Navigation – Plan du site

AccueilNuméros22DOSSIER. La déclamation au début ...L’éloge de l’éloquence (1523) par...

DOSSIER. La déclamation au début de l’époque moderne : une institution oratoire

L’éloge de l’éloquence (1523) par Philippe Melanchthon : une leçon par l’exemple

Kees Meerhoff

Texte intégral

1Étudier aujourd’hui en France la déclamation humaniste, c’est encore, de manière incontournable, se pencher sur les ouvrages de Philippe Melanchthon, le « Précepteur de l’Allemagne ». Ce dont ne doutent d’ailleurs pas un instant ceux qui ont fréquenté les travaux de bibliographie de Philippe Renouard ou d’Henri Baudrier. Au cours du xvie siècle, et pendant une longue période, Melanchthon sera omniprésent, à Paris, à Lyon et ailleurs. Il a ses admirateurs et ses adeptes, qui, s’ils ne mentionnent pas fréquemment son nom, adoptent pourtant ses idées et ses méthodes. Les érudits de toute l’Europe admirent ses commentaires sur les auteurs antiques ; ils adoptent son vocabulaire, s’inspirent de ses analyses, et aussi de ses déclamations. Certains y feront allusion lorsqu’ils composeront les leurs propres. Ils ont bien compris que les déclamations de Melanchthon s’insèrent dans une longue tradition qui remonte à l’Antiquité mais qui, retrouvant son ancienne vigueur, a inventé de nouvelles voies créatrices. Dans les textes du Précepteur, ils discernent les recommandations de Cicéron, les préceptes de Quintilien mais également les ouvrages modernes de Rodolphe Agricola et d’Érasme : ouvrages d’érudition, commentaires, mais aussi créations littéraires. Le rayonnement international de Melanchthon n’est, certes, plus guère contesté aujourd’hui. Cependant, savait-on, dans les autres pays d’Europe et plus particulièrement en France, que c’est Melanchthon qui introduisit la déclamation dans le curriculum de l’Université de Wittenberg ? La question, selon nous, mérite d’être posée.

  • 1 M.G.M. Van der Poel, De “declamatio” bij de humanisten. Bijdrage tot de studie van de functies van (...)
  • 2 Voir mon chapitre « Logique et éloquence : Une révolution ramusienne ? », dans Autour de Ramus. Tex (...)

2Pour Marc van der Poel, naguère président de la Société Internationale pour l’Histoire de la Rhétorique, il s’agirait là d’une première européenne, et la présente étude est aussi un hommage à ce latiniste émérite trop tôt disparu, à son œuvre, et d’abord à sa thèse sur la déclamation chez les humanistes, soutenue et publiée en 19871. Dans la continuité de ses travaux, il s’agira de montrer ici comment Melanchthon a su réaliser les vœux qu’appelaient ses grands prédécesseurs. Car ceux-ci, tout en se passionnant pour l’éducation, ne se sont guère engagés personnellement dans l’enseignement public. Les ouvrages majeurs d’Agricola et d’Érasme semblent trop ardus pour un public adolescent. Une pléiade d’humanistes de moindre envergure, d’habiles tâcherons adapteront ces ouvrages aux besoins de l’étudiant moyen ; ils en réduisent le volume et suivent une méthode d’exposition – une didactique – rigoureuse. Ces éducateurs s’inspirent fréquemment de l’exemple du formidable pédagogue et réorganisateur de l’enseignement que fut Melanchthon. Il suffirait de mentionner Barthélemy Latomus, lecteur du roi à Paris, ou encore Barthélemy Aneau, principal du collège de la Trinité à Lyon. Et que dire de Pierre de La Ramée, dit Ramus ? Ce n’est que fort tardivement que celui-ci citera les noms des professeurs germanophones qui, pendant ses années d’études à Paris, lui ont fait découvrir l’œuvre de Rodolphe Agricola. Ce furent ses ennemis – Ramus en avait un certain nombre – qui ont mentionné ces auteurs, défenseurs bien avant lui de positions similaires aux siennes, parmi lesquels se trouvent Melanchthon et Vivès. Ramus les a toujours passés sous silence : à ces encombrants prédécesseurs, il préférait de loin des élèves en extase devant son génie2.

  • 3 La déclamation selon cette précision marginale est dite écrite « exercendi ingenii causa, ad lusum, (...)

3Les élèves de ces pédagogues méthodiques lisent l’Éloge de la Folie, classique moderne, dans une édition commentée. Le titre y est expliqué : « Mōrias Enkomion, c’est-à-dire, Éloge de la Folie, déclamation d’Érasme de Rotterdam ». En marge, on trouve l’explication de ce que veut dire ce mot « déclamation3 ». Ces manchettes renvoient au contexte pédagogique dans lequel elles furent créées. Elles encadrent aussi la plupart des déclamations de Melanchthon et supposent une formation rhétorique approfondie. Nous verrons que ces discours font partie intégrante d’un vaste projet éducatif, se traduisant concrètement par la réforme du curriculum de l’Université de Wittenberg. Réforme qui donne un statut nouveau, de première importance, aux arts du discours en général, et à la « théorie de l’argumentation » en particulier.

  • 4 H. Koehn, « Philipp Melanchthons Reden. Verzeichnis der im 16. Jahrhundert erschienenen Drucke [Les (...)
  • 5 Voir en Annexe le relevé des discours cités, sous le no 1. Le parallélisme des titres pourrait prêt (...)

4Or, dans l’impressionnante série des déclamations mélanchthoniennes, l’Éloge de l’Éloquence occupe une place à part4. Il ne s’agit pas de la toute première prononcée par le Précepteur, mais elle révèle l’orientation résolument érasmienne de l’enseignement qu’il appelle de ses vœux. Elle est précédée de quelques discours de portée plus générale, sur les arts libéraux, sur la réforme des études supérieures – le premier de ces discours est encore prononcé à Tübingen, le second constitue sa leçon inaugurale à l’Université de Wittenberg –, mais aussi de discours requis par les circonstances, ainsi l’éloge funèbre de l’empereur Maximilien Ier, dont on connaît le magnifique portrait signé par Albrecht Dürer, et qui indique les dates de sa naissance et de sa mort, le 12 janvier 1519. Enfin, notons deux discours accompagnant les cours de Melanchthon sur les épîtres de saint Paul qui, s’inspirant des conceptions théologiques de Martin Luther, ont une charge à la fois apologétique et polémique. Ces derniers discours sont nommés soit declamatiuncula (« petite déclamation) soit adhortatio (« exhortation ») Pour cette dernière, Ad Paulinae doctrinae studium adhortatio (« Exhortation à l’étude de saint Paul »), l’allusion à la Paraclesis d’Érasme, parue un an auparavant, est transparente, mais ne signifie pas forcément une adhésion intégrale aux conceptions théologiques érasmiennes5. Dans tous ces textes, l’éloquence est mise au service de la cause que défend le Précepteur. Cause multiforme, qui peut se décomposer en une série de préoccupations parallèles dont il lui importe de montrer la convergence finale. Comme il le souligne dès le début de sa carrière, les rapports entre les diverses disciplines doivent être mis en évidence et leur place dans le curriculum précisée. Dans cet ensemble, l’intérêt accordé à l’éloquence marque une allégeance au combat érasmien et un défi lancé à l’organisation traditionnelle des études supérieures. L’éloquence est en elle-même une arme dans une lutte idéologique qui aura des répercussions majeures sur l’enseignement. En même temps, elle relève d’une compétence qui ne s’acquiert qu’après des années d’exercice et s’alimente à des sources diverses (rhétorique, logique…) dont il importe de montrer l’alliance, mais qui serait impuissante, voire nuisible, si elle n’était pas fondée sur la connaissance, approfondie et précise, des domaines sur lesquels elle est appelée à exercer son pouvoir. Tout à la fois fin et moyen, l’éloquence suppose une vision disciplinaire englobante. Elle réclame que la nature des liens entre les disciplines soit explicitée. Comme elle risque, par ailleurs, de faire éclater les frontières traditionnelles entre faculté des arts et facultés supérieures, elle deviendra inévitablement l’objet d’une réflexion qui est d’abord une défense de son caractère tout à fait particulier, presque envahissant.

5Dans cette perspective, l’Éloge de l’Éloquence réflète l’essence de l’action pédagogique de Melanchthon et son désir de la définir dans sa complexité. La nature de l’éloquence doit être explicitée, défendue et les malentendus à son propos, écartés. Voilà pourquoi, dans l’Éloge de l’Éloquence, plaidoyer pour une formation moderne, les trois genres oratoires sont mis en concurrence. En tant que texte persuasif, l’Éloge fait la leçon par l’exemple. Exemple propre à être imité, et pourvu, à cet effet, d’un appareil marginal qui en oriente la lecture et invite à la composition d’un texte similaire. Il s’agit là d’un texte éminemment pédagogique, mais au sens noble. Pour l’orateur, l’enjeu est bien réel, puisque l’adoption de son programme a des conséquences institutionnelles majeures, qu’il s’agisse de l’organisation de l’enseignement ou du choix des disciplines à transmettre en priorité.

  • 6 MBW 40, Épître dédicatoire à B. Maurer, jeune hellénisant rencontré à Tübingen (Wittenberg, janvier (...)

6En fait, cette offensive réformatrice a commencé il y a plusieurs années. L’Éloge de l’Éloquence est prononcé en mars 1523 et publié en septembre. Mais déjà, dans ses premières publications, Melanchthon dépeint la déclamation comme un exercice de grande valeur dont il convient de restaurer l’usage. Il évoque l’éducation oratoire de l’Antiquité, où la jeunesse recevait une excellente formation méthodique, qui lui permettait de déclamer sur des thèmes proposés par le professeur de rhétorique6. Encore faut-t-il commencer par restaurer ces disciplines dans leur antique splendeur, les défaire notamment de leurs scories, et retrouver ainsi leur fonctionnalité première. Cela implique un retour aux sources antiques – discours de Cicéron, l’Institution de Quintilien, etc. – et l’adhésion à ces tentatives modernes déjà initiées pour « nettoyer les écuries d’Augias », en particulier par Valla et par Agricola, dont Érasme se fait le héraut et l’héritier.

  • 7 Melanchthon, De rhetorica libri tres, Wittenberg, J. Grunenberg, 1519.
  • 8 Melanchthon, Compendiaria dialectices ratio, Wittenberg, M. Lotter le Jeune, 1520.
  • 9 Ibid., f. G2r : « [loci personarum] quos locos libentius praescribo, quod et usui futuri sunt pueri (...)

7Dès ses premières années à l’université de Wittenberg, Melanchthon compose un manuel de rhétorique, déjà ébauché à Tübingen7 et un manuel complémentaire de dialectique8 ; ces outils devraient lui permettre de faire renaître l’âge d’or de l’éducation oratoire. De manière caractéristique, Melanchthon cite dans son manuel de dialectique l’avis de Quintilien, pour qui l’éloge ou la censure d’individus à partir des « lieux des personnes » (les loci personarum) offre aux orateurs en herbe une opportunité sans pareille de s’entraîner grâce à des déclamations9. Pour lui, en effet, la rhétorique et la logique sont des vases communicants ; la mention d’un exercice d’art oratoire dans un cours de logique en est la démonstration frappante.

  • 10 Melanchthon, Principal Writings on Rhetoric, dans William P. Weaver, Stefan Strohm, and Volkhard We (...)
  • 11 MBW 78 (Wittenberg, mars 1520). Le mot cognatio (« liens de parenté ») est répété en marge.
  • 12 Melanchthon, Principal Writings on Rhetoric, op. cit., p. 49-53 (De rhetorica libri tres, chap. 3, (...)

8En composant son manuel de rhétorique, Melanchthon ne cesse donc de se référer à la rédaction parallèle de son précis de dialectique et souligne le lien indissociable unissant ces deux disciplines. Il y insiste dès sa marquante dédicace à Bernard Maurer – que l’on peut consulter désormais dans la nouvelle édition de ses œuvres complètes10 –, et il y revient dans celle, brève, qui inaugure son manuel de dialectique complémentaire, où une série de manchettes vient ostensiblement appuyer son propos11. Pour matérialiser ce lien dans son manuel d’art oratoire, Melanchthon intègre au genre démonstratif le genre « didactique » ou « didascalique », centré sur l’examen rigoureux des questions à débattre. Il logera par là-même la logique au cœur de la rhétorique12. À l’instar d’Agricola, il présente, dans son Précis de dialectique, des analyses de textes littéraires ou oratoires et, inversement, montre comment on peut développer (« habiller ») un texte à partir d’une trame logique simple, présentée le plus souvent sous forme de syllogisme. La définition exacte des données est donc partout de mise, mais dans tout contexte politique ou religieux la mise en valeur de celles-ci sera indispensable : c’est le rôle de la rhétorique.

  • 13 Voir les publications d’Olga Weijers, parmi lesquelles La disputatio dans les facultés des arts au (...)
  • 14 2 Tim 2, 24-25 : « Or, le serviteur du Seigneur ne doit pas être querelleur, mais accueillant à tou (...)
  • 15 Melanchthon, Scholia in epistolam Pauli ad Colossenses, Haguenau, J. Setzer, 1527, f. 20v-21r. Repr (...)

9Cette intégration de l’art oratoire et de la théorie de l’argumentation se retrouve sur le plan de la pratique, où les matières enseignées sont sujettes à des débats, dans la meilleure tradition de la question disputée (disputatio) académique13. À côté de celle-ci, Melanchthon introduit la déclamation, qui réclame une élaboration oratoire plus poussée. Le Précepteur n’a rien contre une argumentation serrée. Cependant, dans bien des circonstances, il est préférable d’emprunter des voies oratoires plus amples, en accord avec le sujet traité, les circonstances et le public visé. En tant que discours persuasifs, la question disputée et la déclamation sont sœurs jumelles. Dans les deux cas, il convient d’éviter les criailleries et les subtilités attribuées à la « routine scolastique », routine fastidieuse et impie, surtout lorsque l’on discute de questions de morale ou de religion. Modestie et courtoisie, respect de l’autre : voilà les qualités requises de l’orateur humaniste, en particulier à une époque de dissensions religieuses où un échange raisonnable et modéré est de première importance. Pour Melanchthon, il s’agit bien là d’une obligation fondamentale, exprimée de façon lapidaire dans l’un de ses nombreux commentaires des épîtres de Paul et d’ailleurs fidèle au portrait du « pasteur » (πίσκοπος, episkopos) idéal dressé par l’apôtre14. Plus que la question disputée, la déclamation se prête à l’imitation : c’est à travers cette dernière que s’acquiert la maîtrise de l’éloquence. Cet objectif pédagogique est déjà formulé dans les documents concernant l’introduction de la déclamation dans le cadre de l’enseignement universitaire à Wittenberg. Mais Melanchthon revient souvent par la suite sur l’intérêt propre de l’éloquence et y insiste jusque dans ses commentaires sur les textes bibliques ; celui sur l’épître aux Colossiens en offre un exemple classique15 :

Est autem Eloquentia, non ut quidam indocti existimant, inanis quidam fucus orationis, sed quae sentias perspicue et cum quadam dignitate explicare. Nec ut multi arbitrantur, inanem voluptatem aurium captat, sed utilitati aut necessitati servit. Sine hac enim nulla gravior caussa, aut paulo obscurior doceri potest.

Cependant, l’éloquence n’est pas, comme l’estiment certaines personnes incultes, quelque vain apprêt du discours, mais consiste à expliquer avec netteté et avec une certaine dignité ce que l’on pense. Elle ne cherche pas non plus, comme le croient de nombreuses personnes, à chatouiller vainement les oreilles, mais est au service soit de l’utilité soit de la nécessité. En effet, sans elle, aucune cause de quelque importance, ou tant soit peu dépourvue de clarté, ne peut être mise en évidence.

  • 16 Ce texte fondateur est souvent réimprimé avec ceux d’Érasme et de Melanchthon sur le même sujet. Vo (...)
  • 17 « Necessarias esse ad omne studiorum genus artes dicendi, Phil. Melanchthonis declamatio (« Déclama (...)
  • 18 Melanchthon, Scholia… (1527) cités, f. 21v, reproduit dans MSA IV, p. 237 : « Alio quodam loco scri (...)

On aura remarqué dans ce passage un thème – la nécessité du « bien dire » – déjà présent dans l’épître d’Agricola De formando studio16 [Sur l’organisation du programme d’études]. Ce thème, éminemment humaniste, est aussi abordé dans l’Éloge de l’éloquence. « Perspicue » (« avec netteté ») représente l’élément formel, grammaticalement correct et logiquement cohérent du discours, « cum quadam dignitate » (« avec une certaine dignité ») le côté rhétorique. Tiré d’un commentaire biblique, cet échantillon montre, en accord avec le titre primitif de l’Éloge de l’Éloquence17, que pour Melanchthon des liens puissants existent entre une éloquence bien comprise, l’éthique et la théologie. Son commentaire de l’épître aux Colossiens en offre une vue d’ensemble, attestant des capacités de synthèse du Précepteur. Quand l’apôtre Paul réclame d’un pasteur qu’il soit capable d’instruire (διδακτικόν, didaktikon), Melanchthon « traduit » cette recommandation en posant que celui-ci devra connaître à fond la dialectique et la rhétorique18 ! Par ce détour, assez remarquable dans un commentaire biblique, nous retrouvons le genre didactique ou « didascalique » proposé par le Précepteur aux côtés du genre démonstratif traditionnel. Genre inédit qui scelle l’union de la rhétorique et de la dialectique et nous montre qu’en vertu de celle-ci, les cloisons entre question disputée et déclamation ne sauraient guère être considérées comme étanches.

  • 19 Philippus Melanchthon rector studiosis, vers le 15 mars 1523 : voir les Statuta Academiae Vuittembe (...)
  • 20 Lettre du 27 février 1524, M. Hummelberger à J. Vadian (von Watt), conservée dans le recueil épisto (...)

10En introduisant la déclamation à côté de la question disputée traditionnelle, Melanchthon évite de choquer ses collègues dans leurs habitudes ancestrales tout en provoquant peu à peu une révolution dans l’enseignement universitaire. Cette habileté n’est pas passée inaperçue, comme l’atteste le témoignage d’un sympathisant à la cause humaniste, qui avait rencontré Érasme à Constance en 1522 et s’était rendu compte des progrès spectaculaires faits dans le domaine des « belles lettres » (les bonae litterae) depuis que Melanchthon était à la tête de l’Université de Wittenberg19. Féru d’études grecques et grand ami de Beatus Rhenanus, Michel Hummelberger (1487-1527) est originaire de Ravensburg, localité située à proximité du lac de Constance. Une lettre de sa main adressée en février 1524 à l’humaniste Joachim Vadianus, né à Saint-Gall sur le versant sud du même lac, nous offre un témoignage curieux des événements survenus au cours de l’année précédente. De dix ans son aîné, l’helléniste Hummelberger loue l’efficacité administrative du jeune recteur et notamment son habileté dans la réforme des études. Pour preuve, il mentionne en particulier la renaissance, grâce aux efforts du recteur, de la déclamation après des siècles de décadence20 :

  • 21 Pour classicum canere, voir Cicéron, Orator, xii, 39 ; cité par Quintilien, Institution oratoire, X (...)

Revocavit ille [scil. Philippus] ab inferis vetus declamandi genus, a Germanis scholis iam multis saeculis desideratum. Eius autem certaminis ipse primum specimen edidit et classicum cecinit21, dum pro iuris studio potentissime declamavit et altero die Guilielmum Nessenum contra vehementissime declamantem audivit ; quo certamine iuventutem mire animant ad elegantiora studia et ad simile exercitium ardenter invitant.

…Il (Philippe) a ressuscité le genre antique de la déclamation, dont on regrette l’absence dans les écoles allemandes depuis bien des siècles. Or, lui-même a présenté un premier échantillon de cette joute et a embouché la trompette guerrière en défendant puissamment les études juridiques et en écoutant le lendemain Guillaume Nesen, qui déclamait avec véhémence contre celles-ci ; par ce combat, ils stimulent prodigieusement la jeunesse à entreprendre des études du meilleur niveau et l’invitent ardemment à un exercice analogue.

  • 22 Voir l’ouvrage fondamental de Günter Frank, Die theologische Philosophie Philipp Melanchthons (1497 (...)
  • 23 Érasme, De ratione studii, éd. J.-C. Margolin, ASD I-2, Amsterdam 1971, p. 131. Voir encore infra n (...)
  • 24 Cicéron, Lettres à Atticus, IX, 4 [lettre 372, numérotation CUF], 1 (avec de nombreux exemples de s (...)

Hummelberger nous apprend par la même occasion que la déclamation qui inaugure l’introduction de la déclamation dans le curriculum n’est pas l’Éloge de l’Éloquence, mais une Oratio de legibus qui ne sera publiée que bien plus tard, en 1525. Cette oratio ou discours traite des lois, fondées sur les notions morales innées qui constituent le fondement de la société. Là encore, la théologie n’est pas loin22. À la déclamation du Précepteur en faveur de l’observation des lois répond une déclamation contre les lois, prononcée par un helléniste de ses amis. Discours pro et contra renouant avec l’exercice de la thèse, qui fera partie des Progymnasmata de l’époque impériale, traduits par Agricola et mentionnés avec approbation par Érasme dans son De ratione studii paru en 151223. Melanchthon n’ignorait pas que la thèse était l’exercice de prédilection de Cicéron, et cela tout au long de sa carrière d’orateur24. Enfin, l’idée que la déclamation, prononcée par un orateur chevronné, a pour objectif pédagogique d’être imitée par les étudiants, y est clairement exprimée.

  • 25 Voir le recensement de H. Koehn, « Verzeignis », op. cit., no 1-39.
  • 26 Jacobus Volcardus, Oratio de usu eloquentiae in obeundis muneribus publicis, habita Lovanii in disp (...)
  • 27 Melanchthon, Ad Paulinae doctrinae studium adhortatio, Wittenberg, Melchior Lotter fils, [mai 1520] (...)
  • 28 Melanchthon, Adhortatio (voir note précédente), 1520, f. [7]v : la manchette réitère l’emprunt à Ér (...)

11Or, comme on sait, c’est à cette fin que les déclamations de Melanchthon furent par la suite réunies sous forme de recueils25. Il y a lieu de croire que l’Éloge de l’Éloquence a aussitôt été exploité par d’autres humanistes, peu après sa publication ; à Louvain par exemple26. Il y a même des indices qui laissent supposer que Melanchthon aurait utilisé pour ses cours ses propres déclamations imprimées. Il existe, en effet, une édition de son Exhortation à l’étude de saint Paul (datant de 1520) avec de nombreuses annotations manuscrites, sorte de paraphrase (ou d’autocommentaire) conservée avec d’autres précieuses notes de cours dans un recueil factice déposé à Karlsruhe27. Un exemple suffira à illustrer comment procède le Précepteur dans ses cours. À une manchette imprimée résumant son attaque contre la théologie formaliste toujours enseignée aux universités, il ajoute une remarque complémentaire et une référence à leur provenance commune : les Adages d’Érasme, mine inépuisable de développements érudits. La manchette fort désobligeante se présente comme suit : « Philosophia γραῦς καπρῶσα [graus kaprôsa, « la philosophie est une vieille bique lubrique »] ». Cette théologie décrépite est pour Melanchthon un grossier désaveu de l’éloquence d’un saint Paul, à laquelle renvoie la manchette suivante : « Pauli eloquentia [éloquence de Paul28] ».

  • 29 Reproduite par E. Bizer, op. cit., p. 48. Selon Ernst Bizer (ibid., p. 7), les notes ne sont pas au (...)

12Ce jeu de citations est une autre manière de faire la leçon par l’exemple et révèle une fois de plus les sources contemporaines du Précepteur : Agricola, Érasme et sans doute des émules tels que Vivès, qui venait de publier son attaque In Pseudodialecticos (début 1520). Dans tous ces textes, la philosophie scolastique est dénoncée comme inutile, froide voire impie, en tout opposée à la « véritable » éloquence, qu’elle soit profane ou sacrée – une éloquence qui touche le cœur et qui est généreuse, sans jamais être hors de propos (in-epte). Elle se nourrit d’une érudition solide et est étayée par une logique rigoureuse mais jamais trop apparente. En elle, se retrouve l’orateur parfait de Cicéron, revu à la lumière de la pédagogie de Quintilien. Elle s’incarne dans les épîtres de l’apôtre, soumises par Melanchthon à l’analyse rhétorique : « Doctissimus est Paulus et facundus [« Paul est fort savant et éloquent »], lit-on dans une autre annotation manuscrite en marge du recueil de Karlsruhe29.

  • 30 Pour le texte latin du discours, voir l’Annexe, n2. Plusieurs éditions du xvie siècle sont consul (...)

13Or, c’est exactement dans cet esprit qu’est composé l’Éloge de l’Éloquence. Le discours accompagne, non sans solennité, l’introduction formelle de l’exercice de la déclamation dans le curriculum de l’université de Wittenberg. Il précède de quelques mois la joute oratoire, pour et contre les lois, qui en constitue l’illustration pratique. En réalité, la séparation entre annonce « théorique » et mise en œuvre pratique est toute relative, sinon inexistante. Car l’Éloge est en lui-même un échantillon d’éloquence. Plutôt que de proposer un aperçu complet du discours, on se bornera à l’étude sommaire de son début, caractéristique de la technique de composition du Précepteur30. Ici encore, le lecteur est guidé par ce que les marges du texte lui suggèrent. Elles confirment l’idée que le texte est imprimé pour être analysé de près et pour servir de modèle à de futures compositions. La première manchette est πάθος à simili, c’est-à-dire « l’émotion suscitée par analogie ». Résumant l’entrée en matières, elle exhibe l’inspiration oratoire, plutôt littéraire que formelle, de l’ensemble. Elle annonce un développement fait d’allusions érudites, qui cherche à tout prix à éviter une fâcheuse monotonie. Nous sommes plongés dès le départ dans l’univers érasmien, celui du De copia et des Adages, constamment exploités par l’orateur.

  • 31 Ce chapitre n’est pas retenu dans l’édition partielle déjà citée (supra note 16). Marc van der Poel (...)
  • 32 Hésiode, Les Travaux et les Jours, v. 40-41 : « Pauvres sots ! ils ne savent pas […] quelle richess (...)

14En termes logiques, en effet, l’analogie est un moyen faible sinon discutable de démonstration. En termes oratoires en revanche, c’est un moyen efficace qui cherche à emporter l’adhésion en s’adressant au cœur plutôt qu’au cerveau des auditeurs. Déjà accueillie par Agricola parmi les « lieux » (De inventione dialectica, I, chap. 25, De similibus31), elle chatouille la sensibilité littéraire des étudiants et flatte leur vanité de fins connaisseurs de la littérature grecque ; des connaisseurs en herbe pour la plupart, mais incités par ce moyen à s’initier toujours davantage aux mystères de la culture antique. L’analogie n’est guère choisie au hasard. Empruntée au commencement du poème d’Hésiode, Les Travaux et les Jours, elle renvoie au cours du Précepteur consacré à cet auteur l’année précédente. Celui-ci crée ainsi une ambiance de complicité avec son jeune auditoire et le rend « bienveillant », selon les conventions de l’exorde. D’ailleurs, ce cours lui a sans doute rappelé ses propres années d’études à Tübingen, lorsqu’il étudiait ce même texte avec son ami Jean Œcolampade, de quinze ans son aîné, qui lui avait signalé la parution, en 1515, du De inventione dialectica de Rodolphe Agricola, découverte décisive pour sa propre formation32.

  • 33 Érasme, adages 1079 (ASD II-3, p. 98) et 1012 (ibid., p. 36) : « Difficilia, quae pulchra, χαλεπὰ τ (...)
  • 34 Voir par exemple B. Aneau, Quintil Horatian, en annexe à Joachim du Bellay, La Deffence, et illustr (...)
  • 35 Poème daté de Tübingen, le 20 août 1516, In Erasmum opt[imum] max[imum]. Reproduit dans le catalogu (...)
  • 36 « Necessarias esse ad omne studiorum genus artes dicendi, Phil. Melanchthonis declamatio. Item, Luc (...)

15Là où Hésiode se désole de la méconnaissance d’humbles fleurs, comme la mauve et l’asphodèle, Melanchthon plaide, lui, en faveur de l’art oratoire, injustement délaissé et pourtant essentiel pour acquérir une érudition digne de ce nom. Ce premier paragraphe se termine avec une allusion cueillie dans les Adages ; le deuxième, qui insiste sur la difficulté de la tâche à accomplir, cite en toutes lettres un autre adage où Érasme reprend ce proverbe grec selon lequel « les belles choses sont difficiles33 ». Melanchthon le citera souvent encore ; son adepte français Barthélemy Aneau s’en souviendra34. De la sorte est posé, dès le départ, le thème essentiel : les arts du discours constituent le fondement indispensable à l’ensemble des études ; une vision qui suppose, pour toutes les facultés supérieures, une formation préalable très solide dans le domaine de la culture et des langues. Or, pour l’helléniste que fut avant tout Melanchthon – il a dix-sept ans lorsqu’il envoie à Érasme un poème le louant, rédigé en grec35 –, réserver une place de choix à l’étude des lettres grecques s’impose. Aussi le discours est-il accompagné, dans sa version imprimée, de la traduction d’un dialogue de Lucien – autre hommage aux préférences érasmiennes. Cette traduction fut rédigée par le grand helléniste ami de Melanchthon, Joachim Camerarius (1500-1574), qui un jour écrira sa biographie. Dans la préface, la traduction du grec en latin est vantée comme exercice efficace pour développer les compétences linguistiques de l’humaniste débutant36.

  • 37 Praefatio in Aeschinis et Demosthenis orationes, et interpretatio orationis Critiae contra Theramen (...)
  • 38 Le début du discours de Melanchthon comporte par exemple l’expression classicum canere (« sonner la (...)
  • 39 Guillaume Nesen (1493-1524) a été correcteur chez Froben et a collaboré à l’établissement du texte (...)
  • 40 Oratio de legibus, Haguenau, J. Setzer, 1525, f. Bb2r : « Neque aliam ob causam modo dicere institu (...)

16Cette publication conjuguée – discours et échantillon issu de la littérature grecque – sera réitérée avec l’impression tardive de l’Oratio de legibus, où sont joints plusieurs textes relatifs à l’art oratoire grec37. Au commencement du discours, Melanchthon lance un défi à ses pairs38 en les invitant à descendre dans l’arène pour prononcer une déclamation Contre les lois. Certainement prévenu quelque temps auparavant, le fougueux Guillaume Nesen se dévoue39. La joute entre eruditi devra être suivie, selon le Précepteur, de déclamations où un orateur chevronné descend dans l’arène pour ferrailler contre les novices40.

  • 41 Praefatio in Aeschinis et Demosthenis orationes, ibid., 1525, f. [Dd7]v -[Dd8]r.

17Dans le texte de la préface jointe au discours, reproduite dans les impressions allemande et française, le Précepteur souligne une fois de plus l’intérêt des orateurs grecs pour l’acquisition de la langue et de l’éloquence, mais surtout pour l’étude des notions morales et socio-politiques qui les sous-tendent. Or, fidèle à la doxa humaniste, Melanchthon préfère les exemples « vivants » aux traités de morale41 :

Ita inter se coniurarunt Eruditio, et Eloquentia, ut divellere nullo modo possis. Nam et orationem rerum scientia ex se veluti genuit, et oratio vicissim res ostendit […] Proinde qui se ad literas discendas contulerunt, hi sibi persuadeant, et oleum, quod aiunt, et operam sibi perituram esse, nisi cum rerum scientia studium dicendi coniunxerint. […] Nam ut Philosophi praecepta de moribus tradidêre, ita hae orationes bonorum ac malorum civium exempla proponunt, quae multo efficacius virtutis studium nobis commendant, quam frigidae illae praeceptiunculae.

  • 42 Érasme, adage 362, Oleum et operam perdidi (« J’ai perdu mon huile et ma peine », trad. J.-C. Salad (...)

L’Érudition et l’Éloquence se sont tellement liguées l’une avec l’autre, qu’il n’y a aucun moyen de les séparer. En effet, la connaissance des choses a en quelque sorte fait naître le discours, et inversement le discours fait apparaître les choses. […] Ainsi donc tous ceux qui s’appliquent à apprendre la littérature doivent être persuadés qu’ils perdront, comme on dit, leur huile et leur peine42, à moins qu’ils n’aient combiné l’étude de la parole à la science des choses. […] Car tout comme les philosophes ont transmis des leçons de morale, ces discours présentent des exemples de bons citoyens et de méchants, exemples qui nous recommandent bien plus efficacement le goût de la vertu que ces petites règles insipides.

  • 43 Voir l’Annexe pour comparer les dates des impressions allemande et française.

18J’ai choisi d’insister ici sur la cohérence de la réflexion de Melanchthon et, pour mieux la mettre en lumière, je me suis permis de circuler « autour » de l’Éloge de l’Éloquence. Mais j’ai voulu montrer en même temps que son discours faisait partie d’un projet pédagogique, patiemment mis en œuvre, et dont on peut suivre la réalisation étape par étape ; la réflexion s’affine d’année en année, il est possible de reconstituer une chronologie des actes et des discours. Notons que l’historique des impressions varie d’un pays à l’autre. Par rapport à la chronologie allemande, Robert I Estienne bouleverse allègrement l’originale en fonction de sa politique éditoriale spécifique43.

  • 44 Dans une lettre à Adolphe Occo et dans son commentaire au De consolatione philosophiae publié à Dev (...)
  • 45 Ibid., Ep. 29, 44, p. 180 : « Quid enim theologus uel phisicus in litterario puerorum ludo ? Profec (...)
  • 46 Érasme, Les Adages, trad. J.-C. Saladin et al., op. cit., I, p. 302 (ASD II-1, p. 434 ; 438), tout (...)

19L’étude conjointe de l’Éloge et du dialogue de Lucien montrerait, une nouvelle fois, ce que le Précepteur doit à ses prédécesseurs, Agricola et Érasme. En effet, le dialogue est thématiquement lié au discours par la critique de la creuse érudition. De plus, la lecture du texte, en grec ou dans sa version latine, offre aux étudiants la découverte, combien excitante, de la source première de certains Adages. Et pas de n’importe lesquels ! Relevons entre autres celui de « L’âne écoutant la lyre » (Ad. 335, Asinus ad lyram), cité à deux reprises par Agricola et même « retraduit » par lui en grec44. Ou encore celui, célèbre, du « Chien dans une baignoire » (Ad. 339, Quid cani et balneo ?) cité en traduction latine dans une de ses épîtres programmatiques à Jacques Barbireau, à qui est adressée également la lettre intitulée Sur l’organisation du programme d’études45. Dans ce dernier adage, Érasme fait l’éloge de Rodolphe Agricola, le présentant comme son idole et son modèle46.

  • 47 Voir par exemple l’ouvrage imprimé par J. Soter à Cologne en 1525, où l’Éloge de l’Éloquence est ré (...)
  • 48 Érasme, Ratio seu compendium verae theologiae, Bâle, J. Froben, janvier 1519, p. 12 (avec en manche (...)

20Insistons sur le fait que les deux textes (éloge et traduction) sont encadrés par des manchettes propres à en dévoiler « l’artifice rhétorique ». Celles-ci renvoient à un univers scolaire spécifique de l’humanisme du Nord. Dans les réimpressions, ces textes sont réunis à d’autres textes, qui confirment, voire renforcent cette appartenance et en déploient la méthode47. Nous sommes ici aux sources de l’herméneutique moderne, pierre d’angle de la « méthode » de l’humanisme chrétien conçue par Érasme. Dans la Ratio de ce dernier, avidement lue par Melanchthon, Agricola est de nouveau porté aux nues48.

  • 49 Érasme, Les Adages, II, 2, 40 (adage no 1140), Ollas ostentare (« Exposer des pots », trad. J.-C. S (...)
  • 50 ASD I-2, p. 8.

21Malgré ses apparences littéraires et libres, l’Encomion eloquentiae ou Éloge de l’Éloquence est un texte qui va bien au-delà de la définition de la déclamation proposée par Gérard Listrius dans les marges du Morias Encomion (L’Éloge de la folie). Non, elle n’est pas uniquement conçue exercendi ingenii causa, ad lusum, ac voluptatem, « pour exercer son talent, s’amuser et se faire plaisir ». Oui, cela aussi, mais pas que cela ! Érasme s’en est expliqué avec une parfaite clarté dans son adage, « Faire étalage de ses marmites » (Ollas ostentare49). Il y offre, avec une histoire succincte de la déclamation antique, une poétique en miniature de son Éloge de la folie. Comme celui d’Érasme, le propos de Melanchthon est parfaitement « sérieux et moralement utile », pour reprendre les termes de Jean-Claude Margolin dans son introduction à l’édition du traité érasmien De pueris instituendis, qui se présente également sous forme de déclamation50. Marc van der Poel, ancien élève et collaborateur de J.-C. Margolin, lui a emboîté le pas. Il a réuni une documentation abondante pour montrer quelle fut la mission essentielle de la déclamation humaniste : celle d’offrir des pistes de réflexion indispensables aux futurs dirigeants de l’Église et de l’État et de contribuer de la sorte à la vigueur morale de la société qu’ils ont pour vocation de servir. Grâce à Melanchthon, elle sera désormais au programme de l’enseignement supérieur un peu partout en Allemagne.

  • 51 P. Mack, A History of Renaissance Rhetoric, 1380-1620, Oxford, Oxford U. P., 2011, p. 104 : « The f (...)
  • 52 Voir l’Annexe. Noter que le « paratexte » (dédicace, appareil marginal) est intégralement repris da (...)

22Dans quelle mesure Melanchthon a-t-il exercé son influence en dehors de l’espace germanique, en France par exemple, c’est là une question qu’il faut laisser ouverte51. Il semble hors de doute que les éditions sorties des presses de Simon de Colines et celles de Robert I Estienne sont destinées à être utilisées dans l’enceinte des collèges, à Paris et ailleurs. La publication réitérée de la De arte dicendi declamatio (1527, 1529) et celle de la De legibus oratio (1528, 1534) à côté des manuels de grammaire, de rhétorique et de dialectique du Précepteur ont dû convaincre bon nombre de régents de la nécessité de joindre à une formation théorique solide la pratique de l’éloquence latine52.

Haut de page

Annexes

     

Discours de Philippe Melanchthon cités, 1520-1525

1. Ad Paulinae doctrinae studium adhortatio, Wittenberg, Melchior Lotter le Jeune, [mai 1520] ; Bâle, Adam Petri, 1520 ; Paris, R. Estienne, 1529

Imprimée en mai/juin 1520, accompagnant le cours de Melanchthon sur l’Épître aux Romains dont la traduction par Érasme paraît au même moment (Érasme, Epistola Pauli ad Romanos Erasmo interprete, Wittenberg, [Melchior Lotter le Jeune], 1520).

Exemplaire avec annotations manuscrites : Badische Landesbibliothek Karlsruhe, Cod. Karlsruhe 387, numérisé et consultable en ligne : Handschriften / Ad Pavlinae Doctrinae... [7] (blb-karlsruhe.de).

MBW 94, 94a (mai 1520) ; texte CR 11, 34-41.

VD16 M 2416 ; BP16_106040. Koehn53, nos 54, 55 et 70.

Cf. Érasme, Paraclesis, id est, Adhortatio ad sanctissimum ac saluberrimum Christianae philosophiae studium, Bâle, J. Froben, avril 1519 ; Paris, R. Estienne, 1529.

VD16 E 3274 ; BP16_105947, 105948.

2. Necessarias esse ad omne studiorum genus artes dicendi [Encomion eloquentiae], Haguenau, Johann Setzer, 1523 et Paris, R. Estienne, 1527

Prononcé au cours des premiers mois de l’année (avant le 29 mars) ; imprimée en automne (septembre/octobre) avec la traduction du dialogue de Lucien « Contre l’inculte qui achète de nombreux livres », par « Anastasius Q. » [= Quaestor], c’est-à-dire Joachim Camerarius, le grand ami (1500-1574) et futur biographe de Ph. Melanchthon.

MBW 273, 277, 294 ; texte CR 11, 50-66, MSA 3, 43-6254.

VD16 M 3709 et L 2930 ; BP16_105449. Koehn nos 58, 66.

3. Oratio de legibus, Haguenau, J. Setzer, 1525 et Paris, R. Estienne, 1528

Prononcée fin 1523/début 1524, car mentionnée dans une lettre du 27 février 1524 (Recueil épistolaire J. Vadianus). Imprimée avec d’autres textes55 en 1525, parmi lesquels une importante préface et un discours (fictif) traduit du grec : Praefatio in Aeschinis et Demosthenis orationes, et interpretatio orationis Critiae contra Theramenem ex Xenophonte [Hellenica II, 3, 24 sq.].

Texte CR 11, 66-86, 101-106. VD16 M 3835 ; BP16_105749. Koehn nos 40, 73.

Références bibliographiques / sigles

BP16 : Bibliographie des éditions parisiennes du 16e siècle

En ligne : home_meta_title (bnf.fr)

VD 16 : Inventaire des impressions du 16e siècle parues dans les pays germanophones

En ligne : Verzeichnis der im deutschen Sprachbereich erschienenen Drucke des 16. Jahrhunderts (VD 16) (bsb-muenchen.de)

Allen : Opus epistolarum des Erasmi Roterdami, denuo recognitum et auctum [Correspondance d’Érasme], éd. P. S. Allen et alii, Oxford, Clarendon Press, 1906-1958 (12 vol.)

En ligne : archive.org

ASD : Opera omnia Desiderii Erasmi Roterodami recognita et adnotatione critica instructa notisque illustrata [Œuvres complètes d’Érasme], édition dite d’Amsterdam (chez North-Holland), remplaçant celle de Leyde (chez Van der Aa, abréviation « LB ») datant du xviiie siècle

De nombreux volumes de cette édition sont numérisés. Voir Erasmi Opera Omnia - Huygens Instituut (knaw.nl)

En ligne : Search (oapen.org)

CR : Philippi Melanthonis opera quae supersunt omnia [Œuvres complètes de Melanchthon], éd. Karl G. Bretschneider et Heinrich E. Bindseil, Halle et Braunschweig (Corpus Reformatorum, vol. 1-28), 1834-1860, reprint Francfort s/M.

En ligne : Münchener DigitalisierungsZentrum (MDZ) - Startseite (digitale-sammlungen.de)

MSA [ou MStA, Studienausgabe] : Melanchthons Werke in Auswahl [Œuvres choisies de Melanchthon], éd. Robert Stupperich et alii, Gütersloh, Bertelsmann, 1951-1975, 2e éd. 1983 (9 tomes en 7 vol.)

Vol. III : Humanistische Schriften

MBW : Melanchthons Briefwechsel, kritische und kommentierte Gesamtausgabe [Correspondance de Melanchthon], éd. Heinz Scheible et alii, Stuttgart-Bad Cannstatt, Frommann-Holzboog, 1977

Ont paru : 23 volumes de textes (sur les 30 prévus), 16 vol. de Regesten et d’index.

Les Regesten (sommaires, en allemand) sont consultables en ligne sur le site de l’Académie des Sciences à Heidelberg : Melanchthons Briefwechsel (hadw-bw.de).

Haut de page

Notes

1 M.G.M. Van der Poel, De “declamatio” bij de humanisten. Bijdrage tot de studie van de functies van de rhetorica in de Renaissance [La declamatio chez les humanistes. Contribution à l’étude des fonctions de la rhétorique à la Renaissance], Nieuwkoop, De Graaf (Bibliotheca humanistica et reformatorica), 1987.

2 Voir mon chapitre « Logique et éloquence : Une révolution ramusienne ? », dans Autour de Ramus. Texte, théorie, commentaire, études réunies par K. Meerhoff et J.-C. Moisan. Québec, Nuit Blanche Éditeur/Nota Bene, 1997, p. 87-132. Dans son Pro schola Parisiensi contra novam academiam Petri Rami oratio, Paris, M. de Vascosan, 1551, in-8o, f. 12r, Pierre Galland cite comme prédécesseurs évidents de La Ramée L. Valla, R. Agricola, J.-L. Vivès, Ph. Melanchthon et C. Agrippa. Sur la déclamation comme exercice dans l’enseignement de La Ramée et son équipe, voir M.G.M. Van der Poel, De “declamatio” bij de humanisten, op. cit., p. 150-151 (avec les références en note). L’équipe ramiste accorde une attention notable à l’action oratoire, en théorie (dans ses manuels de rhétorique) comme en pratique.

3 La déclamation selon cette précision marginale est dite écrite « exercendi ingenii causa, ad lusum, ac voluptatem » (« pour exercer son esprit/talent, s’amuser et se faire plaisir ») : dans Ioannes Frobenivs Lectori. Habes iterum Morias Encomium : pro castigatissimo castigatius una cum Listrij commentarijs, et alijs complusculis libellis…, Bâle, J. Froben, vers 1515, f. [a4]v (sur cette indication en marge, voir les analyses à la fin de l’article). Gérard Listrius (vers 1498-1546), né à Rhenen, était correcteur chez Froben avant de prendre la direction de l’école latine de Zwolle (aux Pays-Bas). Érasme semble lui-même avoir contribué au commentaire publié sous le nom de Listrius : voir sa lettre à M. Bucer datée de mars 1532 (Allen, Ep. 2615).

4 H. Koehn, « Philipp Melanchthons Reden. Verzeichnis der im 16. Jahrhundert erschienenen Drucke [Les discours de Ph. Melanchthon. Inventaire des impressions parues au xvie siècle] », Archiv für Geschichte des Buchwesens, vol. XXV (1984), col. 1277-1486.

5 Voir en Annexe le relevé des discours cités, sous le no 1. Le parallélisme des titres pourrait prêter à confusion. Pour Luther et Melanchthon, saint Paul est l’interprète par excellence des Écritures, notamment dans son Épître aux Romains. Cette primauté herméneutique de l’apôtre ne serait pas admise par Érasme.

6 MBW 40, Épître dédicatoire à B. Maurer, jeune hellénisant rencontré à Tübingen (Wittenberg, janvier 1519) : « Exercebatur iuventus pulcherrima ratione, cum propositis thematis [thematibus] declamabat… » (« Les élèves s’exerçaient par une excellente méthode en déclamant sur les sujets proposés [par leur maître] »). Épître en tête du premier manuel de rhétorique : voir note suivante. Pour MBW et les autres sigles utilisés, voir l’Annexe.

7 Melanchthon, De rhetorica libri tres, Wittenberg, J. Grunenberg, 1519.

8 Melanchthon, Compendiaria dialectices ratio, Wittenberg, M. Lotter le Jeune, 1520.

9 Ibid., f. G2r : « [loci personarum] quos locos libentius praescribo, quod et usui futuri sunt pueris declamantibus laudes illustrium virorum » (« les lieux des personnes, que je mentionne d’autant plus volontiers au préalable qu’ils pourront être exploités par les élèves dans leurs déclamations en faisant l’éloge des hommes illustres »). Suit la référence à « Fabius » (Quintilien).

10 Melanchthon, Principal Writings on Rhetoric, dans William P. Weaver, Stefan Strohm, and Volkhard Wels (éd.), Berlin/Boston, W. de Gruyter, 2017 (= Philipp Melanchthon, Opera omnia. Opera philosophica, éd. Günter Frank et Walter Sparn, vol. 2/2), ici p. 37. Épître dédicatoire [MBW 40] citée 5a, note 6.

11 MBW 78 (Wittenberg, mars 1520). Le mot cognatio (« liens de parenté ») est répété en marge.

12 Melanchthon, Principal Writings on Rhetoric, op. cit., p. 49-53 (De rhetorica libri tres, chap. 3, De genere demonstrativo). Voir le témoignage légèrement postérieur (lettre datée 13 juillet 1521) d’un étudiant, reproduit par Ernst Bizer, Texte aus der Anfangszeit Melanchthons, Neukirchen-Vluyn, Neukirchener Verlag, 1966, p. 40 : « Certe occupatus est Philippus, praelegit nobis Paulum ad Corinthios, ad Romanos Graece, Rhetoricam cum Dialectica publice » (« Philippe est certainement débordé : il anime pour nous un séminaire sur [l’épître de] Paul aux Corinthiens et sur le texte grec de [l’épître] aux Romains, et fait des cours publics sur la rhétorique avec la dialectique »).

13 Voir les publications d’Olga Weijers, parmi lesquelles La disputatio dans les facultés des arts au Moyen-Âge, Turnhout, Brepols (Studia artistarum, 10), 2002 ; A. J. Novikoff, The Medieval Culture of Disputation, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2013, notamment chap. 5.

14 2 Tim 2, 24-25 : « Or, le serviteur du Seigneur ne doit pas être querelleur, mais accueillant à tous, capable d’instruire (διδακτικόν, didaktikon), patient dans l’épreuve ; c’est avec douceur qu’il doit reprendre les opposants… » (trad. Bible de Jérusalem ; episkopos est le mot grec qui a donné latin episcopus, d’où français évêque).

15 Melanchthon, Scholia in epistolam Pauli ad Colossenses, Haguenau, J. Setzer, 1527, f. 20v-21r. Reproduit dans MSA IV, p. 209-303, ici p. 235-236. 

16 Ce texte fondateur est souvent réimprimé avec ceux d’Érasme et de Melanchthon sur le même sujet. Voir R. Agricola, Écrits sur la dialectique et l’humanisme, traduction et édition critique par M. Van der Poel, 2e édition, Paris, Classiques Garnier, 2018, p. 282-309.

17 « Necessarias esse ad omne studiorum genus artes dicendi, Phil. Melanchthonis declamatio (« Déclamation selon laquelle les arts du discours sont indispensables à toute espèce d’études »). Voir en Annexe le relevé des discours cités, sous le no 2.

18 Melanchthon, Scholia… (1527) cités, f. 21v, reproduit dans MSA IV, p. 237 : « Alio quodam loco scribit Paulus episcopum debere esse διδακτικόν. Quomodo autem docebit is, qui nullam prorsus scientiam dialectices aut rhetorices habet, quae artes in hoc maxime traduntur, ut discant imperiti viam aliquam et rationem perspicue et utiliter docendi ». [« Ailleurs (1 Tim 3, 2 ; 2 Tim 2, 24 ; Tit 1, 9), Paul écrit qu’un pasteur doit être capable d’instruire. Or, de quelle manière instruira celui qui n’a absolument aucune notion de la dialectique ou de la rhétorique, disciplines enseignées en priorité afin que les personnes inexpérimentées apprennent une certaine méthode d’explication nette et profitable ? »]

19 Philippus Melanchthon rector studiosis, vers le 15 mars 1523 : voir les Statuta Academiae Vuittembergensis (sur Wikisource) : « Postquam frigere coeperunt philosophicae disputationes, quae antea exercendorum adulescentium occasio erat non contemnenda, statuimus, ut singulis mensibus bis declametur, alias a professoribus rhetorices et grammatices, alias ab adulescentibus iuxta rhetoris arbitrium. declamationes adulescentium a rhetorices professore recognoscantur ac emendentur […] et quia naturae mathematumque cognitio perquam necessaria est rebus humanis, volumus, ut itidem singulis mensibus disputent vel physici ac mathematum professores vel alii, quos ei rei idoneos esse professores iudicaverint ». [Comme les questions disputées philosophiques, qui auparavant offraient une occasion non négligeable pour former la jeunesse, ont commencé à perdre de leur attrait, nous avons décidé que tous les mois deux déclamations seront prononcées, tantôt par les professeurs de rhétorique et de grammaire, tantôt par les étudiants, choisis d’après l’avis du professeur de rhétorique. Les déclamations des étudiants seront revues et corrigées par le professeur de rhétorique. […] Et puisque la connaissance de la nature et des mathématiques est indispensable aux affaires humaines, nous voulons que de la même manière, tous les mois, les professeurs de physique et de mathématiques, ou bien d’autres personnes jugées propres à cette tâche par les professeurs, proposent des questions disputées.] Cf. aussi MBW 272. Voir toute la documentation réunie par M. Van der Poel, De “declamatio” bij de humanisten, op. cit., p. 49 avec la note 143.

20 Lettre du 27 février 1524, M. Hummelberger à J. Vadian (von Watt), conservée dans le recueil épistolaire de ce dernier (Vadianische Briefsammlung der Stadtbibliothek St. Gallen, éd. Emile Arbenz, St-Gall, 1891-1913, 7 vol., no 384), manuscrit et édition consultables sous forme numérique : https://swisscovery.slsp.ch/permalink/41SLSP_NETWORK/19n6r1g/alma991170520657205501.

21 Pour classicum canere, voir Cicéron, Orator, xii, 39 ; cité par Quintilien, Institution oratoire, X, 1, 33.

22 Voir l’ouvrage fondamental de Günter Frank, Die theologische Philosophie Philipp Melanchthons (1497-1560), Leipzig, Benno (Erfurter theologische Studien, 67), 1995, p. 112-131 et passim.

23 Érasme, De ratione studii, éd. J.-C. Margolin, ASD I-2, Amsterdam 1971, p. 131. Voir encore infra note 48.

24 Cicéron, Lettres à Atticus, IX, 4 [lettre 372, numérotation CUF], 1 (avec de nombreux exemples de sujets) ; IX, 9, 1 [379 en CUF] : « θέσεις meas commentari non desino », « je ne cesse de remuer en mon esprit les thèses que je t’ai dites ». Le fait est rappelé par Quintilien, Inst. or. X, 5, 11. Voir aussi Cicéron, Brutus, lxxxviii-xciv (§ 302-324).

25 Voir le recensement de H. Koehn, « Verzeignis », op. cit., no 1-39.

26 Jacobus Volcardus, Oratio de usu eloquentiae in obeundis muneribus publicis, habita Lovanii in disputationibus, ut vocant, quodlibetis [Discours concernant l’usage de l’éloquence dans l’exercice des fonctions publiques, prononcé à Louvain dans le cadre des questions disputées dites quodlibétiques], Anvers, Michael Hillenius, 1526. La démonstration des emprunts faits à Melanchthon reste à faire.

27 Melanchthon, Ad Paulinae doctrinae studium adhortatio, Wittenberg, Melchior Lotter fils, [mai 1520] ; Bâle, Adam Petri, 1520. Collection numérique de la Badische Landesbibliothek Karlsruhe, cote Cod. Karlsruhe 387. Voir en Annexe le relevé des discours cités, sous le no 1.

28 Melanchthon, Adhortatio (voir note précédente), 1520, f. [7]v : la manchette réitère l’emprunt à Érasme déjà présent dans le texte ; la note manuscrite y ajoute la citation d’un adage similaire et renvoie à la source commune. Soit : dans le texte, Melanchthon cite l’adage 809, Anus hircissans (« Vieille bique lubrique », trad. J.-C. Saladin et al., Paris, Les Belles Lettres, 2011, I, p. 609 ; ASD II-2, p. 328-330), et, en marge, son équivalent grec, « γραῦς καπρῶσα ». L’annotation manuscrite, elle, donne la suite du même adage et y joint l’adage 2366, Anus hircum olet (« La vieille sent le bouc », trad. J.-C. Saladin et al., op. cit., III, p. 190 ; ASD II-5, p. 272) avant de donner la référence : « vide Eras[mum] in Chiliadibus » (« voir Érasme dans ses Adages »).

29 Reproduite par E. Bizer, op. cit., p. 48. Selon Ernst Bizer (ibid., p. 7), les notes ne sont pas autographes mais des notes d’étudiants ayant assisté aux cours du Précepteur. Le catalogue de la Badische Landesbibliothek les attribue exclusivement à Melanchthon.

30 Pour le texte latin du discours, voir l’Annexe, n2. Plusieurs éditions du xvie siècle sont consultables en ligne, parmi lesquelles l’éd. princeps et celle imprimée chez Estienne (1527). Traduction allemande (précédée d’un sommaire) par L. Mundt, notes par F. Mundt, dans M. Beyer, S. Rhein et G. Wartenberg (dir.), Melanchthon deutsch, Leipzig, Evangelische Verlagsanstalt, 1997, vol. 1, p. 64-91. Traduction anglaise dans Ph. Melanchthon, Orations on Philosophy and Education, éd. S. Kusukawa, trad. C. F. Salazar, Cambridge, Cambridge U. P., 1999, p. 60-78.

31 Ce chapitre n’est pas retenu dans l’édition partielle déjà citée (supra note 16). Marc van der Poel n’a pu achever sa nouvelle édition critique complète du traité De inventione dialectica avec la traduction anglaise en regard.

32 Hésiode, Les Travaux et les Jours, v. 40-41 : « Pauvres sots ! ils ne savent pas […] quelle richesse il y a dans la mauve et l’asphodèle ! » (trad. P. Mazon, CUF). Pour les années d’études à Tübingen, voir l’ouvrage classique de K. Hartfelder, Philipp Melanchthon als Praeceptor Germaniae, Berlin, 1889, reprint Nieuwkoop, De Graaf, 1964, p. 52 et 557. L’auteur cite l’épître « autobiographique » aux lecteurs destinée à servir de préface à l’éd. des Opera du Précepteur publiés à Bâle en 1541, reproduite dans le Corpus Reformatorum [= CR], vol. 4, col. 715-722, ici 716, 720 [= MBW 2780]. Voir, sur ses années d’apprentissage et ses complicités, le catalogue de l’exposition Philipp Melanchthon in Südwestdeutschland. Bildungsstationen eines Reformators [Philippe Melanchthon dans le sud-ouest de l’Allemagne. Étapes éducatives d’un Réformateur], éd. S. Rhein, A. Schlechter et U. Wennemuth, Karlsruhe, Badische Landesbibliothek, 1997.

33 Érasme, adages 1079 (ASD II-3, p. 98) et 1012 (ibid., p. 36) : « Difficilia, quae pulchra, χαλεπὰ τὰ καλά [khalepa ta kala] » ; voir Les Adages, « Avant-propos », trad. J.-C. Saladin et al., op. cit., I, p. 31, § 10 (ASD II-1, p. 65) : « Commendatio a difficultate » (« Un genre recommandable, car difficile »), citant le proverbe « Δύσκολα τὰ καλά [Duskola ta kala, “les belles choses sont difficiles”] ».

34 Voir par exemple B. Aneau, Quintil Horatian, en annexe à Joachim du Bellay, La Deffence, et illustration de la langue françoyse (1549), édition et dossier critique par J.-C. Monferran, Genève, Droz, p. 340.

35 Poème daté de Tübingen, le 20 août 1516, In Erasmum opt[imum] max[imum]. Reproduit dans le catalogue d’exposition cité (note 32), 1997, p. 220-221, d’après l’original d’Érasme (Epigrammata, Bâle, J. Froben, décembre 1518, p. 274, inséré devant l’avertissement de l’imprimeur au lecteur [VD 16 M 3600]).

36 « Necessarias esse ad omne studiorum genus artes dicendi, Phil. Melanchthonis declamatio. Item, Luciani opusculum ad indoctum et multos libros ementem » [« “Que les arts de la parole sont nécessaires pour toutes les sortes d’études”, déclamation de Phil. Melanchthon. Autre item, un opuscule de Lucien, “Contre l’inculte qui achète de nombreux livres” »] – traduction latine de Lucien par Anastasius Q[uaestor], voir VD16 : M3709. Pour l’attribution à J. Camerarius, voir MBW 294, à G. Spalatin : « Mitto meam oratiunculam et Lucianicum dialogum a Ioachimo versum » (« Je t’envoie mon petit discours le dialogue de Lucien traduit par Joachim »).

37 Praefatio in Aeschinis et Demosthenis orationes, et interpretatio orationis Critiae contra Theramenem ex Xenophonte. Voir l’Annexe, no 3.

38 Le début du discours de Melanchthon comporte par exemple l’expression classicum canere (« sonner la trompette guerrière »), reprise par Michel Hummelberger dans son compte rendu de la joute oratoire cité précédemment : il a dû assister à l’exercice (voir la référence donnée supra note 20 et infra note 40).

39 Guillaume Nesen (1493-1524) a été correcteur chez Froben et a collaboré à l’établissement du texte des œuvres de Sénèque publiées sous la direction d’Érasme (Lucubrationes, 1515). Ultérieurement, il se trouve à Louvain, logé au collège du Lys où Érasme réside aussi. Se rapprochant de plus en plus de la Réforme, Nesen y publie un virulent dialogue dans lequel il bafoue les professeurs de théologie à Louvain, « magistri nostri ». Arrivé à Wittenberg, il fait des études de droit et est admis dans l’intimité de Melanchthon. Il meurt lors d’une promenade en bateau sur l’Elbe, quelques mois après sa déclamation contra leges. Melanchthon se montre très affecté par l’accident (voir par exemple MBW 331).

40 Oratio de legibus, Haguenau, J. Setzer, 1525, f. Bb2r : « Neque aliam ob causam modo dicere instituimus, quam ut iis, qui hic ex more declamare solent, si qui forsan imbecilliores sunt, meo exemplo nonnihil animi addam, et tanquam classicam canam : Deinde, ut eruditos omnes publica voce rogitem, ut in hanc arenam, et ipsi aliquando descendant, cum pueris collusuri. » (« Je n’ai entrepris à l’instant de prendre la parole que pour la seule raison d’encourager tant soit peu par mon exemple ceux qui ont l’habitude de déclamer ici selon la coutume, mais dont certains manquent peut-être de force, en sonnant pour ainsi dire la trompette guerrière. Ensuite, pour lancer en public un appel pressant à toutes les personnes instruites afin qu’elles descendent aussi parfois dans l’arène pour jouer avec les élèves. »)

41 Praefatio in Aeschinis et Demosthenis orationes, ibid., 1525, f. [Dd7]v -[Dd8]r.

42 Érasme, adage 362, Oleum et operam perdidi (« J’ai perdu mon huile et ma peine », trad. J.-C. Saladin et al., op. cit., I, p. 312 ; ASD II-1, p. 452).

43 Voir l’Annexe pour comparer les dates des impressions allemande et française.

44 Dans une lettre à Adolphe Occo et dans son commentaire au De consolatione philosophiae publié à Deventer vers 1515. Voir R. Agricola, Letters, éd. et trad. A. Van der Laan and F. Akkerman, Zwolle/Tempe, AZ, 2002, Ep. 22, 22, p. 138 et 322-323 (pour l’annotation).

45 Ibid., Ep. 29, 44, p. 180 : « Quid enim theologus uel phisicus in litterario puerorum ludo ? Profecto (ut Greco deuerbio utar) id ipsum, quod canis in balneo ». (« Qu’est-ce qu’un théologien ou un physicien ont à faire dans une école pour enfants ? À n’en pas douter, la même chose qu’un chien dans un bain, pour me servir d’un proverbe grec »). Le passage est dirigé contre les prétendus savants qui ignorent les lois de l’éloquence. Ibid., p. 344 (annotation), les éditeurs citent à juste titre Quintilien, Inst. or. I, 1, 8.

46 Érasme, Les Adages, trad. J.-C. Saladin et al., op. cit., I, p. 302 (ASD II-1, p. 434 ; 438), tout début de l’adage 339 : « Hoc equidem adagium eo libentius refero, quod mihi refricat renovatque memoriam pariter ac desiderium Rodolphi Agricolae Frisii […]. Eloquentiae tam absolutae parem adiunxerat eruditionem. », « Je cite cet adage d’autant plus volontiers qu’il ravive, réveille mon souvenir, tout comme mon regret, du Frison Rodolphe Agricola […]. À son éloquence toute parfaite il avait joint une égale érudition. » À la fin de l’adage (Saladin, p. 304 ; ASD, p. 440-441), Érasme mentionnant la même lettre remarque que le proverbe grec est cité en latin par Agricola, et ajoute deux passages où Lucien s’en sert, à commencer par celui du dialogue Adversus indoctum (ou ineruditum, « Contre un inculte », c’est-à-dire le Contre un bibliomane ignorant, 5). Voir l’étude de cet adage par Lisa Jardine, ainsi que le réseau textuel complexe qu’elle a mis en lumière (L. Jardine, Erasmus, Man of Letters : the Construction of Charisma in Print, Princeton N. J., Princeton U.P., 1993, p. 85-98, 191-204).

47 Voir par exemple l’ouvrage imprimé par J. Soter à Cologne en 1525, où l’Éloge de l’Éloquence est réuni à P. Mosellanus, De primis apud rhetorem exercitationibus praeceptiones, Aphthonius, Progymnasmata, en grec et en latin, Libanius, Declamationes tres, en grec, éd. et trad. latine par Érasme [VD16 M 3711]. Cf. ASD I-1, p. 171-192.

48 Érasme, Ratio seu compendium verae theologiae, Bâle, J. Froben, janvier 1519, p. 12 (avec en manchette : « Rodolphus Agricola, unicum Germaniae nostrae lumen et ornamentum », « Rodolphe Agricola, seule lumière et ornement de notre Germanie »).

49 Érasme, Les Adages, II, 2, 40 (adage no 1140), Ollas ostentare (« Exposer des pots », trad. J.-C. Saladin, op. cit., II, p. 101 ; ASD II-3, p. 156), dont voici l’incipit : « C’est présenter une chose par nature ridicule et vile, comme si elle était très importante ». Érasme cite à ce propos Horace, Satires, I, 1, v. 24-25 : « ridentem dicere verum, quid vetat ? » (« Qu’est-ce qui empêche de dire la vérité en riant ? »), pourvu, dit Érasme, « que la plaisanterie soit érudite [modo jocus sit eruditus, « érudite/savante »], et que quelque profit vienne se mêler au plaisir » (trad. J.-C. Saladin, op. cit., II, p. 102). Et d’ajouter, après la citation : « il arrive que la vérité s’insinue dans l’esprit des hommes sans dommage et plus agréablement quand elle est recommandée par des coquetteries de ce genre. » Suit une justification de l’Éloge de la Folie dans cette perspective : « Nous-même, nous sommes amusé il y a nombre d’années de cela avec notre Éloge de la Folie, ouvrage qui nous a demandé moins de sept jours de travail » (ibid.).

50 ASD I-2, p. 8.

51 P. Mack, A History of Renaissance Rhetoric, 1380-1620, Oxford, Oxford U. P., 2011, p. 104 : « The first half of the sixteenth century was the heroic period of northern humanism, both for innovation and for growing influence over the universities. » Ainsi commence le chapitre 6, « Northern Europe 1519-1545. The Age of Melanchthon ».

52 Voir l’Annexe. Noter que le « paratexte » (dédicace, appareil marginal) est intégralement repris dans les impressions françaises. Pour la diffusion des ouvrages du Précepteur à Paris, voir la base BP16 : une centaine d’impressions recensées.

53 Inventaire (Verzeignis, 1984), op. cit., note 4.

54 Également dans les Declamationes, choisies et éd. par K. Hartfelder, Berlin, Verlag von Speyer & Peters Buchhandlung für Universitäts-Wissenschaften, 1891-1894 (sur archive.org), vol. I, p. 27-48.

55 Notamment Oratio dicta in funere Friderichi Saxoniae Ducis et Oratio de Gradibus.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Kees Meerhoff, « L’éloge de l’éloquence (1523) par Philippe Melanchthon : une leçon par l’exemple »Exercices de rhétorique [En ligne], 22 | 2024, mis en ligne le 22 avril 2024, consulté le 20 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rhetorique/1643 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/rhetorique.1643

Haut de page

Auteur

Kees Meerhoff

Université d’Amsterdam

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search