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DicoPolHiS. Transformer la pédagogie universitaire et proposer une nouvelle manière de travailler ensemble sur l’histoire du corps et de la santé

DicoPolHiS. Transforming university teaching methods and proposing a new way of working together on the history of the body and health
Hervé Guillemain et Anaïs Grandbert

Résumés

Le projet DicoPolHiS est né en 2020 d’une double ambition. La première était de contribuer à renouveler la pédagogie universitaire en Licence et en Master. La seconde était de proposer de nouvelles formes de valorisation et de réflexion collective dans le champ de l’histoire du corps et de la santé. Quatre années après sa naissance, le projet qui a réuni des centaines d’étudiants et une centaine d’universitaires a connu de nouveaux développements, dans le champ de la recherche et de la valorisation. Cet article revient sur son origine, ses principes originaux, sur ces nouveaux développements et son apport à l’histoire des représentations sociales et culturelles du corps.

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Texte intégral

1Le projet DicoPolHiS est né en 2020 d’une double ambition. La première était de contribuer à renouveler la pédagogie universitaire en Licence et en Master. La seconde était de proposer de nouvelles formes de valorisation et de réflexion collective dans le champ de l’histoire du corps et de la santé. Quatre années après sa naissance, le projet qui a réuni des centaines d’étudiants et une centaine d’universitaires a connu de nouveaux développements, dans le champ de la recherche et de la valorisation. Cet article revient sur son origine, ses principes originaux et sur ces nouveaux développements.

Qu’est-ce-que DicoPolHiS ?

2Sous cet acronyme longuement discuté avec les étudiants membres du projet dès 2019 se cache le Dictionnaire Politique d’Histoire de la Santé, projet soutenu par Le Mans Université et le laboratoire TEMOS CNRS 9016. Il s’agit donc en premier lieu d’un dictionnaire en ligne qui s’est mué au gré des années en une plateforme de ressources multimédia et en réseau de recherches sur l’histoire du corps et de la santé (https://dicopolhis.univ-lemans.fr). La première notice a été publiée le 16 mars 2020, soit la veille du premier confinement. Cette coïncidence chronologique – qui a empêché l’équipe de célébrer dignement l’inauguration du projet – ne manquait pas de sens puisque cette entreprise éditoriale d’un nouveau genre s’est donnée pour objectif premier de faire comprendre au grand public les enjeux politiques majeurs qui irriguent nos manières de penser le corps et la santé en s’appuyant sur des moyens modernes de diffusion (les réseaux sociaux notamment). Tandis que de vifs débats animaient notre société au sujet des vaccins, des masques et des passeports sanitaires, mais aussi des effets de la pandémie sur notre santé mentale ou encore du pouvoir des épidémiologistes, DicoPolHiS proposait une mise en perspective historienne de sujets que d’aucuns pouvaient penser entièrement neufs.

  • 1 Voir à ce sujet la rétrospective proposée par la direction de la revue dans le numéro anniversaire  (...)

3C’est en effet à partir du prisme de l’histoire que les différentes entrées de ce dictionnaire sont rédigées et situées dans des catégories elles aussi discutées avec les membres de l’équipe : maladies, lieux, acteurs.trices, concepts, événements, pratiques, parties du corps. En les resituant dans l’histoire et en insistant sur la dimension politique qui les traverse toutes, le dictionnaire se donne pour but de contribuer à dénaturaliser ces objets et pourquoi pas à transformer l’image que le grand public peut en avoir. Pour ce faire, le projet s’est nourri du renouvellement considérable de l’historiographie francophone du champ de la santé perceptible également dans l’évolution de la revue Histoire, médecine et santé qui vient de fêter ses dix années d’existence1 et dont les articles des numéros sont aujourd’hui diffusés par les réseaux DicoPolHiS.

4La plupart des auteur.ices du dictionnaire ne se définissent pas comme des historien.nes de la médecine stricto sensu mais comme des historien.nes du social dont l’objet peut notamment être médical. Ils-elles donnent une définition large du champ de la santé qui ouvre les possibles pour écrire l’histoire d’acteurs.trices méconnu.es. En effet, DicoPolHiS met en avant l’histoire d’associations de patient.es comme les « Outremangeurs anonymes » ou le « SPK », mais aussi celle d’entrepreneurs de santé comme la « Fondation Rockefeller » et « Justin Perchot », ou encore de personnages qui troublent les représentations corporelles comme la célèbre femme à barbe « Clémentine Delait » ou la première autrice sourde « Thérèse de Carthagène ». Certains textes du dictionnaire abordent la médicalisation de nos sociétés, notamment la construction des toxicomanies avec les notices « Morphinomanie », « Cannabis » et « Consommatrices de drogue ». Le DicoPolHiS comprend aussi des entrées sur des pratiques considérées comme marginales ou dénuées de liens avec la santé et qui sont pourtant significatives de la dimension plurielle de la santé. C’est le cas avec le « Naturisme », mais aussi avec « l’Aérobic », le « Végétarisme », le « Tatouage » et les « Stérilisations masculines ». Il permet également d’explorer des notions qui pourraient être jugées éternelles mais méritent d’être historicisées (« Urgence », « Réanimation », « Maladies rares », « Consanguinité ») et de redonner une histoire à des parties du corps (« Hymen », « Estomac », « Placenta »). Les auteur.rice.s révèlent des diagnostics oubliés (« Drapétomanie », « Lypémanie », « Pollutions nocturnes »), mais aussi de nouveaux concepts illustrant l’évolution permanente de nos conceptions de la maladie (« Neurodiversité », « Schizophrénie »). DicoPolHiS met en avant de nouvelles disciplines et professions médicales, telles « l’Ophtalmologie », la « Pédiatrie sociale » et la « Pédopsychiatrie ». Il valorise des productions culturelles qui illustrent le rôle central de la médecine dans nos sociétés, avec des films comme « Bedlam » et « Titicut follies » incarnant un message antipsychiatrique, ou des séries médicales comme « Docteur Quinn » et « Urgences », qui mettent en évidence la féminisation, l’héroïsation mais aussi la pénibilité des métiers du soin. Le dictionnaire se fait écho de revendications citoyennes pour faire reconnaître officiellement certaines maladies et souffrances (le sida avec « Montréal 1989 » ou les maladies du travail et de l’environnement comme la « Silicose ») ou bien encore d’événements oubliés (« Canicule de 1911 », « Éradication de la variole »). Le dictionnaire qui s’est d’abord centré sur l’époque contemporaine propose aujourd’hui de nombreuses entrées sur des périodes plus anciennes (« Lèpre », « Barbier », « Chirurgien », « Zone torride », « Végétariens »).

5Le projet contribue au développement de l’histoire des représentations du corps. La quarantaine d’entrées (sur plus de 250 au total) qui portent sur les maladies et les diagnostics ne sont pas redevables d’une histoire scientifique et médicale mais plutôt d’une histoire sociale et culturelle des corps. Que ce soit au sujet de l’émergence des normes corporelles (« Anorexie ») ou langagières (« Coprolalie »), ou des enjeux de construction de nouveaux diagnostics (« Schizophrénie », « Asperger »), les entrées du dictionnaire permettent de discuter la dimension culturelle d’étiquettes trop souvent considérées comme immuables. L’articulation entre histoire du genre et histoire culturelle est dans ce projet particulièrement productive comme en témoignent les entrées dédiées à l’ « Hystérie masculine » ou au « Délire féminin ». Les entrées qui évoquent l’histoire des femmes sont indéniablement celles qui actuellement recueillent le plus d’intérêt de nos lecteur.trices. L’entrée « Folie puerpérale » montre par exemple comment un diagnostic psychiatrique s’impose progressivement dans la classification médicale alors que les symptômes qui le décrivent ne sont guère spécifiques. Mais malgré cette faiblesse scientifique et les controverses qui l’accompagnent, le diagnostic survit. Aujourd’hui, certes on utilise d’autres termes comme ceux de « dépressions périnatales » ou de baby blues, mais le consensus n’existe toujours pas sur ces diagnostics. Cet historique permet de nous questionner sur la part de construit et de naturalité dans les représentations sociales de la maternité. Il en va de même si l’on interroge la catégorie contemporaine de « Ménopause ».

Transformer la pédagogie universitaire

6DicoPolHiS a pour première originalité de ne pas correspondre au classique schéma Top/down de production du savoir. En donnant dès sa conception et tout au long de son existence une place centrale aux étudiants en formation (licence, master et doctorat), il promeut un nouveau modèle de construction du savoir et de pédagogie. La pédagogie universitaire est en effet relativement peu mise en débat2 ou alors seulement à partir d’une approche liée au développement des outils numériques, alors que par bien des aspects elle apparaît de moins en moins adaptée au public fraichement sorti du lycée et aux étudiant.es de moins en moins attiré.es par la carrière professorale et par les concours. L’exercice universitaire ne peut plus se résumer au traditionnel exposé/reprise et au binôme commentaire de documents/dissertation. L’évaluation couperet des examens terminaux devrait être de plus en plus remise en question. L’essor des intelligences artificielles nous oblige aussi à inventer des formes nouvelles d’évaluation progressive, partagée et individualisée. Aussi pour tenir compte de ses nouvelles contraintes et de la nécessité de diversifier les exercices universitaires au profit d’étudiant.es au profil varié, le projet DicoPolHiS est articulé à des unités d’enseignement sur l’histoire du corps et de la santé dont l’évaluation principale consiste à faire produire aux étudiant.es une notice répondant au modèle et aux exigences du projet. L’apprentissage de l’écriture universitaire, des exigences du référencement, de la recherche documentaire, bibliographique et iconographique, de l’application d’un modèle contraignant, sont donc l’objet de nombreuses séances et de multiples versions du texte, toujours perfectible, même après la fin théorique du semestre. La promesse de publication d’un texte satisfaisant aux consignes et à l’esprit du dictionnaire, inédit, bien écrit, fondé sur des références explicites, stimule des étudiant.es qui soumettent volontiers à la critique un texte appelé à être amélioré. Il est fréquent que 5 ou 6 versions d’un texte soit soumises à l’enseignant.e. Le modèle est exigeant certes mais il est valorisant et stimule une culture neuve de l’écriture universitaire.

  • 3 Les épisodes déjà diffusés peuvent être écoutés notamment à partir du site du podcast : https://www (...)

7Le second aspect pédagogique important du projet réside dans la dimension collective de son fonctionnement. Au sein du Master Histoire, Civilisations, Patrimoine de Le Mans Université un tournant a été pris il y a plusieurs années vers la création d’ateliers permettant d’associer les étudiant.es avancé.es aux projets portés par les laboratoires et notamment le nôtre, TEMOS - CNRS 9016. Dépassant les formules classiques des séminaires de recherches qui confinent trop souvent les étudiant.es à une fonction de spectateur/consommateur de savoir, cette formule leur confère un rôle actif dans le développement des projets. Il s’agit de développer leurs compétences dans le cadre de la formation (édition, audiovisuel, conduite de projets, recherche documentaire par exemple) et de nourrir le projet à partir de leurs compétences. Un exemple à ce sujet. La présence à l’université du Mans d’étudiants animateurs de radio et connaisseurs des outils audio, a été le déclencheur du projet du podcast La Piqûre de rappel qui relate sous une forme différente l’histoire du corps et de la santé, dont le premier épisode, sur l’histoire de l’accès au soin, est sorti en octobre 2021. L’appui du laboratoire TEMOS a permis à l’ensemble de l’équipe de suivre une formation professionnelle à la construction du podcast qui a été utile dans la phase de conception du projet. Le podcast, prenant la forme d’entretiens avec des historiens, agrémenté d’archives sonores, traite de sujets touchant au corps et à la santé, en lien avec l’actualité (déserts médicaux, consommation de viande, cannabis, stérilisations masculines). Aujourd’hui une dizaine d’épisodes sont déjà disponibles sur les plateformes d’écoute et le projet permet à d’autres étudiant.es de se former afin plus tard de valoriser cette expérience soit en tant qu’enseignant soit en tant que médiateur culturel3. Conformément à cet esprit, deux étudiants compétents en matière de montage vidéo viennent de produire un nouveau modèle pour DicoPolHiS que d’autres nourriront par la suite. L’équipe du projet change donc chaque année, les anciens initiant les nouveaux aux techniques auxquels ils ont été formés. L’équipe de l’année 2023-2024 compte une vingtaine de membres, allant de la deuxième année de licence au post doctorat.

8Ainsi, depuis son inauguration en mars 2020, le projet DicoPolHiS a connu de multiples évolutions. Tout d’abord, le projet a développé un axe audiovisuel à travers une chaîne YouTube (un nouveau modèle vidéo voit le jour en cette 5e saison) et son podcast « La piqûre de rappel ». Le projet DicoPolHiS s’est aussi tourné vers l’international, en lançant en janvier 2021 son site en anglais4, diffusant des textes publiés sur le dictionnaire français traduits en anglais, ainsi que des textes inédits ensuite republiés en français. En 2022, DicoPolHiS a inauguré une nouvelle page sur son site « DicoPolHiS expo »5, permettant de valoriser des expositions virtuelles réalisées par des étudiant.e.s du département d’Histoire de Le Mans Université en lien avec des acteurs locaux du soin (EPSM6, IMP7, centre hospitalier) : « Un hôpital dans la ville. Histoire du centre hospitalier du Mans du Moyen Âge à nos jours »8, « Albums de famille. La vie des nouvelles institutions consacrées à l’enfance inadaptée en Sarthe (1944-1970) »9 et « Portraits croisés. Entre les murs de l’hôpital du Mans : siècles passés et instants présents »10. Prochainement, de nouvelles expositions sur l’histoire des institutions de soin locales y seront déposées, comme « Scènes de la psychiatrie ordinaire en Sarthe, XIXe-XXIe siècle ».

9Comment les textes sont-ils publiés sur la plateforme ? Une notice inédite est publiée chaque semaine sur le dictionnaire en ligne. Les textes qui peuvent donc être produits par des universitaires de référence, de jeunes chercheur.ses ou par des étudiant.es en formation sont tous l’objet d’un même travail de réécriture pour présenter une cohérence à la lecture et pour atteindre le public visé. D’un maximum de 5000 signes, correspondant à 3 ou 4 minutes de lecture environ, ces entrées sont toutes illustrées par une image libre de droits, appuyées par deux références académiques et enrichies de nombreux liens hypertextes extérieurs ou renvoyant vers d’autres notices du dictionnaire. Conformément à sa charte11, le projet s’est aussi ouvert à des auteur.ices non historien.nes (sociologues, économistes, juristes...) mais aussi à des non universitaires stimulé.es par leur profession à développer une écriture historienne. C’est ainsi que des artistes, des soignants, des militants associatifs contribuent ponctuellement et avec l’aide de l’équipe au dictionnaire comme en témoignent les belles notices consacrées à la Céroplastie, à l’Hôpital d’Ellis Island, au Fauteuil gynécologique, aux Photographies d’asile ou au Sourire hollywoodien.

Les chantiers d’un nouveau réseau de recherche

10Les partenariats avec le projet DicoPolHiS se sont multipliés durant sa quatrième saison (2022-2023), de même que les sollicitations pour présenter le dictionnaire lors d’événements scientifiques et universitaires. DicoPolHiS est partenaire de la revue Histoire, Médecine et Santé, créée en 2012. L’équipe du dictionnaire, via ses réseaux sociaux, a ainsi valorisé les 20 numéros de la revue pour fêter ses 10 ans d’existence. Depuis 2022, le projet DicoPolHiS a aussi noué un partenariat avec « Nonfiction, Le quotidien des livres et des idées », une plateforme hybride (à la fois média participatif, revue scientifique, espace de rencontre et de débat des sciences sociales), pour y diffuser son podcast « La Piqûre de rappel »12 et lui apporter une plus large visibilité auprès du grand public.

11L’équipe DicoPolHiS est mobilisée à différentes échelles pour faire connaître le projet, d’abord grâce à son réseau d’ambassadeur.rice.s. Il s’agit d’universitaires contributeur.rice.s du dictionnaire devenant des relais de l’équipe, en France et à l’étranger, pour le présenter dans leurs universités et pour solliciter de nouvelles contributions. Elle est aussi régulièrement sollicitée pour présenter le projet dans le cadre d’événements scientifiques (colloques, journées d’études, séminaires…). L’équipe a ainsi participé à la Nuit européenne des chercheurs du Mans, le 30 septembre 2022, elle était présente au lancement du projet MALCOF, le 10 février 2023 à la Sorbonne pour évoquer « L’histoire de la santé en réseaux ». Elle a aussi été mobilisée lors d’une journée régionale des Pays de la Loire « Les Sciences Humaines et Sociales sur leur territoire : dialogue sciences-société et transitions »13 qui s’est tenue le 17 mai 2023. Marie Guais (doctorante TEMOS) et Anaïs Grandbert, membres de l’équipe DicoPolHiS, ont présenté le projet lors d’une intervention « Associer pédagogie, valorisation, recherche et participation. Le Dictionnaire Politique d’histoire de la santé ».

12Comme on l’a vu plus haut, l’histoire du genre et de la santé fait l’objet d’un intérêt certain dans le dictionnaire, écho de sa visibilisation croissante dans le champ académique et de l’attention du grand public pour ce domaine. Dans le cadre de journées d’études « Exposer l’utérus : approche organique du corps féminin » à l’Université Bretagne Sud, les 5 et 6 mai 2022, l’équipe du dictionnaire a présenté cette problématique spécifique : « DicoPolHiS, un dictionnaire multimédia sur l’histoire du corps et la santé. Histoire des femmes et lectorat féminin ». Une autre preuve en est l’implication du projet DicoPolHiS dans le cadre de l’ANR AmateurS (ANR-18-CE27-0027)14 à travers la participation à une exposition virtuelle Musea autour des Amatrices en sciences (XIXe-XXe siècles) coordonnée par Nathalie Richard et Hadrien Viraben. Cette contribution, signée par Hervé Guillemain et Anaïs Grandbert, intitulée « Savoirs “féminins“ du corps et de la santé » explore la lente féminisation des professions de santé entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, présente le parcours atypique de la doctoresse française Marie Houdré, s’intéresse à un lieu de savoir féminin particulier que sont les guides de médecine familiale et à la spécificité des savoirs féminins, en faisant un focus sur les savoirs liés au cycle et à la menstruation.

13DicoPolHiS s’associe dorénavant avec divers projets de recherche, ces partenariats mêlant l’histoire de la santé et sa valorisation scientifique. Deux partenariats avec les projets de jeunes docteur.e.s en Histoire de la santé, ayant contribué au dictionnaire, ont vu le jour en 2023. DicoPolHiS est partenaire du projet MALCOF15 porté par Victoria Afanasyeva sur le Mouvement Antialcoolique Français. Il soutient aussi le projet RACin porté par Erwan Pointeau-Lagadec16 sur les représentations de la consommation d’alcool au cinéma. De plus, un partenariat en Suisse est en construction avec Aude Fauvel et l’Institut Universitaire d’Histoire de la Médecine et de la Santé Publique de Lausanne, sur le projet MEDIF « la Médecine féminine »17.

14Aujourd’hui dans sa cinquième saison, DicoPolHiS jouit d’une reconnaissance nationale et internationale dans le champ historique. Le projet a été présenté lors des 26e Rendez-Vous de l’Histoire de Blois (4-8 octobre 2023) à l’occasion d’une table-ronde avec des enseignants du secondaire « L’histoire de la santé et son enseignement : nouvelles questions, nouveaux outils »18, qui a permis d’axer la rencontre sur les aspects pédagogiques du DicoPolHiS. À l’échelle de Le Mans Université, berceau du dictionnaire, le Service de Santé Étudiante s’est associé à DicoPolHiS en octobre 2023, dans le cadre de la semaine d’Information en Santé Mentale sur le thème « La santé mentale est-elle un droit ? ».

15Au fil de ses évolutions, le projet DicoPolHiS s’est aussi transformé en un réseau de recherches dédié à l’histoire de la santé. Celui-ci s’inscrit dans un ensemble de réseaux universitaires existants, participant depuis plusieurs années à l’essor de l’histoire de la santé : The European Association for the History of Medicine and Health (EAHMH), né à Cologne en 1989 ; le Réseau historiens universitaires de la médecine (RHUM) qui a été créé en 2011 ; le réseau Historien.ne.s de la santé, coordonné par Alexandre Klein de l’université d’Ottawa depuis 2012 et la revue Histoire, Médecine et Santé, né la même année. D’un genre nouveau, le « réseau DicoPolHiS », en rassemblant les contributeur.rice.s du dictionnaire, participe à la mise en relation de chercheurs et chercheuses de divers horizons au service de l’histoire de la santé. Il revêt une pleine importance pour les jeunes doctorant.e.s et docteur.e.s, se servant de ce réseau comme une passerelle pour faire connaître leurs recherches et donner une meilleure visibilité à leurs projets de recherche en s’associant à DicoPolHiS.

  • 19 « Prescrire – Histoire d’une revue – Épisode 1 – Le médicament hors de contrôle », vidéo publiée le (...)

16Fort de ses quatre années d’existence, de la reconnaissance académique, de la fréquentation du grand public et du succès de son modèle pédagogique, DicoPolHiS est devenu de fait un nouveau réseau universitaire associant une centaine de chercheur.ses et chaque année des dizaines d’étudiants. Depuis 2022, DicoPolHiS suscite ses propres projets de recherche. Tout en restant dans le champ de la vulgarisation scientifique, l’équipe DicoPolHiS se fait aussi productrice de savoirs. Le développement de ce nouvel axe du projet DicoPolHiS a commencé cette année-là avec la réalisation d’une série de cinq vidéos documentaires sur l’histoire de la revue Prescrire, créée en 1980 et spécialisée dans l’expertise des données médicales, réalisées par les étudiant.e.s de l’atelier de valorisation de la recherche du Master Histoire, Civilisations, Patrimoine en 2022, valorisés sur la chaîne YouTube DicoPolHiS19. Le projet DicoPolHiS continue d’évoluer sur le fond autant que sur la forme, en repensant sa pédagogie, en mettant en relation des chercheur.ses, en proposant de nouveaux espaces numériques de médiation scientifique et en produisant de nouvelles ressources. En 2023, les étudiants du Master Histoire, Civilisations, Patrimoine de Le Mans Université se sont associés à DicoPolHiS dans le cadre d’un atelier recherche en produisant un documentaire sur l’histoire des militants de l’UNAFAM 72, l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques, intitulé On n’est pas tout seul, présenté en septembre 2023 au Mans auprès de l’UNAFAM 72 et à l’Université de Strasbourg lors des journées d’étude des 20 et 21 septembre 2023 « Médiatiser et déstigmatiser la folie dans la seconde moitié du XXe siècle ».

17En 2022, une première journée d’étude DicoPolHiS s’est tenue à Le Mans Université, autour d’un objet d’étude singulier : le sang. Cette journée d’études intitulée « Pour une histoire du sang : les représentations, usages et ambivalences du fluide » s’est tenue le 9 juin 2022 à la bibliothèque universitaire du Mans. Financée par le laboratoire TEMOS, elle a été organisée en partenariat avec DicoPolHiS et le collectif ToutSEXplique72 !20, un réseau de partenaires locaux piloté par le Planning Familial 72 impulsant des actions de prévention, d’animation et de formation dans le champ de la santé sexuelle. Ce partenariat était pensé pour faire de cet événement une journée hybride mêlant recherche universitaire et présentation d’actions contre la précarité menstruelle portées sur le territoire sarthois par le collectif ToutSEXplique72 ! et d’actions menées au sein de Le Mans Université par Angélina Étiemble, la chargée de Mission Égalité de l’université. Cette journée s’articulait autour de deux axes, le premier mêlant les thématiques du corps, du genre et de l’intime, et le second autour de la médecine et de la santé. Il s’agissait d’examiner de quelles manières le sang est représenté au fil des siècles, en particulier le sang des femmes, objet de tabous, d’interdits et de croyances, en s’interrogeant collectivement autour d’un questionnement historiographique : comment faire l’histoire de quelque chose qui n’est pas montré ?

« Réécrire l’histoire de la santé du point de vue de la fin de ses objets. XVIIIe-XXIe siècles »

18De cette journée d’études a découlé au sein de l’équipe DicoPolHiS un projet nouveau : établir un modèle d’événements scientifiques DicoPolHiS pour échanger autour de questions de santé. Émerge alors l’idée d’écrire une nouvelle histoire de la santé sous forme de livre collectif, mais aussi de séminaire interactif. Le thème choisi - « Réécrire l’histoire de la santé du point de vue de la fin de ses objets. XVIIIe-XXIe siècles » - provient d’une réflexion historiographique. Malgré les apports fructueux de l’histoire sociale et culturelle de la santé de ces dernières décennies, la manière d’écrire l’histoire de la santé reste toujours rythmée par le nouveau, le surgissement, la découverte. Mais un autre modèle de narration nous semble possible. Cette idée d’un renversement narratif est née d’une réflexion sur la disparition annoncée de la pandémie de Covid-19. Trois ans après ses débuts, nous guettons les signes de la fin de l’événement. Disparition des statistiques de la presse, occultation audiovisuelle par une autre guerre, désaffection des tentes de test et des centres de vaccination, moindre recours au masque, déclin des gestes barrières, suspension des manifestations antivax, reconversion des lits d’urgence, effacement de la parole des experts en épidémiologie… La fin de l’événement pandémique semble d’autant plus insaisissable qu’il n’apparaît ni homogène sur le globe, ni continu dans le temps. Comment les historiens du futur pourront-ils prendre la mesure de la fin de cette pandémie et à partir de quelles sources ? Ainsi, en imaginant relire l’histoire de la santé à partir de la fin des choses, il a été question d’en proposer une réécriture en étudiant l’abandon ou la disparition d’une maladie, d’un objet, d’un diagnostic, d’un concept, d’une pratique ou d’une institution sanitaire. Cela suscite de nombreux questionnements méthodologiques – comment repérer une disparition ? Où en sont les traces ? Comment un discours façonne-t-il ou non une fin ? … – que ce projet de recherche aura l’occasion d’explorer. DicoPolHiS propose ainsi d’expérimenter collectivement en pensant les outils intellectuels, archivistiques, méthodologiques permettant de travailler non sur le neuf et l’émergent, le découvert et l’inventé mais sur l’extinction, l’abandon, la disparition, le dernier patient, l’échec, la prohibition. Il vise aussi à nourrir le débat dans une société contemporaine travaillée par les enjeux politiques sanitaires.

19Conformément à son esprit d’origine, une entreprise historiographique d’un genre nouveau a été lancée durant la quatrième saison DicoPolHiS (2022-2023), dans le cadre de l’atelier recherche du Master Histoire, Civilisations, Patrimoine de Le Mans Université. D’un côté, ce groupe de travail a mobilisé des contributeur.rice.s du dictionnaire intéressés par l’approche historiographique nouvelle du projet de recherche DicoPolHiS en les invitant à rejoindre le séminaire intitulé « Réécrire l’histoire de la santé du point de vue de la fin de ses objets. XVIIIe-XXIe siècles. » De l’autre, il a mené un travail collectif d’expérimentation d’une méthodologie de travail pour faire l’histoire d’un objet par sa fin, à partir de la disparition d’objets de l’histoire de la psychiatrie (telle la narco-analyse, le traitement moral ou la cure de Sakel), qui est venue nourrir le travail des séances du séminaire DicoPolHiS avec les chercheur.se.s en histoire de la santé. Ce projet est pensé pour une durée de deux ans avec des séances régulières de travail collectif lors de son séminaire, qui aboutiront à la publication d’un ouvrage collectif recensant de courtes contributions de chercheur.ses ayant pris part au séminaire. Ce dernier est pensé comme un atelier de réflexion historiographique et méthodologique, basé sur l’échange, où chaque participant.e a l’occasion de repenser son terrain de recherche pour aller chercher la fin d’un objet d’étude mais aussi sa finalité historique. Les chercheur.se.s mobilisé.e.s par l’équipe DicoPolHiS se retrouvent dans ce cadre en visioconférence ; les deux premières séances se sont tenues les 28 juin et 25 octobre 2023. La troisième séance est prévue pour le 6 février 2024.

Conclusions

  • 21 Marc Renneville, « Criminocorpus : 20 ans pour l’histoire de la justice », Lettre de l’inSHS, n° 84 (...)

20Il est rare qu’un projet universitaire dure plus des 3 ou 4 ans règlementaires liés aux modes de financement de la recherche sur projet. L’originalité de DicoPolHiS qui s’adresse à divers publics (grand public, étudiants en formation, universitaires), fait évoluer ses formats chaque année (texte, son, vidéo, exposition…), s’appuie sur des moyens modernes de diffusion, associe étroitement les étudiants à son fonctionnement, conditionne aussi les difficultés éventuelles de sa pérennisation. Projet atypique unissant des dimensions souvent déconnectées (Pédagogie, Recherche, Valorisation) et unissant des membres aux statuts divers, il n’est pas aisément éligible aux appels à projets classiques. La mutation rapide de l’économie des réseaux qui s’est accélérée en 2023 suppose une adaptation constante de ses moyens de diffusion. L’association des étudiant.e.s en formation nécessite une forme de travail collectif peu commun et peu reconnu dans l’université en face des traditionnelles fonctions assumées par les enseignant.e.s chercheur.se.s. Tout en conservant ses spécificités, DicoPolHiS va regarder du côté des grandes plateformes ressources comme Criminocorpus qui vient de fêter ses vingt ans d’existence afin d’envisager son évolution dans les années à venir21.

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Notes

1 Voir à ce sujet la rétrospective proposée par la direction de la revue dans le numéro anniversaire : Nahema Hanafi, Rafael Mandressi et François Zanetti, « Histoire, médecine et santé… Dix ans après la création de la revue », Histoire, médecine et santé, 22 | 2022, p. 7-28, article consultable en ligne : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/hms/6033 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/hms.6033

2 Je renvoie au blog stimulant de Caroline Muller à ce sujet : https://academia.hypotheses.org

3 Les épisodes déjà diffusés peuvent être écoutés notamment à partir du site du podcast : https://www.podcastics.com/podcast/la-piqure-de-rappel/

4 L’accès à la version anglaise du site DicoPolHiS se fait sur sa page d’accueil : https://dicopolhis.univ-lemans.fr/en/index.html

5 https://dicopolhis.univ-lemans.fr/fr/dicopolhis-expo.html

6 Établissement public de santé mentale.

7 Institut médico-pédagogique.

8 Exposition virtuelle publiée en septembre 2022 : https://dicopolhis.univ-lemans.fr/fr/dicopolhis-expo/un-hopital-dans-la-ville-histoire-du-centre-hospitalier-du-mans-du-moyen-age-a-nos-jours.html

9 Exposition virtuelle publiée en décembre 2022 : https://dicopolhis.univ-lemans.fr/fr/dicopolhis-expo/albums-de-famille.html

10 Exposition virtuelle publiée en novembre 2023 : https://dicopolhis.univ-lemans.fr/fr/dicopolhis-expo/portraits-croises-entre-les-murs-de-l-hopital-du-mans.html

11 Pour découvrir la charte DicoPolHiS : https://dicopolhis.univ-lemans.fr/fr/charte-du-dictionnaire-politique-d-histoire-de-la-sante.html

12 https://www.nonfiction.fr/fiche-perso-1993-la-piqure-de-rappel-.htm

13 https://msh-ange-guepin.univ-nantes.fr/manifestations-scientifiques/rencontre-« -les-sciences-humaines-et-sociales-sur-leur-territoire-dialogue-sciences-societe-et-transitions- »

14 Amateurs en Sciences (France, 1850-1950) : une histoire par en bas – AmateurS : https://anr.fr/Projet-ANR-18-CE27-0027

15 Présentation du projet MALCOF (Mouvement AntiaLCOolique Français) : https://isor.pantheonsorbonne.fr/projet-malcof

16 https://centrehistoire19esiecle.pantheonsorbonne.fr/erwan-pointeau-lagadec

17 La « médecine féminine » (MEDIF). Une histoire des premières femmes médecins et de leur contribution à l’innovation médicale entre la Suisse francophone et la France, 1867-1939 : https://data.snf.ch/grants/grant/215100

18 https://rdv-histoire.com/programme/lhistoire-de-la-sante-et-son-enseignement-nouvelles-questions-nouveaux-outils

19 « Prescrire – Histoire d’une revue – Épisode 1 – Le médicament hors de contrôle », vidéo publiée le 19 juin 2022 sur la chaîne YouTube DicoPolHiS https://www.youtube.com/watch ?v =AqFnwKIE4Ag

20 Pour en savoir plus sur le Collectif Tout SEXplique 72 ! https://dynamiquesantesex-pdl.fr/index.php/collectif-tout-sexplique-72

21 Marc Renneville, « Criminocorpus : 20 ans pour l’histoire de la justice », Lettre de l’inSHS, n° 84, consultable en ligne : https://www.inshs.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/criminocorpus-20-ans-pour-lhistoire-de-la-justice.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Hervé Guillemain et Anaïs Grandbert, « DicoPolHiS. Transformer la pédagogie universitaire et proposer une nouvelle manière de travailler ensemble sur l’histoire du corps et de la santé »Revue d’histoire culturelle [En ligne], 7 | 2023, mis en ligne le 15 décembre 2023, consulté le 19 avril 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rhc/7804 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/rhc.7804

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Auteurs

Hervé Guillemain

Hervé Guillemain : directeur de rédaction DicoPolHiS – Professeur d’histoire contemporaine (Le Mans Université – TEMOS CNRS 9016) herve.guillemain@univ-lemans.fr

Anaïs Grandbert

Anaïs Grandbert : assistante de rédaction DicoPolHiS (Le Mans Université – TEMOS CNRS 9016) anais.grandbert@univ-lemans.fr

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