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DOCUMENTS. Cinq déclamations

Déclamation de Lucrèce (s. d.)

Coluccio Salutati
Traduction de Laurent Baggioni et Blandine Perona

Texte intégral

    

Manuscrit : Coluccio Salutati, Declamatio Lucretiae, Déclamation de Lucrèce [il s’agit d’un titre qui ne figure pas sur le manuscrit retenu pour la traduction ; le manuscrit, qui comporte plusieurs textes, commence ainsi : Quedam declamationes Colutii cançelari florentini], Todi, Biblioteca Comunale, Ms. 53.

  • 1 Coluccio Salutati, editi e inediti latini dal Ms.53 della Biblioteca comunale di Todi, Todi, [s. n. (...)

Nous avons suivi ici l’établissement du texte d’Ernesto Menestò1 qui reproduit la déclamation telle qu’elle se trouve dans ce manuscrit 53 de Todi.

Le texte a été aussi établi par Jan Follak selon d’autres principes éditoriaux. Son édition se trouve en ligne2 et présente les variantes du manuscrit de Todi précédemment cité, ainsi que d’un manuscrit présent à la Newberry Library de Chicago (Ms. 93.6), d’un manuscrit de la bibliothèque universitaire de Greiswald et également de la version du texte, tel qu’il fut imprimé pour la première fois dans la correspondance de Pie II (Epistulae, Milan, Ulrich Scinzenzeler, 14963). Par conséquent, nous ne signalons pas les variantes. Nous signalons seulement les corrections de lecture et précisons quelques références explicites.

  • 4 E. Menestò, Coluccio Salutati, editi e inediti latini..., op. cit. ; J. Follak, Coluccio Salutatis (...)

La déclamation de Lucrèce a été traduite en italien par Enrico Menestò, en anglais par Stephanie H. Jed et en allemand par Jan Follak4. C’est ici la première traduction française.  
     

     

1Lucrèce, fille de Spurius Lucretius et femme de Tarquinius Collatinus, a été violée par Sextus Tarquin, le fils du roi Tarquin, auquel elle-même a cédé uniquement par peur de l’infamie, pour éviter que Sextus n’exécute la menace qu’il lui avait faite de la placer, après l’avoir tuée, dans le même lit qu’un esclave qu’il voulait assassiner. Elle mande son père et son mari pour leur raconter ce qui s’est passé. Elle tient à venger cette offense et décide finalement de se tuer. Son père et son époux cherchent à l’en dissuader.

  • 5 Nous corrigeons en cognita.

Lucretia Spurii Lucrecii filia et Collatini Tarquini uxor a Sexto Tarquino regis Tarquini filio per vin cognitam5 ipsa consentiente solum infamie metu ne Tarquinus sicut minabatur sibi occise iugulaturum servum in lecto sociaret. Vocatis ad se patre et viro rem narrat ultionem iniurie promitti facit et demum vult se ocidere vetat pater et coniunx.

2Ne t’en prends pas à toi-même, Lucrèce ; tu nous as donné un argument suffisant qui prouve très bien que tu n’as pas consenti à l’adultère et que tu y as été contrainte par la force. Quelle peine attends-tu pour cela, alors même que tu dénonces ce que tu aurais pu garder secret ? Ton existence plaide aussi en ta faveur, car tu as cultivé la simplicité et la chasteté aussi bien en présence des hommes que dans les endroits les plus retirés de ta demeure. Te rappelles-tu, ma chère Lucrèce, quand nous sommes arrivés ici, il y a quelques jours, avec cet homme pervers et adultère, on t’a trouvée, au premier coup d’œil, en compagnie de tes servantes, appliquée au travail de la laine, sans que tu aies été prévenue, sans que tu te méfies, n’attendant aucun homme ni aucun hôte à cette heure ? Ce jour-là, ta pureté dévoilée par surprise te donna la victoire. Nous avons trouvé les belles-filles et les filles du roi occupées à boire et à manger en bonne compagnie. Toi, tu t’es distinguée d’elles, tu as acquis la gloire d’une incorruptible chasteté.

  • 6 Nous corrigeons en Quam.
  • 7 C’est bien le texte du Ms 53. Nous comprenons una, que propose la version imprimée de 1496.

Noli te afflictare Lucretia ; satis maximum argumentum dedisti te adulterio non consensisse tibique vim illatam. Que6 penam eius expectas, que ultro quod celare poteras, acuses ? hoc adiuvat vita precedens tua, que non solum in hominum oculis sed in secretis domus penetralibus et frugalitatem et pudicitiam coluisti. An recolis, mea Lucretia ? cum paucis ante diebus unaha7 cum improbo illo adultero prima facie huc advenimus, tu inter servas lanifitio intenta reperta es, improvisa, incauta, nec virum nec hospitem tunc expectans ? ea dies, illa deprensio castitatis tibi victoriam dedit ; regis nurus et filias commessationibus occupatas invenimus. tu illis prelata es, tibi incorruptibilis gloria pudicitie parta es.

3C’est nous qui vengerons l’offense que tu as subie, toi, qui as pris la responsabilité de l’étreinte violente de ce jeune homme malhonnête, alors que c’est lui qui retirait malgré toi des plaisirs coupables de ta personne. Tu observeras dans la joie le juste supplice d’un fils de roi. Pourquoi, alors que tu as satisfait malgré toi son désir abominable, veux-tu repaître de ta mort et de ton sang son âme cruelle ? Ne connais-tu donc pas déjà la cruauté du père et l’inhumanité de ses fils ? Cet homme qui a déshonoré ton corps, combien de massacres a-t-il commis contre les habitants de Gabies, combien d’innocents a-t-il opprimés ? Si tu hais cet homme, si tu souhaites de tout ton cœur qu’il subisse un supplice, choisis de vivre ; fais tout pour que dans son châtiment, il te voie exulter ; fais tout pour que, lorsqu’il se verra mourir, détesté et honni, il te voie survivre – toi dont il a agressé le corps – dans la lumière sans mélange de ta renommée.

Nos iniuriam ulciscemur, que mesta violentos compressus improbi iuvenis contulisti, dum ille mala gaudia ex invita capiebat. Videbis leta meritum regia de prole supplicium. Cur que coacta prebuisti sibi de libidine nephanda solatium, tua morte tuoque cruore vis ferocem eius animum saciare ? an tibi non satis nota crudelitas patris, imanitas filiorum ? iste corruptor corporis tui quot cedes explevit in Gabios, quot ibi circumvenit innocentes ? si ipsum odis, si sibi ex animo supplicium optas, fac vivas, fac quod de te videat in suis penis exultare fac quod cum se viderit invisum et infamem periturum, te cuius corpus attigit, videat integro fame lumine superesse.

4Lucrèce, ne fais pas de ton époux un veuf, ne prive pas un père de sa fille et tes enfants d’une mère. Choisis la vie pour voir un jour ta vengeance. Tu n’as aucune raison de vouloir mourir. Ton corps est souillé, mais ton esprit est intact. Sans consentement, nulle faute n’est commise. Qui pourrait prétendre que, nue, endormie, sans méfiance et sans crainte d’un tel crime, tu aurais pu résister à un jeune homme armé prêt à commettre un homicide ou un adultère ? Il aurait pu, grâce à sa jeunesse florissante et à son autorité royale, charmer n’importe quelle autre femme et la séduire par ses appâts, mais il n’a pu amollir ton cœur inflexible. Vous n’étiez que tous les deux et c’est lui seul qui a déchaîné sa violence puis perpétré et consommé l’adultère dans ton corps. Toi, du fait de ta fragilité féminine, tu as enduré l’offense, mais, par la résistance de ton esprit, tu as conservé ta chasteté au cœur même de la violence de l’union des corps. Si tu cherches la gloire, tu ne peux rien trouver de plus glorieux que de t’être donnée à un jeune homme fiévreux, avide et recherchant la satisfaction de son désir, non pas comme une femme de chair mais comme une statue de marbre.

  • 8 Nous ne prenons pas en compte le point d’interrogation.

Noli Lucretia viduare coniugem, orbare parente et filiis matrem auferre, opta vitam ut aspitias aliquando vindictam ; non habes unde mori velle debeas ?8 polutum est corpus, sed integer animus, nulla culpa sine consensu contrahitur. Quis nescit te non potuisse resistere nudam, dormientem, incautam et nil tale verentem, armato iuveni ad homicidium vel ad adulterium preparato ? potuit illa etate florida et autoritate regia quamlibet aliam permulcere et secum in illecebras trahere, rigidum vero pectus tuum molire non potuit. Solus ille cum duo tantum essetis, violentiam intulit et in corpus tuum adulterium patravit atque perfecit : tu quod muliebris fragilitas est, iniuriam pertulisti, sed mente intra concubitus violentiam pudicitiam conservasti. Si gloriam queris, nichil huic glorie potes addicere, que iuveni amanti et avido, libidinem suam explenti, te non mulierem carneam sed statuam marmoream prebuisti.

5Ajoute à cela, chère Lucrèce, que ce n’est pas la mort que tu as voulu fuir en consentant à cette violence, mais l’infamie. C’est ta patience que tu as su opposer à un tyran alors même qu’il t’avait menacée de t’égorger pour placer à côté de ton corps un esclave nu qu’il voulait tuer. Ton père, ton mari t’acquittent de toute faute. Ne sois pas la seule à te condamner toi-même pour une faute que tu n’as pas commise. Nous échappons au déshonneur en jurant sa mort, toi, tu veux corrompre notre renommée. Nous voulons mettre fin à la tristesse de ton existence en infligeant la mort, toi, tu veux hâter ta fin sans attendre les joies de la vengeance. Et nous voulons faire expier un crime en prenant la responsabilité de le venger, quand toi tu t’apprêtes à corrompre ton innocence en prenant l’initiative prématurée de ta propre mort. Ton mari, ton père, Brutus et d’autres parents qui t’absolvent de toute faute, veulent te dissuader de te tuer. Pourquoi désavouer, en te tuant, le jugement de ces hommes ? Si tu te tues, tu encours le reproche d’une faute dont tu es exempte et que tu fuis. Jamais ne sera considéré comme innocent celui qui s’inflige un supplice comme s’il était coupable.

  • 9 Nous corrigeons en iugulandae.
  • 10 Nous lisons juxta.

Adde cara Lucretia quod tu non mortem illo violento consensu sed infamiam effugere voluisti. Tunc enim patientiam prebuisti tyranno, cum se tibi iugulandum9 servum nudum occisurum iusta10 corpus tuum minatus est. te pater, te vir culpa absolvunt ; noli sola te ipsam illa qua vacas culpa dampnare ; infamiam ascita morte fugimus, tu famam corrumpis ; tristitiam vite morte nobis illata finimus, tu vindicte gaudia mortem properans non expectas ; denique scelus aliquod, dum nobis manus inicimus, expiamus tu innocentiam occupata morte corruptura es. Vir, pater, Brutus et alii coniuncti, qui te culpa absolvunt ne te occidas vetant ; cur te occidendo iuditium ipsorum dampnas si te occidis, culpam tibi, qua cares quamve fugis, incurris. Nunquam putabitur innocens, qui se nocentem supplitio afficit.

6Ne m’interdisez pas de mourir, mon vénérable père, et toi, mon époux qui m’étais autrefois plus cher que la lumière. Si je ne me tue pas, jamais personne ne pourra être assuré que j’ai voulu éviter plutôt l’infamie que la mort. Si je ne le prouve pas par mon courage et ma résolution à mourir, qui pourra jamais croire que, parce qu’il a menacé de tuer un esclave, j’ai craint plus que la mort le soupçon ignominieux d’être unie à un esclave ? La très ignoble souillure de l’infamie restera : moi, malheureuse Lucrèce, j’aurais donc voulu vivre adultère plutôt que mourir chaste. Ne voyez-vous pas que vous me préservez non pour la vie mais pour le déshonneur ?

Nolite me pater sanctissime tuque luce mihi condam carior coniunx morte prohibere ; nisi me occidero nunquam fides erit, me potius infamiam quam mortem vitare voluisse. Quis unquam crederet quod ille me servicidio terruerit, meque magis consotiandi servi ignominiam suspitiossam timuisse quam mortem : nisi moriendi fortitudine audatiaque probavero ? Restabit me miseram turpissima labes infamie Lucretiam potius adulteram voluisse vivere quam pudicam mori. Nonne videtis quod me non vite vultis sed infamie reservare.

7Considérez que vous m’avez abandonnée à cette offense. Sanctifiez les lits du mariage, faites en sorte qu’à l’avenir le sommeil des autres femmes soit sûr et protégé d’une telle ignominie. Si vous agissez avec moins de rigueur, un désir sans frein se répandra. Et c’est non seulement en l’absence de leur époux, mais dans les bras de leurs maris que les femmes romaines subiront l’offense des jeunes gens lascifs. En effet, quelle femme sera en sécurité, après le viol de Lucrèce ?

  • 11 Nous corrigeons en flagitii.

consulite quod permisistis iniurie. Sancite matrimoniales thoros facite quod ultio tanti flacii11 securos redat aliarum sompnos. Si negligentius hoc egeritis, vagabitur effrenis libido, et nedum viris absentibus sed in maritorum complexibus romane mulieres protervorum iuvenum violentia comprimentur. Et enim que mulier tuta erit, violata Lucretia ?

8Et toi, mon très cher époux, comment pourras-tu venir dans mes bras, toi qui te souviendras que tu ne peux plus me considérer comme ton épouse, mais comme la courtisane de Tarquin ? Et toi, mon vénérable père, comment m’appelleras-tu ta fille, moi qui ai si malheureusement perdu et si injustement perverti cette chasteté que par ton excellente éducation, tu m’as enseignée depuis l’enfance ? Oserai-je, malheureuse, contempler mes enfants nés d’un ventre que l’adultère a accablé ? Et si une funeste semence a pris racine dans mes entrailles, attendrai-je le moment où je deviendrai mère par l’adultère ?

tu autem, carissime coniunx, quomodo poteris ire in meos ire complexus qui te non tenere uxorem tuam, sed scortum Tarquini recorderis et tu pater sanctissime, quomodo me tuam filiam appellabis, que pudititiam quam sub optima disciplina tua ab infantia didici, tam infeliciter amisi, tamque iniuriosse corrupi ? me miseram ? audebone natos intueri meos quorum ventrem adulter oppresit. Quid si semem infaustum visceribus inhesit meis ! an expectabo donec ex adulterio mater fiam ?

9Ne mettez pas devant mes yeux la splendeur d’une vie réglée, tout ce que j’ai conservé pur et sans tache durant tant d’années, en une seule nuit de malheur où j’ai accueilli non un hôte mais un ennemi, je l’ai perdu. La vie, pour moi, n’a désormais plus d’agrément. J’ai l’intuition que c’est ma persévérance à être chaste qui m’a exposée à cet affront. C’est de ma chasteté, et non de ma beauté, que cet adultère abominable a voulu venir à bout. Si c’est le fruit que j’ai tiré de ma continence, que me reste-t-il à faire, à présent que je suis marquée par la souillure, l’infamie et l’adultère, si ce n’est à me prostituer, non comme une courtisane enfermée dans un lieu de débauche mais libre de divulguer partout ses actes honteux ? Malheureuse que je suis, comment cet esprit pourra-t-il rester innocent et pur de déshonneur avec ce corps corrompu ?

Nolite iam michi splendorem exacte vite ante oculos ponere, que simul quicquid sincerum tot annis immaculatumque servavi, infelicissima una nocte, dum accipio non hospitem sed hostem amisi. non est ulterius mea vita iocunda, sentio, quod pudicitie studium opportunam me fecit iniurie ; non formam sed castitatem meam expugnare voluit nephandus adulter. Si hunc fructum continentie tulli, quid polutam, strupratam et adulteram manet, nisi quod non meretrix lupanaribus includar. sed passim ubique divolans feda prostituar ? Hei mihi, poteritne animus iste insons et sine culpa flagitii cum hoc corrupto corpore permanere ?

10Croyez-vous qu’aucune volupté n’appartienne au corps violé ? Je vais révéler un fait abominable, caché jusque-là. Pitié mon père, pitié mon mari, et vous, dieux, pardonnez les fautes des esprits chastes. Je n’ai pu, je l’avoue, concevoir en mon esprit une tristesse si grande ni éloigner suffisamment mon esprit de cette étreinte pour annihiler les plaisirs naissants de mes membres désobéissants et m’empêcher de reconnaître les empreintes de la flamme maritale. Cette volupté triste et involontaire, quelle qu’elle soit, doit être vengée par le fer ; et s’il y a en vous une énergie de Romain, ce sera à vous de venger ce crime. Que tout ce qui comporte un signe de cette volupté disparaisse. Les forces de Vénus sont trop fortes. Je ne veux pas que notre esprit puisse concevoir la moindre image d’un si grand crime. Rien n’est plus changeant qu’une femme. Non seulement l’agitation de l’esprit adoucit la douleur, mais le temps l’éteint. Si je tarde, je commencerai à trouver du plaisir à ces horribles infamies. Permettez que je transperce cette poitrine, que cet homme violent a aimée, et sur laquelle il a en premier excité de ses doigts le désir de mes seins. Ne m’incitez pas à avoir pitié de moi-même. Si j’épargne ma vie, bientôt j’épargne l’homme qui a commis l’adultère, si j’épargne le coupable, bientôt c’est l’acte adultère lui-même que j’accepte et l’acte finira par me plaire ; et l’homme adultère finira par me séduire.

  • 12 Nous corrigeons en adulterio.
  • 13 Nous corrigeons en placebit.

An putatis nullam esse violati corporis volutatem ? fatebor occultum nephas, parce parens, parceque marite et vos dii castarum mentium indulgite offensis, non potui fateor tantam animo concepisse tristitiam nec ab illo compressu mentem adeo revocare, quin subierint male obedientium membrorum illecebre, quin agnoverim vestigia maritalis flame ; illa [illa] tristis et ingrata licet, qualiscumque tamen voluptas ferro ulciscenda est. Vestrum autem erit, si quid in vobis romani spiritus, scelus illud ulcisci. Extinguatur quicquid habuit aliquod voluptatis ; nimie sunt Veneris vires, nolo quod unquam tanti facinoris ymago ante oculos nostre mentis agatur nihil muliere mobilius ; egritudinem animique motus nedum mollit sed extinguit tempus. Si distulero, incipiam mihi flagitiossa placere. Dimittite ferro transfigam hoc pectus, quod ille violentus amavit in quo primum ad excitamentum libidinis infixas mamillas digitis contractavit suis. Nolite me etiam ad mei misericordiam exortari. Si vite parco, iam parcam adultere, si parcam adultere, iam parcam adultero12. si parcam adulterio, iam placebit adulterium ; iamque plecebit adulter13.

11Il y a en moi un germe d’ignominie. Permettez que ma mort l’anéantisse, pour que jamais il n’y ait de suite à ce commencement. Jamais le crime ne s’arrête là où il a commencé. Que tous croient que c’est l’infamie que j’ai crainte et non la mort. Ce que je ne peux prouver faute de témoignages, je le garantirai par mon sang. Âme incorruptible, témoin de la pureté de mon innocence, tu accuseras ce fils de roi, ici et devant le tribunal de Minos et de Rhadamanthe, du viol de ma chasteté et de la souillure de mon corps. Et toi, corps terrestre, puisque par ton apparence même tu fus la cause et l’occasion de l’adultère, libère mon âme, répands tout ton sang, et sois ainsi le signe que là commence la chute de ce roi orgueilleux et de son funeste descendant. Toi mon époux autrefois plus cher que tout, et toi mon père, dont je fuis délibérément la vue par pudeur et à cause de mon malheur, et vous mes amis, portez-vous bien. N’exécutez pas la vengeance que vous m’avez promise avec moins de courage que j’ai moi-même en me donnant la mort. Que jamais Lucrèce ne soit donnée en exemple à une Romaine pour faire croire qu’il est permis de vivre aux femmes impudiques. Ainsi soit-il.

  • 14 Nous corrigeons en ut sibi persuadeant.

Inceptum est in me flagitium, sinite morte prohibeam, ne aliquando juvet inceptum explere. nunquam scelus remanet ubi incepit. Credant omnes me infamiam timuisse non mortem, quod testibus probare non possum, sanguine meo ratum efficiam ; et anime incorrupte, immaculate testis innocentie mee apud Minoys et Radamantis tribunal, ibique prolem regiam violate pudititie ac poluti corporis accusabis, tuque terrestre corpus quod etiam specie tua tibi causam et occasionem adulterii peperisti, effunde animam effunde cruorem hoc omine ut hinc incipiat superbi regis et infauste regie prolis excidium. hinc incipiat superbi regis et infauste regie prolis excidium. Tuque vir condam carissime, tuque pater, quorum aspectum pudore et infelicitate libenter mea effugio vosque amici valete, nec minus fortiter vindictam quam spopondistis peragite quam ego cedem perficiam meam. Nulli romane mulieri detur in exemplum Lucretia mea sibi persuadeant14 impudicis licitam fore vitam ; amen.

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Notes

1 Coluccio Salutati, editi e inediti latini dal Ms.53 della Biblioteca comunale di Todi, Todi, [s. n.], coll. Res tudertinae 12, 1971, p. 34-43.

2 URL : https://kops.uni-konstanz.de/server/api/core/bitstreams/c2533d08-a95e-4b13-bdf2-b6ecf6eea937/content [lien consulté le 10/02/2024]. Il s’agit d’une annexe de sa thèse : Coluccio Salutatis Declamatio Lucretie und die Menschenbilder im exemplum der Lucretia von der Antike bis in die Neuzeit, Dissertation zur Erlangung des akademischen Grades des Doktors der Philosophie an der Universität Konstanz, 2002.

3 On peut consulter cette première version imprimée de la Déclamation de Lucrèce sur le site Antibarbari (URL : https://eman-archives.org/Antibarbari/items/show/56 [lien consulté le 11/02/2024).

4 E. Menestò, Coluccio Salutati, editi e inediti latini..., op. cit. ; J. Follak, Coluccio Salutatis Declamatio Lucretie..., op. cit. ; S.H. Jed, Chaste Thinking  : The Rape of Lucretia and the Birth of Humanism, Bloomington, Indiana University Press, coll. Theories of Representation and Difference, 1989.

5 Nous corrigeons en cognita.

6 Nous corrigeons en Quam.

7 C’est bien le texte du Ms 53. Nous comprenons una, que propose la version imprimée de 1496.

8 Nous ne prenons pas en compte le point d’interrogation.

9 Nous corrigeons en iugulandae.

10 Nous lisons juxta.

11 Nous corrigeons en flagitii.

12 Nous corrigeons en adulterio.

13 Nous corrigeons en placebit.

14 Nous corrigeons en ut sibi persuadeant.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Coluccio Salutati, « Déclamation de Lucrèce (s. d.) »Exercices de rhétorique [En ligne], 22 | 2024, mis en ligne le 22 avril 2024, consulté le 18 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rhetorique/1683 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/rhetorique.1683

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Laurent Baggioni

Université Sorbonne Nouvelle

Blandine Perona

UPHF/IUF

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