu de 15 : dans L, l’exemplum du sixième sage est Noverca à la place de Vidua (groupe A), et le septième sage et le prince ne narrent aucun conte, d’où l’absence des deux derniers récits de A, Inclusa et Vaticinium14. Pour finir, L se termine sur un combat judiciaire qui « prouve » définitivement la mauvaise foi de la reine, condamnée au bûcher.

  • 15 Paris 1876, p. xix, formule l’hypothèse d’une composition de A à partir d’un modèle L incomplet. En (...)
  • 16 Paris 1876, p. xi.
  • 17 Voir Campbell 1912, p. xxxv.
  • 18 Sur la tradition dite H, voir notamment l’édition Roth 2004. Sur les croisements entre la tradition (...)
  • 19 Voir Paris 1876, p. xvii.

7Paris fait dériver une section de A, dénommée A1, directement du groupe L, tandis que A2 — à savoir les quatre derniers contes et la conclusion — diffère nettement de L et se rattache à la tradition en vers dite K15. L dépendrait donc à son tour d’un modèle latin perdu et tronqué qu’il appelle Liber de septem sapientibus16. Face à cette hypothèse, Killis Campbell souligne comment le rapport L > A1 doit être inversé : le chercheur considère A comme plus ancien que L, lequel se serait développé à partir d’un modèle A1 vers la moitié du xiiie siècle, probablement peu avant l’époque de composition des premières continuations en prose du LSS17. La théorie concernant l’existence d’un modèle latin de L reste également fort douteuse de toute façon, puisque la tradition latine du LSS, y compris le Dolopathos, s’avère tardive par rapport aux premières attestations françaises de la branche occidentale18. Comme le remarque Gaston Paris, la bifurcation entre A et L se produit à la hauteur du syntagme « les portes (du palais) furent ouvertes/desfermees etc. » qui se trouve précisément après le conte Sapientes, narré par l’impératrice19. Cette formule est employée lorsque la marâtre manipule l’empereur grâce à ses récits, de sorte que ce dernier fait ouvrir les portes et condamne son fils à mort en présence des nobles du royaume. Au matin, les portes du palais impérial sont rouvertes et, à compter de ce moment, la varia lectio de A et de L diffère de manière substantielle.

  • 20 Dans la varia lectio de L on trouve également la variante barons.

Version A

Version L (ms. Bnf, fr. 19166, fol. 25rb, = U)

Éd. Runte 2006 :


Les portes furent ouvertes. Li emperieres conmanda que l’en menast destruire son fil. Atant (sic) es vous l’autre sage venu, qui ot non Josse, et descendi au degré de la sale de son palefroi ; assez fu qui li tint. Puis monta contremont, et puis salua l’emperiere et les autres barons.

Éd. Coco 2016, p. 112 :


Les portes furent desfermees de la sale. Atant (sic) es vos l’autre sage venu, et descent de son palefroi. Assés i ot qui son cheval tint. Il monta les degrés de la sale et salua l’emperor et les autres barons.

Les portes furent overtes et li palés ampli de chevaliers20 qui estoient venuz veoir le jugement l’empereor de son fil, et li empereres apelle ses sers : « Alez », fait il, « et si me destruiez mon fil et si l’ostez hors de la jeole ». Et cil respondirent : « Volantiers ». Il [s’]en alerent en la jeole, si l’en ameinent amont. « Gardez », fet li empereres, « que vos ne retornez ». Il ont dit : « Sire, volantiers ». Il s’en passent par mi la sale et avallent les degrez de la sale et s’en passent mult tost parmi la rue. Et mes sires Jessé vient maintenant…

8La principale différence entre ces deux passages consiste en un rallongement de L par rapport à A. En outre, L supprime la formule « a tant es vous » qui introduit le sage et insère une innovation non seulement par rapport à A, mais également par rapport aux contes précédents de L : Jessé soudoie le geôlier afin qu’il retarde l’exécution et lui donne une bague d’or. Après Noverca le septième sage Merons utilise ce même stratagème et distribue « .iii. bessanz d’or » (ms. U, fol. 27rb) aux serviteurs de l’empereur, sans qu’une telle action corresponde à la varia lectio de A.

1. Formules, mise en page et enluminures

1.1. La branche A

  • 21 Sur la question du style formulaire dans le Lss, je renvoie à Speer 1987, p. 34-52.

9Dans le LSS, le syntagme « les portes [du palais, de la salle etc.] furent ouvertes/desfermees » précède régulièrement chaque condamnation à mort de l’enfant décrétée par Dioclétien. Selon ce schéma, l’un des sages intervient et sauve son protégé grâce à son éloquence, au moins jusqu’au moment où l’impératrice, avec sa nouvelle réponse, reprend le dessus ; à ce moment, les portes du palais sont closes pour la nuit, et ainsi de suite. Dans cette technique narrative répétitive et presque cyclique, on ne peut exclure qu’une erreur — par exemple une lacune dérivant d’un saut du même au même — se soit glissée à cause de la répétition du syntagme en question entre une séquence et l’autre du conte cadre, tout en invitant un scribe à intégrer le texte en ayant recours à d’autres branches — écrites et orales — du LSS ou, tout simplement, à sa propre créativité21. On notera de toute façon que la bifurcation à cette hauteur n’est pas complétement due au hasard et s’explique comme suit : dans le ms. Bruxelles, KBR 11190-10191 (groupe A), fol. 22v, se trouve une miniature illustrant le conte Vidua après la phrase « les portes de la sale furent ouvertes », suivie d’une lettrine dans « A tant es vos l’autre sage [Jessé] venu et descent au degré de la sale ».

Illustration 1. Bruxelles, KBR 11190-10191 (groupe A), fol. 22v

Illustration 1. Bruxelles, KBR 11190-10191 (groupe A), fol. 22v

10Ici, la mise en page marque une césure exactement là où A et L divergent. Dans le ms. KBR 9433, fol. 19va, avant l’apparition de Jessé, ici appelé Gassés, la phrase « les portes furent desfremees del palais » est suivie d’un alinéa et de « A tant es vous venut l’autre sage… ».

Illustration 2. Bruxelles, KBR 9433, fol. 19va

Illustration 2. Bruxelles, KBR 9433, fol. 19va

11Le même discours vaut pour les manuscrits Bruxelles, KBR 10168, fol. 217ra, London, British Library, Harley 3860, fol. 39r, Paris, Bnf, fr. 5586, fol. 112r, Bnf, fr. 20040, fol. 131ra, Bnf, fr. 25545, fol. 62va (« et les portes furent desfremees de la sale. Atant… »), Bnf, n.a.f., 13521, fol. 302ra. Dans le manuscrit Bnf, fr. 93, fol. 12va, on lit : « Les portes furent ouvertes et l’empereur commanda que l’en menast son filz destruire. Les sergens y allerent », suivi d’une miniature de Vidua et de tant à la colonne suivante.

Illustrations 3 et 4. Bnf, fr. 93, fol. 12va

Illustrations 3 et 4. Bnf, fr. 93, fol. 12va

12Le ms. Bnf, fr. 22548, fol. 11rc, présente quant à lui la même mise en page que le ms. Bnf, fr. 93, avec en plus l’insertion d’une rubrique à la fin de la colonne où l’on résume le conte Vidua présenté par Jessé.

Illustration 5. (à gauche) Bnf, fr. 22548, fol. 11rc. Illustration 6. (à droite) Bnf, fr. 22548, fol. 12ra

Illustration 5. (à gauche) Bnf, fr. 22548, fol. 11rc. Illustration 6. (à droite) Bnf, fr. 22548, fol. 12ra

13Examinons pour finir le ms. Bnf, fr. 1533, fol. 395va, qui transmet la version K :

Illustration 7 : Bnf, fr. 1533, fol. 395va

Illustration 7 : Bnf, fr. 1533, fol. 395va
  • 22 Dans C, fol. 34ra, le A de A tant est partiellement illisible.
  • 23 Comme le disent Speer, Foehr-Janssens 2017, p. 369, n. 197, « dans le Roman des sept sages propre, (...)

14Ici manque la référence aux portes du palais, mais une lettrine A de « A tant » précède encore une fois l’arrivée de Jessé (« A tant es vous venu Jessé »). Il faut également préciser que dans K, la locution adverbiale « A tant » anticipe l’arrivée des personnages, notamment des sages, au moins 12 fois (deux fois dans les chartes lisibles de C, y compris Vidua, narré par Jessé), souvent dans le syntagme « a tant es vous » suivi du nom du sage, par ex. « a tant es vous dant Malquidas » (fol. 350rb) ou « a tant es vous venu Jessé » (fol. 395va) etc., à partir de laquelle s’est créée la bifurcation entre les deux familles françaises en prose22. Bien que je n’aie pas pu vérifier de visu la mise en page de l’ensemble de la tradition de A, le corpus examiné est tout de même significatif et permet de reconstruire la situation à partir de laquelle A et L se sont séparés. Les manuscrits mentionnés auparavant appartiennent à la très vaste famille β du stemma proposé par Coco 2016. De ce fait, il me semble fort probable qu’une telle césure textuelle et codicologique propre à un nombre significatif de témoins de A ait favorisé le développement d’une variante L, peut-être par suite d’une erreur ou d’une lacune, ou afin de produire une nouvelle version simplifiée au niveau du contenu. Loin d’être l’œuvre d’un auteur chevronné, la partie finale de L semble plutôt appartenir à un remanieur habile : en dehors du préambule de Jessé, construit à partir des nombreuses formules présentes ailleurs dans le LSS, Noverca est un conte plus proche de la qualité des exempla précédents, d’autant plus qu’il s’agit du récit d’une marâtre tellement cruelle qu’elle pousse son mari, un « chevaliers riches de terre », à tuer son propre enfant. En bref, Noverca est une reprise du récit cadre, avec quelques variations sur le sujet. Le conte suivant, Filia, est quant à lui extrêmement court — ce qui semble une anomalie par rapport aux autres récits exemplaires — et met en scène un portrait de la marâtre et de sa luxure qui amène la protagoniste du conte à faire assassiner son père par un amant naïf. Enfin, le discours du septième sage, Merons, et le résumé du récit-cadre fait par Chaton n’ont vraiment rien d’original et ne sont qu’un préambule au dénouement final. Ce dernier comporte, dans L, l’ajout d’un duel judiciaire, un topos narratif bien connu qui ne semble toutefois pas boucler le récit-cadre de façon adéquate, encore moins si on le compare au conte Vaticinium présenté par l’enfant dans A, grâce auquel ce dernier fait preuve de sagesse et de tolérance tout en pardonnant à son père pour ses actes23.

1.2. La branche L

  • 24 L’imprimé en question est : Paris, BnF, RES M-Y2-1, s.d., s.l., pas avant 1489 (voir Maulu 2019). L (...)

15La varia lectio de L à la hauteur de la bifurcation avec A invite à croire que cette dernière s’est créée de manière nette, sur une césure narrative mise en évidence par la mise en page et l’appareil décoratif de plusieurs témoins de A et dont on trouve des traces déjà dans K. Or, si l’examen de la varia lectio de ce locus criticus ne permet pas d’avoir davantage de certitudes quant à la cause de la bifurcation, la mise en page et l’apparat iconographique de deux manuscrits sur neuf de L laissent tout de même entrevoir des traces d’une transition problématique entre les deux familles en prose après le conte de Jessé24. Notamment dans le ms. U, un bon témoin non seulement quant à la qualité et à l’époque de la copie mais, surtout, quant au fait qu’il est l’un de rares témoins non mutilés de L La miniature correspondant théoriquement à Noverca représente deux amants s’embrassant entourés des merlons d’une muraille, un motif qui renvoie à Inclusa (groupe A). Qui plus est, cette enluminure est la seule image du LSS transmise par ce témoin à ne pas avoir été agrémentée d’une rubrique ; un espace vide de 3 UR a été laissé à la place :

Illustration 8 : Bnf, fr. 19166, fol. 26vb

Illustration 8 : Bnf, fr. 19166, fol. 26vb

16Filia (fol. 26vb) n’est pas séparé de Noverca au niveau de la mise en page, alors que dans ce témoin le début et la fin de chaque conte sont régulièrement marqués par une rubrique et une miniature. Une lettrine L de 3 UR au fol. 27rb signale en revanche la transition entre Filia et le discours du sage Merons :

Illustration 9.  Bnf, fr. 19166, fol. 27rb

Illustration 9.  Bnf, fr. 19166, fol. 27rb

17Les enluminures et les rubriques réapparaissent au fol. 27va (« Ci est messires Merons qui dit à l’emperere que son filz parlera demain »), suivies d’une dernière image représentant « l’empereriz qui li empereres fet ardoir voyant tout son barné pour la trahison qu’ele ot feste de son enfant por lui honnir » (fol. 28vb) :

Illustration 10. (à gauche) : Bnf, fr. 19166, fol. 27va (le discours de Meron). Illustration 11. (à droite) : Bnf, fr. 19166, fol. 28vb (le bûcher de la reine)

Illustration 10. (à gauche) : Bnf, fr. 19166, fol. 27va (le discours de Meron). Illustration 11. (à droite) : Bnf, fr. 19166, fol. 28vb (le bûcher de la reine)

18Au vu de la mise en page de plusieurs manuscrits qui transmettent A, plus que d’un oubli, l’absence de rubrique au fol. 25vb me semble révélatrice d’un problème au niveau du modèle, ou bien du fait que le scribe ne s’attendait pas à cette innovation dans la suite du récit. L’enlumineur a dû alors s’inspirer par erreur d’un modèle du type A et s’aligner ainsi sur la version L seulement à partir du fol. 27vb, là où une rubrique indiquait quelle était la scène à illustrer, à savoir l’annonce de Meron à l’empereur « que son filz parlera demain ».

19Dans le ms. Paris, BnF, fr. 24431 (D), les deux miniatures et les initiales décorées présentes dans le LSS ont été découpées aux fol. 74ra et 74vb (ces mutilations sont malheureusement constantes dans l’ensemble du recueil). Aux deux dernières lignes du fol. 89rb, on observe cependant un espace vide de 2 UR, précédé d’une réclame S à la place de la lettrine qui était censée signaler le début de Noverca : « Sire », fait il à l’empereor, « il avint que uns chevaliers riches homs de terre… ».

Illustration 12. Paris, Bnf, fr. 24431, fol. 89rb

Illustration 12. Paris, Bnf, fr. 24431, fol. 89rb

20Dans le LSS, il n’y a aucune occurrence précédente de ce phénomène, mais on repère en revanche un cas de figure analogue au f. 90va, quand Meron demande à l’empereur de ne pas parler à sa femme jusqu’au matin suivant : « [O]r entendez. Sachez sire que j’estoie hier a l’air et vi ou cours des estoiles… » (la lettrine O manque).

Illustration 13. Paris, Bnf, fr. 24431, fol. 90va

Illustration 13. Paris, Bnf, fr. 24431, fol. 90va

21Enfin, au fol. 90ra se trouve une lettrine I de 5 UR introduisant le début de Filia et la présence des lettrines est désormais constante :

Illustration 14. Paris, Bnf, fr. 24431, fol. 90ra

Illustration 14. Paris, Bnf, fr. 24431, fol. 90ra

22Par rapport au cas de figure de U, celui de D semble moins important, mais il mérite tout de même d’être souligné puisque l’absence de lettrines se concentre encore une fois dans une zone problématique de L. La mise en page et la varia lectio des autres témoins de L ne permet pas d’éclairer davantage le sujet, soit parce que certains manuscrits sont fragmentaires à la fin, soit parce qu’ils ne sont pas décorés, soit, tout simplement, parce que la transition entre Noverca et Filia se déroule sans aucune difficulté apparente.

Conclusion

  • 25 LSS, éd. Coco 2016, p. 112.

23Sur la base de ces indices d’ordre matériel, on peut à bon escient formuler l’hypothèse d’une césure/lacune de L à la hauteur du passage « les portes furent desfermees de la sale / A tant es vos l’autre sage venu », avec l’arrivée du sage Jessé. C’est précisément cette césure, déjà présente dans K et héritée de la prose, qui a déclenché en quelque sorte la bifurcation entre A et L ou, autrement dit, la naissance de cette dernière branche25. On a vu comment la formule « a tant es vos » qui introduit l’arrivée de Jessé dans A, ne se conserve pas dans la tradition textuelle de L, et cela en dépit de sa présence ailleurs dans cette version (2 occurrences liées aux sages dans le ms. U), ce qui délimite plus nettement le changement de modèle survenu juste avant ce syntagme.

  • 26 Il s’agit des mss. Paris, Arsenal, 3354 et 3516, Paris, Bnf, fr. 95 Bruxelles, KBR 9245 et 11190-91 (...)
  • 27 Waters 1926, p. 391.

24L’existence de rédactions mixtes A + L certifie quant à elle une séparation précoce et une superposition de ces deux familles déjà au xiiie siècle26 : par exemple, dans le ms. Paris, Arsenal 3516, copié vers 1267-1268, où se trouve une version du LSS où l’on fusionne entièrement les deux groupes déjà à une époque assez reculée par rapport à la tradition en prose du LSS, en incluant le préambule de Jessé et le combat judiciaires propres à L27. À l’exception du ms. de Saint-Étienne, datant de la fin du xiiie ou du début du xive siècle, qui se borne à ajouter le combat judiciaire à la fin, et du ms. Bnf, fr. 22933, les autres témoins contaminés n’ont pas respecté l’ordre Noverca (Jessé) + Filia (reine) établi dans L et attribuent les deux exempla à la reine. Dans ces versions rallongées Noverca, raconté par le sixième sage, a été déplacé à la fin du récit, au moment où la noverca, désormais condamnée à mort, présente ce conte qui devient ainsi autobiographique. La raison d’une telle innovation est explicitée par la marâtre elle-même : « ‘Ore sire », fait li enperis, « ensi cuidoie jo avoir fait de vostre fil, car jo savoie bien se il fust demorés en vie, qu’il eust esté sires de l’enpire de Romme aprés vos et se jo l’euisse fait destruire, si eust estei oïrs de l’empire li enfes que jo eusse eu de vos, et por ce l’ai jo fait’ » (Arsenal 3516, fol. 284rc). Le ms. KBR 9254 rajoute : « “Ainsi eusse je fait de vostre filz se je peusse par aventure, ou pis encore” » (fol. 17rb). Qu’il s’agisse d’une erreur ou d’un problème d’ordre matériel, ou encore d’un choix délibéré, la séparation entre les deux familles en prose a été saisie comme une opportunité de remanier une fois de plus le LSS, ce qui déconseille d’écarter L en tant que version tronquée et mal assortie. Au contraire, il faudra tenir compte de sa tradition, et cela non seulement à partir du point de rupture avec A, à savoir A2, mais également, en perspective d’une nouvelle édition du LSS en prose, dans la recensio de la partie définie A1 par Gaston Paris.

  • 28 Sur la diffusion de L en dehors du domaine français, je renvoie à Maulu 2016.

25En dépit de tout effort de reconstruction, il reste difficile de clarifier entièrement l’étiologie de la bifurcation au moment où la variante de type L s’est produite : si, d’un côté, la structure, le nombre des histoires et la conclusion se trouvant dans cette branche de la tradition paraissent moins convaincants que A, de l’autre le style formulaire et les nombreuses répétitions mentionnés ci-dessus ont pu servir en tant qu’« attelage afin de donner, précisément, une version simplifiée de treize contes au total, version qu’on a cru être, pendant un certain temps, plus ancienne par rapport à A. En tout cas, une telle opération est loin d’étonner, vu la tendance bien consolidée à remanier ce texte tout en créant de nouvelles variantes narratives. On peut alors penser soit à une intervention dans un passage favorable du texte visant à la création d’une rédaction alternative à la vulgate, soit à une lacune ou erreur s’étant produites dans un modèle de type A. Cette dernière me semble être l’hypothèse la plus probable, bien qu’en raison d’indices faibles tels que les problèmes de mise en page de U et de D, de la qualité fort modeste des deux derniers exempla, notamment Filia, et du duel judiciaire conclusif. Dans une telle éventualité, ce fait se serait vérifié avec le passage « les portes (du palais) furent ouvertes… A tant es vous… » avec, par conséquent, une « réparation » somme toute assez réussie mise en place par un copiste/auteur. Il reste à considérer que si cette famille est née effectivement d’un problème matériel, ce fait est passé presque inaperçu dans les témoins de L — à deux exceptions près — jusqu’à l’impression de Pierre Le Rouge, qui publia avant 1489 le premier incunable transmettant une version française du LSS, toujours d’après L28.

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Bibliographie

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Notes

1 Sur les origines du conte, on peut voir Perry 1959, p. 1-94. Un résumé des principales théories sur la propagation du Sindibad, se trouve dans Speer, Foehr-Janssens 2017 (dorénavant RSS), p. 7-10. Pour un aperçu bibliographique sur l’ensemble de la tradition, voir Runte, Wikeley, Farrell 1984,13. http://dalspace.library.dal.ca/handle/10222/49107. Quant au Sindibād, on peut consulter, en traduction italienne, Maltese 1993.

2 Dans le RSS, p. 8, on observe à juste titre qu’« on ne sait toujours pas comment, ni sous quelque forme, le Livre de Sindibad a été transmis du Proche Orient en France ».

3 Goedeke 1864-1865.

4 Voir à ce sujet Campbell 1907, p. xxii-xiv et Paltrinieri 1992, p. 177-178.

5 Paris 1876.

6 Ibid., p. 1.

7 Voir Ibid., tableau des « sigles employés pour les différents rédactions », page non numérotée.

8 Keller 1836.

9 Voir Smith 1912 et l’étude plus approfondie menée à partir des tirages de Smith retrouvés par Speer 1981, p. 262-270. Les images des f. 26-44 sont consultables sur la base BVMM de l’IRHT. Sur K, on peut voir Misrahi 1933 (réimpression Genève, Slatkine, 1975) ; Speer 1989 et le RSS.

10 Voir Le Roux de Lincy 1838. L’auteur publie le texte du ms. BnF, fr. 19166, appartenant au groupe L, tandis que pour les contes de A à partir de la bifurcation entre A et L, l’éditeur suit le ms. Bnf, fr. 2137. Quant au sigle A choisi pour la famille en prose la plus vaste, il relève de D’Ancona 1864 ; 2e éd., 1897 (réimpression Bologna, Forni, 1979), version italienne qui dépend précisément de A. La prose française A se lit dans Derniame, Henin, Naïs 1981 ; Runte 2006 : ms. de base de ces deux éditions : Bnf, fr. 2137 ; Coco 2016 : ms. de base : Bnf, fr. 25545. On verra en outre l’importante étude de Aïache 1966, en particulier aux p. 191-298.

11 Paris 1876, p. xvii. Voir en outre Smith 1912, p. xvii, RSS, p. 14 et Coco 2016, p. vi-xi.

12 Voir le RSS, p. 14. La question de la dérivation de A d’un poème en vers perdu V a été analysée notamment par Paris 1876, p. xvi-xxvii, Campbell 1907, p. 34, Smith 1912, p. 17 et Coco 2016, p. vii-ix.

13 Je rappelle que d’après la bibliographie du Dictionnaire Etymologique de l’Ancien Français, entrée SSagaP, A montre des traits de l’Ouest, tandis que L, entrée SSaglL, proviendrait du Sud-Ouest : https://alma.hadw-bw.de/deafbibl/fr/bib99s.html#SSagaP (dernière consultation le 03/05/2023. Sur la localisation de L, voir également Roques 1983.

14 Sur la tradition de L, je me permets de renvoyer à Maulu 2016 et à Id. 2019.

15 Paris 1876, p. xix, formule l’hypothèse d’une composition de A à partir d’un modèle L incomplet. Ensuite, l’auteur de A aurait puisé dans le poème pour terminer le récit.

16 Paris 1876, p. xi.

17 Voir Campbell 1912, p. xxxv.

18 Sur la tradition dite H, voir notamment l’édition Roth 2004. Sur les croisements entre la tradition latine et fla tradition rançaise, notamment celle de la famille en prose A, voir Runte 1989. On peut consulter également Gilleland, 1981-1982.

19 Voir Paris 1876, p. xvii.

20 Dans la varia lectio de L on trouve également la variante barons.

21 Sur la question du style formulaire dans le Lss, je renvoie à Speer 1987, p. 34-52.

22 Dans C, fol. 34ra, le A de A tant est partiellement illisible.

23 Comme le disent Speer, Foehr-Janssens 2017, p. 369, n. 197, « dans le Roman des sept sages propre, le conte du fils prend pour héros un enfant qui s’élève plus haut que son père. La valeur réflexive de ce récit est évidente ».

24 L’imprimé en question est : Paris, BnF, RES M-Y2-1, s.d., s.l., pas avant 1489 (voir Maulu 2019). La tradition manuscrite est la suivante : Bern, Burgerbibliothek, 41, xiiie s., parchemin, fol. 1ra-3va (fragm. : le texte commence seulement à partir du 6e conte de la reine, Sapientes, suivi de Noverca et Filia) ; Bern, Burgerbibliothek, 354, milieu du xiiie s., parchemin, fol. 184ra-205ra (mutilé : passe du fol. 76r au fol. 184v ; le LSS commence vers la moitié du conte Aper) ; Paris, Bnf, fr. 189, fin du xve s., papier, fol. 300ra-335rb ; Paris, Bnf, fr. 1444, parchemin, fin du xiiie s., fol. 266ra-278vb (mutilé : le LSS est acéphale et mutilé à la fin) ; Paris, BnF, fr. 19166, xiiie s., parchemin, fol. 1ra-30rb ; Paris, Bnf, fr. 22933, xiiie s., parchemin, fol. 119ra-140rb (contaminé, voir la note 26) ; Paris, Bnf, fr. 24431, xiiie s., parchemin, fol. 74ra-92rb (mutilé de plusieurs lettrines et miniatures) ; Philadelphia, University of Pennsylvania, Van Pelt Library, Codex 931, 1450 ca, parchemin, fol. 1r-34r (mutilé : le texte commence après le conte Canis, suivi de Aper, fol. 3r, Medicus, fol. 4v, Gaza, fol. 7r, Puteus, fol. 10r, Senescalcus, fol. 12v, Tentamina, fol. 14v (lacune entre les fol. 16-17), Virgilius. fol. 18v, Avis, fol. 21r (manque le fol. 23 et les fol. 24-25 suivent le fol. 29), Noverca, fol. 26v, Filia, fol. 28v (lacune de 2 fols. entre le fol. 29-30), fol. 31 endommagé).

25 LSS, éd. Coco 2016, p. 112.

26 Il s’agit des mss. Paris, Arsenal, 3354 et 3516, Paris, Bnf, fr. 95 Bruxelles, KBR 9245 et 11190-91, Saint-Étienne, Bibliothèque Municipale, 109, et Cambridge, University Library, GG6. Le ms. Bnf, fr. 22933 est également contaminé, puisqu’après Noverca et Filia (L) on a Vaticinium (A), narré par le prince. Manque en outre le combat judiciaire et la conclusion est également empruntée de A.

27 Waters 1926, p. 391.

28 Sur la diffusion de L en dehors du domaine français, je renvoie à Maulu 2016.

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Table des illustrations

Titre Illustration 1. Bruxelles, KBR 11190-10191 (groupe A), fol. 22v
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Titre Illustration 2. Bruxelles, KBR 9433, fol. 19va
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Titre Illustrations 3 et 4. Bnf, fr. 93, fol. 12va
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Titre Illustration 5. (à gauche) Bnf, fr. 22548, fol. 11rc. Illustration 6. (à droite) Bnf, fr. 22548, fol. 12ra
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Titre Illustration 7 : Bnf, fr. 1533, fol. 395va
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Titre Illustration 8 : Bnf, fr. 19166, fol. 26vb
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Titre Illustration 9.  Bnf, fr. 19166, fol. 27rb
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Titre Illustration 10. (à gauche) : Bnf, fr. 19166, fol. 27va (le discours de Meron). Illustration 11. (à droite) : Bnf, fr. 19166, fol. 28vb (le bûcher de la reine)
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Titre Illustration 12. Paris, Bnf, fr. 24431, fol. 89rb
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Titre Illustration 13. Paris, Bnf, fr. 24431, fol. 90va
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Titre Illustration 14. Paris, Bnf, fr. 24431, fol. 90ra
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Pour citer cet article

Référence électronique

Marco Maulu, « Texte, image et mise en page : aux origines de la bifurcation des familles A et L du Livre des sept sages en prose »Revue des langues romanes [En ligne], Tome CXXVII n°2 | 2023, mis en ligne le 01 décembre 2023, consulté le 20 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rlr/5638 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/rlr.5638

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Auteur

Marco Maulu

Università di Sassari

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