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Conseil supérieur de l’éducation, Profession enseignante au Québec : voies d’accès actuelles et potentielles. Rapport sur l’état et les besoins de l’éducation 2021-2023

Québec, Le Conseil, 2023, 141 p.
Jean-Pierre Véran
p. 40-42
Référence(s) :

Conseil supérieur de l’éducation, Profession enseignante au Québec : voies d’accès actuelles et potentielles. Rapport sur l’état et les besoins de l’éducation 2021-2023, Québec, Le Conseil, 2023, 141 p.

Entrées d’index

Mots-clés :

enseignant

Keywords:

teachers

Géographique :

Québec

Palabras claves:

docente
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Texte intégral

1Comme le Québec est une région du monde où la réflexion éducative est particulièrement vive, ce rapport consacre un de ses chapitres à « la formation à l’enseignement ici et ailleurs », ce qui permet d’enrichir la réflexion d’apports venus de Suisse, de Finlande, des États-Unis et d’autres provinces canadiennes.

2Sensibilisé à la question des enseignants débutants par le dossier 74 publié en 2017 par la revue1 ainsi qu’à celle du défi de l’attractivité du métier (no 942, 2023), nous trouvons dans ce rapport des pistes complémentaires de réflexion : qui se destine à l’enseignement et pourquoi ? Quelles conséquences de la pénurie d’enseignants sur les élèves dans leur diversité linguistique et culturelle ? Quels enjeux de la multiplication des voies d’accès, de la reconnaissance des acquis de l’expérience ou de l’insertion professionnelle ? Nous nous en tiendrons dans cette recension à la question des voies de formation.

  • 3  En quatre années de formation universitaire spécialisée après l’obtention du baccalauréat, débouch (...)
  • 4  Débouchant sur une autorisation provisoire ou temporaire d’enseigner.

3Au Québec, deux voies mènent au métier d’enseignant : le baccalauréat en enseignement3, d’où provient la grande majorité des brevets d’enseignement, et la maîtrise qualifiante4, initialement conçue pour répondre à des besoins ponctuels mais devenue depuis un objet de débat illustrant les tiraillements entre l’idéal de professionnalisation incarné par le baccalauréat de quatre ans et l’approche de dérégulation.

4En Suisse, le rapport s’attache à l’existence d’un programme de reconversion professionnelle à l’enseignement distinct des programmes de formation initiale traditionnels, dans lequel l’admission se fait sur la base du dossier et non de critères strictement scolaires, et où la validation des acquis expérientiels est possible. Les premières évaluations de ce programme font apparaître le manque d’une réflexion sur les pratiques en lien avec les contenus théoriques.

5En Finlande, l’accès à l’enseignement passe par des études universitaires de second cycle dont l’admission est fortement contingentée, la formation et la pratique faisant une large place à la recherche. La perception favorable de la profession enseignante dans la population, les conditions de travail et le salaire sont trois éléments clés de ce choix professionnel, notamment pour les hommes, qui ne représentent que 30 % des personnels enseignants mais 54 % des personnels de direction. Cependant, les médias diffusent une représentation exigeante et épuisante de la profession qui n’est pas sans impact négatif sur la motivation des étudiants de première année.

6Aux États-Unis, sur le modèle des résidences de médecine, les programmes de résidence d’enseignement ont des visées de formation du personnel enseignant et d’éducation des élèves, mais aussi de justice sociale. Reposant sur un partenariat entre autorités scolaires locales et universités, ils proposent un processus de sélection des résidents bénéficiaires d’une année d’enseignement en classe avec un mentor chevronné et des incitations financières (réduction des frais de scolarité, annulation de la dette d’études, assurance maladie gratuite), un programme axé sur le lien entre théorie et pratique, menant à une maîtrise et au brevet d’enseignement, suivi d’un mentorat de long terme en soutien à l’insertion professionnelle facilitée par des occasions d’emploi. Ces résidences ont lieu dans des écoles où les besoins éducatifs sont élevés, avec des cours du soir renforçant les enseignements du jour. Elles prévoient aussi des séquences d’observation dans d’autres écoles pour mieux connaître la diversité des publics. La rétention des enseignants qui ont suivi cette voie est plus élevée que celle des autres, et leur diversité ethnique et culturelle en est accrue.

7Dans le Vermont, un programme de certification alternative est fondé sur la constitution d’un portfolio de compétences, qui nécessite plusieurs mois d’un processus réflexif exigeant, et est présenté à un comité de pairs formé par l’agence gouvernementale responsable de l’éducation. Ce dernier est constitué de deux enseignants ayant le même champ de spécialisation que le candidat. Les candidats se recrutent notamment parmi celles et ceux qui enseignent grâce à un permis temporaire, à qui il permet d’avoir accès au brevet d’enseignement dans des conditions favorables. Le comité peut recommander la délivrance d’un brevet d’enseignement (ce qui arrive dans 70 % des cas pour les candidats qui parviennent à ce stade du programme) ou demander que le candidat suive des formations complémentaires adaptées à ses besoins.

  • 5  Pascal Guibert, « L’accueil des nouveaux enseignants dans les collèges et les lycées français », R (...)

8Dans d’autres provinces canadiennes, les membres du Conseil supérieur de l’éducation du Québec, auteurs du rapport, observent que ce qui fait polémique au Québec, notamment un programme de deux ans après le baccalauréat pour obtenir un brevet d’enseignement, est pratiqué sous des formes variées en Ontario et en Colombie britannique. Le baccalauréat en éducation (B Ed) y prend plusieurs formes, notamment celle d’une formation de premier cycle de deux ans, à suivre après un premier baccalauréat. Les universités canadiennes définissent un certain nombre de crédits à obtenir en premier cycle pour pouvoir être admis au B Ed. Ces soixante crédits peuvent être obtenus en onze mois en Colombie britannique. Les deux provinces offrent également la possibilité d’un baccalauréat de quatre ans en enseignement. Des membres du Conseil de l’éducation du Québec proposent que la quatrième année du B Ed soit consacrée à un internat, au cours duquel les étudiants prendraient en charge tous les aspects de la profession, afin de mieux les préparer au « choc de la réalité » évoqué par Pascal Guibert5.

9C’est en effet un élément clé de ce rapport que de placer au cœur du sujet la question de l’insertion professionnelle, si l’on veut réduire l’attrition des enseignants et répondre pleinement aux besoins en formation et en éducation des élèves. Améliorer qualitativement le contexte d’entrée dans la profession est essentiel, ainsi que souligner la nécessité d’assurer la présence des enseignants dans l’encadrement de la formation, dans des espaces de concertation permanents.

10Il n’est pas étonnant que, parmi ses recommandations finales, le rapport souligne le besoin d’une « résidence de qualification pour l’enseignement », destinée aux personnes en transition vers une carrière d’enseignement dans le système scolaire.

11Ce rapport est un précieux tour d’horizon international sur les moyens de répondre le plus efficacement possible, par la diversité des voies d’accès et d’entrée dans le métier, aux besoins d’éducation dans une partie du monde qui échappe aux contraintes qu’affrontent les pays émergents.

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Notes

1  En ligne : https://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/ries/5742

2  En ligne : https://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/ries/14366

3  En quatre années de formation universitaire spécialisée après l’obtention du baccalauréat, débouchant sur l’obtention d’un brevet d’enseignement permanent.

4  Débouchant sur une autorisation provisoire ou temporaire d’enseigner.

5  Pascal Guibert, « L’accueil des nouveaux enseignants dans les collèges et les lycées français », Revue internationale d’éducation de Sèvres [en ligne], no 74, avril 2017.

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Pour citer cet article

Référence papier

Jean-Pierre Véran, « Conseil supérieur de l’éducation, Profession enseignante au Québec : voies d’accès actuelles et potentielles. Rapport sur l’état et les besoins de l’éducation 2021-2023 »Revue internationale d’éducation de Sèvres, 95 | 2024, 40-42.

Référence électronique

Jean-Pierre Véran, « Conseil supérieur de l’éducation, Profession enseignante au Québec : voies d’accès actuelles et potentielles. Rapport sur l’état et les besoins de l’éducation 2021-2023 »Revue internationale d’éducation de Sèvres [En ligne], 95 | avril 2024, mis en ligne le 01 avril 2024, consulté le 24 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/ries/15023 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/11o8y

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Auteur

Jean-Pierre Véran

Jean-Pierre Véran est membre professionnel du laboratoire Bonheurs, CY Cergy Paris Université. Inspecteur d’académie honoraire, il intervient sur les questions de gouvernance des organisations éducatives, de politiques éducatives et d’éducation aux médias et à l’information. Auteur de plusieurs ouvrages, il tient également un blog consacré à l’éducation sur Mediapart : http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-pierre-veran/ Courriel : jeanpierreveran2[at]gmail.com

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