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Atelier de la recherche

Divertir et endoctriner l’enfant pendant la guerre : croisements ludiques et idéologiques dans la presse enfantine de la Phalange (1936-1938)

Entertaining and indoctrinating children during the war: playful and ideological intersections in the children’s press of the Falange (1936-1938)
Zoé Stibbe

Résumés

Lorsque la guerre civile éclate à la suite du coup d’État manqué des 17 et 18 juillet 1936, l’Espagne se déchire. Chaque camp, nationaliste et républicain, se livre à une guerre qui dépasse fronts et tranchées : la presse, notamment, devient un territoire à conquérir pour diffuser les idéologies respectives des deux camps. Prolifique, la presse de la Phalange se décline en plusieurs périodiques pour adultes et enfants. Les publications destinées à la jeunesse, nombreuses, se placent dans un équilibre périlleux entre la nécessité de proposer un contenu enfantin pour attirer les jeunes lecteurs et la volonté d’utiliser celles-ci comme un instrument de propagande et d’endoctrinement. Les jeux sont, à ce titre, les alliés idéaux de l’appareil propagandiste : s’ils donnent à l’enfant l’illusion d’un espace de divertissement spécialement conçu pour lui, ils sont aussi les vecteurs du discours doctrinal phalangiste par leur contenu et la multiplicité de leurs supports. Nous verrons de quelles façons se mêlent dimensions ludiques et idéologiques, sans oublier la question du genre, dans le but de nourrir un discours de propagande destiné à former les futurs membres de la « Nouvelle Espagne ».

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Texte intégral

  • 1 Les revues étaient proposées aux garçons et aux filles, même si les héros masculins étaient largeme (...)
  • 2 « […] compleja constelación de fuerzas involucradas » (Giuliana Di Febo, Santos Juliá, El Franquism (...)
  • 3 Le camp rebelle entendait marquer une rupture claire avec la période républicaine qu’il jugeait déc (...)
  • 4 Au XIXe siècle, les carlistes désignent les partisans du prétendant au trône et frère du roi Ferdin (...)
  • 5 Fondée en 1933, la Phalange Espagnole (Falange Española, ou FE) naît dans un contexte européen boul (...)
  • 6 Serge Tchakhotine, Le Viol des foules par la propagande politique, Paris, Gallimard, coll. « Tel », (...)

1À la suite du coup d’État militaire manqué des 17 et 18 juillet 1936, l’Espagne de la Seconde République entre dans une guerre civile qui dure presque trois ans. Une propagande abondante naît dans chacun des deux camps, rebelle et républicain, notamment à destination des plus jeunes. Le camp des insurgés, qui rassemble plusieurs forces idéologiques dont la Phalange et la Comunión Tradicionalista, offre un choix particulièrement abondant de publications de presse spécialement dédiées aux enfants1. Vecteurs de diffusion idéologique et reflets de la « constellation complexe de forces impliquées » du camp nationaliste2, les revues suivent les lignes doctrinales carlistes et phalangistes et proposent un contenu hautement propagandiste à destination de ceux qui sont considérés comme les futurs artisans de la « Nouvelle Espagne »3. Lorsque la guerre éclate, carlistes4 et phalangistes5 se rangent du côté nationaliste et soutiennent les généraux rebelles, dont Franco, ce qui n’exclut pas tensions et rivalités entre les deux. La presse de guerre, notamment celle pour enfants, reflète leurs lignes respectives. Les revues qui en sont issues s’inscrivent dans une stratégie de « communication par symboles6 » pour jalonner densément l’imaginaire enfantin de symboles nationalistes et emplir ainsi leur imaginaire culturel. Elles misent également sur l’activation d’un processus d’identification chez les jeunes lecteurs. L’âge cible du lectorat n’est pas clairement défini par les revues, contrairement à plusieurs titres d’après-guerre qui mettent en avant, de façon beaucoup spécifique et parfois dès la couverture, à quelle tranche d’âge ils sont destinés. À partir du courrier des lecteurs de la revue phalangiste Flecha Arriba España, nous pouvons malgré tout situer un lectorat dont l’âge est compris entre 6 et 14 ans. Les héros et héroïnes n’ont pas d’âge déterminé, mais leur appartenance systématique aux jeunesses phalangiste et carliste, sous les noms respectifs de flechas et de pelayos et margaritas, montre qu’ils ont été créés pour servir de modèles aux 7-10 ans, tranche d’âge des enfants recrutés au sein desdites formations. Si l’enfant est encouragé à s’identifier aux personnages, il manque cependant un champ d’action achevant de l’impliquer directement. Le jeu apparaît alors comme un dispositif commercial et propagandiste idéal : malléable et hybride, il peut instiller un discours doctrinal dans les jeunes esprits en proposant un support beaucoup plus subtil et, par conséquent, plus pernicieux que les longs et ennuyeux discours des organisations de jeunesse. Dans un contexte quotidien marqué par la guerre, l’enfant se voit offrir un rare espace de divertissement pouvant contribuer à le fidéliser, tout en lui présentant un univers ludique déformé et instrumentalisé par les discours de propagande.

  • 7 Flecha Arriba España continue d’exister malgré l’absorption de la Phalange dans la nouvelle entité (...)
  • 8 Sur la complexe relation entre presse et propagande dans l’Espagne nationaliste, voir Javier Domíng (...)
  • 9 La dualité entre militarisation et cadre religieux pour l’endoctrinement de la jeunesse est ce que (...)
  • 10 « […] En este primer semanario Flecha, que la Falange empezará a editor por y para vosotros, encont (...)

2Dans cet article, nous nous pencherons sur la presse de guerre enfantine produite par la Phalange et notamment sur la revue Flecha Arriba España (Saint-Sébastien, 1937-1938), dont les jeux propagandistes sont abondants. Revue enfantine phare de la Phalange7 avec 97 numéros, Flecha Arriba España est diffusée chaque semaine en zone rebelle, puis dans toute l’Espagne. La parution du premier numéro de la revue, le 23 janvier 1937, survient dans un contexte de réorganisation des organes de presse, décidée depuis le fief nationaliste de Burgos, dix jours après la création de la Délégation de l’État pour la Presse et la Propagande8. La publication de la revue s’inscrit dans une politique de propagande totale et de militarisation de la jeunesse, maintenue parallèlement dans la pratique d’un catholicisme rigoureux9. Dès le premier numéro, la ligne éditoriale est clairement exprimée aux lecteurs, qui ne doivent pas s’attendre à tenir entre les mains une revue purement récréative : « Dans ce premier hebdomadaire Flecha, que la Phalange commencera à éditer à votre intention, vous trouverez les normes de votre conduite future […] Flecha vous dira que la vie n’est pas jeu et confort, même pas pour les enfants, et que ceux qui doivent être, un jour, soldats d’une Espagne Grande et Impériale, doivent recevoir une formation de soldats, d’enfance rigoureuse et militaire et de préoccupation constante en l’avenir10 ».

  • 11 Henar González Suárez, Educación no formal y adoctrinamiento infantil en la España azul (Flechas y (...)
  • 12 Lucía Ballesteros Aguayo, Las revistas infantiles y juveniles de FET y de las JONS y de Acción Cató (...)
  • 13 Voir Didier Corderot, « Flecha, el semanario… », art. cité, et id., « Adoctrinar deleitando, el eje (...)

3Cet article a pour objet d’analyser les contenus ludo-idéologiques proposés et les stratégies employées pour faire du jeu un outil de propagande et d’endoctrinement. Nous verrons de quelle façon ceux-ci s’inscrivent, d’une part, dans un contexte de guerre civile et idéologique spécifique à l’Espagne et, recourent, d’autre part, à des modalités d’encadrement des enfants directement inspirées de modèles déjà existants. De nombreuses recherches ont été menées depuis une vingtaine d’années sur la presse partisane enfantine espagnole pendant la guerre et sous Franco, avec notamment, en Espagne, deux thèses de doctorat soutenues respectivement en 200211 et en 201612, et, en France, les travaux de Didier Corderot13. Ces recherches appréhendent les mécanismes de propagande dans leur globalité et s’intéressent en particulier à la façon dont ceux-ci s’intègrent dans un contexte européen où fleurissent les modèles totalitaires. D’autres aspects, notamment celui de la réception, restent encore peu travaillés du fait de la difficulté de collecter des données quantitatives (comme le nombre d’abonnements) et qualitatives (l’impact réel sur les enfants) fiables se rapportant cette période. Nous tâcherons de comprendre, dans cet article, de quelle manière le jeu a pu être un vecteur de la propagande phalangiste en temps de guerre. Nous nous intéresserons ainsi à la récupération, par les services de propagande, de travaux sur les publications destinées à un jeune public afin de mener une stratégie d’approche séduisante. Cela nous conduira à nous pencher sur les contenus de ces revues, à travers divers exemples, en interrogeant leurs spécificités dans le contexte de la guerre civile espagnole. Nous nous attacherons enfin à la manière dont ces publications participent à la mise en place d’une société autoritaire en examinant la question du genre et la construction, au moyen du jeu, des représentations du petit garçon et de la petite fille dans l’imaginaire idéologique et politique de la Phalange.

Mettre le jeu au service de l’appareil propagandiste

  • 14 La propagande relaie abondamment la notion de « Nouvelle Espagne » afin d’affirmer, d’une part, une (...)
  • 15 « ¡Hombres futuros! », Fotos, nº 152, 27 janvier 1940. Fotos était un hebdomadaire phalangiste, déd (...)
  • 16 Citons, à titre d’exemples, les publications phalangistes Maravillas (1939-1957) et Juventud (1942- (...)
  • 17 Titre original : « Las revistas infantiles y su poder educador ».
  • 18 « La formación que se debe dar a la infancia a través de la revista puede ser completa : religiosa, (...)

4En janvier 1941 sort le premier numéro de la Revista de Educación, dirigée par le ministère de l’Éducation Nationale. Sa parution, mensuelle, s’inscrit dans un contexte d’immédiate après-guerre qui fait de la construction identitaire de la « Nouvelle Espagne »14, un impératif. Déjà cibles privilégiées de l’appareil propagandiste nationaliste pendant la guerre, les enfants, en tant que « futurs hommes15 », voient fleurir dès la fin du conflit une profusion de publications16 qui leur sont destinées. Alliée des nouveaux manuels scolaires, la presse du régime poursuit le travail d’endoctrinement commencé trois ans auparavant afin de (con)former les jeunes esprits au cadre politique, social et idéologique national-catholique. Dans le premier numéro de la Revista de Educación, le bénédictin et politicien Justo Pérez de Urbel publie un article intitulé « Les revues enfantines et leur pouvoir éducateur17 ». Il y décrit les fonctions des écrits destinés à la jeunesse, avant tout instruments au service du « Nouveau Régime », et souligne la nature hybride des publications de propagande (ou d’éducation, selon ses mots) visant un jeune public : « La formation qu’il convient de donner à l’enfance à travers la revue peut être complète : religieuse, morale, patriotique, scientifique, humaine. Tout rentre dans le cadre d’une revue pour enfants, à condition que cela se fasse selon une méthode authentiquement enfantine, adaptée à la psychologie et à la portée de l’enfant18 ».

  • 19 Movimiento, autre nom du parti unique sous Franco. La fusion de Flecha (phalangiste) et de Pelayos (...)
  • 20 Instruir deleitando était notamment défendu par Manuel Ossorio y Bernard, fondateur de la revue pou (...)
  • 21 Voir à ce sujet les travaux de la chercheuse Karine Lapeyre sur la presse pour enfants publiée par (...)
  • 22 Selon une expression inventée par Didier Corderot dans « Flecha, el semanario… », art. cité.

5Tout en soulignant le pouvoir de la revue en tant que support formatif et doctrinal complet, Justo Pérez de Urbel rappelle que le public enfantin exige des dispositifs qui lui sont adaptés. Dans le cas contraire, l’enfant serait moins réceptif et les messages de propagande, d’emblée moins ou pas efficaces. Justo Pérez de Urbel nourrit son analyse de sa propre expérience de directeur de la revue hebdomadaire pour enfants Flechas y Pelayos, née pendant la guerre, en 1938, et considérée, pendant la période d’après-guerre, comme la revue enfantine phare du Movimiento19. Il s’appuie également sur le travail des réformateurs et pédagogues qui ouvrent, dès la fin du XVIIIe siècle, de nouvelles perspectives et sensibilités sur l’enfance, témoignant de la nouvelle perception d’une période de vie encore méconnue ou niée. En Espagne, les travaux sur l’enfance contribuent à l’apparition, au cours du XIXe siècle, d’une offre abondante de publications enfantines. C’est également à cette époque que le mot d’ordre « instruire en divertissant » (instruir deleitando)20 est défendu pour les publications destinées à la jeunesse, non dénuées de messages moralisateurs. Ce principe est ensuite repris par les propagandistes pendant la guerre civile, conscients de la nécessité d’allier textes, images et couvertures colorées pour séduire le lectorat enfantin, ce qui se retrouve dans les publications enfantines des deux camps21. Dans un contexte d’intense propagande, le principe originel défendu par Manuel Ossorio y Bernard est déformé, puisqu’il ne s’agit désormais pas d’instruire mais d’endoctriner et, la cible étant enfantine, d’« endoctriner en divertissant » (adoctrinar deleitando)22. Dans son article, Justo Pérez de Urbel reprend même, en le modifiant, le précepte énoncé par le poète latin Horace dans son Art poétique : « Plaire au lecteur et l’instruire en même temps » (Delectando pariterque monendo). Plaire et instruire en même temps est une « norme fondamentale » qui, selon les mots du bénédictin, ne « doit jamais être oubliée » et qui, à ses yeux, vaut aussi bien pour les adultes, dont parlait Horace, que pour les enfants.

  • 23 Narciso de Gabriel, « Alfabetización y escolarización en España (1887-1950) », Revista de Educación(...)
  • 24 Et également indépendamment de l’héritage idéologique familial. En effet, si après la guerre les en (...)

6Pendant la guerre, la revue phalangiste Flecha Arriba España, éditée dans le fief nationaliste de Saint-Sébastien, est destinée à un public enfantin et adolescent, même si la notion d’adolescence est particulièrement floue du fait que l’enfant est déjà considéré comme un futur adulte. On retrouve, dans son contenu, les grandes lignes déclinées dans l’article de Justo Pérez de Urbel, avec notamment un apprentissage doctrinal répétitif et polymorphe. Outre la présence de héros et héroïnes enfantins, de nombreux jeux sont proposés au jeune lecteur dès les premiers numéros. Loin de ne constituer qu’un outil pour cibler le lectorat, le jeu présente plusieurs avantages que ne possèdent pas d’autres supports traditionnels. En effet, l’enfant-lecteur se voit offrir un espace de divertissement qui demande son implication active pour être accompli. Que le lecteur soit passif ou trop détaché de ce qu’il a entre les mains serait nocif pour l’intégration et la mémorisation des messages de propagande : il faut donc le mettre activement à contribution afin qu’il soit acteur de son apprentissage et ainsi renforcer l’efficacité de celui-ci. De plus, contrairement aux longues histoires qui sont présentes dans chaque numéro, le jeu permet de s’adresser à un public qui n’est pas nécessairement lecteur, dans une Espagne des années 1930 où le taux d’enfants analphabètes est presque égal à celui des alphabétisés23. Les frères et sœurs d’un même foyer, indépendamment de leur niveau d’alphabétisation, peuvent donc tous ouvrir Flecha Arriba España et participer aux activités proposées, notamment celles dont les consignes sont avant tout visuelles et intuitives. La nature des jeux est éclectique et d’une complexité variable, ce qui permet aux lecteurs de s’approprier les règles et objectifs du jeu selon leur âge. L’âge-cible des lecteurs n’étant pas vraiment défini, proposer des jeux plus ou moins sophistiqués selon les numéros permet de maintenir l’intérêt des enfants et adolescents chaque semaine et ainsi les fidéliser24.

  • 25 Comptage réalisé entre les numéros 6 et 97, où sont proposés des jeux. Ont été comptés séparément l (...)

7Les revues proposent généralement des jeux courts (à l’exception des rébus qui demandent plus de réflexion), lesquels viennent insuffler un certain dynamisme après des messages de propagande longs et fastidieux. Les enfants ont ainsi à leur disposition rébus, labyrinthes, chiffres à relier, jeux des différences, coloriages et figures à découper. Ces jeux sont conçus par des membres de la rédaction de Flecha Arriba España (ils ne sont pas signés, pour la plupart), dont le directeur est le dessinateur prolifique Avelino de Aróztegui. Malgré l’ancrage de la revue dans la politique propagandiste phalangiste, puisqu’elle est née de celle-ci et pour la servir, les membres de l’équipe de rédaction, même les plus actifs, ne sont pas nécessairement liés à la Phalange. Beaucoup d’entre eux, parmi lesquels le directeur, contribueront même aux publications d’après-guerre des éditions privées et concurrentes de celles du Movimiento. Cependant, Flecha Arriba España ayant vu le jour pour endoctriner les jeunes esprits, la ligne éditoriale ne pouvait guère s’en affranchir en proposant un contenu purement divertissant. Plus de 66 % des jeux recensés dans Flecha Arriba España25 sont ainsi directement liés à la Phalange et à la guerre par la présence d’uniformes, de symboles ou de représentations qui permettent leur identification immédiate. En contournant les supports propagandistes traditionnels, les jeux offrent au lecteur l’illusion d’un espace de divertissement et d’expression pensé à son intention, comme nous allons le voir à travers plusieurs exemples concrets issus de la revue.

Support ludique et discours doctrinal : endoctriner en amusant

  • 26 En août 1938 est publié un Règlement Disciplinaire en douze points, qui s’articule principalement a (...)

8La propagande phalangiste prétend séduire le lecteur et l’endoctriner en proposant des jeux à haute teneur doctrinale, résolument ancrés dans le contexte du conflit. Au-delà d’un rôle réducteur d’instrument de propagande, la presse pour enfants permet de diffuser les idées du régime directement au sein des foyers et des familles. Une fois les portes des organisations de jeunesse fermées, les revues et leurs messages continuent d’accompagner les enfants chez eux et passent la barrière supposément protectrice du cocon familial. Cela fait partie, tant chez les jeunesses carlistes que phalangistes, d’une stratégie d’encadrement permanent afin de maintenir leurs membres dans un moule idéologique, lequel est tenu de les modeler en leur imposant une nouvelle identité. Les jeunes recrues phalangistes doivent ainsi porter et revendiquer les couleurs de l’organisation (bleu et noir) en toute circonstance. Les petits et petites flechas ne quittent donc jamais vraiment leur uniforme, réel ou symbolique, ce qui répond à l’un des points du règlement disciplinaire : « La vie est milice »26. Les héros du jeune lecteur sont tous des flechas et œuvrent, à leur niveau, au modèle idéologique et social présenté comme idéal par la propagande. Leur rôle, en plus de divertir le lecteur par leurs aventures, est d’activer un processus d’identification pour que ce dernier se reconnaisse et se projette en tant que membre actif des organisations de jeunesse. Des figures à découper sont par exemple proposées avec plusieurs tenues, dont une, presque systématiquement, de flecha (Fig. 1).

Fig.1. FAE, nº 72, 5 juin 1938

Fig.1. FAE, nº 72, 5 juin 1938

9Le lecteur peut ainsi changer les tenues des personnages en les adaptant à sa propre image et leur faire vivre des aventures qu’il imagine lui-même ou qui sont directement proposées par la revue, ce qui permet à chaque âge de s’impliquer.

  • 27 Flechas, publiée par la Phalange, était une revue enfantine aragonaise publiée entre le 5 novembre (...)

10Les rébus, appelés jeroglíficos ou cartas jeroglíficas en référence à la difficulté de déchiffrage qu’ils présentent, (ré)activent pour leur part la mémoire du lecteur grâce à leur nature qui incite à la réflexion. En novembre 1936, seulement quelques mois après le début de la guerre, un rébus est publié dans la « Page récréative » du nº 2 de Flechas27. Il s’agit ici de faire apprendre l’hymne phalangiste du Cara al sol, ou d’en renforcer la mémorisation (Fig. 2).

Fig. 2. Flechas, nº 2, 12 novembre 1936

Fig. 2. Flechas, nº 2, 12 novembre 1936
  • 28 Dans l’hymne, le terme ne renvoie pas aux ennemis mais à la couleur du symbole des flèches et du jo (...)

11Le titre donne une piste : « Hymne de la Phalange », et les dessins qui se succèdent alternent références neutres et universelles (par exemple le soleil, des fleurs, un pied) et symboles phalangistes (les flèches et le joug, le drapeau rouge et noir, ainsi qu’une référence au journal pour adultes Amanecer). Pour faire deviner le terme « rouge »28, un ennemi est représenté : c’est un soldat du P.O.U.M. (Parti Ouvrier d’Unification Marxiste), mouvement créé sous la République en 1935, puis déclaré illégal pendant la guerre, en 1937. Dans l’ensemble de la presse de guerre nationaliste, incluant la presse carliste avec Pelayos (1936-1938), les ennemis sont majoritairement qualifiés par le terme générique « Rouge », ou par celui de « marxiste », sans que celui-ci ne soit jamais défini, afin de maintenir une représentation spectrale et inquiétante chez l’enfant. Faire apparaître un soldat issu d’un mouvement plus spécifique est exceptionnel et fait appel à des connaissances plus précises. Dans le nº 20 de Flecha Arriba España, publié le 6 juin 1937, l’hymne du Cara al sol est également présenté au lecteur sous forme de rébus et reprend la plupart des icônes de la version de Flechas. En cherchant à associer les dessins à des mots, les enfants sont enclins à passer du temps sur l’hymne, ce qui en favorise la mémorisation. À partir du nº 53 du 23 janvier 1938, les rébus sont beaucoup plus élaborés. Généralement longs – certains font plus d’une dizaine de lignes –, ils contribuent à la mémorisation du discours doctrinal phalangiste, ce qui est ouvertement déclaré au lecteur à travers un rébus :

  • 29 « Este entretenimiento os resultará beneficioso porque para descifrar lo que aquí se dice, os serán (...)

Ce divertissement vous sera profitable car pour déchiffrer ce qui est dit ici, vous aurez besoin de beaucoup de connaissances de matières très différentes ; et, si vous y prenez goût, vous stimulerez votre esprit et tâcherez d’apprendre ce que vous n’auriez pas appris autrement, du moins pour l’instant. Si tel était le cas, j’en serais ravi et vous promettrais, de façon régulière, des sujets très variés mais qui s’inscriront dans notre doctrine car je veux avant tout que la Phalange le voie d’un bon œil29.

  • 30 Le nom du créateur apparaît seulement deux fois, lors de la présentation du premier rébus, dans le (...)

12Tout en présentant les objectifs et avantages des rébus à paraître, leur créateur « Ma-Jala »30 montre patte blanche car il est, bien entendu, inenvisageable de sortir du cadre prévu par la ligne éditoriale fondatrice de la revue. Le rébus du numéro suivant, qui paraît le 30 janvier 1938, concrétise la teneur ludo-idéologique de l’activité par la voix du héros Edmundo, rédacteur supposé du jeu. Le lecteur qui parviendra à le déchiffrer lira ainsi :

  • 31 « Si me interpretáis bien, habréis “de rendir” una vez más el mayor “homenaje” a nuestro inigualabl (...)

Si vous me déchiffrez bien, vous devrez “rendre” encore une fois le plus grand “hommage” à notre inégalable Franco et à la Glorieuse Armée Espagnole ; vous prierez pour tous ceux qui ont donné leur vie à Dieu et à l’Espagne […] vous renouvellerez votre promesse de continuer, tout au long de votre existence, à servir sans faillir la Phalange ; et vous aurez une foi absolue en l’écrasement total et immédiat de la canaille rouge […]31. (Fig. 3)

Fig. 3. FAE, nº 54, 30 janvier 1938

Fig. 3. FAE, nº 54, 30 janvier 1938
  • 32 Alzamiento Nacional. La propagande nationaliste usait de plusieurs notions pour définir et légitime (...)
  • 33 Flecha Arriba España, nº 77, 10 juillet 1938, rébus nº 13.

13Deux axes principaux et concomitants se font jour dans les rébus : les éternels ennemis rojos, généralement représentés par un œil (ojo), et bien sûr le Soulèvement National32, avec ses objectifs de guerre et ses figures tutélaires. Mobiliser ces dernières, personnalités phalangistes ou historiques que la propagande tente d’ériger en mythes, permet de les introduire de façon ludique et visuelle auprès du lecteur33.

  • 34 Inspiré du salut fasciste italien, même si la propagande franquiste le présentait comme exceptionne (...)
  • 35 Ces espaces d’expression, très encadrés pour correspondre à la ligne éditoriale de Flecha Arriba Es (...)

14Si les rébus s’adressent à des lecteurs expérimentés, d’autres jeux permettent aux plus jeunes d’intégrer l’univers de la Phalange et du Soulèvement dans leur imaginaire et leur quotidien. Dans le nº 7 du 7 mars 1937, un jeu, présenté comme instructif, propose par exemple aux lecteurs d’apprendre à dessiner. Parmi divers modèles, un soldat phalangiste, qui réalise le saludo nacional34, est à reproduire. En suivant les étapes, le lecteur intègre progressivement l’uniforme phalangiste et le bras levé à 45º, apprentissage qu’il pourra ensuite mettre à profit en envoyant ses dessins au courrier des lecteurs pour que ceux-ci soient publiés35. Les nº 50 et 66, publiés respectivement les 2 janvier et 24 avril 1938, proposent pour leur part des « dessins-surprise » qui consistent à colorier en noir les espaces pourvus d’un point. Une fois complétés, les jeux représentent un soldat phalangiste faisant le saludo nacional et même le général Franco, annoncé ainsi par la consigne : « Recouvrez de noir les espaces qui contiennent des points et vous obtiendrez le portrait d’un homme célèbre » (Fig .4).

Fig. 4. FAE, nº 66, 24 avril 1938

Fig. 4. FAE, nº 66, 24 avril 1938
  • 36 Flecha Arriba España, nº 11, 4 avril 1937.
  • 37 « Hay que cruzar la alambrada para llegar hasta donde está el enemigo. ¿Qué camino seguirá el Flech (...)
  • 38 « ¿Queréis ver la película de este rojo que corre despavorido al oír silbar las balas de los nacion (...)

15Les divers labyrinthes proposés, plus intuitifs que d’autres jeux par la possibilité de se passer d’une consigne, proposent quant à eux d’indiquer le soldat qui arrivera le plus vite au drapeau phalangiste36, ou d’aider un jeune soldat flecha à rejoindre l’ennemi : « Il faut traverser les barbelés pour arriver à la position de l’ennemi. Quel chemin suivra le flecha pour y parvenir ? »37 Enfin, les jeux permettent de se moquer des éternels ennemis des phalangistes, les Rouges, en permettant au lecteur de les manipuler comme bon lui semble. C’est par exemple le cas dans le nº 47 du 12 décembre 1937 : un jeu, nommé « Pour passer le temps », consiste à découper la silhouette d’un Rouge, qui porte la faucille et le marteau de rigueur sur un uniforme rapiécé. Le but est de faire passer la languette de papier entre les lignes à découper afin d’animer le personnage par des expressions faciales très éloignées des héroïques soldats phalangistes des couvertures : colère, stupeur, essoufflement et peur. La consigne précise ainsi : « Voulez-vous voir le film de ce Rouge qui court, affolé, en entendant siffler les balles des nationalistes ? Découper la languette et la faire passer entre les deux ouvertures du dessin » (Fig. 5)38.

Fig.5. FAE, nº 47, 12 décembre 1937

Fig.5. FAE, nº 47, 12 décembre 1937

16Les jeux sont donc fort utiles pour rappeler aux enfants qui sont les ennemis, mais leur endoctrinement ne saurait être complet sans leur rappeler qui ils sont et à quelle hauteur ils seront tenus, un jour, de servir la Patrie. À cet égard, la question de l’imposition d’un cadre genré est un point sur lequel les services de propagande, nationalistes puis franquistes, sont particulièrement vigilants.

Question de jeu, question de genre

  • 39 Voir, à ce sujet, Adriana Cases Sola, « La violencia de género en la Segunda República », Hispania (...)
  • 40 Dans les années 1940, certains éditeurs privés, GILSA notamment, proposent des publications pensées (...)
  • 41 Franco ordonne, par décret (avril 1937), la fusion de la carliste Communion Traditionnaliste et de (...)

17Il s’agit ici d’appréhender de quelle façon la dimension ludique est mise au service d’une idéologie réactionnaire qui entend redistribuer les rôles de chacun sur le plan genré. La période républicaine débutée en 1931 a, avant la guerre, renouvelé les modèles de masculinité et de féminité traditionnels39. La Constitution de 1931 a permis aux femmes de participer pleinement à la vie publique et politique espagnole et de nombreux changements ont eu lieu jusqu’en 1936, avec notamment la Loi sur le Divorce (1932) et le droit de vote (approuvé par voie constitutionnelle dès 1931 mais effectif seulement en 1933). Soucieux de marquer une rupture claire avec la société du régime précédent, et conformément à son idéologie fondatrice, le camp nationaliste prépare la « Nouvelle Espagne » en réaffirmant et redistribuant les rôles traditionnels de chacun par l’imposition d’une vision binaire et genrée des individus dès l’enfance. Petits garçons et petites filles naissent pour servir la Patrie selon deux modèles : d’une part, celui de l’enfant-soldat, et d’autre part, celui de l’enfant-future mère. Ces représentations se retrouvent dans la presse pour enfants, notamment dans la période d’après-guerre40, ainsi que dans les organisations des mouvements de jeunesse. Dans le Boletín del Estado nº 342, publié le 7 décembre 1940, est promulguée la loi instituant la création du Frente de Juventudes, nouvelle organisation des jeunesses de FET y de las JONS41. La distinction entre la formation des garçons et des filles, avec le rattachement de celles-ci à la Section Féminine, est clairement exprimée dès les premières lignes :

  • 42 « […] es intención expresa de la Ley que el mando, la formación y el estilo de las juventudes femen (...)

L’encadrement des jeunesses féminines mérite une mention spéciale. […] est d’intention immédiate de la Loi que la direction, la formation et le style des jeunesses féminines soient assurées de recevoir toute la différenciation qui correspond aux exigences de la doctrine de la Phalange sur l’éducation des femmes42.

  • 43 Si elles sont effectivement moins nombreuses, c’est bien une héroïne qui parviendra à s’inscrire du (...)
  • 44 Ce n’est pas le cas de tous les jeux proposés dans Flecha Arriba España. Plusieurs rébus sont dépou (...)
  • 45 Lors de sa constitution le 12 juillet 1934, la Section Féminine est intégrée à la Phalange, non san (...)
  • 46 La mise à disposition du corps féminin, en tant qu’espace de gestation, se retrouve dans de nombreu (...)

18Dans Flecha Arriba España, héros et héroïnes se côtoient – même si ces dernières sont plus rares43 –, et leurs histoires sont ouvertes à l’ensemble du lectorat. Cependant, les activités proposées marquent une distinction beaucoup plus nette entre les genres, notamment lorsqu’elles s’inscrivent dans une politique d’endoctrinement44. La grande majorité des activités manuelles est publiée dans la section « Habilidades », encadrée par le personnage Mari-Pepa, et ciblent un public exclusivement féminin par des consignes genrées et des illustrations de petites filles (Fig. 6). Le processus d’identification fait partie des mécanismes de propagande : ainsi, ne représenter que des petites filles pour illustrer des activités de couture ou de cuisine permet de neutraliser, chez les garçons, tout risque de confusion et d’identification. Trois types d’activités sont proposés et se basent sur des recettes de cuisine, des confections de vêtements et d’accessoires et des modes d’emploi pour fabriquer produits ménagers, soins pour la peau ou objets de décoration. Des activités sont par ailleurs issues des suggestions des lectrices, qui écrivent à la rédaction et voient leur nom publié : le personnage de Mari-Pepa leur répond directement, ce qui crée un lien habile entre le lectorat et la revue. En proposant aux lectrices des activités de cuisine, couture et broderie, le but n’est pas seulement de les divertir mais aussi (et surtout) de les préparer, en les formant, à leur future place au sein de la sphère domestique. Soulignons que ces activités jugées exclusivement féminines ne sont pas spécifiques au modèle espagnol phalangiste, et nous pouvons citer à titre d’exemple – car ils sont nombreux – le manuel scolaire français L’Éducation ménagère. Les écolières de primaire pouvaient y apprendre des rudiments d’économie domestique, cuisine et éducation familiale entre 1906 et 1920. Ce qui fait, cependant, la spécificité du modèle espagnol est l’inscription de ces mêmes activités dans un cadre à finalité politique. Il n’est pas seulement question de former les petites filles à devenir mères, mais aussi de faire d’elles de futures membres de la Section Féminine, branche de la Phalange créée en 1934 et dirigée par Pilar Primo de Rivera45. Les activités liées à la sphère domestique sont en effet pratiquées également au sein de la branche juvénile de la Section Féminine, en plus d’une pratique sportive régulière pour préparer les corps et leur mise à disposition au service de la Patrie46.

Fig. 6. Flecha Arriba España, nº 60, 13 mars 1938

Fig. 6. Flecha Arriba España, nº 60, 13 mars 1938
  • 47 Titre original : La madre ideal.

19L’usage de la poupée est, dans la perspective de former les petites filles à un rôle maternel, encouragé. S’il est universel et existe depuis l’Antiquité, le rôle de la poupée en tant que jouet devient, dans le cadre du discours de propagande phalangiste, un outil utile pour préparer la petite fille à son rôle de future mère. En 1951 paraît l’ouvrage La Mère idéale47, écrit par Mercedes Suárez-Valdés y Álvarez. La phalangiste y défend le modèle d’une femme-mère, dont la mission est de former les futurs membres de la Nouvelle Espagne. À propos de la poupée, elle déclare : «

  • 48 « Desde niñas nos gustan y somos un poco mamás, primero de nuestras muñecas, ¡cómo las hemos cuidad (...)

Elles nous plaisent depuis petites et nous sommes un peu mamans, d’abord de nos poupées (comme nous en avons pris soin ! avec quelle tendresse !) : nous les avons toutes lavées et coiffées, nous leur avons confectionné de petites robes et parlé comme de vraies mères, en imitant exactement le langage et les soins des nôtres48.

20Ainsi, le rôle de la poupée est avant tout vectoriel : il permet à la petite fille, en imitant sa mère, de nourrir une transmission intrafamiliale essentielle pour que la sphère privée ne soit pas limitative, mais au contraire alliée de l’appareil du régime. Si la « Famille » ne fait pas partie des trois piliers franquistes officiels (Phalange, Église, Armée), contrairement au régime vichyste, elle joue néanmoins un rôle essentiel pour la diffusion des valeurs du régime. C’est ce qui justifiera, après la guerre et dans les messages de propagande, une politique extrêmement répressive pour lutter contre l’existence d’un « gène rouge » supposé. Il est à noter à cet égard que, dans Flecha Arriba España, les héros n’ont pas de parents visibles. Ce sont les aînés, tous membres des organisations de jeunesse, qui se chargent de la transmission doctrinale aux plus jeunes.

  • 49 « Deja los soldados de mentiras y vamos a ver los de verdad. »
  • 50 « Tú que puedes hacerlo, moldea España en el alma del hombre y del niño » (La Falange, nº 1, 13 oct (...)

21De la même façon que les poupées peuvent aider la petite fille à se projeter dans son rôle de future mère, les petits soldats en plomb contribuent à la formation du petit garçon. Dans le nº 2, publié le 30 janvier 1937, une planche met en scène Mari-Pepa et son petit frère Pirulo (Fig. 7). Dans la première case, celui-ci joue avec ses petits soldats. L’espace du jeu, qui divertit Pirulo, est également un espace préparatoire et formateur à travers l’illusion et l’imitation, qui permettent à l’enfant de contrôler ses combattants factices. La rupture et le retour au réel sont provoqués par Mari-Pepa qui, en tant qu’aînée, accompagne son petit frère vers, déjà, la sortie de l’univers de l’enfance : « Laisse les soldats pour de faux et allons voir ceux pour de vrai »49. Mari-Pepa répond ainsi aux exigences de la Phalange qui publiait dans le premier numéro de l’hebdomadaire La Falange, trois mois après le début de la guerre, les « Normes de la vie de la femme » déclinées en treize points. L’un d’eux exprimait clairement ce qui était attendu en termes de continuité d’endoctrinement au sein de la sphère domestique : « Toi qui peux le faire, façonne l’Espagne dans l’âme de l’homme et de l’enfant »50.

Fig. 7. Flecha Arriba España, nº 2, 30 janvier 1937

Fig. 7. Flecha Arriba España, nº 2, 30 janvier 1937

22Dans Flecha Arriba España, tous les héros garçons sont représentés en flechas, systématisation qui se retrouve dans une très grande majorité des activités ludiques. Dès le premier jeu proposé, publié dans le nº 6 du 28 février 1937, un flecha pêche à la ligne : à la manière d’un labyrinthe, le lecteur doit l’aider à attraper du poisson au milieu de détritus. Pourtant dépourvu de consignes liées à l’univers de la guerre, le jeu met en avant un garçon qui n’est pas neutre, puisqu’il porte l’uniforme phalangiste, ce qui met en lumière, dans un contexte de propagande, l’existence d’une frontière poreuse entre divertissement et endoctrinement. Dans d’autres jeux, nous pouvons constater un effacement de cette frontière par la mise à profit du jeu en tant qu’outil pour former les jeunes esprits masculins à leur rôle de futurs soldats. Dans le nº 17 du 16 mai 1937, il est proposé par exemple aux garçons de s’adonner à une activité manuelle. Celle-ci prend place dans une section nouvellement créée : « Les travaux manuels du Flecha ». Il s’agit de façonner un pistolet en carton, dont les étapes de création sont décrites minutieusement. Les jeunes lecteurs intègrent ainsi un vocabulaire spécifique et, une fois l’objet en main, peuvent le braquer « vers la cible [que vous avez] choisie ». En plus de chercher à activer un désir d’identification entre les lecteurs et les personnages des jeux, dont les actions sont toutes héroïques, la représentation de jeunes soldats phalangistes, avec un uniforme et une attitude conforme à celle qui est attendue d’eux dans les discours officiels, est censée exalter une forme de virilité. Concernant la part de la revue consacrée à l’endoctrinement des garçons et celle dévolue à l’éducation des filles, des données quantitatives précises ont été récoltées pour nourrir mon travail de thèse, qui est en cours. Ces données mettent en lumière l’inscription de la revue dans un processus de construction du masculin, du féminin et de l’enfance par la Phalange, qui participe d’un projet de société global destiné à se concrétiser après le conflit. La comparaison des données récoltées dans Flecha Arriba España et dans la carliste Pelayos est à ce titre particulièrement éclairante sur les dispositifs propagandistes, discursifs et esthétiques mis en place, à la travers la presse, pour endoctriner les enfants.

23Le jeu présente, dans la presse enfantine, un espace spécialement conçu pour que les jeunes lecteurs aient la possibilité d’être acteurs de leur divertissement. Sa nature parfois hybride, entre dispositif ludique et instructif, lui permet de contourner les supports éducatifs traditionnels en proposant d’apprendre autrement. Il peut aussi devenir l’outil redoutable, car insidieux, d’un appareil propagandiste qui, en donnant aux enfants l’illusion d’un espace pensé pour eux, fait d’eux les acteurs de leur propre endoctrinement. Dans le cas de la presse enfantine de guerre publiée par la Phalange, le jeu s’inscrit dans une stratégie commandée par la nécessité impérative d’endoctriner les jeunes masses tout en rendant le discours doctrinal digeste et accessible au plus grand nombre. Loin de permettre à l’enfant de se défaire, le temps d’une lecture, du contexte de guerre qui fait son quotidien, les jeux nourrissent un discours qui, s’il reste figé dans son contenu, devient malléable en s’adaptant à la multiplicité des supports. La victoire franquiste de 1939 ouvre une période d’intense répression à l’égard des ennemis rouges (déclarés ou juste supposés) et d’encadrement strict de la population, notamment enfantine.

  • 51 Voir Didier Corderot, « Adoctrinar deleitando… », art. cité.

24Le 27 novembre 1938 paraît le dernier numéro de Flecha Arriba España : en tant que reflet du modèle idéologique et politique franquiste, la presse pour enfants s’adapte et, avec la naissance de FET y de las JONS, naît l’hebdomadaire Flechas y Pelayos, qui reprend dans son titre la symbologie phalangiste et carliste (Fig. 8)51. Les espaces ludo-idéologiques s’y poursuivent, même s’ils tendent à disparaître progressivement au cours des années 1940 pour laisser la place à de véritables espaces de divertissement. En revanche, la presse féminine phalangiste, portée par la revue Bazar dès 1947, continue à faire du jeu un outil d’endoctrinement en proposant aux petites et jeunes filles une page qui revient tous les mois : « Jouons à être maîtresses de maison ». À travers le jeu, la jeune lectrice apprend les notions élémentaires de la gestion d’un foyer, dont les trois piliers fondamentaux sont systématiquement rappelés en sous-titre : « Cuisine – Économie domestique – Hygiène ». Cependant, l’efficacité réelle des dispositifs employés sur les enfants, notamment après la guerre, est discutable. Si des données quantitatives sont difficiles à récolter pour cette période, l’échec de certaines publications phalangistes et, pour d’autres, l’évolution franche de leurs contenus, tendent à montrer que les attentes du lectorat se tournaient vers des propositions commerciales et esthétiques, où le jeu était pleinement pensé pour amuser l’enfant. La diversité des jeux dans Flechas et Flecha Arriba España et, de manière plus générale, les différents supports proposés par ces revues, n’en sont pas moins révélateurs de l’importance accordée à l’enfance par les services de propagande phalangistes puis franquistes, et de la manière ou des manières dont ils ont cherché à instrumentaliser celle-ci pour bâtir la « Nouvelle Espagne ».

Fig. 8. Flecha Arriba España, nº 97, 27 novembre 1938

Fig. 8. Flecha Arriba España, nº 97, 27 novembre 1938
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Notes

1 Les revues étaient proposées aux garçons et aux filles, même si les héros masculins étaient largement majoritaires, notamment dans la presse carliste. L’âge des lecteurs n’était pas clairement défini par les revues afin de toucher un large lectorat, mais les courriers envoyés par les lecteurs montrent que la majorité d’entre eux avait entre 6 et 14 ans.

2 « […] compleja constelación de fuerzas involucradas » (Giuliana Di Febo, Santos Juliá, El Franquismo. Una introducción, Barcelone, Crítica, 2012, p. 7).

3 Le camp rebelle entendait marquer une rupture claire avec la période républicaine qu’il jugeait décadente. La victoire permettrait d’instaurer une nouvelle ère en Espagne, ce qui est marqué par l’instauration d’un calendrier, visible en couverture des revues, désignant l’an 1937 comme « Año I ».

4 Au XIXe siècle, les carlistes désignent les partisans du prétendant au trône et frère du roi Ferdinand VII, Carlos María Isidro, en dépit de l’abrogation de la loi salique qui permettait à la princesse Isabelle, fille du roi, de régner. Face aux libéraux, partisans de la princesse, les carlistes se font les « dépositaires de l’essence de l’absolutisme » et de la pratique traditionnaliste de la religion catholique. Cela s’inscrit dans un contexte de transformations proposées par les libéraux sur plusieurs plans : politique, social, économique, engendrant plusieurs tensions qui atteignent leur paroxysme avec l’éclatement de la première guerre carliste (1833-1839). La fondation, en 1869, du parti Comunión Tradicionalista, politise les différentes branches traditionnalistes en une organisation dont l’un des slogans est « Dieu, Patrie, Roi ». Voir Ángel Bahamonde, Jesús A. Martínez, Historia de España: siglo XIX, Madrid, Cátedra, 2014 (1994), p. 20. Pour des informations plus spécifiques sur le contexte entourant la première guerre carliste, voir Laetitia Blanchard Rubio, « La Première guerre carliste ou la guerre de la dernière chance : la communauté légitimiste face à son destin », Amnis, n° 10, 2011 (URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/amnis/1449 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/amnis.1449, consulté le 03 octobre 2023).

5 Fondée en 1933, la Phalange Espagnole (Falange Española, ou FE) naît dans un contexte européen bouleversé par la percée et l’installation de modèles totalitaires. Il existait déjà en Espagne un groupuscule politique fasciste, les Juntas de Ofensiva Nacional Sindicalista (JONS), fondées en 1931. La victoire, en Allemagne, du parti nazi en 1933, encourage la Phalange et les JONS à fusionner en 1934 : il s’agit désormais de FE de las JONS.

6 Serge Tchakhotine, Le Viol des foules par la propagande politique, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 2008 [1992], p. 255.

7 Flecha Arriba España continue d’exister malgré l’absorption de la Phalange dans la nouvelle entité FET y de las JONS. Le contenu ne change pas : seule la couverture mentionne la nouvelle organisation à partir du nº 27, publié le 25 juillet 1937.

8 Sur la complexe relation entre presse et propagande dans l’Espagne nationaliste, voir Javier Domínguez Arribas, « L’organisation de la presse et de la propagande dans l’Espagne rebelle (1936-1939) », El Argonauta español, n° 7, 2010 (URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/argonauta/314 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/argonauta.314, consulté le 16 août 2023).

9 La dualité entre militarisation et cadre religieux pour l’endoctrinement de la jeunesse est ce que Didier Corderot appelle la « condition sine qua non du fascisme à l’espagnole » (« La militarización de la juventud, que corre pareja con un verdadero condicionamiento religioso, es una condición sine qua non del fascismo a la española »). Didier Corderot, « Flecha, el semanario de las Juventudes falangistas (1937-1938) », Hommage à Jean-François Botrel, Pessac, PILAR – Université Michel de Montaigne Bordeaux 3, 2005, p. 387-403.

10 « […] En este primer semanario Flecha, que la Falange empezará a editor por y para vosotros, encontraréis las normas de vuestra conducta en el porvenir […] Flecha os dirá que la vida no es juego y comodidad, ni aun para los niños, y que los que un día han de ser soldados de una España Grande e Imperial, deben tener una formación de soldados, infancia exacta y militar y preocupación constante en el porvenir ».

11 Henar González Suárez, Educación no formal y adoctrinamiento infantil en la España azul (Flechas y Pelayos 1938-1945), thèse dirige par Isidoro González Gallego, Université de Valladolid, 2002.

12 Lucía Ballesteros Aguayo, Las revistas infantiles y juveniles de FET y de las JONS y de Acción Católica durante la posguerra española (1938-1953): la prensa al servicio del adoctrinamiento del Estado franquista, thèse dirige par Juan Antonio García Galindo, Université de Malaga, 2016.

13 Voir Didier Corderot, « Flecha, el semanario… », art. cité, et id., « Adoctrinar deleitando, el ejemplo de la revista Pelayos (1936-1938) », Hispanística XX, n° 20, 2002, p. 93-108.

14 La propagande relaie abondamment la notion de « Nouvelle Espagne » afin d’affirmer, d’une part, une rupture claire avec la période républicaine qui précède et, d’autre part, un aspect prétendument nouveau et exceptionnel, qui puise en réalité dans d’autres modèles autoritaires européens.

15 « ¡Hombres futuros! », Fotos, nº 152, 27 janvier 1940. Fotos était un hebdomadaire phalangiste, dédié aux photoreportages. Plusieurs d’entre eux ont été consacrés à l’enfance, parfois pour mettre en avant la politique sociale de la Phalange avec l’Auxilio Social (organisme supposément humanitaire, inspiré de la campagne nazie Winterhilfswerk, qui distribuait la soupe populaire pendant la guerre et s’occupait des orphelinats).

16 Citons, à titre d’exemples, les publications phalangistes Maravillas (1939-1957) et Juventud (1942-1959), ainsi que celles d’Action Catholique ¡Zas! (1945) et Alerta (1945-1950).

17 Titre original : « Las revistas infantiles y su poder educador ».

18 « La formación que se debe dar a la infancia a través de la revista puede ser completa : religiosa, moral, patriótica, científica, humana. Todo cabe dentro del marco de una revista infantil, con tal que se haga según un método auténticamente infantil, adaptado a la psicología y al alcance del niño. »

19 Movimiento, autre nom du parti unique sous Franco. La fusion de Flecha (phalangiste) et de Pelayos (carliste) au sein de Flechas y Pelayos ne s’est pas faite sans réticences du côté de la direction de chacune des deux publications (voir Didier Corderot, « Adoctrinar deleitando… », art. cité).

20 Instruir deleitando était notamment défendu par Manuel Ossorio y Bernard, fondateur de la revue pour enfants madrilène La Niñez (1879).

21 Voir à ce sujet les travaux de la chercheuse Karine Lapeyre sur la presse pour enfants publiée par certaines composantes du camp républicain.

22 Selon une expression inventée par Didier Corderot dans « Flecha, el semanario… », art. cité.

23 Narciso de Gabriel, « Alfabetización y escolarización en España (1887-1950) », Revista de Educación, nº 314, 1997, p. 217-243.

24 Et également indépendamment de l’héritage idéologique familial. En effet, si après la guerre les enfants peuvent se tourner vers d’autres publications et ainsi s’émanciper du joug éditorial phalangiste, les difficultés d’approvisionnement en encre et en papier pendant le conflit ne leur permettent pas d’avoir accès à une grande diversité de titres. Concernant le coût de Flecha Arriba España, il était de 20 centimes. Les revues phalangistes étaient également disponibles gratuitement au sein des organisations de jeunesse, qui étaient abonnées. À titre d’exemple, un kilo de pain coûtait 0,70 centimes de pesetas pendant la guerre. De nombreuses études existent sur la situation économique espagnole pendant la guerre, notamment l’ouvrage de l’économiste José Ángel Sánchez Asiaín, Economía y finanzas en la guerra civil española (1936-1939), Madrid, Real Academia de la Historia, 1999.

25 Comptage réalisé entre les numéros 6 et 97, où sont proposés des jeux. Ont été comptés séparément les jeux présents sur une même page, répondant à la même consigne mais présentant un contenu différent. N’ont pas été prises en compte les activités manuelles correspondant à la section « Habilidades », réservée aux petites filles.

26 En août 1938 est publié un Règlement Disciplinaire en douze points, qui s’articule principalement autour de l’amour de Dieu et de la Patrie. Il est également rappelé aux membres que le fait d’être phalangiste ne doit pas s’arrêter au port de l’uniforme, mais doit devenir leur identité à part entière. Ce point ne cessera d’apparaître dans Flecha Arriba España, souvent en deuxième page, rubrique « La Phalange vous dit » (La Falange os dice).

27 Flechas, publiée par la Phalange, était une revue enfantine aragonaise publiée entre le 5 novembre 1936 et le 7 mars 1937. À l’instar de beaucoup des publications enfantines publiées de façon régionale par la Phalange, Flechas connaît une durée de vie limitée, avec seulement 18 numéros. Comme Flecha Arriba España, elle est éditée à Saint-Sébastien.

28 Dans l’hymne, le terme ne renvoie pas aux ennemis mais à la couleur du symbole des flèches et du joug brodé sur la chemise bleue phalangiste.

29 « Este entretenimiento os resultará beneficioso porque para descifrar lo que aquí se dice, os serán necesarios muchos conocimientos de materias muy distintas; y, si tenéis afición, aguzaréis el ingenio y procuraréis aprender lo que de otro modo quizás no hubierais aprendido, al menos por el momento. Si así fuera, yo encantado y prometiéndoos constancia y temas muy varios pero también muy nuestros porque sobre todo quiero que Falange lo vea con buenos ojos. »

30 Le nom du créateur apparaît seulement deux fois, lors de la présentation du premier rébus, dans le nº 53. Il s’agit de Julio González López, ce qui peut être également un pseudonyme. « Ma-Jala », ou « Mata-Jala » selon les numéros, pourrait être un jeu de mot réalisé à partir de l’expression jalarse los pelos, soit « être désespéré par une situation défavorable », situation qui pourrait être provoquée par la complexité d’un rébus. « Mata », du verbe matar (« tuer ») pourrait éventuellement signifier un défi lancé aux lecteurs, qui doivent sortir de l’impasse en résolvant l’énigme.

31 « Si me interpretáis bien, habréis “de rendir” una vez más el mayor “homenaje” a nuestro inigualable Franco y al Glorioso Ejército Español; elevaréis una oración por todos los que dieron su vida por Dios y por España […] renovaréis vuestra promesa para proseguir durante toda vuestra existencia sirviendo sin tacha a la Falange; y tendréis fe absoluta en el aplastamiento total e inmediato de la canalla roja […]. »

32 Alzamiento Nacional. La propagande nationaliste usait de plusieurs notions pour définir et légitimer le coup d’État de juillet 1936. Le Soulèvement, souvent accompagné de l’adjectif « glorieux » dans la presse (y compris, après la guerre, dans les manuels scolaires nouvellement édités), est le point de départ de ce que la propagande présentait comme une « Sainte Croisade » (Santa Cruzada) contre les Rouges.

33 Flecha Arriba España, nº 77, 10 juillet 1938, rébus nº 13.

34 Inspiré du salut fasciste italien, même si la propagande franquiste le présentait comme exceptionnel, le saludo nacional fut rendu obligatoire par décret pendant la guerre, le 24 avril 1937. À la suite de la défaite des forces de l’Axe, l’Espagne franquiste tente de faire oublier à la communauté internationale ses anciennes affinités. La suppression du saludo nacional est actée par décret le 11 septembre 1945, mais sa présence persiste dans les manuels scolaires et dans les rassemblements divers.

35 Ces espaces d’expression, très encadrés pour correspondre à la ligne éditoriale de Flecha Arriba España, étaient relativement éclectiques. Si les dessins représentant soldats et figures nationalistes étaient légion, la présence d’autres références, notamment issues de l’univers de Disney, sont assez nombreuses pour être significatives de la persistance d’un imaginaire culturel d’avant-guerre chez les enfants.

36 Flecha Arriba España, nº 11, 4 avril 1937.

37 « Hay que cruzar la alambrada para llegar hasta donde está el enemigo. ¿Qué camino seguirá el Flecha para conseguirlo? », Flecha Arriba España, nº 12, 11 avril 1937.

38 « ¿Queréis ver la película de este rojo que corre despavorido al oír silbar las balas de los nacionales? Recortar la tira y pasarla entre las dos aberturas del dibujo. »

39 Voir, à ce sujet, Adriana Cases Sola, « La violencia de género en la Segunda República », Hispania Nova : Revista de historia contemporánea, nº 11, 2013.

40 Dans les années 1940, certains éditeurs privés, GILSA notamment, proposent des publications pensées spécialement pour les garçons (Chicos, 1942-1950) ou pour les filles (Mis chicas, 1941-1950). Cette concurrence a obligé la Phalange à s’adapter, même si elle l’a fait tardivement, en proposant sa première revue spécialement dédiée aux petites et aux jeunes filles avec Bazar (1947-1970).

41 Franco ordonne, par décret (avril 1937), la fusion de la carliste Communion Traditionnaliste et de la Phalange (FE de las JONS). De cette fusion forcée naît l’entité FET y de las JONS (le « t » final correspondant à celui de « traditionnaliste »), qui deviendra ensuite le parti unique de la « Nouvelle Espagne », ou Movimiento.

42 « […] es intención expresa de la Ley que el mando, la formación y el estilo de las juventudes femeninas tengan asegurada toda la diferenciación que corresponde a las exigencias de la doctrina de Falange sobre la educación de la mujer. »

43 Si elles sont effectivement moins nombreuses, c’est bien une héroïne qui parviendra à s’inscrire durablement dans la culture enfantine, jusqu’aux années 1950. Il s’agit de Mari-Pepa, invention d’Emilia Cotarelo dessinée par María Claret.

44 Ce n’est pas le cas de tous les jeux proposés dans Flecha Arriba España. Plusieurs rébus sont dépourvus de l’habituel message propagandiste.

45 Lors de sa constitution le 12 juillet 1934, la Section Féminine est intégrée à la Phalange, non sans réticences internes. La ligne idéologique phalangiste considère la femme comme un être « faible et fragile qu’il faut protéger des dangers de l’activité politique » (« Falange considera a la mujer un ser débil y frágil al que hay que proteger de los peligros de la actividad política. », Rosario Sánchez López, Entre la importancia y la irrelevancia : Sección Femenina de la República a la Transición, Murcie, Editora Regional, coll. « Ensayo », 2007, p. 40). Un changement s’opère (progressif et non dénué des mêmes réticences) à la suite du soulèvement militaire de juillet 1936. La branche féminine de la Phalange est désormais intégrée au pouvoir jusqu’en 1977.

46 La mise à disposition du corps féminin, en tant qu’espace de gestation, se retrouve dans de nombreux régimes autoritaires de l’époque. La question de la préparation physique des mères en devenir par une activité sportive a du reste fait débat au sein des corps médicaux des différents pays : fallait-il travailler à obtenir un futur corps maternel sain ou, au contraire, s’abstenir de tout entraînement pour ne pas prendre le risque d’abîmer celui-ci ?

47 Titre original : La madre ideal.

48 « Desde niñas nos gustan y somos un poco mamás, primero de nuestras muñecas, ¡cómo las hemos cuidado!, ¡con qué cariño!; todas las hemos lavado y peinado, hecho los vestiditos y hablado como auténticas madres, imitando exactamente el lenguaje y los cuidados de las nuestras… »

49 « Deja los soldados de mentiras y vamos a ver los de verdad. »

50 « Tú que puedes hacerlo, moldea España en el alma del hombre y del niño » (La Falange, nº 1, 13 octobre 1936).

51 Voir Didier Corderot, « Adoctrinar deleitando… », art. cité.

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Table des illustrations

Titre Fig.1. FAE, nº 72, 5 juin 1938
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Titre Fig. 2. Flechas, nº 2, 12 novembre 1936
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Titre Fig. 3. FAE, nº 54, 30 janvier 1938
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Titre Fig. 4. FAE, nº 66, 24 avril 1938
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Titre Fig.5. FAE, nº 47, 12 décembre 1937
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Titre Fig. 6. Flecha Arriba España, nº 60, 13 mars 1938
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Titre Fig. 7. Flecha Arriba España, nº 2, 30 janvier 1937
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Titre Fig. 8. Flecha Arriba España, nº 97, 27 novembre 1938
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Zoé Stibbe, « Divertir et endoctriner l’enfant pendant la guerre : croisements ludiques et idéologiques dans la presse enfantine de la Phalange (1936-1938) »Revue d’histoire culturelle [En ligne], 7 | 2023, mis en ligne le 15 décembre 2023, consulté le 19 avril 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/rhc/6756 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/rhc.6756

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