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Micro-pouvoirs en action au doctorat : la perception des étudiants

Annick Vallières, Nataly Levesque et Julie Bernard

Résumés

Partant de la littérature sur l’environnement doctoral, cette recherche pointe les micro-pouvoirs issus du système académique et leurs conséquences sur les doctorants. Sous la lentille foucaldienne, l’objectif de l’étude est d’apporter une meilleure compréhension de la perception des doctorants de leur expérience au troisième cycle et ainsi proposer des pratiques d’encadrement et de soutien reflétant leurs réels besoins. 11 entretiens semi-dirigés ont été menés et l’analyse inductive a permis l’émergence de thèmes centraux, notamment la supervision doctorale, les exigences du programme de doctorat et la normalisation des sacrifices. L’originalité de cette étude réside dans l’angle théorique privilégiant les récits de doctorants sur leur propre vécu doctoral et les recommandations proposées pour favoriser une expérience académique plus humaine. Les principaux résultats de cette recherche mènent à un compromis entre les sacrifices imposés en échange de l’approbation sociale des différents acteurs de l’institution universitaire. De plus, des avenues de recherches futures sont proposées afin d’élargir le socle du savoir sur la problématique étudiée et les implications pédagogiques en découlant.

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Texte intégral

1. Introduction

1L’environnement doctoral est un univers où seuls ceux qui l’intègrent peuvent comprendre les entraves rencontrées (Fortier, 2021). Plusieurs études mentionnent que le doctorat est perçu comme une course à obstacles ponctuée par l’idéologie du publish or perish (p. ex., Benninghoff, 2009; Raineri, 2013). Dans une atmosphère qui privilégie la recherche académique au détriment d’apprentissages et de formes plus libres d’érudition, les doctorants sont socialisés à une culture de performance (Peters, 2021). Cette dernière se traduit par les critères de réussite du corps professoral, particulièrement le nombre de publications examinées par les pairs (Schimanski et Alperin, 2018). La littérature démontre que le désir d’approfondir des connaissances et l’intérêt marqué pour la carrière universitaire sont les principales motivations à entreprendre un doctorat (CRIEVAT, 2019). Cependant, bien que ce grade universitaire couronne le summum des études supérieures, il ne représente que le premier rite de passage initiatique vers une possible intégration de la communauté scientifique (Conseil des académies canadiennes, 2021; Raineri, 2013). Tous les jours, les doctorants déploient nombre d’efforts dans l’objectif ultime d’obtenir leur diplôme et d’accéder à la profession d’enseignant-chercheur (Ueda, 2009), et ce, sans savoir réellement où tous leurs efforts les mèneront (Skakni, 2018a). Dans les faits, 19 % des diplômés de troisième cycle travaillant au Canada occupent un poste de professeur permanent ou menant à la permanence. Les autres ont obtenu des postes variés hors académie et souvent peu payants (Conseil des académies canadiennes, 2021).

2Parallèlement, les doctorants concilient performances académiques et contribution à l’avancement de la science, aux divers aspects de leur vie personnelle (p. ex., famille, emploi, etc.) (Conseil des académies canadiennes, 2021; Tamburri, 2013; Vaughn, 1998; Winstone et Moore, 2017). C’est qu’en plus des demandes d’aide financière et de bourses, 37 % des étudiants dans un profil de recherche financent leurs études principalement au moyen d’emplois hors campus (CRIEVAT, 2019). Cela représente une charge mentale additionnelle à leur lot quotidien déjà lourd. Selon divers sites d’universitaires canadiennes, il faut compter quatre ans pour l’obtention d’un diplôme de doctorat. Cependant, les statistiques démontrent que les doctorants y consacrent plus de cinq ans (Statistique Canada, 2021). Alors, le passage au doctorat excède presque systématiquement la durée du soutien financier initial accordé. Conséquemment, la pression financière que vivent les doctorants peut mener à une dégradation de leur santé psychologique (Fortier, 2021; Guérard, 2014; Skakni, 2018b) et contribuer au taux d’abandon élevé aux cycles supérieurs (Conseil des académies canadiennes, 2021; Litalien, 2014). D’ailleurs, les difficultés financières sont la cause première du décrochage à ce niveau d’étude (Beaudoin, 2019). En résumé, l’environnement doctoral et ses différentes facettes affectent autant le quotidien que le futur des doctorants.

3L’angle théorique mobilisé dans cette étude est infusé par les travaux de Foucault (1975). Selon Foucault, le pouvoir est un rapport de forces et toute force est toujours en rapport à une autre. Nous nous intéressons particulièrement à des micro-pouvoirs latents rendant dociles et disciplinés les individus sans qu’ils s’en aperçoivent réellement. En fait, les micro-pouvoirs permettent de contrôler, réguler, normaliser la société et d’identifier les sujets en marge. Ainsi, par l’application de méticuleuses techniques de dressage, les micro-pouvoirs prennent tout leur sens dans l’univers doctoral.

4Par le passé, des chercheurs ont exploré des aspects précis de la vie journalière des doctorants comme la conciliation travail-famille (Pigeon, 2016), la socialisation (Gardner, 2007, 2008a; Gopaul, 2012, 2015), la résilience (Brewer et al., 2019), le développement de l’identité académique (Gardner, 2008b; Inouye et McAlpine, 2019) et les relations superviseur-doctorant (Evans et al., 2019). Cependant, aucune étude ne s’est attardée de manière holistique au microenvironnement et à la perception qu’ont les doctorants de leurs conditions au sein de leur programme doctoral. Cette absence dans la littérature met en évidence la pertinence d’approfondir le sujet tel un ensemble de répercussions sur la vie des étudiants au troisième cycle, mais également sur l’enseignement supérieur et la manière dont les doctorants sont formés. Nous nous demandons quelle perception ont les doctorants des sacrifices et exigences promus par l’environnement universitaire dans le cadre de la poursuite d’études au troisième cycle universitaire. L’objectif de cette étude est d’apporter une meilleure compréhension de la vision des programmes doctoraux par les doctorants. Afin de recueillir ces perceptions, 11 entretiens semi-dirigés ont été menés auprès de doctorants auprès de deux universités francophones du Québec (Canada), issus majoritairement (82 %) d’une faculté des sciences de l’administration et à diverses étapes de leur parcours doctoral. L’angle théorique mobilisé met donc en lumière l’impact sur ces doctorants de l’omniprésence de normes et de micro-pouvoirs en action au sein des programmes de doctorat.

5Cette recherche contribue à la bonification du socle des connaissances théoriques et empiriques entourant la conjoncture doctorale examinée par les doctorants, ainsi que les relations avec divers acteurs du milieu académique. Nous proposons des pratiques d’encadrement reflétant les réels besoins des doctorants et des initiatives complétant leurs parcours tout en ouvrant un dialogue primordial sur les angles pédagogiques favorisant l’humanisation de ce processus. Enfin, l’article suscite divers questionnements sur la pédagogie dans le contexte de l’enseignement supérieur.

6Dans la section suivante, nous présentons la revue de la littérature issue de concepts foucaldiens en les exposant sous les grands termes émergeant de notre étude, par exemple l’intériorisation des sacrifices reliés au cheminement doctoral. Ensuite, la collecte de données et l'analyse sont expliquées. Finalement, nous présentons les résultats avant de conclure par une discussion, comprenant des contributions académiques, ainsi que des avenues de recherches futures.

2. Mise en contexte et revue de la littérature1

  • 1 La recension des écrits présentée ici se concentre particulièrement sur les sciences de l’administr (...)

7Au cœur de cette étude se trouvent l’institution et, derrière ses murs, une culture universitaire tel un système de normes, de valeurs et de pratiques se façonnant mutuellement et guidant le comportement des individus à l’intérieur de l’établissement d’enseignement supérieur (Kuh et Whitt, 1988). Les doctorants sont donc volontairement dressés pour agir en tant que chercheurs indépendants avant même d'avoir obtenu leur doctorat (Hakala, 2009). Ils représentent le parfait profil pour la commercialisation de l’innovation et la diffusion de nouvelles connaissances (Conference Board of Canada, 2021).

8Pour plusieurs, le fait de jongler avec plusieurs rôles en simultanée (p. ex., enseignants, étudiants) provoque des délais considérables à l’obtention de leur diplôme si ce n’est pas l’abandon du programme. Selon le Conseil des académies canadiennes (2021), le nombre de diplômés du doctorat au Canada est passé de 3 723 en 2002 à 8 000 en 2017. Malgré cette augmentation, 9 % à 10 % des doctorants ayant entamé un programme de troisième cycle entre 2011-2015 ont abandonné pendant leur première année et 5 % n’y étaient plus inscrits après deux ans (Statistiques Canada, 2020). Globalement, les statistiques sur le taux de diplomation démontrent qu’après huit années consacrées au doctorat, seulement 59,9 % des étudiants l’avaient complété (ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, 2020). L’enquête menée par un comité d’experts sur la transition des titulaires d’un doctorat vers le marché du travail précise que la décision d’abandonner le programme est influencée par une conjonction de facteurs (Conseil des académies canadiennes, 2021, p. 52) : « […] tels que le financement inadéquat, le stress élevé et la mauvaise santé mentale, l’administration et la supervision médiocres des thèses et le manque de préparation (Elgar, 2003; Tamburri, 2013). Certaines caractéristiques des programmes des cycles supérieurs pourraient également contribuer au taux d’attrition parmi les doctorants, par exemple la mauvaise organisation et le manque de cohésion du département » (Elgar, 2003).

9À cela s’ajoutent le manque de transparence dans les processus universitaires, la charge de travail, les conflits de rôles et les perspectives d’emploi incertaines (Mackie et Bates, 2018). À cet égard, nombre de questionnements sur le plan pédagogique peuvent être émis : la relation directeur doctorant est-elle in fine une relation d’ordre pédagogique? Comment l’université et ses logiques organisationnelles s’assurent-elles que les doctorants sont dans une situation optimale afin d’atteindre les objectifs de l’institution? Quelle est la position de l’université au sein d’un système basé sur l’économie de la connaissance? Cette mise en contexte renvoie aux sous-divisions du panoptique de Foucault, soit la tour centrale dans laquelle se trouve « le surveillant », autour duquel ses cellules sont disposées en un cercle bien docile et contrôlé par la force même de l’agente « irréprochable » qu’est l’institution aux yeux de ses disciples (Ropert, 2014).

2.1. Mesure de performance et de classification

10Le système de surveillance et de mesure de la performance permet donc de classifier les individus afin de mieux les contrôler et les assujettir à la norme prescrite (Kemedjio, 1994). Dès leur arrivée au doctorat, les étudiants sont socialisés à produire des connaissances en accord avec un environnement axé sur le volet lucratif de la recherche (Ambos et al., 2008). Ils doivent être rentables pour l’industrie scientifique et sont évalués en fonction de leur productivité : travaux, articles, etc. Ils écopent particulièrement de la compétitivité présente entre les universités, les départements, les professeurs et même entre les doctorants et de l’orientation pécuniaire du système universitaire (Benninghoff, 2009). Par exemple, leurs travaux de recherche sont critiqués et souvent rejetés par les pairs lorsque soumis à des revues scientifiques. Le prestige de la revue dans laquelle le doctorant a publié a souvent plus d’importance que la qualité même de ses résultats de recherche. Le facteur d'impact généré par leurs publications a une forte influence sur l’avancement de leur carrière (Adler et Harzing, 2009).

11Cette approche de production de connaissances est basée sur une logique comptable profondément enracinée dans un courant positiviste dominant le milieu académique (Humphrey et Gendron, 2015). C’est particulièrement le cas pour certaines disciplines, entre autres les sciences de l’administration, un champ d’études dont la culture de recherche a la réputation d’être hautement compétitive. D’ailleurs, les sciences de l’administration sont l’un des domaines où il y a le plus de diplômés, tous grades universitaires confondus (Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, 2020) et où les titulaires d’un doctorat sont les mieux rémunérés cinq ans après l’obtention du diplôme (Conseil des académies canadiennes, 2021). Ce sont d’excellentes statistiques pour la promotion des facultés de sciences de l’administration. Mais les étudiants souffrent-ils de cet environnement extrêmement compétitif?

12En soi, la compétition et la recherche de performance ne sont pas de mauvaises choses et peuvent même être une source de valorisation pour certains étudiants (Sauder et Espeland, 2009). C’est le contrôle derrière ceux-ci qui s’avère problématique. L’imposition de standards minimaux (Dreyfus et Rabinow, 1982) et les aspirations de performance des doctorants sont habituellement déterminées par autrui (p. ex., universités, organismes subventionnaires). D’ailleurs, le système académique a lui-même construit l’idéologie du publish or perish, qui classifie, codifie, catégorise et mesure les performances des académiciens (Gendron, 2008a; Townley, 1993). Bien que coûteuse à gérer et critiquée par les acteurs évoluant dans un tel contexte, cette discipline de performance semble devenir commune au sein de l’environnement doctoral (Espeland et Sauder, 2016; Sauder et Espeland, 2009). Entre autres, l’administration cumule et classifie diverses données sur les doctorants et les universités produisent du savoir sur les individus tout en les transformant en acteurs performants. De plus, les directions de programme peuvent se servir de ces informations pour mieux discipliner les doctorants (p. ex., bourse d’avancement avec date d’expiration). Ainsi, la quantification des performances académiques facilite l’étiquetage des doctorants (Gendron, 2008b) et l’adaptation des traitements punitifs subséquents. Cet ensemble de micro-pouvoirs dénature le fondement des études doctorales.

2.2. Processus de disciplinarisation et normalisation

13La hausse des demandes d’admission au troisième cycle, tout comme l’arrivée constante de nouveaux domaines de recherche (Conseil des académies canadiennes, 2021), poussent au développement de techniques de disciplinarisation plus complexes et sournoises, afin d’assurer une surveillance adéquate des doctorants (Dreyfus et Rabinow, 1982; Prasad, 2013). La disciplinarisation, telle que Foucault la conçoit, recouvre des démonstrations si communément diffusées qu’elles imprègnent inconsciemment les individus visés. Ainsi, ces techniques bien ancrées dans la culture universitaire précèdent les mécanismes d’obéissance, d’homogénéisation et d’organisation des rapports de pouvoir (Chauvel, 2009).

14Toutes ces exigences conformistes laissent peu de place à l’autonomie et la réflexivité des doctorants bien ordonnés (Raineri, 2015). « [it] can be seen as an appropriation of a set of rules, requirements, and expectations that are relatively arbitrary. PhD students must embrace these rules, requirements, and expectations in order to obtain their degree but to also gain legitimacy as researchers » (Skakni, 2018, p. 14). Conséquemment, l’identité scientifique des doctorants se voit biaisée par la discipline imposée, mais aussi renforcée dans la mesure où les nouvelles générations de chercheurs sont formées pour entrer dans le moule du producteur académique efficace et efficient (Panozzo, 1997). Pour les doctorants, conscients ou non, ce moulage leur permet d’assurer leur place dans leur programme et remplir les exigences donnant accès au financement.

15Ainsi la multiplication de ces mécanismes renvoie non seulement à la notion de surveillance et à l’ubiquité du panoptique selon Foucault, mais également au principe de normalisation, soit aux actions accomplies conformément aux règles prescrites par le rite de passage du doctorat. La portée heuristique et les vertus descriptives de cette standardisation sont à ce point fortes qu’elles deviennent l’unique archétype adulé par ses disciples (Chauvel, 2009). La normalisation s’avère donc un processus de formatage de l’esprit, des pratiques et de la production de savoirs comme conséquences que la discipline opère en combinant observation hiérarchique et jugement normalisateur (Dreyfus et Rabinow, 1982). Les doctorants ont ainsi tendance à internaliser les pressions de l’institution et à s’auto-discipliner (Sauder et Espeland, 2009). Cette internalisation est renforcée par l’anxiété produite par les classements (Espeland et Sauder, 2016; Sauder et Espeland, 2009) et l’importance accordée à la performance (Hacking, 2006).

2.3. Intériorisation de sacrifices

16Les pratiques discursives et l’approbation sociale rendent plus enclins à adopter l’attitude souhaitée par l’institution (Foucault, 1975). Cette autorégulation témoigne de l’emprise des micro-pouvoirs et même la valorisation de certains comportements attendus. Dans le cas des doctorants en sciences d’administration, cela pourrait potentiellement se caractériser par la publication dans des revues prestigieuses et l’obtention de bourse de recherche dont le processus est extrêmement sélectif et couteux en temps. Les doctorants sont soumis au culte de la productivité caractérisé par un dépassement de soi et une volonté perpétuelle d’atteindre des objectifs fixés toujours plus haut (Guthrie et al., 2015). L’univers doctoral, en tant qu’ensemble de micro-pouvoirs, établit l’homogénéisation des conditions auxquelles les doctorants ne peuvent se soustraire complètement et n’ont d’autres choix que de montrer qu’ils sont en mesure de performer dans de telles situations (Pigeon, 2016). Ceci explique pourquoi nombre de sacrifices qui seraient marginaux pour certains individus hors de l’académie deviennent la norme quotidienne pour les doctorants (Foucault, 1975).

17Il appert que le manque de relations signifiantes constitue l’un des défis majeurs de l’expérience doctorale. La thèse est associée à un épuisant dialogue avec soi-même renforçant le sentiment d’isolement (Chao et al., 2015). Une des conséquences de l’isolement chez les doctorants se caractérise par un décalage entre les attentes et la réalité dû à l’absence du réseau social les restreignant d’échanges et de partages (Lovitts, 2001). La littérature scientifique démontre une corrélation entre l’isolement et la cessation du programme (Ali et Gregg Kohun, 2006; Fortier, 2021; Litalien, 2014; Tamburri, 2013). En réalité, les doctorants vivent trois principales formes d’isolement : psychologique, intellectuel et social (Kohun, 2006; Kohun et Levy, 2007). C’est donc une conception plurielle de l’isolement, variant en durées et en intensités, qui afflige le doctorant du début à la fin de son parcours au troisième cycle (Vézina, 2021).

18L’isolement psychologique représente les peurs et les angoisses (Vézina, 2021). Il peut être lié à une déformation « professionnelle » poussant les doctorants à remettre en question leurs capacités, notamment celle de rendre une « bonne » thèse. Pour sa part, l’isolement intellectuel se vit dans le processus psychique entourant la production de la thèse (Vézina, 2021). Cet isolement est d’autant plus marqué lorsque les directeurs de recherche ont une approche traditionnelle, prônant un encadrement minimal, voire inexistant, visant à développer l’autonomie de l’étudiant (Belleville, 2014). Finalement, l’isolement social est l’absence de socialisation du doctorant, qui se coupe, sciemment ou non, de son réseau externe à l’académie (Bernheim et Noreau, 2016; Vézina, 2021). Et cela peut représenter un défi supplémentaire pour les étudiants étrangers qui sont déjà en quête de repères sur leur terre d’accueil (Bernheim et Noreau, 2016).

  • 2 3 Veuillez noter que la pandémie est toujours en cours au moment où nous écrivons ces lignes.

19Qui plus est, les mesures sanitaires imposées par les autorités gouvernementales relativement à la COVID-19 (p. ex., confinement obligatoire) exacerbent l’isolement social. D’ailleurs, la docteure Ramirez, psychologue et coordonnatrice du Service de soutien à l’apprentissage à l’Université de Montréal, a remarqué une augmentation de la détresse psychologique pendant la pandémie2 (Couturier, 2021). Nous comprenons donc que les hautes exigences de la culture universitaire combinées à plusieurs situations incontrôlables (p. ex., incertitude concernant l’avenir des doctorants) amplifient les taux de dépression et d’anxiété chez ces étudiants (Conseil des académies canadiennes, 2021). Conséquemment, nombre d’entre eux font l’usage de médicaments ou autres substances psychoactives afin de passer à travers la détresse psychologique associée au doctorat (Wagner et al., 2021). En somme, les doctorants doivent apprivoiser l’expérience de la solitude et accepter la nécessité d’instaurer un rapport organisé face à la notion de temps dans le cadre de la rédaction de leur thèse (Levecque et al., 2017; Skakni, 2018b). Pour ce faire, ils élaborent des stratégies d’endurance face à ces facteurs pouvant se comparer aux performances d’athlètes professionnels (Chao et al., 2015). Dans ces circonstances, nous constatons que le processus d’intériorisation, soit celui où les doctorants persévérants en viennent à normaliser les sacrifices entourant le cheminement doctoral, va de soi (p. ex., Litalien, 2014).

20Certes, l’isolement représente un enjeu de taille pour les doctorants, mais les sacrifices financiers tiennent également un rôle majeur dans leur quotidien. Selon une étude réalisée en 2019, 45 % des répondants (doctorants) avaient une dette d’études supérieures et parmi ceux-ci, près de la moitié avaient contracté un déficit de plus de 20 000 $ (CRIEVAT, 2019). La précarité entourant l’état des doctorants fait en sorte qu’il s’avère difficile d’anticiper et se préparer à son avenir professionnel (Skakni, 2018a). De plus, la vulnérabilité financière s’ajoute à la pression de terminer rapidement la formation doctorale (Beaudoin, 2019). D’ailleurs certains acteurs évoluant dans le système académique dépeignent le cheminement au troisième cycle comme un sacrifice de soi accompagné d'un certain degré de souffrance. Et pour la professeure Skakni, (2018b), la survie à ce rite de passage s’apparent à l’héroïsme. Pourtant, les comportements adoptés, par exemple vivre sous le seuil de la pauvreté, sont attendus comme des standards de sacrifices quotidiens au sein du milieu (Skakni, 2018b).

21La revue de la littérature sur l’environnement doctoral explorée confirme la présence de micro-pouvoirs régnants au sein du doctorat. Sous la lentille foucaldienne, s’inscrivant dans une volonté politique d’émancipation de l’individu et l’affranchissement de la prison discursive qui le déshumanise, nous réitérons notre question de recherche à savoir : quelle perception ont les doctorants des sacrifices et exigences promus par l’environnement universitaire dans le cadre de la poursuite d’études au troisième cycle universitaire?

3. Démarche méthodologique

22Dans une démarche exploratoire, la parole fut donnée aux doctorants afin qu’ils puissent s’exprimer sur leur expérience doctorale et l’impact du système universitaire sur leur réalité quotidienne (Bair et Haworth, 2004; Golde, 2000, 2005; Golde et Dore, 2001). Notre intérêt se porte particulièrement sur la subjective et les capacités réflexives des doctorants (Gaudet et Robert, 2018). Alors, bien que leur discours puisse être influencé par la relation de domination avec certains acteurs du milieu académique (Butori et Parguel, 2010), ils sont les mieux placés pour exposer les diverses forces de pression qu’ils subissent à l’intérieur de l’environnement doctoral. L’entretien semi-directif s’est donc imposé comme la méthode la plus adéquate pour répondre à l’objectif de l’étude et à la question de recherche (Baribeau et Royer, 2012).

23Lors de la collecte de données, les trois chercheuses impliquées étaient également inscrites au doctorat dans deux établissements universitaires francophones canadiens différents. Cet ancrage dans le milieu permet d’avoir une bonne connaissance contextuelle de celui-ci et un accès facilité aux participants. D’ailleurs, la littérature démontre que cette connaissance in situ offre un accès privilégié aux chercheurs (Stoetzler et Yuval-Davis, 2002). La vue d’ensemble de l’intérieur du sujet agit comme une force permettant des comparaisons à l’aide d’un regard externe face aux relations de pouvoir parfois difficiles à cerner sans une bonne compréhension du contexte dans quel elles sont créées et répétées (Stoetzler et Yuval-Davis, 2002).

3.1. Recrutement des participants

24Le recrutement a débuté en 2016. Les premiers participants (0A, 0B et 0C) ont été sélectionnés parmi l’entourage d’une des chercheuses. Les participants provenaient de trois facultés différentes de deux universités québécoises. À la lumière de la divergence des exigences d’une université à l’autre (et d’une faculté à l’autre), les chercheuses ont décidé de se concentrer sur une seule faculté, en sciences de l’administration, d’une institution québécoise. Cette focalisation permettra de mieux comprendre les perceptions des doctorants faisant face au même environnement. Cependant, nous avons tout de même conservé les entretiens 0A, 0B et 0C afin de ne mettre passer sous le silence la voix et l’expérience de ces participants qui ont généreusement accepté de participer à notre étude. Ensuite, une deuxième collecte a eu lieu de 2017 à 2018. Cette phase de recrutement s’est effectuée par le biais de la base de données de courriels d’étudiants inscrits au doctorat de la faculté choisie. Les intéressés étaient invités à participer à une étude sur l’environnement doctoral. De plus, à la fin de chaque entretien, l’intervieweuse demandait au participant des suggestions de sujets potentiels – technique boule de neige (Savoie-Zajc, 2007). Les deux collectes ont permis d’obtenir une diversité de genre et de spécialisations (D1 à D8). Les entretiens se sont terminés lorsque les chercheuses ont jugé avoir atteint la saturation théorique, c’est-à-dire qu’aucune nouvelle donnée ajoutait des informations supplémentaires pour répondre à la question de recherche (Strauss et Corbin, 1998). L’échantillon final était composé de 11 participants, soit cinq femmes et six hommes à diverses étapes du cheminement doctoral. Le tableau 1 présente le profil des participants.

Tableau 1. Profil des participants Participant

Participant

Genre

Département

Cheminement

0A

H

Sémiologie

Rédaction de thèse

0B

H

Géographie

Rédaction de projet

0C

F

Marketing

Scolarité en cours

D1

F

Marketing

Scolarité en cours

D2

H

Gestion internationale

Soutenance faite

D3

F

Marketing

Rédaction de projet

D4

F

Marketing

Rédaction de thèse

D5

H

Management

Rédaction de projet

D6

H

Finance

Rédaction de projet

D7

F

Comptabilité

Rédaction de projet

D8

H

Management

Scolarité en cours

3.2. Collecte de données

25Les entretiens semi-directifs, d’une durée de 30 à 90 minutes, ont été effectués soit en face à-face, par téléphone ou Skype. Ils ont été enregistrés audio numériquement, puis les verbatim ont été transcrits pour un total de 113 pages à simple interligne. Les entretiens ont été analysés de manière inductive par deux codeuses via le logiciel QDA Miner 4.1.21. La validité inter-juges a été testée sur un échantillon et a été jugée satisfaisante. Cette double-codification avait pour but d’améliorer la grille de codes (Thomas, 2006). À cet effet, ladite grille d’entretien préliminaire comportait des questions issues de la littérature sur l’environnement doctoral, notamment la mesure de la performance et les sacrifices encourus par les doctorants. Les questions étaient ouvertes afin de favoriser une compréhension approfondie de la perception des doctorants. De plus, la grille d’entretien amorçait la première étape d'un processus itératif afin de s’ajuster à l’objectif de l’étude (Glaser et Strauss, 1967; Marshall, 1996).

3.3. Analyse des données

26Au moment de la codification, les deux chercheuses responsables étaient dans la rédaction de leurs thèses et avaient préalablement été impliquées dans des recherches qualitatives. L’analyse des verbatim a fait émerger les codes les plus significatifs (Charmaz et Belgrave, 2012). Au fur et à mesure que des codes ressortaient des entretiens, les codeuses comparaient certains d’entre eux afin d’identifier les tendances qui se dessinaient (Corbin et Strauss, 2014). Finalement, elles ont procédé à une réduction des catégories redondantes ou similaires (Thomas, 2006). Plus de 70 codes et sous-codes ont ainsi été divisés en trois grands thèmes : 1) supervision doctorale; 2) exigences du parcours et; 3) conséquences et sacrifices. La section suivante présente les résultats à l’aide d’extrait d’entretiens.

4. Résultats

4.1. Relations de pouvoir au prisme du directeur

27Le désir d’approbation par le directeur de thèse est ressorti comme un sentiment partagé par la majorité des participants. Cependant, la relation entre le doctorant et le directeur n’est pas toujours évidente et rend compte d’une position de pouvoir sur l’étudiant. Plusieurs participants ont évoqué ne pas avoir de bons rapports avec leur directeur et être déçus de l’attitude de ce dernier: « Je suis satisfaite d'un point de vue expertise, car il connaît son sujet et m'encadre très bien. D'un point de vue personnel, pas vraiment, car je me sens parfois exploitée et non appréciée à ma juste valeur » (0C). Une participante nous a confié : « Je pense que je dois toujours démontrer mes capacités et de performer et d’écrire des papiers... Mon directeur m’a dit qu’il laissait deux chances, si ce n’est pas bon les deux fois, c’est fini » (D3). Certains participants ont fait mention d’un désintérêt de leur directeur à leur égard: « Je parle rarement avec lui et quand je le fais, je ne pense pas qu'il sache ce que je fais » (D5). D’autres se sentaient reclus : « Je comprends qu'il faut être autonome, qu'à la fin, il faut être amené à être des chercheurs autonomes, à part entière. Mais je me sens seule » (0C). De plus, le tiers des participants ont dit n’avoir aucun encadrement et, de ce nombre, plusieurs se sentaient impuissants lorsque des tensions surgissaient. Un participant a même volontairement changé de directeur : « Si tu as moindrement le malheur de te pogner avec ton directeur, tu as comme zéro recours là. Changer de directeur, c'est super mal vu, on me l'a dit, t'sais, j'ai des histoires de d'autres qui m'ont raconté que ça allait tellement mal, ils voulaient changer de directeur, mais t'sais ça ne marche pas pantoute » (D2).

28Autrement, un enjeu animant la relation avec le directeur est la publication. Près de la moitié des participants ont mentionné avoir ressenti une forme de compétitivité ou de pression à publier de la part de l’institution universitaire : « On entend vraiment toujours ce mot, il faut publier, il faut publier, jusqu’à ce qu’on devienne vraiment stressés parce qu’il faut que ça arrive un peu spontanément » (D4) et « Surtout qu’en fait, on insiste très souvent sur l'aspect qu'on doit publier pour pouvoir réussir » (D1). Enfin, un participant nous a expliqué que : « Les règles du jeu avec mon directeur, c'est qu'il faut que je publie. On va avoir des conversations quand on se rencontre, pis je te dirais 90 % des fois qu'on va se parler, la première chose dont il me parle, c'est l'état de l'avancement de mes publications » (D2). La progression de la thèse devient donc secondaire aux yeux de certains directeurs.

4.2. Exigences du programme de doctorat

29Dans la situation où l’étudiant est en apprentissage, le rôle du directeur et du corps professoral devrait s’apparenter à celui d’un mentor, d’un coach. Cependant, la plupart des participants ne se sentaient pas suffisamment encadrés : « Il n’y a pratiquement aucun encadrement. C'est de la documentation en ligne, pis le reste ce n’est pas d'encadrement » (0B) et « Il n’y a pas d’encadrement » (0A). En outre, les contraintes engendrées par les techniques de classification étaient palpables dans le vécu des participants. Ils sentaient que l’erreur n’était pas permise dans le cadre de leur formation, et ce, sous peine de sanctions (p. ex., être remercié du programme). « Tu vois les attentes sont tellement élevées. Tu as une pression de performance. Il faut que tu sois à la hauteur. Fait que, tu sais, non, je ne pense pas que tu as droit à l’erreur » (D3) et « Maintenant, l'idée que tout doit être parfait, je l'ai senti lors des évaluations, comme l'examen doctoral où j'ai senti quand même qu’on pourrait faire beaucoup d'effort, mais je pense que ce qui est attendu doit toujours être un peu plus, toujours un peu plus élevé » (D6). Enfin, le sentiment que « notre place n’est pas garantie » (D1) agissait comme une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. C’est ainsi que la fragile position du doctorant pousse à satisfaire les attentes des acteurs de l’institution, voire ceux qui propagent un discours visant la disciplinarisation.

30En définitive, les hauts standards de performances s’installent telle une norme diffuse et furtive dans l’univers des doctorants. Les micro-pouvoirs qu’ils instaurent confirment la régularité attendue des doctorants, brimant, du moins encadrant, leur créativité et leur originalité scientifiques: « On se retrouve avec un système qui encourage un type d'étudiants, un prototype si tu veux » (D2). En ce sens, on peut nommer, notamment, l’utilisation de modèles préétablis et la tendance à privilégier des méthodes de collecte de données et d’analyse plus rapides.

4.3. Normalisation des comportements

31Le système fait miroiter une carrière universitaire dont l’accès est possible à condition d’intérioriser les sacrifices pour y parvenir. Sous le joug des micro-pouvoirs en action, les doctorants viennent à normaliser des comportements afin de faire partie du « jeu ». L’abnégation a été mise de l’avant par les participants sous des thèmes récurrents, soit 1) sacrifices sociaux; 2) isolement; et 3) précarité. Dans les trois cas, les doctorants acceptaient cet état comme faisant partie intégrante de l’expérience doctorale.

4.3.1. Sacrifice social

32L’investissement de temps est perçu par les doctorants comme nécessaire à leur réussite et au maintien de bonnes performances. Une participante expliquait qu’elle croyait devoir consacrer : « toutes les journées, toute la vie à travailler, sinon on ne réussit pas » (D1). Inévitablement, ce sacrifice est en opposition avec les obligations familiales et la vie sociale : « Donc, tout ce qu'il faut faire, ça veut dire travailler les fins de semaine, les soirs, négliger famille, amis, implications sociales. Il faut que tu sois prêt à le faire » (D2). C’est également ce qu’a rapporté un participant : « Certaines sessions, je travaillais sans cesse sur mon projet, ou encore comme chargé de cours. Donc pas de vie sociale parce que c’est bon pour ma carrière future » (0B). « Ils [les gens] pensent que le doctorat, c'est comme à la maîtrise, c'est genre qu'on a quelques trucs à faire par-ci, par-là, un examen à passer. Mais je leur dis, non un doctorat ce n'est pas ça du tout. C'est toute une vie qui se bascule, c'est, c'est, c'est autre chose. C'est que toi, psychologiquement, tu dois être capable de consacrer toutes tes journées, toute ta vie à travailler, sinon tu ne réussiras pas » (D1).

33Cependant, des limites semblaient s’établir durant le parcours. Les doctorants en fin de cheminement sont plus nombreux à faire valoir la nécessité, pour leur équilibre mental, de maintenir des relations sociales hors du milieu académique: « Bien sûr que j’ai fait des sacrifices! Je te dirais que ces sacrifices ont eu lieu durant la scolarité. J’ai dû sacrifier des soirées et des week-ends en famille pour faire les nombreux travaux à remettre. Toutefois, depuis l’examen de doctorat, je ne m’impose plus ces sacrifices » (D7). Somme toute, l’analyse des entretiens a permis d’identifier une différence concernant l’isolement en fonction de l’étape du cheminement doctoral (avant et après l’examen doctoral).

4.3.2. Sacrifice d’isolement

34Rédiger une thèse de doctorat est un travail intellectuel qui s’effectue en solo et les doctorants souffrent d’isolement social (Ali et Gregg Kohun, 2006), soit un manque de relation significative marqué (Hortulanus et al., 2006). Cependant, l’isolement qui accompagne la rédaction de la thèse est perçu comme inéluctable par plusieurs doctorants : « Parce que veut veut pas, c'est un travail qui se fait tout seul. […] Et c'est souvent très difficile individuellement » (0B) et « C'est inévitable vu la réalité des doctorants. On travaille tout seul, dans notre coin » (D1). La scolarité n’est pas particulièrement empreinte de solitude en raison des cours qui ont lieu en présentiel et qui stimulent des relations entre collègues sur une base quotidienne (Ali et Gregg Kohun, 2007). Or, à la suite de l’examen doctoral, la solitude inhérente à la tâche de recherche et de rédaction s’est fait ressentir par la majorité des participants : « Ce que je trouve le plus dur, c’est de travailler chez nous, avec moi-même, dans mes affaires. […] je réalise que vu que tu es laissée à toi-même après l’examen, ben il y en a qui sont capables de survivre et il y en a d’autres que non. […] un moment donné, tu n’as plus de cours, il faut que tu t’organises par toi-même » (D3). L’intériorisation des attentes face à l’autonomie requise lors de l’intégration du poste de professeur-chercheur et la normalisation des difficultés vécues font que peu de participants remettent en cause les enjeux structuraux. Au contraire, la plupart des doctorants rencontrés ont mis de l’avant leurs compétences individuelles pour expliquer leur réussite doctorale : « Les raisons que j'ai poursuivies incluent la détermination, le professionnalisme, et la discipline » (D2). Ce discours appuie la présence de normalisation de comportements inculqués par les micro-pouvoirs du système doctoral. D’ailleurs, certains participants ont évoqué des stratégies mises en place pour contrer l’isolement tels qu’aller travailler dans un bureau de recherche, dans un café, avec des amis, etc. Cela étant dit, peu de participants considèrent que des changements devraient être apportés, car ils perçoivent leur situation comme faisant intrinsèquement partie du travail à accomplir en vue de l’obtention de leur diplôme. Cela supporte l’intériorisation des normes, mais également une forme de valorisation dans la « douleur » et une force intérieure qui les poussent à poursuivre (Skakni, 2018b).

4.3.3. Sacrifice financier

35Comme attendu, les sacrifices financiers sont un thème récurrent dans le discours des participants. Considérant le sous-financement de la recherche universitaire, plusieurs doctorants doivent avoir recours à d’autres moyens que les bourses pour financer leurs études. « Les conditions dans lesquelles on est sont extrêmement précaires, aussi financières, matérielles, physiques et aussi au niveau relationnel. […] j'ai l'impression que ce n'est pas nécessairement les meilleurs étudiants-chercheurs qui vont s'en sortir, c'est ceux qui vont avoir eu les conditions financières [favorables] » (D2). Ainsi, les inégalités sociales dans l’obtention d’un diplôme de troisième cycle reposent, en partie, sur les ressources économiques accessibles.

36Dans ce contexte, il est tout de même surprenant que les expériences de travaux bénévoles soient si fréquentes chez les doctorants. Par exemple, des participants ont exprimé ressentir que les professeurs – qui évidemment connaissent eux aussi la pression de publication – profitent en quelque sorte de leur position d’autorité pour exiger du travail bénévole de leur protégé : « Ils [professeurs] vont t’approcher pis là, ben, ah oui, on aimerait ça que tu travailles pour nous. Là, tu te sens mal, il y a un peu de manipulation là-dedans, ils te font sentir mal si tu ne le fais pas. Ils vont dire, ouais, mais là, c’est pour ta carrière, bla-bla-bla, tu n’es pas vraiment payée pour faire ça. Ça, c’est comme le côté la pute de service, je l’ai fait la première année et demie pis après, ça, ça a été fini » (D3). À l’évidence, ce sacrifice financier s’appuie sur un rapport de pouvoir entre professeur et étudiant et c’est la démonstration même de la normalisation des sacrifices.

37Tour bien considéré, et ce malgré certaines critiques face à la « manipulation » des professeurs, la perception des participants restait celle d’un rite de passage où ils interprètent simplement leur rôle dans le « jeu académique ». Les techniques de disciplinarisation s’opèrent donc avec succès sur cette population, qui bien qu’au niveau académique le plus élevé, reste vulnérables à la puissance des micro-pouvoirs.

5. Discussion et conclusion

38Partant de la littérature sur l’environnement doctoral et son influence sur les étudiants, nombre d’études se sont consacrées à l’analyse d’un impact précis, par exemple, la pression d’obtenir des résultats de recherche (Prasad, 2013). Cependant, à notre connaissance, aucune étude n’a traité la perception, sous de multifacettes, qu’ont les doctorants de leurs conditions au sein du système doctoral. Cette absence dans la littérature met en évidence la pertinence d’approfondir le sujet tel un ensemble de répercussions sur leur vie. Donc, l’objectif de cette étude était d’apporter une meilleure compréhension de la propre vision des doctorants du rite de passage au doctorat pour ensuite proposer des pratiques d’encadrement et de soutien reflétant leurs réels besoins.

39Selon Foucault, les micro-pouvoirs sont dispersés, multiformes et se retrouvent à différents niveaux de la société et de la vie quotidienne (Junqing, 2008). Les résultats de cette recherche confirment que beaucoup de doctorants font face à des périodes de confusion et de désorientation (Keefer, 2015). De plus, les micro-pouvoirs relatifs aux exigences du directeur et du programme de doctorat servent à discipliner et normaliser leurs comportements (Kemedjio, 1994). À la lumière de cette étude, des micro-enjeux structuraux peuvent donc être analysés, et ce, dans plusieurs sphères entourant la vie des doctorants (p. ex., sociale, académique, professionnelle). Deux constats ont retenu notre attention pour les fins de cette discussion, soit l’ampleur de la pression générée par les techniques de disciplinarisation ainsi que l’internalisation des sacrifices doctoraux.

5.1. Pression exercée par la disciplinarisation

40Comme mentionné précédemment, la notion de pouvoir disciplinaire permet de classifier les individus, tels des objets mesurables, gérables et transformables (Covaleski et al., 1998). Le concept de panoptique qui se présente comme une menace invisible et omniprésente sert de moyen d’auto-surveillance et d’autocontrôle (Deetz, 1998; Prasad, 2013). D’ailleurs, sous la lentille foucaldienne, les doctorants sont régis par un dispositif semblable à un ensemble hétérogène de dits et non-dits, comportant des discours, des institutions, des aménagements architecturaux, des décisions réglementaires, des lois, des mesures administratives, des énoncés scientifiques, des propositions philosophiques, morales et philanthropiques (Lafleur, 2015). Ce mécanisme les pousse à se conformer, entre autres, au publish or perish, sous peine d'impacts majeurs sur leur future carrière de professeur-chercheur. Sans toutefois parler de disciplinarisation, les participants à l’étude ont mentionné, à plusieurs reprises, subir une pression afin de convenir aux règlements leur permettant l’accès à leur diplôme et la carrière souhaitée. Les résultats de notre étude confirment donc ceux des recherches précédentes témoignant du culte de la performance et ses effets collatéraux sur les doctorants (Gopaul, 2012; Litalien et Guay, 2015). En ce sens, la standardisation de l’environnement doctoral convertit ses étudiants en objet de production de savoirs uniformes, balisés par le moule imposé par les micro-pouvoirs en place. Selon Foucault, les récits des participants démontrent l’importance de l’approbation sociale par les divers acteurs de l’institution tout comme la sournoiserie et la complexité avec laquelle les micro-pouvoirs sont en mesure d’intégrer les esprits et normaliser leurs comportements en vue d’être acceptés. D’ailleurs, la normalisation facilite l’application d’une discipline autant prescrite par les acteurs universitaires qu’intériorisée par les doctorants eux-mêmes (Sauder et Espeland, 2009).

5.2. Internalisation des sacrifices

41Le doctorant, motivé par le résultat de son passage au troisième cycle, sera prêt à faire des sacrifices et à centrer son énergie sur l’atteinte de son but (Skakni, 2011). Les participants de l’étude ont confirmé que le parcours doctoral est un projet où les sacrifices sont perçus comme étant au coeur même de la réussite. Ils acceptent les compromis tels que l’isolement et la précarité financière, mais puisque l’obtention du Ph. D. représente un long cheminement, les sacrifices peuvent être lourds au quotidien. Ce sont les sacrifices reliés au réseau familial et social qui ont été le plus cités par les participants. De surcroît, au stade de la rédaction de la thèse, certains doctorants admettent éprouver un isolement social et intellectuel, qui parfois pousse à l’isolement intellectuel, qui reste difficile à comprendre de l'extérieur de l’académie (p. ex., conjoint et amis). De plus, il ne faut pas minimiser les possibles impacts de la COVID-19 sur l’isolement des doctorants, évènement qui rend d’autant plus pertinents les résultats de cette étude.

42Selon toutes les apparences, les participants avouent que les sacrifices sont parfois ardus, notamment le fait de vivre avec peu de moyens financiers, mais ils motivent leur décision de poursuivre par un investissement pour leur avenir : un passage obligé. De plus, la majorité des doctorants à l’étude savent que les perspectives de carrière académique sont minces, mais le fantasme d’un poste de professeur-chercheur persiste. Ceci corrobore les résultats antérieurs sur les désirs et sacrifices encourus par les doctorants pour atteindre leur ultime objectif de carrière (Skakni, 2018a; Van der Weijden et al., 2016).

43En résumé, la normalisation des sacrifices relative au doctorat mène les étudiants à se comparer et à davantage faire d’efforts pour s’adapter aux conditions précaires. Bien que ces caractéristiques soient perçues comme des traits de personnalités individuelles, les résultats de l’étude nous font réaliser que ce ne sont pas tous les doctorants qui font face aux mêmes enjeux structuraux. Certains font face à des enjeux relevant de leur statut socio-économique, d’immigration, familial, etc. Dans tous les cas, il semble que les doctorants reconnaissent et acceptent les critères émis par le milieu académique. Ils sont conscients que leur situation d’étudiant au doctorat est régentée par des techniques disciplinaires visant la normalisation de l’entièreté du processus entourant le Ph. D. Ce faisant, très peu remettent en question les règles établies et subies. Ceci répond donc à notre question de recherche sur la perception des sacrifices et exigences promus par l’environnement doctoral afin obtenir leur diplôme et, éventuellement, accéder à un poste en milieu universitaire.

5.3. Pratiques d’encadrement et implications pédagogiques

44Les résultats de l’étude confirment que l’omniprésence des micro-pouvoirs tient un rôle primordial en tant que technique disciplinaire auprès des doctorants (Foucault, 1975). Il s’agit donc d’un milieu réceptif au dressage et à la rentabilité des étudiants enrôlés dans un programme doctoral. En guise d’implications pédagogiques, nous proposons des pratiques d’encadrement s’ajustant à la réalité décrite par les participants.

451- En concordance avec le Conseil des académies canadiennes (2021), nous croyons que la supervision et le mentorat méritent d’être repensés. Les directeurs de thèse ont trop peu souvent conscience de leur rôle d’encadreur et des répercussions directes que leurs échanges ont auprès de leurs étudiants. Nous suggérons une formation de base aux directeurs de recherche afin de valoriser leur importance dans le parcours de leurs doctorants et favoriser une supervision plus adéquate. Ils doivent servir de gardiens de l’avenir de leurs étudiants (Conseil des académies canadiennes (2021).

462- Considérant l’importance et le pouvoir que les directeurs de recherche ont sur les étudiants, plusieurs de ces derniers se retrouvent aux prises avec de malheureuses situations, et ce, sans issue de secours. La mise en place de recours lors de relations conflictuelles avec les directions de thèse est primordiale. C’est pourquoi nous pensons que les associations étudiantes peuvent tenir un rôle tout au long du cheminement doctoral et nous encourageons la proactivité de ce type de comité. Autrement, le dialogue organisé entre professeur et doctorant doit être encouragé. Évidemment, il serait difficile de changer les structures en place, mais nous sommes convaincues que les comités de programmes paritaires, voire autant de professeurs que de doctorants, permettraient des échanges et prises de décisions favorisant les conditions des doctorants tout en brisant les barrières hiérarchiques invisibles, mais réelles, entre le corps professoral et les étudiants.

473- Concernant l’isolement social, nous encourageons les étudiants à former des groupes d’écriture, par exemple des retraites (virtuelles ou en personne). Ce type de rencontres d’écriture scientifique organisée, telles que celles de l’organisme sans but lucratif Thèsez-vous3, ont démontré leur efficacité, et ce, tant sur le plan de l’avancement de la thèse que sur celui de la coupure et de l’isolement des doctorants (Tremblay-Wragg et al., 2021; Vincent et al., 2021).

484- Comme mentionné dans un récent rapport du Conseil des académies canadiennes (2021) : « [l]es difficultés auxquelles se heurtent les titulaires de doctorat soulèvent d’importantes questions concernant la nature de leur formation […] et la façon d’assurer que leur potentiel soit pleinement réalisé » (p. 8). En effet, ce même rapport (Conseil des académies canadiennes, 2021) avance que la majorité des difficultés auxquelles font face les doctorants dans leur transition vers le marché du travail découlent des situations qu’ils ont vécues durant leur programme doctoral, bien avant d’obtenir leur diplôme. Nous conseillons donc aux doctorants de participer à des ateliers d’acquisition de connaissances et de compétences, par exemple, le processus de publications, la recherche d’emploi au sein des universités et des centres de recherche, les perspectives d’emplois hors académie, etc. Ces habiletés, quoi qu’au cœur des tâches attendues du doctorant, font rarement partie des objectifs pédagogiques d’un programme, mais facilitent le passage au doctorat et la transition du doctorat vers le marché du travail. Ces ateliers sont aussi une occasion de briser l’isolement tout en renforçant son réseau. Il s’agit aussi potentiellement d’une source motivationnelle pour les doctorants afin de les stimuler à obtenir leur diplôme. Les Journées PhD Days4 sont un exemple intéressant de ce type d’activité.

495- Les problèmes de santé mentale des doctorants sont flagrants et ils affectent également leur santé physique, leurs relations interpersonnelles et leur rendement académique (Satinsky et al., 2021). Nous suggérons donc un meilleur accompagnement des étudiants au troisième cycle dans leur passage au doctorat. Par exemple, des séances avec des psychologues formés et dédiés pour écouter, rassurer et conseiller les doctorants – aux frais de l’université – serait une avenue à considérer pour le bien-être de ces étudiants.

50Cette liste de recommandations n’est pas exhaustive, mais se colle à la réalité constatée lors des entretiens avec les participants. Par ailleurs, nos suggestions pourraient alimenter des discussions entourant la pédagogie dans le contexte de l’enseignement supérieur et mener à des changements de paradigme.

5.4. Contributions académiques

51Dans une démarche exploratoire, l’originalité de cette étude est l’angle méthodologique adopté, soit que la parole fut donnée aux doctorants afin qu’ils puissent s’exprimer sur leur expérience doctorale et l’impact du système universitaire sur leur réalité quotidienne (Bair et Haworth, 2004; Golde, 2000, 2005; Golde et Dore, 2001). Les résultats mettent en lumière l’impact de l’ubiquité des normes attendues au sein du troisième cycle universitaire. Ainsi, cette recherche contribue à la bonification du socle des connaissances théoriques et empiriques entourant la conjoncture doctorale examinée par les doctorants, ainsi que les relations avec divers acteurs du milieu académique. L’étude encourage également un éveil pour les institutions face aux pressions engendrées par le système doctoral et un possible ajustement des techniques traditionnellement utilisées. Enfin, nous proposons des pratiques d’encadrement reflétant les besoins cruciaux des doctorants et des initiatives complétant leur parcours doctoral tout en ouvrant un dialogue fondamental sur les axes pédagogiques favorisant l’humanisation du processus doctoral et renforçant la perspective sur leurs compétences distinctives, ainsi que leur intégration professionnelle.

5.5. Limites et avenues futures de recherches

52La présente étude comporte toutefois quelques limites. Premièrement, la participation était volontaire. Il est donc possible que les doctorants ayant connu des expériences plus complexes aient voulu profiter de l’entretien pour partager leurs récits personnels. Ceci pourrait représenter un biais. Deuxièmement, la majorité des participants réalisaient un doctorat dans une faculté des sciences de l’administration. Or, c’est une discipline où la culture de recherche a la réputation d’être particulièrement compétitive, notamment en ce qui concerne la publication (Conseil des académies canadiennes, 2021). À cet effet, une piste de recherche pertinente consisterait à réaliser étude plus approfondie sur la question, à la fois sur le versant micro (mieux différencier le vécu des étudiants selon l’ensemble de leurs position sociale et celles de leurs directeurs) et sur le méso (différencier les situations selon les disciplines académiques, ou au moins les « ambiances départementales »). Nous pourrions ainsi examiner les similitudes et disparités quant aux interactions et manifestations de micro-pouvoirs en action. Enfin, dans le cadre de cette étude, aucune enquête organisationnelle n’a été menée. Étant donné que les normes facilitent l’application d’une discipline prescrite par plusieurs acteurs universitaires (Sauder et Espeland, 2009), il serait intéressant de recueillir les expériences vécues à un macro-niveau. À titre d’exemple, analyser le discours de directeurs de thèse, professeurs-chercheurs, organismes subventionnaires, doyens, etc., permettrait d’élargir le spectre des connaissances et présenter une vision selon divers paliers des pouvoirs institutionnels. Troisièmement, les capacités de subversion des forces en action devraient être davantage explorées. Comme les doctorants ne sont pas un tout homogène, il pourrait exister des singularités amenant divers rapports face aux micro-pouvoirs (p. ex., genre, âge, classe sociale, statut d’immigration, etc.). Pour toutes ces raisons, une analyse intersectionnelle permettrait d’identifier des nuances qui pourraient manquer à cette première étude exploratoire.

5.6. Conclusion

53Les récits recueillis et analysés dans le cadre de cette recherche mettent en évidence la force de caractère et la persévérance des doctorants dans leur projet académique. La réalité quotidienne de ce segment de population est difficilement compréhensible par les gens hors de l’académie et l’isolement quotidien pèse lourdement sur leur moral, voire ils remettent en question leur compétence face à ce défi d’une vie. D’ailleurs, nous considérons important de mentionner que plusieurs doctorants ont témoigné un fort intérêt pour participer à notre étude. Il est donc possible que les entretiens aient constitué une forme d’exécutoire, soit une occasion de s’exprimer sur leur expérience et possiblement se rassurer face à leur vécu.

54En tirant pleinement parti des connaissances cumulées et présentées dans cet article, nous désirons prendre part à l’amélioration du développement théorique des micro-pouvoirs impactant les doctorants et favoriser la poursuite des recherches sur le sujet. Les résultats s'ajoutent à la rigoureuse littérature à l'usage des universitaires et instances l’entourant. Par conséquent, nous pensons que des études futures s’avèrent nécessaires afin d’enrichir les travaux existants et susciter plus de discussions pédagogiques sur ce sujet d’importance.

55Note

56Les autrices ont contribué à part égale à cet article.

57Remerciements

58Nous tenons à remercier le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) et les Fonds de recherche du Québec - Société et Culture (FRQSC), organismes subventionnaires canadiens soutenantla réalisation de cette étude. Nous désirons également souligner la précieuse lecture de notre article par la professeure Isabelle Skakni (Haute École spécialisée de Suisse occidentale) et par le professeur Yves Gendron (Université Laval). De plus, nous remercions nos collègues qui nous ont lus tout comme les participants des Journées PhD Days et ceux de la 87e édition de l’ACFAS à qui nous avons présenté cet article. Leurs commentaires, suggestions et conseils nous ont permis d’approfondir notre réflexion.

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Notes

1 La recension des écrits présentée ici se concentre particulièrement sur les sciences de l’administration compte tenu de notre échantillon provenant majoritairement de ce domaine d’études. Cela étant dit, nous croyons que les résultats pourraient aussi s’appliquer à d’autres disciplines reconnues pour leur aspect compétitif tel que génie, agroalimentation, médicine, etc. Évidemment, nous reconnaissons certains propos mériteraient d’être être différencier en fonction des disciplines. Par exemple, certaines affirmations sur le volet lucratif de la recherche pourraient moins correspondre aux sciences sociales qu’à d’autres sciences.

2 3 Veuillez noter que la pandémie est toujours en cours au moment où nous écrivons ces lignes.

3 Thèsez-vous, www.thesez-vous.com, site consulté le 7 septembre 2021.

4 Journées PhD Days, https://www4.fsa.ulaval.ca/evenements/journees-phd-days-2018/, site consulté le 28 mai 2021.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Annick Vallières, Nataly Levesque et Julie Bernard, « Micro-pouvoirs en action au doctorat : la perception des étudiants »Revue internationale de pédagogie de l’enseignement supérieur [En ligne], 38(3) | 2022, mis en ligne le 23 décembre 2022, consulté le 16 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/ripes/4310 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/ripes.4310

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Auteurs

Annick Vallières

Université de Montréal, Montréal, Canada, annickvallieres@gmail.com

Nataly Levesque

Université Laval, Québec, Canada, nataly.levesque.1@ulaval.ca

Julie Bernard

Université Laval, Québec, Canada, julie.bernard.5@ulaval.ca

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Droits d’auteur

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