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Varia

L’ornement des sages. Parler d’écriture à la veille des guerres de l’opium (années 1820)

Deuxième partie
The Ornament of the sages. Talking about writing on the eve of the Opium Wars (1820s)
Pablo A. Blitstein

Résumés

Selon les lieux et les temps, la réflexion sur l’écriture a pris des formes très différentes. La « littérature » moderne n’est pas un type universel d’activité sociale, mais une notion qui s’est progressivement imposée aux esprits au cours du XIXe siècle. Là où la littérature est absente, comment réfléchit-on sur l’esthétique de l’écriture ? L’article tente de répondre à cette question en interrogeant un corpus particulier : les écrits sur la rime et le parallélisme de Ruan Yuan 阮元 (1764-1849), inclus dans son Recueil de la Chambre de l’étude des Classiques.

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Texte intégral

Le wen des sages : ornement et dignité lettrée

1Quels étaient donc les arguments de Ruan Yuan sur l’écriture et comment étaient-ils rattachés à l’exégèse des Classiques ? La question tourne autour d’un mot clef : wen 文. Ce mot a une longue histoire sous l’empire. Attesté dans les Classiques, il est au cœur des réflexions sur le vers et la prose, et se trouve à l’origine de disputes morales et politiques. Dans l’historiographie en langue européenne, wen pourrait correspondre à lettres, prose, poésie, écriture, textes, belles-lettres, culture, littérature ou même rhétorique. Mais le mot a un sens bien plus large, et c’est bien là que réside la clef des arguments de Ruan Yuan : wen voulait aussi dire ornement, forme, patron formel ou décoration. De tous ces mots, « ornement » est le plus à même d’exprimer l’une des dimensions fondamentales du wen-écriture.

  • 1 Pour une étude de l’histoire de la notion d’ornement en Europe occidentale, voir Tatarkiewicz, Wlad (...)

2Il est clair que le mot ornement est un équivalent imparfait, tant pour sa distance sémantique avec wen que pour son histoire complexe dans les discours esthétiques européens. En effet, les connotations et évolutions sémantiques d’« ornement » en langue européenne témoignent d’une pluralité de couches sémantiques : même dans son sens le plus étroit – celui d’élément nécessaire pour l’embellissement d’un objet –, l’ornement a pu être compris tantôt comme un moment constitutif du raffinement esthétique – y compris de ce qu’on appelle la « forme » –, tantôt comme ce qui achève une œuvre d’art, tantôt au contraire comme un obstacle à l’expression de la beauté formelle1. Or, aucun mot n’est en soi un équivalent parfait d’un autre, non seulement entre deux langues, mais aussi entre ce que l’on appelle « synonymes » à l’intérieur d’une même langue. Il faut donc choisir ce qui semble le plus pertinent selon le contexte. Ainsi, si nous voyons dans « ornement » un moyen d’exprimer certaines dimensions du wen, c’est parce qu’il a été un élément central de la tradition rhétorique latine : on le trouve dans les notions d’ornamenta ou d’ornatus, ces figures et procédés stylistiques nécessaires pour l’embellissement de l’élocution. Les ornamenta ou ornatus ont pu être considérés comme la dernière instance d’embellissement stylistique au moment du choix des mots (elocutio), et nous rappellent l’analogie entre le travail artisanal et le travail d’écriture. Tels les mots « décoration » ou « raffinement », que nous pourrons aussi reprendre à notre compte lors de la traduction, « ornement » nous permet de réactiver cet ancien vocabulaire de la rhétorique latine, et de rendre ainsi justice à une idée inhérente aux discours sur le wen : celle de l’embellissement formel comme le stade final d’un travail artisanal, comme le raffinement des traits les plus grossiers d’un objet et comme l’achèvement d’un ouvrage. Si nous prenons « ornement » dans ce dernier sens, on peut dire qu’il exprime bien certains éléments fondamentaux du wen.

3Les dimensions « ornementales » du wen jouent en effet un rôle central dans les thèses de Ruan Yuan. Un texte exégétique fournit les fondements de sa position : son « Discours sur les ‘Mots ornés’ », interprétation d’un texte du Livre des Mutations attribué à Confucius. En se servant du dictionnaire de Xu Shen pour analyser le sens des mots, Ruan y explique :

  • 2 說文曰 : 詞, 意內言外也。蓋詞亦言也, 非文也。文言曰 : 修辭立其誠。 說文曰 : 修, 飾也。詞之飾者,乃得為文,不得以詞即文也。 Yanjing shi ji, 3 ji, juan 2, (...)

Le Shuowen jiezi dit : « les mots écrits, ce sont des intentions (yi) à l’intérieur et des paroles (yan) à l’extérieur ». Car les mots (ci) sont aussi des paroles (yan), et elles ne sont pas du wen. Les « Mots ornés » disent : « On élabore ses mots écrits pour établir sa sincérité ». Le Shuowen jiezi dit : « Elaborer (xiu), c’est orner (shi). » Lorsqu’on orne (shi) des mots écrits, on a comme résultat que l’on fait du wen, et non pas que les mots écrits soient eux-mêmes du wen2.

  • 3 Sur l’histoire de ces traductions de wen et les équivalences conceptuelles qu’elles ont pu évoquer (...)

4Pour Ruan, le wen ne se confond pas avec la simple activité d’écriture : résultat d’une élaboration ou raffinement (xiu 修), il est l’équivalent de shi 飾, un mot souvent utilisé pour le maquillage ou les décorations sur des objets. Il ne s’agit pas de calligraphie, mais des figures et fioritures stylistiques destinées à « raffiner », à « décorer » la rédaction d’un texte. Ruan Yuan voit dans ce moment de l’écriture non seulement l’accomplissement du travail, mais surtout l’essence même de ce que Confucius et les anciens sages appelaient wen : sans ce raffinement, sans cette décoration, sans tout ce que nous synthétisons sous le mot d’ornement, le texte ne devrait pas porter ce nom3.

  • 4 La liste des « sages » (sheng) anciens a varié au cours de l’histoire impériale, mais elle incluait (...)

5Après avoir mis les dimensions ornementales du wen au centre de son interprétation, Ruan Yuan explique la raison pour laquelle les sages ont placé l’écriture ornée au centre de leurs préoccupations4. Il cite à cet égard la phrase de Confucius dans le Zuozhuan : la seule « parole » capable d’« aller loin » est la parole « avec du wen », et la forme suprême de cette parole « ornée », selon son interprétation, est tout ce qui a de la rime et qui suit un parallélisme rigoureux. Ce fait s’explique selon Ruan par les conditions dans lesquelles les anciens ont conçu le wen :

  • 5 古人無筆硯紙墨之便,往往鑄金刻石,始傳久遠。其著之簡策者,亦有漆書刀削之勞,非如今人下筆千言,言事甚易也。 許氏說文 :「直言曰言。論難曰語。」 Yanjing shi ji, 3 ji, juan(...)

Les Anciens n’avaient pas les commodités du pinceau, de la pierre à encre, du papier et de l’encre ; ils devaient toujours fondre le métal et graver la pierre, et ce n’est qu’à ce moment-là qu’ils pouvaient transmettre [leurs mots] au loin et perpétuellement. Lorsqu’ils écrivaient sur des tablettes de bambou, ils devaient aussi se confronter aux efforts de vernir et de tailler ; ce n’était pas comme les hommes d’aujourd’hui, qui posent le pinceau et écrivent mille paroles : [pour nous,] en effet, il est très facile de mettre les paroles par écrit. Le Shuowen jiezi de Xu Shen dit : « Les paroles droites (zhi yan), on les appelle paroles (yan). Les discussions autour de points difficiles, on les appelle conversations (yu)5.

6Les Anciens n’avaient pas les commodités des contemporains : si l’on voulait écrire pour transmettre un message, il fallait passer du temps à « vernir et tailler ». Dans ce contexte, l’oralité dominait, et l’ornement aurait servi à mieux transmettre la parole. C’est ce que développent les lignes suivantes du même paragraphe :

  • 6 左傳曰 :「言之無文,行之不遠。」此何也 ? 古人以簡策傳事者少,以口舌傳事者多,以目治事者少, 以口耳治事者多,故同為一言,轉相告語,必有衍誤,是必寡其詞,協其音,以文其言,使人易於記誦,無能增改 (...)

Le Zuozhuan dit : « si les paroles (yan) n’ont pas de wen, elles n’iront pas loin ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Parmi les Anciens, ils étaient peu nombreux à transmettre des choses sur des tablettes de bambou et ils étaient nombreux à transmettre des choses par la bouche et la langue ; ils étaient peu nombreux à apprendre des choses par les yeux et ils étaient nombreux à apprendre des choses par la bouche et l’oreille. Pour cette raison, lorsqu’ils émettaient une parole et qu’ils se la transmettaient les uns les autres, il y avait forcément des erreurs. Il leur fallait donc être concis avec leurs mots et harmoniser leurs sons afin d’orner (wen) leurs paroles (yan). Dès lors, ils faisaient en sorte que les gens puissent les mémoriser facilement, qu’ils ne puissent pas ajouter ou changer et que les langues locales (fang yan) et le parler vernaculaire ne s’y mélangent pas. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’ils pouvaient exprimer leurs points de vue et que leurs paroles pouvaient aller loin6.

7En un mot, ce wen-­ornement avait pour Ruan Yuan un double fondement. Le premier fondement était technique : c’était le seul type de langage, au départ oral, capable d’être transmis sans difficulté. Puisque à l’époque des sages l’écriture demandait beaucoup d’efforts et de ressources (fondre le métal, tailler le bois), il fallait passer par l’oralité, le « bouche-à-oreille » ; et puisque la transmission orale risquait de défigurer le message à transmettre, les anciens « ornaient » leurs phrases, c’est-à-dire, ils produisaient des paroles harmonieuses et concises, faciles à mémoriser et donc moins sujettes aux accidents de transmission. Le second fondement était social. La langue ornée en question, celle qui devait être transmise facilement, devait être une langue distincte et supérieure. Elle n’était pas seulement la langue que Confucius avait utilisée pour écrire ses « Mots ornés », et qui jouissait pour cette raison d’une dignité particulière, mais elle était aussi une langue imperméable au parler populaire et aux variations régionales. Les « langues locales » (fang yan 方言) et le « parler vernaculaire » (suyu 俗語) ne pouvaient pas fournir un support fiable des mots destinés à « aller loin ». Seule la parole ornée, avec du wen, devait servir de modèle à l’écriture de l’« homme de bien ».

8Derrière cette description du passé, il y avait une exhortation pour le présent : la reconstitution des idées des sages devait se répercuter sur les pratiques, même lorsqu’on reconnaissait la distance temporelle entre les sages et les vivants. Ainsi, selon la restitution de Ruan Yuan, plus on suit la langue promue par Confucius – cette langue embellie – plus on est en résonance avec ce que les anciens appelaient wen ; moins on la suit, plus on se rapproche de ce dont les anciens voulaient se distinguer : ce parler vernaculaire en théorie moins adapté à la transmission des enseignements des sages.

  • 7 Nathan Vedal, The Culture of Language in Ming China: Sound, Script, and the Redefinition of Boundar (...)
  • 8 Voir par exemple Elisabeth Kaske, The Politics of Language in Chinese Education, 1895-1919, Leiden- (...)

9Ces idées de Ruan Yuan sont indissociables de la réalité linguistique de l’empire au XIXe siècle. En dehors des mesures de standardisation phonétique appliquées à la « langue des fonctionnaires » (guanhua 官話), ainsi que des quelques tentatives d’homogénéisation linguistique impulsées par une partie des élites7, l’empire des Qing était linguistiquement très hétérogène, avec des variations que l’on pourrait classer, de façon très schématique, en « horizontales » et « verticales ». Variations horizontales, car chaque population parlait une langue différente selon sa région, soit à prédominance sinitique dans les parties intérieures de l’empire, soit à prédominance non sinitique dans les parties les plus extérieures. Variations verticales, car ceux « d’en haut » ne parlaient pas nécessairement comme ceux « d’en bas ». Les lettrés non seulement parlaient leur « langue de fonctionnaires », différente des langues locales, mais écrivaient la plupart du temps en langue classique, une langue écrite en principe éloignée de l’oralité et commune aux élites de l’Est asiatique8. Il n’existait pas de « langue chinoise », du moins pas dans le sens national qui lui a été attribué dès le début du XXe siècle, lorsque des mesures d’unification et homogénéisation linguistique ont été adoptées.

  • 9 Zhuzi yulei huijiao, juan 78, p. 2017, et juan 89, p. 2291.
  • 10 Par exemple, la tradition d’une “philologie littéraire” axée sur l’opéra et remontant à la dynastie (...)

10Néanmoins, cette réalité était complexe et les frontières langagières poreuses. On sait bien que les parlers élitaires et vernaculaires s’interpénétraient, se laissaient modifier les uns par les autres, échangeaient des vocabulaires et des expressions. Les mêmes personnes pouvaient mobiliser des registres linguistiques divers. Zhu Xi, le grand maître des études Song, avait observé et même revendiqué cette perméabilité entre le classique et le vernaculaire. Il avait non seulement remarqué que certains passages des Classiques reprenaient la langue vernaculaire de l’époque, mais proposait par ailleurs d’utiliser la langue vernaculaire contemporaine pour mieux les comprendre9. Il exprimait envers le vernaculaire une attitude qu’une partie des élites lettrées entretiendrait jusqu’à l’époque de Ruan Yuan10.

11À la lumière de cette réalité sociolinguistique complexe et de l’ambivalence des élites à son égard, la position de Ruan Yuan doit être considérée plutôt comme une intervention que comme une simple description. L’analyse qu’il faisait des anciens usages linguistiques ne portait pas seulement sur des questions techniques – explicitées dans sa comparaison entre les moyens d’écriture anciens et modernes –, mais touchait également aux fondements sociaux et statutaires des usages langagiers. Contrairement à Zhu Xi, il semblait prôner un éloignement maximal entre le wen et la langue vernaculaire, devenant par là l’avocat d’une esthétique sociale distinctive : celle où les ornements de l’écriture seraient destinés à marquer la différence entre les hommes de bien et les hommes du commun. Ruan ne disait pas qu’il fallait supprimer de l’écriture du lettré toute parole à résonance « vulgaire ». Il ne disait pas non plus que toute parole lettrée devait être wen et qu’elle devait nécessairement se baser sur la langue privilégiée par les sages. Tous les textes n’avaient pas forcément besoin d’ornements. En revanche, il suggérait de reprendre l’esprit qui à son avis avait animé les anciens : maîtriser cette écriture ornée qui semblait éloignée du parler vulgaire et régional, qui captivait le lecteur et qui était destinée à être transmise « au loin et perpétuellement ». C’est dans ce domaine que Ruan Yuan s’opposait le plus explicitement au wen à l’ancienne des admirateurs de Zhu Xi. Alors que le wen à l’ancienne, y compris dans la version plus élégante défendue par Yao Nai, pouvait se rapprocher plus facilement du langage d’usage quotidien ou de la prose historiographique, magistérielle ou administrative, l’accent mis sur la rime et le parallélisme supposait une rupture plus grande avec ces formes de langage ou d’écriture. L’élégance d’un texte ne suffisait pas : il devait aussi contenir les ornements préconisés par le Sage.

12La rime et le parallélisme, hérités des sages anciens, étaient les ornements caractéristiques du wen. Ils étaient même la condition de possibilité de son existence. Comme Ruan Yuan l’explique dans son exégèse des « Mots ornés »,

  • 11 要使遠近易誦古今易傳公卿學士皆能記誦以通天地萬物以警國家身心不但多用韻抑且多用偶。Yanjing shi ji, 3 ji, juan 2, p. 606.

Si l’on voulait faire en sorte que l’on puisse réciter facilement les mots au près et au loin, que ce soit facile de les transmettre du passé au présent, et que les ducs, ministres et savants puissent les enregistrer et les mémoriser afin de comprendre le Ciel, la Terre et les dix mille choses et afin de donner des leçons sur le royaume, la maison, la personne et l’esprit, on n’y utilisait pas seulement la rime (yun), mais aussi le parallélisme (ou)11.

13Voici l’« ornement » qui permettait aux mots d’« aller loin » dans le temps et dans l’espace : la rime et le parallélisme, dont le maniement était présenté comme un savoir supérieur que seuls des hommes supérieurs pouvaient maîtriser. Si toute supériorité sociale méritée se fondait sur les traditions des sages, alors on ne pouvait se passer de cette double excellence dans l’expression.

  • 12 Ibid., p. 608-609.

14Pour Ruan Yuan, le prince Zhaoming des Liang, Xiao Tong, avait explicité mieux que personne ce principe fondamental du wen des sages. Dans son « Postscriptum à la préface de la Sélection des textes raffinés du prince Zhaoming des Liang », inclus lui aussi dans son Recueil, Ruan rappelle que le prince n’avait pas inclus les Classiques, l’histoire et la littérature magistérielle, et que seules la rime et la prose parallèle avaient leur place dans une anthologie qui portait le titre de « Sélection de wen »12. Il ne s’agit pas là d’une lecture arbitraire des mots du prince. Au contraire, comme le montre le début de cette « Préface » en prose parallèle, Ruan Yuan s’en inspire directement. Après avoir soutenu sommairement que l’écriture est venue raffiner les mœurs primitives de ceux qui ont vécu avant son invention, et avant d’expliquer quels types de textes sont exclus de son anthologie de wen, le prince médiéval développait son argument à partir d’une analogie entre le wen, le raffinement des humains et le raffinement des objets :

  • 13 文之時義遠矣哉若夫椎輪為大輅之始大輅寧有椎輪之質增冰為積水所成積水曾微增冰之凜何哉﹖蓋踵其事而增華變其本而加厲物既有之文亦宜然Wenxuan, « Wenxuan xu », p. (...)

Le sens temporel du wen est bien large ! Le char simple est l’origine du Grand char [impérial], mais le Grand Char a-t-il la simplicité du char simple ? La glace épaisse se forme à partir d’une accumulation d’eau, mais l’accumulation d’eau n’a pas la froideur d’une glace épaisse. Pourquoi ? Parce qu’on poursuit un processus [de travail] en ajoutant de l’ornement (hua), et on change des fondements en y ajoutant du travail. Si les choses sont ainsi, à plus forte raison le wen13.

15Ruan Yuan s’inspirait ainsi non seulement de cette identification entre wen, ornement et écriture – établie à partir d’une analogie avec le travail artisanal et les processus de la nature –, mais aussi des principes de classification que le prince tirait de cette analogie : le wen est ornement, l’ornement est la rime et le parallélisme, les textes d’une anthologie de wen doivent être caractérisés par une prédominance de ces procédés stylistiques. Ainsi, les « Mots ornés » fournissent à Ruan Yuan les fondements exégétiques de son idée centrale ; la « Préface » du prince, une explication plus élaborée des principes Classiques ; la Sélection elle-même, un modèle pour l’organisation des anthologies et pour la production d’un véritable wen.

L’organisation de la pratique lettrée

  • 14 Je garde le mot « rime » malgré le fait que Ruan Yuan pense aussi bien à la reprise d’un même son à (...)
  • 15 Pour une contextualisation plus approfondie de cette « éducation et orientation », ainsi que pour c (...)
  • 16 Sur la catégorie « médiévale » appliquée à cette période, voir Keith Knapp, « Did the Middle Kingdo (...)

16La revendication du parallélisme – ou plus précisément « couplage » (ou 偶) – et de la rime – conçue à la fois comme reprise du même son et comme correspondance prosodique entre les phrases14 – non seulement supposait une hiérarchie des genres et des styles, mais elle devait aussi avoir une répercussion sur la pratique de l’écriture. Comme nous l’avons vu plus haut dans la description que Ruan Yuan faisait de son académie, l’anthologie Sélection des textes raffinés (Wenxuan) du prince Xiao Tong, et plus largement la distinction médiévale entre genres poétiques et « genres de pinceau » (nous y reviendrons), étaient des sources importantes pour l’« orientation et l’éducation » des étudiants15. Ces choix s’inscrivaient dans une revalorisation plus générale des traditions et des modèles « médiévaux », correspondant à la période entre les Han et les Song16. En effet, il s’agissait pour Ruan Yuan non seulement d’élever le statut de la rime et du parallélisme dans les pratiques d’écriture, mais aussi de réorienter le monde lettré vers des modèles dévalorisés par le discours sur la prose à l’ancienne. Pour ce faire, il proposait une redéfinition du rapport entre la temporalité des sages et la temporalité de l’écriture. Dans un contexte où l’histoire – dans son sens de récit des faits – valait à la fois comme cadre d’explication et comme source de modèles, l’inclusion d’un texte, d’un style ou d’un principe de classification dans l’« orientation et éducation » des lettrés impliquait souvent de repenser la relation entre le modèle éternel des sages et l’inévitable évolution des pratiques lettrées au cours du temps.

  • 17 L’expression « fonction publique » est évidemment un anachronisme, mais en traduction cela permet d (...)
  • 18 James Polachek, The Inner Opium War, Cambridge (Mass.) – London, Harvard University Press, 1992, p. (...)
  • 19 L’« essai sur les Quatre livres » est un autre nom pour l’« essai de huit jambes ». Sur les plusieu (...)
  • 20 Sur les « contributions », voir Elisabeth Kaske, « The Price of an Office: Venality, the Individual (...)

17La rime et le parallélisme avaient une place très importante dans le monde lettré des premières décennies du XIXe siècle. Liée à la poésie (shi), la rime était déjà présente dans le Livre des Odes (Shijing), l’un des Classiques de l’Antiquité, ainsi que dans les milliers des poèmes écrits par les lettrés au cours de l’histoire impériale. La rime avait par ailleurs une place institutionnelle. En effet, dans les années 1750, l’empereur Qianlong avait fait revenir la poésie à tous les échelons des concours pour la fonction publique (les concours mandarinaux ou keju 科舉), des examens locaux aux examens métropolitains, et avait imposé le « vers régulier » de la dynastie médiévale des Tang17. Ces concours, on le sait, étaient destinés à octroyer le statut de lettré et à créer un vivier de candidats pour l’administration impériale. Quelle qu’ait été l’importance de la mesure de Qianlong dans la revalorisation de la poésie, et donc de la rime, il est clair que les lettrés devaient désormais y faire plus attention s’ils voulaient passer les concours : en témoigne le fait que certains lettrés firent de grands efforts pour s’adapter aux nouvelles exigences18. Quant au « couplage », il était présent partout. On le trouvait non seulement dans la poésie elle-même (où le vers pouvait être considéré comme tel), ou dans le cas plus évident de la prose parallèle (très répandue sous les Qing et en plein essor depuis le XVIIIe siècle), mais aussi dans les concours, car les « essais sur les Quatre livres » (sishu wen 四書文) exigeaient une maîtrise du parallélisme19. Certes les concours ne façonnaient pas l’ensemble de la vie lettrée, et d’autres dispositifs d’assignation statutaire, recrutement et nomination (allant de la recommandation au tirage au sort en passant par les charges vénales20) pesaient sur les rapports entre lettrés au sein des ministères et des administrations provinciales. Mais le poids des concours sur la vie lettrée était considérable, et la maîtrise de la rime et du parallélisme en faisait partie.

  • 21 Theodore Huters, « From Writing to Literature », art. cité, p. 68-83.

18Ces deux pratiques occupaient donc au début du XIXe siècle une place très importante chez les lettrés. Pour cette raison, rime et parallélisme ne sont pas réductibles à l’un ou à l’autre courant exégétique : elles pouvaient se retrouver partout. Il est vrai que les tenants des études Han semblaient s’en servir avec assiduité : certains de leurs plus grands représentants se vantaient de bien écrire de la poésie et de la prose parallèle. Mais les études Song, y compris leurs plus ardents défenseurs, n’y étaient pas étrangers. Comme en témoigne leur production textuelle, ils avaient non seulement une maîtrise de la rime et du parallélisme –savoirs communs à tout le monde lettré –, mais participaient d’ailleurs à la renaissance de la prose parallèle. Liu Kai 劉開 (1784-1824), Mei Zengliang 梅曾亮 ou même Fang Dongshu, tous représentants des études Song et de la prose à l’ancienne, s’étaient distingués par leur maîtrise de ce type de prose21. La question n’était donc pas de savoir si les lettrés devaient ou non pratiquer rime et parallélisme. Elle était plutôt de savoir quel statut l’un et l’autre devaient avoir dans les pratiques d’écriture, combien de temps les lettrés devaient leur consacrer et plus largement quelle place elles devaient avoir dans leur formation et leurs activités.

  • 22 Lü Shuangwei 呂雙偉, « Lun Tongcheng pai dui pianwen de taidu 論桐城派對駢文的態度 », Anhui daxue xuebao 6 (2012 (...)
  • 23 Guwenci leizuan, « Yuan xu », p. 1.
  • 24 Le fu ou « rhapsodie » était un genre en prose très proche du vers. Les ci de Qu Yuan et autres aut (...)

19Telle était la place des modèles du Moyen Âge dans les controverses sur l’écriture. Pour les études Song et les tenants de la prose à l’ancienne, le mépris envers les textes du haut Moyen Âge était une attitude courante : les plus radicaux considéraient ces traditions lettrées comme une déviation à corriger ; les plus conciliants, des traditions mineures avec des exceptions à prendre en compte22. La position de Yao Nai avait à cet égard ses particularités. Comme il expliquait dans la préface de son Recueil par genre de textes à l’ancienne, la prose à l’ancienne était seulement du wen « approprié » (dang 當), quelle que soit la proximité temporelle des sages anciens23 : si le texte s’inspirait des modèles des sages, il était alors « wen à l’ancienne ». Pour lui, la distance historique aux anciens ou aux maîtres de la dynastie des Song n’était pas nécessairement un critère. À chaque fois que le contenu et la forme d’un texte correspondaient aux exigences de la Voie, on pouvait le considérer comme « approprié », et il devait par conséquent être inclus dans le domaine du wen. À partir de ce principe général, Yao Nai attaquait non seulement une bonne partie de la production textuelle médiévale, mais aussi les critères de classification générique du prince Xiao Tong. Dans ses commentaires sur le genre de la rhapsodie (ci fu辭賦24), classée comme un type de prose, il disait :

  • 25 昭明太子文選,分體碎雜,其立名多可笑者。後之編集者,或不知其陋而仍之。余今編辭賦,一以漢 « 略 »為法。古文不取六朝人,惡其靡也。獨辭賦則晉宋人猶有古人韻格存焉。惟齊梁以下,則辭益俳而氣益卑,故不 (...)

La Sélection des textes raffinés du prince Zhaoming classifie les genres de façon désordonnée, et parmi les catégories (ming) il y en a qui font rire. Ceux qui ont fait des recueils ultérieurement n’ont pas su reconnaître sa mauvaise qualité et en ont repris [les classifications]. En faisant maintenant un recueil de rhapsodies, je prends comme modèle uniquement la [monographie bibliographique] des « [Sept] catégories » [de Liu Xin] des Han. Si pour la prose à l’ancienne je ne prends pas les textes des hommes des Six dynasties [du haut Moyen Âge], c’est parce que je déteste leurs excès de raffinement (mi). Il n’y a que dans le domaine des rhapsodies qu’il subsistait, chez les hommes des Jin et des Liu-Song [du haut Moyen Âge], les rimes et mètres des anciens. Puisqu’après les Qi et les Liang, [qui succédèrent aux Liu-Song,] les mots ont eu de plus en plus de parallélisme (pai) et leur esprit est devenu de plus en plus vulgaire, je ne les inclus pas ici25.

  • 26 Lü Shuangwei, « Lun Tongcheng pai dui pianwen de taidu », art. cité, p. 43-44.

20Pour Yao Nai et ses disciples, le wen semblait tout simplement signifier écriture, et le mot « ancien » faisait simplement référence au type d’écriture privilégié par les sages. La prose à l’ancienne n’était évidemment pas dépourvue d’ornements : comme le dit Yao Nai à propos des rhapsodies médiévales, tant que le mètre et la rime s’accordent avec ceux des anciens, leurs raffinements doivent être considérés comme des éléments constitutifs du genre. Mais l’ornement n’y devait pas suivre les styles en vogue sous les dynasties des Qi et les Liang, ni leur vulgarité, ni leurs excès de parallélisme. Ses critiques de la Sélection des textes raffinés, et des traditions médiévales en général, étaient liées à cette idée centrale26.

21Contre ce rejet du médiéval, Ruan Yuan pensait que la Sélection des textes raffinés était l’héritière directe d’une compréhension plus profonde des Classiques et qu’elle contenait des modèles d’écriture compatibles avec les enseignements des anciens, en particulier de Confucius. Son argumentation donne à la temporalité un rôle différent de celle de Yao Nai. Dans sa « Lettre à un ami où l’on discute de la prose (wen) à l’ancienne », Ruan explique que le soi-disant « wen à l’ancienne » ne méritait même pas le nom de wen, car il n’avait rien à voir avec ce que les anciens appelaient de ce nom. Pour Ruan Yuan, ce que les lettrés de Han appelaient « wen à l’ancienne » ou « wen ancien » était tout ce qui était écrit en sigillaire – l’écriture la plus courante avant la fondation de l’empire en 221 av-JC –, et ils appelaient wenzhang 文章 ou « pièce d’écriture ornée » (un syntagme contenant le caractère wen) la composition écrite. Selon lui, le « wen à l’ancienne » d’un Yao Nai se trouvait en dehors du domaine que les anciens désignaient avec cette expression :

  • 27 昌黎之文,矯文選之流弊而已。昭明選序,體例甚明,後人讀之,苦不加意。選序之法,于經子史三家不加甄錄,為其以立意紀事為本,非沈思翰藻之比也。今之為古文者,以彼所棄,為我所取,立意之外,惟有紀事,是乃子 (...)

Les textes de Han Yu [grand modèle dans le domaine de la prose à l’ancienne et précurseur des études Song] cherchaient simplement à rectifier les défauts hérités de la tradition de la Sélection des textes raffinés. Dans la préface du [prince Zhaoming des Liang] Xiao Tong à cette Sélection, la distinction entre genres est très claire, et lorsque les générations postérieures l’ont lu, je regrette qu’elles n’y aient pas vraiment fait attention. Selon la règle énoncée dans la préface de la Sélection, si l’on n’y inclut pas les Classiques, les histoires et la littérature magistérielle, c’est parce que ces textes se limitaient à exprimer une idée et à enregistrer des faits, et qu’ils n’appartiennent pas à la catégorie de textes dont « la question résulte d’une réflexion profonde et ses principes reviennent au domaine de l’écriture raffinée » [tel que le dit Xiao Tong pour définir le wen]. Ceux qui de nos jours pratiquent le « wen à l’ancienne » prennent précisément ce qu’il avait laissé de côté, et en dehors d’exprimer une idée, ils ne font qu’enregistrer des faits. [Ces textes] appartiennent par conséquent aux catégories correctes d’« histoire » et des « maîtres », et à la fin ils sont différents de ce qu’on appelle « pièce d’écriture ornée » (wenzhang)27.

22Là où Yao Nai invoque les Anciens pour faire de la « prose à l’ancienne » un modèle intemporel, qu’il critique les excès médiévaux et se moque des idées de Xiao Tong, Ruan Yuan soutient exactement le contraire : l’éloignement historique des sages s’applique beaucoup plus à la soi-disant « prose à l’ancienne », un produit relativement récent, qu’aux réflexions de Xiao Tong, plus proche des sages et de leurs vérités éternelles. Ainsi, si les deux positions impliquent que les Classiques fournissent des modèles intemporels, elles révèlent en même temps deux rapports différents à l’histoire textuelle depuis les anciens sages. Yao Nai, dans l’esprit des études Song et de la « transmission de la Voie », pense que la Voie des sages peut apparaître et disparaître selon les temps, qu’elle s’est interrompue sous le haut Moyen Âge et qu’elle s’est manifestée à nouveau chez les grands maîtres des Song et chez les prosateurs qui s’en sont inspirés. Ruan Yuan, en revanche, rend au temps ce qui appartient au temps : il dénonce les anachronismes d’un « wen à l’ancienne » qui n’est nullement « ancien », et contextualise les énoncés du prince médiéval pour expliquer ce qu’est le modèle à suivre. Les modèles « ornés » de Xiao Tong sont ainsi censés représenter le wen des sages bien mieux que les modèles « appropriés » vantés par Yao Nai.

  • 28 Gong Zizhen quanji, 3 ji, p. 227.

23À partir de ces représentations de l’histoire du wen, Ruan Yuan introduit de nouveaux principes d’organisation des pratiques lettrées, principes où la distinction de l’époque médiévale entre « genres ornés » et « genres du pinceau » (bi 筆) joue un rôle important. Selon cette distinction, les textes avec rime et parallélisme appartiennent à la catégorie de « textes ornés » (wen), tandis que les textes dépourvus de ces ornements relèvent des « textes de pinceau » (bi). Cette distinction occupe une place centrale dans l’organisation des enseignements à Canton et dans les écrits de Ruan Yuan inclus dans le Recueil de 1823 ; Gong Zizhen la reprend dans son portrait, notamment dans les lignes où il explique les contributions de Ruan à cet égard28 ; elle fait d’ailleurs partie des enseignements du Studio raffiné pour interpréter les Classiques (Gujing jingshe). Sa mise en avant apparaît comme une affaire familiale. L’un des fils de Ruan Yuan, Ruan Fu 阮福 (1801-1875), est non seulement impliqué dans la compilation du Recueil du soixantième anniversaire, mais il est par ailleurs évalué à l’Académie Xuehai, où on lui demande d’expliquer les fondements de la distinction entre textes ornés et textes de pinceau. D’après son témoignage,

  • 29 家大人開學海堂於廣州,與杭州之詁經精舍相同,以文筆策問課士,教福先擬對,爰考之如右。Yanjing shi ji, 3 ji, juan 5, p. 715.

Lorsque mon père ouvrit l’Académie Xuehai à Canton, et de la même façon que dans le Studio raffiné pour interpréter les Classiques à Hangzhou, il utilisait des questions sur la distinction entre « textes ornés » (wen) et « textes de pinceau » (bi) pour évaluer les lettrés. Il me fit imaginer en premier une réponse et j’ai analysé [les preuves textuelles] comme ici à droite [ci-dessus]29.

24Dans sa longue réponse à cette question d’examen à l’Académie Xuehai, Ruan Fu se concentre avant tout sur la rime. Commentant un passage du Livre des Liang (Liang shu 梁書), histoire médiévale de la dynastie homonyme, il situe la rime au cœur du wen-« textes ornés » :

  • 30 詩亦有韻者故與筆對舉明筆為無韻者蓋詩即有韻之文與散體稱筆有別。Ibid., p. 714.

La poésie est aussi une composition comprenant des rimes, et pour cela on l’oppose aux genres de pinceau (bi). [Ce passage] explique que les textes de pinceau sont ceux qui n’ont pas de rime (…) La poésie est donc du wen avec de la rime et se différencie de la prose qu’on appelle de pinceau30.

  • 31 Liu Yucai 劉玉才, « Cong Xuehai tang cewen kan wen bi zhi bian 從學海堂策問看文筆之辨 », Qinghua daxue xuebao, 6 (...)

25En suivant les méthodes de son père, et plus largement des études Han, le jeune Ruan Fu fournit une analyse de différentes sources, des Classiques jusqu’aux histoires d’époque médiévale, et fournit à la fois une explicitation des thèses du père et un modèle pour la pratique du wen. Dans sa réponse, il n’est pas du tout question de dévaloriser les textes du « pinceau », mais de soutenir avec des arguments supplémentaires que les textes ornés étaient préconisés par les sages et par ceux qui en étaient proches, et que tout lettré aspirant à produire un véritable « wen » est tenu d’en maîtriser ses particularités. Au fond, il propose une justification de l’évaluation elle-même, celle que les académies de Canton et de Hangzhou imposaient à tous les étudiants. Incluse dans le Recueil de la Chambre de l’étude des Classiques, la réponse de Ruan Fu montre que cette distinction était non seulement l’un des éléments les plus importants du programme de l’Académie, mais aussi une affaire familiale31. Comme Ruan Changsheng avec sa biographie, Ruan Fu non seulement favorise la réputation de son père en l’aidant avec la compilation du recueil, mais contribue aussi à renforcer les fondements intellectuels de ses initiatives. 

  • 32 Voir François Martin, « Traités Tang sur le parallélisme », art. cité, p. 109-124. Anne Cheng, « “U (...)
  • 33 Yanjing shi ji, 3 ji, juan 2, p. 605.
  • 34 Ibid., p. 608.
  • 35 Ibid., p. 608-609.
  • 36 Ibid., p. 609.

26Quant au parallélisme tant méprisé par Yao Nai, le modèle en est précisément la Sélection des textes raffinés (Wenxuan). Il apparaît dans la réponse de Ruan Fu (même si plus sommairement qu’ailleurs), mais aussi dans le programme de l’Académie et dans les écrits du Recueil de Ruan Yuan. On sait que l’une des justifications anciennes et médiévales du parallélisme des vers et des phrases était que toutes les choses de l’univers se couplaient ou appariaient : les principes cosmiques du yin et du yang, du féminin et du masculin, du Ciel et de la Terre, organisaient l’ordre même du cosmos, et le parallélisme des phrases était l’une des manifestations de cet ordre universel32. Le « Discours sur les “Mots ornés” » de Ruan Yuan évoquait en une phrase cette idée – le « couplage » tout comme l’interpénétration de deux couleurs constituaient le wen des choses (wu)–, mais le fondement de l’argumentation se concentrait sur la contextualisation des énoncés des Classiques33. Dans son « Postscriptum à la préface de la Sélection des textes raffinés du prince Zhaoming des Liang », Ruan Yuan explique comment Xiao Tong a organisé son anthologie selon les principes des « Mots ornés » de Confucius, cet « ancêtre des textes de tous les âges »34. Xiao Tong aurait compris que le wen-ornement s’identifiait avec la rime et le parallélisme, et qu’il fallait distinguer les genres « ornés » (wen) des Classiques (jing), des histoires (shi) et de la littérature magistérielle (zi, essais sur des questions morales et politiques). À la différence du texte de son fils, celui-ci se concentre avant tout sur le parallélisme. Ruan Yuan y donne un bref aperçu historique des genres où ce procédé est prédominant35. Tout en reconnaissant que la qualité en est variable selon les cas, il soutient que la prose parallèle (siliu) et le parallélisme des « essais de quatre livres » représentent la « transmission correcte » (zhengtong) du wen36.

27Ruan Yuan applique ces prémisses à sa propre production et fournit ainsi un exemple tangible de l’utilisation de cette distinction. Comme il le dit dans la préface qu’il écrit pour le Recueil de la Chambre de l’étude des Classiques,

  • 37 余三十餘年以來說經記事不能不筆之于書。然求其如文選序所謂事出沉思,義歸翰藻者甚鮮,是不得稱之為文。Yanjing shi ji, « Zixu », p. 1.

Depuis plus de trente ans, j’explique les Classiques et enregistre des faits, et je ne peux rien faire d’autre que prendre le pinceau pour inscrire tout cela dans un livre. Néanmoins, très peu d’écrits inclus [dans ce recueil] cherchent à suivre ce que dit la préface de la Sélection de textes raffinés, à savoir : « la question résulte d’une réflexion profonde et ses principes reviennent au domaine de l’écriture raffinée ». Pour cela, je ne peux les appeler textes ornés (wen)37.

28Et lorsqu’il explique pourquoi ses textes associés à l’histoire et à la littérature magistérielle ne font pas partie du wen, Ruan Yuan reprend la distinction d’origine médiévale :

  • 38 凡出於四庫書史、子兩途者皆屬之言之無文惟紀其事達其意而已。其四則御試之賦及駢體有韻之作,或有近于古人所謂文者乎,然其格亦已卑矣,凡二卷,又詩十一卷。Yanjing shi ji, « Zixu (...)

Tout ce qui sort de l’histoire et la littérature magistérielle selon la classification des « quatre trésors » je les inclus [dans les catégories trois et quatre], car si (ces) paroles n’ont pas de wen, c’est qu’elles ne font qu’enregistrer des faits et exprimer des idées. La quatrième catégorie contient des rhapsodies d’examens de palais et des pièces en prose parallèle et avec de la rime ; certains se rapprochent de ce que les anciens appelaient wen, mais leur forme est inférieure. Ce qui fait en tout deux volumes, ainsi que onze volumes de poèmes38.

29Autrement dit, comme le prince Xiao Tong avait bien compris le sens ancien de wen, il fallait prendre « réflexion profonde » et « écriture raffinée » – plus précisément la rime et le parallélisme – comme guide pour la pratique du wen et pour la hiérarchisation des genres.

  • 39 Voir à cet égard Song Qiaoyan, « Ruan Yuan wen-bi lun zai Qing dai shuyuan zhong de liubo yu yixian (...)

30Or, au-delà de ces différences de fond avec Yao Nai et les tenants de la prose à l’ancienne, Ruan Yuan semble avoir suivi dans son argumentation la même attitude « rassembleuse » que dans ses positions exégétiques. Il est vrai que ses thèses découlaient clairement des méthodes exégétiques des études Han, car elles partaient d’une contextualisation historique des textes anciens. Mais en ce qui concerne le domaine plus spécifique du wen, le raisonnement n’allait pas forcément à l’encontre des études Song : Yao Nai lui-même avait suggéré que certains textes médiévaux étaient en consonance avec ceux des anciens sages. Ce dernier ne disait-il pas que la prose à l’ancienne était juste une prose « appropriée », que les sages en fournissaient un modèle intemporel et que certains textes médiévaux y restaient attachés ? Ruan Yuan ne fit qu’étendre la portée de ces arguments. Classiques à l’appui, il démontrait que l’anthologie de Xiao Tong se fondait sur les critères des sages eux-mêmes, et qu’il suffisait d’ajouter aux pratiques quotidiennes de l’écriture l’exercice du vers et du parallélisme. Il est difficile de mesurer l’impact de ses thèses parmi les tenants des études Song, mais il est clair que certains s’y sont montrés réceptifs, surtout ceux qui étaient connus pour leur maîtrise du vers ou du parallélisme. Fang Dongshu, ce disciple de Yao Nai et grand polémiste des études Song, a pu être l’un de ses premiers interlocuteurs : partisan résolu de la prose à l’ancienne, mais en même temps connu pour sa prose parallèle, il vint à considérer que le parallélisme était conforme à la prose à l’ancienne, et que ce type d’écriture méritait d’être pratiqué au-delà de toute divergence plus générale entre études Han et Song39.

31Dans ce contexte, les thèses de Ruan Yuan semblent être moins un rappel à l’ordre au sein des études Han qu’une contre-stratégie dans le même domaine où les études Song étaient en train de s’imposer : il s’agissait de « gérer l’écriture » de la même façon que l’on « gérait le monde », c’est-à-dire, de faire de l’écriture du lettré un domaine de réforme morale, sociale et institutionnelle. Ruan Yuan n’y cherchait pas une simple « théorie esthétique » en défense des études Han, mais visait plutôt à valoriser des pratiques d’écriture partagées, à interpeler les lettrés au-delà du clivage Han-Song et, surtout, à proposer de nouveaux cadres d’écriture au monde lettré. De même que son Académie incorporait des adeptes des études Song, son discours jouait un double rôle : d’une part, rassembler tous ceux qui, au-delà des disputes Han-Song, avaient une bonne maîtrise de la rime et du parallélisme ; de l’autre, fournir aux membres de son académie et à son réseau des modèles d’écriture fondés sur les préceptes des sages et des Classiques anciens. Il ne s’agissait pas seulement de justifier a posteriori les pratiques de certains lettrés ou de disserter de façon générale sur la relation entre écriture et études classiques, mais bien d’identifier les pratiques d’écriture les plus valorisées, d’établir une hiérarchie plus précise de genres et de styles destinée à « orienter et éduquer » les lettrés, de confirmer les orientations de certains et d’obliger d’autres à faire des efforts. Ainsi, les thèses de Ruan Yuan étaient animées non seulement d’un besoin de discours plus élaborés face à la renaissance de la prose à l’ancienne et des études Song, mais aussi d’une volonté d’intervenir dans la pratique même de l’écriture, là où les études Song commençaient à avoir une emprise ferme.

Conclusion

32Dans leur quête pour consolider une autorité lettrée et entreprendre une réforme morale des élites, Ruan Yuan et ses proches accordaient une importance particulière aux dimensions « ornementales » de l’écriture, plaçant la poésie et la prose parallèle au cœur des pratiques lettrées. Ils ne considéraient pas le raffinement esthétique comme une activité autonome, séparée des autres aspects de la vie lettrée, mais plutôt comme l’aboutissement d’une éthique puisée dans les anciens Classiques. Pour eux, la distinction entre « écrivain » et « administrateur », entre producteur d’art et producteur de documents, n’avait pas lieu d’être. Au contraire, ils voyaient ces rôles comme des étapes vers un modèle supérieur de sagesse. Dans ce contexte, la discussion sur la « littérature » était une réflexion normative sur l’esthétique sociale, plus spécifiquement sur le type d’ornements destiné à caractériser l’écriture du lettré.

33Nous avons pu analyser ce discours sur l’écriture selon deux échelles temporelles. La première correspond à l’échelle courte des actions réformatrices à Canton. Animé par un esprit d’« éducation et orientation » à partir des études Han, le groupe de Ruan Yuan cherchait à aligner la pratique scripturaire des élites cantonaises sur ses propres interprétations des Classiques, tout en se positionnant par rapport à des interprétations rivales. Ce positionnement n’excluait pas totalement les études Song : leur approche des études Han intégrait des références et des cadres de pensée provenant de ces dernières, notamment l’importance qu’elles accordaient à la réflexion sur l’écriture. Il s’agissait donc d’offrir, sous la forme d’une synthèse nouvelle, un cadre bienveillant à des lettrés de formations et traditions diverses, et d’entreprendre sur cette base une régénération des élites. C’est donc dans cette temporalité de l’action réformatrice que nous avons interrogé le sens pratique du discours sur l’écriture. Des publications aux académies, les dispositifs mis en place dans ces années-là visaient non seulement à étendre (et contrôler) la réputation de Ruan Yuan, mais aussi à établir des réseaux lettrés dotés de la formation qu’il leur proposait. Le discours du grand maître sur l’écriture avait une place centrale dans cette formation. Si ce discours est devenu un outil important de l’action réformatrice, c’est probablement parce qu’il représentait bien à la fois une singularité du groupe et un compromis avec d’autres orientations savantes.

34La deuxième échelle temporelle, intimement liée à la première, concerne l’histoire plus longue des discours portant sur une esthétique « correcte » de l’écriture. Cette échelle dépend des critères d’observation. Si on la réduit à l’histoire d’une absence, au « manque » d’un discours littéraire dans son sens moderne, alors cette histoire non-littéraire des discours sur l’écriture se présente comme une suite pluriséculaire de déclarations indifférenciées, d’idées regroupées par l’absence partagée d’un idéal véritablement « littéraire ». Les discours sur l’écriture y apparaissent au mieux comme les ancêtres imparfaits de la théorie littéraire moderne qui, après des siècles de recherche aveugle, aurait finalement révélé la signification de l’écriture dans l’histoire de l’art. Il s’agit là d’une approche négative de ces discours. Cependant, si l’on considère la littérature sur un pied d’égalité avec d’autres discours et pratiques possibles, alors on est en mesure de relever les différentes configurations historiques des discours sur l’écriture, et de réduire le discours littéraire contemporain à un simple avatar de ces derniers. Une périodisation fondée sur la positivité de chaque discours, refusant toute prééminence à la dichotomie entre le littéraire et le non-littéraire, nous permet dès lors d’en saisir les cadres historiques et d’en repérer les liens spécifiques avec les cadres sociaux et institutionnels. C’est à travers cette perspective non-littéraire que nous avons tenté d’identifier les temporalités historiques à l’œuvre dans le discours de Ruan Yuan. S’il était en dehors du champ de cet article d’établir des périodisations à cet égard, il a été clair que son discours se rattachait à des trajectoires intellectuelles spécifiques, plus ou moins longues selon l’aspect en question – qu’il s’agisse des controverses avec les études Song ou des discussions médiévales sur la prose parallèle. La délimitation de ces échelles temporelles reste en tout cas indépendante de la valeur « littéraire » de ce discours.

  • 40 Liu Shipei 劉師培, Zhongguo zhonggu wenxue shi 中國中古文學史, in Zhongguo zhonggu wenxue shi 中國中古文學史 / Lun w (...)

35Il est vrai que les thèses de Ruan Yuan ont fini par être revalorisées dans un cadre littéraire. Au début du XXe siècle, un militant nationaliste tel que Liu Shipei 劉師培 (1884-1919) a réinterprété les thèses de Ruan Yuan en les associant à un wen très proche de l’une des notions de « littérature » les plus répandues : celle d’un domaine autonome de l’art consacré au travail esthétique du langage. En reprenant l’idée que wen et ornement sont inséparables, Liu soutenait que la poésie et la prose parallèle étaient les ornements caractéristiques de la littérature chinoise, et qu’elles étaient d’ailleurs indispensables pour la distinguer des littératures étrangères40. L’ancienne réflexion sur le wen-ornement était subordonnée à une réflexion sur le wenxue-littérature et, par ce biais, à une réflexion sur les traditions nationales. Liu donnait ainsi un nouveau sens à l’imbrication entre esthétique et statut. Il se différenciait de Ruan Yuan en dissociant les « ornements » du statut social, en particulier du statut lettré, mais, en faisant de ces ornements les fondements de la littérature nationale, il en glissait les anciennes connotations statutaires dans sa façon de distinguer la « nation chinoise » des autres nations. Le statut social devenait statut national. Ainsi, en résonance avec les goûts de l’ancienne élite lettrée (en l’occurrence ceux de Ruan Yuan), la littérature apparaissait comme un levier pour transformer les critères esthétiques d’une classe en critères esthétiques d’une nation, et confortait par là des hiérarchies sociales qui ne pouvaient plus se présenter comme telles.

36Cet exemple, comme d’autres, montrent l’une des voies par lesquelles le discours de Ruan Yuan a pu être transformé en une source d’inspiration « littéraire ». Il n’empêche que, pour Ruan Yuan et son groupe, l’écriture avait un tout autre sens : leurs réflexions s’inscrivaient dans une histoire plus longue où écriture, esthétique sociale et pratique morale restaient étroitement liées, et où le « beau », ou plutôt l’« orné », représentait la supériorité à la fois morale et statutaire d’un individu. À la veille des Guerres de l’opium, contrairement à ce qui adviendrait plus tard, les « ornements » de l’écriture étaient l’objet d’une sorte de sémiotique, celle qui permettait d’identifier les marques visibles d’une hiérarchie sociale.

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Notes

1 Pour une étude de l’histoire de la notion d’ornement en Europe occidentale, voir Tatarkiewicz, Wladyslaw, Geschichte der sechs Begriffe, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 2003, p. 237-242 ; Gérard Raulet et Frank-Lothar Kroll, « Ornament », dans Karlheinz Barck et al (dirs.), Ästhetische Grundbegriffe, Stuttgart-Weimar, J. B. Metzler, 2010, vol. 4, p. 656-683.

2 說文曰 : 詞, 意內言外也。蓋詞亦言也, 非文也。文言曰 : 修辭立其誠。 說文曰 : 修, 飾也。詞之飾者,乃得為文,不得以詞即文也。 Yanjing shi ji, 3 ji, juan 2, p. 606. J’ai décidé de traduire le titre de cette « aile » des Mutations par « Mots ornés » afin d’expliciter le sens que lui donne Ruan Yuan.

3 Sur l’histoire de ces traductions de wen et les équivalences conceptuelles qu’elles ont pu évoquer chez des observateurs occidentaux depuis la première modernité, voir Pablo A. Blitstein, « From Ornament to Literature : An Uncertain Substitution in 19th - 20th Century China », Modern Chinese Literature and Culture, vol. 28, n° 1 (2016), p. 222-272. La rhétorique se rapproche de wen bien plus que la littérature, mais il faut tenir compte du fait que dans la perception des hommes de lettres et universitaires chinois du XXe siècle l’équivalence n’était pas du tout évidente : il suffit de penser au fait que l’on a utilisé un néologisme repris du japonais, xiuci xue 修辭學, pour désigner une technique de la parole qui de toute évidence n’apparaissait pas comme traduisible par le simple mot wen.

4 La liste des « sages » (sheng) anciens a varié au cours de l’histoire impériale, mais elle incluait d’habitude les rois sages de l’antiquité – Yao, Shun, Yu, Tang, le roi Wen des Zhou et le roi Wu des Zhou –, le duc des Zhou et Confucius.

5 古人無筆硯紙墨之便,往往鑄金刻石,始傳久遠。其著之簡策者,亦有漆書刀削之勞,非如今人下筆千言,言事甚易也。 許氏說文 :「直言曰言。論難曰語。」 Yanjing shi ji, 3 ji, juan 2, p. 605.

6 左傳曰 :「言之無文,行之不遠。」此何也 ? 古人以簡策傳事者少,以口舌傳事者多,以目治事者少, 以口耳治事者多,故同為一言,轉相告語,必有衍誤,是必寡其詞,協其音,以文其言,使人易於記誦,無能增改,且無方言俗語雜於其間, 始能達意,始能行遠。 Ibid., p. 605.

7 Nathan Vedal, The Culture of Language in Ming China: Sound, Script, and the Redefinition of Boundaries of Knowledge, New York, Columbia University Press, 2022, p. 105-135.

8 Voir par exemple Elisabeth Kaske, The Politics of Language in Chinese Education, 1895-1919, Leiden-Boston, Brill, 2008, p. 28-55; sur le wen et son statut, voir Kaske, The Politics of Language in Chinese Education, op. cit., p. 31-34.

9 Zhuzi yulei huijiao, juan 78, p. 2017, et juan 89, p. 2291.

10 Par exemple, la tradition d’une “philologie littéraire” axée sur l’opéra et remontant à la dynastie des Ming. Voir Vedal, The Culture of Language in Ming China, op. cit., p. 167-198, esp. 191-194.

11 要使遠近易誦古今易傳公卿學士皆能記誦以通天地萬物以警國家身心不但多用韻抑且多用偶。Yanjing shi ji, 3 ji, juan 2, p. 606.

12 Ibid., p. 608-609.

13 文之時義遠矣哉若夫椎輪為大輅之始大輅寧有椎輪之質增冰為積水所成積水曾微增冰之凜何哉﹖蓋踵其事而增華變其本而加厲物既有之文亦宜然Wenxuan, « Wenxuan xu », p. 1. Cf. la traduction de David Knechtges (tr.), Xiao Tong (ed.), Wen xuan or Selections of Refined Literature, Princeton, Princeton University Press, 1982, vol 1, 73-75. L’expression zhong shi 踵事 « poursuivre une chose » ou « continuer un processus », est souvent utilisée pour la reprise d’une occupation, et le mot li 厲 suggère un travail de perfectionnement d’un objet artisanal en cours d’élaboration. Ces dimensions ne sont pas mises en avant dans la traduction de Knechtges, mais puisqu’elles sont suggérées par la métaphore du char et par le processus de congélation de l’eau, j’essaie de rendre ces nuances visibles en traduction.

14 Je garde le mot « rime » malgré le fait que Ruan Yuan pense aussi bien à la reprise d’un même son à la fin des vers qu’aux schémas prosodiques liés aux règles tonales d’un texte en vers ou en prose. Le choix est lié à la façon dont Ruan Yuan lui-même traite la question « Discours sur le wen et la rime » (« Wen yun shuo »), écrit en 1825 et ajouté comme supplément à son Recueil de 1823. En effet, dans un dialogue imaginaire entre lui et son fils Ruan Fu appelé « Discours sur le wen et la rime », le fils demande pourquoi il tient à la « rime » (yun) comme caractéristique du wen si beaucoup de textes inclus dans la Sélection de Xiao Tong n’ont pas de rime. La réponse de Ruan Yuan est que la « rime » (yun 韻) en question désignait à l’époque aussi bien la reprise du même son à la fin d’un vers que ce que les lettrés du Moyen Age appelaient yinyun 音韻, les règles de prosodie formulées par Shen Yue au Moyen Âge et applicables à toute la production wen précédente (car Shen Yue n’aurait fait qu’expliciter des règles déjà présentes). Ruan Yuan semble donc s’opposer à la perception plus courante de yun, celle d’une « rime » proche du sens qu’on lui donne en français, et l’étend à la prosodie. Voir Yanjing shi ji, Yanjing xuji, 3 ji, 3.1064. Sur ces règles de prosodie et les schémas d’euphonie en vers et en prose, voir François Martin, « Traités Tang sur le parallélisme », art. cité, p. 109-124.

15 Pour une contextualisation plus approfondie de cette « éducation et orientation », ainsi que pour comprendre le rôle de l’Académie Xuehai dans la redéfinition des élites cantonaises, voir Steven Miles, The Sea of Learning. Mobility and Identity in Nineteenth-Century Guangzhou, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2006. Sur la place des pratiques d’écriture dans cette redéfinition, voir p. 7-9 et p. 101-103.

16 Sur la catégorie « médiévale » appliquée à cette période, voir Keith Knapp, « Did the Middle Kingdom have a Middle Period ? The Problem of ‘Medieval’ in China’s History », Education about Asia, 12 :3 (2007), p. 12-17; Joachim Kurtz, « Chinese Dreams of the Middle Ages : Nostalgia, Utopia, Propaganda », The Medieval History Journal, 21 :1 (2018), p. 1-24.

17 L’expression « fonction publique » est évidemment un anachronisme, mais en traduction cela permet de donner une idée de la nature de ces concours. Voir Benjamin Elman, A Cultural History of Civil Examinations in Late Imperial China, Berkeley-Los Angeles-London, University of California Press, 2000, p. 546-558 ; pour la suppression de la poésie des concours, voir p. 37-38.

18 James Polachek, The Inner Opium War, Cambridge (Mass.) – London, Harvard University Press, 1992, p. 27; Benjamin Elman, A Cultural History of Civil Examinations, op. cit., p. 549-551.

19 L’« essai sur les Quatre livres » est un autre nom pour l’« essai de huit jambes ». Sur les plusieurs dénominations de cet essai, voir Pierre-Henri Durand, « L’homme bon et la montagne. Petite contribution en trois temps à l’étude de la prose moderne », Études chinoises, 18 :1-2, 1999, p. 230-231.

20 Sur les « contributions », voir Elisabeth Kaske, « The Price of an Office: Venality, the Individual and the State in nineteenth century China », dans Nanny Kim and Thomas Hirzel (eds.), Metals, Monies and Markets in Early Modern Societies: East Asian and Global Perspectives, Berlin, LIT Verlag, 2008, 279-304. Sur l’histoire de la procédure de tirage au sort dans l’attribution des magistratures, voir Pierre-Étienne Will, « Creation, Conflict and Routinization: The Appointment of Officials By Drawing Lots, 1594-1700 », Ming Qing yanjiu (2002), p. 73-121.

21 Theodore Huters, « From Writing to Literature », art. cité, p. 68-83.

22 Lü Shuangwei 呂雙偉, « Lun Tongcheng pai dui pianwen de taidu 論桐城派對駢文的態度 », Anhui daxue xuebao 6 (2012), p. 39-47.

23 Guwenci leizuan, « Yuan xu », p. 1.

24 Le fu ou « rhapsodie » était un genre en prose très proche du vers. Les ci de Qu Yuan et autres auteurs inclus dans les Chants de Chu (Chu ci 楚辭) étaient considéré comme ancêtres du fu. Pour cette raison, ci et fu ont par la suite souvent été mentionnés ensemble pour faire référence au même genre.

25 昭明太子文選,分體碎雜,其立名多可笑者。後之編集者,或不知其陋而仍之。余今編辭賦,一以漢 « 略 »為法。古文不取六朝人,惡其靡也。獨辭賦則晉宋人猶有古人韻格存焉。惟齊梁以下,則辭益俳而氣益卑,故不錄耳。 Guwenci leizuan, « Yuan xu », 3.

26 Lü Shuangwei, « Lun Tongcheng pai dui pianwen de taidu », art. cité, p. 43-44.

27 昌黎之文,矯文選之流弊而已。昭明選序,體例甚明,後人讀之,苦不加意。選序之法,于經子史三家不加甄錄,為其以立意紀事為本,非沈思翰藻之比也。今之為古文者,以彼所棄,為我所取,立意之外,惟有紀事,是乃子史正流,終與文章有別。Yanjing shi ji, 3 ji, juan 2, 611. Cette interprétation de l’expression wenzhang, « texte », semble reprendre celle d’un traité médiéval sur l’écriture, l’Esprit des lettres en dragon ciselé (Wenxin diaolong), chapitre « Ornement et émotions » (« Qing cai »). Voir Wenxin diaolong yizheng, 31.1148. Ce traité a eu une énorme importance dans l’histoire des réflexions sur l’écriture en Chine.

28 Gong Zizhen quanji, 3 ji, p. 227.

29 家大人開學海堂於廣州,與杭州之詁經精舍相同,以文筆策問課士,教福先擬對,爰考之如右。Yanjing shi ji, 3 ji, juan 5, p. 715.

30 詩亦有韻者故與筆對舉明筆為無韻者蓋詩即有韻之文與散體稱筆有別。Ibid., p. 714.

31 Liu Yucai 劉玉才, « Cong Xuehai tang cewen kan wen bi zhi bian 從學海堂策問看文筆之辨 », Qinghua daxue xuebao, 6 (2008), p. 71-75.

32 Voir François Martin, « Traités Tang sur le parallélisme », art. cité, p. 109-124. Anne Cheng, « “Un Yin, un Yang, telle est la Voie” : les origines cosmologiques du parallélisme dans la pensée chinoise », Extrême-Orient, Extrême-Occident, no 11 (1989), p. 35-43.

33 Yanjing shi ji, 3 ji, juan 2, p. 605.

34 Ibid., p. 608.

35 Ibid., p. 608-609.

36 Ibid., p. 609.

37 余三十餘年以來說經記事不能不筆之于書。然求其如文選序所謂事出沉思,義歸翰藻者甚鮮,是不得稱之為文。Yanjing shi ji, « Zixu », p. 1.

38 凡出於四庫書史、子兩途者皆屬之言之無文惟紀其事達其意而已。其四則御試之賦及駢體有韻之作,或有近于古人所謂文者乎,然其格亦已卑矣,凡二卷,又詩十一卷。Yanjing shi ji, « Zixu », p. 1.

39 Voir à cet égard Song Qiaoyan, « Ruan Yuan wen-bi lun zai Qing dai shuyuan zhong de liubo yu yixiang », art. cité, p. 101.

40 Liu Shipei 劉師培, Zhongguo zhonggu wenxue shi 中國中古文學史, in Zhongguo zhonggu wenxue shi 中國中古文學史 / Lun wen zaji 論文雜記, Beijing, Renmin wenxue chuban she, 1959, p. 5. Le « savoir des lettres » (wenxue) de Liu Shipei est très proche du discours littéraire contemporain, ce qui nous permet de le qualifier de « littéraire ». Cependant, les anciennes traditions du « savoir des lettres » restent fortement enracinées dans sa démarche. Pour une analyse approfondie de cette proximité entre son « savoir des lettres » et la « littérature », je renvoie le lecteur à mon article « From Ornament to Literature », art. cité, p. 254-261.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Pablo A. Blitstein, « L’ornement des sages. Parler d’écriture à la veille des guerres de l’opium (années 1820) »Revue d’histoire culturelle [En ligne], 7 | 2023, mis en ligne le 15 décembre 2023, consulté le 24 avril 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rhc/7741 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/rhc.7741

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Auteur

Pablo A. Blitstein

École des Hautes Études en Sciences Sociales

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