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Dossier

Les réfugiés politiques grecs en Hongrie après la Seconde Guerre mondiale à la croisée des cultures et des appartenances identitaires. Le cas de Dimitris Hatzis

Greek political refugees in Hungary after the Second World War at the cross roads of cultures and identity affiliations. The case of Dimitri Hatzis
Thomas Dumont

Résumés

Après la Seconde Guerre mondiale, ainsi que pendant la Dictature des Colonels, la Hongrie a accueilli un grand nombre de réfugiés politiques grecs. La communauté fut si importante que plusieurs structures sociales – de nombreuses écoles grecques notamment – ont pu être créées. Au sein du bloc de l’Est, la Hongrie présentait un communisme plutôt « doux » et pouvait constituer un pont vers l’Ouest. Beaucoup d’intellectuels et artistes exilés dans ce pays circulaient alors relativement facilement entre les deux Europe et ont su construire, progressivement, une double appartenance culturelle. Parmi ces figures, l’écrivain Dimitris Hatzis, grand nom de la littérature grecque du XXe siècle, mérite une attention particulière. Il est l’objet principal de cet article. Également universitaire, spécialiste d’histoire byzantine, Hatzis a beaucoup voyagé, de Hongrie en France notamment, pour laisser évoluer sa libre pensée. De fait, cette personnalité qui se distingue par son manque de docilité à la fois à l’égard du Parti communiste et à l’égard des différents pays qui l’ont accueilli, représente une forme de décloisonnement – idéologique, politique, culturel – progressif de l’Europe. Un décloisonnement pour lequel l’expérience de l’exil des intellectuels et des artistes a joué un rôle important.

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Texte intégral

  • 1 Asa Briggs & Patricia Clavin, Modern Europe, 1789-Present, London & New York, Routledge, 2003, p. 3 (...)
  • 2 Certains auteurs en dénombrent 130 000.

1Durant la Deuxième Guerre mondiale, et dans l’immédiat après-guerre, près de 50 millions de personnes ont connu, en Europe, le drame du déracinement et de l’exil. Ces « déplacés » furent vite rejoints par les travailleurs immigrés venus du sud pour reconstruire un continent en ruines1. Parmi ces déracinés, figurent quelque 80 000 communistes2 chassés de Grèce au lendemain de la guerre civile qui a ensanglanté leur pays de 1946 à 1949. Une partie substantielle de ces proscrits – dont beaucoup sont albanophones ou slavophones – a été accueillie en URSS, principalement à Tachkent. D’autres se sont dirigés vers la Yougoslavie de Tito et les pays d’Europe centrale et orientale sous tutelle soviétique. Enfin, quelques milliers d’entre eux ont pris le chemin de l’Europe de l’Ouest, avant, bien souvent, de traverser l’Océan Atlantique pour rejoindre l’Amérique du Nord.

2Ce monde de l’exil politique grec de gauche puise ses racines, pour l’essentiel, dans la campagne profonde et le petit peuple des villes. Mais il compte aussi en son sein de nombreux intellectuels et artistes, souvent issus des couches aisées. Il y a là des poètes, des romanciers, des peintres, des représentants de la presse et des arts du spectacle, des philosophes, des historiens, des sociologues. Certains d’entre eux se sont déjà fait un nom. D’autres, plus jeunes, vont parfois parvenir à la notoriété à travers leur parcours exilique.

  • 3 [Ran] Nazım Hikmet, C’est un dur métier que l’exil, Paris, Éditeurs Français Réunis, 1957 [traducti (...)

3Lors de l’un de ses séjours à Sofia, le poète turc Nazim Hikmet, contraint lui aussi de quitter son pays, saura exprimer en des mots simples son état d’esprit : « C’est un dur métier que l’exil3 ». Un vers qui dit presque tout : la nostalgie pour les êtres aimés, le souvenir douloureux des lieux et des modes de vie désormais hors de portée, mais aussi l’engagement intact du militant, la poursuite du combat sous des formes à réinventer, la découverte de nouvelles fraternités. Ce « métier », comment les intellectuels et artistes grecs l’ont-ils vécu ? Quelle a été leur contribution au puissant brassage des culture dont l’Europe, traversée de grands mouvements de populations, a été le théâtre ? Inscrits dans une diaspora traversée de frontières politiques et idéologiques se voulant hermétiques, quels moyens ont-ils mis en œuvre pour communiquer entre eux, maintenir des réseaux transfrontaliers et faire entendre leur voix au-delà des murs élevés de toutes parts ? Naturellement, il convient aussi de s’intéresser aux liens maintenus avec la Grèce, aux ponts lancés entre la terre d’accueil et celle des origines, et aux transferts culturels réciproques ainsi alimentés.

4C’est autour de cet ensemble de questions que s’articulent les pages qui suivent. Mais pour rendre compte d’une aventure collective tissée d’une multitude d’itinéraires individuels, s’est imposé ici le choix de privilégier la présentation d’un cas particulier, celui de l’écrivain et byzantinologue Dimitris Hatzis. Cette figure incontournable des lettres grecques contemporaines a vécu plus d’un quart de siècle en exil, principalement à Budapest. Impliqué dans la vie culturelle de la capitale hongroise, il est l’un des chefs de file les plus emblématiques d’une communauté de militants grecs en quête d’intégration, mais attentifs, dans le même temps, à ne rien renier de leur patrimoine identitaire.

  • 4 Athènes, éd. Gnosi, 1991.
  • 5 Athènes, éd. Mavri lista, 2001.
  • 6 Athènes, éd. Tipofito, 2006.

5Pour cerner l’itinéraire hongrois de Dimitris Hatzis et du groupe d’exilés dont il faisait partie, la recherche peut s’appuyer sur plusieurs travaux proposant un balayage assez complet de sources primaires et secondaires. Tel est surtout le cas de l’imposant ouvrage de Nikos Goulandris, Βιβλιογραφικό Μελέτημα Δημήτρη Χατζή (1930-1989) [Étude bibliographique de Dimitris Hatzis (1930-1989)]4, rassemblant, outre une liste exhaustive des textes issus de la plume de Hatzis, des extraits de sa correspondance, une chronologie détaillée, un appareil critique pléthorique et, surtout, un index permettant d’appréhender un immense réseau d’amis, de collègues, de compagnons de combat, de personnalités politiques et de correspondants divers. Au même Goulandris on doit aussi un recueil de près de 500 fiches constituées d’informations puisées dans différents dépôts d’archives européens, à commencer par ceux de la Stasi, à laquelle les déplacements de Hatzis en RDA n’avaient pas échappé (491 Δελτία για τον Δημήτρη Χατζή. 1930-1975 [491 fiches relatives à Dimitris Hatzis. 1930-1975]5. Il convient de mentionner encore ici la synthèse de Venetia Apostolidou, Λογοτεχνία και ιστορία στη μεταπολεμική αριστερά. Η παρέμβαση του Δημήτρη Χατζή. 1947-1981 [Littéraire et histoire dans la gauche d’après-guerre. L’intervention de Dimitris Hatzis. 1947-1981]6 qui replace l’œuvre de Hatzis dans l’orageux contexte des débats idéologiques de l’après-guerre. Attentifs aux sources, ces trois ouvrages soulignent qu’il y a encore beaucoup à faire, compte tenu de l’importance de la documentation disponible. À Athènes, les archives d’histoire sociale contemporaine, ainsi que plusieurs autres fonds privés, sont encore loin d’avoir livré tous leurs secrets. Menées il y a plus de trente ans, en Hongrie et en RDA, les recherches ici mentionnées ont aussi mis en évidence que la mémoire de l’exil s’accommode volontiers de déplacements nombreux.

Les réfugiés grecs en Hongrie et la construction progressive d’une double appartenance culturelle

  • 7 Katerina Tsekou, The Greek Refugees in Eastern Europe. 1945-1989, Szcezecin, Polish- Greek Seminar, (...)
  • 8 Chiffres variables selon les sources. Par exemple, dans Loring Danforth et Riki Van Boeschoten, Chi (...)
  • 9 Katerina Tsekou, Έλληνες Πολιτικοί Πρόσφυγες Στην Ανατολική Ευρώπη 1949-1989 [Les réfugiés politiqu (...)
  • 10 D’après une statistique de 1950. Katerina Tsekou, The Greek Refugees, op. cit.
  • 11 Katerina Tsekou, The Greek Refugees, op. cit.
  • 12 Georgios Limantzakis, « Refugees of the Greek Civil War in Yugoslav Macedonia and the Contribution (...)

6Au printemps 1948, près de 3000 enfants de nationalité grecque, âgés de 2 à 14 ans, arrivent à la gare de Budapest, chaleureusement accueillis par les autorités hongroises et des représentants de la jeunesse communiste locale7. Orphelins ou enlevés à leurs parents parfois sans leur consentement, ils font partie des quelque 20 000 réfugiés mineurs8 rassemblés dans les zones frontalières de la Grèce du nord par l’Armée démocratique, bras armé du Parti communiste grec (KKE), et transférés vers les républiques populaires de l’Europe centrale avec la bénédiction de l’URSS. Le voyage a été long et difficile. Dans un premier temps, les enfants ont été conduits dans des camps servant de base arrière aux cadres et combattants communistes en Albanie, Bulgarie et Yougoslavie (Macédoine et Voïvodine)9. Cependant, à la suite de la rupture soviéto-yougoslave, le KKE, qui s’était prononcé pour la ligne stalinienne, n’a pu faire autrement, au cours de l’année 1948, que se distancier du régime de Tito. C’est ainsi que des milliers de jeunes filles et garçons se sont retrouvés à nouveau sur les routes, rejoignant, en camion, par train ou bateau, leur nouvelle vie. C’est la Roumanie qui a accueilli le plus gros contingent (5132 enfants)10. Vient ensuite la Tchécoslovaquie, avec 4148 enfants. Suivent la Pologne (3590), la Hongrie (2589), la RDA (1128) et la Bulgarie (672)11. La république populaire de Macédoine semble avoir elle aussi offert sa protection à un groupe substantiel de réfugiés, jeunes et moins jeunes, mais ceux-ci se sont assez rapidement fondus dans la population macédonienne, échappant ainsi à l’évaluation statistique12.

  • 13 Loring Danforth et Riki Van Boeschoten, op. cit., p. 44.

7Cette migration massive d’enfants mineurs, arrachés à leur environnement familial, n’a rien d’une action improvisée. Il est possible qu’elle ait été envisagée dès 194713. Dans les derniers jours de janvier 1948, en tout cas, elle est déjà évoquée dans un message de l’Armée démocratique demandant à la représentation du KKE en Yougoslavie de solliciter l’aide de Belgrade. Les partisans grecs ont mis en avant des préoccupations humanitaires. Il s’agit de sauver des enfants exposés aux dangers de la guerre, à la malnutrition, aux épidémies (fièvre typhoïde, dysenterie), à des maladies pulmonaires comme la tuberculose et la pneumonie ou, tout simplement, à l’ignorance des règles élémentaires d’hygiène.

  • 14 Ibid., p. 85 et suivantes.

8Derrière leur intervention, se profile aussi la volonté de faire échec aux agissements du gouvernement d’Athènes qui s’est engagé, en 1947, dans une vaste opération de transfert des populations du nord de la Grèce vers le sud, assortie de la création, pour les éléments les plus jeunes, d’une cinquantaine de « villages d’enfants » (Παιδοπόλεις)14. Mais le but que poursuivent surtout l’Armée démocratique et le KKE, en envoyant des milliers d’enfants dans les républiques de l’Est, c’est de leur assurer une formation qui fera d’eux de bons communistes, capables d’assurer la relève et de poursuivre le combat jusqu’au jour où le drapeau rouge frappé du marteau et de la faucille flottera au sommet de l’Acropole. À leurs yeux, même si la Guerre civile devait se solder par une défaite, celle-ci ne serait qu’une étape dans la marche vers la victoire.

  • 15 Tsekou Katerina, op. cit.; Riki Van Boeschoten, « Macedonian and Greek Refugee Children in Eastern (...)

9En 1949, lorsque la guerre est effectivement perdue, les cadres du KKE et les combattants de l’Armée démocratique doivent eux aussi prendre le chemin de l’exil, accompagnés de parents ou de personnes de tous âges, livrées à elles-mêmes, fuyant les exactions des forces gouvernementales. Environ 12 000 de ces réfugiés politiques, évacués à travers les pays voisins de la Grèce, sont dirigés vers Tachkent, capitale de l’Ouzbékistan soviétique. D’après un décompte du KKE effectué en 195015, les six républiques populaires de l’Europe centrale et orientale affiliées à Moscou en accueillent environ 45 000. La Yougoslavie, pour sa part, en mauvais termes avec le Komintern, contraint les partisans grecs installés à Bulkes, en Voïvodine, à évacuer les lieux, tout en continuant d’offrir l’hospitalité à des milliers d’individus venus de Grèce, principalement des Slavo-macédoniens.

  • 16 Katerina Tsekou, op. cit.
  • 17 Pierre George, « La population de la République hongroise. État et perspectives », Population, 6ème(...)
  • 18 Riki Van Boeschoten, « From ‘Janissaries’ to ‘Hooligans’: Greek and Macedonian Refugee Children in (...)

10Pour sa part, la Hongrie accueille, en 1950, 7 223 adultes, parmi lesquels figurent de nombreux combattants de l’Armée démocratique et un millier de membres du KKE16. Dès l’arrivée de ces réfugiés s’est posée la question des modalités de leur installation en territoire hongrois. À cet égard, deux projets antithétiques se font face. Pour Budapest, l’une des priorités est de remédier aux pertes humaines considérables de la Deuxième Guerre mondiale – plus de 600 000 âmes17 – et de relancer l’économie hongroise. Dans cette perspective, une dissémination de la main d’œuvre grecque à travers le pays, en fonction des besoins de production, paraissait souhaitable. Chemin faisant, il s’agissait aussi de circonvenir à la formation de ghettos grecs tout en facilitant, à terme, la magyarisation des réfugiés18. Telle était d’ailleurs la ligne suivie quelques mois auparavant vis-à-vis des enfants, les plus robustes d’entre eux ayant rapidement été répartis à travers diverses petites localités de la campagne hongroise.

11Les dirigeants du KKE, eux, et notamment le secrétaire général du Parti, Nikos Zachariadis, voient les choses autrement. De leur point de vue, les communistes rassemblés au sein de la IIIème Internationale formaient certes une grande famille, mais l’essentiel n’en était pas moins de conserver le contrôle politique sur leurs camarades, de garder vivante en eux la flamme patriotique et de les préparer à reprendre le combat en Grèce, dès que les circonstances le permettraient. En d’autres termes, il fallait éviter la dispersion des forces disponibles et développer parmi les réfugiés un esprit de corps puisant ses racines non seulement dans le communisme mais aussi dans un patrimoine culturel partagé.

  • 19 L’historien Ilios Yannakakis y voit un « État communiste » transnational. Cf. Ilios Yannakakis, Pet (...)

12C’est dans cet état d’esprit qu’allait être prise, au terme de négociations ardues avec les autorités hongroises, la décision d’installer une partie substantielle des nouveaux-venus dans un nombre limité de lieux d’hébergement, tous à Budapest. Le plus important, l’ancienne fabrique de tabac de Doháni-Gyár, était un imposant édifice de briques. Il abritait 2 500 personnes, essentiellement des ouvriers d’industrie, soit en dortoirs, soit dans des chambres réservées aux familles. À proximité, trois autres établissements étaient réservés à de jeunes ouvriers ou apprentis. Ces différents lieux fonctionnaient sous la surveillance d’un Comité grec de Hongrie, branche locale de l’Association de réfugiés politiques mise en place par le KKE pour « gérer » ses dizaines de milliers de réfugiés dispersés à travers un immense territoire allant de Tachkent à Prague et de Varsovie à Sofia19. Pendant plus de quinze ans, ils forment, au centre de Budapest, une sorte de petite Grèce, avant d’être progressivement abandonnés au profit de logements individuels.

13En 1951, une autre petite Grèce voit le jour, à l’initiative des autorités hongroises et du KKE, en pleine campagne hongroise, à mi-chemin entre la capitale et le lac de Balaton, sur un domaine ayant appartenu aux Sina, une grande famille de banquiers et entrepreneurs d’origine gréco-aroumaine. Dans un premier temps, la petite agglomération a été baptisée « Görögfalva », « village grec ». Elle s’appellera bientôt « Beloiannisz », du nom d’un dirigeant communiste grec, Nikos Beloyannis, condam Inscrits dans une diaspora traversée de frontières politiques et idéologiques se voulant hermétiques, à mort et exécuté en mars 1952. Constitué d’environ 350 maisons, une école, un jardin d’enfants et une épicerie, sans oublier la mairie et divers locaux communautaires, le village regroupe 1 700 réfugiés, la plupart d’origine rurale. Ceux-ci y cultivent leur terre mais ils s’y consacrent aussi à de petites entreprises de couture, tricot et tissages de tapis.

14Aussi bien à Beloiannisz qu’à Budapest, et même dans les régions où les réfugiés sont réduits à quelques familles isolées, il ne peut être question d’oublier la Grèce. Le KKE veille. Son action de sauvegarde du rapport à la terre natale, il l’exerce notamment à travers un petit réseau d’écoles qui, avec l’aval des autorités hongroises, fournissent un enseignement bilingue, voire trilingue. La langue, la littérature, l’histoire et la géographie sont enseignées en grec, et, dans les établissements où cela s’avère nécessaire, en slavo-macédonien. Le hongrois, lui, est réservé à toutes les autres matières. Pour ce qui concerne l’éducation en langue d’origine, le KKE a notamment mis en place un « Comité d’aide à l’enfance » (Επιτροπή Βοηθείας προς το Παιδί) chargé de superviser l’enseignement destiné à la jeunesse exilée. Sous la conduite du neurochirurgien Petros Kokallis, cette structure basée en Roumanie saura rassembler des talents littéraires comme Elli Alexiou, Alki Zei ou Giorgos Athanassiou, ainsi que de nombreux pédagogues, pour proposer à la génération en devenir des manuels scolaires, des magazines et une multitude de recueils de poèmes, de nouvelles et de romans ciblant différentes catégories d’âge. À partir de 1969, les mêmes missions seront confiées à un « Comité de coordination de l’éducation » (Συντονιστική Εκπαιδευτική Επιτροπή), lui aussi piloté depuis Bucarest par l’historien Giorgos Zoidès.

  • 20 Lefteris Xanthopoulos (réalisateur) & Giorgos Bramos (scénario), Καλή πατρίδα, σύντροφε, film, Athè (...)

15À côté de l’école, contribue aussi au maintien du lien avec la Grèce tout un arsenal de particularismes identitaires : cérémonies religieuses, recettes de cuisine, fêtes jalonnant le calendrier de l’Église ou celui du Parti, coquetteries vestimentaires, divers éléments de la culture immatérielle – dictons transmis de génération en génération, récits populaires, chansons… Nous disposons à cet égard du précieux témoignage du cinéaste Lefteris Xanthopoulos qui, en 1985, a filmé le petit monde de Beloiannisz20, avec ses soucis de la vie quotidienne, ses loisirs, ses fêtes, ses pratiques funéraires, sa singulière synthèse mêlant le souvenir épique de la montagne grecque aux routines de la plaine hongroise. Le film de Xanthopoulos vise à montrer que le désir de Grèce, dans les années 1980, est encore solidement ancré dans le cœur des rescapés de la guerre civile mais il donne aussi à voir que le processus d’intégration de ceux-ci à leur pays d’accueil est déjà bien avancé. Le fait est que la politique culturelle du KKE, fait d’un mélange d’idéologie communiste et de patriotisme grec, a eu pour pendant, du côté hongrois, une stratégie soutenue de magyarisation. Dès leur arrivée en Hongrie, les enfants réfugiés ont dû apprendre la langue locale, d’abord dans les centres d’accueil, puis à l’école. Par la suite, les autorités leur ont largement ouvert les portes des collèges, lycées, écoles professionnelles et universités. Au cours des différentes phases de leur parcours scolaires, ils ont pu s’initier à l’histoire et à la culture hongroise, puis s’approprier ce savoir. Diverses structures de socialisation – clubs sportifs, camps de vacances, activités parascolaires, etc. – ont contribué à nourrir leur sentiment d’appartenance à leur nouveau pays, sentiment qui n’a fait que se renforcer avec leur entrée dans la vie professionnelle.

  • 21 Riki Van Boeschoten dans Maria Nikolaeva Todorova, op. cit.
  • 22 Katerina Tsekou, op. cit.

16Tous les réfugiés n’ont pas réagi de la même manière au modèle hongrois de société. À leur arrivée, les plus jeunes, mais aussi leurs aînés, semblent avoir été fascinés par un environnement urbain qui leur semblait nettement plus prospère, policé et moderne que la Grèce du Nord qu’ils venaient de quitter21. Cependant, à l’usage, l’émerveillement, chez certains, n’allait pas tarder à céder la place à la déception. Dès le début des années 1950, un millier de personnes, principalement des hommes âgés, des femmes et des enfants, vont solliciter leur rapatriement auprès de la Croix-Rouge internationale. Par la suite, l’hémorragie se poursuivra, variable selon les périodes. S’il faut en croire un tableau statistique de 1975, il ne restait plus à cette époque que 4 200 réfugiés grecs en Hongrie, beaucoup moins, par exemple, qu’en Tchécoslovaquie où ils étaient encore plus de 12 00022. En 2001, l’organisme hongrois de statistique attribuera à la minorité nationale grecque un effectif global de 2 506 personnes, et de 3 916 en 2011.

17Ces chiffres peuvent sembler maigres. Mais, sur la durée, presque trois-quarts de siècle, ils font apparaître une déperdition relativement modérée. D’autre part, un regard d’ensemble sur cette communauté en donne l’image d’une population parfaitement adaptée à la société hongroise, affichant sans complexe sa double appartenance culturelle et fière des nombreuses figures du monde des arts, de la vie politique et de l’université dont elle peut se prévaloir. Dimitris Hatzis est l’une de ces figures, emblématique et caractéristique.

Dimitris Hatzis, un intellectuel grec à la croisée des deux Europe

18Assurément, Dimitris Hatzis n’est pas un réfugié parmi des milliers d’autres. Son cas n’est pas celui d’un individu anonyme, occupé à gagner durement sa vie entre soucis du quotidien et journées harassantes à l’usine. Certes, comme la plupart de ses compagnons d’exil, il a dû lui aussi se contenter de peu. Cela ne l’a pas empêché de sortir du rang, s’imposant par sa stature intellectuelle et un indéniable talent d’écrivain. Paradoxalement, cette figure singulière n’en est pas moins assez représentative de la manière dont ses compatriotes vivent, en Hongrie, le rapport à l’Autre. Comme la plupart d’entre eux, il porte en lui sa terre natale, ses paysages, son petit monde, ses combats de tous les jours. Comme eux, aussi, il fait de son mieux pour se fondre dans la société hongroise, apprenant la langue du pays et s’appropriant ses codes culturels et sociaux. Comme eux, enfin, il croit à la fraternité communiste et entend participer à la construction d’un monde meilleur.

19À son arrivée à Budapest, Dimitris Hatzis a trente-six ans. Il est né à Ioannina, la capitale de l’Épire, en 1913. Auprès de son père, éditeur d’une feuille locale, l’Ipiros, il s’est formé au métier de journaliste, développant une certaine facilité d’écriture. À la mort de son père, en 1930, il n’a que dix-sept ans mais en sait assez pour assurer la relève à la tête du journal, tout en poursuivant ses études secondaires. Quelques années plus tard, il rejoint le Parti communiste grec, se fait arrêter, connaît la torture et l’internement à Folégandros, une des îles des Cyclades. C’est le début d’un parcours d’activiste politique qui va le conduire, au moment de la Guerre civile, à s’enrôler dans les rangs de l’Armée démocratique et à s’investir dans la presse du parti. Parallèlement, il publie en 1948 son premier roman, Φωτιά [Le Feu], regroupant, autour d’une même trame narrative, trois chapitres consacrés à la lutte contre l’occupant durant la Deuxième Guerre mondiale. Durant ces mêmes mois, il apprend la capture de son frère, Angelos, sa condamnation à mort et son exécution.

20Tel est le bagage de l’homme qui arrive à Budapest en 1949. Il n’y restera pas longtemps. Sa familiarité avec le métier de journaliste n’a pas échappé à l’attention du KKE. La décision est prise de l’envoyer à Bucarest où ont été regroupés les principaux outils de propagande du parti : la radio Ελεύθερη Ελλάδα [Grèce libre] et un quotidien du même nom. Cependant, la capitale roumaine ne lui réussit pas. Il y souffre de solitude et, surtout, il s’y heurte à une certaine méfiance car il lui arrive d’être en désaccord avec la ligne du parti.

  • 23 T. Hádzisz & J. Lambrinosz, Görögország hősei, Budapest, éd. Szikra, 1949.

21Autorisé à rejoindre la capitale hongroise au milieu de l’année 1950, il s’y plait d’autant plus qu’il y a rencontré celle qu’il épousera quelques années plus tard, Erzsébet Vitko, une jeune femme de bonne famille. Par ailleurs, c’est à Budapest qu’il s’est déjà fait remarquer à travers une traduction hongroise d’un de ses récits, Mourgana, relatant les combats de 1947 entre partisans du KKE et forces anglo-américaines dans les montagnes du nord-ouest de la Grèce23. Ce texte est paru pour la première fois en 1948 dans le journal Φωνή του Μπούλκες [Voix de Bulkes]. La même année, Melpo Axioti en a donné une traduction française.

22À Budapest, Hatzis va continuer à consacrer l’essentiel de son temps à des activités de propagande. Il participe à la confection des émissions en langue grecque de la radio hongroise. Il est aussi l’un des principaux rédacteurs de l’organe local du KKE, le Λαϊκός Αγώνας [Lutte populaire] publié en grec et slavo-macédonien. Véritable polygraphe, il traite ici aussi bien de l’actualité grecque et hongroise que de sujets divers relatifs à la vie des communautés de réfugiés. Il lui arrive de participer à des suppléments destinés à la jeunesse. Cependant, il s’emploie parallèlement à ne pas se laisser enfermer dans le journalisme de propagande et à diversifier ses centres d’intérêts. C’est ainsi que va se dessiner une orientation universitaire qui va le conduire, en l’espace d’une douzaine d’années, à un doctorat en histoire et philologie byzantines, assorti d’un recrutement à l’université de Budapest aux côtés du professeur Gyula Moravcsik.

23Avant d’en arriver là, toutefois, il doit faire face à bien des amertumes. Et tout d’abord, prendre acte, en 1951, de sa condamnation à mort, en Grèce, pour désertion et sympathies pro-bulgares, peine assortie d’une déchéance de la nationalité grecque. Mais ce qui le touche plus encore, à la même époque, c’est la détérioration croissante de ses relations avec le KKE. En ce milieu du XXe siècle, les purges ne frappent pas seulement l’URSS de Staline. Elles concernent l’ensemble des partis frères. Le KKE de Nikos Zachariadis n’échappe pas à la règle. En 1952, on fait savoir à Hatzis que son exclusion du parti est une affaire de jours. Celui-ci préfère prendre les devants et démissionner, perdant dans la foulée ses emplois au Λαϊκός Αγώνας et à la section grecque de la radio hongroise. Singulièrement, pourtant, le KKE continuera de faire appel à ses services de propagandiste, mais à titre de collaborateur ponctuel.

  • 24 Ilios Yannakakis, Petite histoire des Grecs dans la Tchécoslovaquie communiste (1), émission radiop (...)

24À l’exception de quelques amis proches, bien peu de voix s’élèvent pour le défendre. Il est vrai que Hatzis se distingue par son manque de docilité. Les communistes grecs de Hongrie, comme ceux des autres républiques populaires détestent faire des vagues. À l’instar du secrétaire général du KKE, ils suivent la ligne du Parti communiste soviétique et se rangent systématiquement du côté de la stricte orthodoxie24. Hatzis, lui, voit le monde changer, peut-être parce qu’il a accès à l’information à travers son métier de journaliste, et se permet de défier l’ordre établi en remettant en question les idées reçues. Il le fait notamment en 1954 lorsqu’il s’agit pour lui de donner son avis sur un projet de manuel d’histoire élaboré à la demande de la direction du KKE. Rien de bien nouveau dans ledit projet. Celui-ci reprend à son compte la plupart des conceptions de l’historiographie grecque traditionnelle en y ajoutant une section sur l’émergence du mouvement ouvrier et du socialisme en Grèce, culminant sur l’histoire du Parti communiste grec. Hatzis ose le sacrilège en s’en prenant à la première partie de l’ouvrage, consacrée aux origines de la nation grecque. Il critique en particulier la théorie de la « continuité » selon laquelle l’Empire byzantin aurait formé l’un des maillons d’un parcours historique ininterrompu reliant l’Antiquité à l’époque contemporaine, idée développée dans les années 1860 par Konstantínos Paparrigópoulos, dans une monumentale Histoire de la Nation hellène. Face à cette théorie, il soutient que Byzance avait été, au contraire, un moment de rupture, admettant seulement un certain ancrage de la Grèce moderne dans la culture antique. Cette vision de l’histoire nationale, développée dans un article paru en août 1954 dans le Νέος Κόσμος [Le Nouveau Monde], l’un des principaux organes du KKE, ne devait pas manquer de faire scandale, tant la théorie de la continuité était liée dans l’esprit commun, y compris parmi les dirigeants du KKE, à l’idée d’une Grande Grèce, héritière de l’Empire byzantin. Une fois de plus, c’est l’occasion, pour Hatzis, de constater qu’il n’est pas sur la même longueur d’ondes que ses camarades.

  • 25 Riki Van Boeschoten dans Maria Nikolaeva Todorova, op. cit.
  • 26 Andrea Ibolya Mayer, Ein griechischer Gelehrter im Exil: Dimitris Chatzis in Ungarn, Vienne, Univer (...)

25Le débat sur la continuité et la discontinuité est tendu. Et il est symptomatique du fossé en train de se creuser, depuis la mort de Staline, entre les communistes favorables au maintien d’une ligne autoritaire et les couches sociales de plus en plus fournies, à travers le bloc de l’Est, aspirant à une dose d’émancipation. L’époque est au changement. Hatzis l’a proclamé dans un recueil de nouvelles, Το τέλος της μικρής μας πόλης [La Fin de notre petite ville], son chef d’œuvre, paru à Bucarest en 1953. Le livre concerne le microcosme de sa ville natale, Ioannina. Mais c’est toute l’Europe qui est en train de changer. Le rock’n roll a déjà traversé l’Atlantique. À peine construit, le rideau de fer contribue à un désir d’ailleurs. Les jeunes rêvent de liberté individuelle et de confort25. C’est dans ce contexte que le propagandiste du KKE s’abandonne, à l’automne 1956, au vent de l’insurrection de Budapest, soutenant – avec prudence – les étudiants en révolte, la restauration d’une vie politique pluraliste et la mise en place d’un gouvernement de coalition sous la conduite d’Imre Nagy. Mais, pour ne pas changer, il est à nouveau en décalage avec le positionnement des réfugiés. Ceux-ci se contentent de vivre les événements en spectateurs. Début novembre, ils accueillent à bras ouverts les chars soviétiques, fermant les yeux sur la répression sanglante des contestataires, ce qui ne manque pas, à Dunaújváros, de leur valoir l’inimitié de leurs voisins hongrois26.

  • 27 Nikos Goulandris, 491 Δελτία (1930-1975) Για Τον Δημήτρη Χατζή [491 fiches relatives à Dimitris Hat (...)

26Devant la tournure des événements, Hatzis fait comme beaucoup d’autres. Il prend le large. Début janvier 1957, on le voit solliciter, avec le soutien de Gyula Moravcsik, un poste de chercheur à l’Institut d’études gréco-romaines de l’Académie des Sciences de Berlin-Est. Reçu, il s’empresse de déménager, accompagné de son épouse. S’ouvre pour lui une période de six années discrètes, consacrées à la préparation d’un doctorat en byzantinologie entrepris sous la direction du Professeur Johannes Irmscher, à ses obligations vis-à-vis de l’Institut et à son œuvre littéraire. Il est tellement réservé que la Stasi s’en inquiète, le suit pas à pas, examinant probablement les rapports d’Irmscher, un de ses informateurs27. C’est tout juste si on peut lui reprocher de s’être rendu une ou deux fois à Berlin-Ouest sans en avoir sollicité au préalable la permission.

27Ces années berlinoises, aussi surveillées soient-elles, n’en constituent pas moins une période de relative ouverture au monde. L’université est une grande famille, en dépit des frontières derrière lesquelles les pays des deux blocs se sont barricadés. Aussi, de part et d’autre du rideau de fer, l’Europe des Arts et des lettres communique. Le carnet d’adresses de Hatzis ne cesse de s’élargir. En dépit des purges, bon nombre de camarades de la première heure y figurent encore. À ce noyau initial se sont ajoutés des collègues, des étudiants, des personnalités politiques ainsi que de nombreuses figures de la littérature européenne et du monde de l’édition. Dans ces mêmes années, alors que la RDA vient de se doter d’un mur quasi-infranchissable, l’universitaire et écrivain dont la retenue déroute tant la Stasi s’emploie, à sa manière, au rapprochement des peuples et des cultures.

28Tel est l’objectif qu’il poursuit, en particulier, avec la publication de traductions d’œuvres représentatives de la poésie et de la prose grecque contemporaines. Une première anthologie, réalisée en collaboration avec Melpo Axioti, paraît à Berlin en 1961, sous le titre accrocheur d’Antigone Lebt [Antigone vit]. À partir de 1962, plusieurs autres recueils du même type verront le jour, mais à Budapest et en hongrois. À travers ces traductions, il s’agit pour Hatzis de contribuer non seulement au dialogue des littératures, mais aussi, dans une vision universaliste, à l’apaisement de la confrontation entre les différents modèles de société.

  • 28 Giorgos Vrazitoulis, « Στα ίχνη του Δημήτρη Χατζή στο (ανατολικό) Βερολίνο (1957 - 1963) » [Sur les (...)
  • 29 Nikos Goulandris, 491 Δελτία, op. cit., p. 328.
  • 30 Ibid., p. 333.

29Les premiers signes de l’apaisement espéré se manifestent au milieu des années 1960, à la faveur d’une certaine détente entre les deux blocs. En ce qui concerne Hatzis, de même, les perspectives se sont nettement améliorées. De retour à Budapest, muni d’une attestation valant doctorat28, il s’est vu offrir un poste à l’université. Ici, avec quelques-uns de ses collègues, il met toute son énergie à la création d’un centre d’études néo-helléniques. Grâce à lui, les Hongrois se familiarisent avec les grandes figures de la littérature grecque contemporaine : Kazantzakis, Cavafys, Varnalis, Rítsos, Seféris… Dans le même temps, il poursuit son œuvre littéraire, travaillant notamment à un nouveau roman, Το διπλό βιβλίο [Le Livre double], nourri en partie de sa propre expérience du monde ouvrier en Hongrie et en Allemagne. Pour autant, son désir d’une vie plus libre, ouverte sur de nouveaux horizons, ne l’a pas quitté. Comme beaucoup d’autres intellectuels grecs de gauche, il se ressource dans l’esprit de mai 68. Il fait évidemment partie de ceux qui ont rejoint, dès sa création en 1968, le Parti communiste grec de l’Intérieur, issu d’une scission avec le KKE et proche des eurocommunistes italiens29. Pendant quelques années, il rêve de Paris, se portant même candidat à un poste de grec moderne à l’École Nationale des Langues Orientales30. Il renonce au projet lorsqu’il lui est suggéré de solliciter l’asile politique en France.

  • 31 Ibid., p. 345.

30Il y renonce d’autant plus facilement que l’heure est au décloisonnement de l’Europe et qu’il lui est désormais assez facile de franchir le rideau de fer. C’est ainsi, par exemple, qu’on le voit participer, en septembre 1973, à une session de cours d’été à l’université de Genève31. Cependant, à soixante ans passés, comme beaucoup de ses compatriotes de la diaspora, il est déjà, mentalement, sur le chemin du retour.

  • 32 Odette Varon-Vassard, « Dimitris Hadzis : une réception difficile », Paris, communication présentée (...)

31En 1974, à la chute des Colonels, le gouvernement de Constantin Caramanlis joue la carte de la réconciliation nationale. Le KKE est légalisé. Hatzis fait partie des premiers réfugiés de la guerre civile à solliciter sa réintégration dans la nationalité grecque et l’autorisation de rentrer au pays. Il lui reste six années à vivre. Six années de travail intense : activités d’enseignement, conférences, publications… En 1980, peu de temps avant sa mort, il lance un nouveau périodique littéraire, Το Πρíσμα [Le prisme], consacré à la promotion des littératures étrangères. Il a retrouvé sa vocation de passeur, entouré d’une équipe d’amis qui alimentent la revue en traductions de poèmes, de nouvelles et de textes théoriques. L’éditorial du premier numéro a des allures de manifeste : « notre revue vise à s’opposer au concept néfaste de notre singularité ; (…) nous défendons l’idée que nous ne sommes pas seuls sur terre, ou uniques, autonomes et autosuffisants ; nous faisons partie d’un monde (…) avec lequel nous partageons les mêmes problèmes32… ».

Les circulations intellectuelles et artistiques au défi des retranchements nationaux

32Avec ce texte-testament, Hatzis appelle au brassage des cultures, y voyant un antidote contre les nationalismes dont l’Europe a tant souffert. Dans cette optique, il attribue un rôle de premier plan aux traductions d’œuvres littéraires et philosophiques. Et on retrouve sous sa plume une foi inébranlable dans le dialogue entre les peuples.

33Il reste à se demander dans quelle mesure cette vision optimiste des circulations culturelles cadre avec l’expérience hongroise des réfugiés de la guerre civile grecque. À cet égard, force est de reconnaître que l’image d’ensemble offre un profil composite.

  • 33 Riki Van Boeschoten dans Maria Nikolaeva Todorova, op. cit.

34Il convient tout d’abord de rappeler qu’à l’arrivée des réfugiés en Hongrie, la direction du KKE a tout fait pour empêcher leur dispersion à travers le territoire hongrois, préférant les rassembler au sein de communautés solidement structurées et soumises à la surveillance attentive du parti, comme le village de Beloiannisz ou la « petite Grèce » de Doháni-Gyár à Budapest. L’objectif est clairement affiché : éviter la déculturation des colonies d’anciens combattants, sauvegarder leur patrimoine linguistique et leurs coutumes, qu’il s’agisse aussi bien d’Hellénophones que de Slavo-Macédoniens, dans la perspective d’un retour prochain au pays en vue d’y reprendre le combat tant sur le terrain politique que militaire. Cependant, malgré les mesures de confinement prises par le KKE, comment éviter la progressive magyarisation d’une population de quelques milliers d’individus, en contact permanent avec la culture dominante à l’école, à l’usine, dans la rue ? Comme l’a noté Riki van Boeshoten33, en s’appuyant sur une enquête de terrain conduite au tournant du siècle, il semble que bon nombre de réfugiés, et surtout les plus jeunes, n’aient pas hésité à prendre leurs distances par rapport à la vie communautaire à laquelle les destinait le KKE, optant pour une stratégie d’intégration considérée comme propice à leur promotion sociale.

  • 34 Nóra Teller, « Local Self-government and Ethnic Minorities in Hungary », dans National Minorities i (...)

35Il n’en demeure pas moins que les « Grecs » de Hongrie ont réussi, dans une certaine mesure, à tenir le pari identitaire négocié en leur nom par les dirigeants du KKE. Dans les années 1990, les autorités hongroises confèrent même à leur communauté, en même temps qu’à douze autres entités ethniques, un statut de « minorité nationale ». Désormais, ils peuvent se prévaloir d’avoir leur « gouvernement autonome », assorti de plusieurs commissions ayant chacune à gérer un des domaines confiés à la gestion communautaire : les écoles, les finances et investissements, la culture, les sports, les publications. La loi de 1993 instituant les minorités ethniques et nationales de Hongrie reconnaît même à celles-ci, sous certaines conditions, un droit à l’autonomie territoriale, un droit que les Grecs ne sont pas en mesure de revendiquer, car trop peu nombreux et représentant bien plus une curiosité du folklore local qu’un foyer de dissémination culturelle34.

36La Hongrie n’en a pas moins établi, à travers la mémoire de la diaspora, une relation privilégiée avec le monde grec. Celle-ci s’appuie sur le travail d’une dizaine d’associations. Elle doit aussi beaucoup à diverses figures de l’élite hongroise qui, fières de leur origine grecque, multiplient les actions visant à donner du corps à la présence culturelle de la Grèce dans le pays : recherches historiques, concerts, expositions, spectacles folkloriques, organisation de festivals, etc. Un des apports les plus emblématiques est celui du professeur Archimédesz Szidiropulosz, auteur de nombreux travaux relatifs à la minorité grecque. Unanimement reconnue, sa compétence en la matière lui a valu, en 2015, d’être porté à la direction d’un institut de recherche sur les Grecs de Hongrie rattaché au « gouvernement autonome » de la communauté. Dans un autre registre, il convient de mentionner les apparitions fréquentes, sur les scènes du pays, de musiciens hongrois nés de parents grecs. Dès ses premiers concerts en 1989, Sarantis Mantzourakis s’est signalé comme un des meilleurs spécialistes des instruments populaires grecs. Virtuose du bouzouki, il joue aussi du baglama. Dans le domaine musical encore, le « Görök Ensemble » [l’Ensemble grec] a su mettre en valeur le patrimoine grec, en soulignant les liens profonds que celui-ci entretient avec les autres traditions musicales de l’Europe centrale et du sud-est européen. Naturellement, le culture grecque, en Hongrie, c’est aussi un ensemble de grands auteurs – Kazantakis, Seferis, Elýtis, Roidis ou Mirivilis –, facilement accessibles grâce à la traduction. À cet égard, Hatzis a joué un rôle pionnier.

  • 35 Giorgos Vrazitoulis, « Στη Βουδαπέστη του Δημήτρη Χατζή » [La Budapest de Dimitris Hatzis], Ηπειρωτ (...)

37Enfin, il convient de mettre l’accent sur le rôle de l’université. Vers le milieu du XXe siècle, dans bien des villes d’Europe, l’accès à la culture néohellénique passait presque toujours par les chaires de grec ancien ou celles de byzantinologie. À Budapest, Hatzis, encore lui, innove en introduisant, avec la complicité du professeur Gyula Moravscik, les études grecques modernes en marge du domaine byzantin. Il s’y était préparé en traitant dans sa thèse d’un thème relatif à la période de transition entre Byzance et l’Empire turc. La petite structure qu’il dirige est bien accueillie. Des photographies le montrent entouré d’étudiants qui semblent l’admirer35. À son départ, le projet est maintenu. Aujourd’hui encore, il existe à l’Université Eötvös Lorand de Budapest, une formation en « grec moderne » et « grec ethnique ».

  • 36 Andrea Ibolya Mayer, op. cit.

38On observera que la richesse du dispositif mis en œuvre par les Grecs de Hongrie pour témoigner de leur(s) culture(s) d’origine, autant à l’intérieur du cadre communautaire qu’à l’extérieur de celui-ci, résulte pour beaucoup, paradoxalement, de la stratégie d’isolement national suivie par les dirigeants du KKE dans les années 1950. Celle-ci avait été si poussée qu’une partie de l’opinion, à Budapest et ailleurs, en était venue à considérer les Grecs comme un corps incompatible avec les aspirations de la société hongroise. « Griechische Kommunisten Raus ! » pouvait-on lire sur les murs de Budapest en 195636. Sans cette insistance portée sur la conservation de la langue, du folklore, des mœurs et coutumes, la présence grecque aurait probablement été réduite, dans la Hongrie d’aujourd’hui, à un très petit nombre d’individus. Il reste à souligner que la politique de ghettoïsation à laquelle ont été soumis les réfugiés de la Guerre civile n’explique pas seule la relative visibilité dont continue de bénéficier le patrimoine culturel grec. A également pesé dans la balance, à travers l’ensemble du monde communiste, la mise en exergue de la fraternisation des cultures, consubstantielle à l’internationalisme prolétarien. Spectacles folkloriques, festivals de théâtre, projections cinématographiques, colloques universitaires, traductions d’œuvres littéraires… : autant d’outils incontournables du combat pour la construction d’un monde solidaire.

39Ce dialogue gréco-hongrois s’est par ailleurs également manifesté par une présence hongroise en Grèce. Il y a eu, et il continue d’y avoir, réciprocité culturelle. L’installation durable, en Hongrie, d’Hellénophones et de Slavo-macédoniens, a suscité un certain intérêt pour un pays que les Grecs, à vrai dire, connaissaient déjà. Avec le retour au pays des réfugiés de la guerre civile, dans le sillage de la chute des Colonels, cette familiarité ancienne entre la Grèce et la Hongrie a pu refaire surface. Émergent ainsi de temps en temps, dans les deux pays, à la faveur de manifestations ou de publications, les traces de liens qui furent forts, et d’un dialogue dirigé avec virtuosité par les intellectuels et artistes communistes pendant toute la deuxième moitié du XXe siècle. Traces, surtout, de circulations culturelles entre les Europe. Et entre différentes conceptions de l’Europe.

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Notes

1 Asa Briggs & Patricia Clavin, Modern Europe, 1789-Present, London & New York, Routledge, 2003, p. 306 et suivantes, 342 et suivantes.

2 Certains auteurs en dénombrent 130 000.

3 [Ran] Nazım Hikmet, C’est un dur métier que l’exil, Paris, Éditeurs Français Réunis, 1957 [traduction de Charles Dobzynski].

4 Athènes, éd. Gnosi, 1991.

5 Athènes, éd. Mavri lista, 2001.

6 Athènes, éd. Tipofito, 2006.

7 Katerina Tsekou, The Greek Refugees in Eastern Europe. 1945-1989, Szcezecin, Polish- Greek Seminar, 2013, 20 pages. http://repository.edulll.gr/edulll/bitstream/10795/3482/3/3482_01_3.5.1.%20%ce%a4%cf%83%ce%ad%ce%ba%ce%bf%cf%85.pdf

8 Chiffres variables selon les sources. Par exemple, dans Loring Danforth et Riki Van Boeschoten, Children of the Greek Civil War. Refugees and the Politics of Memory. Chicago, University of Chicago Press, 2012.

9 Katerina Tsekou, Έλληνες Πολιτικοί Πρόσφυγες Στην Ανατολική Ευρώπη 1949-1989 [Les réfugiés politiques grecs en Europe de l’Est. 1949-1989], Athènes, Alexandria, 2013.

10 D’après une statistique de 1950. Katerina Tsekou, The Greek Refugees, op. cit.

11 Katerina Tsekou, The Greek Refugees, op. cit.

12 Georgios Limantzakis, « Refugees of the Greek Civil War in Yugoslav Macedonia and the Contribution of ‘Aegean Macedonians’ in its Nation Building Project », dans Balkan Crossroads. Historical Dialogue between Scholars in Southeast Europe, Athènes, Université Panteion, 2017, p. 104-115.

13 Loring Danforth et Riki Van Boeschoten, op. cit., p. 44.

14 Ibid., p. 85 et suivantes.

15 Tsekou Katerina, op. cit.; Riki Van Boeschoten, « Macedonian and Greek Refugee Children in Eastern Europe: Language, Politics and Identities », EthnoAnthropoZoom/ЕтноАнтропоЗум, Vol. 18-19, 2019, p. 9-55.

16 Katerina Tsekou, op. cit.

17 Pierre George, « La population de la République hongroise. État et perspectives », Population, 6ème année, n° 4, 1951, p. 625-634, p. 628.

18 Riki Van Boeschoten, « From ‘Janissaries’ to ‘Hooligans’: Greek and Macedonian Refugee Children in Communist Hungary », dans Maria Nikolaeva Todorova (ed.), Remembering Communism: genres of representation, New York, Social Science Research Council, 2010, p. 155-186.

19 L’historien Ilios Yannakakis y voit un « État communiste » transnational. Cf. Ilios Yannakakis, Petite histoire des Grecs dans la Tchécoslovaquie communiste (1), émission radiophonique, Radio Prague International, 1er mai 2006 [durée de l’audio : 17 :06]. https://francais.radio.cz/petite-histoire-des-grecs-dans-la-tchecoslovaquie-communiste-entretien-avec-8620380

20 Lefteris Xanthopoulos (réalisateur) & Giorgos Bramos (scénario), Καλή πατρίδα, σύντροφε, film, Athènes, Centre National du Film, 1986, 85 minutes. https://www.youtube.com/watch?v=tELYHSaVbP4

21 Riki Van Boeschoten dans Maria Nikolaeva Todorova, op. cit.

22 Katerina Tsekou, op. cit.

23 T. Hádzisz & J. Lambrinosz, Görögország hősei, Budapest, éd. Szikra, 1949.

24 Ilios Yannakakis, Petite histoire des Grecs dans la Tchécoslovaquie communiste (1), émission radiophonique, Radio Prague International, 1er mai 2006 [durée de l’audio : 17 :06. https://francais.radio.cz/petite-histoire-des-grecs-dans-la-tchecoslovaquie-communiste-entretien-avec-8620380

Ilios Yannakakis, Petite histoire des Grecs dans la Tchécoslovaquie communiste (2), émission radiophonique, Radio Prague International, 8 mai 2006 [durée de l’audio : 15 :43]. https://francais.radio.cz/petite-histoire-des-grecs-dans-la-tchecoslovaquie-communiste-entretien-avec-8620205

25 Riki Van Boeschoten dans Maria Nikolaeva Todorova, op. cit.

26 Andrea Ibolya Mayer, Ein griechischer Gelehrter im Exil: Dimitris Chatzis in Ungarn, Vienne, Université de Vienne, 2010 [mémoire de master]. https://services.phaidra.univie.ac.at/api/object/o:1270186/get

27 Nikos Goulandris, 491 Δελτία (1930-1975) Για Τον Δημήτρη Χατζή [491 fiches relatives à Dimitris Hatzis. 1930-1975], Athènes, éd. Mavri lista, 2001.

28 Giorgos Vrazitoulis, « Στα ίχνη του Δημήτρη Χατζή στο (ανατολικό) Βερολίνο (1957 - 1963) » [Sur les traces de Dimitris Hatzis à Berlin-Est (1957-1963)], Εξάντας (Berlin), décembre 2009.

29 Nikos Goulandris, 491 Δελτία, op. cit., p. 328.

30 Ibid., p. 333.

31 Ibid., p. 345.

32 Odette Varon-Vassard, « Dimitris Hadzis : une réception difficile », Paris, communication présentée au colloque de la section de grec de l’INALCO, 2008, texte inédit.

33 Riki Van Boeschoten dans Maria Nikolaeva Todorova, op. cit.

34 Nóra Teller, « Local Self-government and Ethnic Minorities in Hungary », dans National Minorities in South-East Europe: Legal and Social Status at Local Level, Zagreb, Friedrich Ebert Stiftung, 2002, p. 71-83.

35 Giorgos Vrazitoulis, « Στη Βουδαπέστη του Δημήτρη Χατζή » [La Budapest de Dimitris Hatzis], Ηπειρωτικός Αγών, 11 novembre 2018. https://www.agon.gr/istories/4708/sti-voydapesti-toy-dimitri-chatzi/

36 Andrea Ibolya Mayer, op. cit.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Thomas Dumont, « Les réfugiés politiques grecs en Hongrie après la Seconde Guerre mondiale à la croisée des cultures et des appartenances identitaires. Le cas de Dimitris Hatzis »Revue d’histoire culturelle [En ligne], 7 | 2023, mis en ligne le 15 décembre 2023, consulté le 24 avril 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rhc/7178 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/rhc.7178

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Auteur

Thomas Dumont

Thomas Dumont prépare sa thèse de doctorat à l’Institut européen de Florence sous la direction de Giancarlo Casale (et sous la direction de Pascale Laborier ; Université Paris Nanterre). Il travaille sur l’exil d’artistes grecs et turcs à Paris de 1960 à 1989 et sur la vision de l’Europe de ceux-ci. Son approche s’inscrit dans celle de l’histoire culturelle des représentations. Courriel : thomas.dumont@eui.eu

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