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DOCUMENTS. Cinq déclamations

La déclamation sur la mort, dans le genre consolatoire (1517)

Érasme
Traduction de Élise Gillon et Rémi Ordynski

Texte intégral

       

Édition princeps : Érasme, Querela pacis undique gentium eiectae profligataeque, Bâle, Johann Froben, décembre 1517, In genere consolatorio, de morte declamatio, p. 53-701.

  • 2  Ce travail a été finalisé en octobre 2023. Nous le dédions à notre collègue † Dominique Bernard.

Pour établir le texte2, nous avons également consulté l’édition bâloise de 1540 des Opera omnia (Des. Erasmi Rot. Operum, t. IV, Bâle, J. Froben, 1540, désormais BAS).

  • 3  Sur ce réemploi de la Declamatio dans le DCE, voir dans ce même numéro d’Exercices de rhétorique, (...)

Le texte a été repris dans la première édition du De Conscribendis epistolis (désormais DCE), comme exemple de lettre de consolation censément adressée à Antoine Sucquet au sujet de la mort de son fils3. Nous indiquons par « var. DCE » les variantes de l’édition du De conscribendis epistolis donnée par J.-C. Margolin (Opera omnia, I, 2, Amsterdam, North-Holland publishing company, 1971, p. 441-455). Elles sont rares et, à quelques exceptions près, insignifiantes.

Les paragraphes et les numérotations, absents des éditions consultées, sont ajoutés pour les besoins de la présentation. Les indications en manchettes, qui sont au nombre de trois (Exordium, Transitus ad argumentationem, Argumentatio), sont signalées entre crochets ; elles correspondent à celles de l’édition princeps. Des notes signalent celles de l’édition BAS.

Nous avons choisi de rester proches du texte latin, qui comporte un caractère scolaire, et de ne pas chercher à éviter certaines répétitions, ni à alléger en français certaines expressions ou constructions présentes dans le texte original. A été consultée la traduction en langue anglaise des Collected works of Erasmus (Literary and educational writings 3, éd. J. K. Sowards , Toronto-Buffalo-London, University of Toronto Press, 1985, p. 156-164) et les notes correspondantes (ibid., Literary and educational writings 4, p. 535-538).
        

   

1Érasme de Rotterdam salue son cher Henri Glaréan.

2Il y a plusieurs années, alors que je séjournais quelques mois à Sienne pour raffermir ma santé, j’ai eu pour élève Guillaume, archevêque de Saint André, jeune homme au caractère très heureux, chez qui je logeais alors ; je l’ai entraîné à différents exercices que les Grecs appellent meletas. Parmi ces travaux que j’avais négligés, je n’ai retrouvé, par je ne sais quel hasard, que celui-ci conservé dans mes papiers. Je te l’envoie à cette condition que, si tu ne l’approuves pas, tu le jettes où il le mérite mais, si tu l’approuves, que tu entraînes de la même manière tes jeunes élèves à ce genre d’arguments par notre exemple, et même, s’il t’en semble digne, que tu prennes soin d’ajouter ce libelle à mes autres travaux. Porte-toi bien, Glaréan, honneur de ta Suisse.

Erasmus Roterodamus, Henrico Glareano suo, S. D.

  • 4  Var. BAS : Alexandrum archiepiscum.

Ante complures annos, cum Senæ, ualetudinis confirmandae gratia, menses aliquot commorarer, D. Guilielmum archiepiscopum4, titulo diui Andræ, felicissimæ indolis adolescentem, apud quem tum diuersabar, uariis thematis, quas Graeci μελετάς uocant, exercui. Ex his a me neglectis, nescio quo casu, seruatum hoc unum inter schedas reperi. Id hac lege ad te mitto, ut si non probas, abiicias quo meretur. Sin approbas, nostro exemplo tuos item adolescentes hoc genus argumentis exerceas, atque etiam si videtur, libellum hunc cæteris lucubrationibus meis adiiciendum cures. Bene vale Glareane, Helvetiæ tuæ decus.

31. [Exorde] Quelle cruelle blessure tu as reçue, comme père, de la mort d’un excellent garçon ! Je le devine aisément, certes, à ma propre douleur. C’est pourquoi je serais d’une inhumanité brutale si je défendais à un parent de s’affliger en un si triste malheur, alors que moi-même, un étranger, je ne peux m’empêcher de m’affliger. De reste, j’aurais l’air d’un effronté à juste titre, si j’entreprenais de remédier à ta douleur alors que j’aurais moi-même besoin d’un médecin, et si j’essayais d’essuyer les larmes d’un père, alors que moi-même je ne pourrais encore poser aucune limite à mes larmes.

  • 5  L’édition BAS indique en manchette : Insinuatio.
  • 6  Var. BAS : dolori.

[Exordium5] Quam acerbum uulnus ex optimi pueri decessu pater acceperis, equidem ex meo ipsius dolore facile coniecturam facio. Quare vehementer sim inhumanus, si parentem in tam tristi casu lugere uetem, cum alienus ipse non queam non lugere. Impudens autem merito uidear, si tuo dolore6 parem mederi, cum mihi ipsi medico sit opus, sique patri coner lachrymas abstergere, cum ipse lachrymarum nullum adhuc modum facere possim.

  • 7  La Declamatio est largement empreinte de stoïcisme. L’impératif de constance (« tibi constet ») qu (...)
  • 8  On retrouve ici le précepte stoïcien selon lequel le sage doit « suivre la nature ».

42. [Transition vers l’argumentation] Bien que ce trait de la fortune ait dû, en effet, frapper plus profondément un cœur de père, cependant, une forme de sagesse qui t’est propre te permet d’ordinaire de supporter tous les malheurs humains avec une âme non seulement courageuse et infrangible, mais même enjouée. [Argumentation] Par conséquent, il faut que tu sois cohérent avec toi-même en contenant et modérant, du moins, la douleur de ton âme, parfaitement légitime (qui le nierait ?), si tu ne peux encore la rejeter. Mais pourquoi n’irais-tu jusqu’à la rejeter ? Évidemment, ce que l’espace de quelques jours obtient du vulgaire, la raison pourrait l’obtenir d’un homme à la sagesse accomplie ! En effet, quelle est la femmelette qui se lamente avec si peu de retenue sur la mort de son fils, et dont un jour n’adoucisse d’abord le chagrin, avant de le supprimer même entièrement ? Ne jamais avoir l’esprit abattu est le propre du sage7 ; cependant, dans ces malheurs auxquels nous tous, les plus grands comme les plus petits, sommes également exposés, éprouver une douleur trop immodérée me semble le fait de la dernière démence. Qui ignore en effet, à moins d’être totalement incapable de penser, qu’il est né sous cette loi : quel que soit le moment où Dieu l’appellera, il faudra aussitôt quitter ces lieux ? C’est pourquoi celui qui pleure la mort d’un homme, je le demande, de quoi se lamente-t-il, sinon du fait d’être mortel ? Et pourquoi pleurerais-tu la mort plutôt que la naissance, alors que l’une et l’autre sont conjointes selon la nature8 ? 

  • 9  L’édition BAS indique en manchette : Beneuolentia.
  • 10  L’édition BAS indique en manchette : Propositio.

[Transitus ad argumentationem9] Quanquam enim hoc fortunæ telum, paternum pectus altius ferire debuit, tamen illud tibi præstare solet singularis quædam sapientia, ut omneis casus humanos, non solum forti & infracto, uerumetiam alacri perferas animo. [Argumentatio10] Proinde tibi constes oportet, ut animi dolorem, omnino iustissimum (quis enim neget ?) si nondum potes abiicere, certe premas, ac modereris. Cur autem non etiam abiicias ? Uidelicet, ut quod ab idiotis impetrat paucorum dierum spacium, id a sapientissimo uiro impetret ratio. Nam quæ matercula tam impotenter filii mortem luget, cui dies non ægritudinem leniat primum, deinde penitus etiam adimat ? Nusquam animo deiici, sapientis est : at in his casibus, quibus omnes ex æquo, maximi pariter ac minimi sumus obnoxii, dolere immoderatius, extremæ uecordiæ mihi uidetur esse. Quis enim ignorat, nisi prorsus incogitans, hac se lege natum esse, ut quandocunque uocarit deus, sit protinus hinc emigrandum ? Itaque qui mortem hominis deplorat, quæso, quid aliud quam se mortalem esse deflet ? Aut cur potius mortem deplores, quam natiuitatem, cum utraque iuxta secundum naturam sit ?

  • 11  L’injonction à adopter une position de surplomb associe l’élévation du regard et celle de l’esprit (...)
  • 12  L’image topique contraste avec le ton grave de la séquence. La référence à Juvénal (XIII, 141) ava (...)
  • 13  Sans être propre aux stoïciens, l’ἀπάθεια est une notion centrale dans leur philosophie. Elle dési (...)

53. C’est comme si quelqu’un remerciait d’être admis à un festin, mais se plaignait de devoir prendre congé. Cependant, si quelqu’un contemplait la vie et la condition de tout le genre mortel comme du haut d’un poste élevé11, est-ce qu’il ne se verrait pas comme trop sensible si, parmi tant d’exemples de deuil, parmi d’aussi fréquents décès de vieillards et de jeunes gens, il avait l’âme trop lourdement torturée ? Comme si quelque chose d’inouï, et un grand mal, lui arrivait à lui seul, et comme si un individu en particulier, le fils d’une poule blanche, suivant l’adage12, demandait à être exempté du sort commun ! Pour ces raisons, de même que les plus sages législateurs autorisent quelque deuil à l’affection des parents, de peur de paraître exiger de n’importe qui cette apatheia que même certains stoïciens ont condamnée13, de même, ils ont circonscrit le chagrin dans des limites bien restreintes. En effet, soit, dans ce genre de cas qui, étant communs à tous, sont amenés en vérité non pas par l’injustice de la fortune, mais par le cours et l’ordre même de la nature, ils ont compris qu’une brève affliction suffit même aux plus faibles, dans la mesure où la nature adoucit la blessure qu’elle a infligée et apporte peu à peu la cicatrisation. Soit ils ont estimé que la douleur était non seulement inutile à ceux pour qui on la prodigue, mais aussi néfaste à ceux qui s’en chargent, lourde et pénible aux amis, à la famille et aux compagnons de vie. Dès lors en vérité, si on réfléchit à la chose de manière correcte, est-ce que cela n’apparaît pas comme une espèce de folie, d’ajouter soi-même du mal à un mal et, alors qu’on ne pourrait aucunement réparer le coup du sort, d’appeler pourtant toi-même ta propre ruine ? C’est comme si quelqu’un, privé par un ennemi d’une partie de ses biens, jetait dans sa colère tout ce qui lui reste à la mer, et prétendait pleurer son sort à cette aune.

Perinde ac siquis gratias agat, quod ad conuiuium sit admissus, queratur autem sese dimitti. Quod si quis uelut e sublimi specula, universi mortalium generis conditionem, uitamque contempletur, non merito delicatus sibi uideatur, si inter tot orbitatis exempla, inter tam densa senum ac iuuenum funera, grauius discrucietur animo, perinde quasi soli nouum aliquod, ac magnum malum acciderit, quasique unus tanquam albæ, quod aiunt, gallinæ filius, extra publicam aleam statui postulet. Quas ob res sapientissimi legum conditores, uti luctum aliquem parentum affectibus indulgent, ne uidelicet a quibuslibet ἀπάθειαν illam exigere uideantur, a nonnullis etiam Stoicis damnatam, ita eum modicis sane finibus circumscripserunt. Siue quod intelligerent, in id genus casibus, qui cum omnium sunt communes, tum uero non fortunæ iniuria, sed ipso naturæ cursu atque ordine inducuntur, breuem mœrorem sufficere, uel infirmioribus, utpote natura uulnus quod inflixit, leniente, sensimque cicatricem obducente. Siue quia perpenderint, dolorem non solum inutilem esse iis quibus impenditur, uerumetiam perniciosum iis a quibus sumitur, grauem ac molestum amicis ac familiaribus, uitæque sociis. Iam uero, siquis rem recta reputet uia, an non dementiæ species esse uidetur, ultro malum malo addere, & cum fati iacturam nulla ratione sarcire possis, tamen ultro tibi perniciem accersere ? Perinde ut siquis ab hoste, nonnulla facultatum parte spoliatus, quicquid reliquum est, id omne iratus in mare deiiciat, adque eum modum fortunam suam deplorare sese prædicet.

  • 14  « Publilius [Syrus] écrivait des mimes », selon Aulu-Gelle (« Publilius mimos scriptitauit », Les (...)
  • 15  2 Samuel 12, 15-23. Il s’agit de la mort de l’enfant que David avait eu avec Bethsabée.

64. Et si cet illustre Mimus14, digne même de n’importe quel philosophe, ne nous émeut guère quand il affirme : « Supporte et n’accuse pas ce qui ne peut être changé », que te vienne au moins à l’esprit le si bel exemple du très sage roi David : dès que lui fut annoncée la mort de l’enfant qu’il aimait très tendrement, aussitôt il se leva du sol, essuya la poussière, enleva son silice, puis, lavé et parfumé, le visage changé, il alla tout joyeux au festin. À ses amis qui admiraient ce fait, il déclara : « Qu’est-ce ? Pourquoi me consumer désormais dans la douleur ? Car auparavant, il pouvait y avoir quelque espoir que Dieu, fléchi par mon deuil, sauvât mon enfant : à présent, celui-ci ne peut nous être ramené par aucune larme, c’est nous qui nous hâterons sous peu de le rejoindre15. » Qui est assez fou pour vouloir supplier quelqu’un qu’il sait avec certitude ne pas être ébranlé par les prières ? Mais rien n’est plus inexorable, rien n’est plus sourd, rien n’est plus rigide que la mort. Les bêtes sauvages, même les plus cruelles, s’adoucissent grâce à l’art. Il est un moyen de briser le marbre, il est un moyen d’amollir le diamant ; il n’est aucun moyen d’attendrir la mort. Celle-ci n’épargne ni la beauté, ni les richesses, ni l’âge, ni les pouvoirs. Et il faut la supporter d’un esprit d’autant plus égal, justement, qu’elle est d’une part inévitable et, d’autre part, si également commune à tous.

Quod si nos parum mouet Mimus ille nobilis, & quouis etiam philosopho dignus, Feras, non culpes, quod uitari non potest, certe Dauidis sapientissimi Regis exemplum pulcherrimum in mentem ueniat. Cui simulatque pueri, quem tenerrime diligebat, mors est nunciata, confestim solo erexit sese, puluerem abstersit, cilicium abiecit, deinde lotus & unctus, uultu mutato, alacris ad epulas accessit. Id factum admirantibus amicis. Quid est, inquit, cur me iam conficiam dolore ? Nam antehac, utcumque spes erat fieri posse, ut meo luctu flexus deus, infantem seruaret, nunc nullis ille lachrymis ad nos reuocari potest, nos ad illum breui properabimus. Quis tam demens, ut cuiquam supplex esse uelit, quem certo sciat precibus non commoueri ? At morte nihil inexorabilius, nihil surdius, nihil rigidius. Arte mansuescunt feræ, uel immanissimæ. Est quo frangatur marmor, est quo mollescat adamas, nihil est quo mortem delinias. Ea nec formæ parcit, nec opibus, nec ætati, nec imperiis. Atque ob idipsum æquiore ferenda animo, uel quod ineuitabilis, uel quod tam ex æquo communis omnibus.

  • 16  Voir Tusc., III, XIV-30 ; XXIV-57. Les noms d’Anaxagore et de Télamon sont réunis à propos de cett (...)
  • 17  Voir Jérôme (ibid., p. 94) auquel Érasme reprend les grands traits de l’exemplum en ajoutant la me (...)
  • 18  Voir Jérôme (ibid.). Dans la lettre à Héliodore, Xénophon est également associé à Socrate (« Xenop (...)
  • 19  Sur Dion de Syracuse, voir Platon, Epist. 7.
  • 20  Voir, concernant cet épisode de la vie de Démosthène, Eschine, Contre Ctésiphon, 77 et Tusc., III, (...)
  • 21  Érasme aborde certaines aspects de la vie d’Antigone, roi de Macédoine dans ses Apophtegmes (IV, 1 (...)

75. Mais pourquoi continuerais-je maintenant à t’énumérer tant d’exemples de païens qui ont supporté la perte des leurs avec hauteur et fermeté d’esprit ? Est-ce que cela ne semblerait pas le comble de la honte que des chrétiens soient surpassés en force d’âme par ces personnes ? À présent, que vienne à ton secours cette illustre parole de Télamon et d’Anaxagore16, célébrée à juste titre dans tous les écrits : « Je savais que j’avais engendré un mortel. » Que vienne à ton secours Périclès17, le chef des Athéniens, connu non tant pour son éloquence que pour sa force d’âme : alors que celui-ci avait subi, en l’espace de quatre jours, la perte de deux adolescents merveilleux, il alla jusqu’à discourir à l’assemblée en gardant son visage habituel, et même paré d’une couronne. Que vienne à ton secours le célèbre Xénophon18, digne disciple de son maître Socrate : alors que la mort de son fils lui avait été annoncée au moment d’un sacrifice, celui-ci se contenta d’enlever sa couronne et la remit bientôt, dès qu’il sut qu’il était tombé courageusement au combat. Que vienne à ton secours Dion de Syracuse19 : alors que celui-ci était occupé avec une assemblée d’amis, qu’un tumulte soudain s’était fait entendre dans la maison, et que, cherchant à comprendre ce qui se passait, il avait appris que son fils était mort tombé du toit, il ordonna que le corps du défunt fût confié aux femmes pour être enseveli selon le rite, mais déclara qu’il ne manquerait pas pour sa part ce qu’il avait décidé de faire. À l’imitation de ce dernier, Démosthène20, après la perte de sa fille unique et très chérie, se présenta au peuple paré d’une couronne et vêtu de blanc le septième jour suivant le décès de celle-ci. C’est l’accusation de son ennemi Eschine qui à la fois accrédite ce fait et en illustre la gloire. Que vienne à ton secours le roi Antigone21 : alors qu’on lui avait annoncé que son fils était tombé dans un énième combat, il hésita un peu, regarda ceux qui lui avaient apporté la nouvelle et dit avec magnanimité : « Tu es mort assurément bien tard, Alcynonen (c’était le nom de son fils), toi qui t’es jeté si témérairement contre les ennemis sans te soucier ni de ta sécurité, ni de mes mises en garde. »

  • 22  Var. DCE : intuens.
  • 23  Var. BAS : Alcinoe.

Iam uero quid ego tibi recensere pergam tot Ethnicorum exempla, qui suorum interitum excelso infractoque tulerint animo ? A quibus animi fortitudine superari Christianos, nonne turpissimum uideatur ? Nunc tibi succurrat nobilis illa, meritoque literis omnium celebrata, Telamonis & Anaxagoræ uox, Sciebam me genuisse mortalem. Succurrat Pericles Atheniensium dux, non tam eloquentia, quam animi fortitudine celebris, qui cum intra quatriduum duobus mirificis adolescentulis orbatus esset, solito uultu, atque adeo coronatus, etiam in concione disseruit. Succurrat Xenophon ille Socrate praeceptore dignus, cui cum inter sacrificandum, mors filii esset nunciata, coronam modo deposuit, atque eandem mox reposuit, simulatque fortiter in acie cecidisse cognouit. Succurrat Dion Syracusanus, qui cum in amicorum consessu nonnihil agitaret, ac subito tumultu in ædibus coorto sciscitatus, quid esset rei, didicisset filium de tegulis lapsum interisse, nihil commotus, iussit extincti corpus mulieribus rite sepeliendum tradi, sese quod instituerat, non omissurum. Hunc imitatus Demosthenes, amissa filia charissima, atque unica, septimo ab eius obitu die coronatus, & candido uestitu ad populum prodiit. Cuius facti, & fidem confirmauit, & illustrauit gloriam, Aeschynis inimici criminatio. Succurrat rex Antigonus, cui cum nunciatum esset, filium in extraordinario conflictu concidisse, paulisper cunctatus, & intuitus22 eos qui renunciarant, magno quidem animo, Sero, inquit, interisti Alcynonen23 (nam id erat filio nomen) qui tam temere in hostes te conieceris, neque tuæ salutis, neque meorum memor monitorum.

  • 24  L’exemple est présent et raconté d’une façon similaire chez Jérôme (op. cit., p. 94) : « Puluillus (...)
  • 25  Plutarque, Vie de Paul Émile, 36.
  • 26  Le fait est raconté dans des termes proches par Plutarque, Vie de Fabius Maximus, 25.
  • 27  Plutarque, Vie de Caton le censeur, 51. Les exemples de Quintus Maximus et de Caton figuraient dan (...)
  • 28  Sur cet épisode de la vie de Martius (ou Marcius) Rex, voir Valère Maxime, Faits et dits mémorable (...)
  • 29  Plutarque raconte en détail la Vie de Sylla, qui se fit en effet surnommer « Felix », et fit grave (...)
  • 30  La mort des deux fils de Bibulus est évoquée par César (La Guerre civile, III, 110).
  • 31  Voir Plutarque, Vie de Caïus Julius Caesar, 23.
  • 32  Pour cette scène de guerre, voir Plutarque, Vie de Marcus Crassus, 26.
  • 33  Tous les membres de cette liste se trouvent associés dans la lettre citée de Jérôme, dont Érasme e (...)
  • 34  L’exemplum est une réécriture de Sénèque (Consolation à Marcia, XV, 3, dans Dialogues, t. 3, trad. (...)
  • 35  Voir Sénèque, Consolation à Helvia, XVI-6.

86. Mais si les exemples romains te saisissent davantage, considère Pulvillus Horatius24 : alors que celui-ci consacrait le Capitole, comme on lui avait annoncé que son fils était décédé, il ne retira pas sa main du montant du temple, pas plus qu’il n’abaissa l’expression de piété de son visage jusqu’à la douleur privée. Considère Paul Émile25 : après avoir perdu deux fils en sept jours, celui-ci s’avança dans l’assemblée et prit la parole pour féliciter le peuple romain d’avoir racheté par un deuil privé la haine publique qu’aurait pu lui valoir sa fortune. Pense à Quintus Fabius Maximus26 : alors que celui-ci avait perdu un fils, un ancien consul qui s’était distingué par ses hauts faits, il parut à l’assemblée pour prononcer l’éloge de son fils. Pense également à Caton le Censeur27 : alors que son fils aîné était décédé, jeune homme d’un caractère singulier, d’une vertu exceptionnelle, et en outre déjà désigné comme préteur, il fut cependant si peu ébranlé par cet accident qu’il n’administra pas avec moins de zèle les affaires de l’État. Que te vienne à l’esprit Martius28, surnommé Rex : alors que ce dernier avait perdu un fils d’une extrême piété, qui lui donnait de grands espoirs, et qui plus est son fils unique, il supporta sa perte avec une telle fermeté d’esprit qu’aussitôt après la crémation du jeune homme, il se rendit à la Curie et convoqua le sénat pour voter une loi. Que te vienne à l’esprit Lucius Sylla29 : la mort de son fils n’atteignit aucunement sa vertu si active contre les ennemis de ce héros, elle n’eut pas non plus sur lui l’effet de donner l’impression qu’il aurait usurpé le surnom d’Heureux. Lucius Bibulus30, dès le lendemain du jour où il sut que ses deux fils avaient été tués, se présenta en public pour ses charges habituelles. Le collègue de ce dernier, César31, alors qu’il parcourait la Grande Bretagne et avait appris la mort de sa fille, reprit pourtant avant trois jours ses charges de commandement. Alors que Marcus Crassus32, lors de la guerre contre les Parthes, apercevait la tête de son fils fixée à une lance (car les ennemis la montraient pour se railler en s’approchant d’assez près, exaspérant même l’horreur par des insultes), il eut l’âme si peu ébranlée qu’il parcourut aussitôt tous les rangs à cheval, proclamant que ceci était son malheur privé, mais que le salut de la République résidait dans le fait que les soldats fussent sains et saufs. Je laisserai de côté une armée d’exemples, les Gallus, les Pisons, les Scævola, les Metellus, les Scaurus, les Marcellus, les Aufidius33 : l’empereur Claude34, alors qu’il avait perdu à la fois le fils qu’il avait engendré et celui qu’il avait adopté, fit cependant lui-même l’éloge du premier devant les rostres, tandis que le corps était exposé en public et qu’on avait seulement interposé un voile pour soustraire le cadavre au regard du pontife ; et alors que le peuple romain pleurait, le père seul ne pleura pas. Et de même qu’il serait assurément beau d’imiter ces personnages, de même il serait absolument honteux pour des hommes de ne pas montrer le même courage que des femmes. Cornélie35 a vu ses deux fils Titus Gracchus et Caius Gracchus non seulement assassinés mais aussi privés de sépulture. Et comme ses amis la consolaient et la disaient malheureuse, elle déclara : « Jamais je ne me dirai infortunée, moi qui ai enfanté les Gracques. »

  • 36  Var. DCE : munia.
  • 37  Var. DCE : ac miseram.

Quod si Romana te magis capiunt exempla, respice Puluillum Horatium, cui Capitolium dedicanti, cum nunciatum esset, filium uita defunctum esse, nec manum a poste remouit, neque uultum a religione ad priuatum dolorem flexit. Respice Paulum Aemilium, qui intra septem dies duobus amissis filiis, progressus in concionem, ultro populo Romano gratulatus est, quod publicam fortunæ inuidiam domestico luctu redemisset. Cogita Q. Fabium Maximum, qui cum filium consularem, & egregiis clarum gestis amisisset, consul in concionem prodiit, & encomium filii recitauit. Interea Catonem Censorium, cui cum filius natu maior obisset, singulari ingenio, summa uirtute iuuenis, ad hæc prætor iam designatus, nihil tamen hoc casu commotus est, ut Reipublicæ negocia segnius administraret. Occurrat Martius, cognomento Rex : is cum filium summæ pietatis, magnæ spei, postremo unicum amisisset, orbitatem suam adeo infracto tulit animo, ut statim a rogo iuuenis, curiam peteret, ac senatum legis ferendæ causa euocaret. Occurrat L. Sulla, cui filii mors, nihil omnino acerrimam illius in hostes uirtutem contudit, nec effecit, ut falso sibi Felicis cognomentum usurpasse uideretur. L. Bibulus postero statim die, quam utrumque filium interfectum cognouit, ad solita officia processit in publicum. Huius collega C. Cæsar, cum Britanniam peragraret, & filiæ mortem didicisset, tamen intra tertium diem imperatoria obiit munera36. M. Crassus in Parthico bello, cum filii caput pilo præfixum conspiceret, nam id hostes ludibrii causa propius accedentes ostentabant, conuiciis etiam exasperantes calamitatem, usque adeo non est animo consternatus, ut repente per omnes ordines equo circumuectus clamaret, suum hoc malum priuatim, cæterum publicam Reipublicæ salutem in militum incolumitate sitam esse. Atque ut omittam exemplorum agmen, Gallos, Pisones, Scaeuolas, Metellos, Scauros, Marcellos, Aufidios, Claudius Cæsar, cum eum amisisset, quem & genuerat & adoptauerat, ipse tamen pro rostris laudauit filium, in conspectu posito corpore, interiecto tantummodo uelamento, quod Pontificis oculos a funere arceret, & flente populo Romano, solus non fleuit pater. Atque ut hos quidem imitari pulchrum, ita turpissimum sit, non præstare uiros eum animum, quem fœminæ, præstiterunt. Cornelia duos filios, T. Gracchum, & C. Gracchum, & occisos uidit, & insepultos. At consolantibus amicis, miseramque37 dicentibus : Nunquam, inquit, non felicem me dicam, quæ Gracchos peperi.

  • 38  Voir l’adage 2963, Vita mortalium breuis (Adages, III, x, 63).
  • 39  Voir l’adage 1248, Homo bulla (Adages, II, iii, 48 ; op. cit., II, p. 174).
  • 40  Pindare, Les Pythiques, VIII, 96.
  • 41  Incipit de l’adage 1249, Optimum non nasci (Adages, II, iii, 49 ; op. cit., II, p. 177), où la for (...)

97. Mais pourquoi allons-nous rechercher ces exemples dans les annales des Anciens ? Comme si la vie quotidienne n’en fournissait pas assez cependant ! Regarde autour de toi tes voisins, regarde tes parents et alliés, combien trouveras-tu même de femmelettes capables de supporter la mort de leurs enfants avec mesure. Tant il n’est pas besoin pour cela des grands renforts de la philosophie. En effet, si l’on garde à l’esprit combien toute cette vie qui est la nôtre est misérable, à combien de périls, combien d’accidents, combien de soucis, combien de désagréments, combien de vices, combien d’injustices elle est exposée, quelle infime partie de l’existence se passe pour nous, je ne dirai pas dans le plaisir, mais sans être gâtée par quelque chagrin et, enfin, comme elle est aussi fugace et précipitée, on pourra presque même féliciter ceux qui l’ont quittée plus rapidement. Sa brièveté, Euripide l’a exprimée avec force en présentant la vie des mortels comme une « petite journée38 ». Mais Démétrius de Phalère, corrigeant Euripide, a fait mieux, en affirmant qu’elle n’était pas plus qu’un point dans le temps39. Pindare cependant est celui qui l’a exprimé le mieux en présentant la vie des hommes comme « le songe d’une ombre40 ». Il a associé deux choses vaines par excellence, l’ombre et le songe, afin de faire apparaître clairement à quel point la vie terrestre est insignifiante. Bien plus, à quel point cette vie est misérable, les poètes antiques semblent l’avoir vu avec lucidité, eux qui ont jugé que le genre des mortels ne pouvait être qualifié plus justement par une autre épithète qu’en les appelant mokhthèrous kai deilous, c’est-à-dire malheureux et misérables. En effet, le début de la vie, qu’on estime assurément être la meilleure partie, est dans l’ignorance de soi. Le milieu, le tumulte et les soucis des affaires l’occupent sans discontinuer. La fin, les maladies et la vieillesse l’assiègent, pour ne parler que des personnes les plus heureuses. Qui donc n’applaudirait à très bon droit à cette sentence de Silène : « Le mieux, c’est de ne pas naître et, sinon, de disparaître le plus vite possible41 » ? Qui n’approuverait la coutume des Thraces, qui accueillent ceux qui naissent dans le deuil et les lamentations, et ont en revanche l’habitude d’accompagner ceux qui sortent de l’existence dans la joie et les félicitations ? Et si quelqu’un pouvait se dire à soi-même ce qu’Hégésias avait coutume de raconter à ses auditeurs, celui-là souhaitera sa propre mort plutôt que d’en avoir horreur, et supportera en même temps la perte des siens avec une extrême égalité d’âme.

Sed quid nos hæc ex priscorum annalibus repetimus ? Quasi uero non quotidiana uita, satis exemplorum suppeditet ? Circunspice uicinos, circunspice cognatos & affines, quot reperies etiam mulierculas, quæ mortem liberorum moderate ferant ? Intantum non opus est ad hanc rem magnis philosophiæ præsidiis. Nam siquis modo secum animo reputarit, quam calamitosa sit hæc nostra omnis uita, quot periculis, quot morbis, quot casibus, quot curis, quot incommodis, quot uitiis, quot iniuriis sit obnoxia, quam exigua pars eius nobis abeat, non dicam cum uoluptate, sed non aliqua ægritudine contaminata, deinde quam fugax etiam, ac praeceps, propemodum etiam gratulabitur iis qui maturius eam reliquerint. Breuitatem grauiter expressit Euripides, qui uitam mortalium, dieculam unam appellat. Sed melius Phalereus Demetrius, Euripidem castigans, qui eam non potius temporis punctum dixerit. Optime uero Pindarus, qui uitam hominum, umbræ somnium appellat. Res duas maxime nihili coniunxit, umbram & somnium, ut plane quam sit inanis hæc uita, demonstraret. Porro quam eadem sit calamitosa, probe perspexisse uidentur antiqui Poetæ, qui mortalium genus, non alio epitheto rectius insigniri posse iudicarunt, quam si eos μοχθηροὺς καὶ δειλοὺς, id est, calamitosos ac miseros cognominarent. Nam prima pars æui, quæ quidem optima putatur, sese nescit, Mediam protinus negociorum tumultus, curæque excipiunt, Extremam morbi ac senectus occupat, ut de felicissimis interim agamus. Quis igitur non optimo iure probet illam Sileni sententiam, optimum esse non nasci, proximum quam ocyssime aboleri ? Quis non approbet Thracum institutum, qui nascentes, luctu lamentisque excipiunt, rursum exeuntes e uita, gaudio, gratulationibusque prosequi solent ? Quod si quis ipse sibi narret, quæ suis auditoribus solitus est Hegesias, is & suam mortem optabit potius quam horrescet, & suorum obitum æquissimo feret animo.

  • 42  Adage 1946, Limen senectae (« Le seuil de la vieillesse » : Adages, II, x, 46, où le lecteur est r (...)

108. Mais, en attendant, le vacarme de la douleur paternelle couvre tout : « Il est mort avant l’heure, il est mort encore adolescent, c’est un fils excellent qui est mort, d’un dévouement exceptionnel, et digne d’une très longue vie. » Ta douleur se plaint que l’ordre de la nature soit renversé parce que, père, tu survis à ton fils, vieillard, à un jeune homme. Je t’adjure, pourtant, par le Dieu immortel : qu’appelles-tu « avant l’heure », enfin ? Comme si, en vérité, chaque heure de vie ne pouvait être aussi la dernière ! L’un est étouffé dans les ténèbres du ventre maternel, étant tout juste un être humain, et décède entre les mains de la nature encore en train de le modeler. L’autre est enlevé au moment où il naît, un autre au moment où il vagit dans son berceau. Un autre périt sitôt en pleine fleur de l’âge, alors qu’il a tout juste pris conscience de la vie. Parmi tant de milliers d’hommes, à combien peu a-t-il été donné d’atteindre « le seuil de la vieillesse », ainsi que l’appelle Homère42 ? Sans doute, Dieu a posté l’âme comme garde de ce corps chétif à cette condition : quel que soit le jour, quel que soit le moment où il ordonnera de partir, il faudra en sortir immédiatement. Et, en vérité, nul ne devrait avoir l’impression d’être rappelé avant l’heure, puisqu’une heure précise n’a été fixée pour personne. Au contraire, seule est légitime l’heure, peu importe laquelle, dont notre grand général aura voulu qu’elle soit la dernière. Pour notre part, si nous sommes sages, nous irons à la rencontre de chacune exactement comme si c’était la dernière. Et cependant, dans une vie si brève et fugace, en quoi importe-t-il, s’il te plaît, que tu sois emporté un peu plus tôt ou un peu plus tard ? Car cela ne fait pas plus de différence que si, parmi un grand nombre de personnes emmenées à la peine capitale, tu es frappé le premier, le troisième ou le huitième : tu n’en dois pas moins être frappé bientôt. Et en effet, qu’est-ce que la vie en soi, sinon une sorte de course perpétuelle vers la mort ?

  • 43  L’édition BAS indique en manchette : Confutatio.
  • 44  Var. DCE : est.

At obstrepit interim paternus dolor43. Ante diem periit, periit adhuc ephebus, periit optimus, ac singulari pietate filius, uitaque longissima dignus. Queritur naturæ uices inuerti, quod filio pater, iuueni senex superstes sis. Sed obsecro te per deum immortalem, quid tandem appellas ante diem ? Quasi uero non unusquisque uitæ dies & supremus esse possit. Alius inter materni latebras uteri, uix dum homo præfocatur, & inter fingentis adhuc naturæ manus intercidit. Alius dum nascitur, alius dum uagit in cunis abripitur. Alius in ipso statim æui flore, uix dum percepto uitæ sensu, perit. Ex tot hominum milibus, quam paucis datum est ad senectæ limen, quemadmodum uocat Homerus, pertingere ? Hac nimirum lege deus animum in huius corpusculi præsidio constituit, ut quocunque die, quocunque momento iusserit decedere, protinus inde sit exeundum. Neque uero quisquam ante diem euocari sibi uideri possit, cum nulli sit certus dies præscriptus, sed is demum legitimus sit44 dies, quemcunque imperator ille noster supremum esse uoluerit. Nos si sapimus, unumquemlibet perinde ut supremum operiemur. Quanquam in tanta uitæ breuitate fugacitateque, quantulum quæso refert, paulo serius an maturius eximaris ? Neque enim magis interesse uidetur, quam cum plures ad capitis supplicium ducuntur, primus, tertius, an octauus feriaris, nihilominus mox feriendus. Quid enim aliud ipsa uita, quam perpetuus quidam ad mortem cursus ?

  • 45  En « fardeau inutile de la Terre » (Homère, Iliade, XVII, 104, vers cité, avec arousès, au début d (...)

119. Sauf que reçoivent un traitement plus confortable ceux qui sont renvoyés plus tôt de la charge si pénible de la vie ! Vraiment, comme c’est le propre d’un insensé de quitter le camp sans avoir reçu d’ordre du général, de même, c’est le propre d’un imbécile et d’un ingrat de ne pas embrasser avec joie la libération quand elle est donnée plus rapidement par le chef, surtout si celui qui part est renvoyé non sans éloges et s’il est rappelé pour être récompensé et non pour être couvert de honte. En effet, il ne convient pas de mesurer la durée d’une vie aux solstices ; c’est aux actions que l’âge peut s’estimer correctement, si l’on considère qu’a vécu longtemps non pas celui qui a foulé la terre le plus d’années en etôsion akhthos arourès45, comme le dit Homère, et qui les a accumulées en nombre, mais celui qui a joué activement son rôle dans le drame de la vie et a laissé à la postérité un souvenir honorable de lui-même. Est-ce que tu te plains que Dieu t’ait donné d’emblée un fils arrivé au degré où tu aurais désiré qu’il parvînt au bout de nombreuses années ? Qu’en est-il du fait que notre adolescent n’est pas parti si prématurément que cela ? Il avait déjà atteint sa vingtième année, âge qui, à mon avis, est le meilleur pour mourir, parce que c’est le plus doux pour vivre. Il avait déjà offert un bon citoyen à sa patrie, déjà un fils aimant à son père, déjà un compagnon agréable à ses camarades, et enfin un esprit bon et honnête aux puissances d’en haut. Il est mort sans connaître les vices, sans avoir expérimenté les calamités. En outre, on ne sait pas trop ce qu’une vie plus longue lui aurait apporté. En réalité, nous voyons arriver très souvent qu’un âge plus avancé affecte de vices trop graves la pureté de l’adolescence et à la fois souille le bonheur de la jeunesse de fléaux trop nombreux. Une mort rapide a soustrait cet être d’exception à toutes ces choses qui sont soit malheurs, soit dangers. Maintenant, enfin, tu peux te glorifier en toute tranquillité d’avoir eu un très bon fils, ou plutôt de l’avoir. 

  • 46  Var. DCE : auocetur.

Nisi quod commodius cum his agitur, qui a tam laboriosa uitæ functione maturius dimittuntur. Verum ut amentis est, iniussu imperatoris e castris excedere, ita stulti atque ingrati, missionem a duce celerius datam, non libenter amplecti, maxime si iam non sine laude discedat, qui dimittitur, sique ad præmium, non ad ignominiam auocatur46. Neque enim conuenit æui spatium solstitiis metiri. Recte factis æstimanda est ætas, ut is diu uixisse putetur, non qui plurimos annos τώσιον ἄχθος ἀρούρης, ut inquit Homerus, terram pressit, & numero addidit, sed qui graviter peracta uitæ fabula, honestam sui memoriam posteris reliquit. An quereris quod statim tibi talem filium dederit deus, qualem optasses post annos multos euadere ? Quid quod neque usque adeo præmature defunctus est noster adolescens. Iam uigesimum attigerat annum, qua quidem ætate, mea sententia, optimum est mori, quia vivere dulcissimum. Iam patriæ ciuem bonum, iam patri filium pium, iam æqualibus conuictorem iucundum, denique superis bonam & integram mentem præstiterat. Decessit uitiorum ignarus, calamitatum imperitus. Porro quid allatura fuerit uita longior, incertum. Certe plerunque fieri uidemus, ut posterior ætas, & grauioribus uitiis adolescentiæ puritatem inficiat, & pluribus calamitatibus iuuentutis felicitatem contaminet. His omnibus seu malis, seu periculis illum mors cita subduxit. Nunc denique tuto gloriari potes, te filium optimum habuisse, uel habere magis.

1210. Mais tu répondras que tu l’as seulement eu et que tu ne l’as plus. Pourtant est-ce qu’il est plutôt juste de te torturer parce que tu l’as perdu ou de te réjouir d’avoir eu un tel fils ? Prends garde que ce ne soit le fait d’un esprit peu reconnaissant de se souvenir qu’on lui a redemandé un cadeau et de ne pas se souvenir qu’on le lui a donné. Certes, c’était un grand cadeau qu’un fils aimant, mais il a été donné pour que tu en jouisses un moment, non pour être tien perpétuellement. Considère en effet cela en toi-même, homme très sage, ou plutôt considérons cela ensemble. À supposer qu’un prince nous ait donné en usage un tableau d’un très grand prix et d’un très grand art, quand il lui aura plu de le redemander, est-ce que nous le lui rendrons la mine sereine, en ajoutant des remerciements, ou bien est-ce que, dans notre tristesse, nous lui ferons des réclamations de cette manière : « Ô cruel que tu es, tu nous as privés d’un cadeau si précieux ! Tu nous as ôté tant de plaisir ! Tu nous as enlevé si vite un objet aussi remarquable sans que nous nous y attendions » ? Celui-ci ne répondrait-il pas très justement de cette manière à des plaintes si ingrates ? « Voilà ce que je reçois en récompense de mes bons offices ? Ainsi vous ne vous rappelez rien à part cela : vous avez perdu un très joli tableau ? Il vous est sorti de l’esprit que je l’ai prêté spontanément et pour rien ? Que vous avez depuis tant de jours rassasié vos yeux, charmé votre âme grâce à ma bonté ? Si je l’ai donné, c’était par bonté ; si je le redemande, je le fais dans mon bon droit. Vous avez eu grâce à moi un avantage, vous n’avez eu aucun dommage, sinon par votre faute, parce que vous vous figuriez vôtre ce qui était un prêt : par conséquent, ce qui est redemandé vous semble perdu. De surcroît, plus l’objet dont j’ai permis l’usage était précieux, plus il était agréable, et d’autant plus vous m’en êtes redevable. Ce qui aurait pu sans injustice ne pas être prêté ne doit pas paraître redemandé avant l’heure. » S’il est vrai que l’on ne pourrait aucunement réfuter ce raisonnement, réfléchis : avec combien plus de justice la nature pourrait-elle blâmer notre douleur et nos plaintes par ce type de discours ! Et il faudrait certainement apaiser notre douleur avec ces raisonnements, même si la mort emportait la totalité de l’homme et que rien de nous ne subsistât après le décès.

  • 47  Var DCE : ut ad tempus frueris.

Sed habueris tantum, non habeas etiam. Utrum potius æquum est, discruciari te quod amiseris, an gaudere qui talem habueris ? Vide ne parum grati sit animi, meminisse repetiti muneris, non meminisse dati. Magnum profecto munus, filius pius, sed ita datum, ut ad tempus eo fruereris47, non ut perpetuo tuum esset. Sic enim tecum considera uir sapientissime, imo sic pariter consideremus. Si quis princeps summi precii summæque artis tabulam nobis dedisset utendam, utrum eam, quandocunque collubitum fuerit reposcenti sereno uultu reddemus, gratias insuper agentes, an tristes ad hunc modum cum eo expostulabimus ? O te crudelem, quam precioso munere nos spoliasti, quantam uoluptatem nobis ademisti, quam cito rem tam egregiam nec opinantibus eripuisti. Nonne is optimo iure, tam ingratis querimoniis ad hunc responderit modum? Hoccine praemii pro meo officio reporto ? Itane nihil meministis, nisi hoc tantum, quod bellissimam tabulam amisistis ? Excidit animo, gratis & ultro commodasse me ? Uos tot iam dies mea benignitate pauisse oculos, animum oblectasse ? Quod dedi, benignitatis erat : quod reposco, meo iure facio, uobis aliquid ex me lucri fuit, iacturæ nihil fuit, nisi quod uestro uitio id esse proprium fingebatis, quod erat commodatitium. Proinde perire uobis uidetur, quod repetitur, imo quo preciosior, quo iucundior ea res fuit, quam utendam permisi, hoc magis atque magis mihi debetis. Nec ante tempus repetitum uideri oportet, quod citra iniuriam poterat non committi. Hæc ratio si nullo pacto refelli poterat, cogita quanto iustius natura dolorem ac querelas nostras huiusmodi sermone possit reprehendere ? Atque his nimirum rationibus dolorem nostrum leniri conueniebat, etiam si mors totum hominem tolleret, neque quicquam nostri post funus superesset.

1311. Mais en fait, du moment que nous croyons ceci, dont n’a jamais douté le fameux Socrate de Platon, que l’homme en soi, c’est l’esprit, que ce corps n’est rien d’autre que l’instrument, ou le domicile, ou, pour m’exprimer plus véritablement, le tombeau et la prison de l’esprit, et que, quand il en émergera, alors seulement il possédera sa pleine autonomie et vivra beaucoup plus heureux qu’auparavant, quelle raison aurions-nous d’accuser la mort ? En effet, loin que celui qui meurt soit perdu, il semble plutôt naître à cette heure seulement. Et il nous est permis de jouir en esprit de ce que nous ne voyons pas de nos yeux, tout comme nous avons l’habitude de jouir de nos amis absents par la pensée. Je ne sais pas si ce ne serait pas un peu plus doux que de les contempler devant nos yeux, parce que, d’ordinaire, il n’est pas rare que la présence physique nous fournisse matière à offenses et qu’une fréquentation assidue diminue quelque peu l’agrément de l’amitié. 

  • 48  L’édition BAS indique en manchette : Transitio.

Nunc48 si saltem hoc credimus, de quo nihil addubitauit Socrates ille Platonicus, uidelicet hominem ipsum animum esse, corpus hoc nihil aliud esse, quam animi uel organum, uel domicilium, aut ut uerius dicam, sepulchrum & carcerem, unde cum emerserit, tum demum sui iuris esse, multoque quam antea felicius uiuere, quid est quod mortem incusemus, quandoquidem usque adeo non perit ille qui moritur, ut tum denique nasci uideatur potius. Et nobis animo frui licet, quod oculis non cernimus, nihilo secius quam amicis absentibus cogitatione frui solemus. Et haud scio, an aliquanto suauius, quam si eos coram oculis conspiceremus, propterea quod corporum conuictus, non raro nobis offensarum materiam consueuit ministrare, & consuetudinis assiduitas, amicitiæ iucunditatem nonnihil imminuere.

1412. Si tu en désires un exemple, n’est-il pas suffisant, l’argument des Apôtres, qui n’ont commencé à vraiment jouir du Christ et à vraiment l’aimer qu’après que sa présence corporelle leur eut été retirée ? Il en est ainsi assurément de l’amitié des gens de bien : elle est faite de l’union des esprits, non des corps. Ceux qui aiment vraiment aiment les esprits, non les corps. Mais le lien des âmes, nulle force, nul intervalle de temps ni de lieu ne peut le supprimer. En outre, comme il est puéril à l’excès de penser qu’un ami est perdu dès qu’il a cessé d’être sous nos yeux ! Pour ta part, tu te rendras ton fils présent par la pensée et les conversations autant de fois qu’il te plaira : lui, de son côté, se souvient de toi et ressent profondément l’affection de ton âme ; parfois, il viendra à la rencontre de son père dans ses rêves et en même temps, par certaines voies mystérieuses, les esprits de chacun d’entre vous s’embrasseront et converseront. Mais qu’est-ce qui t’empêche d’imaginer vivre déjà maintenant en compagnie de celui avec qui tu es destiné à vivre sous peu ? Quelle est en effet la brièveté de tout ce que nous vivons !

  • 49  Var BAS : « & arcanis quibusdam modis animi utriusque ». Var DCE : « & arcanis quibusdam modis ani (...)

Eius rei si desideras exemplum, an non sat argumento sunt Apostoli, qui tum demum uere frui Christo, uereque amare ceperunt, posteaquam illis corporea præsentia fuisset adempta ? Sic est profecto bonorum amicitia, animorum non corporum coniunctione constat. Qui uere amant, animos amant, non corpora. At animorum copulam, nulla uis, nulla temporum, nulla locorum intercapedo potest dirimere. Porro nimis quam puerile est, amicum iam perisse putare, simulatque sub oculis esse desierit. Tu quoties libebit, filium tibi cogitatione, sermonibusque praesentem reddes, ille uicissim tui meminit, sentitque penitus animi tui affectus, nonnunquam & in somnis occursabit patri, & arcanis quibusdam animus utriusque49 sese complectentur, & confabulabuntur. Quid autem prohibet, quo minus iam nunc imagineris cum illo te uiuere, qui cum paulo post es uicturus ? Quantulum enim est hoc omne quod uiuimus ?

  • 50  Allusion à l’Évangile de Luc, XXI, 18 : « καὶ θρὶξ ἐκ τῆς κεφαλῆς ὑμῶν οὐ μὴ ἀπόληται » (« pas que (...)

1513. Mais j’ai usé jusqu’ici des remèdes avec lesquels j’aurais pu traiter n’importe quel païen. Considérons maintenant en peu de mots ce que la piété, ce que la foi chrétienne doit obtenir de nous. Déjà, en premier lieu, si la mort était absolument mauvaise, il faudrait cependant se satisfaire comme d’un bien de ce qu’on ne pourrait d’aucune façon corriger. Derechef, si elle éteignait l’homme tout entier, il faudrait cependant la supporter d’autant plus sereinement qu’elle met fin à tous les malheurs de cette vie. En outre, si elle libère de la lourde prison du corps un esprit qui vient de l’éther, il faut presque aller jusqu’à féliciter ceux qui sont sortis de la vie et revenus à cette liberté bienheureuse de l’au-delà, autorisés à rentrer dans leur patrie. Mais en fait, puisqu’il n’y a pas de doute qu’elle transfère les âmes pieuses hors des tempêtes de cette vie jusqu’au port de l’immortalité sans laisser perdre même un poil de l’homme50, étant donné que les corps aussi doivent être rappelés un jour à l’immortalité, faut-il pleurer, je le demande, ou plutôt féliciter celui qu’une mort précoce a transporté de l’océan si troublé de la vie, où nous sommes, jusque là-bas, dans la stabilité tranquille de l’immortalité ?

  • 51  L’édition BAS indique en manchette : Transitio per epilogum.
  • 52  Var. DCE : ad eandem immortalitatem.
  • 53  Var. DCE : conueniat.

Sed51 hactenus iis remediis sum usus, quibus cum Ethnico quolibet agere poteram. Nunc quid pietas, quid Christiana fides, a nobis impetrare debeat, paucis consideremus. Iam primum si maxime misera mors esset, tamen oportebat boni consulere, quod nulla uia corrigi poterat. Rursum si totum extingueret hominem, æquius tamen ferenda, quod tot huius uitæ calamitatibus finem imponat. Porro si animum originis æthereæ, graui corporis ergastulo liberat, propemodum etiam gratulandum iis qui e uita decesserint, & in felicem illam libertatem postliminio redierint. Nunc uero cum haud dubie pias animas ex huius uitæ procellis, ad immortalitatis portum transmittat, ac ne pilum quidem hominis perimat, quippe corporibus quoque ad immortalitatem52 aliquando reuocandis, utrum quæso lugere, an magis gratulari conuenit53 ei, quem ex hoc turbulentissimo uitæ pelago in tranquillam illam immortalitatis stationem mors matura transuexerit ?

1614. Allons, rassemble un peu en un seul tas les souillures, les fardeaux, les dangers de cette vie (si on peut seulement l’appeler vie). Cependant, au contraire, mets ensemble les agréments de la vie qui attendent les personnes pieuses arrachées à l’ici-bas et tu verras aisément qu’il n’y a rien de plus injuste que cet homme qui déplore, comme si c’était le plus grand mal, le souverain bien pour lequel seul nous sommes nés et créés. Tu ne cesses de déplorer ta perte, alors que tu as enfanté pour le ciel un fils tel que tu puisses vénérer sa mémoire à l’instar d’une sorte de divinité, comme sacrosainte, et tel qu’il soit en mesure, prenant soin de toi depuis le ciel, comme une espèce de dieu favorable, de veiller à la bonne fortune de tes affaires. En effet, il n’est pas vrai que celui-ci n’ait plus conscience des affaires des mortels, ni non plus qu’il ait abandonné en même temps que son corps l’affection qu’il avait toujours eue pour son père.

Age paulisper huius uitæ (si modo uita est appellanda) sordes, erumnas, pericula in unum congere : rursus e diuerso eius uitæ commoda, quæ pios hinc ereptos manent compone, & facile uidebis, hoc homine nihil esse iniustius, qui summum bonum, ad quod unum nati conditique sumus, perinde quasi maximum malum deploret. Orbum te clamitas, cum filium cœlo genueris, cuius ceu numinis cuiusdam memoriam, ut sacrosanctam uenerari possis, qui cœlitus tui curam agens, res tuas ceu dexter aliquis deus bene fortunare ualeat. Neque enim ille, aut non sentit res mortalium, aut solitam in patrem pietatem, una cum corpore deposuit.

1715. Il vit assurément, crois-moi, il vit, cet être d’exception, il est là, présent avec nous, il entend cette conversation même qui est la nôtre, en a conscience, et peut-être tourne-t-il en dérision et condamne-t-il ce deuil même qui est le nôtre. Et si la pesanteur de nos corps n’y faisait obstacle, peut-être l’entendrions-nous aussi blâmer nos larmes avec des paroles de ce genre : « Qu’est-ce que vous faites là ? Pourquoi accablez-vous votre vieillesse d’une affliction inutile, pour ne pas dire folle ? Pourquoi faites-vous le procès du destin, de la fortune, de la mort, en vous plaignant très injustement ? Êtes-vous jaloux de moi, qui ai été arraché aux maux d’une piètre vie et élevé à la félicité où je suis ? Mais revenons à de bonnes paroles. Il n’y a de jalousie ni dans l’affection paternelle ni dans la pureté de l’amitié. Pourtant, quelle autre signification cette déploration malvenue peut-elle avoir ? Pensez-vous que cela mérite des larmes, si j’ai été emmené de l’esclavage à la liberté, des épreuves au bonheur, de l’obscurité à la lumière, des dangers à la sécurité, de la mort à la vie, des maladies à l’immortalité, de tant de maux au souverain bien, des choses caduques aux biens éternels, des terrestres aux célestes et, enfin, de la mêlée des hommes au compagnonnage des anges ? J’en appelle maintenant à vos pauvres esprits. Je le demande, par votre affection à mon égard, s’il était en votre pouvoir de me rappeler à cette pauvre vie, est-ce que vraiment vous me rappelleriez ? Mais par quelle faute scandaleuse ai-je mérité tant de haine, à la fin ? Si vous refusiez de me rappeler, à quoi riment ces plaintes, non seulement inutiles, comme je l’ai dit, mais même sacrilèges ? Bien plus, si l’immortalité ne m’avait désormais affranchi de toute douleur, je pleurerais, moi, de mon côté, vos larmes malvenues avec d’autres larmes et je compatirais aux ténèbres si épaisses de votre âme. “Mais nous déplorons notre propre infortune”, dites-vous. Vraiment, cela n’est certes pas le fait de personnes qui aiment, mais de gens qui se regardent eux-mêmes et veulent s’occuper de leurs propres intérêts, fût-ce au détriment d’autrui. Mais allons, quel est enfin ce terrible dommage que vous a infligé ma mort ? Est-ce le fait qu’il n’est plus possible de jouir de ma vue ? Mais est-ce qu’il n’est pas moins possible cependant de jouir de notre souvenir, avec d’autant plus de bonheur, assurément, qu’on en jouit avec plus de sécurité ? Car pour ce qui est des faits, estimez que j’ai été arraché à tous les maux qui peuvent arriver à un homme dans sa vie, et dont votre longévité vous a fait expérimenter une grande partie. Il n’y a plus personne pour vous témoigner de l’obéissance, mais il y a quelqu’un pour jouer le rôle d’intercesseur, aussi efficace qu’assidu, en faveur de votre salut, auprès de Dieu très bon, très grand. Enfin, comme il est bref, cet instant qui interrompra notre intimité ! Vous, seulement, suivant votre rôle d’hommes, faites en sorte, après avoir pieusement achevé votre rôle dans le drame de la vie, que la mort vous trouve dignes d’être emportés jusqu’ici. »

  • 54  L’édition BAS indique en manchette : Prosopopoeia.
  • 55  L’édition BAS indique en manchette : Confutatio.

Viuit profecto, mihi crede, uiuit ille, adestque præsens nobis, & hoc ipsum nostrum colloquium audit, sentitque, ac fortassis hunc ipsum luctum nostrum ridet ac damnat. Quod ni corporum horum moles obsisteret, fortassis & audiremus eum lachrymas nostras huiusmodi dictis increpantem. Quid istuc est quod agitis ? Quid senectutem uestram inutili, ne dicam amenti luctu conficitis ? Quid54 iniquissimis querimoniis, fatum, fortunam, mortem in ius trahitis ? An mihi ex istius uitæ malis exempto, & in hanc felicitatem euecto inuidetis ? Sed bona uerba. Non inuidet nec paterna pietas, nec amicitiæ candor. Verum quid aliud sibi uult ista comploratio ? An lachrymis dignum censetis, quod e seruitute in libertatem, de erumnis ad felicitatem, de caligine in lucem, de periculis in tutum, de morte ad uitam, de morbis ad immortalitatem, de tot malis ad summum bonum, de caducis ad æterna, de terrenis ad cælestia, denique quod ab hominum colluuie ad angelorum contubernium sum traductus ? Iam appello uestros istos animos. Quæso per uestram in me pietatem, si uobis esset in manu, me ad istam reuocare uitam, num essetis reuocaturi ? At quo tandem flagitio tantum odium commerui ? Si reuocare nolitis, quorsum attinent istæ querelæ, non solum inutiles, ut dixi, uerumetiam impiæ ? Porro nisi me immortalitas iamdudum omnis doloris expertem reddidisset, ego uicissim uestras istas lachrymas, aliis lachrymis deflerem, & tam crassam animi uestri caliginem commiserarer. At nostram ipsorum uicem ploramus, inquitis. Verum istuc55 sane haud amantium est, sed ad sese respicientium, & uel alieno incommodo suis rebus consulere uolentium. Sed age quid tandem isthuc iacturæ est, quod mea mors uobis attulit ? an quod conspectu meo frui non licet ? Atqui nihilo secius interim memoria nostri frui licet, tanto quidem felicius, quanto tutius. Nam id quod res est, existimate me malis omnibus præreptum, quaecunque in uita homini possunt accidere, & quorum magnam partem uestra uiuacitas experta est. Non est qui uobis obsequium exhibeat, sed est qui apud deum Opt. Max. pro uestra salute patronum agat, ut sedulum, ita & efficacem. Denique quantulum hoc momenti est, quod nostram dirimet consuetudinem ? Vos modo pro uestra uirili date operam, ut pie peracta uitæ fabula, mors dignos reperiat, qui huc traducamini.

1816. Si ton fils nous tenait ces propos, dis-je, n’est-ce pas à juste titre que nous aurions honte de notre affliction ? J’ai l’habitude d’apaiser la blessure de mon âme avec à peu près ces raisonnements que j’ai voulu te communiquer, non que tu eusses un grand besoin de ces remèdes, mais parce que j’ai jugé cohérent de mettre en commun aussi ma consolation avec celui dont l’affliction m’était commune. Par ailleurs, comme je résumerai en conclusion ce qui a été développé de manière plus diffuse, ainsi tu réprimeras avec méthode la douleur brûlante de ton âme : « Mon fils est mort. – Tu l’avais engendré mortel. – Je suis privé d’un si grand bien ! – Tu l’as rendu à qui l’avait donné gracieusement. – Être privé de ses enfants est lourd. – Il faut supporter plus légèrement ce qui ne peut être réparé d’une manière ou d’une autre. – Il a abandonné son père. – À quoi sert de pleurer ce qu’on ne peut changer ? Et pourquoi pleures-tu avec angoisse ce qui t’est commun avec des milliers d’hommes ? – Mais je ne peux pas ne pas pleurer la perte de mon fils. – Celui qui meurt dans le bien est tout sauf perdu. – Mais il a succombé à une mort prématurée ! – Aucune mort n’est prématurée pour qui meurt dans la justice. – Il a cessé de vivre avant l’heure. – L’heure de la mort n’est fixée pour personne. – Il s’est éteint en pleine fleur de la jeunesse. – C’est alors qu’il est le mieux de mourir, quand il est le plus doux de vivre. – Il a péri adolescent. – Il a été soustrait de ce fait à la plupart des maux de la vie. – J’ai perdu un très bon fils. – Réjouis-toi d’en avoir eu un pareil. – Il a quitté la vie dans l’innocence. – Aucune mort n’est plus à souhaiter et moins à déplorer. – Mais en attendant, il ne m’est pas permis de jouir de mon fils. – En revanche, tu peux jouir de son âme et bientôt, tout entier, tu jouiras de lui-même tout entier. » Si tu connais quelque chose de plus juste que ces faibles paroles, fais m’en part en toute franchise. Sinon, uses-en avec moi. Et porte-toi bien, puisque ton fils lui-même le veut.

  • 56  Var. DCE : inquis.
  • 57  L’édition BAS indique en manchette : Epilogus.
  • 58  Dans l’édition du De conscribendis epistolis de 1522, on trouve une variante qui n’est pas retenue (...)

Hæc, inquam, si nobis loqueretur filius, nonne merito nostri luctus nos pudesceret ? His ferme rationibus, animi mei uulnus lenire soleo, quæ tibi communia facere uolui, non quod his remediis magnopere egeres : sed arbitratus sum congruere, ut qui cum mihi luctus esset communis, cum eodem & consolationem communicarem. Cæterum ut quæ fusius disserta sunt, in epilogum contraham, hoc pacto efferuescentem animi tui dolorem coercebis. Mortuus est filius, genueras mortalem. Tanto56 bono priuatus sum57, reddidisti ei qui gratis dederat. Grauis orbitas. Leuius ferendum, quod aliqua sarciri potest58. Patrem destituit. Quid prodest flere, quod mutari non potest. Aut cur anxie deplores, quod tibi cum tot hominum milibus commune est ? Sed interitum filii non possum non flere. Quiduis potius quam perit qui bene moritur. At occubuit immatura morte. Nulla mors non matura recte morienti. Ante diem uiuere desiit. Nullus cuiquam certus mortis dies. In ipso æui flore extinctus est. Tum optimum est mori, cum uiuere est suauissimum. Obiit adolescens. Hoc pluribus uitæ malis subductus est. Optimum amisi filium. Gaude quod talem habueris. Innocens e uita decessit. Nulla mors magis optanda, minusque deploranda. Sed interim filio frui non licet. At animo licet, & mox ipso totus toto frueris. Siquid nouisti rectius istis, candidus imperti. Si non, his utere mecum, ac bene uale, quod quidem uult etiam ipse filius.

19FIN DE LA DÉCLAMATION SUR LA MORT. AUTEUR : DÉSIRÉ ÉRASME DE ROTTERDAM.

FINIS DECLAMATIONIS DE MORTE. AUTORE DES. ERASMO ROTERODAMO.

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Notes

1  On peut en consulter un exemplaire sur le site Antibarbari (URL : https://eman-archives.org/Antibarbari/items/show/28 [lien consulté le 07/02/2024]).

2  Ce travail a été finalisé en octobre 2023. Nous le dédions à notre collègue † Dominique Bernard.

3  Sur ce réemploi de la Declamatio dans le DCE, voir dans ce même numéro d’Exercices de rhétorique, l’article « Déclamation, lettre et consolation : le cas de la Déclamation sur la mort d’Érasme » et en particulier la note 3.

4  Var. BAS : Alexandrum archiepiscum.

5  L’édition BAS indique en manchette : Insinuatio.

6  Var. BAS : dolori.

7  La Declamatio est largement empreinte de stoïcisme. L’impératif de constance (« tibi constet ») qui incombe au sage, c’est-à-dire la maîtrise des passions, et des opinions qui président à celles-ci au moyen de la raison, l’oppose au vulgaire. Les arguments et les images sont topiques et se trouvent aussi bien chez Sénèque, chez Épictète, que chez Marc Aurèle, notamment.

8  On retrouve ici le précepte stoïcien selon lequel le sage doit « suivre la nature ».

9  L’édition BAS indique en manchette : Beneuolentia.

10  L’édition BAS indique en manchette : Propositio.

11  L’injonction à adopter une position de surplomb associe l’élévation du regard et celle de l’esprit, de manière à mettre en perspective l’événement qui est source d’affliction. C’est une technique commune dans les écrits consolatoires (voir par exemple Cicéron, Fam., IV, 3, 1 ; voir surtout la lettre de Jérôme à Héliodore sur la mort de Népotien : « O si possemus in talem ascendere speculam de qua uniuersam terram sub nostris pedibus cerneremus ! » ; « Oh ! si nous pouvions monter sur un observatoire assez élevé pour que de cet endroit nous voyions, dans sa totalité, la terre s’étalant à nos pieds ! » (Jérôme, Lettres, LX, trad. J. Labourt, t. III, Paris, Les Belles Lettres, 1953, p. 108).

12  L’image topique contraste avec le ton grave de la séquence. La référence à Juvénal (XIII, 141) avait été commentée par Érasme dans l’adage 78, Albae gallinae filius : « ceux qui ont eu une naissance heureuse, nous les disons fils de la poule blanche, comme l’écrit Juvénal » (« feliciter natum albae gallinae filium dicimus. Juvenalis : Quia tu gallinae filius albae. », Adages, I, i, 78, trad. J.-C. Saladin et al., Paris, Les Belles Lettres, 2011, I, p. 116). L’expression proviendrait de Suétone (Vie de Galba, 1) et renverrait à Livie dans le sein de laquelle un aigle avait laissé tomber une poule blanche et un rameau de laurier, qui se sont par la suite avérés particulièrement fertiles.

13  Sans être propre aux stoïciens, l’ἀπάθεια est une notion centrale dans leur philosophie. Elle désigne l’état de tranquillité de l’âme qui tient le sage hors des quatre passions fondamentales, en l’occurrence de la tristesse (λύπη, lupè). L’apathie ne reçoit pas un traitement identique dans les différents courants de la Stoa : les moyens-stoïciens n’excluent pas les passions dès lors qu’elles sont maintenues dans les bornes de la raison.

14  « Publilius [Syrus] écrivait des mimes », selon Aulu-Gelle (« Publilius mimos scriptitauit », Les Nuits attiques, XVII-XIV, Paris, Les Belles Lettres, t. IV, p. 65). Le compilateur y recense des maximes en un vers de Publilius Syrus, « très bienvenues dans l’usage ordinaire de la conversation » (« ad communem sermonum usum commendatissimae », ibid.), parmi lesquelles « Feras, non culpes, quod uitari non potest ». La même référence se retrouve un siècle plus tard chez G. J. Vossius à propos de la rhétorique consolatoire dans les discours, comme le signale C. Noille (G. J. Vossius, « Rhetorices contractae (1621), II, 24. De la consolation », note 49, Exercices de rhétorique, 9, 2017, URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rhetorique/534 [lien consulté le 07/02/2024]).

15  2 Samuel 12, 15-23. Il s’agit de la mort de l’enfant que David avait eu avec Bethsabée.

16  Voir Tusc., III, XIV-30 ; XXIV-57. Les noms d’Anaxagore et de Télamon sont réunis à propos de cette même citation chez Jérôme (« ubi illud ab infantia studium litterarum, et Anaxagorae ac Telamonis semper laudata sententia : sciebam me genuisse mortalem » ; « où est cette maxime toujours louée d’Anaxagore et de Télamon : je savais n’avoir engendré qu’un mortel ? », Lettres, LX, A Héliodore, t. III, Paris, Les Belles Lettres, 1953, p. 93-94), source d’autant plus probable de ce passage qu’il n’est pas le seul emprunt à cette lettre capitale dans l’histoire des traditions de consolation. Sur cette lettre étudiée dans une perspective consolatoire, voir J.H.D. Scourfield, Consoling Heliodorus : A Commentary on Jerome, Letter 60, Oxford University Press, 1993.

17  Voir Jérôme (ibid., p. 94) auquel Érasme reprend les grands traits de l’exemplum en ajoutant la mention de temps.

18  Voir Jérôme (ibid.). Dans la lettre à Héliodore, Xénophon est également associé à Socrate (« Xenophontem Socraticum »).

19  Sur Dion de Syracuse, voir Platon, Epist. 7.

20  Voir, concernant cet épisode de la vie de Démosthène, Eschine, Contre Ctésiphon, 77 et Tusc., III, XXVI-62.

21  Érasme aborde certaines aspects de la vie d’Antigone, roi de Macédoine dans ses Apophtegmes (IV, 1-30). 

22  Var. DCE : intuens.

23  Var. BAS : Alcinoe.

24  L’exemple est présent et raconté d’une façon similaire chez Jérôme (op. cit., p. 94) : « Puluillus Capitolium dedicans mortuum, ut nuntiabatur, subito filium se iussit absente sepeliri » ; « Pulvillus, consacrant le Capitole, apprend la mort subite de son fils : il ordonne qu’on l’ensevelisse en son absence. » Voir aussi Tite-Live, Histoire romaine, II, VIII.

25  Plutarque, Vie de Paul Émile, 36.

26  Le fait est raconté dans des termes proches par Plutarque, Vie de Fabius Maximus, 25.

27  Plutarque, Vie de Caton le censeur, 51. Les exemples de Quintus Maximus et de Caton figuraient dans la Consolatio perdue de Cicéron, selon l’auteur lui-même (Tusculanes, III, xxviii, 70).

28  Sur cet épisode de la vie de Martius (ou Marcius) Rex, voir Valère Maxime, Faits et dits mémorables, V, 3.

29  Plutarque raconte en détail la Vie de Sylla, qui se fit en effet surnommer « Felix », et fit graver sur ces trophées l’épithète « Épaphroditus » (favori de Vénus). Son fils, quant à lui, fut appelé « Faustus » (heureux, de bon augure). Pour la mort de ce fils, voir ibid., 37.

30  La mort des deux fils de Bibulus est évoquée par César (La Guerre civile, III, 110).

31  Voir Plutarque, Vie de Caïus Julius Caesar, 23.

32  Pour cette scène de guerre, voir Plutarque, Vie de Marcus Crassus, 26.

33  Tous les membres de cette liste se trouvent associés dans la lettre citée de Jérôme, dont Érasme extrait des exemples qu’il déploie par ailleurs dans la Declamatio, en suivant l’ordre chronologique. Dans les deux cas, l’expression ne suit pas l’ordre chronologique et relève de l’accumulation avec un tour prétéritif : « Praetermitto [...] » pour le Père de l’Église ; « Atque ut omittam exemplorum agmen [...] » pour Érasme. Rappelons que l’année qui précède l’édition princeps de la Declamatio, Érasme avait publié la Vie de saint Jérôme (Bâle, J. Froben, 1516).

34  L’exemplum est une réécriture de Sénèque (Consolation à Marcia, XV, 3, dans Dialogues, t. 3, trad. R. Waltz, Paris, Les Belles Lettres, 1975, p. 31) : « Ti. Caesar et quem genuerat et quem adoptauerat amisit : ipse tamen pro rostris laudauit filium stetitque in conspectu posito corpore, interiecto tantummodo uelamento quod pontificis oculos a funere arceret, et flente populo romano non flexit uultum. » « Tibère perdit successivement son véritable fils et son fils adoptif. On le vit pourtant prononcer en personne du haut des Rostres l’éloge de ce dernier, debout auprès du corps, dont un simple voile le séparait, de manière à éviter aux regards du pontife la vue du cadavre, et quand le peuple entier pleurait, garder un visage impassible. » Les deux fils sont Drusus et Germanicus.

35  Voir Sénèque, Consolation à Helvia, XVI-6.

36  Var. DCE : munia.

37  Var. DCE : ac miseram.

38  Voir l’adage 2963, Vita mortalium breuis (Adages, III, x, 63).

39  Voir l’adage 1248, Homo bulla (Adages, II, iii, 48 ; op. cit., II, p. 174).

40  Pindare, Les Pythiques, VIII, 96.

41  Incipit de l’adage 1249, Optimum non nasci (Adages, II, iii, 49 ; op. cit., II, p. 177), où la formule est celle qu’a transmise Pline l’Ancien, « Itaque multi exstitere, qui non nasci optimum censerent aut quam ocissime aboleri ».

42  Adage 1946, Limen senectae (« Le seuil de la vieillesse » : Adages, II, x, 46, où le lecteur est renvoyé à l’Iliade, XXII, 60-61, et à l’Odyssée, XV, 348).

43  L’édition BAS indique en manchette : Confutatio.

44  Var. DCE : est.

45  En « fardeau inutile de la Terre » (Homère, Iliade, XVII, 104, vers cité, avec arousès, au début de l’adage 631, Telluris onus, « Un fardeau sur terre » : Adages, I, vii, 31).

46  Var. DCE : auocetur.

47  Var DCE : ut ad tempus frueris.

48  L’édition BAS indique en manchette : Transitio.

49  Var BAS : « & arcanis quibusdam modis animi utriusque ». Var DCE : « & arcanis quibusdam modis animus utriusque ».

50  Allusion à l’Évangile de Luc, XXI, 18 : « καὶ θρὶξ ἐκ τῆς κεφαλῆς ὑμῶν οὐ μὴ ἀπόληται » (« pas question que se perde un poil de votre tête »). Le verset est largement utilisé dans la réflexion chrétienne sur la résurrection des corps, comme en témoigne notamment Augustin dans La Cité de Dieu (XXII, 12, 1).

51  L’édition BAS indique en manchette : Transitio per epilogum.

52  Var. DCE : ad eandem immortalitatem.

53  Var. DCE : conueniat.

54  L’édition BAS indique en manchette : Prosopopoeia.

55  L’édition BAS indique en manchette : Confutatio.

56  Var. DCE : inquis.

57  L’édition BAS indique en manchette : Epilogus.

58  Dans l’édition du De conscribendis epistolis de 1522, on trouve une variante qui n’est pas retenue par J.-C. Margolin : « Leuius ferendum quod aliqua sarciri non potest. » Nous traduisons cette variante, qui fait davantage sens. Le texte de l’édition Margolin, sans la négation, imposerait cette traduction : « Il faut supporter plus légèrement ce qui peut être réparé autrement. »

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Pour citer cet article

Référence électronique

Érasme, « La déclamation sur la mort, dans le genre consolatoire (1517) »Exercices de rhétorique [En ligne], 22 | 2024, mis en ligne le 22 avril 2024, consulté le 20 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rhetorique/1708 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/rhetorique.1708

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Auteur

Érasme

Desiderius Erasmus Roterodamus (1467 ? – 1536)

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Élise Gillon

Professeure agrégée de latin en CPGE (Lycée Gambetta-Carnot, Arras).

Rémi Ordynski

Doctorat : Montaigne et les traditions de consolation, « pour moy, ou pour un autre » ; thèse soutenue en juin 2023, sous la direction de Michel Magnien, à l’Université Sorbonne Nouvelle.

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