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Atelier de la recherche

Les guides des plaisirs de Paris : retrouver les traces du temps (1867-1949)

Guides to the pleasures of Paris: rediscovering the traces of time (1867-1949)
Eva Muller

Résumés

Les guides des plaisirs de Paris sont des sources très riches qui permettent d’entrer dans les coulisses de la fabrique de l’imaginaire de « Paris, ville des plaisirs ». Nombreux à être parus entre 1867 et 1949, réédités pour certains au fil des années, ils permettent de suivre les transformations urbaines et culturelles de la capitale et plus généralement des modes de vie. Toutefois, un constat s’impose : tous, quelle que soit leur date de parution, se ressemblent dans leur fond comme leur forme. La question du temps se pose alors : comment expliquer cette apparente immobilité et comment la surmonter pour retrouver les traces du temps ?

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Texte intégral

  • 1 Par exemple, Ernest Kolb dans les années 1880 (Camille Debans, Les Plaisirs et les curiosités de Pa (...)
  • 2 M. Guerrin (Paris intime et mystérieux, guide des plaisirs mondains et des plaisirs secrets à Paris(...)
  • 3 Guide des plaisirs à Paris, Paris le jour, Paris la nuit, Comment on s’amuse, Où l’on s’amuse, Ce q (...)

1L’avènement du chemin de fer au milieu du XIXe siècle voit advenir l’émergence du marché des guides, créés pour répondre aux besoins de touristes de plus en plus nombreux. Paris attire, notamment des « oisifs » et bourgeois venus seuls, le temps de quelques jours, pour voyage d’affaires ou agrément. Dès lors, les guides se multiplient afin de leur servir d’outil dans une ville méconnue, en particulier lors des Expositions universelles. Le marché des guides touristiques est investi par des hommes issus de milieux divers (notamment des éditeurs spécialisés dans les romans dits « légers »1 mais aussi des entrepreneurs ayant fait des plaisirs en tout genre leur fonds de commerce2), désireux d’accroître leur public. C’est à l’occasion de l’Exposition universelle de 1867 que le premier guide des plaisirs parisiens est publié. Les suivants paraissent en 1889 et 1900, puis régulièrement jusqu’à la disparition du genre à la fin des années 1940. La nature et la visée des guides des plaisirs restent identiques à celles des guides traditionnels : il s’agit d’accompagner le visiteur dans une ville méconnue en lui prodiguant des conseils dans un objet pratique, adapté à ses besoins. Le format de poche est donc privilégié et les guides des plaisirs conservent la dimension utilitaire propre aux guides de voyage. Les « renseignements nécessaires » ou « pratiques », placés en début ou fin d’ouvrage, constituent au moins un dixième des guides des plaisirs étudiés, tandis que des tables de matière et index sont proposés pour permettre au lecteur de se repérer dans des ouvrages organisés de manière thématique et topographique. Néanmoins, les descriptions des lieux à visiter se font plus longues, emplies d’évocation aux cinq sens et l’exhaustivité n’est plus un objectif à atteindre. Les célèbres monuments, musées et églises sont laissés de côté afin de laisser place aux restaurants, théâtres et music-halls. L’ambition est claire : conduire l’étranger uniquement « là où on ne s’ennuie pas, où l’on vit joyeux3 ! », soit dans tous les lieux susceptibles de le divertir et de lui procurer un plaisir sensuel plutôt qu’intellectuel.

  • 4 Gilles Chabaud et al., Les Guides imprimés du XVIe au XXe siècle. Villes, paysages, voyages, Paris, (...)
  • 5 Frédéric Moret, « Images de Paris Dans Les Guides Touristiques en 1900 », Le Mouvement Social, n° 1 (...)
  • 6 Claire Hancock, Paris et Londres au XIXe siècle. Représentations dans les guides et récits de voyag (...)
  • 7 Évelyne Cohen, « Paris et le monde », Paris dans l’imaginaire national de l’entre-deux guerres, Par (...)
  • 8 Hélène Morlier, Les Guides Joanne (1841-1919) : généalogie, hégémonie et renaissance d’une collecti (...)
  • 9 Damien Petermann, L’Image de Lyon d’après les guides de voyage aux XIXe et XXe siècles, une étonnan (...)
  • 10 Le Guide des plaisirs à Paris de 1920 est par exemple utilisé par Évelyne Cohen pour « dresser la l (...)
  • 11 Pierre-Yves Saunier, « Le guide touristique, un outil pour une possible histoire de l’espace : auto (...)
  • 12 Dominique Kalifa, Les Bas-fonds. Histoire d’un imaginaire, Paris, Seuil, 2013.

2Les guides des plaisirs cristallisent ainsi l’imaginaire de « Paris, ville des plaisirs » et constituent de formidables sources pour l’histoire des représentations et du tourisme. La question de la relation des guides imprimés avec l’espace, lu et créé, a été posée en France dès la fin des années 19904 et ceux-ci ont été utilisés, notamment par Frédéric Moret5, Claire Hancock6 et Évelyne Cohen7, pour accéder aux représentations de Paris. Toutefois, cette impulsion a été très largement dominée par l’étude des grandes collections de guides touristiques. Aujourd’hui encore, les thèses récentes prennent celles-ci pour objet (Hélène Morlier8, Damien Petermann9). Les guides des plaisirs, édités en marge de ces collections, ont en revanche été délaissés ou cités en tant qu’outils pratiques, au même titre que les guides touristiques traditionnels10. Pourtant, ils permettent d’affiner le regard porté sur ces sources. Ainsi, le guide ne perd pas toujours, au XIXe siècle, « ses derniers aspects littéraires » pour « adopter une forme purement utilitaire11 ». Les guides des plaisirs, qui appartiennent au genre des guides touristiques, conservent une forme hybride jusqu’à la fin des années 1940. À mi-chemin entre outils pratiques et récits, ils rendent visible les mécanismes de la construction de l’image de la ville grâce à de longues descriptions justifiant les choix opérés par l’auteur. Une histoire des représentations mettant l’accent sur la production de l’imaginaire, dans la lignée de Dominique Kalifa12, est alors possible.

3Le corpus étudié se constitue de vingt-neuf guides des plaisirs de Paris, publiés entre 1867 et 1949, et permet ainsi d’étudier l’imaginaire « Paris, Ville des plaisirs » sur près d’un siècle. Seuls les guides touristiques de Paris se présentant eux-mêmes comme appartenant au genre (à partir de leur titre, de leur couverture, de leur préface) ont été retenus. Ce corpus restreint a permis de mener une analyse qualitative s’intéressant au contenu mais aussi à la matérialité des guides des plaisirs. Une démarche comparative a été adoptée, se concentrant dans un premier temps sur la collection Nilsson, la seule à être composée de plusieurs rééditions (neuf, parues entre 1900 et 1931). Chaque édition a ainsi été comparée avec l’édition suivante, mot par mot. Après avoir identifié permanences et mutations au sein de cette collection, la prise en compte des autres guides des plaisirs recensés a permis de mettre à l’épreuve les observations formulées et d’enrichir l’étude. Faute d’archives consacrées aux maisons d’édition et aux auteurs, souvent méconnus, ou d’informations relatives aux tirages et conditions de réception, l’enquête s’est concentrée sur les guides des plaisirs eux-mêmes, ponctuellement complétée par la presse et la littérature.

4Oscillant entre outils pratiques et outils de l’imagination, les guides des plaisirs de Paris font face à un défi : comment proposer une ville intemporelle au lecteur tout en incluant les nouveautés qui font la ville moderne ? En effet, d’un côté, ces guides doivent peindre une ville mythique conforme aux attentes de leurs lecteurs, elles-mêmes définies par les représentations existantes de Paris, et donc s’appuyer sur des stéréotypes connus de tous ; de l’autre, puisque leur rôle est de guider le voyageur, ils doivent prendre en compte les transformations de la ville afin de conserver leur visée pratique. Il leur faut donc allier ville éternelle et ville en perpétuel mouvement. Lorsque l’équilibre est trouvé, le succès est au rendez-vous. Lorsque ces deux temporalités s’entrechoquent, le genre « guides des plaisirs » se trouve menacé. L’étude de ce paradoxe permet de porter un regard nouveau sur les transformations que connaît Paris entre 1867 et 1949 tout en retraçant l’histoire de sources méconnues.

Figer le temps

5Le temps est parfois subi, souvent instrumentalisé par des auteurs et éditeurs qui ont principalement en tête la rentabilité de leur ouvrage. Se conformer aux attentes supposées de leur lectorat doit leur assurer un certain succès. Une image intemporelle de Paris, soigneusement adaptée au public visé, est ainsi constituée.

Modeler Paris

  • 13 Puisque celles-ci attirent massivement le public, il est probable qu’un homme s’y rende en famille (...)
  • 14 Camille Debans, Les Plaisirs et les curiosités de Paris…, op. cit., p. 10.
  • 15 Les Plaisirs de Paris. Guide du « Rire », op. cit., p. 5.
  • 16 Ibid., p. 62.
  • 17 Emmanuelle Retaillaud-Bajac, « Paris, ville femme, capitale des sens : l’élaboration d’un mythe de (...)

6Le lectorat attendu est essentiellement masculin, plus souvent provincial qu’étranger, aisé, toujours dans un état d’esprit particulier, mêlant curiosité et envie de se divertir lors d’un voyage réel comme fictif, hors du temps du quotidien. Parmi ces critères, le genre est déterminant : seuls deux auteurs, dans le contexte particulier des expositions universelles13, envisagent une lecture par une femme. À quelques reprises, Camille Debans s’adresse directement à cette potentielle lectrice (« Voilà également le plaisir, madame […] nous pensons aussi vous offrir le bras et vous conduire dans les bons endroits14 »), de même que l’auteur du guide du journal Le Rire, publié en 1900 (« sortez votre habit noir, mon cher ; arborez la robe de soirée, chère madame15 » pour aller à l’Opéra, « que vous voilà gentiment ébahie, Madame16 ! »). Ces recommandations se perdent néanmoins dans la masse des descriptions écrites pour les hommes, ces guides faisant donc figures d’exception. Les couvertures des ouvrages sont à ce titre éloquentes : les femmes font partie du spectacle, invitent celui qui les regarde à admirer et profiter des plaisirs parisiens. Elles sont toujours vectrices du plaisir, presque jamais ses cibles17.

Figure 1. Couverture du Guide des plaisirs mondains et des plaisirs secrets à Paris

Figure 1. Couverture du Guide des plaisirs mondains et des plaisirs secrets à Paris

André Hall, 1904

Figure 2. Couverture du Guide intime des plaisirs de Paris, de province et d’ailleurs

Figure 2. Couverture du Guide intime des plaisirs de Paris, de province et d’ailleurs

Jean Valmondois, Éditions d’Antin, 1936

7Omniprésentes sur les couvertures mais aussi dans les descriptions des établissements, les femmes sont instrumentalisées par les auteurs qui jouent sur la réputation sulfureuse de la ville, indissociable de l’image des Parisiennes, pour promettre un horizon hédoniste au lecteur.

Figure 3. Couverture des Plaisirs de Paris. Guide du « Rire » dans Paris et à l’Exposition de 1900

Figure 3. Couverture des Plaisirs de Paris. Guide du « Rire » dans Paris et à l’Exposition de 1900

Paris, F. Juven, 1900

  • 18 Ouvertement abordée dans les guides de Victor Leca seulement, qui donne les adresses de maisons de (...)
  • 19 Emmanuelle Retaillaud-Bajac, La Parisienne. Histoire d’un mythe, du siècle des Lumières à nos jours(...)

8Si la prostitution n’est que peu abordée explicitement18, les frontières entre amour libre et tarifé, Parisiennes ordinaires et courtisanes, sont en permanence brouillées : l’idée de femmes disponibles et séductrices est prégnante19.

  • 20 Christophe Prochasson, Paris 1900. Essai d’histoire culturelle, Paris, Calmann-Lévy, 1999, p. 16.
  • 21 Les Plaisirs de Paris, op. cit., p. 111.
  • 22 Ibid., p. 80.

9Les auteurs sélectionnent donc les établissements susceptibles de plaire à ce public masculin en quête de plaisirs sensuels. Une fois les attentes définies par l’éditeur et l’auteur du premier guide des plaisirs parisien en 1867, la ville se fige. Tous les guides postérieurs s’adressent au même public et lui présentent des descriptions presque identiques d’une année sur l’autre, d’un ouvrage à l’autre. Ils se font alors pleinement supports du mythe de Paris, défini par Christophe Prochasson comme un « ensemble stable de représentations élaboré par des discours aux divers statuts mais repérables sur une période définie20 ». La notion de stabilité est ici essentielle : les guides des plaisirs, en tant que discours, produisent et entretiennent un ensemble de représentations censées perdurer dans le temps. Ils proposent ainsi à leur lecteur une ville qu’il a l’impression de déjà connaître grâce à la mise en avant de lieux souvent anciens, disposant d’une réputation solide, dont il a pu entendre parler et qu’il s’attend à voir lors de son voyage. Cette logique est visible dans le guide de Delvau. Impossible pour lui de citer tous les cafés parisiens : il choisit donc des établissements qui existent depuis longtemps et résistent aux transformations urbaines, comme le restaurant Bignon (« On démolit beaucoup en face de lui et autour de lui, mais lui ne bouge pas21 »). Il se tourne également vers les établissements réputés : « je ne m’arrête pas aux autres cafés de ce boulevard, pas plus qu’à ceux des boulevards suivants. La notoriété leur manque22 ». Le temps, qu’il s’agit d’arrêter afin de présenter une ville mythique adaptée aux attentes du lectorat, est donc au fondement de la structure des guides et des choix opérés par les auteurs et éditeurs. « Ville des plaisirs », « Ville spectacle » et « Ville mystère » sont ainsi mêlées pour former le Paris présenté.

Mettre en scène le mythe

  • 23 Ibid., p. 3.
  • 24 Paris intime et mystérieux, guide des plaisirs mondains et des plaisirs secrets à Paris, Paris, A. (...)
  • 25 Ce chiffre est représentatif de toute la période.
  • 26 Les Plaisirs de Paris, op. cit., p. 3.
  • 27 Dominique Kalifa, Paris. Une histoire érotique, d’Offenbach aux Sixties, Paris, Payot, 2018.

10Dès les préfaces, qui interpellent le lecteur et sont présentes dans tous les guides des plaisirs, le caractère hédoniste de la ville est prégnant. Celle-ci est dépeinte en 1867 comme « la ville du plaisir et des plaisirs par excellence »23, en 1904 comme « la ville par excellence des plaisirs complets et extraordinaires, la ville capitale des plaisirs du monde »24, tandis que les guides des éditions Nilsson conservent de 1900 à 1931 la formule selon laquelle : « Il n’y a pas de ville au monde où les plaisirs soient plus nombreux et plus variés qu’à Paris ». Les auteurs insistent sur le nombre de plaisirs offerts par la capitale : restaurants, théâtres, cafés-concerts, music-halls, cirques, bals, cercles, courses de chevaux, magasins pour certains ou lectures pour d’autres, cinémas pour les guides plus tardifs… Tous les plaisirs se trouvent à Paris et en grand nombre : en moyenne, sur toute la période étudiée, 85 restaurants et environ 50 théâtres et music-halls25 sont cités. Au fil du temps, les lieux cités se multiplient : alors que 30 restaurants environ étaient mentionnés dans les guides datant d’avant 1900, ils sont près de 120 après 1925. Plus qu’une hôtesse des plaisirs, la ville en est véritablement actrice : c’est ce qui en fait la ville des plaisirs par excellence. Elle n’est pas juste un réceptacle, elle pousse à la passion. Guidés par la « voix charmeresse des Fées parisiennes26 », par « l’esprit érotique » de la capitale étudié par Dominique Kalifa27, les visiteurs n’ont d’autres choix que celui de s’amuser.

  • 28 Guide des plaisirs à Paris, op. cit., 1908, p. 100.
  • 29 Guide des plaisirs à Paris, Paris le jour, Paris la nuit..., op. cit., 1908, p. 3.
  • 30 Vanessa R. Schwartz, Modern France. A Very Short Introduction, New York, Oxford University Press, 2 (...)
  • 31 Giampaolo Nuvolati, « Le flâneur dans l’espace urbain », Géographie et cultures, n° 70, 2009, p. 7- (...)

11Les plaisirs sont d’autant plus nombreux que Paris est une ville spectacle : elle est divertissante en elle-même. Le champ des plaisirs devient ainsi infini : tant qu’il peut observer des Parisiens et surtout des Parisiennes, le voyageur est supposément comblé. En 1908, aux Folies-Bergère, « les entractes eux-mêmes sont comme une succession de tableaux vivants, une sorte de cinématographe où défilent toute la vie galante et la vie nocturne de Paris28 ». En-dehors de ses lieux de divertissement, la ville devient une scène à ciel ouvert. Tous les éléments du spectacle sont réunis, des acteurs (les Parisiens eux-mêmes), aux décors (« les devantures des magasins s’allument comme des autels, […] les feux multicolores des réclames apparaissent et disparaissent sur les hautes façades29 »). Paris semble faite pour le spectacle, non sans lien avec sa structure urbaine30. Suite aux travaux haussmanniens, les voies ont été élargies et de nombreuses communications ont été créées, tout en reléguant le Paris ouvrier à l’Est de la ville. Tout ce qui fait l’attrait de la capitale, du moins pour les auteurs de ces guides, est alors centralisé au même endroit : les salles de spectacles, les restaurants, les chics Parisiennes. Puisque les voies sont plus larges, le spectacle est plus impressionnant encore. Puisqu’elles communiquent, il devient possible de croiser un grand nombre de personnes. La rue est spectacle : l’auteur, en position de flâneur, donne sens au paysage urbain31 et incite le lecteur à marcher dans ses pas. Invité à observer la foule mais aussi à s’y mêler, il devient lui-même acteur du spectacle.

12Néanmoins, certaines réjouissances sont difficiles d’accès : la ville se fait secrète, complexe, renforçant alors son attrait. Les auteurs en jouent, dévoilant certaines parties du mystère pour satisfaire la curiosité du lecteur tout en continuant d’alimenter l’image secrète de la capitale.

Figure 4. Photographie illustrant la description de l’Opéra de Paris, Guide des plaisirs à Paris

Figure 4. Photographie illustrant la description de l’Opéra de Paris, Guide des plaisirs à Paris

Éditions Nilsson, 1908, p. 84

  • 32 Les Plaisirs de Paris, op. cit., p. 5.
  • 33 Paris intime et mystérieux…, op. cit., 1904, p. 8.
  • 34 Guide des plaisirs à Paris, op. cit., 1908, p. 4.
  • 35 Guide des plaisirs à Paris, op. cit., 1900, p. 122.
  • 36 Ibid., p. 123.
  • 37 Voir Paul Edwards, Soleil noir. Photographie et littérature, Rennes, Presses universitaires de Renn (...)

13Les coulisses des spectacles, normalement inaccessibles, sont par exemple rendues visibles pour le lecteur sur cette photographie de l’Opéra. La forme de serrure renforce l’idée d’interdit, de voyeurisme : le guide permet de percer les secrets de la ville. Dans le même temps, la métaphore du labyrinthe, parfois directement empruntée à la mythologie grecque, est récurrente. Nous la trouvons par exemple en 1867 (« Suivez-moi pour visiter dans ses détails les plus intimes, les plus secrets même, le Labyrinthe parisien32 »), en 1904 (« bien puissant sera l’étranger qui, sans fil d’Ariane, parviendra à pénétrer dans les mystérieux détours du vaste labyrinthe33 »), ou encore en 1908 lorsqu’il est question des « dédales de Paris »34. Le motif des bas-fonds s’y ajoute, invariablement décrits lors de la « tournée des grands-ducs » ou des « dessous de Paris » dans tous les guides à partir de 1900. Lieux sinistres et personnages interlopes se mêlent alors le temps de quelques pages, offrant « des scènes et des tableaux de mœurs qui valent ceux des Mystères de Paris » d’après le Guide des plaisirs à Paris de 190035. Tout est fait pour renforcer la dimension sordide du quartier des Halles, de l’apparence de la rue de Venise, « sorte d’étroit boyau suppurant, avec de ci, de là, des renflements, des cavités gluantes » aux « gouges » et « souteneurs » qui y vivent36. Dans les guides Nilsson, les descriptions sont ornées de photographies (« d’après-nature » à en croire les arguments de vente présents sur leur couverture, probablement mises en scène dans les faits37) et permettent au lecteur de s’immerger dans l’ambiance.

Figure 5. Photographie d’une habitante de la rue de Venise, Guide des plaisirs à Paris

Figure 5. Photographie d’une habitante de la rue de Venise, Guide des plaisirs à Paris

Éditions Nilsson, 1900, p. 127

14Le Paris façonné par les guides des plaisirs est donc principalement axé sur la dimension hédoniste de la ville mais inclut le spectacle et le mystère. Nous retrouvons systématiquement, sur toute la période étudiée, les mêmes motifs d’un guide à l’autre. Le temps est figé pour présenter une ville intemporelle adaptée aux attentes du public. Toutefois, pour continuer de le séduire, les guides doivent être renouvelés afin d’accompagner les transformations qui s’imposent.

Accompagner le temps

15Entre 1900 et 1931, chaque guide des plaisirs publié par les Éditions Nilsson se dote de mentions telles que « Nouvelle édition revue et complètement mise à jour » ou « Dernière édition revue et complètement mise à jour », malgré des modifications souvent minimes. Le temps devient un argument commercial face aux évolutions de la Ville des plaisirs.

Paris se transforme

16Alors que les travaux d’Haussmann s’achèvent et que la vie urbaine change, notamment avec l’apparition de nouveaux moyens de transports et de nouveaux centres dans Paris intra muros, les guides des plaisirs doivent s’adapter : leur fonction pratique les oblige à tenir compte des transformations de la ville qu’ils décrivent. Nous nous concentrerons ici sur le déplacement d’un centre urbain, de Montmartre à Montparnasse.

17Montmartre, perçu comme la réunion de tout ce qui fait Paris et le centre de la ville des plaisirs, occupe une place centrale dans ces guides. Une tournée lui est systématiquement consacrée, afin de pouvoir passer en revue tous les établissements et spécificités du quartier. Montmartre fascine, parce qu’il semble être un concentré de l’esprit parisien tout en proposant un voyage dans un monde à part.

Les muses des sixièmes étages, les soupeuses aux yeux mi-clos, les rapins bons enfants, l’immuable gaieté, qui sort de terre, l’atmosphère d’indépendance gouailleuse, captivent davantage le Parisien que les beuveries rabelaisiennes […]. On respire à Montmartre !

A.-P. De Lannoy, Les Plaisirs de la vie de Paris (guide du flâneur), Paris, Librairie L. Borel, 1900, p. 98

  • 38 Victor Leca, Guide secret des plaisirs parisiens, Paris, L. Chauvard, 1906, p. 34.

18Plus encore, le quartier concentre les loisirs et les plaisirs : « c’est le quartier de Paris où il y a le plus grand nombre de Cocottes et d’établissements de plaisir » selon Victor Leca en 190638. On comprend alors l’importance qui lui est donné au sein des guides, du premier au dernier.

  • 39 Gustave Fuss-Amore, Montparnasse, Paris, Albin Michel, 1925, p. 13.
  • 40 Guide des plaisirs à Paris, Paris, Éditions Nilsson,1930.
  • 41 Ibid., 1931.
  • 42 Ibid., 1928.

19Toutefois, à partir des années 1920, un nouveau centre urbain émerge : Montparnasse. Montmartre est quelque peu délaissé par les élites artistiques et intellectuelles au profit de ce quartier (« Au regard des artistes, des connaisseurs et de tous les snobs qui les entourent et les suivent, il est incontestable que Montparnasse a remplacé Montmartre39 »). Les guides s’adaptent alors et mettent le nouveau quartier à la mode en lumière. Ce phénomène est visible dans les Guides des Plaisirs de Paris de 193040 et 193141. La tournée de Montparnasse apparaît en 1930, au même titre que les tournées de Montmartre ou du Quartier latin déjà présentes. Il en va de même pour les établissements du quartier cités : Montparnasse est simplement mentionné comme gare en 192842, tandis qu’en 1930, le quartier apparaît en tant que tel et huit restaurants sont cités. En 1931, il prend encore de l’ampleur : la tournée occupe trois pages du guide et prend la même forme que les autres, alors qu’en 1930 il ne s’agissait que d’une seule page sous forme déambulatoire. Au sein de cette tournée, 28 établissements à voir sont signalés alors qu’ils n’étaient que 12 en 1930.

Figure 6. Comparaison cartographique : Montparnasse en 1925 et 1931 d’après le Guide des plaisirs de Paris des Éditions Nilsson

Figure 6. Comparaison cartographique : Montparnasse en 1925 et 1931 d’après le Guide des plaisirs de Paris des Éditions Nilsson
  • 43 Voir notamment Sophie Jacotot, Danser à Paris dans l’entre-deux-guerres. Lieux, pratiques et imagin (...)

20En seulement six ans, les lieux cités dans le quartier Montparnasse doublent donc. Cela n’est pas sans lien avec la transformation des loisirs. Sur la carte de droite, les points verts représentent les dancings, nouveaux lieux en vogue après la Première Guerre mondiale43. Concentrés à Montparnasse, ils participent à l’émergence du quartier en tant que nouveau centre urbain. En plus des transformations de la ville, il convient donc de prendre en compte celles de la vie culturelle.

La vie culturelle se transforme 

  • 44 Les Plaisirs de Paris, op. cit., p. 186.
  • 45 Voir par exemple la description du Bal Bullier en 1908 dans le Guide des plaisirs à Paris, op. cit. (...)
  • 46 J.-R. Cicerone, À travers les plaisirs parisiens, op. cit., p. 129.

21Entre 1867 et 1949, des loisirs existants se transforment tandis que de nouveaux loisirs apparaissent. L’exemple de la danse a été choisi pour illustrer ce phénomène puisque sa pratique se transforme tout au long de la période étudiée, particulièrement au sortir de la Première Guerre mondiale. Le premier changement se situe au niveau des lieux dans lesquels on danse. À l’époque du premier guide des plaisirs, les bals publics régnaient en maîtres. Delvau leur consacrait de nombreuses pages, insistant sur leur importance auprès des Parisiens et, plus encore, des Parisiennes (« Les Parisiennes aiment vraiment trop le bal.44 »). Jusqu’à la Première Guerre mondiale, ces bals maintiennent leur vogue : les guides Nilsson leur consacrent toujours de longues et éloquentes descriptions45. Pourtant, dès 1900, J.-R. Cicerone écrivait que « les bals publics tendent à disparaître46 ». Au sortir de la guerre, le phénomène s’aggrave. La rubrique « bals » disparaît dans les guides, à l’exception des « bals des dessous de Paris » dans les guides Nilsson. Elle se trouve remplacée par la catégorie « Bars, dancings, thés », au sein de laquelle les établissements cités sont de plus en plus nombreux. La géographie de ceux-ci est bien différente et laisse entrevoir un changement de public : elle se situe en effet essentiellement dans l’Ouest de Paris, au sein des quartiers les plus riches.

Figure 7. Comparaison cartographique des bars, dancings et thés en 1925 et en 1931

Figure 7. Comparaison cartographique des bars, dancings et thés en 1925 et en 1931
  • 47 Ibid., p. 133.
  • 48 Guide des plaisirs à Paris…, op. cit., 1931, p. 133.
  • 49 Ibid.
  • 50 Voir notamment Ludovic Tournès, New Orleans sur Seine. Histoire du jazz en France, Paris, Fayard, 1 (...)

22Dès les années 1930, les dancings envahissent également Montparnasse (bien que cette mutation soit en réalité antérieure, nous y reviendrons). Les pratiques changent dans le même temps : on assiste désormais à des « danses martiniquaises47 » en 1931 à la Boule Blanche et l’on « voit danser la béguine » au Bal Blomet48. Au Bal des Antillais, on passe, « aux accents syncopés du jazz, une excellente soirée49 ». Les mentions au jazz sont d’ailleurs fréquentes pour décrire l’ambiance musicale des lieux cités, en adéquation avec l’arrivée de cette nouvelle musique en France et sa popularisation croissante (dans les music-halls d’abord, dès les années 1920, puis auprès du grand public au début des années 193050). Les lieux changent donc, de même que les goûts et les pratiques. Plus largement, les transformations de loisirs existants sont prises en compte tandis que de nouveaux divertissements sont mentionnés (sport, cinéma). En cela, les guides des plaisirs tentent d’accompagner le temps et d’intégrer ces modifications dans leur image presque figée de la ville. Nous retrouvons ici le paradoxe de ces sources, partagées entre deux visions du temps contradictoires. Au fil des années, le décalage entre temps mythique et temps réel s’accroît cependant, non sans lien avec la perception que les auteurs ont de leur ville.

Percevoir le temps

Vivre la ville, écrire le mythe

  • 51 C’est le dernier livre qu’il écrit : il en achève la rédaction en avril 1867 et meurt le mois suiva (...)
  • 52 Les Plaisirs de Paris…, op. cit., p. 8.
  • 53 Ibid., p. 11-12, p. 65.
  • 54 L’Opinion nationale, 6 février 1865.
  • 55 La Lune, 3 juin 1866.
  • 56 Le Figaro, 7 mai 1867.
  • 57 Son acte de naissance est accessible en ligne : François Monique Alfred Delvau est né le 7 avril 18 (...)
  • 58 Paris, sa vie et ses plaisirs : guide à l’exposition universelle… (Dixième édition), par un Parisie (...)
  • 59 Page 4 pour l’édition de 1908 par exemple.

23La figure de l’auteur est ici centrale. Elle reflète parfaitement la difficulté de concilier la mise en scène d’une ville mythique, inchangée, et la perception d’un individu qui vit à Paris et qui voit donc la ville se transformer. Qu’ils soient anonymes ou relativement connus, les auteurs des guides des plaisirs sont présentés comme des experts de Paris. Prenons l’exemple d’Alfred Delvau, auteur du premier guide : collaborateur de plusieurs journaux (Charivari, Le Monde illustré, Le Journal amusant), auteur de 23 ouvrages, il n’est pas inconnu sur la scène littéraire parisienne lorsque M. de Conty, éditeur de guides touristiques, le contacte en janvier 1867. Sa réputation sert d’ailleurs le produit…et vice-versa : dix-huit de ses ouvrages sont cités dans Les Plaisirs de Paris51 dès la deuxième page. Si les livres davantage politiques de ses débuts sont omis, ceux concernant Paris, qu’il s’agisse d’études ou de « romans parisiens », sont surreprésentés puisqu’ils sont dix à être cités. L’éditeur tient donc à mettre en avant la qualité d’expert de Paris de Delvau, que ce dernier souligne lui-même dans son récit à plusieurs reprises lorsqu’il se décrit (« moi qui suis trop Parisien52 ») ou évoque ses précédents ouvrages53. Il renforce ainsi les descriptions faites dans la presse à son sujet : il est un « Parisien pur-sang54 », « plus Parisien que Paris55 », « le plus Parisien des écrivains56 ». Ce premier guide des plaisirs est donc écrit par un homme qui est né57 et a vécu toute sa vie dans la capitale. Si ce n’est pas toujours le cas, les auteurs des générations suivantes suivent néanmoins son modèle en mettant en avant leur connaissance de la capitale. Même lorsque qu’ils sont anonymes, leur qualité de Parisien est appuyée pour légitimer l’ouvrage : « Parisien du Pré aux clercs58 », « notre expérience servira à régler les pas et à préserver la marche de ceux qui s’aventurent pour la première fois dans les dédales de Paris » (phrase présente dans tous les guides Nilsson, de 1900 à 193159). Ce sont donc en tant qu’experts de Paris, souvent en tant qu’habitants de la ville, qu’ils écrivent leur guide et donnent leur avis sur ses transformations.

  • 60 Guide des plaisirs à Paris, op. cit., 1925, p. 38. Voir notamment le Procès-verbal de la Commission (...)
  • 61 Ibid., 1931, p. 116.
  • 62 Claire Hancock, Paris et Londres au XIXe siècle…, op. cit., p. 266.

24De 1900 jusqu’en 1920 environ, nous percevons majoritairement un rejet de l’ancien et une exaltation de la modernité, sentiments qui laissent place à une certaine nostalgie dans les années 1920. La rubrique « Le Vieux Paris », qui apparaît en 1925 dans les guides Nilsson, en offre un parfait témoignage. Les travaux sont encore vus d’une manière favorable puisqu’ils permettent d’améliorer la ville sans pour autant lui faire perdre son identité. Le nom de la rubrique paraît d’ailleurs être un écho, tardif, à la Commission du Vieux Paris créée en 1897, de même que son contenu, puisqu’on y retrouve des établissements étudiés par cette dernière (Hôtel de Sully, Hôtel Soubise, Musée Carnavalet notamment60). Un intérêt certain est donc porté au passé de la ville, sans toutefois qu’il soit perçu comme un âge d’or. Néanmoins, seulement deux ans plus tard, les auteurs se font bien plus amères. Alors que Montparnasse prend de plus en plus de place dans les guides des plaisirs, la transformation de la rue de la Gaité, qui a perdu « de sa physionomie d’antan », est décriée61. Claire Hancock énonce l’idée que la ville devient méconnaissable pour ceux qui la connaissent pourtant bien à force de se transformer si rapidement62 : les auteurs ne voient plus dans la ville ce qu’ils avaient coutume d’y trouver et le mythe de Paris est en quelque sorte ébranlé. Leur regard provoque les premières failles réelles dans la mise en scène d’un Paris idéalisé.

Perceptions erronées

  • 63 Guide des plaisirs à Paris, op. cit., 1927, p. 91.

25Il en va de même lorsque l’écart entre la ville présentée dans les guides des plaisirs et la ville « réelle » se fait trop important. Nous l’avons vu, les producteurs des guides tentent d’accompagner le temps. Pourtant, force est de constater que les modifications apportées au fil des éditions semblent insuffisantes au vu de la rapidité des transformations à l’œuvre. Plus encore, un décalage certain est observé, alors même que l’un des arguments de vente des guides des plaisirs est de permettre à n’importe quel visiteur d’être tenu au courant des dernières modes et nouveautés de la capitale. Parfois, ils sont réédités si vite qu’il devient possible, en 1927 par exemple, de profiter des « danseurs, acrobates, chanteurs, équilibristes, jongleurs, illusionnistes et comiques63 » de l’Alhambra, alors que la salle a brûlé en 1925 et est rasée en 1927 pour ne rouvrir ses portes qu’en 1931.

Figure 8. Comparaison cartographique : les cinémas répertoriés à Paris en 1926, les cinémas cités dans le Guide des plaisirs à Paris en 1931

Figure 8. Comparaison cartographique : les cinémas répertoriés à Paris en 1926, les cinémas cités dans le Guide des plaisirs à Paris en 1931
  • 64 Pascale Goetschel, Une autre histoire du théâtre. Discours de crise et pratiques spectaculaires, Pa (...)
  • 65 Les films peuvent être visionnés dans d’autres villes, d’autres pays.

26Certains loisirs, tels que le cinéma, sont également représentés de manière non proportionnelle à leur succès. Dans les années 1930, alors même que le théâtre traverse une crise64, il est toujours proéminent et loué dans les guides des plaisirs. Or, les difficultés qu’il rencontre sont en partie liées au développement croissant du « 7e art ». Les auteurs tentent de montrer cette évolution : bien que le cinéma ne se sédentarise qu’à partir de la fin des années 1900, il n’est pas absent des guides des plaisirs et les salles de projection citées se multiplient au fil des ans. Néanmoins, dans le Guide des plaisirs à Paris de 1931, le cinéma est sous-représenté par rapport aux autres loisirs : 3 pages lui sont consacrées, contre 17 pour le spectacle vivant (théâtres, music-halls). Nous retrouvons ici la volonté des auteurs et éditeurs de s’en tenir à la stratégie présente dès le premier guide en 1867 : ne citer que des lieux et loisirs « typiquement parisiens65 », réservés aux classes supérieures. Ainsi, seuls les cinémas qui se trouvent dans les lieux traditionnellement associés aux plaisirs bourgeois (notamment sur l’ancien boulevard du Temple) et qui comptent parmi leur public des spectateurs appartenant à une certaine élite (le Gaumont-Palace par exemple) sont cités.

  • 66 Bernard Marchand, Paris, histoire d’une ville, Paris, Seuil, 1993.

27Si l’on reprend l’exemple des transformations urbaines, un même décalage est perceptible : même si Montparnasse se fait progressivement une place dans les guides des plaisirs, il n’y apparaît que tardivement. Ce n’est que dans les années 1930 qu’il émerge en leur sein, alors qu’il perd en réalité de son influence après la crise de 192966. Même si les transformations sont prises en compte afin de satisfaire le lecteur, un certain délai s’impose donc, lié au désir de ne pas présenter de simples phénomènes de mode. Or, certaines évolutions importantes ne semblent pas être perçues par les producteurs des guides, causant de multiples discordances entre réalité et mythe mais surtout entre mythe et attentes. La perception erronée du temps, des transformations de la ville, cause donc une inadéquation entre l’objet et les goûts du public.

Rejouer un temps idéal

28Lorsque le temps vécu est perçu comme décevant, le besoin de rejouer un temps ancien, idéalisé apparaît. C’est précisément ce qui explique la grande similitude de guides des plaisirs pourtant séparés de plusieurs décennies : un temps, perçu comme idéal, est rejoué.

  • 67 Plaisirs de Paris, Paris, Éditions L’Indispensable, 1945.
  • 68 Nadège Maruta, L’Incroyable histoire du cancan. Rebelles et insolentes, les Parisiennes mènent la d (...)
  • 69 Ibid., p. 76.
  • 70 Ibid., p. 78.
  • 71 Emmanuelle Retaillaud-Bajac, La Parisienne…, op. cit.
  • 72 Ibid., p. 119.
  • 73 Évelyne Cohen, Paris dans l’imaginaire national…, op. cit., p. 340.
  • 74 Voir notamment Dominique Kalifa, La Véritable histoire de la « Belle Époque », Paris, Fayard, 2017.

29Le rejeu le plus significatif est celui du Paris des années 1900 dans les années 1930 et 1940. Malgré la crise, une dizaine de guides des plaisirs paraissent à partir de 1935 et reprennent les marqueurs de l’époque 1900-1910 : des détails pratiques, mais surtout un narrateur présent qui décrit une ville rêvée de manière détaillée. De même, en juillet 1945, un nouveau guide des plaisirs apparaît67 et reprend les mêmes codes en tentant de retrouver le Paris 1900. Lorsqu’il est question de music-halls, l’auteur mentionne Mistinguett, qui a alors 70 ans, avant de faire référence à l’âge d’or du cancan68 : « L’illustre “French cancan”, dansé à toutes les revues du monde est né au Moulin Rouge69 ». Il fait également allusion aux chansonniers qui représentent « l’esprit parisien70 » et réactualise le mythe de la Parisienne qui avait presque disparu71 : « Malgré la gravité de l’heure, lorsque les soldats alliés entrèrent à Paris, ils furent surpris par les robes fraiches que les Parisiennes arboraient pour les accueillir72 ». La crise des années 1930, puis la Seconde Guerre mondiale et les quatre années d’occupation allemande dans la capitale exacerbent le sentiment de nostalgie. Dans le même temps, les années 1930 sont, d’après Évelyne Cohen, celles du constat de la mutation profonde de Paris, vécue elle aussi comme une crise73. Le Paris de ce que l’on commence à appeler la « Belle Époque » est idéalisé : alors que la crise et la Guerre ont fait rage, il faut le retrouver74.

  • 75 Plaisirs de Paris, Paris, Éditions L’Indispensable, 1945.
  • 76 Emmanuelle Retaillaud-Bajac, La Parisienne…, op. cit., p. 279.
  • 77 Ibid.
  • 78 Guide Loisirs et plaisirs de Paris, Union du tourisme international, Paris, 1948.
  • 79 Voir notamment Marc Boyer, Ailleurs. Histoire et sociologie du tourisme, Paris, L’Harmattan, 2011. (...)

30Néanmoins, la formule ne semble pas rencontrer un large succès. Après Les Plaisirs de Paris en 194575, seuls deux guides des plaisirs ont été recensés, un guide original et une réédition. Cela n’est pas sans lien avec la modification progressive de l’image de Paris et des Parisiennes, dont la réputation sensuelle était au fondement des guides des plaisirs. Alors que le sexe vénal est davantage encadré (les maisons closes sont fermées en 1946), Paris perd de son attrait en tant que « bordel de l’Europe »76 et la figure de la Parisienne mue, s’éloignant de la femme séductrice prête à être conquise par les visiteurs77. C’est dans ce contexte que paraît le Guide Loisirs et plaisirs de Paris78 en 1948. Les restaurants, théâtres et divertissements en tout genre sont cités au milieu d’informations sur les concessions automobiles, les églises et les ministères. Les longues descriptions laissent place à un langage faits de sigles, à la manière des guides touristiques Michelin. Seul son nom relie cet ouvrage aux guides des plaisirs. L’outil de l’imagination disparaît, ne reste que la dimension pratique. Il est alors davantage adapté à un autre type de voyageurs, de plus en plus nombreux : une nouvelle ère semble être venue79.

Conclusion

31La nature même des guides des plaisirs de Paris, entre outils pratiques et outils de l’imagination, permet de servir l’histoire du tourisme comme l’histoire des représentations. Ils rejoignent ainsi les autres supports de l’invitation au voyage et permettent d’entrevoir la place croissante donnée à l’aspect sensoriel des capitales à partir des années 1880-1890 en leur sein (deux autres guides des plaisirs, consacrés à Londres et Bruxelles, sont d’ailleurs publiés par les Éditions Nilsson en 1906 et 1910). Un nouveau public, masculin, bourgeois, en quête de sensations, est visé. Il s’agit de lui vendre un outil pratique, au service de son voyage, mais aussi de rendre la ville séduisante. Une ville intemporelle mais adaptée aux attentes de ce public prend alors vie. Le problème se pose lorsque celles-ci évoluent et que les guides continuent de proposer une image figée, rejouée de la ville. Alors que l’instrumentalisation d’un temps, qu’il s’est agi d’arrêter sur une image précise, a fait le succès des guides des plaisirs, l’incapacité des producteurs à suivre, à percevoir correctement les évolutions de la ville cause leur déclin puis leur fin. Aux difficultés économiques d’après-guerre et à la démocratisation progressive du tourisme, qui modifie une nouvelle fois les attentes d’un lectorat élargi, s’ajoute un problème intrinsèque à la nature des guides des plaisirs. Le succès de la formule repose sur la capacité des auteurs et éditeurs à mettre en scène une ville rêvée mais suffisamment crédible pour que le lecteur ait envie de se transformer en voyageur. Lorsque les auteurs, plutôt que d’écrire un « Paris 1930 », rejouent le « Paris 1900 », un élément n’est pas respecté : la ville rêvée est inaccessible. Les guides des plaisirs perdent alors leur singularité, leur statut hybride : des romans, films, spectacles les remplacent dans la glorification du Paris 1900, des guides touristiques plus généraux servent d’outils pratiques aux voyageurs. Sans cette valeur ajoutée, le genre disparaît.

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Notes

1 Par exemple, Ernest Kolb dans les années 1880 (Camille Debans, Les Plaisirs et les curiosités de Paris : guide humoristique et pratique, Paris, Ernest Kolb, 1889), les Éditions Nilsson dans les années 1900 (Guide des plaisirs à Paris, Paris le jour, Paris la nuit, Comment on s’amuse, Où l’on s’amuse, Ce qu’il faut voir, Ce qu’il faut faire).

2 M. Guerrin (Paris intime et mystérieux, guide des plaisirs mondains et des plaisirs secrets à Paris, Paris, Albert Hall, 1904), Victor Vidal (Jean Valmondois, Guide intime des plaisirs de Paris et d’ailleurs, Paris, Éditions Curio, 1935 et d’Antin, 1936) ; Guide intime des plaisirs de Paris, Paris, Éditions d’Antin, 1939), P. de Porter [Victor Leca, Paris-fêtard : guide secret de tous les plaisirs (nouvelle édition), Paris, P. de Porter, 1907 puis 1911].

3 Guide des plaisirs à Paris, Paris le jour, Paris la nuit, Comment on s’amuse, Où l’on s’amuse, Ce qu’il faut voir, Ce qu’il faut faire, Paris, Éditions Nilsson, 1900, p. 8.

4 Gilles Chabaud et al., Les Guides imprimés du XVIe au XXe siècle. Villes, paysages, voyages, Paris, Belin, 2000.

5 Frédéric Moret, « Images de Paris Dans Les Guides Touristiques en 1900 », Le Mouvement Social, n° 160, 1992, p. 79-98.

6 Claire Hancock, Paris et Londres au XIXe siècle. Représentations dans les guides et récits de voyage, Paris, CNRS Éditions, 2003. Cet ouvrage étudie les représentations de Londres dans les guides français et inversement, de 1800 à 1870.

7 Évelyne Cohen, « Paris et le monde », Paris dans l’imaginaire national de l’entre-deux guerres, Paris, Publications de la Sorbonne, 1999, p. 109-231.

8 Hélène Morlier, Les Guides Joanne (1841-1919) : généalogie, hégémonie et renaissance d’une collection nationale de guides touristiques, thèse dirigée par Marie-Vic Ozouf-Marignier, EHESS, 2019.

9 Damien Petermann, L’Image de Lyon d’après les guides de voyage aux XIXe et XXe siècles, une étonnante permanence, thèse dirigée par Bernard Gauthiez, Université Jean Moulin (Lyon 3), 2022.

10 Le Guide des plaisirs à Paris de 1920 est par exemple utilisé par Évelyne Cohen pour « dresser la liste » des plaisirs parisiens, Paris dans l’imaginaire national…, op. cit., p. 174.

11 Pierre-Yves Saunier, « Le guide touristique, un outil pour une possible histoire de l’espace : autour des guides de Lyon 1800-1914 », Géographie et cultures, n° 13, 1993, p. 3.

12 Dominique Kalifa, Les Bas-fonds. Histoire d’un imaginaire, Paris, Seuil, 2013.

13 Puisque celles-ci attirent massivement le public, il est probable qu’un homme s’y rende en famille ou du moins avec son épouse. Les guides font donc quelques mentions à cette dernière afin de répondre à ce lectorat potentiellement élargi.

14 Camille Debans, Les Plaisirs et les curiosités de Paris…, op. cit., p. 10.

15 Les Plaisirs de Paris. Guide du « Rire », op. cit., p. 5.

16 Ibid., p. 62.

17 Emmanuelle Retaillaud-Bajac, « Paris, ville femme, capitale des sens : l’élaboration d’un mythe de la sensualité parisienne au XIXe siècle », dans Robert Beck, Ulrike Krampl, Emmanuelle Retaillaud-Bajac (dir.), Les Cinq sens de la ville du Moyen âge à nos jours, Tours, Presses universitaires François-Rabelais, 2013, p. 275-288.

18 Ouvertement abordée dans les guides de Victor Leca seulement, qui donne les adresses de maisons de tolérance et de rendez-vous en tout genre (Guide secret des plaisirs parisiens, Paris, L. Chauvard, 1906 ; Paris-fêtard : guide secret de tous les plaisirs (nouvelle édition), Paris, P. de Porter, 1911 par exemple), suggérée dans les autres.

19 Emmanuelle Retaillaud-Bajac, La Parisienne. Histoire d’un mythe, du siècle des Lumières à nos jours, Paris, Seuil, 2020.

20 Christophe Prochasson, Paris 1900. Essai d’histoire culturelle, Paris, Calmann-Lévy, 1999, p. 16.

21 Les Plaisirs de Paris, op. cit., p. 111.

22 Ibid., p. 80.

23 Ibid., p. 3.

24 Paris intime et mystérieux, guide des plaisirs mondains et des plaisirs secrets à Paris, Paris, A. Hall, 1904, p. 20.

25 Ce chiffre est représentatif de toute la période.

26 Les Plaisirs de Paris, op. cit., p. 3.

27 Dominique Kalifa, Paris. Une histoire érotique, d’Offenbach aux Sixties, Paris, Payot, 2018.

28 Guide des plaisirs à Paris, op. cit., 1908, p. 100.

29 Guide des plaisirs à Paris, Paris le jour, Paris la nuit..., op. cit., 1908, p. 3.

30 Vanessa R. Schwartz, Modern France. A Very Short Introduction, New York, Oxford University Press, 2011, p. 58.

31 Giampaolo Nuvolati, « Le flâneur dans l’espace urbain », Géographie et cultures, n° 70, 2009, p. 7-20.

32 Les Plaisirs de Paris, op. cit., p. 5.

33 Paris intime et mystérieux…, op. cit., 1904, p. 8.

34 Guide des plaisirs à Paris, op. cit., 1908, p. 4.

35 Guide des plaisirs à Paris, op. cit., 1900, p. 122.

36 Ibid., p. 123.

37 Voir Paul Edwards, Soleil noir. Photographie et littérature, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008. Le chercheur s’est intéressé à ces « photographies d’après-nature », notamment dans les livres publiés par les éditions Nilsson, et à leurs conditions de production, généralement en studio.

38 Victor Leca, Guide secret des plaisirs parisiens, Paris, L. Chauvard, 1906, p. 34.

39 Gustave Fuss-Amore, Montparnasse, Paris, Albin Michel, 1925, p. 13.

40 Guide des plaisirs à Paris, Paris, Éditions Nilsson,1930.

41 Ibid., 1931.

42 Ibid., 1928.

43 Voir notamment Sophie Jacotot, Danser à Paris dans l’entre-deux-guerres. Lieux, pratiques et imaginaires des danses de société des Amériques (1919-1939), Paris, Nouveau Monde, 2013.

44 Les Plaisirs de Paris, op. cit., p. 186.

45 Voir par exemple la description du Bal Bullier en 1908 dans le Guide des plaisirs à Paris, op. cit., p. 172-176.

46 J.-R. Cicerone, À travers les plaisirs parisiens, op. cit., p. 129.

47 Ibid., p. 133.

48 Guide des plaisirs à Paris…, op. cit., 1931, p. 133.

49 Ibid.

50 Voir notamment Ludovic Tournès, New Orleans sur Seine. Histoire du jazz en France, Paris, Fayard, 1999.

51 C’est le dernier livre qu’il écrit : il en achève la rédaction en avril 1867 et meurt le mois suivant.

52 Les Plaisirs de Paris…, op. cit., p. 8.

53 Ibid., p. 11-12, p. 65.

54 L’Opinion nationale, 6 février 1865.

55 La Lune, 3 juin 1866.

56 Le Figaro, 7 mai 1867.

57 Son acte de naissance est accessible en ligne : François Monique Alfred Delvau est né le 7 avril 1825 à Paris, de parents demeurant au 19bis rue du Jardin du Roi dans le 5e arrondissement (actuelle rue Geoffroy-Saint-Hilaire).

58 Paris, sa vie et ses plaisirs : guide à l’exposition universelle… (Dixième édition), par un Parisien du Pré aux clercs, op. cit.

59 Page 4 pour l’édition de 1908 par exemple.

60 Guide des plaisirs à Paris, op. cit., 1925, p. 38. Voir notamment le Procès-verbal de la Commission du Vieux Paris du 6 octobre 1898.

61 Ibid., 1931, p. 116.

62 Claire Hancock, Paris et Londres au XIXe siècle…, op. cit., p. 266.

63 Guide des plaisirs à Paris, op. cit., 1927, p. 91.

64 Pascale Goetschel, Une autre histoire du théâtre. Discours de crise et pratiques spectaculaires, Paris, CNRS Éditions, 2020.

65 Les films peuvent être visionnés dans d’autres villes, d’autres pays.

66 Bernard Marchand, Paris, histoire d’une ville, Paris, Seuil, 1993.

67 Plaisirs de Paris, Paris, Éditions L’Indispensable, 1945.

68 Nadège Maruta, L’Incroyable histoire du cancan. Rebelles et insolentes, les Parisiennes mènent la danse, Paris, Parigramme, 2014.

69 Ibid., p. 76.

70 Ibid., p. 78.

71 Emmanuelle Retaillaud-Bajac, La Parisienne…, op. cit.

72 Ibid., p. 119.

73 Évelyne Cohen, Paris dans l’imaginaire national…, op. cit., p. 340.

74 Voir notamment Dominique Kalifa, La Véritable histoire de la « Belle Époque », Paris, Fayard, 2017.

75 Plaisirs de Paris, Paris, Éditions L’Indispensable, 1945.

76 Emmanuelle Retaillaud-Bajac, La Parisienne…, op. cit., p. 279.

77 Ibid.

78 Guide Loisirs et plaisirs de Paris, Union du tourisme international, Paris, 1948.

79 Voir notamment Marc Boyer, Ailleurs. Histoire et sociologie du tourisme, Paris, L’Harmattan, 2011. Selon le sociologue, c’est essentiellement après la Seconde Guerre mondiale que le tourisme se massifie en France.

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Couverture du Guide des plaisirs mondains et des plaisirs secrets à Paris
Légende André Hall, 1904
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Titre Figure 2. Couverture du Guide intime des plaisirs de Paris, de province et d’ailleurs
Légende Jean Valmondois, Éditions d’Antin, 1936
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Titre Figure 3. Couverture des Plaisirs de Paris. Guide du « Rire » dans Paris et à l’Exposition de 1900
Légende Paris, F. Juven, 1900
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Titre Figure 4. Photographie illustrant la description de l’Opéra de Paris, Guide des plaisirs à Paris
Légende Éditions Nilsson, 1908, p. 84
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Titre Figure 5. Photographie d’une habitante de la rue de Venise, Guide des plaisirs à Paris
Légende Éditions Nilsson, 1900, p. 127
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Fichier image/png, 277k
Titre Figure 6. Comparaison cartographique : Montparnasse en 1925 et 1931 d’après le Guide des plaisirs de Paris des Éditions Nilsson
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Titre Figure 7. Comparaison cartographique des bars, dancings et thés en 1925 et en 1931
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Titre Figure 8. Comparaison cartographique : les cinémas répertoriés à Paris en 1926, les cinémas cités dans le Guide des plaisirs à Paris en 1931
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Pour citer cet article

Référence électronique

Eva Muller, « Les guides des plaisirs de Paris : retrouver les traces du temps (1867-1949) »Revue d’histoire culturelle [En ligne], 7 | 2023, mis en ligne le 15 décembre 2023, consulté le 19 avril 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rhc/7108 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/rhc.7108

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Auteur

Eva Muller

Doctorante à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, mes recherches portent sur la dimension sensorielle de l’invitation au voyage à Paris, Londres et Bruxelles, des années 1890 aux années 1930. Elles font suite à un mémoire de Master consacré aux guides des plaisirs parisiens, à l’origine de cet article. Eva.Muller@etu.univ-paris1.fr

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