Navigation – Plan du site

AccueilNuméros40(1)Recension de livreCompte rendu critique de « The de...

Recension de livre

Compte rendu critique de « The deliberate doctorate. A values-focused journey to your PhD. », par Leela Viswanathan

Shayna-Eve Hébert

Texte intégral

1L’ouvrage The deliberate doctorate. A values-focused journey to your PhD, écrit par Leela Viswanathan, ancienne professeure et spécialiste de l’équité et de l’inclusion à Queen’s University, est un livre de 133 pages écrit en anglais. Il comprend sept chapitres dans lesquels Viswanathan partage ses conseils pour qu’une personne puisse choisir si elle souhaite poursuivre ses études au doctorat ou non. L’objectif de cet ouvrage est de pousser les personnes étudiantes à effectuer cette décision tout en ayant l’appui cognitif, émotionnel et social nécessaire pour effectuer ce parcours, car selon elle, « le bien-être collectif et [l]a réussite en tant qu’étudiant n’ont pas besoin de s’exclure mutuellement » (traduction libre, p. 8). Cette auteure parvient à guider son lectorat vers des pistes qu’elle a elle-même apprises lors de son propre doctorat en études environnementales à York University, dès 2002, ainsi que comme directrice de recherche.

2Dans son introduction, Viswanathan présente les défis qu’elle a rencontrés afin de s’adapter aux études supérieures, malgré le fait d’avoir eu du soutien de la part de ses parents qui détiennent eux-mêmes des diplômes d’études aux cycles supérieurs. Elle partage les doutes qu’elle avait lors de son doctorat, soit le fait qu’elle était plus âgée que la majorité des personnes étudiantes de ce programme – soit d’une trentaine d’années – et qu’elle est une femme racisée. Cette spécialiste parvient à démontrer que tout individu au doctorat peut rencontrer des défis en raison de son identité. Cependant, ces mêmes défis peuvent parvenir à pousser quelqu’un à terminer avec succès ses études supérieures, comme dans son cas, où cela lui a permis d’augmenter la visibilité des personnes racisées dans le monde universitaire et d’avoir un pouvoir d’influence. Ces deux aspects s’alignaient avec ses valeurs personnelles.

3Le chapitre 1, Discovering your values, engage le lectorat à découvrir et à définir leurs propres valeurs, au nombre idéal de trois à cinq selon ce qui est proposé ici. Cette auteure définit ces valeurs comme « ce qui nous guide et qui nous motive » (traduction libre, p. 15), comme la réussite, l’indépendance, le respect et la compassion, des exemples tirés de l’ouvrage. Par une série de questions que Viswanathan propose à travers ce chapitre, les lectrices et lecteurs sont amenés à se questionner sur ce qui leur est le plus important en ce moment présent, étant donné que ces valeurs peuvent changer, et comment cela peut s’aligner vers leurs objectifs futurs. Elle pousse son lectorat à choisir une direction de recherche qui, lorsque possible, a certaines valeurs semblables avec les leurs afin de bâtir une meilleure relation professionnelle. En deuxième partie de ce chapitre, cette spécialiste incite son public à définir leurs limites émotionnelles, physiques et professionnelles pour mieux identifier leurs objectifs au doctorat et pour éviter les conflits interpersonnels ainsi que l’épuisement professionnel. Elle suggère de partager ces limites ainsi que leur importance avec son directeur ou sa directrice de recherche et d’apprendre les limites de cette personne afin d’avoir une relation de respect mutuel.

4Le chapitre 2, Setting goals aligned with your values, établit l’importance de se donner des objectifs qui correspondent à ces valeurs identifiées dans le chapitre précédent. L’auteure présente le système SMART pour se créer des objectifs qui sont « s »pécifiques, qui « m »otivent, qui sont « a »daptés aux besoins présents, qui sont « r »éalisables avec les ressources actuelles et marqués dans le « t »emps. Parmi ces objectifs se trouve le fait d’acquérir de nouvelles compétences : les plus importantes pour notre parcours peuvent être identifiées avec l’aide de notre direction de recherche.

5Ensuite, dans le chapitre 3, Making the most of your PhD supervisor, soit l’un des plus importants selon nous, la spécialiste de cet ouvrage présente l’importance de la première discussion avec sa directrice ou son directeur afin de déterminer s’il s’agit de la supervision adéquate à sa personnalité et à ses objectifs en recherche. Lors de cette première rencontre, Viswanathan suggère aux futurs doctorants et doctorantes de leur poser des questions qui portent sur leurs attentes, leur façon de superviser leurs étudiantes et étudiants aux cycles supérieurs, leur méthodes habituelles de collecte de données et les théories les plus employées dans leur recherche, ainsi que leurs valeurs. Il peut également s’agir de les questionner sur leurs préférences de méthodes de communication, soit en présentiel ou par courriel, leurs préférences en matière de travail collaboratif ou plus indépendant, le nombre de doctorantes et doctorants qu’ils ou qu’elles supervisent, le financement de leurs étudiantes et étudiants et les occasions futures de collaborations scientifiques. La spécialiste de ce livre met aussi en avant l’idée de préparer des ordres du jour lors de chaque rencontre avec sa directrice ou son directeur et de lui envoyer avant chaque rencontre afin d’établir ses priorités et de respecter le temps de réunion prévu. De plus, il est important de garder contact avec cette personne, soit de bien lui communiquer ses intérêts dans son parcours, comme le fait de vouloir présenter dans un colloque, ainsi que ses problèmes, comme le fait de devoir s’arrêter en raison de problèmes de santé. Bien que Viswanathan pousse le lectorat vers des pratiques personnelles saines, elle l’incite également à songer au bien-être de sa direction de recherche qui « ne peut pas être "votre tout" lorsqu’il s’agit de déterminer l’orientation de votre doctorat et de votre bien-être général » (traduction libre, p. 60), notamment pour éviter que cet individu se retrouve lui-même en situation d’épuisement professionnel.

6Dans les chapitres 4, Assembling your supervisory team, et 5, Networking without feeling smarmy about it, Viswanathan encourage les lectrices et lecteurs ainsi que leur direction de recherche à identifier des personnes qui ont des intérêts de recherche et des valeurs semblables aux leurs qui peuvent être leurs alliées ou mentores, notamment dans le cas de la soutenance de la thèse, et qui peuvent former un réseau scientifique. Ces individus sont aussi des pierres angulaires lorsqu’il s’agit d’obtenir des opportunités d’emplois et des lettres de recommandation. Dans le cas de l’examinatrice ou l’examinateur externe de la thèse, la direction de recherche peut aider la personne doctorante à cibler quelqu’un qui se spécialise dans un domaine similaire au leur et avec lesquels il n’y a pas de conflit d’intérêts. L’auteure de ce livre invite également son lectorat à communiquer, que ce soit par entretien informel en ligne ou en présentiel, par courriel ou par téléphone, avec des spécialistes qui les intéressent et qui pourront faire partie de leur « inner/middle circle » pour leur offrir des conseils professionnels.

7Par la suite, le chapitre 6, ‘Feeling all the feels’ through your PhD, démontre l’importance de parler de ses émotions et de ses expériences individuelles au doctorat et de s’entourer d’une communauté d’appui pour éviter la solitude, un sentiment ressenti par plusieurs individus aux cycles supérieurs. Comme proposé dans le premier chapitre de ce livre, Viswanathan indique qu’il est avant tout important de respecter ses propres limites pour éviter l’anxiété non maitrisable. Comme le prévient cette auteure, les limites personnelles sont également importantes afin de prévenir l’épuisement professionnel qui peut être causé par l’anxiété constante, la fatigue produite par une idéologie qui incite un travail sept jours par semaine, ainsi que la solitude de certains individus au doctorat. Un autre facteur qui peut augmenter ce taux d’anxiété au doctorat est l’insuffisance financière – un défi à tous les cycles d’études – et qui mène certaines personnes à devoir quitter leur programme. Afin de réduire les problèmes précédents et pour augmenter son sentiment d’appartenance, Viswanathan indique l’importance d’activités physiques, de la nutrition, des relations saines et du sommeil efficace. Elle termine ce chapitre en incitant les personnes doctorantes qui ne se sentent pas à leur place dans leur programme d’études à se questionner sur leurs valeurs et leurs objectifs afin de voir si elles correspondent à celles de son institution et si ces objectifs sont atteints ou non dans son programme.

8Enfin, au chapitre 7, Defining success on your term, et dans la conclusion de l’ouvrage, Viswanathan commente la culture universitaire où les doctorantes et doctorants doivent fréquemment se mouler aux « règles qui contiennent "devrait", "doit" et "requis" comme mots-clés » (traduction libre, p. 122) qui substituent souvent les valeurs personnelles. Elle invite les personnes doctorantes à définir ce qu’est la réussite selon et pour elles-mêmes. Par ailleurs, elle suggère à ceux et celles qui ne se reconnaissent plus dans leur parcours doctoral et qui souhaitent le cesser de trouver un autre espace où leurs valeurs sont plus légitimisées. De cette façon, le milieu universitaire n’est pas le seul endroit où peut travailler une personne qui a entrepris des études doctorales.

9La particularité de ce livre provient de l’humilité et de la sensibilité de la chercheuse. Plus particulièrement, en partageant ses anecdotes personnelles et en critiquant ce qu’est le monde académique, cette spécialiste amène le lectorat à mieux comprendre ce que constituent les expériences habituelles des personnes aux cycles supérieurs pour que chaque individu se sente capable d’effectuer le choix raisonné de continuer ou non ses études doctorales. Viswanathan, comme elle l’indique dans le passage suivant, ne déplore pas le choix de ne pas entamer les études doctorales : « ne pas terminer un doctorat n’est pas un échec. Ne pas terminer ce que vous avez commencé n’est pas un échec » (traduction libre, p. 105). Elle lui donne une légitimité du fait que quiconque peut avoir des valeurs qui le mène à d’autres objectifs. Elle nous pousse ainsi à être honnêtes avec nous-mêmes afin de réaliser des choix qui s’alignent avec nos propres valeurs. De cette façon, nous croyons que l’objectif proposé par cette chercheuse est atteint. Par l’ordre logique des chapitres de son ouvrage, elle réussit également à guider le lectorat en débutant par les premières étapes du doctorat, soit par le choix de sa direction de recherche, jusqu’aux dernières étapes de la formation de son comité scientifique.

10Par ailleurs, puisque l’ouvrage est disponible en libre accès, cette chercheuse permet aux gens intéressés par le doctorat, mais qui n’ont possiblement pas encore accès à un compte bibliothécaire à leur université de mieux s’informer sur le cheminement doctoral. Bien que ces personnes ne soient pas le public cible de cet ouvrage, nous le conseillerions aux professeures et professeurs qui s’apprêtent à diriger des personnes étudiantes aux cycles supérieurs, surtout s’il s’agit de la première fois, afin qu’ils et qu’elles-mêmes apprennent à définir leurs valeurs personnelles et leurs limites pour avoir un meilleur équilibre vie-travail. Nous croyons aussi que les étudiantes et étudiants qui se destinent à la maîtrise pourraient bénéficier de cet ouvrage, car l’expérience en recherche et sous la direction d’une directrice ou d’un directeur serait encore plus nouvelle pour ceux et celles-ci.

11Finalement, nous apprécions la critique effectuée par Viswanathan de la définition du syndrome de l’imposteur, soit un « doute de soi persistant » (traduction libre, p. 98), car celle-ci efface les problèmes systémiques qui peuvent se cacher derrière les attentes requises dans le milieu universitaire qui peuvent mener à un désir de perfectionnisme ainsi qu’à ce sentiment de doute.

Haut de page

Bibliographie

Viswanathan, L. (2023). The deliberate doctorate. A values-focused journey to your PhD. UBC Press.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Shayna-Eve Hébert, « Compte rendu critique de « The deliberate doctorate. A values-focused journey to your PhD. », par Leela Viswanathan »Revue internationale de pédagogie de l’enseignement supérieur [En ligne], 40(1) | 2024, mis en ligne le 31 mars 2024, consulté le 24 avril 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/ripes/5639 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/ripes.5639

Haut de page

Auteur

Shayna-Eve Hébert

Doctorante en sciences du langage, Université de Moncton, campus de Moncton, Canada, esh3146@umoncton.ca

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search