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DOSSIER. La déclamation au début de l’époque moderne : une institution oratoire

La déclamation de Lucrèce : rhétorique, pédagogie et méditation de l’Histoire

Laurent Baggioni et Blandine Perona

Texte intégral

  • 1 F. Rico, Le Rêve de l’humanisme : de Pétrarque à Érasme, trad. Jean Tellez, Paris, Les Belles lettr (...)

1Pour Francesco Rico, auteur du Rêve de l’humanisme, « on peut nommer humanisme une tradition historique parfaitement délimitée, une succession continue d’hommes de lettres qui se transmettent les uns les autres des savoirs, qui se sentent naturellement liés […]. Il s’agit de la succession qui depuis Pétrarque conduit à Coluccio Salutati, à Chrysoloras, à Leonardo Bruni, à Alberti, à Valla […]. Que cette succession commence bien avec Pétrarque, […] c’est une conviction que partagent bien sûr Bruni et Flavio Biondo aussi bien qu’Érasme, Luis Vives ou Scaliger1. » La déclamation est un instrument important de cette transmission : réécriture des Anciens, elle est une occasion d’acquérir cet héritage culturel qui circule, s’adapte et se transforme de génération en génération ; performance d’élève ou de professeur, elle est le lieu d’un échange de savoirs et de valeurs entre disciples et maîtres.

  • 2 P. Gilli, « Coluccio Salutati, chancelier de Florence, et la France », Bibliothèque d’Humanisme et (...)
  • 3 Pour une contextualisation de la rédaction des controverses et suasoires de Sénèque, on peut lire l (...)
  • 4 M. G. M. Van der Poel, De Declamatio bij de humanisten : bijdrage tot de studie van de functies van (...)
  • 5 Salutati possédait un manuscrit des Declamationes de Sénèque le rhéteur : le manuscrit Conv. Soppr. (...)
  • 6 Epistolae Familiares, Milan, Ulrich Scinzenzeler, lettre CCCCXXVII, f. Cii r. Pour une édition réce (...)

2Nous nous proposons de voir la déclamation au début de cette chaîne de transmission décrite par Francesco Rico, non pas avec Pétrarque, mais avec celui que l’on présente parfois comme son « héritier spirituel2 », Coluccio Salutati (1331-1406). Le livre de Marc van der Poel consacré à la déclamation humaniste s’ouvre, pour ainsi dire, sur la figure pionnière du chancelier florentin qui pratique la rhétorique à une époque où Sénèque le rhéteur3, aux côtés du Pseudo-Quintilien4, était l’une des sources importantes de la connaissance de la pratique de ce genre dans l’Antiquité. Salutati mérite en effet de trouver une bonne place dans l’histoire de la déclamation humaniste, d’une part, parce que dans sa correspondance, il commente une déclamation de Sénèque le Père5 et d’autre part et avant tout, parce qu’il est l’auteur de la déclamation de Lucrèce qui fut saluée par ses contemporains et imprimée en 1496 à Milan dans la correspondance de Pie II6. Cette declamatio Lucretiae est, certainement, la première déclamation humaniste connue qui soit due à un auteur de l’importance de Salutati.

  • 7 Dans cette perspective, voir en particulier l’ouvrage de S. H. Jed, Chaste Thinking : the Rape of L (...)

3Ce petit texte perçu comme marginal dans la production du Florentin a, jusqu’à présent, notamment contribué à une analyse historique de la perception du viol7. Il a sans doute moins été étudié dans le cadre d’une histoire des pratiques rhétoriques et de leurs fonctions. Si cette dernière approche a été encore limitée, c’est sans doute parce que le texte pose nombre de questions auxquelles il semble difficile de répondre, que ce soit sur les conditions de sa rédaction ou sa place dans l’œuvre de Salutati. Nous essaierons cependant de formuler quelques hypothèses. La Declamatio Lucretiae, si on essaie de la situer dans le projet moral et politique de Salutati, offre ou confirme sans doute quelques leçons sur l’humanisme et les moyens rhétoriques de sa diffusion. En d’autres mots, elle apparaît moins marginale qu’il n’y paraît.

Sur les manuscrits et la réception contemporaine de la declamatio

  • 8 Son édition présente une cinquantaine de manuscrits : Coluccio Salutati, editi e inediti latini dal (...)
  • 9 Ces mots sont cités par R. B. Donovan dans « Salutati’s Opinion of Non-Italian Latin Writers of the (...)

4L’édition critique d’Ernesto Menestò montre que cette déclamation, bien qu’elle ne soit pas mentionnée dans le catalogue des œuvres de Salutati établi en 1406 – année de sa mort –, a connu une importante diffusion manuscrite8. La correspondance de l’humaniste français Jean de Montreuil, qui avait rencontré Salutati à Florence dans les années 1380, témoigne aussi du succès de ce texte. Montreuil considère Salutati comme un modèle et dans une lettre datée de 1395 souligne la qualité de sa declamatio qu’il dit « remarquable, et assurément d’une éloquence achevée et d’une extrême élégance » (egregia, perpolitissimaque profecto et venustissima9). Elle offre, selon cet admirateur et contemporain de Salutati, un bel échantillon du talent de l’orateur et humaniste italien.

  • 10 Clémence Revest parle d’une « mutation de l’humanisme, entre 1380 et 1450 environ, en un mouvement (...)

5Un manuscrit recensé par Ernesto Menestò [Venise, Bibliothèque Marciana, 3939] appartient à l’un des « mélanges humanistes » étudiés par Clémence Revest. Selon cette historienne, ces mélanges manuscrits qui comportaient des discours de circonstances, des traductions, des extraits de correspondance ont servi à donner une langue rhétorique commune et prestigieuse à l’humanisme entre 1380 et 145010 :

  • 11 Ibid.

La mise en circulation de compilations de pièces rhétoriques permit la constitution d’un répertoire commun qui normalisa la pratique par la pratique. À travers la sédimentation et la pétrification quasi immédiates des créations et des redécouvertes, un corpus de modèles canoniques fut institué, laissant d’amples possibilités de variations et d’adaptations circonstanciées11.

Autrement dit, la declamatio Lucretiae fait partie des modèles canoniques qui circulaient à la charnière des xive et xve siècle. Elle a participé à une formation pratique, qui a été théorisée a posteriori.

La déclamation dans les écoles italiennes des xive et xvsiècles

  • 12 De Declamatio bij de humanisten, op. cit., p. 36.
  • 13 « Naissance du cicéronianisme et émergence de l’humanisme… », op. cit., [en ligne], paragraphe 8.
  • 14 P. F. Grendler, Schooling in Renaissance Italy : Literacy and Learning, 1300-1600, Baltimore/Londre (...)
  • 15 Sur ce sujet, voir aussi R. G. G. Mercer, The Teaching of Gasparino Barzizza : with Special Referen (...)
  • 16 « [T]he city hired its first communal master in 1322 to each grammar, logic, and ars dictandi » (P. (...)
  • 17 Voir l’exemple de l’ouverture d’une école privée en Ligurie présenté par P. Gilli (Former, enseigne (...)
  • 18 Il semble difficile de donner l’âge des élèves dans ces écoles, car, dans les règlements, les élève (...)
  • 19 Former, enseigner, éduquer…, op. cit., t. 2, p. 229.

6Quand il s’intéresse à ce que l’on peut savoir des programmes d’étude (rationes studii) dans les écoles humanistes italiennes du xive siècle, Marc van der Poel observe qu’ils sont encore peu détaillés12 et c’est en effet le cas. En outre, comme le signale Clémence Revest, un « indéniable décalage chronologique donne l’antécédence à la pratique sur l’enseignement et la théorisation (qui demeurent de fait embryonnaires avant les années 1420)13 ». Des recherches postérieures à la publication du livre de M. Van der Poel permettent néanmoins d’avoir une vision un peu plus précise des écoles et des parcours suivis par les élèves dans la deuxième moitié du xive et au début du xve siècle. Citons notamment le livre de Paul Grendler sur l’école en Italie entre 1300 et 1600 et le précieux tableau offert par l’ouvrage collectif Former, enseigner, éduquer dans l’Occident médiéval (1100-1450) dirigé par Patrick Gilli14. Du fait du développement économique de l’Italie urbaine des xiiie et xive siècles et du besoin croissant d’hommes d’affaires, de notaires et d’avocats15, les villes mettent en place des écoles communales, particulièrement nombreuses en Toscane. Paul Grendler signale ainsi l’exemple précoce de la ville de Pistoia qui recrute un professeur de latin indépendant dès 1304 et met en place une école communale en 132216. L’enseignement, précise-t-il, est cependant majoritairement assuré ailleurs, dans des écoles privées17 quand ce n’est pas chez les élèves, lorsque les cours sont donnés par des précepteurs indépendants. Que ce soit dans les écoles communales ou les écoles privées, le cursus commence par la grammaire et se poursuit par la rhétorique18. L’éloquence doit être acquise pour ceux qui exerceront des charges politiques, explique Pier Paolo Vergerio (1370-1444), dans le premier traité humaniste d’éducation des enfants rédigé en 1402-140319. Dans un texte plus tardif (écrit en 1444), Maffeo Vegio (1406/7-1458) souligne, pour les mêmes raisons, combien il est important de bien savoir parler en public :

  • 20 Ibid., p. 232.

L’habitude de déclamer et de prendre la parole en public (consuetudo declamandi atque in publicum habende orationis causa prodeundi) apportera une efficace stimulation aux études. En fait, plus [les élèves] attendront les éloges de l’auditoire, plus ils s’engageront avec ardeur dans les études les plus raffinées, et ainsi, chose importante à cet âge, ils deviendront actifs et courageux, mieux adaptés, les années passant, aux affaires politiques. C’est pourquoi il faudra exercer leur voix et leur prononciation20.

Le témoignage de Sassolo da Prato sur l’enseignement de Vittorino de Feltre (1378-1446) offre des indications précieuses sur ce cursus qui progresse de la grammaire à la rhétorique et, même si ce professeur est né plus de trente ans après après Salutati, il donne des éclairages sur la perception possible de la déclamation par le chancelier florentin. Dans une lettre de 1443, il loue l’enseignement de Vittorino de Feltre. Cette épître mérite d’être précisément citée :

  • 21 Ibid., p. 234-235.

Il [Vittorino de Feltre] pense que pour instruire du début le jeune enfant il faut remplir avec soin les quatre offices du maître de grammaire : expliquer les mots et les interpréter, étudier et commenter les poètes, cultiver l’histoire, et prononcer selon la règle. […] Puisque toute la qualité de l’éloquence se répartit en deux, Dialectique et Rhétorique, il pense que l’on doit apprendre cette première science de disserter rationnellement comme si elle était la guide et l’interprète de toutes les disciplines […] Vient ensuite la rhétorique, qui est en correspondance avec la dialectique21.

Ce premier extrait montre la progression du cursus de la grammaire à la rhétorique. La dialectique donne une structure discursive et rationnelle à toutes les disciplines. La rhétorique y est étroitement associée. Les premiers temps de cet enseignement donnent des connaissances générales. La déclamation permet alors d’acquérir non seulement une aisance dans l’actio, mais aussi des savoirs plus précis. Sassolo da Prato poursuit l’extrait précédemment cité ainsi :

  • 22 Ibid., p. 235.

Comme ils en ont appris les principes communs [de la rhétorique], il veut qu’ils s’instruisent assidûment avec des déclamations oratoires, mimant des plaidoiries au tribunal, ou des discours devant le Peuple ou le Conseil de la Commune. Tu sais que tel était l’usage chez les Anciens pour former les orateurs, lesquels bien formés à la maison, sortaient ensuite sur le forum, la curie, les estrades, plus forts et plus prompts à parler22.

  • 23 A. T. Grafton et L. Jardine, « Humanism and the School of Guarino : A Problem of Evaluation », Past (...)

7Pour ainsi dire, après avoir appris les principales règles de la rhétorique, les élèves doivent pouvoir s’entraîner aux controverses et suasoires. Le De ordine docendi et discendi de Battista Guarino offre certainement, ainsi que le suggèrent Anthony Grafton et Lisa Jardine23, une image de l’enseignement pratiqué dans l’école de son père Guarino de Vérone (1374-1460). Cette image est concordante avec celle fournie par la lettre de Sassolo da Prato. L’enseignement de la rhétorique, conformément aux recommandations de Quintilien, suit celui de la grammaire :

cum dicendi artem fuerit assecutus, non modo Ciceronis orationes intelliget, verum et iam ex superiorum rerum varietate et copiosam et ornatam cum arte coniunctam habebit eloquentiam. Nihil autem Rhetorica ad Herennium Ciceronis ad id perdiscendum accommodatius erit, nihil utilius, ubi omnes oratoriae partes, sicuti non prolixe, ita perfecte exponunutur. In qua quaedam audienda etiam declamari oportebit, nam omnis praeceptio ad exercitationem debet accomodari.

  • 24 Notre traduction de C. Kallendorf éd., Humanist Educational Treatises, Cambridge (Mass.), Harvard U (...)

lorsqu’il [l’élève] aura acquis l’art de dire, il comprendra non seulement les discours de Cicéron, mais, du fait de la variété des choses précédemment évoquées [l’apprentissage de la grammaire et la lecture des poètes en particulier], il aura en outre une éloquence copieuse, ornée, à la syntaxe élégante. Rien ne sera plus adapté, rien ne sera plus utile pour apprendre cela que la Rhétorique à Herennius de Cicéron, où sont présentées de façon succincte et complète les parties de la rhétorique. Il conviendra aussi de déclamer certaines choses que ce texte donne à lire, en effet, tout précepte doit trouver une application dans l’exercice24.

Cette théorisation de l’apprentissage de la rhétorique se précise encore par la suite dans d’autres pays d’Europe avec notamment les programmes des études proposés par Érasme et Vivès.

Inventio et elocutio : une réécriture du procès d’Augustin

8À présent qu’est un peu mieux défini l’usage pédagogique balbutiant de la déclamation au xive siècle et le rôle qu’a pu jouer la declamatio Lucretiae dans la diffusion d’un canon rhétorique, il est temps d’en venir au texte lui-même, une des œuvres les plus anciennes de Salutati (1367-1370), qui peut décontenancer par l’absence de contextualisation qu’elle propose, l’absence de finalité affichée et l’absence de références chrétiennes.

9Salutati utilise l’épisode du viol de Lucrèce pour élaborer un bref échange contradictoire composé de deux discours, l’allocutio de Lucius Tarquin Collatin, l’époux de Lucrèce, qui cherche à la dissuader du suicide, et la responsio de Lucrèce qui veut manifester sa chasteté et son intégrité de façon absolue. L’échange est précédé d’un thema ou argumentum de quelques lignes qui présentent rapidement les faits.

10Les deux sources classiques principales de Salutati (Tite-Live I 57-59 et Ovide Fastes II 721-852) révèlent par ailleurs des liens intertextuels. Il est manifeste qu’Ovide réutilise une partie du matériau historique transmis par Tite-Live. Les deux passages correspondent pourtant à deux points de vue différents sur le viol de Lucrèce : la narration de Tite-Live s’inscrit dans le récit des cruautés qui émaillent le règne du dernier roi de Rome, caractérisé par un pouvoir tyrannique et sanguinaire. Les dernières étapes de ce règne sont justement le viol de Lucrèce par Sextus Tarquin (le fils du roi), le suicide de Lucrèce et le meurtre de Sextus par Lucius Junius Brutus. Le viol de Lucrèce précipite non seulement la fin du règne de Tarquin mais la fin de la royauté elle-même. La charnière narrative est particulièrement efficace puisque les deux premiers consuls de la république romaine qui inaugurent la période de la libertas sont précisément Brutus, le meurtrier de Sextus, et Lucius Tarquin Collatin, l’époux de Lucrèce.

11Chez Ovide, la dimension politique n’est pas absente mais sa fonction se réduit plutôt à un simple cadre narratif : la matière poétique principale est constituée par la description du désir de Sextus Tarquin, par la manière dont il s’enflamme à la vue de Lucrèce, dont il se nourrit dans sa mémoire et dont il le conduit à la violence et au crime. La description livienne des rouages du pouvoir tyrannique dans une optique d’intelligibilité historique cède la place à une psychologie et une physiologie de la passion portées à leurs conséquences les plus extrêmes et les plus néfastes. Les deux passages ont en commun de s’achever par un final extrêmement rapide (Tite-Live I 58 ; Ovide Fastes 2, 827-832). Or c’est précisément ces toutes dernières étapes que Salutati choisit de développer en amplifiant le dénouement tragique brièvement déroulé par ses modèles.

12Le cadre du dialogue est essentiellement fourni par Tite Live. Les paroles de Lucrèce dans la narration de l’historien sont rapportées au discours direct :

  • 25 Histoire romaine, I, 58, trad. G. Baillet, Paris, Les Belles Lettres, « Collection des Universités (...)

[…] qu’est ce qui peut aller bien pour une femme qui a perdu l’honneur (amissa pudicitia) mon corps seul est souillé, mon cœur est pur : ma mort te le prouvera. Mais donnez-moi la main comme gage que vous n’épargnerez pas le coupable. C’est Sextus Tarquin, un hôte agissant en ennemi (hostis pro hospite), qui, cette nuit, l’épée à la main est venu ici voler du plaisir (gaudium) pour mon malheur, mais aussi pour le sien si vous êtes des hommes25.

En revanche, les interventions de Collatin et du père de Lucrèce sont, quant à elles, seulement suggérées par un discours narrativisé. Seule cette phrase résonne au discours direct : « C’est l’âme qui est le criminel et non le corps ; sans mauvaise intention, il n’y a pas de faute ».

13Coluccio Salutati amplifie ce noyau narratif. Il développe l’intervention de Lucrèce, mais fait entendre également les paroles du père et du fils qui proposent une argumentation contradictoire et exhortent Lucrèce à vivre. Des effets de parallélismes soulignent le caractère antithétique des discours. Ce n’est là qu’un des éléments de l’elocutio extrêmement soignée de ce texte. Salutati met ainsi toute la lumière sur les arguments contradictoires en faveur ou en défaveur de l’innocence de Lucrèce.

14Bien que Salutati utilise largement, pour étoffer ce moment final, point quasiment aveugle de ses sources narratives, de nombreux éléments fournis par celles-ci (certains détails du récit des faits, par exemple le fait que lorsque Sextus rencontre Lucrèce pour la première fois, celle-ci était en train de filer la laine, sont intégrés dans le discours des locuteurs), il disposait d’une autre source qui avait abondamment examiné la question de l’innocence et de la culpabilité de Lucrèce, à savoir La Cité de Dieu de saint Augustin. Dans cette œuvre, après avoir réfléchi à ce qu’est la véritable chasteté au chapitre 18 du livre I, Augustin en vient, au chapitre 19, à défendre la supériorité des femmes chrétiennes sur les femmes païennes, en prenant précisément pour point de comparaison celle qui incarne le sommet de leur vertu, Lucrèce : leur chasteté les préserve de la souillure du viol ; cette chasteté repose sur le refus de leur esprit. Augustin s’emploie ainsi à saper, avec une extrême richesse de procédés rhétoriques, le fondement même de l’éloge de Lucrèce :

  • 26 Augustin, La Cité de Dieu, vol. 1, I, xix, trad. L. Moreau (1846) revue par J.-C. Eslin, Paris, Seu (...)

s’il en est ainsi, s’il n’est pas vrai que des deux un seul fût adultère ; si tous deux sont coupables, l’un de violence ouverte, l’autre de consentement secret, ce n’est pas une Lucrèce innocente qu’elle a tuée, et ses savants défenseurs peuvent dire qu’elle n’est pas aux enfers « avec ces infortunés qui, de leur propre main, se sont arraché une innocente vie ». Ici toutefois deux extrémités inévitables : l’homicide est-il écarté, l’adultère s’établit ; est-elle acquittée comme adultère, elle est convaincue d’homicide. Et point d’issue possible à ce dilemme : si elle est adultère, pourquoi ces éloges ? si elle est chaste, pourquoi cette mort26 ?

  • 27 Préface de Lucien Jerphagnon (Gallimard, 2000), p. xvii.

Comme le souligne Lucien Jerphagnon, « dans cette entreprise de liquidation du paganisme religieux et culturel [qu’est la Cité de Dieu], Augustin assum[e] crânement un rôle paradoxal : un rhéteur romain on ne peut plus classique réinterp[rète] en fonction du christianisme triomphant une culture qui, des siècles durant, s’était élaborée dans le paganisme27 ». On ne saurait tisser et transmettre l’éloge de Lucrèce comme un modèle de vertu quand la patience et la foi des femmes chrétiennes ont largement surpassé la noblesse de la plus grande des femmes païennes. Le discours d’Augustin sur Lucrèce rejoint la réflexion sur les fondements d’une rhétorique chrétienne.

15Chez Salutati, de très nombreux éléments stylistiques de l’argumentation apologétique d’Augustin sont intégrés à la Declamatio, notamment les violentes antithèses dont se charge la condamnation de la figure de Lucrèce. Plus encore, certains éléments du propos accusateur de Lucrèce envers elle-même, dans l’œuvre de Salutati, proviennent de ce fameux chapitre de la Cité de Dieu. Le plus important de tous concerne la négation de la chasteté ou plutôt l’idée d’un consentement secret associé à une forme de plaisir : c’est une possibilité envisagée par le dispositif anti-encomiastique mis en place par l’évêque d’Hippone ; elle est totalement reprise à son compte. Lucrèce, à l’inverse de son époux, considère que le plaisir qu’elle a éprouvé est le signe d’un consentement de son esprit. La déclamation ménage d’ailleurs un effet dramatique de surprise quand Lucrèce avoue l’inavouable, cette volupté qui constitue, selon elle et surtout selon Augustin, le signe que son esprit a cédé. Ce plaisir révèle une tache qu’elle ne peut laver qu’en se donnant la mort :

Croyez-vous qu’aucune volupté n’appartienne au corps violé ? Je révèle un fait abominable, caché jusque-là. Pitié mon père, pitié mon mari, et vous, dieux, pardonnez les fautes des esprits chastes. Je n’ai pu, je l’avoue, concevoir en mon esprit une tristesse si grande ni éloigner suffisamment mon esprit de cette étreinte pour annihiler les plaisirs naissants de mes membres désobéissants et m’empêcher de reconnaître les empreintes de la flamme maritale. (Notre traduction.)

  • 28 « Pourquoi donc un homme, qui ne fait point de mal, s’en ferait-il à lui-même ? En se tuant, il tue (...)

Le réemploi des motifs augustiniens par Salutati s’effectue indépendamment de toute perspective apologétique explicite : il n’est nulle part question de comparaison avec un régime de chasteté chrétienne. Au contraire, tout se passe comme si Salutati avait voulu faire délibérément abstraction de la matrice théologique où il puisait ses éléments principaux. Ainsi, il n’est nullement question, non plus, de l’interdiction chrétienne du suicide28 (clairement réaffirmée par Thomas d’Aquin, y compris pour les pécheurs ou pour les femmes qui craignent d’être souillées, Somme théologique IIa IIae q. 65 art. 5). Dans la continuité de la « psychologie morale » d’Augustin, Salutati semble plutôt suggérer que Lucrèce pourrait être coupable non seulement d’un consentement de l’esprit, mais d’un attachement à la fausse valeur qu’est la gloire :

  • 29 Ibid., p. 59-60.

Cette fière Romaine, trop jalouse de la gloire, craint que survivre ne l’expose au soupçon, que la patience ne l’accuse de complicité. Elle produit donc la mort comme témoin de son âme qu’elle ne peut dévoiler aux yeux des hommes29.

C’est exactement la conclusion à laquelle parvient la Lucrèce de Salutati, qui veut maintenir, aux yeux de ses contemporains mais aussi pour la postérité – c’est-à-dire pour l’histoire –, la possibilité de son éloge, ou plus précisément, du caractère exemplaire de son acte qui vient résumer sa vie tout entière : « Que jamais Lucrèce ne soit donnée en exemple à une Romaine qui voudrait se persuader qu’il est permis de vivre aux femmes impudiques. » Ici, Salutati rejoint donc Tite-Live par le détour d’Augustin.

Une clé de lecture pour l’histoire de la pensée politique de la fin du xive siècle ?

16La datation traditionnelle (très précoce, 1367), établie sur la base de critères uniquement codicologiques, a pu venir étayer l’idée d’une conversion de Salutati autour de 1368. La Declamatio relèverait d’une approche des textes classiques antérieure à la conversion. L’importance de la perspective augustinienne implicitement présente dans la Declamatio rend difficile l’adoption de cet argument.

17Plutôt que d’utiliser la Declamatio dans une visée biographique (de biographie intellectuelle ou religieuse), il peut être plus utile de souligner des éléments de continuité manifeste avec d’autres prises de position contemporaines ainsi qu’avec le reste des œuvres de Salutati. Car l’intérêt de Salutati pour Lucrèce est loin d’être un hapax. Il s’inscrit d’ailleurs dans une quête historique des valeurs politiques romaines menée à partir des textes classiques. C’est précisément ce que fait Pétrarque (dont on peut rappeler qu’il fut l’éditeur de Tite-Live, et l’auteur du De viribus illustribus, d’abord conçu comme un cycle de vie de Romains illustres, ainsi que de l’Africa, grande épopée en hexamètres virgiliens sur la fin de la deuxième guerre punique), au livre III de l’Africa justement. L’évocation de l’histoire romaine accorde une importance notable à Lucrèce (III 643-802) dont le destin marque la charnière entre l’époque honnie des rois et l’ère de la libertas.

18On peut considérer que la Declamatio est une amplification dialogique de la séquence narrative transmise par les auteurs anciens, de la même manière que le récit pétrarquien en est une transposition épique. Chez Pétrarque, l’épopée consiste à faire de la république le point d’observation privilégié du destin hors du commun de Rome, modèle insurpassable d’unité, de cohésion et de gloire politiques. Chez Salutati, l’absence de cadre narratif empêche de rétablir textuellement la signification éthico-politique de la Declamatio mais le modèle pétrarquien (l’Africa et le De viris) peut permettre de le reconstruire. Le Boccace latin a consacré à Lucrèce, dans un même esprit, l’une des vies du De mulieribus claris.

  • 30 Pour une analyse de ce texte, voir E. Giazzi, « Coluccio Salutati e il rilancio del genere della De (...)

19Un illustre prédécesseur de Pétrarque et de Boccace a par ailleurs sûrement inspiré Salutati : Dante lui-même accorde une place de choix à Lucrèce, elle est certes en enfer, mais dans les Limbes, là où séjournent tous les esprits vertueux non baptisés (Enfer IV 126-127). Au paradis, dans le chant de Justinien (qui fait aussi office de grande reconstruction historique et épique, en narrant le vol de l’aigle, signe sacro-saint de l’empire voulu par Dieu pour amener les hommes au bonheur terrestre et à la béatitude céleste dans la mesure où il a favorisé l’expansion de l’Église), Lucrèce est considérée comme une charnière majeure de l’histoire romaine (Paradis VI 40-42). Il apparaît clairement que la perspective qui domine la pensée des grands auteurs dans le sillage desquels se place Salutati est donc une perspective historique, fortement marquée par Tite-Live. D’ailleurs, Boccace (traducteur d’une partie des décades de Tite-Live), dans ses expositions sur l’Enfer de Dante, glose le passage sur Lucrèce en traduisant en langue vernaculaire les lignes que lui consacre Tite-Live et que nous avons commentées plus haut. Une declamatio anonyme contemporaine, la Declamatio Didonis, met en scène une Didon qui accuse Virgile d’avoir souillé sa réputation de femme honnête. Le poète lui-même répond à son accusatrice : les exigences de l’art poétique sont ainsi convoquées pour répondre aux revendications d’un personnage réel, historique30.

  • 31 D. Quaglioni, « A problematical book : il De tyranno di Coluccio Salutati », dans Le radici umanist (...)
  • 32 Présent dans L’Éloge de Florence (Leonardo Bruni Aretino. Histoire, éloquence et poésie à Florence (...)

20L’œuvre de Salutati (ses lettres officielles ou privées, ses traités moraux) se caractérise par une forte empreinte anti-tyrannique caractéristique de la pensée politique du xive siècle connue pour ses bouleversements dans les pratiques de gouvernement et pour sa réflexion sur la tyrannie. Salutati est l’auteur d’un traité sur le tyran qui est aussi un commentaire de l’Enfer de Dante à partir de considérations sur l’histoire romaine et en particulier sur le meurtre de César31. La Declamatio prend tout sens dans cette collusion entre réflexion sur l’histoire de Rome et réflexion sur la tyrannie. Elle peut être même vue comme une étape dans la constitution de lecture anti-tyrannique de l’histoire romaine dont Pétrarque et Boccace constituent d’importants représentants, avec Salutati donc, puis Leonardo Bruni, son disciple, qui le premier identifiera clairement la période impériale comme une période de dégénérescence tyrannique32.

21La couleur propre de la Declamatio réside dans la complexification des enjeux éthiques du suicide de Lucrèce à partir des catégories qui sont historiquement les siennes. En faisant abstraction – en apparence – de toute interprétation chrétienne mais en mettant au centre du discours ce qui fait précisément problème dans la lecture chrétienne de Lucrèce, le suicide et sa concupiscence, Salutati ramène son lecteur à ce qui est pour lui l’essence même de l’action politique sous le régime du salut chrétien, à savoir l’exercice de la liberté. La figure de Lucrèce est certes réduite, comme cela a été amplement démontré, à une conception bien déterminée de la vertu féminine conçue dans le cadre d’une stricte chasteté. Sur un autre plan, elle témoigne aussi de la manière dont le sort tragique réservé aux femmes – conviction boccacienne par excellence – manifeste aux yeux de tous, dans une clarté qui s’impose d’elle-même, les forces supérieures qui régissent l’histoire humaine. Sur un autre plan encore, Lucrèce donne corps et consistance à ce qu’il y a de plus intime et de plus profond dans la liberté humaine confrontée au tumulte de l’histoire. À ce titre, elle reste un exemple non pas à imiter, mais à méditer et à prendre en considération pour une meilleure connaissance de l’histoire. La declamatio en est ici l’un des instruments.

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Notes

1 F. Rico, Le Rêve de l’humanisme : de Pétrarque à Érasme, trad. Jean Tellez, Paris, Les Belles lettres, « L’âne d’or », 2002.

2 P. Gilli, « Coluccio Salutati, chancelier de Florence, et la France », Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, vol. 55, no 3, 1993, p. 479‑501, ici p. 479. Sur Salutati, voir également R. G. Witt, Hercules at the Crossroads : the Life, Works, and Thought of Coluccio Salutati, Durham, N.C, Duke University Press, coll. « Duke monographs in medieval and renaissance studies », 1983 ; L. Baggioni, La Forteresse de la raison : lectures de l’humanisme politique florentin d’après l’œuvre de Coluccio Salutati, Genève, Droz, 2015.

3 Pour une contextualisation de la rédaction des controverses et suasoires de Sénèque, on peut lire la préface de Pascal Quignard à Sénèque le rhéteur, Sentences, divisions et couleurs des orateurs et des rhéteurs : controverses et suasoires, traduit par H. Bornecque et J.-H. Bornecque, Paris, Aubier, coll. « Bibliothèque philosophique », 1992. Il rappelle la signification de ce titre : « La controverse est une cause fictive défendue à partir à partir d’un texte de loi fictif. La forme en était stricte ; d’abord, jetés en désordre, les arguments de l’accusation ou de la défense ; ensuite les plans les plus simples où grouper et articuler ces arguments d’une part selon le droit, d’autre part selon l’équité ; enfin les motifs non judiciaires excusant, justifiant, peignant les paroles ou les actes reprochés à l’inculpé. En latin : d’abord, les sententiae ; ensuite les divisiones ; enfin les colores » (p. 14).

4 M. G. M. Van der Poel, De Declamatio bij de humanisten : bijdrage tot de studie van de functies van de rhetorica in de Renaissance, Nieuwkoop, De Graaf, coll. « Bibliotheca humanistica et reformatorica », 1987, p. 6-8.

5 Salutati possédait un manuscrit des Declamationes de Sénèque le rhéteur : le manuscrit Conv. Soppr. J.5.27 de la Bibliothèque Nationale Centrale de Florence. Dans une lettre adressée à Lorenzo Gambacorti, il commente la controverse I, VII de Sénèque le rhéteur, relative à la loi qui impose aux enfants d’entretenir leurs parents. Pour le commentaire de Salutati sur cette déclamation, voir C. Salutati, Epistolario, éd. F. Novati, vol. 2, Rome, Forzani, 1893, p. 202-214. Nous n’avons en revanche aucune trace d’une connaissance éventuelle du Pseudo-Quintilien par Salutati. Voir E. Giazzi, « Coluccio Salutati e il rilancio del genere della Declamatio », dans C. Bianca dir., Coluccio Salutati e l’invenzione dell’umanesimo, atti del convegno internazionale di studi (Firenze, 29-31 ottobre 2008), Rome, Edizione di storia e letteratura, 2010, p. 315-339, où sont étudiées toutes les declamationes écrites par Salutati ainsi que leur influence sur l’humanisme milanais de la fin du xive et du début du xve siècle.

6 Epistolae Familiares, Milan, Ulrich Scinzenzeler, lettre CCCCXXVII, f. Cii r. Pour une édition récente, voir Coluccio Salutati, editi et inediti latini dal Ms.53 della Biblioteca comunale di Todi, éd. E. Menesto, Todi, [s. n.], coll. Res tudertinae 12, 1971.

7 Dans cette perspective, voir en particulier l’ouvrage de S. H. Jed, Chaste Thinking : the Rape of Lucretia and the Birth of Humanism, Bloomington, Indiana University Press, « Theories of representation and difference », 1989 ; voir aussi A. Gilles-Chikhaoui, « Se souvenir du viol de Lucrèce : plaisir et chasteté chez Lorenzo Valla, Castiglione et Marguerite de Navarre », Le Verger [revue en ligne], vol. 4, 2013, p. 1‑19 et dans le même numéro N. Fadili Leclerc, « Lucrèce à la Renaissance ou la tendance à la démythification. Violence morale vs plaisir charnel », p. 1‑21.

8 Son édition présente une cinquantaine de manuscrits : Coluccio Salutati, editi e inediti latini dal Ms.53 della Biblioteca comunale di Todi, op. cit., p. 88-89.

9 Ces mots sont cités par R. B. Donovan dans « Salutati’s Opinion of Non-Italian Latin Writers of the Middle Ages », Studies in the Renaissance, vol. 14, 1967, p. 185‑201, ici p. 189.

10 Clémence Revest parle d’une « mutation de l’humanisme, entre 1380 et 1450 environ, en un mouvement culturel homogène, diffus et doté d’un puissant prestige social » (« Naissance du cicéronianisme et émergence de l’humanisme comme culture dominante : réflexions pour une histoire de la rhétorique humaniste comme pratique sociale », Mélanges de l’École française de Rome - Moyen Âge, vol. 125, no 1, janvier 2013, p. 219‑257). Nous renvoyons à la version en ligne de cet article. Le mélange de manuscrits dans lequel se trouve la déclamation de Salutati se trouve dans l’annexe 2.

11 Ibid.

12 De Declamatio bij de humanisten, op. cit., p. 36.

13 « Naissance du cicéronianisme et émergence de l’humanisme… », op. cit., [en ligne], paragraphe 8.

14 P. F. Grendler, Schooling in Renaissance Italy : Literacy and Learning, 1300-1600, Baltimore/Londres, Johns Hopkins University Press, coll. « The Johns Hopkins University studies in historical and political science », 1989 (sur l’enseignement de la rhétorique voir en particulier p. 203-234) ; P. Gilli dir., Former, enseigner, éduquer dans l’Occident médiéval, 1100-1450 : textes et documents, Paris, SEDES, coll. « Regards sur l’histoire », 1999, 2 tomes. Voir aussi l’ouvrage plus récent de R. Black, Humanism and Education in Medieval and Renaissance Italy : Tradition and Innovation in Latin Schools from the Twelfth to the Fifteenth century, Cambridge (GB), Cambridge University Press, 2001. Robert Black insiste sur la continuité entre l’enseignement médiéval et l’enseignement humaniste. Nous remercions Clémence Revest qui nous a donné de précieux conseils bibliographiques et des indications précises pour cerner la place de la déclamation dans la pédagogie du Trecento. Ces thèses s’appuient sur une vision de l’humanisme transmise par P. O. Kristeller qui insiste sur la continuité de la culture universitaire médiévale jusqu’au xviie siècle, voir par exemple Eight Philosophers, Stanford, Stanford University Press, 1964, vision reprise par R. G. Witt qui l’applique à une tradition qui va du proto-humanisme padouan de la fin du xiiie siècle à Salutati et Bruni : In the Footsteps of the Ancients : The Origins of Humanism from Lovato to Bruni, Leyde, Brill, 2000.

15 Sur ce sujet, voir aussi R. G. G. Mercer, The Teaching of Gasparino Barzizza : with Special Reference to his Place in Paduan Humanism, Londres, Modern humanities research association, 1979, p. 9-10.

16 « [T]he city hired its first communal master in 1322 to each grammar, logic, and ars dictandi » (P. F. Grendler, Schooling in Renaissance Italy…, op. cit., p. 12).

17 Voir l’exemple de l’ouverture d’une école privée en Ligurie présenté par P. Gilli (Former, enseigner, éduquer…, op. cit., t. 2, p. 24-27).

18 Il semble difficile de donner l’âge des élèves dans ces écoles, car, dans les règlements, les élèves sont répartis en fonction de leur niveau et non de leur âge.

19 Former, enseigner, éduquer…, op. cit., t. 2, p. 229.

20 Ibid., p. 232.

21 Ibid., p. 234-235.

22 Ibid., p. 235.

23 A. T. Grafton et L. Jardine, « Humanism and the School of Guarino : A Problem of Evaluation », Past & Present, no 96, 1982, p. 51‑80. Leurs analyses critiques reviennent sur une vision idéalisée, selon eux, de l’enseignement humaniste dépeint par Eugenio Garin.

24 Notre traduction de C. Kallendorf éd., Humanist Educational Treatises, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, « The I Tatti Renaissance library », 2002, p. 290-291. Craig Kallendorf traduit ainsi la dernière phrase : « declamations should even be composed upon certain readings in it » (ibid., p. 291).

25 Histoire romaine, I, 58, trad. G. Baillet, Paris, Les Belles Lettres, « Collection des Universités de France », 1985 [1940], p. 94.

26 Augustin, La Cité de Dieu, vol. 1, I, xix, trad. L. Moreau (1846) revue par J.-C. Eslin, Paris, Seuil, « Points Sagesse », 1994, p. 59.

27 Préface de Lucien Jerphagnon (Gallimard, 2000), p. xvii.

28 « Pourquoi donc un homme, qui ne fait point de mal, s’en ferait-il à lui-même ? En se tuant, il tuerait donc un innocent, pour prévenir en lui le crime d’un autre ? Il commettrait contre lui-même un attentat personnel, pour qu’un attentat étranger ne fût pas commis sur lui ? » (Augustin, La Cité de Dieu, vol. 1, I, xix, trad. cit., p. 56).

29 Ibid., p. 59-60.

30 Pour une analyse de ce texte, voir E. Giazzi, « Coluccio Salutati e il rilancio del genere della Declamatio », op. cit., p. 330-337.

31 D. Quaglioni, « A problematical book : il De tyranno di Coluccio Salutati », dans Le radici umanistiche dell’Europa : Coluccio Salutati cancelliere e politico, atti del convegno internazionale del comitato nazionale delle celebrazioni del VI centenario della morte di Coluccio Salutati, Firenze-Prato, 9-12 dicembre 2008, éd. F. Cardini et P. Viti, Florence, Polistampa, « Humanistica », 2012, p. 335-349. Voir également D. Quaglioni, Politica e diritto nel Trecento italiano : il De tyranno di Bartolo da Sassoferrato con l’edizione critica dei trattati De Guelphis et Gebellinis, De regimine civitatis e De tyranno, Florence, Olschki, 1983. Sur le problème historique de la tyrannie dans l’Italie du xive siècle, voir A. Zorzi éd., Tiranni e tirannide nel Trecento italiano, Rome, Viella, 2013.

32 Présent dans L’Éloge de Florence (Leonardo Bruni Aretino. Histoire, éloquence et poésie à Florence au début du Quattrocento, éd. L. Bernard-Pradelle, Paris, Honoré Champion, « Textes de la Renaissance », 2008, p. 242-257), ce thème apparaît aussi dans les Dialogues pour Pier Paolo Vergerio, ibid., p. 355 et 379 sous la forme d’une condamnation de la tyrannie de César. Il n’est pas anodin de constater que dans ce dernier texte, Salutati apparaisse comme personnage principal, chef d’un cercle de jeunes lettrés qu’il encourage à l’usus disputandi, formellement mis en tension avec le genre dialogique revisité par Bruni.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Laurent Baggioni et Blandine Perona, « La déclamation de Lucrèce : rhétorique, pédagogie et méditation de l’Histoire »Exercices de rhétorique [En ligne], 22 | 2024, mis en ligne le 22 avril 2024, consulté le 19 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rhetorique/1617 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/rhetorique.1617

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Auteurs

Laurent Baggioni

Université Sorbonne Nouvelle

Blandine Perona

Université Polytechnique Hauts-de-France/IUF

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